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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragi-Comédie Allégorique

La Balance d'Etat

Claude Du Bosc de Montandré· créée en 1652· 5 actes· 1 840 vers· 13 personnages

Représenté par la première fois en 1652.

Personnages

  • ANDRIGENE, Reine
  • PHILARCHIE, intendante souveraine de la maison d'Andrigène
  • THÉMIDE, intendante souveraine de la Justice d'Andrigène
  • PROTARQUE, chef du Conseil d'Andrigene, et Lieutenant Général de tous ses États
  • PHILIDEME, apparemment ami, en effet ennemi de Pamphage, et confident de Protarque
  • MYSTARQUE, apparemment ami, en effet ennemi de Pamphage, et confident de Protarque
  • PAMPHAGE, favori de Philarchie
  • MONOFTHALME, confident de Pamphage
  • TRASSIDULE, confident de Pamphage
  • DISANGEL, seigneur de la Cour
  • EVANGEL, Seigneur de la Cour
  • Un Gentilhomme
  • Un page
Dédicace

À PANTONICE L'INVINCIBLE.

Je ne goûte jamais plus doucement le plaisir du repos, que lors que je m'en prive, pour travailler à ta gloire, ILLUSTRE PANTONICE. Si c'est par la grande habitude, que j'ai à considérer, que tu ne te plais, qu'à t'en priver toi-même, pour le donner à tout le monde ; je m'en rapporte à l'idée que cet ouvrage d'un mois, te pourra faire concevoir de mon génie : je t'assure du moins que je suis en possession de te servir sans relâche : et que l'histoire de ta vie héroïque m'a tellement captivé, qu'il me serait beaucoup plus impossible de m'affranchir de cet Illustre engagement, à n'interrompre jamais la continuation de mes veilles ; qu'il n'était il y a quelque temps difficile, à Protarque et à Philthemide, de trouver un accès pour entrer dans Charlymin, où nos mauvais destins avaient enchaîné toutes nos félicités, lors que le plus insolent émissaire de leurs fureurs t'y fit arrêter, pour courir plus impunément dans la lice de sa Tyrannie.

Si le seul motif, que je tire de tes vertus, ne m'attachaient à ton parti, le dégagement n'en serait pas si difficile, que je veux que tu le conçoives. Mais l'intérêt qui me rendrait criminel si je te servais par son principe, n'a jamais eu que des souffles impuissants, pour me faire branler ; et la réflexion que je fais, qu'en te servant je me récompense de la satisfaction que j'ai de m'employer pour le mérite le plus visible du siècle, me fait regarder toutes les autres espérances, infiniment au dessous des prétentions d'un honnête homme.

Je sais bien que la générosité, qui t'est naturelle, ne t'a point épargné pour faire prodiguer tes faveurs à ceux même qui n'avaient accompagne ta disgrâce qu'avec une apparence d'amitié ; et que parmi des ombres d'affection, je pouvais faire paraître des corps et des vérités sans déguisement, pour t'obliger à les reconnaître ; si le dessein de ne t'être connu que par mes services, ne m'eut obstiné, à te faire ignorer mon nom, afin de te faire savoir que les affections désintéressées ne sont pas toujours pour les siècles des Romans.

Je suis encor dans ce sentiment ; et cet ouvrage que je ne te fais voir, que sous le voile de l'allégorie ; te pourra témoigner que je ne me cache qu'a toi, lors que je veux te faire connaître : et que je me plais dans les ténèbres, pourvu que je puisse contribuer de quelque chose à l'éclat de ta réputation. Et si j'avais ce bonheur que cette poésie peut être reçue des complaisants avec quelque applaudissement, capable de te donner le désir de me voir ; je serais encor assez généreux et désintéressée, pour me dérober à cette récompense : par ce qu'outre que je m'en croirai toujours, indigne ; je pourrais me reprocher à moi-même, en te servant puis après, que j'agirais plutôt par le motif d'une semblable espérance, que par l'obligation que j'ai de te servir, pour ta seule vertu.

Au reste ne te fâche point, de te voir muet dans un ouvrage qui porte ton nom : si j'avais eu la langue de Platon pour faire parler un demi-dieu, je t'eusse fait prononcer des oracles : mais la crainte de te donner des paroles qui fussent au dessous de tes idées, ne m'a point laissé voir de plus belle place dans toute la Tragi-comédie pour t'y placer, que celle que tes éloges m'ont enseigné dans la bouche de nos héros. Si j'ai manqué, tu ne saurais me blâmer que de n'avoir su mieux faire ; et cette impuissance m'est glorieuse par ce qu'elle m'est commune avec tous ceux qui veulent parler de toi. Adieu. C'est le plus véritable, par ce qu'il est le plus désintéressé de tous tes serviteurs.

H.M.D.M.A.

PETIT AVANT-PROPOS

Pour plaire à tout le monde, il faudrait être ce que je ne suis point ; mais pour ne vouloir point déplaire à personne, je crois qu'il faudrait avoir mes intentions, ou du moins n'en avoir point de pires.

Pour tâcher de ranger les Tragicographes à mon parti dans la passion qu'ils ont de ne quitter jamais l'unité de lieu, de temps, et d'action, jusqu'à la conclusion de leurs poèmes tragiques ou comiques : Ie n'ai peu me mettre à l'abri de leurs reproches, que sous une continuelle allégorie que je n'ai jamais interrompu, comme on verra dans la clef de cet ouvrage : elle est hardie : mais la nécessité de m'en servir, et l'impossibilité de m'en passer, feront mon apologie dans les esprits raisonnables.

Ceux qui savent les particularités des aventures de l'oppression de Pantonice, et de la tyrannie de Pamphage, les pourront voir à loisir dans la continuation de cette allégorie de noms et d'action ; et je les supplie très humblement de n'en espérer rien de beau que leur suffrage, s'ils m'en honorent, moins par justice que par la complaisance de leurs bontés.

Nascimur quidem Poëtæ, sed fimus tragici, et Euadimus oratores.

L'INTRIGUE DE L'EMPRISONEMENT et de l'élargissement de Messieurs les Princes

Où les curieux verront, dans une perpétuelle allégorie de noms et d'histoire dont on peut voir la clef aux deux derniers cahiers ; les causes de cet emprisonnement et de cet élargissement, avec les souplesses qu'on à fait jouer pour faire réussir l'un et l'autre : le tout avec une méthode si agréable que la lecture n'en dut être que fort charmante à ceux qui voudront considérer toutes les postures théâtrales du Mazarin : c'est a dire du faquin d'État, que je produis dans le théâtre sous le titre de Pamphage.

MONSEIGNEUR

À MONSEIGNEUR LE PRINCE.

Si votre Altesse eut été capable de craindre un emprisonnement ; la Régente et son Ministre n'eussent jamais été assez hardis pour l'entreprendre. Votre générosité fut le motif de leur lâcheté ; Votre résolution à ne rien appréhender de leur part, les porta à tout oser contre V.A., et parce qu'ils savaient bien que vous ne vous sentiez complice que du crime de les voir obligés, ils crurent qu'ils pouvaient d'autant plus assurément se de faire de V.A. que moins ils préjugeaient que vous y porteriez de résistance, parce que vous n'étiez coupable que de les avoir généreusement servis. Ce crime prétendu les eut fait idolâtrer après vous, si leur passion n'eut été leur Dieu. Et puisqu'ils ne pouvaient vous condamner d'avoir mal fait qu'en avouant tacitement qu'ils n'avaient point mérité votre faveur, ils devaient savoir qu'en vous poursuivant comme un coupable, ils se faisaient eux même leur procès. Cette action m'a paru si noire que je l'ai jugée digne d'une catastrophe de théâtre, ou j'ai cru que Votre Altesse devait se taire, pour faire indiquer par son silence l'effronterie d'un si lâche attentat : La tragédie n'est pas de ma profession : Mais Votre Altesse aura la bonté de regarder un coup d'essai avec indulgence ; et de considérer en cet ouvrage un Orateur travesti en poète par la nécessité de son dessein.

C'est, MONSEIGNEVR, de Votre Altesse, le très humble très obéissant et très fidèle serviteur

H.M.D.M.A.

Explication du sens allégorique des actes, et des scènes de cette tragi-comédie

L'explication du premier Acte.

La première scène de cet acte expose les véritables raisons qui portèrent Mazarin au dessein de l'emprisonnement de Messieurs les Princes ; les causes pour lesquelles il le fit réussir avec l'étonnement de tout le monde ; les moyens dont il se servit pour en venir à bout ; et les prétentions qu'il formait sur l'État en suite de ce coup hardi.

La seconde scène fait voir les fausses couleurs dont Mazarin se servit pour déguiser le visage de Monsieur_le_Prince, et le rendre en quelque façon redoutable à sa Majesté Régente contre les sentiments de cette incomparable Princesse, qui ne trouvait pas seulement une apparence capable de justifier cette entreprise.

La troisième scène contient les nouvelles des remuements de Normandie et de Bourgogne, qui causèrent le voyage du Roi dans les deux Provinces.

La quatrième scène ; les sentiments qu'on avait que Mazarin ne pourrait jamais calmer tant d'orages sans y faire naufrage, et qu'il avait lui-même trouvé le moyen de se perdre.

L'explication de l'Acte second.

La première scène ne contient que la seule lettre de cachet envoyée au Parlement sur le sujet de la détention de Messieurs les Princes.

La seconde scène montre que le Parlement se trouva partagé dans cette conjoncture.

La troisième scène fait voir les sentiments de la France touchant ce silence du Parlement ; et justifie à même temps cette Cour souveraine par l'impuissance qu'elle avait pour résister à la tyrannie de Mazarin, qui ne s'était pas seulement servi d'une déclaration du Roi, de peur que les justes et les généreux de cet aréopage ne s'opposassent à sa vérification.

La scène quatrième expose les sentiments des bons Français qui se résolurent d'entrer dans les partis pour la querelle de Messieurs les Princes.

La cinquième scène déduit les raisons apparentes qu'on avait pour croire que Messieurs de Beaufort et le Coadjuteur étaient Mazarinsv ; et les contraires mais véritables pour faire voir qu'ils étaient toujours les mêmes ; qu'ils n'avaient interrompu les poursuites de leur inimitié contre lui, que pour résister avec plus de succès à celles de Monsieur_le_Prince, que l'assassinat commis dans son carrosse, et qu'on leur imputait, avait irrité contre la Fronde.

La sixième scène déduit les véritables desseins que Messieurs de Beaufort et le Coadjuteur avaient de se défaire de Mazarin.

L'explication de l'Acte troisième.

La première scène fait voir que le succès du voyage du Roi en Bourgogne fut honteux à sa Majesté ; et que les véritables Français commencèrent à murmurer de voir l'autorité royale réduite à traiter avec ses sujets.

La seconde scène découvre les véritables sentiments de la Reine touchant cette conjoncture d'affaires.

La troisième scène n'est composée que des feintes entrevues de la fronde et de Mazarin, et des fausses espérances que celui-ci avait d'intéresser les frondeurs à son parti par les allèchements de quelque récompense.

La quatrième scène touche la fonction de Madame_la_Princesse, des Ducs d'Enghein, de Bouillon et de Marcillac et les Bordelais.

La cinquième scène fait voir le dessein de la Fronde pour se servir de l'absence de Mazarin, afin de gagner son Altesse Royale.

L'explication de l'Acte quatrième.

La première scène montre comme les frondeurs désabusèrent entièrement S.A.R. pendant que Mazarin était en Guyenne.

La seconde scène fait voir la résolution que S.A.R. commença de prendre pour perdre Mazarin, en suite des désordres dont la France était troublée par les menées de cet étranger.

La troisième scène contient les heureuses nouvelles qu'on entendait tous les jours touchant la généreuse résistance des Bordelais.

La quatrième scène fait voir le commencement de l'union de S.A.R. de la Fronde et du Parlement contre Mazarin, en suite du succès de Bordeaux.

La cinquième scène touche le changement des prisons de Messieurs les Princes, la mort de Madame_la_Princesse Douairière, en suite de quoi S.A.R. fut encore plus que jamais résolu à perdre Mazarin.

La sixième montre la prudence des frondeurs à à ménager sagement cette chaleur du Duc d'Orléans.

L'explication de l'Acte cinquième.

La première scène convainc Mazarin qu'il n'est perdu que par les poursuites de la Fronde.

La seconde scène contient les insolents propos que Mazarin tint à son Altesse Royale lorsqu'elle poursuivait vivement l'élargissement de Messieurs les Princes,

La troisième scène touche le dernier et irrévocable dessein de S.A.R. pour perdre Mazarin et ravoir les Princes.

La quatrième scène contient les poursuites de S.A.R. dans le Parlement, la lettre envoyée par Messieurs les Princes, et l'arrêt porté contre Mazarin.

La cinquième scène fait voir comme Mazarin préoccupa l'exécution de l'arrêt en élargissant Messieurs les Princes, pour tâcher de renouer les affaires par cette dernière ressource ; la même scène finit avec la comédie, par la réjouissance que cet élargissement causa à toute la France.

Megafronie ou Altière veut dire Espagne : Semnandre ou personnage illustre de Monsieur de Turenne, Polemandre ou personnage belliqueux, le Duc de Bouillon.

LA CLEF ET L'ETYMOLOGIE DE tous les mots allégoriques de cette tragi-comédie

LA BALANCE D'ESTAT, c'est à dire le rehaussement de Monsieur_le_Prince et l'abaissement de Mazarin.

ANDRIGENE ou qui produit de grands hommes, la France.

BASILON ou Roi, Le Roi Mineur.

PHILARCHIE ou qui aime et soutient la souveraineté, La Reine.

PROTARQVE ou le premier qui commande, Son Altesse Royale.

PANTONICE ou qui surmonte tout et par tout, Monsieur_le_Prince.

ANDRION ou l'enfant adulte, Monsieur_le_Duc d'Anguien.

PHILHIMENE ou qui aime et défend son époux, Madame_la_Princesse.

HEROGENE ou la mère des héros ! feu, Madame_la_Princesse Douairière.

TECNATINE ou enfant de Minerve armée, Monsieur_le_Prince de Conty.

PROTERME ou premier arbitre de Paix, Monsieur_le_Duc de Longueville.

PHILIDEME ou qui aime et qui est aimé du peuple, Monsieur_le_Duc de Beaufort.

MISTARQVE ou le chef des sacrés et des oints, Monsieur le Coadjuteur.

MONOFTHALME ou qui n'a qu'un oeil, Monsieur de Servient.

TRASSIDULE ou serviteur hardi et courageux, Monsieur de Guitaud.

THEMIDE ou la Justice, Le Parlement de Paris.

MEGALOPLE ou grande ville, Paris.

SELINOPLE ou ville ou Port de Lune, Bordeaux.

DEMOTRACE ou nation hardie, Guyenne.

ARCTODEME ou peuple du Septentrion (car « man » en vieux Gaulois veut dire peuple) Normandie.

ALLOMICE ou qui hait les étrangers, ab insito Burgundis in aduenas odio, dit Paul Æmile ! la Duché de Bourgogne.

EUPHILACHIE ou Belle Garde, Belle Garde,

CHORATELE ou Province exempte de tribut, la Franche-Comté,

ARCHITALASSIE ou intendance des mers, l'Amirauté.

POLEMARCHIE ou intendance des guerres, la Charge de Connétable.

PHILACARISTE ou prison des nobles, le Bois de Vincennes.

TOPODESMON ou lieu de détention, Marcoussis.

CHARLIMIN ou Port de Grâce, le Havre de Grâce.

DYSANGEL ou porteur de mauvaises nouvelles ; Evangel ou porteur de bonnes nouvelles, deux Gentil hommes.

ALBION l'Angleterre.

PAMPHAGE ou qui mange tout, Mazarin.

Cette tragi-comédie contient toute l'Histoire de l'emprisonnement et de la délivrance de Messieurs les Princes et de l'éloignement de Mazarin dans une continuelle Allégorie.

A. M. D. G.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Pamphage, Monofthalme, Trassidule.

PAMPHAGE

Trassidule il est vrai, tes bras ont raffermi Mon pouvoir ébranlé par ce grand ennemi ! Ce triple Gérion qui rendait ma puissance, Dépendante en effet, maîtresse en apparence ; Doit reconnaître enfin, qu'il n'est jamais d'orgueil Qui ne puisse échouer contre un dernier écueil ; Et que l'ambition des plus illustres têtes, Ne peut jamais monter au dessus des tempêtes. Quelque élevé qu'on soit nos destins ennuyeux, Nous ont toujours soumis à la hauteur des cieux ; Et quelque grand dessein que nous puissions résoudre Nous demeurons toujours au dessous de la foudre ! Cet orgueilleux croyait après tant de combats, Qu'il serait à l'abri du sort et du trépas ! Et son ambition secondant son caprice, Ne lui laissait rien voir si haut que Pantonice. Sur cette passion qui flattant ses souhaits, Permettait à son coeur toute sorte d'excès ; Et qui le séduisant d'une fausse croyance, L'emportait tous les jours à braver ma puissance ; Il voulait me borner, jusqu'à ne souffrir pas Que ce qu'ordonnerait son caprice et ses bras ; Me réduisant ainsi moins en vassal qu'en maître, De n'avoir de cr2dit que pour le lui soumettre. Ce pouvoir insolent qu'il usurpait sur moi, Jusqu'à me maîtriser et me donner la loi, M'a fait enfin goûter qu'il était nécessaire, Que ma puissance fut maîtresse ou tributaire ; Et que pour cet effet il fallait hasarder, Le coup qui me ferait servir ou commander. Le succès a fait voir en perdant l'invincible Qu'il n'est point de grandeur qui soit inaccessible ; Et qu'ayant peu monter jusques au plus haut lieu, Pour y faire éclipser l'éclat d'un demi-dieu ! Il faut que tout pouvoir quelque grand qu'il puisse être Succombe désormais et me révère en maître.

SCÈNE II. Philarchie, Pamphage.

SCÈNE III. Philarchie, Disangel, Pamphage.

SCÈNE IV.

ACTE II

SCÈNE I. Thémide, Pamphage.

PAMPHAGE

Vous savez à quel point de fureur et d'excès Peut monter un esprit enflé de ses succès ! Comme l'ambition éblouit son courage, En lui pochant les yeux, elle augmente sa rage ; Et lui fait aspirer à tout ce qu'elle veut, Sans même le borner à vouloir ce qu'il peut ; Le transportant ainsi jusqu'au malheur extrême, De ne vouloir jamais obéir qu'à soi-même, Et de traiter tout joug, même le souverain, Ou de séditieux, ou d'injuste, ou de vain ! C'est cette opinion à laquelle un caprice, Avait fait aheurter l'esprit de Pantonice ; Lorsque lui dépeignant tant d'Illustres combats, Où l'Europe avait vu triompher ses deux bras, Ce mauvais conseiller lui suggérait dans l'âme, Que vivre en dépendant était vivre en infâme ; Que s'il était sujet apparemment, ou non, Il fallait en effet n'en avoir que le nom, Et disposer si bien de la toute-puissance, Qu'il n'eût, de serviteur, que la seule apparence ! Ce principe insolent où son ambition Allait tout soumettant à sa discrétion, Lui faisait regarder le rang de Philarchie, Comme un faîte éclatant sujet à sa furie, Dont le moindre dédain de s'y savoir soumis La pourrait débusquer aussi bien que son fils ! Si les raisons d'État fatales à sa brigue, L'obligeaient quelquefois d'en choquer les intrigues, Et de vrai le mépris qu'il faisait d'obéir, À moins qu'on ne permît qu'il pût tout envahir, Réduisait le pouvoir de notre souveraine, À suivre pour régner son amour et sa haine, Et ne branler jamais que selon ses souhaits, Pour conserver sans bruit et le sceptre et la paix. Ces faîtes de grandeur dont sa maison éclate, Ce pouvoir infini dont son parti le flatte ; Ses charges, ses emplois ne sont que des faveurs, Qu'il doit à l'équité bien moins qu'à ses fureurs ; Et qu'on pourrait nommer les éclatantes marques, Du manque de respect qu'il a pour ses monarques. La rigueur de l'État qui ne va lentement, Que pour frapper, et mieux, et plus assurément, A suspendu longtemps le coup dont sa justice, Menaçait d'abaisser l'orgueil de Pantonice, Jusqu'à ce qu'abusant de son autorité, Qu'il augmentait toujours par son impunité, Il a forcé son bras de ne plus le suspendre, Puisqu'il croyait toujours avoir droit de prétendre. Tecnatine et Proterme ayant su les complots, Que leur frère brassait contre notre repos, Ont été condamnés comme étant ses complices, À subir les rigueurs de ses mêmes supplices. Voilà ce qu'on a crû qu'il fallait que par moi, Vous sussiez aujourd'hui des volontés du Roi. Disposez-vous aussi d'en instruire Andrigene.

Aheurter : Verbe neutre qui ne se dit qu'avec le pronom personne, Se préoccuper fortement d'une opinion dont on ne nous peut détromper. [F]

SCÈNE II.

SCÈNE III. Andrigene, Thémide.

THÉMIDE

Madame !

SCÈNE I..

ANDRIGENE

On ne juge donc plus qu'au gré de ses souhaits, Ses seules volontés président au Palais ! Il est donc l'intendant de toute ma justice, Il règle mon État, il règle ma police ; Il est le Souverain, et ne laisse à mon Roi, Que le titre apparent d'arbitre de la loi ! Tout relève de lui, tout est dans son servage, Les grands et les petits lui rendent leur hommage ! Tout tremble sous sa main et moi-même je crains, La rigueur de ses lois lorsque je les enfreins ! Ah ! C'est trop endurer, c'est trop être captive, Et c'est trop se passer du bien dont il me prive ! Justes Cieux qui pouvez nous rendre triomphants, Armez-moi de fureur, armez-en mes enfants ; Secondez le dessein que m'inspire ma rage, Pour secouer le joug du malheureux Pamphage ! Et ne permettez point qu'Andrigene et les siens, Succombent sous le poids de ses honteux liens ! Puisque pour élargir mon brave Pantonice, Je dois premièrement affranchir ma Justice ; Est-il de généreux qui ne soit point ravi, D'affaiblir un pouvoir qui le tient asservi, Et de se redimer du honteux esclavage, Qui captive les bras de ce grand Personnage ! Non, non, je reconnais l'humeur de mes enfants, Je sais qu'ils ne sont pas moins libres que vaillants ; Et qu'au premier éclat que la voix de leur mère Fera pour les porter au soin de cet affaire ; On les verra d'abord courir de toutes parts Pour venir s'enrôler dessous mes étendards, Enfin Pamphage, il faut ou bien que je périsse, Ou bien toi, pour ravoir mon brave Pantonice ! Mais n'aperçois-je pas mes plus fermes appuis, Et les consolateurs de mes plus grands ennuis ? Il faut les éprouver.

Redimer : verbe actif qui ne se dit qu'avec le pronom personnel. Se racheter de quelque peine , travail ou affliction. Ce mot vient du latin redimere. [F]

SCÈNE V. Andrigene, Phildeme, Mystarque.

MYSTARQUE

Madame.

ANDRIGENE

Je le sais.

MYSTARQUE

Madame la raison qui fonde en apparence L'infidèle soupçon de cette défiance, Et qui nous fait passer dans votre sentiment Pour les auteurs secrets de l'emprisonnement, N'est rien qu'un pur effet tiré par conjecture, Des désordres du temps et de leur conjoncture, Après que par nos soins Pamphage surmonté, Ne vit plus de ressource à son espoir dompté, Et que sa passion à son honneur fatale, Eût enfin échoué contre la Capitale ; Ces troubles intestins heureusement conclus Au gré des triomphants comme au gré des vaincus, Donnèrent le dessein après tant de divorces, De conspirer pour vous avec toutes leurs forces ! Et de se réunir pour vivre désormais Dans la tranquillité d'une profonde paix ! Pamphage se doutant que sa haute fortune, Serait pour s'écrouler dans cette paix commune ; Et que cette union qui régnait parmi nous, Ne pourrait subsister sans faire des jaloux ; S'imagina dès lors que sa grandeur troublée Étant et la plus haute et la plus ébranlée, Serait et pour servir de butte à tous leurs traits, Et pour les diriger par ses charmants attraits, S'il ne préoccupait par quelque coup d'intrigue, Les dangereux effets qu'il craignait de leur ligue ! Vous savez le dessein que ce lâche intrigueur, Entreprit pour vous perdre et nous perdre d'honneur Lorsque prévoyant bien que notre intelligence, Serait assurément l'écueil de sa puissance, Il nous divisa tous pour nous rendre moins forts, Et nous faire périr par nos propres efforts, En effet les couleurs dont l'effet de sa rage Déguisait tous les jours notre innocent visage, Les crimes supposés dont ce maître imposteur, Chargeait secrètement nos mains et notre coeur ; Causèrent le soupçon que du moins Pantonice, Pouvait apparemment fonder sur la justice, Lors qu'ayant renvoyé son carrosse chez soi, Pour en éprouver mieux la créance et la foi ; Il sut le lendemain que des gens de carnage, Qu'on avait aposté pour l'attendre au passage ; Avaient effrontément sur un de ses valets, Fait décharger les feux de quelques pistolets ; Ayant cru que c'était du sang de cet Alcide Qu'ils allaient assouvir la soif de Philthemide ! Pantonice à ces mots saisi d'étonnement Croyant et l'imposture et le crime évident, Ne laisse plus douter à son âme ravie, Qu'on n'ait eu le dessein d'attenter à sa vie. Il s'emporte, il attaque, il nous oblige tous, De nous mettre en défense en repoussant ses coups ; Quoiqu'avec le dessein de lui faire connaître Les succès triomphants des complots de ce traître, Après quelques chaleurs que les premiers transports, Avaient fait exhaler en mille vains efforts ; Comme la trahison commençait à paraître, Au travers des clartés que nous y faisions naître ; Pantonice éclairé reconnaissant l'erreur, Où l'avait fait tomber cet esprit suborneur ; Était presqu'en état voyant notre innocence De rentrer avec nous en bonne intelligence ; Lorsque ce scélérat prévoyant le danger, Où la réunion le devait engager, Préoccupe ce coup fatal à ses affaires, En faisant arrêter Pantonice et ses frères. Madame sur cela faites notre procès.

Aposter : verbe actif. Attirer quelqu'un, le mettre en avant pour épier, tromper et surprendre quelqu'un. [F]

MYSTARQUE

Quoi ?

SCÈNE VI. Philideme, Mystarque.

ACTE III

SCÈNE I. Andrigene, Pamphage.

ANDRIGENE

Insolent, effronté, c'est donc la le dessein Que tu dissimulais sans l'éclore du sein, Tu prétends malheureux qu'après tous ces orages Tu viendras le premier me rendre tes hommages ! Et que je te verrai sous un masque trompeur, Apparemment vassal, en effet mon Seigneur. Ah s'il faut que la paix me coûte tant de honte, S'il faut pour t'affermir que les mutins je dompte, Je n'aime désormais que mes seuls ennemis, Et je hais le repos qui doit être à ce prix, Oui oui détrompe toi, les désordres les ligues Les troubles, les malheurs, les complots, les intrigues, Seront mes passe-temps, pourvu qu'en m'ébranlant, Ils puissent ébranler ton pouvoir chancelant, Me faisant espérer que pour hâter ta chute, Ils ne prendront que toi pour leur servir de bute ! Si je m'imaginais qu'a faute de mutins, Tu pourrais apaiser les troubles intestins, J'allumerais les feux pour en tirer les flammes, Qui pourraient réchauffer la froideur de leurs âmes ; J'irais sonnant par tout un horrible beffroi, Pour tâcher d'irriter tous les coeurs contre toi. Et je ne croirais pas qu'il peut être de crime, Qu'on ne peut expier en t'offrant pour victime ; Mais je ne sais que trop que les plus gens de bien, S'ils ne te haïssaient ne haïraient plus rien ; Et que je ne puis voir la fin de cet orage, Qu'après l'heureux succès de ton fatal naufrage ! Ainsi tourne tes soins et tes meilleurs projets Au malheureux dessein de me rendre la paix ; Sache que mes enfants auront trop de justice, Pour l'accepter jamais sans ravoir Pantonice, Et que ce conquérant étant remis par moi Ne manquera jamais de m'affranchir de toi.

Beffroi : Lieu élevé où il y a une cloche dans une place frontière, où on fait le guet, et d'où on sonne l'alarme, quand les ennemis paraissent. [F]

SCÈNE II. Pamphage, Philarchie, qui sort d'un autre côté.

PAMPHAGE

Pourquoi ?

PAMPHAGE

Madame !

SCÈNE III. Pamphage, Philideme, Mystarque.

SCÈNE IV. Pamphage, Philideme, Mystarque, Uu Page.

PAMPHAGE

Qu'est ce ?

SCÈNE V. Philideme, Mystarque.

PHILIDEME

J'y consens !

ACTE IV

SCÈNE I. Protarque, Philideme, Mystarque.

SCENE II. Andrigene, Protarque.

On lit "tendez" au lieu de "rendez".

ANDRIGENE

En état de me voir sans force et sans puissance, Je ne puis que de vous espérer assistance, Si vous me délaissez, je n'ai plus de pouvoir, Que celui que j'attends d'un dernier désespoir. Et réduite à ce point par mon dernier orage, Où de me hasarder, où de sauver Pamphage. Je doute dans l'État de ce double transport, Qui je dois préférer, où ma vie, où ma mort. Le repos qui jadis dans un an de service, Fit verser tant de sang au brave Pantonice ; Cette adorable Paix qu'il fit fleurir chez moi, Ayant servi longtemps Andrigene et son Roi, Est troublée aujourd'hui malgré son grand courage. Mais ! Ô honte, pour qui ? Pour rassurer Pamphage ! Celui dont mes destins se sont toujours servis, Pour me mettre à couvert de tous mes ennemis, Est réduit à languir dans un rude servage, Pour laisser le repos ! À qui ? Cet à Pamphage ! Celui dont la valeur produisant la vertu, A même sous vos lois plusieurs fois combattu, Qui secondant nos soins pour calmer mes disgrâces, A toujours en manquant[=vainquant] marché dessus vos traces ! Celui-là toutefois par un triste revers, Après m'avoir ôté, succombé sous les fers, Réduit à confesser, malgré votre suffrage, Qu'on le rend malheureux, pour rendre heureux Pamphage, On trouble mon repos, on renverse ma loi, On me fait respirer, et vivre dans l'effroi, Je n'entends que parler de sang et de carnage, O ciel ! et tout cela pour assouvir Pamphage. On croit que ses complots, si je ne les préviens, Seront pour accabler, et moi-même et les miens ; Que la fatalité de ces mortels divorces, Divisant mes partis, et divisant mes forces ; Me rangeront enfin à cet État fatal, Que je ne pourrai pas me plaindre de mon mal ! Et que même voyant l'effet de cette rage, On ne permettra pas d'en accuser Pamphage, Pamphage qui me perd, Pamphage que je haïs, Comme l'écueil fatal de mes plus beaux souhaits ; Pamphage dont le nom outrageux à ma gloire, Me doit faire rougir au temple de mémoire, Pamphage ! Mais c'est trop, je conclus par ces mots, Et vous demande enfin sa perte et mon repos ! Sauvez-vous, sauvez-moi.

SCÈNE III. Anadrigene, Philideme, et Mystarque qui sortent de l'autre côté.

MYSTARQUE

Lui-même.

SCÈNE IV. Protarque, Thémide, Philideme, Mystarque.

SCENE V. Andrigene, Protarque, Philideme, Mystarque.

SCÈNE VI. Andrigene. Philideme, Mystarque.

ACTE V

SCÈNE I. Pamphage, Monofthalme.

SCÈNE II. Protarque, Pamphage.

SCÈNE I.I.

SCÈNE IV. Protarque, Thémide, Philideme, Mystarque.

PROTARQUE

Il ne faut plus douter du dessein de Pamphage Puis que cet insolent en vient jusqu'à l'outrage. Et qu'une juste peur d'être enfin obligé À rompre les liens dont ce Prince est chargé, A fourni le conseil de chercher un asile, Où l'élargissement parut plus difficile Et d'où sa passion malgré tous vos arrêts, Peut faire triompher ses malheureux projets, Il a trop redouté qu'après cette disgrâce, Nous serions obligés de borner son audace ! Et de calmer l'État, qu'il a tout partagé ! Non plus par des longueurs ! Mais par un abrégé. C'est pour ce seul dessein que suivant son caprice, Il a dans Charlymin renfermé Pantonice ! Afin que si l'État jaloux de le ravoir, Intéressait pour lui son droit et son pouvoir Ce fameux boulevard méprisant nos divorces, Peut mettre son pouvoir à l'abri de nos forces, Et divertir les coups que nos desseins unis Feraient pour affranchir ses trois grands ennemis, Nous voyons ses complots nous voyons ses intrigues, Sans les faire avorter par de contraires brigues ! Et la postérité saura que de nos temps, Andrigene a ployé sous les lois des tyrans, Ah Madame c'est trop il est temps de résoudre, Le dessein d'accabler Pamphage sous la foudre, Et de n'attendre point que cet extravagant Renverse tout l'État en se désespérant.

Abrégé : sommaire, épitome [épitome : l'abrégé, le précis, le principal d'un livre qui trait e amplement d'une matière.]. [F]

Boulevart : gros bâti ; On ne se sert plus de ce mot en termes de guerres. On dit encore à Paris, « Aller sur le boulevart de la porte Saint Antoine, qui est un des plus gros bastions de France. [F]

EVANGEL

Madame !

EVANGEL

Quelque grande rigueur qu'on tienne à Pantonice, Jusqu'à ne souffrir pas qu'il demande justice, Il a toutefois su si bien prendre son temps Pour vous déduire en bref ses plus purs sentiments Que malgré la fureur et la rage des gardes, Ce billet a forcé toutes leurs hallebardes.

Hallebardes : Arme d'attitude offensive, constitué d'un long fût ou bâton d'environ cinq pieds, qui a un crochet ou un fer plat et échancré aboutissant en pointe, et au bout une grande lame de fer forte et aigue. [F]

SCÈNE V. Protarque, Phildeme, Mystarque.

PROTARQUE

Charlymin ?

1 840 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica