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un seul est le mot juste.

Opéra comique en vers et en prose· Pièce d'un Acte

La Reine du Barostan

Dorneval· créée en 1730· 566 vers· 10 personnages

Représentée à la Foire de Saint-Germain 1730.

Personnages

  • LA REINE, Zélica
  • ALMORADDIN, Prince d'Achem
  • NOUR, Favorite de la Reine
  • AMINE, Suivante de la Reine, aimée d'Assan
  • TROIS AUTRES SUIVANTES
  • ASSAN, Capitaine des Gardes
  • HANIF, Garde
  • SINDBAD, Garde
  • PIERROT, Confident d'Almoraddin
  • PEUPLES DU BAROSTAN

Le théâtre représente la capitale du Barostan, avec son Port de Mer.

SCÈNE PREMIÈRE. Almoraddin, Pierrot.

PIERROT

Son Fils malheureux ! Ne dirait-on pas qu'il veut vous faire écorcher tout vif ?

Air 172 : Nanette, je voudrais t'apprendre.

Ce bon papa, grillant dans l'âme De se voir de petits-enfants, Qui réjouissent ses vieux ans , Vous sollicite à prendre femme ; Et vous, zeste, une belle nuit, D'Achem vous décampez sans bruit.

ALMORADDIN

Je n'ai jamais aimé, et je ne sais si je serais capable de m'attacher. Je te dirai même qu'une crainte délicate me tient en garde contre les charmes du beau sexe...

PIERROT

Quelle crainte donc ?

ALMORADDIN

Ne parlons plus de cela. Continuons de voyager. Mais avant que de nous remettre en mer, je fuis curieux de voir ce qu'il y a de remarquable dans cette capitale du Barostan.

PIERROT

Et moi, de savoir si le vin y est bon.

ALMORADDIN

Ha-ha ! Que nous, veulent ces deux hommes ?

SCÈNE II. Almoraddin, Pierrot, Hanif, Sinbad.

Hanif et Sindbad dans le lointain, font de profondes révérences.

PIERROT, tremblant

Ahi, ahi, ahi !

PIERROT, d'un ton piteux

Quel mal avons-nous fait ?

PIERROT, toujours alarmé

Mais ce n'est pas nous. Vous nous prenez pour d'autres.

SINDBAD, à Pierrot

On ne veut vous faire aucun mal, au contraire.

HANIF

On voit bien que vous ignorez ce qui se passe dans le Barostan.

PIERROT

Hélas, oui !

SINDBAD

Nous sommes les Peuples de l'Asie les plus heureux, surtout depuis que la Reine Zélica est sur le trône.

PIERROT

Je vous en félicite.

ALMORADDIN

Vous parlez là d'une Princesse accomplie.

ALMORADDIN

Comment cela ?

ALMORADDIN, à Pierrot

Air : Ô reguingué, ô lonlanla !

Tu vois, Pierrot, que Zélica Pense comme moi sur cela.

SINDBAD

Tous les Princes voisins se sont déjà présentés, aucun n'a eu le bonheur de plaire.

HANIF

Enfin, pressée par ses Peuples, et ne voulant point causer de jalousie aux Grands de son Royaume, elle a déclaré, qu'elle choisirait un époux parmi les étrangers qui arriveraient au Barostan ; et qu'elle aurait moins d'égard à sa condition qu'à son caractère.

PIERROT

Ha ! Voilà donc pourquoi vous nous arrêtez ?

ALMORADDIN

Je la trouve heureuse d'avoir si bien pénétré leurs sentiments.

PIERROT

Elle aura de la peine à trouver ce qu'il lui faut.

HANIF, à Sindbad

Que savez-vous ?

Air : Qu'on apporte boutteille.

Peut-être que la Reine, En voyant ce Seigneur, Pour l'hymen n'aura plus de haine, Et laissera toucher son coeur.

ALMORADDIN, souriant

Vous avez trop bonne opinion de moi !

PIERROT

Vous vous adressez bien mal, mes enfants.

Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.

Si votre Reine a peur du mariage, Notre Patron le craint bien davantage ; Mais Achevez votre message, À sa place je me mets.

Ils se mettent tous à rire.

ALMORADDIN

L'Original !

SCÈNE III. Assan, Amine.

Le théâtre change et représente l'appartement de la Reine.

ASSAN

Quelle excuse !

Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.

Vous savez bien que la Princesse Est favorable a notre amour.

ASSAN

C'est me déclarer que jamais Vous ne comblerez mes souhaits.

Non, la Reine ne trouvera point l'homme qu'elle cherche.

AMINE

Je vous réponds qu'elle a trouvé un sûr moyen de n'y être pas trompée.

Air : Quand je tiens de ce jus d'Octobre.

Pour vous en faire confidence, Je vous dirai qu'elle a fait choix... Mais dans ces lieux quelqu'un s'avance. Vous saurez tout une autre fois.

SCENE IV. Assan, Amine, Hanif.

ASSAN, à Amine

Air : Les Filles de Nanterre.

Ah ! Puisse t-il ma Chère, Devenir notre Roi !

AMINE

Vous ne le pouvez guère Souhaiter plus que moi.

S'en allant.

Je cours annoncer à la Reine ce Nouveau-venu.

SCÈNE V. Assan, Hanif.

ASSAN

Tu crois donc, mon chér Hanif, que ce jeune-homme plaira.

SCÈNE VI. Assan, Hanif, Sinbad, amenant Almoradin et Pierrot.

SINDBAD, à Almoradin, montrant Assan

Vous voyez le Capitaine des Gardes.

Almoraddin et Assan se saluent.

PIERROT, sur le ton du dernier vers

Vous choisissez un bon fondeur.

ASSAN

Ce discours me surprend.

ASSAN, souriant, à Pierrot

Et lonlanla, Quand il sera Devant Zélica, Vous m'en direz des nouvelles.

À Almoraddin.

Mais cette Princesse va paraître ; Préparez-vous à l'entretenir.

Il sort avec Hanif et Sindbad.

SCÈNE VII. Almoraddin, Pierrot.

PIERROT

Au bout du compte, je rirais bien ; si vous alliez devenir amoureux.

ALMORADDIN

C'est ce qui n'arrivera point.

Air : Croyez-vous qu'Amour m'attrape.

L'Amour a fait son possible, Pour m'abattre sous ses traits ; Mais, me trouvant invincible, Enfin, il me laisse en paix. Mais etc.

ALMORADDIN

Paix ! Voici, la Reine.

SCENE VIII. Almoraddin, Pierrot, La Reine sous le nom de Nour sa confidente, Nour, passant pour la Reine, Suivantes de la Reine.

PIERROT, à part

Elle est à manger.

Nour le regarde, ce qui l'oblige à baisser les yeux.

ALMORADDIN, se reprenant

Oui, si mon amour obtient....

ALMORADDIN, à Nour, se remettant un peu

Air : Quand le péril est agréable.

Pardonnez-mon désordre extrême.

ALMORADDIN

Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.

Hélas ! Si j'osais me promettre !...

NOUR, à la Reine

Ma chère Nour, prenez-en soin.

Nour se retire avec les autres Suivantes de la Reine.

SCÈNE IX. La Reine, Almoraddin, Pierrot.

PIERROT, à son Maître qui est fort rêveur

Je vous l'avais bien dit que vous pourriez tomber dans la nasse.

ALMORADDIN, soupirant

Ahi !

PIERROT, étonné

Ho ho !

LA REINE

Air : Du Cap de Bonne-Espérance.

Eh ! Quelle autre que la Reine Peut vous avoir enchanté ?

LA REINE

Je ne vous entends point.

LA REINE

Ha, ha, ha !

PIERROT

En voici bien d'une autre.

LA REINE

Je ne prends point le change.

Air : Pour passer doucement la vie.

Non, je ne fuis point assez vaine, Pour m'imaginer follement, Qu'à notre aimable souveraine Je puisse enlever un Amant.

PIERROT, à part

Il faut qu'il ait le Diable au corps.

LA REINE

Mais cela me paraît sérieux.

ALMORADDIN, se jetant aux genoux de la Reine

Air : Le fameux Diogéne.

Oui, c'est Nour elle-même, C'est vous feule que j'aime.

PIERROT

Cela est vrai, rien n'est plus honteux.

PIERROT

Ah ! Pauvre Cerveau blessé !

ALMORADDIN, la retenant

Air 181 : L'autre jour dessous un ormeau.

Demeurez, ne me fuyez pas, Belle Inhumaine !

LA REINE, se retirant

Je ne puis vous guérir.

SCÈNE X. Almoraddin, Pierrot.

ALMORADDIN

Air : Je ferai mon devoir.

Vois-tu comme je suis traité ?

ALMORADDIN

Cruelle destinée !

PIERROT

Air 36 : Perrette étant dessus l'herbette.

Votre conduite est fort plaisante ! Vous, qui ne vouliez point d'amante, Après avoir tant barguigné, Vous vous coiffez d'une suivante : Votre coeur est bien étrenné !

Coiffer : Se dit figurément en choses morales et spirituelles, et signifie s'entêter, se préoccuper en faveur de quelque choses. [F]

ALMORADDIN

Je la préfère à toutes les Princesses du Monde.

PIERROT

Quoi ? Vous seriez capable de l'épouser ?

ALMORADDIN

Pourquoi non ?

PIERROT

Et vous l'emmèneriez à Achem ?

ALMORADDIN

Sans doute.

PIERROT

Chut ! La Reine paraît. Jarnonbille ! Qu'elle ne s'aperçoive de rien.

Air 181 : Ce fut un Dimanche après vêpres.

L'amour dont notre honneur s'offense, Se doit condamner au silence : L'amour qu'on nous peut reprocher, er, etc Ne saurait trop bien se cacher, er, etc.

SCÈNE XI. Almoraddin, Pierrot, Nour passant pour la Reine, suivantes de la Reine.

ALMORADDIN, froidement

Ah ! Madame, puis-je croire que...

PIERROT, à part

Comment-va-t-il se tirer de là ?

PIERROT, à part

Le voilà bien embarrassé !

PIERROT, à part

Comme diable elle lui ferre le bouton !

NOUR

Mais que vois-je ! Au lieu de faire éclater les transports de sa joie.

Air : Y-avance, y-avance, y-avance.

Il me paraît sombre et rêveur.

NOUR

Mais, quoi ?

Air : Belle et charmante Brune, ou Votre époux est de glace.

Peut-il être de glace En pareil cas !

NOUR, à Pierrot

Oui-da !

À Almeraddin.

Air 184 : Je me plaignais d'une inhumains.

Quelle froideur est donc la vôtre !

PIERROT, bas à Almoraddin

Ah ! Misérable, vous cassez les vitres.

PIERROT, bas à son Maître

Courage ! Achevez de nous perdre, par votre chienne de franchise.

PIERROT, à part

Nous en sommes quittes à bon marché.

NOUR, à Pierrot, après lui avoir fait signe de venir à elle

Air : Bannissons d'ici l'humeur noire.

Vous dont l'humeur a su me plaire, Suivez-moi. Je vous apprendrai Ce que pour vous je prétends faire.

PIERROT, à son Maître

Au plutôt je vous rejoindrai.

II donne comiquement le bras a Nour, qui se retire avec les Suivantes de la Reine.

SCÈNE XII.

SCENE XIII. Almoraddin, Le Reine.

ALMORADDIN, transporté

J'aurais touché votre coeur !

LA REINE, surprise

Ciel !

SCÈNE XIV.

SCÈNE XV. Almoraddin, Pierrot.

PIERROT, d'un air sérieux

J'en suis bien-aise pour l'amour de vous.

ALMORADDIN

Air : Allons gai !

Ce jour est de ma vie Le jour le plus heureux. Que mon âme est ravie ! Chantons, rions tous deux : Allons gai ! etc.

Mais d'où vient ce sérieux ? Aurais-tu quelque sujet de chagrin ?

ALMORADDIN

Qui ?

PIERROT

La Reine.

ALMORADDIN, riant

Ha, ha, ha ! Il faut avouer que tu es bien fou.

PIERROT

C'est un fait constant. Elle ne vous aime plus.

Air : J'offre ici mon savoir-faire.

Au Trône elle me destine ; Car elle même me l'a dit : Moitié pour vous faire dépit, Et moitié pour ma bonne mine. Moitié pour etc.

ALMORADDIN

Tu te moques, Pierrot.

ALMORADDIN, riant de toutes ses forces

Ha, ha, ha, ha , ha !

ALMORADDIN, d'un ton goguenard

Adieu donc, mon Prince. Puisque vous allez monter sur le Trône, nous ne nous verrons plus.

PIERROT

Oh, que si ! Nous nous verrons par Ambassadeurs.

Lui tendant la main.

Adieu, Frère. Je vais retrouver Zélica, qui m'attend pour me couronner. Adieu. Bon voyage.

Air 188 : J'ai bien la meilleure femme.

Tandis qu'avec la soubrette Vous allez, fendant les flots, Tenir à cette Poulette Mille et mille doux propos ; De sa Maîtresse charmante, Moi parfaitement content, Je vais répondre à l'attente Des Peuples du Barostan.

Il s'en va fièrement.

SCENE XVI. Almoraddin, Hanif, Assan, Sinbad.

ALMORADDIN, à part

L'extravagant personnage ! La Reine, apparemment, veut s'en divertir... Mais regagnons le Port.

Il fait un mouvement pour s'en aller. Assen l'aborde.

ALMORADDIN, d'un ton ferme

De quoi l'accuse-t-on ?

ALMORADDIN, à part

Ô Dieux ! Faut-il que je cause la perte de Nour !

Haut, à Assan.

Hé, qui sont mes Délateurs ?

ASSAN

Vous n'avez qu'une accusatrice.

Air : J'ai fait souvent résonner ma Musette.

Je prévois bien vôtre surprise extrême, Quand vous saurez qui vous a décelé, Quand vous saurez que c'est Nour elle-même.

ALMORADDIN, dans le dernier étonnement

Nour, juste Ciel !

ASSAN

Elle a tout révélé.

Almoraddin, accablé de cette nouvelle, laisse tomber ses bras, et n'a pas la force d'en dire davantage.

SCÈNE XVII. Almoraddin, Assan, Hanif, Sinbad, La Reine, Nour, Suivantes de la Reine.

PIERROT, à Nour

Ah ! Ma Mignonne, je demande grâce pour lui. Je me souviens toujours d'avoir été à son service. Bon sang ne peut mentir.

ALMORADDIN, se jetant aux pieds de Nour

Air 75 : Pour un doux baiser, aimable Bergère.

Hé, quoi ? Triomphant d'une juste haine, Zélica veut bien favoriser mes voeux !

ALMORADDIN, surpris au dernier point

Ah ! Que dites-vous !

LA REINE

Je suis la Reine. Je fais mon bonheur, en vous rendant heureux.

Almoraddin se jette à ses genoux, et lui baise la main avec transport. Ils s'entretiennent bas tous deux, pendant que Nour et Pierrot disent ce qui suit.

PIERROT, à Nour

Ha ! Quelle tricherie ! Vous êtes donc, vous, la véritable Nour ?

NOUR

À votre service. Cela vous dégoûte-t-il du mariage ?

PIERROT, lui prenant la main

Non, ma foi.

NOUR

Air : N'y a pas d'mal à ça.

Veux-tu t'en dédire ?

LA REINE, à Almoraddin

Air : Amis, ne parlons plus de guerre.

J'ai voulu voir si ma Personne, Sans se nommer, Avait besoin de ma Couronne , Pour enflammer.

SCÈNE XVIII ET DERNIÈRE. Les Acteurs de la Scène pécédente, Foule de PEUPLES du Barostan, Dansants.

On danse.

566 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0