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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Anaxandre

Pierre Du Ryer· créée en 1654, imprimée en 1655· 5 actes· 1 838 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1654.

Personnages

  • LE ROI
  • CÉPHISE, fille du Roi
  • ALCIONE, soeur de Céphise
  • ASTÉRIE, confidente de Céphise
  • ANAXANDRE, fils de Roi, prisonnier
  • PHÉDIME, confident d'Anaxandre
  • APHÉNOR, prince
  • PRODOTE, confident d'Alphénor

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alphénor, Céphise.

SCÈNE II. Astérie, Céphise.

ASTÉRIE, qui était un peu éloignée, vient trouver Céphise

Il semble qu'Alphénor se retire en colère.

SCÈNE III. Le Roi, Céphise.

SCÈNE IV.

CÉPHISE seule

Que je souhaite, ô Dieux, tout ce que j'appréhende ! Est-il quelque rigueur plus injuste et plus grande ? Ha, ma soeur, s'il est vrai que ton coeur amoureux Ait d'un si beau vainqueur reçu de si beaux feux, Que dis-je, s'il est vrai ? Les charmes d'Anaxandre Me doivent assurer que ton coeur est en cendre ; Et tu serais sans yeux, et même sans raison Si ce cher prisonnier n'était pas ta prison. Ainsi puisqu'il est vrai que ton âme soupire, Cède-moi ton amour, je te cède l'Empire. Je demande, il est vrai, je demande un grand bien, Mais je ne le veux pas, ni pour peu, ni pour rien. Quitte-moi ce beau feu dont tu te sens charmée, Cède-moi l'heureux droit d'aimer et d'être aimée, Et quoi qu'avec un Trône on puisse posséder, Je te cède aisément le droit de commander. Est-ce te donner peu pour un fâcheux caprice, Pour une passion qui nous est un supplice ? Mais ne puis-je donc avoir l'esprit content, Et posséder ce bien sans qu'il me coûte tant ? Je le puis, et je veux par une grâce extrême Obliger Anaxandre à confesser qu'il m'aime. Je veux par un bienfait qui me gagne son coeur, Prévenir promptement l'adresse de ma soeur. Est-ce assez, Anaxandre, aujourd'hui misérable De rompre ta prison pour te sembler aimable ? Est-ce assez de t'ouvrir d'un effort indompté Le chemin de la fuite et de la liberté ? Pour le moins si ce bien touche peu ton courage, Pour un Roi prisonnier l'on ne peut davantage. Mais qui me répondra que ce Prince puissant Suivant mes passions sera reconnaissant ? Retirez-vous pensers qui venez me confondre, Sa générosité m'en peut assez répondre. Quiconque a le coeur grand, et veut le faire voir A de l'amour aussi quand il faut en avoir ; Et par quelque vertu qu'on se fasse connaître, Une âme n'est pas belle où l'amour ne peut naître. Mais quoi qu'il en succède, au moins si ce bienfait Tombe inutilement dans un esprit mal fait, J'aurai mis loin de moi la cause d'une flamme Indigne de régner, et de vivre en mon âme, Et d'où mes yeux trompés prendraient incessamment Pour la peine du coeur un mortel aliment. C'est quelque chose enfin que ce Prince m'apprenne S'il méritait ici mon amour ou ma haine. S'il est reconnaissant, s'il paraît généreux, Nous le croirons aimable et digne de nos feux ; Et si comme insensible à cette grâce extrême Il en use pour perdre, et mon Sceptre, et moi-même, N'importe, j'aime mieux parmi tant de langueur La guerre dans l'État que l'amour dans mon coeur. Mais.

SCÈNE V. Prodote, Céphise, Astérie.

SCÈNE VI. Astérie, Prodote.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Anaxandre, Phémide.

SCÈNE II. Anaxandre, Alcione.

ALCIONE

Tu veux donc que l'amour ouvre enfin ta prison, Tu veux que pour t'aimer je quitte la raison ? Nous t'aimons, Anaxandre, et cette amour excuse Ce discours qui me blesse, et qui me rend confuse ; Et c'est donner encore à ton propre secours Une marque d'amour, qu'excuser ce discours. La liberté sans doute est un trésor insigne, Ne la pas souhaiter, c'est s'en montrer indigne, Mais jamais la vertu ne doit la demander Lorsque sans déshonneur on ne peut l'accorder. Autant que ton amour ta liberté m'est chère ; Mais je n'y puis toucher, car elle est à mon Père, Et puisqu'elle est à lui, qui peut seul t'affranchir, Veux-tu que je dérobe afin de t'enrichir ? Toi-même dont le coeur généreux sans exemple Des plus hautes vertus est le trône et le temple, Bien que le mal soit grand où l'on te voit tombé, Voudrais-tu posséder un trésor dérobé ? M'aimes-tu, réponds-moi, veux-tu le faire croire ? Ne me demande rien qui soit contre ma gloire. Veux-tu me faire voir un amour généreux ? Estime la prison qui te rend malheureux, Redouble enfin tes fers, aime-les, fais-en compte, Si tu n'en peux sortir que pour me faire honte. Si le Ciel qui peut tout avecque peu d'efforts Aux prisons de ton Père avait jeté mon corps, J'y voudrais demeurer de cent chaînes pressée, Si par ma liberté ta gloire était blessée. Aime pour mon honneur tes fers et tes liens, Puisque pour ton honneur j'adorerais les miens. Je t'aime, je l'avoue, et crois dire sans blâme Que l'amour d'Anaxandre est maître de mon âme ; Mais aussi dans cette âme où tu portes le jour La gloire et le devoir sont maîtres de l'amour. Je t'aime, mais aussi j'aime le Roi mon Père, Si ta prison lui sert, ta prison doit me plaire. Trouverais-tu mauvais en soupirant pour moi, Que je fisse marcher mon Père devant toi ? Adieu, tu veux répondre, et je fuis pour me taire, Et n'ouïr rien de toi qui puisse me déplaire.

SCÈNE III. Phédime, Anaxandre.

SCÈNE IV. Alphénor, Anaxandre.

ANAXANDRE

Vous raillez.

SCÈNE V. Phédime, Anaxandre.

SCÈNE VI. Astérie, Anaxandre.

ASTÉRIE

Je cherche ici Céphise, et ne l'y trouve pas.

Le locuteur suivant n'est pas Alphénor comme indiqué dans le texte mais Anaxandre.

ASTÉRIE

Et pour vous faire croire Que son coeur généreux est conduit par la gloire, Et qu'elle ne veut pas par des desseins couverts Ni par de faux appas vous faire aimer vos fers, Elle veut dissiper vos mortelles tempêtes, Elle veut ouvrir les prisons où vous êtes Et puis demander si pour plus que le jour Si pour la liberté l'on doit moins que l'Amour. Considérez ce bien, jugez enfin vous-même Si la main qui la donne, est digne que l'on l'aime ? Et si la liberté pour tout homme est un bien Qu'est-elle pour un Roi qui sans elle n'est rien ? Promettez seulement d'aimer cette Princesse, Et votre liberté suivra cette promesse. Elle n'ignore pas qu'un prisonnier aux fers Promet tout librement pour sortir des Enfers, Elle n'ignore pas qu'une main enchaînée Peut rompre sans rougir la foi qu'il a donnée ; Mais elle sait aussi qu'un astre plus heureux Rend partout Anaxandre, et grand et généreux, Et qu'il perdrait plutôt et couronne et franchise, Que de promettre en vain qu'il aimera Céphise. Oui, Seigneur, elle croit comme des vérités Que vous l'aimez déjà, si vous le promettez ; Et que si maintenant votre coeur appréhende De manquer à la foi que la sienne demande, Vous me direz sans doute après cet entretien, Laisse-moi dans mes fers, et ne demande rien. Quelle réponse enfin voulez-vous que je fasse ? Quoi vous ne dites mot, et paraissez de glace ! Est-ce donc que Céphise et que la liberté N'ont pas assez pour vous d'attraits, et de beauté ?

ANAXANDRE

Dis-lui.

SCÈNE VII. Phédime, Anaxandre.

SCÈNE VIII. Prodote, Anaxandre.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Alphénor, Prodote.

PRODOTE, demeure seul

Vous rendre heureux, Seigneur, c'est mon ambition. C'est ta gloire, Alphénor, de posséder Céphise, Et de voir à tes voeux une couronne acquise ; Mais la mienne n'est pas de dépendre de toi, Ni que ton sort content n'ait plus besoin de moi. Il faut qu'incessamment ta fortune me prie, Que toujours quelque obstacle excite ta furie, Et qu'enfin ton amour sans fruit, et sans succès, Comme un désespéré te porte à quelque excès. Ainsi tu m'ôteras la peur que je me donne, Qu'ayant perdu Céphise on ne t'offre Alcione. Ainsi tu me mettras en état d'espérer Ce qu'à peine aujourd'hui j'oserais désirer. Déjà par un succès qu'en ne saurait comprendre, Je ne redoute rien du côté d'Anaxandre ; Il court après Céphise, elle l'aime, il est Roi, Et je ne vois plus rien entre Alcione et moi. Mais que dis-je, insensé, parmi tant d'impuissance ? Je vois entre elle et moi son sang et sa naissance, Qui comme un grand rocher contre moi s'élevant, Empêche mon désir de passer plus avant. Ô désir de grandeur aussi vain qu'elle est vaine, Que pour un bien trompeur tu nous donnes de peine ! Sans se gêner toujours ne vaudrait-il pas mieux, S'il est des Dieux au Ciel, laisser faire les Dieux ? Aussi bien quelque soin que les hommes s'en donnent, Il en arrivera ce que les Dieux ordonnent ; Et nos voeux et nos soins ne détourneront pas Ce qu'ils ont résolu, d'un moment et d'un pas. Mais quitte ces pensers et prends un autre guide Toutes ces visions sont d'un esprit timide Qui se forge des Dieux, qu'il feint de respecter Quand il n'ose ou qu'il craint ce qu'il voudrait tenter. Mon travail commença mes belles destinées, Il faut que mon amour les rende fortunées, Et qu'il soit un lien de gloire et de bonheur, Qui retienne avec moi le sort et la faveur.

SCÈNE II. Prodote, Céphise, Astérie.

SCÈNE III. Le Roi, Prodote.

Il n'existe pas de scène III dans l'édition de 1655. La scène IV suit sur la même page la fin de la scène II.

PRODOTE

Oui, Sire.

LE ROI

Le voici.

SCÈNE IV. Prodote, Le Roi, Alphénor.

PRODOTE, à l'écart

Mon espérance est morte.

LE ROI, appelle quelques-uns des siens

Arcas, faites venir.

PRODOTE, à Alphénor

Tout va mal.

ALPHÉNOR

Il n'importe.

SCÈNE V. Le Roi, Céphise, Alphénor.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

ALCIONE seule

Est-ce un mal, est-ce un bien que cette vive flamme Qui me gêne à l'instant qu'elle plaît à mon âme ? Je crois que c'est un mal qui mérite mes pleurs, Quand mon coeur tout en feu regarde ses douleurs ; Et croit que c'est un bien qu'on ne saurait comprendre Quand je jette les yeux sur l'illustre Anaxandre. Ô vous que ces deux noms de Père et de Roi Rendent également absolu dessus moi, Que m'ordonnâtes-vous ? Quelle loi raisonnable De feindre de l'amour pour un objet aimable ? Lors qu'on voit tant d'attraits l'un par l'autre animés Dire feignez d'aimer, n'est-ce pas dire aimez ? J'aime aussi, je l'avoue, et sans plus me contraindre, J'aimais, j'aimais déjà lors que je pensais feindre. Quand un objet est tel qu'il peut nous enflammer, On commence à l'aimer dès qu'on feint de l'aimer. Anaxandre, il est vrai, quelque temps, assez dure En feignant de t'aimer, je te fis une injure ; Mais au moins connaissant un mérite si haut L'injure dura peu, puisque j'aimai bientôt. Ainsi pensant brûler un ennemi que j'aime, Aveugle en mon dessein, je me brûlai moi-même ; Et sans y prendre garde, et sans m'en détourner, Je reçus tous les feux que je pensais donner. Mais enfin songe à toi, crois qu'il est véritable Qu'un aimable adversaire est le plus redoutable. Lors qu'il montre pour moi des transports si puissants, Peut-être qu'à ma honte, il feint ce que je sens. Reviens donc à toi-même, et par force ou par crainte Retourne si tu peux à ta première feinte. Mais, que dis-je, insensée, et trop faible à mon tour, On va facilement de la feinte à l'amour ; Et lors que d'un beau trait nous avons l'âme atteinte, On revient rarement de l'amour à la feinte.

SCÈNE II. Céphise, Astérie, Alcione.

CÉPHISE

Pourquoi ?

SCÈNE III. Céphise, Alcione, Anaxandre.

SCÈNE IV. Céphise, Anaxandre, Astérie.

ANAXANDRE

Moi, Madame !

SCÈNE V. Céphise, Astérie.

SCÈNE VI. Céphise, Prodote, Astérie.

ASTÉRIE

Je le crois.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Anaxandre, Alcione.

SCÈNE II. Prodote, Anaxandre.

ANAXANDRE

Comment ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Alphénor, Prodote.

SCÈNE V. Céphise, Alphénor.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Le Roi, Céphise, Alcione, Prodote.

LE ROI

Il faut...

CÉPHISE

Lui-même.

PRODOTE, à part

Ô cruelle aventure !

SCÈNE VIII. Anaxandre, Le Roi, Céphise, Alcione, Alphénor, Prodote.

1 838 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica