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un seul est le mot juste.

Comédie en vers

La Comédie de la Comédie

Dorimond· imprimée en 1662· 226 vers· 6 personnages

Personnages

  • DEUX BOURGEOIS, Allant à la comedie
  • DEUX DAMES
  • DEUX GALANTS
  • LE PORTIER DES COMÉDIENS
  • UNE COMÉDIENNE
  • TROUPE DE FILOUS
MONSIEUR,

À MONSIEUR DE VAISSÉ.

Les belles qualités que vous possédez attirent l'admiration de tous ceux qui vous connaissent, et sont ordinairement le digne sujet d'une louange légitime. Mais, MONSIEUR, je viens vous confesser que je suis hors d'état de m'acquitter de ce que je vous dois, que les muses m'ont refusé le présent qui pourrait être digne de vous et de l'honneur que vous m'avez fait tant de fois de souhaiter mes ouvrages, et de les souffrir, m'a donné autant de sujet d'étonnement que de reconnaissance : Je vous prie donc de fermer les yeux sur le présent que je vous faits, qui n'est pas digne de vous, et qui pour un Gentilhomme, dont la valeur s'est signalée en milles belles occasions, et qui porte d'illustres cicatrices, qui sont les beaux témoignages du service que vous avez rendu à la France, il fallait un ouvrage plus sublime ; mais l'ardeur que j'ai de vous donner quelques preuves de la vénération et de l'estime que j'ai conservée pour vous a précipité mon dessein, et m'a fait vous dédier cette comédie, moins pour la vanité de la faire paraître au public, que pour celle de montrer à tout le monde que je suis, MONSIEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

DORIMOND.

SCÈNE PREMIÈRE. Léandre, Lucidor

SCENE II. Les Dames.

SCÈNE III.

LE PORTIER

Ce téton est-il bon ? Cette piastre est légère ! Ils sont sans conscience ou bien ils n'en ont guère : Dés qu'ils ont des tétons qui ne sont pas de poids, C'est pour nous, que l'enfer les chauffe de son bois. Pour faire avec ces gens le portier d'importance, Il faudrait dans mes mains toujours une balance, Si mes maîtres n'étaient gens d'honneur et sans fard, Je mettrais pour le moins deux écus à l'écart ; Je prendrai toutefois sans faire plus de mine De quoi faire tirer la petite chopine, Car de prendre beaucoup il ne m'est pas permis À moins que de me faire un troupeau d'ennemis ; Et puis le vol n'est pas un crime pardonnable Et s'ils m'allaient chasser je serais misérable. J'ai bien plus de raison que tous ces grands escrocs Qui viennent leur voler le fruit de leurs beaux mots ; J'en veux prendre à témoin les personnes plus sages ; Ne leur coûte-t-il pas à faire des voyages ? À nos comédiens à faire des habits, À blanchir leurs collets, à payer leurs rubis ? Enfin la comédie est une marchandise Que l'on doit acheter et payer sans remise. Allons, je ne veux plus laisser entrer céans Escrocs, passe-volants, filous ni pourveans. Le premier qui viendra la main hors la pochette, Contre lui vaillamment je veux tirer la brette ; Mon sang est échauffé, je suis las d'en souffrir : N'en laissons plus passer, c'est à faire mourir.

Piastre : C'est un nom qu'on a donné à une monnaie d'argent, qui vaut un écu, comme les réaux, richedale, patagons, ducatons louis blancs, etc. [F]

Chopine : petite mesure de liqueur qui contient la moitié d'une pinte. [F]

Collet : Partie de l'habillement qui joint le cou, qui se met autour du cou. En ce sens on appelle Petit collet, un homme qui s'est mis dans la réforme, dans la dévotion, parce que les gens d'église portent par modestie de petits collets, tandis que les gens du monde en portent de grands ornés de points et de dentelles.

Brette : Estocade, épée qui est plus longue que celle que les Gentilhommes portent d'ordinaire. [F]

SCÈNE IV. La Comédienne, Le Galant, L'Épinay.

LE GALANT

Je vis hier jouer une pièce nouvelle, Au Théâtre François dont la prose est fort belle : C'est le pompeux Cinna, les traits en sont nouveaux.

Cinna : "Cinna ou la clémence d'Auguste" tragédie en vers de Pierre Corneille représentée pour la première fois en 1639. Cinna n'est pas une pièce nouvelle en 1662.

LE GALANT

Au moins trente.

Un sonnet a une forme fixe et n'a que quatorze vers.

LA COMÉDIENNE

Encor mieux ! De grâce, informez-vous des règles poétiques : Les épiques pour vous seraient les dramatiques. Ah ! Lisez les auteurs qui composent des vers, Si vous voulez parler de leurs travaux divers. Vraiment pour écouter de semblables merveilles Il faut que nous ayons d'admirables oreilles ! Une comédienne a beaucoup à souffrir : Il lui faut tout entendre, il lui faut tout ouïr ; Souvent un franc benêt lui vient conter sornette Et fera, lui parlant le mignon de couchette ; Mais ce qui me console en un si grand dépit Est que j'entends parler aussi les gens d'esprit, Et que j'ai le bonheur de hanter la noblesse Et d'en avoir souvent une honnête caresse, De m'instruire avec eux d'une bonne action Et d'être le témoin de leur profusion. Quand je n'aurais au bien attachement ni pente A force de les voir je m'y rendrais savante. Puis le théâtre a tant de beaux chemins battus, Nous sommes sans cesser avecque les vertus ; Si nous n'en avions pas en vivant avec elles, Nous serions en effet doublement criminelles. Enfin les grands Seigneurs, les sages, les savants Pour les comédiens ont de bons sentiments ; Sans cela nous serions, ma foi, beaucoup à plaindre. Il est des esprits forts qui sont encor à craindre Qui s'imaginent tous avecque leur débit, Avoir auprès de nous grand accès, grand crédit, Qui diront en voyant une comédienne, "Regarde cher ami cette actrice elle est mienne." L'autre lui répondra faisant fort l'empêché : "Elle vaut ma foi, bien la façon d'un péché." Celui-ci vous faisant cent façons non communes, Vous fera le débit de ses bonnes fortunes, Et pour se faire croire il prendra de grands soins, Mais celui qui dit plus, en fait toujours le moins. J'aime les bons esprits qui prennent de la peine Afin de profiter des leçons de la scène ; J'aime les esprits forts qui sont originaux, Non les imitateurs de ces mondains nouveaux Qui souvent en voyant jouer la comédie, De critiques censeurs n'étant que la copie, Veulent gloser sur tout, reprendre les acteurs En jugeant comme fait l'aveugle des couleurs. Mais que leur jugement soit léger il n'importe, Pourvu que leur argent soit de poids à la porte. Nous aimons toutes fois les doctes spectateurs, Car leur sage audience anime les acteurs. Je vais avec plaisir jouer en cette ville Pleine d'honnêtes gens, et tout à fait civile. On dit aussi qu'amour triomphe dans les yeux Des beautés que l'on voit en ces aimables lieux, Que les dames y sont agréables et belles Et qu'elles sont aussi toutes spirituelles. Allons les divertir par nos accents mignards Et recevoir l'honneur d'attirer leurs regards.

Benêt : Idiot, niais, nigaud, qui n'a point vu le monde. [T]

Mignard : Qui a une beauté délicate, qui a les traits doux et agréables. [F]

SCÈNE V. Le Portier, Deux filous.

LE PORTIER

Voici deux grands filous de fort mauvais augure : Tiens mon mousqueton prêt, mettons-nous en posture !

Filou : se dit par extension d'un trompeur subtil, d'un escroc, et de tous ceux qui se servent de mauvaise voies pour s'emparer du bien d'autrui. Se dit aussi d'un coupeur de bourse ; de celui qui vole par adresse, ou par surprise. [F]

Mousqueton : petit mousquet aui est plus court ; mais plus gros de calibre que les mousquets ordinaires. Il se tire avec un fusil composé d'un chien et d'un batterie, au lieu que le mousquet s'exécute avec un mèche. [F]

DEUX FILOUX

Ouvre !

LE FILOU

Ah ventre !

LE PORTIER

Par la mort !

LE PORTIER

Allez n'en ayant point, fanfaron sans pareil, Dormir le dos en terre, et le ventre au soleil. Allez prendre la mouche, et chanter la guimbarde, Sous le fais d'un mousquet, ou d'une hallebarde.

Hallebarde : Arme d'hast offensive ; composée d'un long fût ou bâton d'environ cinq pieds, qui a un crochet ou un fer plat et échancré aboutissant en pointes, et au bout une grande lame de fort forte et aigüe. [F]

226 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica