Tragi-comédie en vers· Tragicomédie
Clarigène
Représenté par la première fois en 1637.
Personnages
- LICIDAS, Père de Céphise et ce Cléante
- POLÉMON, Son ami
- CÉLIE, Amante de Clarigène
- CLÉONE, Nièce de Licidas
- CLARIGÈNE, Amoureux de Célie
- TÉLARISTE, Frère de Célie et ami de Clarigène
- CLÉANTE, Fils de Licidas
- CÉPHISE, Fille de Licidas
- UN PAGE de Licidas
- CLARIGÈNE, Ravisseur de Céphise
- DICÉE, Juge au Sénat
MONSEIGNEUR,
À MONSEIGNEUR LE DUC DE MERCOEUR
Lorsque j'ai commencé cet ouvrage, je ne me suis proposé pour la récompense de mon travail, que l'honneur et la gloire de le présenter à votre Grandeur. Il a paru sur les Théâtres avec assez d'applaudissements, et n'a pas diminué l'estime qu'un peu de bonne fortune m'a acquise. Mais je n'en étais pas encore content, puisqu'il n'était pas encore à vous, et je n'en aurai point de plus grande satisfaction que quand vous aurez fait paraître qu'il ne vous est pas désagréable. Il y a sans doute beaucoup de contentement à voir estimer ses productions, mais il y a des ravissements extrêmes à plaire aux personnes Illustres, et qui ne sont pas moins considérables par les lumières de leur esprit, que par l'éclat de leur condition. Ainsi, MONSEIGNEUR, je deviens déjà superbe par l'espérance que j'ai de vous plaire, et si je puis posséder ce glorieux avantage, il n'y aura point de grands desseins dont l'exécution me soit difficile. Ce sera alors que j'égalerai la force de mes Vers à la grandeur de vos actions, et que je saurai faire connaître, que le Poète est nécessaire au Prince, autant que le Prince est nécessaire au Poète. Je ferai voir aux autres siècles ce courage héroïque qui vous fait admirer au nôtre. Je vous représenterai dans ces dangers, où une généreuse ardeur, vous a tant de fois si honorablement précipité. Je vous ferai voir au milieu de nos ennemis, répandre leur sang, prodiguer le vôtre, et remporter autant de victoires que vous avez donné de coups d'épée. Votre gloire fera chérir mes Vers, et mes Vers feront adorer votre gloire. Je n'emprunterai point d'ornements étrangers, je vous rendrai semblable à ce que vous êtes, et je ferai partout confesser que vous n'honorez pas moins votre sang, que votre sang vous honore. Mais je m'emporte insensiblement dans la considération de tant de merveilles, et je prends un si grand plaisir à vous voir triompher, qu'il ne me souvient plus de vous présenter CLARIG7NE. Permettez donc, MONSEIGNEUR, que j'accomplisse mon dessein, et que si je ne fais rien encore pour le service de votre Grandeur, je puisse au moins me vanter d'avoir donné quelque chose à son divertissement. C'est,
MONSEIGNEUR,
DE VOTRE GRANDEUR,
Le très humble et très obéissant serviteur,
DU RYER.
ACTE I
SCÈNE PREMIÈRE. Licidas, Polémon.
LICIDAS
Ne considère plus le repos de ma vie Comme un bien sans exemple, et capable d'envie, Mais pleure ce trésor dont tu me vois privé, Et redoute pour toi ce qui m'est arrivé. Ne dis plus que du sort les soins incomparables Ont rendu pour moi seul ses caresses durables, Mais accuse avec moi ce démon inconstant Qui présente le calme et l'ôte au même instant.POLÉMON
De quoi vous plaignez-vous ? Quel ennui vous possède ? Ce mal est-il de ceux qui n'ont point de remède ?LICIDAS
Il en est, Polémon, ma plainte te l'apprend, Et puisque je soupire, il faut bien qu'il soit grand. Hélas depuis deux ans, qu'avec tant d'avantage Aux pays étrangers s'exerce to courage, L'état où tu me vois tristement arrêté, Est l'état malheureux où j'ai toujours été. Ni repos ni plaisir n'a soulagé ma peine, Le Ciel ne m'a montré que des marques de haine, Et ne peut désormais me montrer son amour Que par le coup fatal qui m'ôtera le jour. Pardonne donc ami, pardonne à ma tristesse Cette peu favorable et si froide caresse, Je sais que ton retour mérite un autre accueil. Mais je le donne tel que le permet mon deuil.POLÉMON
Vous m'obligez assez de ne vous point contraindre ; C'est bien me recevoir que de ne me rien feindre. Mais enfin qu'avez-vous ? Quel sujet rigoureux Dérobe à mon retour un accueil plus heureux ? Comblé d'autant d'honneurs qu'en peut donner le monde En quels maux trouvez-vous la fortune féconde ? Riche en amis parfaits, riche en enfants bien nés.LICIDAS
Ha ! Tu touches les maux, dont nous sommes gênés Je fus riche en enfants, mais de cette richesse Je vois naître aujourd'hui ma peine et ma tristesse, Et bien loin du succès où tendaient mes désirs, Je mets le nom de Père entre mes déplaisirs.LICIDAS
On n'a point vu pour eux de sépulture ouverte ; Je ne plains pas leur mort, mais je pleure leur perte !LICIDAS
Tel qu'au funeste état où je les considère L'aspect de leur tombeau consolerait leur Père. La nature propice à mes justes souhaits Autant qu'elle le put me les donna parfaits, Et je serais heureux en ma triste aventure S'ils m'étaient enlevés par la même nature.POLÉMON
Que j'en sache la cause.LICIDAS
Hé bien tu la sauras, Et me plaindras au moins si tu ne m'aides pas. Chargé d'ans et d'honneur, noble et seule richesse Qui soulage aujourd'hui le faix de ma vieillesse, Après mille combats, enfin pour vivre en paix J'abandonnai la Cour qui n'en donna jamais. À peine commençais-je une plus douce vie Que par un inconnu ma fille fut ravie, Cette fille que j'aime et qui reçut des Cieux Tout ce qui pouvait rendre un Père glorieux, Oui, mon cher Polémon, cette fille adorable Fut d'un bras inconnu le butin déplorable.POLÉMON
Ô Dieux !LICIDAS
Le coup est grand, d'où vient cette douleur, Mais ce n'est qu'un degré pour un nouveau malheur. Je fis contre ce rapt tous les devoirs d'un Père, Et tout ce que je fis me combla de misère ; Amis, frères, parents me prêtèrent la main, Et j'eus le déplaisir de les armer en vain. Mon fils autant que moi touché de cet outrage Croyant me soulager me montra son courage, Prit un vaisseau léger, et pour sauver sa soeur Malgré père et parents suivit son ravisseur. Ainsi je le perdis, ainsi tout m'est contraire, Et le rapt de la soeur me dérobe le frère. Ainsi j'eus deux enfants, et je fus privé d'eux, Et pour en sauver un je les perdis tous deux.POLÉMON
N'avez-vous rien appris ni de l'un ni de l'autre, Depuis que leur malheur a commencé le vôtre ?LICIDAS
En ce triste accident, dont nous fûmes surpris, Le nom du Ravisseur est tout ce que j'ai appris.POLÉMON
Comment se nomme-t-il ?POLÉMON
De qui l'apprîtes-vous ?LICIDAS
D'un des miens.POLÉMON
Mais comment ?LICIDAS
Il voulut s'opposer à cet enlèvement, Et reconnut l'auteur d'un acte si barbare, Pour l'avoir autrefois connu dedans Mégare. Je le cherchai moi-même, et mon crédit est tel Qu'on l'aurait rencontré si c'était un mortel ; Ce nom de Clarigène inconnu par lui-même, Est aujourd'hui connu par mon malheur extrême, Et quelque obscurité qui nous couvre ce nom, Le seul bruit que j'en fais lui donne du Renom. Cependant c'est en vain que ma colère éclate, En vain pour mes enfants l'espérance me flatte, Ce fils infortuné trop prompt à me venger, Languit sans doute aux fers d'un barbare étranger, Et cet autre malheur se joint à sa misère, Qu'il voit servir sa soeur aux plaisirs d'un Corsaire. Ha c'est là des ennuis que je souffre pour eux Et le moins consolable, et le plus rigoureux. Je perdis une fille aussi chaste qu'aimée, Et ne puis la trouver que fille diffamée. Ô sort, qui de ses jours as l'éclat obscurci Sera-ce la trouver que la trouver ainsi ? Hélas ! Je la demande, et la plains à toute heure, En Père je la cherche, en père je la pleure, Et lorsque son malheur me laisse un peu rêver, Tout père que je suis, je crains de la trouver. Que le Ciel rendra-t-il à ma triste famille S'il lui rend sans l'honneur ma misérable fille ! Ô fille, ô faible bien sans pareil en ce point, Que même en le trouvant je ne m'allège point ! Que l'on perde un ami, son retour a des charmes, Qui peuvent mettre à sec un Océan de larmes ; Que l'on perde un trésor, il peut être rendu, Et revenir entier ainsi qu'il fut perdu ; Mais un Père qui pleure une fille enlevée N'en est pas consolée pour l'avoir retrouvée : L'honneur est dans un Rapt le dernier respecté, Et n'en revient jamais comme il fut emporté.POLÉMON
Votre sort est étrange, et le Ciel en colère N'a rien après ces maux que puisse craindre un père ; Mais pour vous laisser vaincre à de si rudes coups, Seront-ils moins cruels ? Les adoucirez-vous ? Peut-être que ce Rapt poursuivi comme un crime, N'est qu'un effet trop prompt d'un amour légitime, Peut-être est-il heureux, ce que d'un Ravisseur Le mariage a fait un juste possesseur. Le Ciel vous doit ce bien, et vous devez l'attendre Cet honneur qu'ôte un Rapt un Hymen le peut rendre.SCÈNE DEUXIÈME. Licidas, Célie, Polémon.
LICIDAS
Perdez auprès de moi vos soucis et vos peines, Et croyez que pour vous Rome est dedans Athènes. Mes soins confirmeront les desseins que je fais, Et j'aurai moins pour vous de discours que d'effets.CÉLIE
Je les ressens déjà ces effets admirables, Qui me pourraient ôter du rang des misérables ; Vous voyez à vos pieds le rebut de la mort, Un jouet éternel des caprices du sort. Vous voyez une fille à qui les destinées Font nombrer ses malheurs par ses tristes journées, Et que jamais le Ciel ne vit d'un oeil plus doux, Qu'au bienheureux instant qu'il la jeta chez vous.LICIDAS
Si le sort vous poursuit, et vous est si contraire, Qu'il vous refuse ici la présence d'un père, Au moins le même sort vous y fait rencontrer Autant d'affection qu'un père en peut montrer. Dieux qui voyez l'accueil que j'offre aux misérables, Dieux qui voyez du ciel mes enfants déplorables, Faites qu'en quelque part qu'ils soient vus aujourd'hui, On puisse avoir pour eux ce que j'ai pour autrui.CÉLIE
Si l'averse fortune a pour vous des tempêtes, Que le Ciel adouci vous soit ce que vous m'êtes ; Quels que soient vos ennuis que ne puis-je contre eux Agir plus puissamment que par de faibles voeux ! Je ferais bien paraître aux maux qui vous affligent, Que ce n'est pas à tort que vos bontés m'obligent, Mais j'espère qu'un Dieu plus fort que vos ennuis Fera ce que je veux et ce que je ne puis. Quoi que fasse le sort, le Ciel en est le maître Et se rend pitoyable à celui qui veut l'être.LICIDAS
Oui ma fille il est vrai, que le Ciel satisfait, Paye par ses faveurs les biens que l'homme fait ; Mais hélas il me traite avec tant d'amertume, Que pour moi seulement il change de coutume. Ses rigueurs toutefois ne me rebutent pas, Mes bienfaits s'étendront au-delà du trépas. Je ne vous offre point le soin qui vous soulage, Pour obtenir du Ciel un pareil avantage, Mais je l'offre à vos maux parce que c'est un droit, Ou plutôt un tribut que l'homme à l'homme doit.CÉLIE
Hélas ! Au triste état où le Ciel m'abandonne, Je le reçois de vous comme un bien qu'on me donne.LICIDAS
Mais sans vous ramener à vos premiers travaux, Puis-je vous demander l'histoire de vos maux ?CÉLIE
Si méprisant pour vous les plus rudes supplices Je voudrais par mon sang payer vos bons offices, Jugez si dans l'instant que vous séchez mes pleurs, Je vous refuserais de dire mes malheurs. Rome est donc mon pays, et mes premiers Ancêtres Furent jadis comptés au nombre de ses Maîtres ; Là parmi les honneurs s'écoulèrent mes jours, Tant qu'un heureux destin favorisa leurs cours, Mais selon sa coutume abondant en disgrâce, Le sort qui me flattait changea bientôt de face, Et n'eût pu toutefois me faire succomber, S'il n'eût attaqué Rome, et ne l'eût fait tomber.LICIDAS
Le Bruit de ce malheur a couru dans Athènes Mais j'en saurai de vous les nouvelles certaines.CÉLIE
Rome était en repos, et déjà ses enfants Étaient de ses voisins ou crains ou triomphants. Arbitres de la paix, Arbitres de la guerre, Ils pouvaient retenir ou lancer le tonnerre. Et déjà leur Grandeur avait tant de Renom, Que les forces d'autrui faisaient moins que leur nom. Cependant des Gaulois les armes indomptables, Aux pays d'alentour se rendaient redoutables ; Et n'allaient nulle_part signaler leurs exploits, Que le sang ou le fer n'en marquât les endroits. Riches de leur butin, et plus enflés de gloire, Ils veulent jusqu'à Rome étendre leur victoire, Brennus leur Capitaine approuve leurs desseins, Qui ne furent pour eux ni malheureux ni vains ; Ils marchent donc vers Rome, et Rome les méprise, Mais hélas ce mépris facilita sa prise, On arma toutefois, mais si légèrement, Que cela ne semblait qu'un divertissement, On parlait du Gaulois comme d'un adversaire, Indigne qu'un Romain songeât à le défaire, Et cet orgueil funeste aux plus grands des humains, Fut le seul ennemi qui défit les Romains.LICIDAS
Mais enfin que fit-on ?CÉLIE
On sortit de la ville, Chacun juge pour soi la conquête facile, On livre le combat, et de chaque côté, Le gain de la bataille est longtemps disputé. À la fin les Romains, ha jugez par mes larmes Des malheureux succès qui suivirent leurs armes ; Je ne vous dirai point quels furent les exploits, Par qui cette victoire honora les Gaulois. Mais pour vous dire tout, en ce jour lamentable, Rome, Rome perdit le titre d'indomptable. Ce bruit est dans la ville aussitôt répandu, Le Sénat est en deuil, le peuple est éperdu. La peur glisse partout, et semblable à la peste Par son propre venin croit et devient funeste ; On fuit, on quitte Rome, où l'on dût triompher, On l'abandonne au feu qu'on pouvait étouffer, Ou plutôt on eût dit en ce danger extrême Que Rome à son malheur fuyait de Rome même. Là puisqu'un père même engagea mon serment, Je dirai sans rougir que j'avais un amant, Et qu'un parfait bonheur eût été mon partage, Si la gloire de Rome eût duré davantage. Comme ce noble coeur m'aimait parfaitement, Il ne craignait aussi que pour moi seulement. Dans ce commun désastre il propose à mon frère De chercher un rempart contre tant de misère, Et de nous retirer chez les Lipariens, Où le sort laissait des amis et des biens : Ainsi mon frère et lui seuls de cette partie, Entre mille dangers me mènent dans Ostie, Là sans nous amuser nous prenons un vaisseau, Et nous nous exposons à la merci de l'eau, Où tant que le permis cet élément barbare, Nous tînmes sans péril la route de Lipare. Mais nous voguons en vain vers un climat plus doux, À l'exemple du Ciel la mer est contre nous, Incertains du salut, incertains du naufrage Le vent nous fit errer de rivage en rivage, Et cette mer n'a point de rochers ni d'écueils Dont le sort n'ait taché de faire nos cercueils. Ainsi durant neuf mois, sur le dos de Neptune, Nous a persécutés le Ciel ou la Fortune.CÉLIE
Rien du tout.LICIDAS
Achevez.LICIDAS
Comment ! Sont-ils perdus ?CÉLIE
L'abord de cette Ville Est un gouffre pour eux, comme il m'est un asile. Hélas hier au soir proche de ce château, Le choc d'un grand rocher brisa notre vaisseau. Ceux que vous demandez avecques lui périrent.CÉLIE
Un flot me mit à terre, où par votre secours, Je sentis renouer la trame de mes jours. Mais de quelques faveurs dont le Ciel me soulage, Même étant hors des flots, j'y dois faire naufrage, Hélas puisque j'y laisse un frère, et son ami, J'y péris avec eux, ou n'en sort qu'à demi.LICIDAS
Ne désespérez point de la bonté céleste, Comme le Ciel vous sauve, il peut sauver le reste, Son pouvoir est plus fort qu les flots courroucés, Et votre exemple seul vous le confirme assez.Il parle à quelqu'un des siens.
Qu'on aille s'enquérir si l'onde favorable N'a rien de ce vaisseau rejeté sur le sable : Moi-même à ce dessein je prêterai les mains ; Mais dites-moi le nom de ces jeunes Romains.LICIDAS
Que je sache leur nom.CÉLIE
Si je le dis, hélas J'obéis seulement et je n'espère pas. Ce frère, dont la mort est ma dernière peine, Se nomme Télariste.LICIDAS
Et l'autre ?CÉLIE
Clarigène.LICIDAS
Ne perdons point de temps, cherchons ces malheureux, Ma fille comme vous je soupire après eux. Ma Nièce conduisez cette Dame affligée, Où d'un peu de repos elle soit allégée, Ne lui parlez de rien, mais flattez ses tourments, Et ne refusez rien à ses contentements. Allez.POLÉMON
Quelle rencontre !ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE. Célie, Cléone.
CÉLIE
Dites qu'on le poursuit, et vous parlerez mieux. Dites ne feignez point, où me vois-je réduite ? S'il faut pâtir encor j'y suis assez instruite.CÉLIE
De tristes vérités vous font dissimuler. Hélas ! En cet état où le destin m'a mise, Vous ne pouvez m'aider que par votre franchise. N'appréhendez donc pas d'accroître mon ennui, Si Clarigène est mort que craindrai-je pour lui ? Et si ses actions le rendent si coupable, Que vos plus douces lois le rendent punissable, Son trépas, que je pleure, au moins le cachera, Et puisqu'il est sans honte il me consolera.CÉLIE
Oui Cléone je l'aime, Et je ne rougis pas de le dire moi-même ; Quand l'honneur fait l'amour, dont un coeur est brûlé Nous ne devons rougir que de l'avoir celé. Ainsi je ne feins pas, et je fuis toute ruse, De peur que votre feinte en la mienne s'excuse, Je vous montre en mes feux ce que j'ai de plus cher, Afin de vous apprendre à ne rien me rien cacher.CÉLIE
Cléone répondez, poursuit-on Clarigène ? Par quelle injuste main peut-il être assailli. Pour être malheureux croit-on qu'il ait failli ? Et tient-on parmi vous cette étrange maxime Que les rigueurs du sort sont des marques de crime ? J'apprends d'un bruit confus, qui le condamne à tort Que de moins criminels ont mérité la mort. Enfin tout contribue à ma mélancolie, De quoi l'accuse-t-on ?CLÉONE
L'accuse-t-on Célie ?CÉLIE
Dissimulez, Cléone, autant qu'il est permis, Quand on craint d'augmenter les maux de ses amis, Mais sachez qu'une feinte est pour moi plus cruelle Que le récit mortel d'une triste nouvelle.CLÉONE
Le Ciel vous affligea, vous en faites autant, Mais pour vous en divertir, allons où l'on m'attend.SCÈNE DEUXIÈME. Célie, Page.
CÉLIE, seule
Que je trouve en tous lieux la fortune inhumaine ! J'ai fui de mon pays, où comme en des enfers, Tout était dans la flamme, ou bien dedans les fers, J'ai monté sur les eaux, où l'averse fortune, M'a cent fois en fureur représenté Neptune, Enfin j'ai craint partout les hommes ou le sort, Et tout ce que j'ai craint je le rencontre au port. Les plus affreux dangers ont épargné nos têtes, Et seulement le havre a pour nous des tempêtes : Ainsi par un malheur qui ne se peut changer, Le danger m'est un port, et le port un danger. Ô vous, dont la faveur est toujours salutaire, Dieux, quels voeux vous ferai-je, ou pourquoi dois-je en faire ? Ici loin d'espérance, ici loin de support, Je plains un malheureux, je redoute sa mort, Et voyant sans respect sa gloire poursuivie Je n'ose justes Dieux vous demander sa vie. Je le pleure perdu, par les flots enlevé, Et crains de le pleurer quand il sera trouvé. Regarde, cher amant, ce que ton sort me livre, Tu ne peux pour mon bien ni mourir ni revivre, Et je me vois réduite à ce point de malheurs, Que ta mort et ta vie ont pour moi des douleurs. Triste jeu du destin dont je suis poursuivie ! Je voudrais que ma mort pût défendre ta vie, Et comme si j'aidais au Démon qui te nuit, C'est moi qui te découvre au bras qui te poursuit, C'est moi qui te trahis, et si l'onde te cache, C'est moi pour ton malheur, c'est moi qui t'en arrache, Et qui m'instruit enfin par cet événement ; Qu'on peut aimer ensemble, et trahir un amant.UN PAGE
Vous mènerai-je au temple ?SCÈNE TROISIÈME. Télariste, Clarigène.
CLARIGÈNE
Un Pêcheur dites-vous, témoin de ce naufrage, Vous reçut dans sa barque, et vous mit au rivage.TÉLARISTE
Ainsi je fus sauvé ; mais par quel autre sort Parmi tant de périls trouvâtes-vous le Port ?CLARIGÈNE
Parmi tant de périls, qui me firent la guerre Des planches du vaisseau me portèrent à terre ; Je ne dis pas au port, parce que sans ta soeur, Je ne saurais goûter ce qu'il a de douceur. La fortune me tue, alors qu'elle m'en prive, Et ce bord m'est sans elle une infernale rive. Que nous eût été doux un redoutable écueil, Si pour trois malheureux, il n'eût fait qu'un cercueil ! Le Ciel nous a sauvés contre notre espérance, Mais ce bien n'est pour nous qu'un bien en apparence, Quel bien, et quel salut recevons-nous de lui Si malgré ses faveurs nous mourons en autrui ? Télariste, elle est morte, et ma fortune est telle Que je ne suis qu'horreur, et que rage sans elle, Je ne suis devant toi sans ce bel oeil éteint Que d'un homme perdu le portrait qui se plaint.TÉLARISTE
N'égale point ton mal à mon ressentiment, Hélas tu n'es que frère et moi je suis Amant. L'amitié la plus forte, et la moins passagère Ne fait que des ruisseaux des larmes d'un vrai frère, Mais plus que l'amitié l'amour impérieux Fait des pleurs d'un amant des torrents furieux. Hélas si l'un se plaint, l'autre se désespère, Enfin je suis amant, et toi, tu n'es que frère.CLARIGÈNE
N'égale point ton mal à mon ressentiment, Hélas ! Tu n'es que frère et moi je suis Amant. L'amitié la plus forte, et la moins passagère Ne fais que des ruisseaux des larmes d'un vrai frère, Mais plus que l'amitié l'amour impérieux Fait des pleurs d'un amant des torrents furieux. Hélas ! Si l'un se plaint, l'autre se désespère, Enfin je suis amant, et toi, tu n'es que frère.TÉLARISTE
Ne dessert point tant à ton ressentiment, Lorsqu'on aime en vrai frère, on endure en amant, Ce que fait dans ton coeur un amour tout de flamme Une sainte amitié le fait dedans mon âme ; Et ces deux passions sont d'illustres Tyrans, Qui ne sont entre nous que des noms différents.CLARIGÈNE
Hélas !TÉLARISTE
Mais cherchons-la, peut-être qu'à même heure Que nous pleurons pour elle, elle-même nous pleure ; Notre salut nous vient de la bonté des Cieux, A-t-elle moins que nous mérité de nos Dieux ?CLARIGÈNE
Ha c'est bien sans raison que tu veux que j'espère, Ou la terre ou la mer, ou le ciel m'est contraire. J'ai vu j'ai vu périr un chef-d'oeuvre si beau, Et le tombeau du jour est aussi son tombeau. Oui je l'ai vu périr, ha cruelle mémoire, Supplice d'un amant dont tu faisais la gloire ; Fais-moi de mon désastre un si triste rapport Que j'y trouve le trait qui me donne la mort.TÉLARISTE
Que n'ai-je pu trouver le destin plus contraire, Et qu'au lieu de la soeur ne pleures-tu le frère.TÉLARISTE
Cherchons-la.CLARIGÈNE
La fortune est pour moi si cruelle, Que pour la retrouver il faut mourir comme elle. Cherchons-la toutefois sur ces funestes bords, Pour mourir plus certains de la voir chez les morts. Va-t-en de ce côté, je prendrai cette route.CLARIGÈNE
Tu me retrouveras.TÉLARISTE
Ici le rendez-vous.SCÈNE QUATRIÈME.
CLARIGÈNE, seul
En l'état où je suis la mort est le plus doux. Toi qui fus autrefois l'honneur de la Nature, Toi qu'un bord inconnu laisse sans sépulture, Que ton esprit errant regarde nos transports, Et nous attire enfin où repose ton corps. Déjà se font paraître à mes tristes pensées, Par les coups de la mort tes beautés effacées, Déjà voyant ton front, qui fut digne des Dieux, J'y cherche avec effroi la place de tes yeux, J'y cherche cet éclat qui fut incomparable Et vois que tout est mort, où tout fut adorable ; J'y cherche les sujets de mon Ravissement Et je vois tout horrible où tout était charmant : Enfin je te crois voir en quelque bord étrange Comme un rebut des eaux dessus un lit de fange, Et je ne veux en toi tant d'horreur concevoir Que pour mourir d'horreur devant que de te voir. Que me pourrait servir une mourante vie Qu'à souhaiter sans fin qu'elle me fut ravie ?SCÈNE CINQUIÈME. Célie, Page, Clarigène.
CÉLIE, voyant Clarigène
Que vois-je ! Mais bons Dieux ce Page me nuira, Mon fils va-t-en au Port, entends ce qu'on dira, Vois si l'on a trouvé Clarigène et mon frère, J'irai tantôt au temple.UN PAGE
Il faut vous satisfaire.CÉLIE
Va ne t'arrête point, tâche de m'alléger, Et crois qu'on ne perd rien lorsqu'on peut m'obliger.CLARIGÈNE, voyant Célie
Mais que vois-je ! Est-ce vous ?CLARIGÈNE
Je doute maintenant en cet heureux transport Si ce lieu m'est un Ciel ou seulement un port.CÉLIE
Hélas ! Si c'est un Ciel il faut que je t'en chasse, Ton malheur t'y poursuit, ton destin t'y menace, Et loin d'y rencontrer la fin de mon tourment. T'y perdre et t'y trouver me gêne également. Fuis donc.CLARIGÈNE
Que dites-vous ?CÉLIE
Fuis sans me contredire, T'imposer ce destin m'est un nouveau martyre, Mais il n'importe, fuis.CLARIGÈNE
Courtes félicités, Je sors d'un précipice, et vous m'y rejetez ! Pourquoi fuirais-je enfin d'un port si favorable ?CLARIGÈNE
Moi ! Que m'impose-t-on ?CÉLIE
Je ne l'ai pu savoir, Mon âme, n'attends pas qu'on te le fasse voir. Fuis de ces tristes lieux, n'attends pas que la terre Plus cruelle que l'eau te déclare la guerre, Ta présence me tue, et tu m'es un trésor Que je ne puis sauver qu'en te perdant encor. Ton absence m'assure où ton sort m'épouvante, Et savoir que tu vis suffit à ton amante.CÉLIE
Quand le Ciel en fureur poursuit un misérable, Quelque innocent qu'il soit, il est partout coupable.CLARIGÈNE
S'il est partout coupable, et partout odieux En vain pour me sauver je fuirai de ces lieux. Si je trouve partout une égale poursuite À quoi me servira cette honteuse fuite ?CLARIGÈNE
Ne craignez rien pour moi, je puis bien tout attendre, Quiconque est innocent a de quoi se défendre.CÉLIE
Je te juge innocent autant que généreux Mais ce n'est pas assez lorsqu'on est malheureux. Fuis c'est là ton seul bien, que la fuite te cache.CÉLIE
Retire-toi d'ici, ne m'oppose plus rien Ce qui te peut sauver, je le nomme un grand bien. C'est lâcheté de fuir, quand on peut se défendre, Mais lorsqu'on ne le peut ; c'est un vice qu'attendre ; Cette loi de l'honneur si cher aux grands esprits À qui cède à propos donne même des prix : Fuis donc, et n'attends plus, un moment te peut nuire Et peut par ton exemple aujourd'hui t'en instruire, Fuis pour me contenter, et pour m'ôter des maux Que tes persécuteurs joindraient à mes travaux, Le coup qui te menace a mon âme abattue Et le trait qui te blesse est celui qui me tue.CÉLIE
Assez te persécute une rage infernale Sans me rendre moi-même à ton salut fatale, Si l'amour t'empêchait de t'éloigner de moi Pour t'obliger à fuir, je fuirai devant toi ; Une fois pour mon bien j'ai su prendre la fuite Une fois pour le tien tu m'y verras réduite, Ne m'as-tu pas fait sortir d'un pays malheureux Que pour rendre en ce lieu mon sort plus rigoureux ? Et pouvais-je trouver au mal qui me consomme Un plus noble tombeau que le tombeau de Rome ?CLARIGÈNE
Quelles extrémités !SCÈNE SIXIÈME. Licidas, Célie, Clarigène.
LICIDAS
Ainsi par les écueils on peut revenir au port. Vous le reconnaissez par l'heureuse fortune Qui vous tire du gouffre où préside Neptune, Et pour comble de biens, et de contentements Vous le reconnaîtrez par mes bons traitements, Si chez moi votre soeur a trouvé son asile Vous y rencontrerez le sort aussi facileCLARIGÈNE
C'est par ce seul accueil qui nous est un support Que nous devons juger que nous sommes au port. Et ce seul mal me reste après mille supplices De n'avoir que des voeux pour tous vos bons offices.LICIDAS
C'est assez de vos voeux, si je vous fais du bien, Je m'acquitte envers vous, et ne vous donne rien. J'étais comblé d'ennuis, et par votre rencontre Au moins à mes douleurs le remède se montre.LICIDAS
Oui je gagne beaucoup par vos adversités, Et pour vous être aussi moi-même salutaire Après tant d'accidents je ne dois rien vous taire. Je sais que mes discours vous blesseront d'abord, Qu'ils vous seront des traits pires que ceux du sort, Et qu'en ce même temps que je vous traite en père Vous m'allez accuser comme votre adversaire, Mais je sais bien aussi que ce même discours Qui semble vous blesser sera votre secours. Un traître vous suivait, et sa rage couverte A peut-être cent fois conspiré votre perte, Mais bien qu'il fût partout à vos pas attaché L'apparence d'ami vous la toujours caché. Enfin pour vous le dire, et vous ôter de peine C'est même à mon regret l'infâme Clarigène.CLARIGÈNE
L'infâme Clarigène.LICIDAS
Oui mon fils.CÉLIE
Justes Dieux.CLARIGÈNE
Ne t'imagine rien qui ne soit à sa gloire, Mais pardonnez, Monsieur, à mon affection Si j'ai de Clarigène une autre opinion. Je serais criminel, je serais condamnable Si je croyais trop tôt qu'un ami fut coupable, Pardonnez donc Monsieur, au trouble où je me vois, Quand je parle pour lui je crois parler pour moi.LICIDAS
Vous faites le devoir d'un ami véritable, Mais par quelque vertu qu'il vous paraisse aimable, Vous avouerez bientôt que c'est avec raison Qu'il vient d'être conduit aux fers d'une prison.LICIDAS
Il est pris ce Corsaire. Qui sous le nom d'amant était votre adversaire. Bien plutôt que le Ciel, l'enfer vous l'eût donné, Mais le Dieu qui vous garde a ce coup détourné. Il vous sauve deux fois, et vous le fait paraître En vous tirant des flots, et vous ôtant ce traître ; Tant que d'un vrai mérite, il sembla revêtu L'amour dont vous brûliez était une vertu ; Mais puisque sa vertu ne fut qu'un artifice Si vous l'aimez encor, votre amour est un vice. Déjà par la raison votre frère conduit Voit et connaît l'erreur, dont il était séduit, Et son coeur amoureux de votre seule gloire Déjà par ses regards vous parle de me croire.CÉLIE
Je fais de vos conseils, et ma gloire et mes biens Et je voudrais les suivre aussitôt que les siens, Mais peut-on m'inspirer l'horreur de Clarigène Sans me montrer au moins une cause de haine ? Veut-on qu'en cet amant aujourd'hui malheureux, Je condamne le choix d'un père généreux ? Si l'honneur seulement est l'esprit qui l'anime, C'est ce me semble assez pour le croire sans crime ; Un soupçon contre lui n'est pas assez puissant, Puisqu'il aime la gloire il doit être innocent, Et s'il est innocent, et de crime incapable, C'est ce me semble assez pour être encore aimable.CLARIGÈNE
Si Clarigène souffre, il n'a point de tourments Que ce discours ne change en des contentements, Mais ne négligeons pas ce qu'on en peut apprendre ; L'amour nous sait tromper comme il sait nous surprendre ; Il faut peu se fier à ses attraits flatteurs, Il ne trompe jamais que ses adorateurs, Et ne donne après tout à nos âmes blessées, Pour les sujets aimés, que de nobles pensées. Sachons donc ce qu'a fait ce malheureux amant.ACTE III
SCÈNE PREMIÈRE. Clarigène, Célie.
CLARIGÈNE
M'accuser de ce Rapt, et croire m'avoir pris, Ce sont des accidents qui troublent mes esprits, Mais me voir au hasard de ressentir ta haine, C'est mon plus grand malheur et ma plus grande peine.CÉLIE
Ne crains pas qu'un soupçon rompe notre lien, Je t'aurais vu faillir que je n'en croirais rien. Quoi qu'on me fasse voir, et quoi que l'on t'impose, J'écoute la vertu qui plaide ici ta cause ; C'est un juste témoin qu'on ne peut soupçonner. . . . . . . . . . .Ici il manque théoriquement 8 pages, car on passe de la page 40 à 49.
CLARIGÈNE
. . . . . M'aimez-vous ?CÉLIE
Je t'adore.CÉLIE
Que le Ciel irrité cesse de te garder. Il offre à ton salut une fuite facile, Et tu rends au besoin sa faveur inutile, Crains qu'il ne t'abandonne au courroux des humains Pour avoir refusé le secours de ses mains.CLARIGÈNE
N'importe.CÉLIE
Va-t-en donc, que ton âme contente, N'écoute les conseils ni d'ami, ni d'amante, Mais apprends qu'un esprit jusques là s'enflammant, Ne mérite les noms ni d'ami, ni d'amant.SCÈNE DEUXIÈME.
CÉLIE, seule
Hélas ! Il s'abandonne où le mal est extrême, Trop d'amitié le rend ennemi de soi-même ; Et comme si mes maux n'avaient rien d'assez grand, Il se dérobe à moi, quand le Ciel me le rend. Aveugle à ta ruine, insensible à ma peine, Meilleur ami qu'amant, furieux Clarigène, Coupable seulement dans ton sort rigoureux, De hasardez en toi l'innocent malheureux, Faut-il que dans mon coeur l'amour ait cette honte, De voir que dans le tien l'amitié le surmonte ? M'aimes-tu seulement pour me persécuter ? Et n'es-tu généreux que pour me tourmenter ? Je ne sais si les Dieux rigoureux ou propices, Me font trouver en toi mes maux ou mes délices ; Et ne puis dire enfin si le Ciel m'obligea, Lorsque de cent périls son soin me dégagea. J'ai redouté dans Rome une force étrangère, J'ai craint dessus les flots leur funeste colère, Et j'apprends aujourd'hui par un nouveau tourment Que j'ai dû redouter mon salut seulement.SCÈNE TROISIÈME. Cléone, Célie.
CÉLIE
Oui, Cléone, il est vrai, j'ai de quoi m'alléger, En ce que ma douleur se rends assez profonde, Pour dérober ma vie aux traverses du monde. Plus mon deuil sera fort, plus mes maux seront grands Et plus j'approcherai du repos que j'attends.CÉLIE
Ce que je sais de lui finirait mon supplice, Si les Dieux permettaient qu'on lui rendît justice.CLÉONE
Vous devez l'espérer.CÉLIE
J'espère, mais je crains Ce que la passion peut dessus les humains. Encore que les lois soient un commun refuge L'innocent doit trembler tant que l'homme est son juge.CLÉONE
La justice est ici comme en la main des Dieux, Et toujours l'innocent en sort victorieux. Ne vous plaignez donc pas du sort de Clarigène ; S'il est ici sans crime, il y sera sans peine : Et s'il est criminel, c'est bien injustement, Que vous versez des pleurs pour un coupable amant. Mais je veux qu'en son coeur la vertu toute pure, Soit de ses actions la règle et la mesure, Cette crainte excessive et ce profond ennui Sont en vous des témoins qui parlent contre lui. Retenez donc ces pleurs, où la peur vous engage, Craindre pour l'innocent est lui faire un outrage, Et souvent contre lui son malheur a permis Que l'on ait employé les pleurs se ses amis.CÉLIE
Si je fais de mes pleurs un torrent pitoyable, Je pleure un malheureux et non pas un coupable, Et si je crains pour lui de sinistres effets, Son malheur me fait craindre et non pas ses forfaits. J'aime, et cela suffit pour pleurer, pour me plaindre, Et pour craindre en tous lieux ce qui n'est pas à craindre. Hélas ! À quelque excès que montent mes douleurs, Si vous avez aimé vous approuvez mes pleurs, Et de quelques grands soins dont on me trouve atteinte, Si vous avez aimé vous approuvez ma crainte. Vous savez quels soucis l'amour verse sur nous, Et vous louez en moi ce qu'il ferait en vous. Que si jamais ce feu qui consume nos âmes, N'étendit jusqu'à vous ses dévorantes flammes, N'en puissiez-vous jamais ressentir les chaleurs, Qui de nos plus beaux jours sèchent toutes les fleurs. Ou c'est un destin que l'amour indomptable, Ait réservé pour vous un trait inévitable, N'en puissiez-vous avoir que les contentements De même que mon coeur n'en a que les tourments.SCÈNE QUATRIÈME. Cléone, Célie, Polémon.
CLÉONE
Mais voici Polémon.POLÉMON
Cet homme me l'a dit, et vous saurez pourquoi. Sur un point important tout le Sénat en peine Veut par votre secours connaître Clarigène. Comme on l'interrogeait, un autre est survenu Étranger courageux, à chacun inconnu. Je suis, a-t-il crié, je suis ce misérable Que pense interroger un Sénat équitable, Je suis ce Clarigène en ce seul point heureux, D'avoir à ma défense un ami généreux. Quiconque en cet état l'a vu si magnanime A cru voir la vertu qui s'accusait d'un crime. Le Sénat a loué cet acte solennel, Et redouté pour lui qu'il fut le criminel ; L'autre non moins touché du désir de la gloire, Lui dispute aussitôt son nom et la victoire ; Et l'on a craint alors pour ce coeur indompté Ce que pour le premier on avait redouté. Ainsi dans un combat, et si noble et si triste Tous deux sont Clarigène, et tous deux Télariste, Ainsi l'on eût jugé que ces nobles esprits Au lieu d'un châtiment venaient poursuivre un prix. Licidas étonné de leur amour extrême En les persécutant les admire lui-même ; Mais enfin il se lève, et remontre au Sénat Que vous pouvez finir un si fameux débat. On prononce aussitôt qu'on vous ferait paraître, À dessein seulement de les faire connaître.CÉLIE
Ô plus cruel arrêt, que les feux et les eaux, Qui nous ont tant de fois présenté des tombeaux ! Hélas ! Si mon destin eût de la violence, C'est ici seulement que la rage commence. Tant de traitements soufferts, tant de peurs, tant ennuis, N'étaient que les chemins des troubles où je suis. Ce n'est donc pas assez, pour me consoler de peine, Que sur moi la fortune ait épuisé sa haine, Elle n'aurait donc plus de quoi me tourmenter Si je n'aidais moi-même à me persécuter. Que ferai-je, Cléone, en un mal incurable, En un mal si nouveau, qu'il paraît une fable, Et pour me délivrer d'un si funeste faix, Quel exemple suivrai-je où l'on n'en eût jamais ? Hélas ! Quoi que je fasse, et que je délibère, Si je veux un amant, il faut détruire un frère ; Et si fort le destin conspire à mon tourment, Que si je veux un frère, il faut perdre un amant. Ô Dieux inspirez-moi, si je suis misérable, Permettez pour le moins que je sois équitable. La nature et l'amour combattent dans mon coeur, Montrez-moi, justes Dieux, qui doit être vainqueur. Ha quelques grands assauts, que mon amour me livre La nature est ici la loi que je dois suivre, Et vouloir consulter en cette extrémité, Pour moi, pour une soeur est une impiété : Mais quelques justes lois que la nature fasse, Un amour aussi juste en même temps l'efface. Si le Ciel, si mon père, et mon consentement, Ainsi que mon époux me font suivre un amant, Dois-je moins respecter en pareille aventure Les noeuds que fait le Ciel, que ceux de la nature ? À qui ferai-je donc un plus doux traitement, Hélas ! L'un est mon frère et l'autre est mon amant ; Et de quelque côté que j'incline moi-même, Je ne saurais juger que contre ce que j'aime. Grande et nouvelle guerre, où dans un même coeur, Une amante aujourd'hui combat contre une soeur !ACTE IV
SCÈNE PREMIÈRE. Polémon, Licidas.
LICIDAS
Comme je suis touché par celui qui m'outrage : Quoi qu'ils nous fassent voir de grand, de glorieux, Leur générosité n'est qu'un monstre à mes yeux.POLÉMON
Je sais bien qu'en un père affligé comme vous L'excès est légitime, et permis au courroux, Mais il faut empêcher que s'il est pardonnable Il ne produise au moins un effet condamnable.POLÉMON
D'user de cruauté contre vos ennemis, De trop précipiter une importante affaire, Dont le retardement leur serait nécessaire.LICIDAS
On n'agit point trop tôt lorsque c'est justement, Et qui veut du secours hait le retardement. J'attends depuis deux ans cette heureuse journée Qu'à mon soulagement le Ciel a destinée, J'attends depuis deux ans à venger un affront, Et tu veux m'accuser d'être encore trop prompt ! Veux-tu voir les raisons de ma juste colère ? Considère ma perte, et vois que je suis père.SCÈNE DEUXIÈME. Dicée, Célie, Clarigène, Télariste.
CÉLIE
J'expirerais pour eux, Ils sont tous deux Romains, et tous deux généreux, Ils vous l'ont bien appris par leur noble querelle.DICÉE
Vous savez le sujet pourquoi l'on vous appelle, Votre frère se perd, et s'il est en danger Ce n'est que votre main qui l'en peut dégager. Pour un ami coupable il veut se mettre en peine, Doncques pour le sauver montrez-nous Clarigène.TÉLARISTE
Il se montre lui-même, il fait assez de bruit, C'est en moi qu'on le voit, et que l'on le poursuit. Je suis ce malheureux, je suis ce Clarigène, À qui même un ami sert aujourd'hui de gêne. À qui par un destin triste en événements, Tous les soins d'un ami sont autant de tourments. Regarde Télariste, où me porte ton zèle, Tu me perces le coeur pour m'être trop fidèle, Tu ramènes mes maux en pensant les chasser, Et m'étouffes enfin quand tu crois m'embrasser. Ne t'oppose donc plus au malheur qui m'outrage, Avec moins d'amitié tu me plais davantage ; Permets donc que j'expire avec ce peu de mal, D'être à moi seulement et funeste et fatal. Vis avecque ta soeur, ton ami t'en conjure, Et croit que ton refus est pour elle une injure. Dans ce nouveau sujet de tristesse et d'effroi, Parle ne confonds rien, lui dois-tu moins qu'à moi ? Dois-tu plus de respect à ce noeud qui nous lie, Qu'à ce puissant lien qui t'attache à Célie ? Ô vous qui disposez du destin des humains, Qu'une triste fortune a mis entre vos mains, Écoutez en moi seul un témoin véritable, Qui parle contre soi peut bien être croyable, Et dans l'infâme sort dont mon mal est accru, Laissez-moi pour le moins la gloire d'être cru.CLARIGÈNE
Ne cherche point ici cette inutile gloire, D'abuser un Sénat, et de te faire croire. Par l'illustre action dont tu charmes ces lieux, Le noble Télariste est assez glorieux ; Et pour me consoler des maux que l'on me livre, Cède à la vérité, cesse de te poursuivre, Par cet acte d'amour, dont tu t'es signalé, Le triste Clarigène est assez consolé. Donc pour d'autres combats réserve ton courage, Ne sois pas généreux à mon désavantage ; Veux-tu que ton ami fasse une lâcheté, Pour mieux faire éclater ta générosité ? Rendre pour me sauver ta perte inévitable, C'est rendre ton ami de ta perte coupable, Ainsi croyant m'ôter d'un injuste tourment, Tu me mets en état de souffrir justement ; Ainsi tu me fais voir par un Zèle invincible, Qu'un ami trop parfait est quelquefois nuisible, Ne te trahis donc plus pour me favoriser, Ne m'offre plus un bien que je dois refuser, Accepter à ton dam cette faveur insigne, C'est et d'elle et de toi me déclarer indigne, Et c'est par ce refus, que tu souffres de moi, Que je me puis montrer digne d'elle et de toi. Je ne puis profiter d'une injustice extrême, Qu'un ami généreux exerce sur lui-même ; Et tu ne peux enfin me donner du support, Qu'en me laissant aller où m'entraîne mon sort. Tu veux périr pour moi, mais hélas, considère, Pour être bon ami tu te rends mauvais frère. Laisseras-tu ta soeur contre toutes les lois ? Et peux-tu me donner un sang que tu lui dois ? Ne joins pas à ses maux cette peine nouvelle, De te voir pour autrui plus touché que pour elle ; Vois que l'abandonner est une cruauté, Qui passe et qui ternit ta générosité ; Rends-toi donc à ta soeur que son deuil te surmonte, En cette occasion l'on est vaincu sans honte ; Être frère insensible, être frère à demi, Efface justement la gloire d'être ami.TÉLARISTE
C'est moi.DICÉE
C'est trop longtemps souffrir une vaine dispute. Montrez-nous Clarigène, et sans plus différer, Finissez un combat qu'ils ont trop fait durer. À quelque extrémité que son destin le range, Innocent ou coupable, il n'est pas sans louange.CÉLIE
Il faut enfin céder à la force du droit, Et rendre à l'équité l'hommage qu'on lui doit. Toi que traite le Ciel de même qu'un coupable, Et de qui tout le crime est d'être misérable, Pardonne Clarigène à la nécessité, Où me réduit l'honneur et la fatalité. Célie en te montrant ne croit pas te déplaire, Puisqu'elle ne fait rien que tu ne veuilles faire, Et qu'en l'extrémité, qui lui défend le choix, Elle suit un conseil, que tu lui donnerais : Non, non, je ne crois pas que je te sois contraire, En t'exposant aux yeux d'un puissant adversaire ; Qu'il soit fort, qu'il soit grand, je n'en ai point d'effroi, Ce serait t'offenser que de craindre pour toi ; Quoi que pour te gêner l'enfer fasse paraître, Je n'appréhende pas de te faire connaître, Puisqu'il est assuré qu'en dépit de ton sort, Ta vertu fera voir que l'on t'accuse à tort.Elle montre Clarigène.
Voilà donc Clarigène.TÉLARISTE
Ô Dieux est-il possible, Que jusques à ce point vous soyez in sensible, Que par le sang d'un frère immolé lâchement Vous vouliez acheter le salut d'un amant ? Ne croyez pas, Seigneurs, la passion extrême, Qui la rend outrageuse à la nature même, Elle m'aime, je l'aime, et l'amour peut prouver, Qu'aux dépends de son frère elle veut me sauver. Elle lui donne ensemble, et mon nom, et mon crime, Veut pour ma délivrance en faire une victime, Et pour me surmonter par sa fidélité, Elle se laisse aller jusqu'à l'impiété. Détournez cette horreur qu'elle attire sur elle, La nature s'en plaint comme d'une rebelle, Et moi même confus de ce qu'elle a tenté, Je déteste un dessein dont j'aurais profité. Si la fille amoureuse a su trahir son Père, Une amoureuse soeur peut bien trahir son frère.CLARIGÈNE
Juge mieux de ta soeur par ce juste devoir, Qui s'est acquis sur elle un absolu pouvoir. Qui le croirait, Seigneurs, qu'une fille bien née, À ce dérèglement se fut abandonnée ? Quand l'amour a fait voir ces étranges effets, Il ne les a formés qu'en des esprits mal faits. Ce n'est pas en ta soeur que l'amour est barbare, Il ne peut être aveugle en une âme si rare, Et s'il avait les feux d'un insolent vainqueur, Il les épurerait dans un si noble coeur. Ailleurs en souverain l'amour se fait paraître, Mais il connaît ici que l'honneur est son maître. Ne t'impose donc plus le nom de ravisseur, Ne conseille donc plus la honte de ta soeur. Souffre qu'elle te sauve, endure qu'elle t'aime, Ce n'est qu'en te sauvant qu'elle agit pour moi-même, Et si l'amour que j'ai peut encore monter, Ce n'est qu'en te sauvant qu'elle peut l'augmenter. Vous qui cachez des Dieux sous une forme humaine, Justes dispensateurs du prix ou de la peine, Pour terminer enfin ce fameux différent, Suivez le plus honnête et le plus apparent. C'est faire à la nature une injure mortelle, De croire que l'amour ait plus de force qu'elle.DICÉE
Ma fille, éclaircissez ce qu'ils ont obscurci, Dissipez nos soupçons, ôtez-nous de soucis, Si l'amour a failli, montrez-vous plus parfaite, Corrigez sans rougir la faute qu'il a faite, Et par un désaveu plein d'un juste courroux, Faites-nous voir qu'en vous, il a failli sans vous.CÉLIE
Non, non, ce chaste amour, est un Dieu dans mon âme, Et par cette raison incapable de blâme ; Et par cette raison plus juste qu'on ne croit, Si je voulais faillir il m'en empêcherait. Voilà donc Clarigène ; hélas l'ai-je pu dire, Ou le dirai-je encor qu'aussitôt je n'expire ? Ne m'interrogez plus, j'ai fait ce que je dois, Et j'ai percé mon coeur pour la seconde fois.TÉLARISTE
Ha ! Seigneurs.DICÉE
C'est assez. Mais que l'on les ramène,Il parle à Licidas.
Et renvoyez chez vous, cette jeune Romaine ; Loin de nous apporter de l'éclaircissement, Ce qu'elle nous a dit nous trouble infiniment. Assez et trop souvent l'amour est dans le monde, En actes inhumains uns source féconde ; Tâchez donc de tirer de ce coeur aveuglé, Ce que cache sans doute un amour déréglé, Employez la douceur, employez l'artifice, Sachez la vérité, l'on vous fera justice. Ces généreux amis ensemble retenus, Par vous ou par le temps seront enfin connus.SCÈNE TROISIÈME. Licidas, Polémon.
SCÈNE QUATRIÈME. Licidas, Cléante.
LICIDAS
Mais j'aperçois mon fils, ha Cléante, et ta soeur ? Parle moi promptement, qu'en fit son ravisseur ?CLÉANTE
Que le Ciel.LICIDAS
Ne fais point de préface importune, Et pour tout compliment dis-moi son infortune Quand tu me fus ravi par ta seule valeur, Ton vaisseau joignit-il celui de ce voleur ?CLÉANTE
Après deux mois entiers de poursuite et de peine, Enfin je le joignis auprès de Mitilène. Il ne résista point, il me montra ma soeur, Et me reçut en frère et non en ravisseur. Ne crois pas, me dit-il, qu'une beauté si rare, Trouve en moi le courage et l'âme d'un barbare, De ce vivant trésor nous connaissons le prix, Et nous saurons garder ce que nous avons pris. Je m'irrite à ce mot, nous en venons aux armes, Ma soeur en même temps nous oppose ses larmes, Elle arrête la main qui me lance des traits, Et d'un oeil tout en pleurs nous demande la paix. N'achevez point, dit-elle, et pour mon allégeance, Songez à mon salut plutôt qu'à ma vengeance ; Que ferai-je sans vous si d'un coup hasardeux Ce funeste combat vous emporte tous deux. À peine eût-elle dit, que les vents adversaires Poussèrent contre nous deux vaisseaux de corsaires.LICIDAS
Et toi que devins-tu ?CLÉANTE
Je suivis Clarigène, Et nous tînmes longtemps une route incertaine. Les eaux eurent pour nous d'éternelles fureurs, Chaque jour nous montrait de nouvelles horreurs, Et même le trépas n'a point d'affreux visage, Dont il n'ait à nos yeux représenté l'image.LICIDAS
Enfin.CLÉANTE
Après six mois presque épuisé de biens Clarigène arriva chez les Siciliens, Et je reçus du Ciel un pareil avantage, Puisque aussitôt que lui j'en touchai le rivage. Là parmi ses amis Clarigène plus fort Mais non pas moins civil me vint parler d'accord, Il me dit que l'amour avait commis son crime Et que l'amour enfin le rendrait légitime.LICIDAS
Ô dieux ! Qu'à s'excuser, un méchant est subtil : S'il aimait votre soeur que ne m'en parlait-il ?CLÉANTE
Il savait son devoir, mais l'amour le fit taire, La crainte d'un refus le rendit téméraire, Il crut qu'un étranger n'obtiendrait pas de vous Ce qui rendait ici votre destin si doux. Enfin il me parla, pour réparer l'outrage, De faire de ce rapt un juste mariage, J'en remis à ma soeur la résolution, Et ma soeur la remit à votre intention. On vous en écrivit.LICIDAS
Je n'ai rien vu Cléante.CLÉANTE
Aussi votre silence a trompé notre attente, Et nous pensions déjà que notre mauvais sort À nos longs déplaisirs avait joint votre mort. Alors notre retour eût terminé les peines Que notre éloignement vous rendait inhumaines, Mais le bruit des Gaulois, que Rome vit armer, Ne laissait rien de libre et sur terre et sur mer. Ces peuples furieux, mais amis de la gloire.LICIDAS
Parle-moi de ta soeur, je sais bien leur histoire, Dis-moi ce qui me touche, et laisse aux curieux Ce qu'un autre désir me rendrait ennuyeux.CLÉANTE
Doncques après que Rome à vaincre destinée, Eût de cet ennemi la force ruinée, L'assurance revint, et l'empire des eaux Revit en liberté la course des vaisseaux. Nous partons aussitôt.LICIDAS
Avecques Clarigène.CLÉANTE
C'est lui qui nous ravit, c'est lui qui nous ramène, Et sous le titre heureux ou d'époux ou d'amant, Il vient enfin chercher votre consentement ? De moi qui sais combien ce généreux courage Peut à notre maison apporter davantage, Connaissant ce qu'il a, connaissant ce qu'il est, En sa seule faveur je rendrais un arrêt.LICIDAS
Où croyez-vous qu'il soit ?LICIDAS
Ô Dieux ! Mais depuis quand vous vit-on arriver Où ce voleur attend que vous l'alliez trouver ?CLÉANTE
Ce fut hier au soir.LICIDAS
Ô trahison trop grande ! Ne crois pas le trouver où tu crois qu'il t'attende, Sans doute Polémon, il fuyait de ces bords Au moment que sa prise a suivi nos efforts.CLÉANTE
Quoi sa prise !ACTE V
SCÈNE PREMIÈRE. Polémon, Licidas, Céphise, Cléone.
