Opéra comique en vers et en prose
Les Amours de Nanterre
Représentée à la Foire de Saint Laurent 1718, et ensuite sur le Théâtre du Palais Royal , par ordre de S. A. Royale, MADAME.
Personnages
- MADAME THOMAS, riche Fermière
- COLETTE, Fille de Madame Thomas
- MATHURINE, Cousine de Colette
- MONSIEUR GRIFFART, Procureur Fiscal, père de Valère
- VALÈRE, Capitaine d'Infanterie, Amant de Colette
- LUCAS, Valet de Madame Thomas
- LE MAGISTER
- ARLEQUIN, Tambour de Valère
- TROUPE DE PAYSANS ET DE PAYSANNES DANSANTS
SCÈNE PREMIÈRE. Colette, Mathurine.
MATHURINE
Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.
Qu'as-tu donc, ma chère Colette ? Tu parais chagrine, inquiète. Eh ! D'où vient cette sombre humeur ? Ne me cache rien, ma mignonne ; Découvre-moi ton petit coeur.COLETTE
Tu ne le vois que trop, friponne.Air : Nanette, dormez-vous ?
Qu'une fille à vingt ansBis.
Est fille avec chagrin dans de certains instants ! Peut-on l'être toujours, quand on l'est trop longtemps ?MATHURINE
Paix ma Cousine.
Air : J'offre ici mon savoir faire.
Fille sage avec confiance Attend l'hymen.COLETTE
Ah ! Que dis-tu ? Plus elle est fille de vertu, Et plus elle a d'impatience. Plus elle est fille de vertu, Plus elle a d'impatience.MATHURINE
Il est vrai que cela coûte.
COLETTE
Je vous en réponds.
Air : Nanon dormait.
Quand un Amant Auprès de nous badine Trop librement, On fait bien la mutine ; Mais, hélas ! En secret On sentTrois fois.
Qu'on l'a fait à regret !Imite ma franchise, Cousine. Ne serais-tu pas bien-aise aussi d'être mariée ?
MATHURINE
Hé, mais...
COLETTE
Tu fais la sotte. Achève.
MATHURINE
Je n'en serais pas fâchée.
COLETTE
Tu t'imagines que c'est un grand bonheur, n'est-ce pas ?
MATHURINE
Sans doute.
COLETTE
Air : Trop de plaisir, cher Tircis.
Même en dormant un faux hymen sait plaire. Dans un sommeil je rêvais à Valère : On m'éveilla : que j'en fus en colère ! Ah ! ah ! L'hymen s'allait faire !MATHURINE
Oh, oh ! C'est donc Valère que vous aimez ?
COLETTE
N'en vaut-il pas bien la peine ?
MATHURINE
Oui vraiment.
COLETTE
Il est déjà sous-lieutenant d'infanterie.
MATHURINE
Peste ! Il est bien avancé !
COLETTE
C'est qu'il a de grands amis, voyez-vous.
MATHURINE
Mais il est fils du Procureur Fiscal, et vous fille de Madame Thomas.
COLETTE
Ma Cousine, je vous entends. Je sais que le Procureur-Fifcal et ma mère sont brouillés. Peut-être ma mère ne voudra-t-elle pas que j'épouse Valére. Je vais prier le Magister Nicolas de les réconcilier.
MATHURINE
Le Magister est homme d'esprit : je compte beaucoup sur lui.
COLETTE
Je vais le trouver pour le presser de faire cet accommodement... Ma mère vient. Je te laisse avec elle.
SCÈNE II. Mathurine, Madame THOMAS.
MATHURINE
Bonjour, ma Tante.
MADAME THOMAS, d'un air chagrin
Bonjour, ma Nièce.
MATHURINE
Air : Le beau, berger Tircis.
D'où vient ce sérieux, Cet air triste et sauvage ? Tout vous rit dans ces beaux lieux ; Au plaisir tout vous engage.MATHURINE
Vous ne pleurez pas votre mari, peut-être ?
Air : Quand le péril est agréable.
Un vieil époux sombre et sévère N'est regretté que faiblement : L'époux même le plus charmant Quelquefois ne l'est guère.MADAME THOMAS
Ah ! Ma chère nièce, tel que fût mon pauvre mari, il m'était d'un grand secours.
Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.
Que de soins mon état renferme ! Une grande fille, une femme ; Toujours des procès sur les bras ; Tantôt acheter, tantôt vendre. Sans mon pauvre Valet Lucas, Saurais-je par quel bout m'y prendre ?Oui. Ce garçon-là fait toute ma consolation.
MATHURINE
Oh ! Pour cela, il a bien du mérite !
MADAME THOMAS
N'est-ce pas, ma nièce ?
MATHURINE
Oui, vraiment, ma tante.
MADAME THOMAS
Air : Tique, tique, taque.
Il n'est rien de plus parfait.Bis.
Que cet aimable valet.Bis.
À l'ouvrage il se démène : Tique, tique, taque, et lon-lan-la ; Il en vaut une douzaine.MATHURINE
Le bon Valet que voilà !MADAME THOMAS
Tous les autres sont des fainéants ; lui seul est né pour le travail.
MATHURINE
C'est la pièce de résistance.
MADAME THOMAS
Vous avez de l'esprit, ma nièce ; et je vous crois capable de me donner conseil sur une affaire importante. Je songe à me remarier.
MATHURINE surprise
Ah, ah !
MADAME THOMAS
Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Ne t'imagine pas que ce soit par caprice ; Mais je veux empêcher que mon bien ne périsse. J'ai besoin d'un Mari vigilant, entendu ; Et je pense à Lucas. Que me conseilles-tu ?MATHURINE, froidement
Tout ce qu'il vous plaira, ma Tante.
MADAME THOMAS
Air 5 : Quand le péril est agréable.
Il est grand, il a belle face. Là, franchement, ne crois-tu pas Qu'il puisse du défunt Thomas Fort bien remplir la place ?MATHURINE, d'un air mécontent
C'est votre affaire, ma Tante.
MADAME THOMAS
Mais, est-ce que tu n'approuves pas mon choix ?
MATHURINE
Si vous voulez que je vous parle naturellement, je ne vois pas qu'il soit nécessaire que vous l'épousiez, puisqu'il fait vos affaires avec zèle.
MADAME THOMAS
Air 56 : Pour passer doucement la vie.
Oh ! Ce sera bien autre chose, Quand j'aurai joint son sort au mien.MADAME THOMAS
Je ne pense pas comme cela, moi. Je trouve que ce garçon-là est bien mon fait.
MATHURINE
Croyez-moi. Vous devriez plutôt penser à marier ma cousine.
MADAME THOMAS
Oh ! Cela ne presse pas.
MATHURINE
Mais songez à ce que dira tout le village, si...
MADAME THOMAS
Air 171 : Le Cabaret est mon réduit.
Je sais qu'il en fera grand bruit ; Mais, ma foi, je n'en sais que rire : Quand les gens auront tout dit, Ils n'auront plus rien à dire, Ils n'auront plus rien3 fois.
à dire.MATHURINE
C'est fort bien fait à vous.
MADAME THOMAS, fièrement
Ne suis-je pas maîtresse de mes volontés ?
MATHURINE
Assurément. Tenez. Voilà votre Lucas. Je vous laisse libres.
D'un air moqueur.
Adieu, ma Tante.
MADAME THOMAS, sèchement
Adieu, ma Nièce. Allez. On n'a pas besoin de votre consentement pour faire cette affaire-là.
En colère.
Voyez un peu cette bégueule.
Mathurine lui fait la révérence et s'en va.
Bégueule : Injure populaire qu'on dit aux femmes de base condition qu'on taxe de niaiserie, et d'avoir toujours la gueule bée et ouverte. [F]
SCENE III. Madame Thomas, Lucas.
LUCAS
Qu'y a-t-il donc, notre Maîtresse ? Il semble que vous soyez en rogne.
MADAME THOMAS
Air 7 : Tu croyais, en aimant Colette.
Mon ami, c'est contre ma Nièce, Qui veut me donner des leçons.MADAME THOMAS
Pour cela, oui. Et dans le fond, je suis bien bonne de m'amuser à consulter une petite bête.
LUCAS
C'est morgué bian dit. Vous ne devez consulter que vous-même, surtout dans la chose dont il s'agit.
MADAME THOMAS
Comment donc, Lucas ! Sais-tu de quoi il était question entre nous ?
LUCAS
Oh ! Pargué, je ne suis pas un sot. Tenez. Vous li parliez de çà.
Il se met le doigt sur le coeur, et il montre celui de Madame Thomas ; ce qu'il fait deux ou trois fois de suite.
MADAME THOMAS
De quoi ?
LUCAS
Air 19 : Ne m'entendez-vous pas.
Ne m'entendez vous pas ? Est-ce un si grand mystère ? Vous voulez, un Compère Fait tout comme Lucas. Ne m'entendez vous pas ?MADAME THOMAS
Je t'entends à merveilles. Tu as fort bien deviné.
LUCAS
Oh, dame ! Je devine les fêtes quand alles sont arrivées.
MADAME THOMAS d'un air attendri
Que tu as d'esprit, Coquin !
LUCAS
D'autres que moi en avont itout de l'esprit, je vous en avartis.
MADAME THOMAS
Hé, qui donc ?
LUCAS
Gros-Jean, Maître Piarre le Tavarnier et Blaise le Veigneron. Je les acoutis tous trois jaboter hier a soir au travars d'une haye. Tâtigué, comme il en dégoisiont !
MADAME THOMAS
Que disaient ils ?
LUCAS
Voyez-vous ste Madame Thomas, ce faisiont-ils : voyez-vous comme alle se redresse.
D'une voix grosse.
Je gagerais, ce disait Gros-Jean, qu'al'ne sera pas encor tras mois sans reprendre du poil de la bête.
D'une voix aigre.
Pargué, ce faisait Maître Piarre, est-ce qu'vous ne fsavez pas bian qu'aile lorgne son valet Lucas ?
D'une voix enrouée.
Par ma foi, ce disait Blaise, ils se connaissont bian tous deux ; et si alle fait ce marché-là, al'n'achera pas chat en poche.
MADAME THOMAS
Voyez un peu les médisants ! Mais je sais le moyen de les faire taire.
LUCAS
Et moi, itout. Je n'avons besoin pour çà que du Curé et du Tabellion.
Tabellion : Officier public qui faisait les fonctions de notaire dans les juridictions subalternes et seigneuriales. Il fut fait défense aux greffiers, notaires et tabellions, de passer des actes obligatoires entre chrétiens et juifs. [L]
MADAME THOMAS
C'est ce que je voulais dire, mon cher Lucas.
Air 64 : Lampons , lampons.
Oui, malgré tous les jaloux,.Bis.
Tu deviendras mon époux :Bis.
Je ferai ce mariage À la barbe du Village. Je veux, je veux, Mon ami, te rendre heureux.LUCAS, ôtant son chapeau
C'est bian de l'honneur pour moi, dà. Mais il faudra que cela vase.
Il fait l'action de compter de l'argent.
MADAME THOMAS
Tu seras content. Mais, sais-tu bien, mon poulet, ce que j'ai fait pour toi ?
Air 96 : Ton humeur est, Catherine.
J'ai méprisé la tendresse Des plus huppés du Canton.LUCAS
Je vous pourrais bian, Maîtresse ; Parler sur le même ton. Vingt filles des plus fringantes, Qui grillont pour mon musiau, Se trouveriont bian contentes De se charger de ma piau.MADAME THOMAS
Si j'avais voulu écouter certaines propositions, je serais à l'heure qu'il est une grosse Madame de Paris ; mais j'aime mieux un bon paysan qu'un Monsieur.
LUCAS
Vous avez raison. Les paysans avont l'amiquié plus farme.
MADAME THOMAS
Cours vite t'aquitter de la commission que je t'ai donnée. Je vais t'attendre au logis !
MADAME THOMAS
Mon cher ami, ne tarde pas : Tu sais que la pauvre Thomas Sans toi ne saurait vivre.Ils sortent tous deux, l'un d'un côté et l'autre de l'autre.
SCÈNE IV. Colette, Le Magister.
LE MAGISTER
Air 1 : Réveillez-vous belle endormie.
Cela suffit, belle Colette ; J'entreprends l'accommodement. La chose sera bien tôt faite : Je n'entreprends rien vainement.LE MAGISTER
Oui, ma mignonne, de ce pas.COLETTE
Parlez-lui bien...LE MAGISTER
Laissez-moi faire.COLETTE
Mais...LE MAGISTER, s'en allant
Ne vous embarrassez pas.SCENE V.
COLETTE, seule
Laissons agir Maître Nicolas ; et si par malheur il ne réussit point dans son entreprise, nous aurons recours à d'autres expédients.
Air 34 : La jeune Isabelle.
L'amour, cher Valére, Nous unit tous deux. Si le sort contraire Traverse nos feux, Le Dieu de Cythére, Propice à nos voeux, Fera son affaire De nous rendre heureux.SCÈNE VI. Colette, Valère.
VALÈRE
Ah ! Colette, c'est vous !Se jetant avec transport à ses genoux.
Permettez-moi, ma chère, D'embrasser vos genoux.VALÈRE
Hélas ! De moi puis-je être maître, Quand je vois tant d'appas ?Un baiser, ma chère Colette.
Air 46 : Ma raison s'en va beau train.
Un doux baiser seulement.COLETTE, le repoussant
Ah ! Valère doucement.VALÈRE
Ma Reine, quel tort... ?COLETTE
Calmez ce transport : Votre ardeur est trop grande. C'est à Paris qu'on prend d'abord ; Au Village on demande, Lonla, Au Village on demande.VALÈRE
Je vous le demande aussi. Allons, ne faites donc point la villageoise. Un peu moins de sévérité.
COLETTE
Air 172 : Je suis Madelon Friquet.
Vous allez bien vite au fait ! Connaissez un peu mieux Colette. Vous allez bien vite au fait ! Quittez ce trop libre caquet. Vous en seriez mal satisfait ; Je pourrais de ma main blanchette... Je vous le dis franc et net...VALÈRE
Oh ! Je vais m'exposer à tout.
Il veut la baiser, elle lui donne un soufflet.
COLETTE
Je prendrai mon sérieux.
VALÈRE
Vous vous fâchez ! Cela ne vous convient point : un air enjoué vous sied mieux.
COLETTE
Air 71 : Sois complaisant, affable , débonnaire.
Mon enjouement Vous donne un faux présage : D'un tendre amant J'aime assez le langage ; Mais, Avant notre mariage, Rengainez tous vos souhaits.VALÈRE
Mais, je ne vous demandais que les arrhes du marché.
COLETTE
Plus on donne de gages pour ce marché-là, et moins il tient.
VALÈRE
Franchement, votre vertu sent le village.
COLETTE
Je suis là-dessus Paysanne et demie.
VALÈRE
Ah ! Belle Colette, connaissez mieux Valère à votre tour.
Air 201 : Je me plaignais d'une inhumaine.
Votre sévérité m'enchante, Bien loin de me rendre confus : Plus la faveur paraît charmante, Et plus j'en aime le refus.COLETTE
Parlons sérieusement de nos affaires. Notre Magister s'est chargé de réconcilier nos parents.
VALÈRE
Mais, s'il n'y réussit pas ?
COLETTE
J'ai un autre moyen tout prêt.
VALÈRE
J'en ai aussi imaginé un, qu'Arlequin mon Tambour est sur le point d'exécuter : mais si tous ces moyens deviennent inutiles, que ferons-nous ?
COLETTE
Il faudra nous séparer.
Air 11 : On n'aime point dans nos forêts.
Nous séparer ! Qu'ai-je entendu ! Non, non, vous n'aimez plus Valère.VALÈRE
En attendant un meilleur sort, Nous aimer jusques à la mort.J'aperçois mon père avec Maître Nicolas. Retirons-nous.
SCENE VII. Le Magister, Monsieur Griffart, Procureur Fiscal.
LE MAGISTER
Orsus, Monsieur le Procureur Fiscal, je crois vous en avoir assez dit pour vous persuader que vous devez, vous réconcilier avec Madame Thomas.
Orsus : Latin. Commencement, participe passé de ordior
MONSIEUR GRIFFART
Je me rends à vos raisons. Mon ressentiment s'éteint ; et je suis prêt à vivre en bonne union avec Madame Thomas, si elle le veut.
LE MAGISTER
Oh ! Je vous réponds d'elle. La Voici. Tenez-vous un peu à l'écart. Je vais la prévenir.
SCÈNE VIII. Le Magister, Monsieur Griffart, Madame Thomas.
LE MAGISTER
Air 14 : Voulez-vous savoir qui de deux.
Arrêtez, Madame, deux mots. Vous arrivez fort à propos. Ne faites plus mauvaise mine À notre Procureur Fiscal, Je vous proteste, ma voisine, Qu'il veut...MADAME THOMAS, brusquement
Que veut cet animal ?MONSIEUR GRIFFART, à part
Elle fait la fâchée.
MADAME THOMAS
Vraiment, j'ai bien affaire...LE MAGISTER
Oh ! Point d'emportement ? D'un coeur franc et sincère, Avec vous il veut faire Son raccommodement.MADAME THOMAS
Ah ! Il veut se raccommoder tout de bon ?
MADAME THOMAS
Hé bien, soit. J'y consens.LE MAGISTER
Ma foi, c'est un bon diable.LE MAGISTER, au Procureur Fiscal
Monsieur Griffart, vous l'entendez. Madame Thomas est un petit coeur de femme. Allons, embrassez-vous.
MONSIEUR GRIFFART, après avoir salué Madame Thomas, lui présente la main, en disant :
Air 69 : La Ceinture.
Oublions tous deux le passé ? Vivons en bonne intelligenceMADAME THOMAS
De mon coeur tout est effacé.L'embrassant.
Voilà quelle en est l'assurance.Malgré mon courroux, Monsieur Griffart, je n'ai jamais cessé de vous estimer.
LE MAGISTER
J'en suis témoin.
MONSIEUR GRIFFART
Quoique prévenu contre vous, Madame Thomas, je vous ai toujours regardée comme une femme de mérite.
LE MAGISTER
Pour cela, oui.
MADAME THOMAS
Quand j'ai rencontré des gens qui voulaient attaquer votre probité, je vous ai toujours rendu justice.
LE MAGISTER
Elle est généreuse.
MONSIEUR GRIFFART
Quand je me suis trouvé avec des médisants qui voulaient me rendre votre vertu suspecte ; oh ! Je leur ai bien dit ce que j'en pensais !
LE MAGISTER
Il est charitable, Monsieur le Procureur Fiscal. Jarnicoton ! Je ne me sens pas d'aise d'avoir rapatrié deux esprits d'un si bon caractère. Que je vous embrasse.
Après les avoir embrassés.
Air 8 : Je reviendrai demain au soir.
Que cette paix, mes chers enfants ,Bis.
Puisse durer longtemps. Maudit le festin malheureuxBis.
Qui vous brouilla tous deux.MADAME THOMAS
Il est vrai que ce jour-là Monsieur le Procureur Fiscal n'était pas de bonne humeur.
MONSIEUR GRIFFART
De bonne humeur ! Oh ! Pardi, c'est vous qui prîtes un travers.
MADAME THOMAS
Un travers ! Moi, prendre un travers ! Oh ! J'ai trop d'esprit pour cela. C'est vous qui n'entendez quelquefois ni rime ni raison.
LE MAGISTER
Eh ! Laissons-là ce festin !
MADAME THOMAS
Vous n'êtes qu'un bourru, qu'un brutal, qu'un emporté.
MONSIEUR GRIFFART, d'un ton menaçant
Madame Thomas !
MADAME THOMAS du même ton
Monsieur Griffart !
LE MAGISTER
Que diable...
MADAME THOMAS en colère
Allez. Si je vous jetai une assiette à la tête, vous le méritiez bien.
LE MAGISTER
Eh ! Madame Thomas !
MONSIEUR GRIFFART
Et vous, vous méritiez bien aussi tous les noms que je vous donnai.
LE MAGISTER
Mais , mais , mais...
MADAME THOMAS, criant de toute sa force
Tous les noms ! Tous les noms ! Allez, mon ami, vous êtes un plaisant sot.
MONSIEUR GRIFFART, fort irrité
Vous croyez parler encore à votre benêt de mari. Vous êtes une extravagante.
MADAME THOMAS, voulant se jeter sur lui
Ah ! Fripon, il faut que je te...
LE MAGISTER, arrêtant Madame Thomas
Que voulez-vous faire ?
MADAME THOMAS
Le dévisager.
MONSIEUR GRIFFART, bouillant de colère
Allez. Vous êtes une... Vous êtes une... Vous êtes une femme.
Mosnieur Griffart et Madame Thomas se retirent chacun de son côté fort irrités.
SCÈNE IX.
LE MAGISTER, seul
Voilà de la besogne bien faite ! Je les ai mis un peu plus mal ensemble qu'ils n'étaient.
SCÈNE X. Le Magister , Colette, Mathurine.
COLETTE au Magister
Air 121 : Vous y perdez vos pas, Nicolas.
Hé bien , quelles nouvelles ? Avez vous fait la paix ?SCÈNE XI. Colette, Mathurine.
COLETTE
Oh, que non ! Puisque le Magister n'a pas réussi, je vais employer la ruse que je t'ai dite.
MATHURINE
Feindre de l'amour pour Lucas ?
COLETTE
Justement. Cela donnera de la jalousie à ma mère.
Air 38 : Les Feuillantines.
Qui, dans son jaloux effroi, Je le crois, Va se défaire de moi.MATHURINE
Vous êtes ingénieuse.MATHURINE bas
Eh ! Le voilà, Lucas !
COLETTE
Parlons de lui, sans faire semblant de l'apercevoir.
SCÈNE XII. Colette, Mathurine, Lucas à l'écart.
COLETTE
Air 173 : Iris au bord de Seine.
Apprend, mais sois discrète Que j'aime ce Lucas. S'il savait sur Colette Ce qu'ont fait ses appas, Que deviendrais je, hélas !LUCAS, à part
Oh, oh ! Alles parlont de moi ! Accoutons.
MATHURINE
Non, vraiment.
LUCAS, à part
Colette m'aime ! Qui diantre l'aurait deviné ?
MATHURINE
J'admire sa voix.LUCAS, riant
Hé, hé, hé, hé, hé, hé.
COLETTE
Mais ce qui m'enchante, C'est son beau, tourelourirette, C'est son beau, lan-la derirette, C'est son beau minois.LUCAS, à part
Fatigué ! Comme alle en tient !
COLETTE
Air 175 : Quand ma mère était jeunette.
Oui, je prétends satisfaire Ma nouvelle flamme ; De Lucas, malgré ma mère, Je veux être femme. Si l'on ne me donn' ce garçon-là, On verra tout ce qu'on verra : J'en ferai la folie, Ma mie, J'en ferai la folie.LUCAS, paraît et chante :
Air 176 : Vous avez raison, la Plante.
Vous avez raison, la Plante, Il est bon sur ce ton-là, Larira.COLETTE, feignant d'être surprise, pousse un grand cri
Ah !
LUCAS
Oh, oh ! Vous m'aimez donc, Mademoiselle Colette ? Eh ! Vous n'en sonniez mot.
COLETTE
Air 75 : Un petit moment plus tard.
Mais, qui t'a donc mis dans l'esprit Que Colette t'aime ? Puis-je savoir qui te l'a dit ?COLETTE
Quoi, tu m'as entendue ?COLETTE
Je suis, je suis perdue !LUCAS
Le grand malheur !
COLETTE
Assurément, c'en est un ; car tu l'iras peut-être dire à ma mère.
LUCAS
Nennin, nennin, je ne li dirai pas. Al'ne sait morgué pas tout ce que je fais : Queuque sot. Après tout, quand al'le sauroit , est-ce qu'al' me r'abattroit ça sur mes gages ?
MATHURINE
Tu la connais. Elle ferait un beau vacarme.
LUCAS
Hé ! Palsanguié, qui s'en soucie ? Acoutez, Mademoiselle Colette. Il gn'ya qu'un mot qui sarve. Si vous vlez je l'enverrai au barniquet.
MATHURINE
C'est parler net.
MATHURINE à Colette
Te voilà ravie, ma Cousine.
COLETTE, se défendant
Air 84 : De quoi vous plaignez-vous.
Ah ! Lucas, tenez-vous ! Ayez de la politesse. Ah ! Lucas, tenez vous ! Et craignez mon courroux.LUCAS
Oh ! J'aime à rire sans cesse ; À batifoler toujours, À pousser la tendresse Tout au travers des choux.MATHURINE
Quel drôle !
COLETTE
Tu prends un mauvais parti.
LUCAS
Air 177 : Est-ce ainsi qu'on prend les Belles ?
On dit qu'avec les fumelles Il faut être comme ça.COLETTE
Non, non, toujours auprès d'elles Un air poli l'emporta. C'est ainsi qu'on prend les Belles. Lon, lan-la, o gué, lon-la.LUCAS
Serpedié ! Vous ne chassez pas de race !
COLETTE
Que veux-tu dire par-là.
LUCAS
Je veux dire que votre mère n'aime pas tant la poulitesse que vous.
SCÈNE XIII. Colette, Maturine, Lucas, Madame Thomas derrière eux, sans en être aperçue.
MADAME THOMAS, à part
Ah, ha ! Lucas avec ma fille !
LUCAS, riant
Hé , hé, hé, hé, hé.
COLETTE
Qu'as-tu à rire ?
MATHURINE
Pourquoi ris-tu ?
LUCAS
Je ris de ce que...
Il rit encore.
Hé, hé, hé, hé, hé.
COLETTE
Explique-toi donc.
LUCAS
Je ris de ce que votre mère...
Il continue de rire.
Hé, hé, hé, hé, hé.
MATHURINE
Hé bien ?
LUCAS
Aile croit bonnement que je l'épouserai ; mais, prrr.
MADAME THOMAS à part
Qu'entends je !
LUCAS
A l'a déjà fait avartir les ménêtriers pour note noce. Alle payera les violons ; mais jarnonbille , je danserons pour elle.
MADAME THOMAS à part
Le Coquin !
COLETTE
Diantre ! Cela est déjà bien avancé.
LUCAS
Le bon de l'affaire, c'est qu'al' ne sait pas que Colette m'aime, et que j'aime itout Colette.
MADAME THOMAS, à part
Le traître !
LUCAS
Air 119 : Mirlababibobette.
Tâtigné ! Madame Thomas, Mirlababibobette ; Queu fracas Alle fera, belle Colette. Mirlababi, farlababo , mirlababibobette.MADAME THOMAS, en furie, se montrant tout-à-coup, et continuant l'air :
SarlababoritaCOLETTE contrefaisant l'épouvantée
Ah !
MATHURINE
Ô Ciel !
LUCAS étonné, et achevant l'air :
Oh ! La voilà.
MADAME THOMAS, à Colette
Air 36 : Malheureuse journée !
Petite Impertinence, Comment donc à mes yeux...MATHURINE
Ne grondez point, ma Tante.MADAME THOMAS, à Colette et à Mathurine
Ôtez vous de ces lieux.À Lucas.
Et toi, traître, volage... !LUCAS, à part
Que ne suis je en un trou !MATHURINE
Air 65 : Voici les Dragons qui viennent.
Quelle fureur est la tienne ! Vite sauvons-nous.Elles s'en vont.
LUCAS
Couper le cou tatiguienne ! Il est bon que le cou tienne,À Madame Thomas qui le houspille.
Arrêtez-vous, Arrêtez vous.SCÈNE XIV. Lucas, Madame Thomas.
MADAME THOMAS, toujours en colère
Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Tu m'abandonnes donc aujourd'hui pour Colette, Toi, que depuis quinze ans j'élève à la brochette !MADAME THOMAS
Ah ! Perfide, tais-toi ! Où seras tu jamais plus heureux que chez moi ?Air 10 : Mon père, je viens devant vous.
Ne trouves-tu pas le matin , Pour te raccommoder la panse, Du pain blanc et d'excellent vin ? On double au dîné ta pitance ; Au soupé, ne garde-toi pas Le jus de l'éclanche à Lucas ?LUCAS
Si vous me nourrissez bian, je travaille de même. La besogne est forte cheux vous.
MADAME THOMAS
Hé bien, petit inconstant, petit scélérat, j'y consens. Va. Épouse Colette. Mais tu n'auras pas le sou, je t'en avertis.
LUCAS, à part
Ce n'est pas-là mon compte.
MADAME THOMAS
Tu mourras de faim.
LUCAS, à part
Malepeste ! Serviteur à Colette. Tenons-nous au gros de l'arbre.
MADAME THOMAS
Grand-Jacques profitera de ta folie ; je l'épouserai.
LUCAS, haut
Ah ! Voyez donc comme alle se fâche !
MADAME THOMAS
Je n'en ai pas sujet, n'est-ce pas ?
LUCAS
Bon. Allez. Tout ce que j'ai dit à Colette n'était que pour rire.
MADAME THOMAS
Pour rire !
LUCAS
Vous croyez donc que je ne vous ai pas apparçue ? Eh non ! J'ai dit comme çà, à part moi : Vla Madame Thomas qui vient à pas de loup, pour nous accouter ; baillons-li un peu la venette.
MADAME THOMAS
Quoi, Lucas, il n'est donc pas vrai que tu aimes Colette ?
LUCAS
Fi donc ! Vla encore une plaisante morveuse. Vous m'avez dégoûté, Madame Thomas, vous m'avez dégoûté de la jeunesse.
LUCAS
Oui, je le suis, n'en doutez pas. Vos écus ont bien plus d'appas Que les yeux d'une Parronelle.MADAME THOMAS lui tendant la main
Sur ce pied-là, faisons la paix : Lucas, lions-nous pour jamais.Attend-moi ici. Je vais parler au Tabellion. Je reviendrai te joindre.
SCÈNE XV.
LUCAS, seul, riant
Comme les femmes qui aimont baillent dans le pagniau.... Ah, ah ! Voici le Tambour de la Compagnie de Monsieur Valére.
SCÈNE XVI. Lucas, Arlequin, Tambour.
Il a une bouteille pendue à sa ceinture et deux verres à son chapeau.
ARLEQUIN, chante en battant le tambour
Air : Grand Duc de Savoie, à quoi penses-tu ?
Si des Vilageoises, Avec leur fierté ! Vivent nos grivoises, J'en suis enchanté. Souvent au Village On nous fait souffrir ; Au Camp la plus sage À nous vient s'offrir.Tambour : Est aussi un soldat destiné à battre la caisse. En chaque compagnie d'infanterie il y a du moins un tambour. [F]
LUCAS
Courage, courage, Monsieur Arlequin. Vous êtes toujours un drôle de corps.
ARLEQUIN
Air 32 : Du haut eu bas. Rondeau.
Tambour battant. Mon cher Lucas, je me promène, Tambour battant. De mon sort je suis fort content ; Bon pain, bon vin, bon Capitaine, Avec un tendron que je mène Tambour battant.Tendron : La partie fort tendre de quelque chose. Se dit figurément et burlesquement, de filles au dessous de vingt ans. [F]
LUCAS
Pardi ! Vous n'engendrez point de mélancolie, Monsieur Arlequin.
ARLEQUIN
Non, vraiment. Ni vous non plus, Monsieur Lucas ; vous qui êtes la coqueluche de Nanterre, et le factoton de Madame Thomas.
Factoton : Celui qui se mêle, qui s'ingère de tout dans une maison. Il est du style familier, et ne se dit guère qu'en dénigrement. [Ac 1762]
LUCAS
Je ne suis encore que le garçon de la Farme ; mais , entre nous, j'en serai biantôt queuqne chose de plus, dà.
Air : Et je l'ai pris pour mon Valet.
Je vais de Madame Thomas Tarminer le veuvage.ARLEQUIN, sautant au cou de Lucas
Que je t'embrasse, cher Lucas. C'est une veuve sage : Elle te prend pour son mari, À cause de ton teint fleuri.LUCAS, sautant et répétant les deux derniers vers
Oui.
Elle me prend pour son mari, À cause de mon teint fleuri.ARLEQUIN
Je l'en estime d'avantage. C'est une brave femme. Il faut boire à sa santé.
LUCAS
Tope.
ARLEQUIN, ayant donné un verre à Lucas, et lui ayant versé du vin
Air 135 : Les fanatiques.
Allons, buvons à la santé De cette grosse mère.Ils boivent.
Sans oublier la Beauté Dont est charmé Valere,Ils boivent encore.
Trinque à la postérité Dont tu dois être père.Ils recommencent à boire.
LUCAS
Morgué ! Vla de bon vin. Varsez-m'en encore. À vous et à moi présentement.
ARLEQUIN, choquant avec lui
Allons, à nous deux.
LUCAS, après avoir vidé son verre
Hoçà, à st'heure, à qui boirons-je ? Pargué, à votre amoureuse, Monsieur Arlequin.
ARLEQUIN, lui versant encore du vin
Je vous remercie, mon ami.
Air 180. Pavanne d'Enée.
Lucas est un bon garçon, Il entend bien à vider un flacon. Oh ! Par ma foi, c'est grand dommage Qu'il croupisse en un Village ! Il aurait fait l'ornement Du plus célèbre Régiment.ARLEQUIN
Tu crains la mort, parce que tu n'y ès pas fait. Tiens. Si tu avais seulement deux Campagnes par devers toi, tu écouterais ronfler le canon comme une flûte douce,
LUCAS
Jarni ! Si je savais ça, je me bouttrois tout-à-l'heure dans le sarvice.
Bouter : Mettre. Vieux mot qui était autrefois fort en usage. [F].
ARLEQUIN
Tu t'y accoutumeras, te dis-je...
LUCAS
J'aimerais à ne sarvir que dans les Revues.
ARLEQUIN
Sur ce pied-là tu peux t'engager à présent. Nous sommes en paix ; il n'y a rien à risquer. Buvons un coup : un verre de vin porte conseil.
Ils boivent de nouveau.
LUCAS, apres avoir bu
Air 3 : Bannissons d'ici l'humeur noire.
Oh ! Ce n'est pas que je balance ! J'ai du coeur comme un enragé : Mais, si la guerre recommence, Je prétends avoir mon congé.ARLEQUIN
Cela va sans dire. Allons, mon Brave, à la santé du Roi.
Il lui verse encore du vin.
LUCAS, choquant le verre
Allons, oui. Vive la guerre pendant la paix.
SCÈNE XVII. Lucas, Arlequin, Valère.
ARLEQUIN, à part
Bon. Voici Monsieur Valére.
VALÈRE, à part
Je ne sais si Arlequin aura réussi.
ARLEQUIN, à Lucas
Camarade saluez votre Officier.
À Valére.
Monsieur, vous voyez dans ce garçon-là un des meilleurs soldats de votre Compagnie.
VALÈRE
Cela me fait plaisir. Lucas est un bon enfant. Ça, mes amis, j'ai ordre de partir demain pour aller joindre le Régiment en Flandres. Nous allons apparemment recommencer la guerre.
LUCAS
Oui ; Je demande donc mon congé. Je ne me suis engagé qu'à condition que je ne sarvirois point pendant la guerre.
VALÈRE, prenant Lucas par l'épaule
Allons, allons. Point tant de raisons. Tu es engagé, tu marcheras.
Lucas se met à pleurer et crier de toutes ses forces.
SCÈNE XVIII ET DERNIÈRE. Valère, Arlequin, Lucas, Madame Thomas, Colette, Mathurine, Troupe de Paysans et de Paysannes dansants.
MADAME THOMAS, effrayée
Qu'y a-t-il donc, Lucas ! Que t'a-t-on fait ?
LUCAS, pleurant
Ce sont ces vendeurs de chair humaine, qui m'avont enroullé pour la guerre.
MADAME THOMAS, à Valére
Air 6 : Menuet de Monsieur de Grandval.
Allez, allez, Monsieur Valére, Je m'en souviendrai plus d'un jour. Vous voulez venger votre père, En me jouant ce mauvais tour.VALÈRE
Madame, vous me connaissez mal. La fuite vous désabusera.
LUCAS, d'un ton piteux
Oui ; mais il faudra donc toujours que je marche à bon compte ?
ARLEQUIN
Sans doute ; et c'est trop perdre de temps. Partons.
LUCAS, pleurant
Eh ! Madame Thomas !
MADAME THOMAS
Tout beau, Messieurs. J'ai de quoi le racheter. Combien vous faut-il ?
ARLEQUIN
Cent pistoles.
Air 38 : Les Feuillantines.
Grand, carré, de bon aloi, Dans l'emploi Il servira bien le Roi. Peut-on trop payer la taille ?MADAME THOMAS
Mais, cent pistoles !
ARLEQUIN
Sans en rabattre une maille.Maille : Ce mot signifie quelquefois une monnoie de peu de valeur. [T]
MADAME THOMAS
Même Air :
S'il est propre pour le Roi, Par ma foi , Il l'est encor plus pour moi. Pour payer sa délivrance Voici de bonne finance.Tirant sa bourse.
Puisqu'il n'y a rien à rabattre, je vais vous compter les cent pistoles.
À Lucas.
Heu ! L'étourdi ! Vois ce que tu me coûtes.
LUCAS
Air 46 : Ma raison s'en va beau train.
Eh ! Là , là, Maman Thomas, Ne me le reprochez pas ! Je bêcherai tant , Je piocherai tant ; Un peu de patience : Ne plaignez point votre comptant, J'en tirerons quittance, Lon-là, J'en tirerons quittance.Madame Thomas présente sa bourse à Valère qui la refuse.
VALÈRE
Votre argent ne me tente point, Madame ; la possession de l'aimable Colette peut seule me toucher. Ce n'est qu'à cela que la liberté de Lucas est attachée.
ARLEQUIN
Vous voyez bien que nous nous mettons à la raison.
MADAME THOMAS, regardant Colette
Air : Tes beaux yeux ma Nicole.
Je vois tout le mystère. Ah ! Coquine, c'est vous...COLETTE
Maman, point de colère. Donnez-moi cet époux. Par-là, vous allez faire D'une pierre deux coups ; En m'accordant Valère Lucas sera pour vous.LUCAS
C'est bian dit.
MADAME THOMAS à Valére
Monsieur, j'ai des raison pour vous refuser ma fille.
VALÈRE
Madame, j'ai aussi les miennes pour vous refuser Lucas.
MADAME THOMAS
Ma fille demeurera auprès de moi.
ARLEQUIN
Lucas demeurera dans le Régiment.
À Lucas, le prenant au collet, et le secouant.
Allons, marche.
LUCAS, pleurant
Madame Thomas !
VALÈRE
Vous avez pris votre parti, Madame. Adieu.
ARLEQUIN à Lucas, lui donnant un coup de poing dans l'estomac
Marche.
LUCAS, pleurant
Vous m'abandonnez donc, Madame Thomas.
MADAME THOMAS à Valère
Arrêtez, Valére. J'aime mieux vous donner deux cens pistoles.
COLETTE
Ma chère mère, épargnez votre argent.
VALÈRE
Madame, cela est inutile.
ARLEQUIN
Non, non. Nous allons joindre le Régiment !
À Lucas, lui appuyant le pied sur le ventre.
Marche, Gueux, marche.
LUCAS, criant de toutes ses forces
Madame Thomas. Eh ! Bâillez-li votre fille !
MADAME THOMAS, à Valére
Monsieur, voulez-vous mille écus ?
VALÈRE
Madame, vous m'en offririez cent mille inutilement.
ARLEQUIN
Il n'en démordra pas.
MADAME THOMAS, poussant un grand soupir
Puisqu'on ne peut s'en tirer autrement, je vous accorde donc ma fille.
COLETTE, transportée de joie
Ma chère mère !...
VALÈRE, embrassant Madame Thomas
Madame, vous me rendez le plus heureux de tous les hommes.
LUCAS sautant
Vivat. Mon enroullement a fait marveilles.
ARLEQUIN, présentant Lucas à Madame Thomas
Et moi, par reconnaissance, je vous donne Lucas.
MADAME THOMAS
Que tous ceux que j'avais invités à mes noces viennent célébrer ce double mariage.
On danse.
MATHURINE, après la danse, chante l'air suivant
Air 211 : De Monsieur Gillier.
Madame Thomas Épouse Lucas. Célébrons ce mariage. Elle agit en femme sage : Il fait déjà son tracas ; Il est fait à son ménage.ARLEQUIN, à Madame Thomas
Air 212 : De Monsieur Gellier.
Madame Thomas, En prenant Lucas, Vous prenez la fleur de Nanterre ; Vous ôtez au Dieu des Combats Un vrai fier-à-bras, Un foudre de guerre.La danse reprend ce qui finit la pièce.
364 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0