Opéra comique en vers et en prose· Pièce d'un Acte
L'Opéra Comique Assiégé
Représenté à la Foire de Saint-Germain en 1730.
Personnages
- LA COMÉDIE FRANÇAISE
- LA COMÉDIE ITALIENNE
- L'OPÉRA
- SUIVANT DE L'OPÉRA
- SCARAMOUCHE, Espion des Comédies
- PIERRETTE, Suivant de l'Opéra-Comique
- MEZZETIN, Suivante de l'Opéra-Comique
- LA CHICANE
- LA FRAUDE, suivante de le Chicane
- L'ENVIE, suivante de le Chicane
- LE MALADE, par complaisance
- LE BAL DE PARNASSE
- CALLISTHÈNE
- LA REINE DE BAROSTAN
- LES COUPLETS EN PROCÈS
- UN TAMBOUR
- LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD
- SAMSON, Pierrot
- TÉLÉMAQUE
AVERTISSEMENT
Cette Pièce fut faite à l'occasion d'un nouveau procès que les Comédiens Français s'avisèrent d'intenter à l'Opéra Comique, dans lequel ils eurent le démenti.
Le théâtre représente dans l'enfoncement un fort. Il y a au dessus écrit en gros caractères : Fort de l'Opéra-Comique. Dans les ailes, sont deux tentes ; celle du coté droit est une tente à la Romaine avec les Aigles, sur laquelle se lisent ces mots : Camp de la Comédie Françoise. Et du côté gauche une autre tente de toile bariolée, sur laquelle il y a écrit Camp de la Comédie Italienne. La Scène ouvre par le bruit du Canon, et par une décharge de Mousqueterie qu'on tire du fort sur les Assiégeants.
SCÈNE PREMIÈRE. La Comédie Française, La Comédie Italienne en Amazones armées.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air La Troupe Italienne, faridondaine partira.
Eh quoi ? La Troupe Romaine Ne détruira jamais le Comique-Qpéra !LA COMÉDIE ITALIENNE
Quoi donc ? L'Italienne, Faridondaine, Et lonlanla. Jamais à la Foraine, Faridondaine Ne nuira.LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air Le Démon malicieux et fin.
Nous n'avons encor pu qu'à demi Nous venger de ce fier Ennemi.LA COMÉDIE ITALIENNE
Contre lui notre juste furie Ne sera donc qu'un inutile effort ? À nos yeux il a l'effronterie De se venir retrancher dans ce fort.LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air 193. Choquons le verre.
La belle gloire ! La belle gloire, De l'avoir mis hors de la Foire ! Tin, terlintin, terlintin, terlintin ; Et pour en garder la mémoire, D'avoir perdu tant de latin.LA COMÉDIE ITALIENNE
Air Que Dieu bénisse la besogne.
Il tire sans cesse sur nous, Nous donne souvent du dessous.LA COMÉDIE FRANÇAISE
Il a, ma foi, fait des sorties, Que nous avons bien ressenties.Air 125. Comment faite ?
Mais contre fortune bon coeur ; Il nous faut reprendre vigueur. Ne consultons que la colère.LA COMÉDIE ITALIENNE
Oui, mais, après mille travaux, Nos vieux Soldats sont tous manchots : Comment faire ?LA COMÉDIE FRANÇAISE
Oh ! Vraiment, je ne serais point en peine si "Brutus et Catilina" me venaient secourir, comme ils me l'ont promis : mais je ne puis compter sur ces grands guerriers...
Air 28. Le vin a des charmes puissants.
Catilina, par sa lenteur, Me laisserait réduire en poudre : Brutus devient un déserteur, Quand il voit qu'il faut en découdre.C'est cette même pièce dont il est parlé dans les Spectacles malades. [NdA]
Tragédie nouvelle, que son auteur retira après en avoir distribué les rôles.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Cela est fâcheux pour nous. Il nous faudrait pourtant quelque puissant secours,
LA COMÉDIE FRANÇAISE
J'espère que bientôt nous en aurons un qui nous délivrera de nos Ennemis. C'est un monstre de ma connaissance à qui j'ai envoyé ordre de se rendre ici.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Ho-ho !
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air Joconde.
Ce Monstre en malice n'a pas Son pareil fur la Terre : Il fait cent fois plus de dégâts Que la Peste et la Guerre ; Il fait d'écus, et d'escalins Tous ses repas funestes ; Les Veuves et les Orphelins Ne mangent que ses restes.Escalin : Petite monnaie d'argent valant environ sept sous monnaie de France, qui a cours aux Pays-Bas et ailleurs.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Que me dites-vous !
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air Amis, sans regretter Paris.
Du Manceau, comme du Normand, Cette Bête est l'organe. Elle est des environs de Caen.LA COMÉDIE ITALIENNE
Ha ! C'est donc la Chicane !LA COMÉDIE FRANÇAISE
Vous l'avez deviné. Je l'attends... Mais, tenez, la voici.
LA COMÉDIE ITALIENNE
O che bruta figura !
SCÈNE II. Les deux Comédies, La Chicane suivi de l'Envie et de la Fraude.
LA CHICANE, à la Comédie Française
Air 194. En bâche Normandie.
En bâche Normandie Ton ordre a pénétré, O chuch' ma fey ! Je viens t'offrir, ma Mie,, Tout le pouvoir que j'ay. ; O chuch' ma fey. Vér' guieu m'damne ! Donn' z'au guiéble ! Qui se prend à tey, Se prend à mey, O chuch' ma fey !LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air Le fameux Diogène.
Sur l'Opéra-Comique, Et sur toute sa clique Exerce ta fureur ; Massacre cette race ; Va remplir cette place De carnage et d'horreur.LA CHICANE, à sa Suite
Air C'est à toi, mon Camarade, à qui je livre l'assaut.
Venez, l'Envie et la Fraude, Allons leur donner l'assaut : Çà, çà , çà, qu'on les galvaude Vaude, vaude, Çà, çà , çà, qu'on les galvaude Comme il faut.L'Envie et la Fraude, l'une tenant un poignard et, l'autre un flambeau, vont escalader le Fort sous les ordres de la Chicane.
SCÈNE III. Les Acteurs de la Scène précédente ; troupe d'acteurs forains, paraissant aux créneaux du fort.
CHOEUR DE FORAINS
Air 195. Parodie d'Armide.
Ah ! Quels objets horribles ! Ah ! Quels Monstres terribles !LA COMÉDIE ITALIENNE, à la Comédie Française
L'alarme est au quartier.
MEZZETIN
Air Y-avance, y-avance.
Vole à nous, Cousin l'Opéra ? Contre ces vilains : monstres-là Tu dois prendre notre défense.CHOEUR DE FORAINS
Y-avance, y-avance, y-avance !MEZZETIN
Nous payons bien ton assistance.SCÈNE IV. Les Acteurs de la scène précédente, L'Opéra l'épée à la main, Suivant de l'Opéra portant des chaînes.
CHOEUR DE FORAINS
Bon, le voilà !L'OPÉRA, aux Forains
Oui, mes Enfants, l'Opéra Toujours vous protégera.Aux deux Comédies.
Quoi ? Vous ne voudrez donc jamais Laisser mes Amis en paix ! Je vous écraserai tous. Redoutez mes coups, Ô Coeurs jaloux ! Fuyez, fuyez, éloignez- vous, Pour éviter mon courroux.Les deux Comédies prennent la fuite, [comme] en fait l'Envíe et la Fraude, L'Opéra courtise la Chicane.
Et toi, Monstre fatal, Affreux Animal, Échappé du séjour infernal ! À nous tu t'adresses bien mal.Frappant la Chicanne.
Reçois, Méchant, Dans ce moment, Ton châtiment. Pour ton tourment, Je vais promptement Te lier fortement, T'envoyer aux Enfers, Expier dans les fers.Tous les maux que par toi les Forains ont soufferts.
II pousse la Chicane dans la Coulisse, en la frappant toujours, pendant que son Suivant la charge de chaînes. Dans le temps que cela se fait, les Forains chantent ce qui fuit.
PIERRETTE, du haut des Murs
Air 36. Perrette étant dessus l'herbette.
Quelle horreur ! Quel triste ravage ! Le Monstre redouble sa rage ! L'Opéra s'expose pour nous ! Grands Dieux, donnez-lui l'avantage, Conduisez son bras et ses coups !MEZZETIN
Air Des Fraises.
Amis, réjouissons-nous : L'Opéra , plein de gloire, Vient d'abattre sous ses coups La Chicane. Chantons tous : Victoire ! Victoire ! Victoire !CHOEUR DE FORAINS
Victoire ! Victoire ! Victoire !Le Choeur continue.
Air 197. Parodie du Prologue de Phaéton.
Que du nom d'Opéra retentissent les airs ! Rien ne peut nous troubler, la Chicane est aux fers.L'OPÉRA, aux Forains
Air Quand le péril est agréable.
Enfants, j'ai fini mon ouvrage. Je ne puis plus rien pour vos jours : N'attendez plus d'autre secours Que de votre courage.Il s'en va emmenant avec lui la Chicane enchaînée.
SCÈNE V. Les deux comédies.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Ha ! Que la peste le crève, L'Opéra qui nous enlève Notre plus charmant espoir !LA COMÉDIE FRANÇAISE
Ne perdons point l'espérance De voir les Forains périr. Il faut à notre vengeance Les immoler, ou mourir.LA COMÉDIE ITALIENNE
C'est bien dit. Mais conduisons-nous prudemment.
Air Le Cabaret est mon réduit.
Ils se rendront sans coup férir, Ou je veux y brûler mes livres. Pour les prendre fans ,courir , Il faut leur couper les vivres. Il faut leur couperTrois fois.
les vivres,SCÈNE VI. Les deux Comédies, Scaramouche.
SCARAMOUCHE
Grande nouvelle, Mesdames, grande nouvelle !
LA COMÉDIE ITALIENNE
Qu'y a-t-il donc, Scaramouche ?
SCARAMOUCHE
Air Je ne suis né, ni Roi, ni Prince.
Le Malade par complaisance À petit pas ici s'avance, Escorté d'un joli garçon, Appelé Le Bal du Parnasse. Tous deux conduisent un Caisson, Ils vont ravitailler la Place.Il se retire.
Le Malade par complaisance est un opéra comique de Boisard de Ponteau, Fuzelier et Pannard, représenté le 3 février 1730 au Jeu de Paume de la rue de Buci et qui ne réussit pas. (Ms VP MS NA 228, Fo 28-91)
La Bal du Parnasse est un opéra comique de Fuzelier et Pannard, représenté le 15 août 1731 à la Foire Saint-Laurent et qui ne réussit pas. (Ms BnF FR-9337)
SCÈNE VII. Les deux Comédies.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
C'est ce qu'il ne faut pas souffrir.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Quelles troupes leur opposerons-nous ?
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air 22. Changement pique l'appétit.
Hé, mais, votre Roi de Grenade , Ou bien votre Prince Malade.Abdili, roi de Grenade ou les maris embarrassés de Mme Flaminia et de Delsile e la Drevetière est une comédie en trois actes et en prose, représentée une fois à l'Hôtel de Bourgogne le 20 décembre 1729. (non imprimée)
Les Jeux Olympiques ou le Prince malade de La Grange-Chancel, est une comédie héroïque en trois actes et en vers, représentée à l'Hôtel de Bourgogne le 12 novembre 1729. (imprimée dans les oeuvres de l'Auteur)
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Cela est bien triste.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
N'avez-vous pas vos Philosophes amoureux ?
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Non.
Air On n'aime point dans nos Forêts.
Mes Philosophes amoureux Viennent de partir pour leur Terre ; Pour jamais dégoûtés tous deux Du rude métier de la Guerre, Voulant jouir d'un sort plus doux, Ils sont allés planter des choux.Les Philosophes amoureux de Destouches, est une comédie en cinq actes et en vers, représentée au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain le 26 novembre 1729. (imprimée Chez Lebreton en 1730)
LA COMÉDIE ITALIENNE
Nous voilà bien embarrassées. Attaquons nous-mêmes le convoi.
Air Ô reguingué ! Ô lonlanla !
Venez, secondez mon ardeur : Montrons que nous avons du coeur ; Deux hommes nous feront-ils peur ? Ma Bonne, allez je vous proteste Que nous leur donnerons leur reste.LA COMÉDIE FRANÇAISE
J'en fuis persuadée. Courons au devant de l'ennemi.
SCÈNE VIII. Les deux Comédies, Le Malade par complaisance, Le Bal du Parnasse conduisant un caisson.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air À boire, à boire, à boire ! Nous quitterons nous etc.
Mais à nous il arrive.LA COMÉDIE ITALIENNE, au Malade etc
Qui vive ? Qui vive ? Qui vive ?LE MALADE
Vive le Comique-Opéra.LA COMÉDIE FRANÇAISE, le pistolet à la main
Messieurs les Guerriers, halte-là !Air 198. Des Fêtes Vénitiennes.
Songez à vous défendre. Tout Forain est notre ennemi.LA COMÉDIE ITALIENNE, l'épée à la main, au Malade, lui poussant une botte
Air 86 Je fuis un bon Soldat : Ti , ta, ta !
Pare moi celle-là : Ti, ta, ta ! Hé ! Tire donc ta lame !LA COMÉDIE FRANÇAISE, au Bal, lui mettant le Pistolet sur l'estomac
Et toi, résistes-tu ? Tu, tu, tu ? Je vais te brûler l'âme.LA COMÉDIE ITALIENNE, au Malade
Air, Les Trembleurs.
Ah ! Que vous avez de peine ! Allons donc mon Capitaine ! Voyez la belle dégaine !Le Malade tire son épée lentement et la laisse tomber.
LE BAL, à la Comédie Française
Je vous demande quartier.LE MALADE, à genoux devant la Comédie Italienne, et lui rendant les armes
Madame de l'Italie, Épargnez-moi, je vous prie ! Je n'ai qu'un souffle de vie... Je suis votre prisonnier.LA COMÉDIE ITALIENNE
Hé bien, soit. Entrez dans ma tente avec vos vivres.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Oh ! Pour les vivres, non. Qu'on les conduise à notre Camp. Nous en avons plus besoin que vous.
SCÈNE IX. Les deux Comédies, Scaramouche.
SCARAMOUCHE
Air Par bonheur, ou par malheur.
La Reine du Barostan, Vient ici, tambour battant. Les Couplets sont avec elle... Et leur dessein est, dit-on, D'aller de la Citadelle Renforcer la Garnison.Il se retire.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Elle n'a qu'à venir, pendant que nous sommes en train de ferrailler.
LA COMÉDIE FRANÇAISE, branlant la tête
Hom ! Nous allons peut-être trouver à qui parler. Les Troupes Orientales m'inquiètent. Elles nous ont souvent taillés des croupières... Mais quel Personnage vient à nous ?
SCÈNE X. Les deux Comédie, Callisthène.
CALLISTHÈNE, déclamant, à la Comédie Française
Madame, vous voyez le bouillant Callisthéne. En Chevalier Errant ,touché de votre peine, Je viens vous présenter le secours de mon bras, Qui vous vaudra lui seul des milliers de Soldats. Pour louer ma valeur, il faut des hyperboles.Callisthène est une tragédie en cinq actes et en vers d'Alexis Piron, représentée pour la première fois le 18 février 1830 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Il faut des actions, et non pas des paroles.LA COMÉDIE ITALIENNE
C'est le prendre en effet sur un assez haut ton.LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air 199. Lasson bredondaine.
Mon brave Callisthène, Lassi, Lasson, Lasson bredondaine : Mon bonheur vous amène Fort à propos ici : Patari, Pataton : Fort à propos ici,Bis.
Pour combattre une Reine, Lassi, Lasson, Lasson, bredondaine ; Pour combatre une Reine, Qui sert notre Ennemi.En cet endroit, on entend le tambour qui bat la Marche des Dragons.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Air 200. Du Feu d'Artifice.
Elle vient, ma foi ! Je l'entends. Je la vois avec tous ses gens.LA COMÉDIE FRANÇAISE, à Callisthène
Opposez-vous à son passage, Et nous montrez votre courage : Pan, pan, pan ! Allez-vous-en À la Reine du Barostan.Elle se retire.
L'Heureux dénouement ou la Reine de Barostan de Gilliers, d'Orneval, Lesage, le 08 février 1729 à la Foire Saint-Germain.
LA COMÉDIE ITALIENNE, s'en allant
Air Voici les Dragons, etc.
Voici les Dragons qui viennent, Vite sauvons-nous !SCÈNE XI. Callisthène, La Reine du Barostan, Les Couplets en Procès, un Tambour jouant la marche des Dragons, avec l'Orchestre.
Callisthéne fait un mouvement pour aller à l'ennemi.
LA REINE, aux Couplets
Air 2O1. Marche des Dragons.
Allons, mes enfants, alerte ! On arrête ici nos pas, L'Ennemi vient. Il court à sa perte. Donnons dessus, ne l'épargnons pas.CALLISTHÈNE, l'épée à la main
Air 6 : Ô turlutaine !
Ne vous battez point, ma Reine , Contre un trop fort ennemi : Rendez-vous à Callisthène.LA REINE, d'un ton moqueur
Ô turlutaine !CALLISTHÈNE
Il vous fera bon parti.LA REINE
Turlutu, tantaleri !CALLISTHÈNE
Prenez- y garde.
Air 88. Ha ! Voyez donc !
Je suis un rude compagnon, Et j'ai bien de l'école :Il fait de la pointe et de l'espadon.
J'y vais de pointe et d'espadon.Espadon : grande et large épée qui a deux poignées, et qu'on tient à deux mains. [F]
LA REINE
Ha ! Voyez donc. Ha ! Voyez donc. Comment s'y prend le Drôle !Aux Couplets.
Filez, Grivois, filez. Gagnez promptement le Fort.
CALLISTHÈNE, se préparant à leur barrer le passage
Je vais écharper votre escorte.
LA REINE, lui présentant sa demi-pique
Plaît-il ?
Pendant ce temps-là les Couplets gagnent le Fort, dont on leur ouvre les portes.
LA REINE, l'arrêtant toujours
Tout beau, tout beau.CALLISTHÈNE
Quoi ? Il sera dit qu'une femme à ma Barbe...
LA REINE
Croyez-moi, faites retraite. Il n'y a rien à gagner ici pour vous.
CALLISTHÈNE, se retirant
J'enrage !
LA REINE, à part
Rejoignons nos gens.
Elle fait quelques pas pour se rendre au Fort, Le jeu de l'Amour et du Hasard l'arrête.
SCÈNE XII. La Reine du Barostan, Le Jeu de l'Amour et du Hasard.
LA REINE, se retournant
Qu'est-ce que vous demandez ?LE JEU
Contre vous, non sans alarmes : Tique, tique, taque, et lonlanla ! je viens éprouver mes amies, Je vous demande cela.Le Jeu de l'Amour et du hasard est une comédie en prose et en trois acte de Marivaux représentée pour la première fois le 23 janvier 1730 à l'Hôtel de Bourgogne.
LA REINE
Qui êtes-vous ?
LE JEU
Je suis le Jeu de l'Amour et du Hasard.
Il fait deux pas en arrière.
Mais que vois-je !
Air L'autre nuit j'aperçus en songe.
Je trouve de la ressemblance, Ma Princesse, entre vous et moi.On trouvait quelque ressemblance entre le Jeu du Hazard et la Reine du Barostan. [NdA]
LA REINE
De vos parents les miens, je crois, N'avaient aucune connaissance : Cette ressemblance ne part Que d'un simple jeu du Hasard.LA REINE
N'écoutons que notre haine.LE JEU
Je n'en ai plus.SCÈNE XIII. La Reine du Barostan, La Comédie Italienne.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Air, C'est le Dieu des Eaux qui va paraître.
C'est le fort Samson qui va paraître : Vous allez trouver votre Maître.Samson : Tragi-comédie en cinq actes et en vers de Romagnesi, représentée pour la première fois le 28 février 1730 à l'Hôtel de Bourgogne.
LA REINE, à part, se sauvant
Sauvons-nous dans la Forteresse.
Elle va se réfugier dans le Fort, Les Trompettes annoncent Samson.
SCÈNE XIV. La Comédie Italienne, Samson, tenant une mâchoire d'âne.
SAMSON
Air 202. Matelots d'Hypermnestre.
Où sont-ils, Ces Forains maudits ? Cette engeance, Qui balance Les forces de mes Amis ? La fureur Règne dans mon coeur. C'est en vain qu'une Citadelle Entre ces murs recèle Des gens que glace la peur. Par la mort ! Dans mon fier transport, Ma. mâchoire d'âne , Tombant sur leur crâne, Enverra Chez Pluton ces Faquins-là.Samson : tragi-comédie en vers de Romagnesi, première le 28 février 1730 à l'Hôtel de Bourgogne. Alexis Piron a tenté de traiter le même sujet mais il ne l'acheva pas.
* Pièce italienne traduite en vers français qui faisait alors grand bruit aux Italiens. [NdA]
LA COMÉDIE ITALIENNE
Air 203 Par derrière et par devant.
Suivez votre noble audace, La victoire vous attend.SAMSON
De mon asinine masse, Je m'en vais tout culbutant, Le long de ça , Le long de là , Le long de la Place, Par derrière et par devant.Il s'approche du fort, y donne plusieurs coups de sa mâchoire d'âne, pendant qu'on tire sur lui des pétards. Il revient chargé des portes du Fort.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Quel abatteur de quilles !
SCÈNE XV. Samson, La Comédie Italienne, La Reine de Barostan, Les Couplets ne procès, Télémaque, Messzetin et plusieurs autres acteurs forains tous sortant du fort en ordre de bataille.
LA RElNE, aux assiégés
Air Je ferai mon devoir.
Ne souffrons pas un tel affront : Jetons nous sur Samson.Bis.
LA COMÉDIE ITALIENNE, à Samson
Songez à les bien recevoir.MEZZETIN
Nous avons pour notre Chef Le courageux Fils d'Ulysse.La parodie de Télémaque est une parodie de d'Orneval et Lesage créée en Février 1715 au Jeu de Paume de Bel Air et repris le le 4 mars 1730 à la Foire Saint-Germain.
TÉLÉMAQUE, d'un ton niais, s'avançant l'épée à la main contre Samson
Je suis plus fort que Samson, moi.
SAMSON
Oui ; car je n'ai qu'une mâchoire d'âne et tu en as deux.
Il le frappe de sa mâchoire et le renverse.
Tiens voilà ton estasse. Va te faire panser.
Télémaque se relève, et tout éclopé il rentre en pleurant dans le fort. Samson adresse ensuite la parole à tous les autres, et leur dit :
Air 204. L'Amour veut devenir vainqueur.
Unissez-vous contre un héros Suivi de la Victoire : Venez, je vous attends , Marauds ;Bis.
Sentez le poids de ma mâchoire. Je vais sur vos malheureux corps, Je vais frapper et déstoc et de taille. Sous mes invincibles efforts Tombez, tombez, vile canaille : Pata , pata , pan ! Pan, pan, pan ! Pata , pata, pata, pan ! Tombez, tombez, vile Canaille.Il renverse tous les Forains, qui se relèvent et se sauvent dans le Fort.
SCÈNE XVI. Samson, La Comédie Italienne.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Sans doute. Vous aurez double solde. Il ne m'en coûtera rien, le public est le trésorier de mes troupes.
On prenait le double à Samson. [NdA]
SCÈNE XVII ET DERNIÈRE. Samson, La Comédie Italienne, La Comédie Française, Callisthène.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Air Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Nous venons de Samson célébrer la victoire. Nous ne devons donc plus appréhender la Foire ?LA COMÉDIE ITALIENNE
De lui j'attends encor un coup plus généreux.LA COMÉDIE FRANÇAISE
Quel coup ?LA COMÉDIE ITALIENNE
Qu'il vous assomme en ce moment tous dcus,CALLISTHÈNE
Ô Ciel !
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Qu'entends-je ! Pourriez-vous tourner vos armes contre vos Alliés !
LA COMÉDIE ITALIENNE
Apprenez à me connaître. Quelque bonne mine que je vous fasse, je vous regarde comme ma plus grande ennemie.
LA COMÉDIE FRANÇAISE
Il y a de 1a franchise dans cet aveu.
LA COMÉDIE ITALIENNE
Et de la vérité. Je voudrais qu'il n'y eût à Paris que notre troupe.
SAMSON
C'est bien dit.
Déclamant.
Comme un soleil suffît au Céleste lambris, Un Théâtre suffit pour divertir Paris.N'est-ce pas, Seigneur Callisthène ?
Vers imités de la Tragédie de Calisthène d'Alexis Piron.
LA COMÉDIE ITALIENNE, à Samson
Ne perdons point de temps, expédiez les l'un et l'autre.
Samson les frappe tous deux.
LA COMÉDIE FRANÇAISE, fuyant
La Traîtresse !
CALLISTHÈNE, chancelant, et déclamant
C'en est fait, je me meurs. Âme double et sans foi ! Bientôt ton imprimeur me vengera de toi.La prédiction n'a pas été vaine.
311 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0