POLÉMON
Enfin vous revoyez une fille si belle, Un repos assuré vous revient avecque elle, Et son retour vainqueur de tous vos déplaisirs A fait perdre chez vous l'usage des soupirs. Enfin vous consentez qu'un hymen légitime Délivre Clarigène, et répare son crime.LICIDAS
Dis plutôt Polémon, qu'en cette extrémité Je me laisse emporter à la nécessité, Dis que je suis contraint, et qu'en cette disgrâce Je permets malgré moi ce qu'il faut que l'on fasse, En cette occasion si contraire à mes voeux Je fais ce que je dois, et non ce que je veux ; Je fais ce qu'a voulu l'honneur de ma fille, Et je ne donne rien au bonheur de ma fille. Ha que lui donnerais-je en ce nouveau malheur S'il faut pour son époux lui donner un voleur.* Le vers suivant n'a que 11 pieds.
POLÉMON
Encore en ce malheur a-t-on cet avantage Que sa condition aide à ce mariage, Et que sans déshonneur par les siens poursuivi Vous lui pourriez donner ce qu'il vous a ravi. Qui l'est allé quérir, et qui vous le ramène ?LICIDAS
Mon fils, bien étonné de le savoir en peine. Il ne peut concevoir cet emprisonnement, Et demeure confus sur cet événement. Enfin selon mon ordre il est allé lui-même Retirer des prisons ce barbare qu'il aime.POLÉMON
Qu'en dit cette Romaine.LICIDAS
Elle plaint ses malheurs Et voudrait se noyer dedans l'eau de ses pleurs ; Mais quelque grand transport qu'elle mêle à ses plaintes, Tout ce qu'elle m'a dit je le prends pour des feintes.POLÉMON
Pour des feintes ! Comment ?LICIDAS
Il n'en faut point douter, Où l'on a des raisons qu'on ne peut contester. Elle mêle au récit qu'elle fait de sa peine Qu'elle sortit de Rome avecques Clarigène, Et qu'après des dangers aussi craints que la mort Le hasard seulement la jeta dans ce port ; Tu sais bien cependant que des bords de Sicile Clarigène et mon fils font voile en cette ville, Et qu'un même vaisseau favorisé des Cieux Les a portés ensemble en ces aimables lieux. Démêle maintenant le noeud que je te montre Accorde si tu peux l'une et l'autre rencontre, Suis de l'oeil Clarigène, et montre-moi comment Il peut être en deux lieux en un même moment.POLÉMON
Il est vrai, Licidas, que mon esprit s'égare Lorsque je me figure un accident si rare. J'y considère tout, j'y cherche des clartés Et je n'y trouve rien que des obscurités.SCÈNE TROISIÈME. Céphise, Cléone.
CÉPHISE
Que croirai-je Cléone ; et quel nouveau tourment Du logis paternel me fait un monument ? Clarigène en prison, Clarigène perfide ! Que ne dit-on plutôt qu'il est mon homicide ?CLÉONE
De quoi vous plaignez-vous ? S'il veut vous outrager, Il est en un endroit, où l'on peut vous venger.CÉPHISE
Hélas, pour me venger, serai-je moins trompée, Et d'un trait moins cruel me verrai-je frappée ?CLÉONE
L'aimez-vous ?CÉPHISE
Est-il vrai qu'il se soit parjuré, Et qu'il ait contre moi lui-même conspiré ? Après tant de devoirs, qui furent la victime Par qui mon ravisseur se purgea de son crime, Ha, si je ne crois pas cette infidélité, L'on doit bien excuser mon incrédulité.CÉPHISE
Hélas qu'en dois-je croire ! Toutes ses actions ne tendent qu'à sa gloire, Même en me ravissant il fut respectueux Et même dans son crime il parut vertueux. Par cet enlèvement qui le combla de joie, Il me fit sa captive, il me rendit sa proie, Mais par son grand respect, qui n'eût jamais de fin, On eût plutôt jugé qu'il était mon butin. Vous eussiez dit à voir son respect et sa peine, Que c'était un sujet qui conduisait sa Reine, Et qui la délivrait d'une captivité Pour lui rendre son sceptre et son autorité. Jamais sa passion ne me livra la guerre, Tel qu'il fur sur les eaux, tel il fut sur la terre : Mon honneur y craignit son amour suborneur, Et ce fut son amour qui sauva mon honneur ; Enfin pour dire tout, j'appris dans la Sicile, Que chez mon ravisseur je trouvais mon Asile.CÉPHISE
Juge ici par mes pleurs, Ou bien de mon amour, ou bien de mes douleurs. J'allumai dans son coeur des feux qui me brûlèrent, Mais mieux que son amour, ses respects me gagnèrent. Quelque fatalité me rangea sous ses lois Et je puis dire enfin qu'il me ravit deux fois. Mais hélas il est homme, et son âme contrainte Sous un voile d'amour peut cacher une feinte Ce n'est pas le premier en ces occasions Qui par ses actions dément ses actions. Peut-être que mon frère avait par sa présence De ce barbare esprit réprimé l'insolence, Que par son seul aspect mon honneur fut sauvé Et que sans lui ce traître eût son crime achevé. Mais que dis-je Cléone, il m'a donné des larmes Plus que n'a mérité ce peu que j'ai de charmes, Mais que dis-je bons Dieux, n'est-il pas assuré Qu'on a souvent trahi celui qu'on a pleuré.CLÉONE
Mais parlons à Célie.SCÈNE TROISIÈME. Céphise, Célie, Cléone.
CÉPHISE
Faites-moi connaître Ce que dans peu de jours le temps ferait paraître, Et pour votre repos autant que pour le mien De vos tristes amours ne me déguisez rien. Aimez-vous Clarigène ?CÉLIE
Oui Madame je l'aime Et l'aime d'un amour aussi vieux que moi-même. Je cacherais en vain ce qu'on a déjà su.CÉPHISE
En quel endroit fut-il ?CÉPHISE
Il vous trompa Célie, il vint en cette terre, Et ce ne fut qu'à moi qu'il déclara la guerre. Ce fut en ce temps-là que ce perfide amant Se rendit criminel par mon enlèvement.CÉPHISE
Sur les bords de Sicile.CÉPHISE
Je ne puis rien comprendre à cette étrange histoire, Le moyen de vous croire, ou de me faire croire ?CÉLIE
Le moyen de me croire ! Ha c'est me maltraiter. Je n'ai jamais rien dit, dont on ait pu douter.CÉPHISE
Peut-être qu'ayant su qu'une amitié nouvelle Vous avait dérobé cet esprit infidèle, L'amour vous l'a fait suivre, et c'est peut-être ainsi Que ce perfide amant vous a conduite ici.CÉLIE
De ces subtilités mon âme est incapable, Je suivis un amant sans me rendre coupable ; Je ne suis pas enfin de ces lâches esprits, Où l'amour criminel met l'honneur à mépris.CÉPHISE
Mais enfin il vous aime.CÉPHISE
Il n'en faut plus douter, Cléone, c'est un traître ; Ses respects n'ont été que des pièges divers, Que des poisons cachés, que des crimes couverts, Et je dois accuser cette âme criminelle Et comme un ravisseur, et comme un infidèle. Mais son premier forfait en outrages fécond Me servira du moins à punir le second.CÉLIE
Pourquoi contre son bien formez-vous cette plainte, Puisqu'il doit être à vous, même par la contrainte ? Et que de la prison, qui le tient arrêté, Il ne peut s'affranchir par l'infidélité. S'il est vrai qu'il vous aime, et qu'il vous ait ravie Vous avez intérêt à conserver sa vie ; Hélas ! Belle Céphise en cette extrémité Qui peut rendre l'honneur que ceux qui l'ont ôté ?CÉPHISE
Il ne m'a rien ôté, le parjure, le traître, Si ce n'est cet amour qu'il me faisait paraître, Et je découvre assez en le persécutant Que j'attends peu de bien de ce coeur inconstant.CÉLIE
Vous vous flattez en vain d'un espoir de vengeance, Un rapt ôte l'honneur, au moins en apparence ; Et dès lors qu'il s'agit d'un trésor si parfait, L'ôter en apparence est l'ôter en effet. Protéger donc celui qui pourrait vous le rendre, Défendre Clarigène est aussi vous défendre.CÉPHISE
Mais devez-vous parler pour ce perfide amant Dont l'infidélité nous trompe également ? Devez-vous protéger celui qui vous outrage ? Qui vous donne sa foi tandis qu'il me l'engage ? Qui feint en même temps de brûler pour nous deux Et qui peut-être ailleurs brûle pour d'autres feux ? Misérable Célie, il vous trahit vous-même Et vous vous trahissez de croire qu'il vous aime, Quand il vous aimerait jusqu'à vous adorer, Engagé comme il est, qu'en peut-on espérer ? Quand je le donnerais à l'amour qui vous reste Que profiterez-vous d'un présent si funeste ? Perfide comme il est, et pour vous, et pour nous Si je vous le donnais, il s'enfuirait de vous. Perdez donc un espoir qui vous est si contraire, Ne défendez donc plus un si traître adversaire, Quoi que la passion vous en fasse juger Je vous venge moi-même en voulant me venger, Et peut-être avec nous lâchement méprisées, Je venge justement cent filles abusées.CÉLIE
Ne vous efforcez point de l'ôter de mon coeur, Il y vit en amant, il y règne en vainqueur, Et si je le défends contre votre colère, Je montre que je l'aime ; et non pas que j'espère. Je vous parle pour lui, je tâche à le sauver, À dessein seulement de vous le conserver. Qu'un autre le possède, et qu'il me soit parjure S'il me fuit pour son bien, j'aimerai cette injure ; Qu'il soit à mon malheur, infidèle, inconstant, Pourvu qu'il soit heureux, j'aurai l'esprit content. Non, non, ne pensez pas, que j'aille le contraindre ; Si mon feu lui déplaît, je suis prête à l'éteindre, Et mon extrême amour sera récompensé, Si j'adoucis pour lui votre esprit offensé. Vous voulez le confondre, et pour votre allégeance De son sang répandu tirer votre vengeance, Mais croyez-vous tirer votre soulagement D'où malgré tous vos soins viendra votre tourment ; Si vous avez aimé cet amant déplorable, S'il vous fut quelquefois un objet agréable, Pensez-vous à sa perte aujourd'hui consentir Sans en avoir demain un juste repentir ? Si l'on résout bientôt un destin si funeste, Après avoir aimé bientôt on le déteste, Nous pensons n'aimer plus en faisant ces desseins Dont même les effets sont pour nous inhumains, Mais par un prompt remords, dont le feu nous dévore, Nous apprenons bientôt que nous aimons encore. C'est alors que l'amour rend ses feux éclatants, C'est alors qu'on souhaite, et qu'il n'en est plus temps L'âme avecques soi-même est toujours en querelle, Sa faute est un enfer, qu'elle porte avecque elle, Un juste désespoir la suit avec horreur, Et ce qui fut amour n'est plus rien que fureur. Fuyez donc les conseils, d'une si prompte haine, Qui vous serait fatale autant que Clarigène, Et pour craindre pour vous un trait envenimé Souvenez-vous ici que vous l'avez aimé. Que si vos passions le traitent d'infidèle Il peut en expirant vous appeler cruelle, Et vous blâmer enfin d'une inhumanité, Bien plus à condamner qu'une infidélité. Hélas il a failli ; mais s'il en est blâmable Faut-il en vous vengeant vous rendre plus coupable ? Si jadis vos beautés gagnèrent son amour Qu'aujourd'hui vos bontés le gagnent à leur tour, Qu'il rougisse aujourd'hui cet injuste volage De devoir son salut à celle qu'il outrage ; Laissez-lui ce regret, qu'il en soit consumé, Et ressouvenez-vous que vous l'avez aimé. Feriez-vous d'un amant une affreuse victime, Peut-être au même instant qu'il pleure de son crime ? Lui pouvez-vous montrer cet excès de courroux Quand l'amour repentant le ramène chez vous ? Si l'on pardonne même aux esclaves rebelles, Doit-on moins de faveur aux amants infidèles ? Et d'un feu tout divin votre coeur enflammé Doit-il moins à celui que vous avez aimé ?CÉPHISE
Hélas !SCÈNE TROISIÈME. Licidas, Céphise, Célie.
SCÈNE QUATRIÈME. Licidas, Célie, Céphise, Télariste.
LICIDAS, en montrant Télariste
Est-ce là Clarigène, est-ce lui ?CÉLIE
C'est mon frère.LICIDAS
Qu'on fasse venir l'autre.TÉLARISTE
Ô Ciel sois nous propice.SCÈNE CINQUIÈME. Licidas, Célie, Clarigène, Céphise, Polémon.
LICIDAS, en montrant Clarigène
L'est-ce là [ ?]CÉLIE
Si l'amour t'arrête en des liens Plus vieux ou plus nouveaux que ne sont pas les miens,Elle parle à Clarigène.
Si tu commis un mal que l'amour autorise, Si tu te dois toi-même à l'honneur de Céphise, Si tu l'aimes enfin, ne crains pas devant moi Après le don du coeur de lui donner ta foi. Ne me regarde plus, regarde ta fortune, Je ne t'oppose point une amour importune, Mais pour te rendre libre, et moins fortuné Je te rends le serment que tu m'avais donné. Ne me montre donc plus un zèle opiniâtre, Cesse pour ton bonheur d'être mon idolâtre ; Que me pourrait servir de retenir ta foi Si l'on peut malgré toi te dérober à moi. Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure, Blâmerais-je un dessein lorsque je t'en conjure ? Et si tu veux encor te montrer mon amant Prends ici mon conseil comme un commandement.CÉPHISE
Je l'ai vu trop longtemps, je le connais assez, Mais je ne vis jamais ce nouveau misérable Que le crime d'un autre a fait croire coupable.LICIDAS
Ce n'est pas lui !CÉPHISE
Rien moins.LICIDAS
Parlez-moi librement, Peut-être que l'amour vous fait plaindre un amant, Et que pour le sauver de ma juste colère Cette feinte est un trait que la peur vous suggère. Mais enfin mes rigueurs font place à la douceur, En lui je cherche un fils, non pas un ravisseur, Je consens que son bien naisse ici de sa faute.CÉPHISE
Il n'osait se promettre une faveur si haute, Mais s'il voulait ici se cacher vainement, Il se découvrirait par son contentement. Ce n'est pas lui Monsieur.LICIDAS
Qui m'ôtera de peine.POLÉMON
Mais voici votre fils.SCÈNE DERNIÈRE. Licidas, Cléante, Clarigéne, Célie, Clarigéne Ravisseur, Télariste.
LICIDAS
Est-ce là Clarigène.CLÉANTE
C'est lui, ce ne l'est pas, écoutez seulement, Vous aurez du plaisir et de l'étonnement. Croyant voir Clarigène en ces lieux redoutables Qui sont comme l'enfer, un séjour de coupables, J'ai trouvé ces Romains, et connu clairement Qu'ils souffraient pour un autre un injuste tourment, Que pour porter enfin le nom de Clarigène Faits pour lui prisonnier, ils en portaient la peine : Voilà l'étrange sort qui les gênaient tous deux, Et je n'ai différé de venir avec eux, Que pour aller quérir cet autre Clarigène Qui voudrait par son sang éteindre votre haine.CLARIGÈNE Ravisseur
Je sais bien que paraître aujourd'hui devant vous C'est attirer sur moi votre juste courroux, Mais je sais bien aussi que pour votre allégeance À ma confusion je vous dois ma présence. Sur mon sang, sur mon coeur, vengez-vous d'un forfait Que l'amour entreprit, et que l'amour a fait, Et donnez à l'honneur d'une fille ravie Selon vos passions, ou ma mort, ou ma vie. Je mourrai sans me plaindre et content de mon sort Si vous pouvez enfin vous venger par ma mort. S'il est vrai toutefois qu'un amour légitime Toujours dedans mon coeur fut ennemi du crime, Jugez-moi, jugez-moi, non par mes actions Mais pour la pureté de mes intentions. En veut-on une preuve aussi forte que claire Interrogez Céphise interrogez son frère, Nous produisons sans peur des témoins contre nous Que la nature même intéresse pour vous.LICIDAS
Quelle confusion à la mienne est semblable ?Il regarde l'un et l'autre Clarigène.
Là je suis l'offensé, là je suis le coupable, J'ai besoin du Pardon, où l'on veut m'obliger, Et je vois satisfaire, où j'ai cru me venger. Excusez mes amis la Passion d'un Père Qui perd en ses enfants sa richesse plus chère. Et si d'injustes maux sont tombés dessus vous Blâmez-en votre nom plutôt que mon courroux. En l'état où j'étais, portant le nom de Père Pouvais-je plus attendre, et devais-je moins faire.CLARIGÈNE
Votre dessein fut juste, et quoi que l'on ait fait, Me vouloir satisfaire est m'avoir satisfait. Quand même vos rigueurs nous traitaient en coupables Vos soins beaucoup plus grands nous étaient favorables ; En donnant à Célie un Asile chez vous Vous détourniez le mal que vous versiez sur nous ; Vous ne pouviez enfin nous paraître adversaire Tandis que vos faveurs allégeaient sa misère ; Et je sentais les biens, dont vous la soulagiez, Beaucoup mieux que les maux par qui vous m'affligiez ; On oblige un amant en la beauté qu'il aime Bien plus qu'on ne l'outrage en sa personne même.LICIDAS
Vos bontés seulement sont ici les raisons, Qui vous font oublier ma haine et vos prisons. Pourrais-je sans leur aide effacer les injures Dont je viens d'augmenter vos tristes aventures. Que ne vous dois-je point ?CLARIGÈNE
S'il est vrai néanmoins, que d'un noble courage Je puisse justement espérer d'avantage, Prosterné devant vous j'implore seulement Une grâce, un pardon, qui sauve cet amant.LICIDAS
Bien que ma passion soit ici légitime J'apprends par votre exemple à pardonner un crime. Qu'il possède ma fille, et rallume ses feux, Vous me le demandez, j'y consens ? Je le veux.CLARIGÈNE Ravisseur
Confus comme ravi ; par des faveurs si grandes, À qui dois-je des deux mes premières offrandes ?LICIDAS
Ô générosité seule semblable à soi, Et qui nous fait bien voir, que Rome est dans le monde En célestes enfants une mère féconde.CÉLIE
Hélas.LICIDAS
Que pleurez-vous.CLARIGÈNE
Laissez aux affligés les soupirs, et les pleurs. Enfin Rome a repris une face plus belle Et triomphe aujourd'hui, de qui triomphait d'elle. Camille glorieux est son libérateur Et s'est fait des Romains le second fondateur.TÉLARISTE
Ne soupirez donc plus.LICIDAS
Vous saurez plus au long cette agréable histoire Qui vous comble de joie, et Camille de Gloire. Ô vous illustres coeurs vrais amis, vrais amants Seuls à qui mon repos coûte tant de tourments, Soit que de ce pays la beauté vous retienne, Soit que de votre ville un désir vous revienne, Disposez de mes biens, prenez-en votre part, Ou pour votre séjour, ou pour votre départ.1 502 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica