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Tragédie en vers· Tragédie, Tirée de l'Ecriture Sainte

Absalon

Joseph-François Duché de Vancy· créée en 1712, imprimée en 1702· 5 actes· 1 568 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en 1701 au Collège de Saint-Cyr, reprise chez Madame de Maintenon le 19 janvier 1702 et en février à l'Hôtel de Conti reprise à Paris le 7 avril 1712 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • DAVID, roi d'Israël
  • MAACHA, femme de David
  • ABSALON, fils de David
  • THARÈS, femme d'Absalon
  • THAMAR, fille d'Absalon
  • JOAB, général des armées de David
  • ACHITOPHEL, ministre de David
  • CISAÏ, ou CHUSAÏ, ministre de David
  • ZAMRI, confident d'Achitophel
  • UN ISRAÉLITE
  • GARDES
NOTICE SUR DUCHÉ

Joseph-François Duché de Vancy naquit à Paris le 29 octobre 1668. Il était fils d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Son père, n'ayant point de fortune à lui laisser, lui fit donner une bonne éducation dont il sut profiter. Ses premiers essais, dans la carrière des lettres, furent consacrés à la poésie lyrique. Il y obtint de grands succès qui lui procurèrent la protection du comte d'Agen. Non seulement ce seigneur le fit son secrétaire, mais il le recommanda à madame de Maintenon, qui le choisit pour fournir des poésies sacrées aux élèves de Saint-Cyr, et le fit nommer gentilhomme ordinaire du roi. Quelque temps après, sur la recommandation de cette illustre protectrice, Pontchartrain donna à Duché la place de secrétaire des galères.

Notre poète, dont la fortune était dès lors assurée, ne pensa plus à travailler que pour remplir les vues de sa bienfaitrice. « Jonathas », son premier ouvrage tragique, fut joué en 1700 à Versailles, et à Saint-Cyr par les pensionnaires de cette maison : cette pièce ne parut à Paris que le 26 février 1714, dix ans après la mort de son auteur.

« Absalon », tragédie fort intéressante, fut représentée à Saint-Cyr en 1702, et valut à l'auteur une pension de mille livres. Ce ne fut que le 7 avril 1712 qu'elle fut jouée à Paris Cette pièce y obtint seize représentations.

« Débora », dernière tragédie de Duché, quoique composée pour Saint-Cyr ainsi que les deux précédentes, parut d'abord à Paris en 1706 et n'y fut que faiblement accueillie.

Il est à remarquer qu'aucune de ces tragédies ne fut représentée à Paris du vivant de leur auteur, qui y mourut en 1704 dans sa trente-septième année.

Sire,

Au roi.

Voici le second ouvrage que j'ose présenter à votre majesté. Elle a daigné le faire servir plusieurs fois à ses amusements. Elle ne lui a point refusé ses éloges, et la pension dont elle vient de m'honorer, apprend qu'il suffit de souhaiter de lui plaire, pour être comblé de ses bienfaits. Ce désir, SIRE, m'a tenu lieu de mérite auprès de VOTRE MAJESTÉ. Si elle a été touchée de quelques endroits de cette tragédie, je dois ce bonheur aux sentiments de piété et de religion que le caractère d'un Roi selon le coeur de Dieu m'a fourni, et qui sont si conformes à ceux que VOTRE MAJESTÉ a fait de tout temps éclater. Elle vient récemment de montrer à toute l'Europe ces sentiments si dignes d'un Monarque Chrétien, et l'Envie même se voit forcée de les admirer. En effet, SIRE, quel exemple de modération et de justice passera plus glorieusement à la postérité, que celui d'un Roi, qui sacrifiant les intérêts à la foi des traités, aime mieux donner à ses ennemis le temps de se préparer à soutenir la rupture injuste qu'ils méditent, que de manquer à sa parole sacrée ; d'un Roi qui met tout en usage pour les rappeler au soin de leur propre gloire, en leur offrant la Paix ; qui n'étend son bras sur eux que quand ils le forcent de s'armer, et qui ne se permet de vaincre, que lorsqu'il est contraint de punir. L'univers entier, SIRE, reconnaîtra dans cette image l'auguste portrait de VOTRE MAJESTÉ. Quels triomphes ne doivent pas être le prix de tant de vertus ! Nous n'en doutons point, SIRE : le ciel qui vous conduit ne cessera point de se déclarer pour vous ; en vain les Nations se sont liguées contre l'oint du Seigneur et contre son fils, en vain elle s'unissent pour affaiblir une puissance qu'elles ne peuvent regarder qu'avec des yeux jaloux : celui qui règne dans les Cieux renversera les projets de ces peuples aveuglés, il sèmera entre-eux l'esprit de discorde, il les punira dans sa colère, et ils ne recueilleront de leur audace, que la honte et le repentir. tel est, SIRE, le succès que VOTRE MAJESTÉ doit attendre, tels sont les désirs et l'espoir de tous vos peuples, et les voeux que forme avec ardeur, Sire, de votre majesté, le très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et sujet.

DUCHÉ DE VANCY.

PRÉFACE

Je crois qu'il est inutile de parler ici du sujet de cette tragédie. L'Histoire d'Absalon est connue de tout le monde, on sait l'homicide qu'il commit en la personne de son frère Ammon, les artifices dont il se servit pour rentrer en grâce auprès de David, ce qu'il fit dans sa fuite pour séduire les Israélites, enfin sa révolte, la guerre qu'il déclara à son père, et quel genre de mort fut le fruit et le prix de sa rébellion.

Je ne m'arrêterais donc qu'à répondre aux objections que l'on me pourrait faire sur les libertés que j'ai cru pourvoir me donner en traitant ce sujet.

Telle est celle que je prends d'adoucir le caractère d'Absalon. Toutes ces actions nous le représentent, non seulement comme un jeune prince ambitieux que le désir de régner entraîne, et qui se porte aveuglément à des excès auxquels la violence de sa passion pourrait peut-être donner quelque excuse, si nos passions nous pouvaient excuser ; mais ces mêmes actions nous le font voir comme une homme qui marche dans la voie de l'iniquité avec réflexion, qui connaissant toute l'atrocité de son entreprise, la conduit avec une prudence criminelle, qui joint l'artifice à l'audace, et qui s'étant accoutumé longtemps à regarder le crime sans horreur, s'est enfin acquis la funeste facilité de la commettre sans remords.

Un caractère si odieux, ne pouvait être celui du héros d'une tragédie. J'ai pensé qu'il m'était permis de la déguiser, et de tourner toute l'indignation des spectateurs contre Achitophel ; qui d'ailleurs l'aurait suffisamment méritée. J'ai fait faire à Absalon les mêmes choses que l'Histoire sacrée nous rapporte qu'il fit ; mais je les lui ai fait faire, séduit par ce ministre, et quelquefois même n'ayant aucune part dans les desseins à la réussite desquels il sert. Cela a rendu mon héros tel, à ce que je crois, qu'il doit être ; son ambition le rend assez criminel pour mériter la mort, mais il ne l'est point assez pour ne pas inspirer quelque regret quand on le voit mourir ; ainsi en excitant la pitié, il jette dans le coeur cette crainte salutaire qui nous fait appréhender que de pareilles faiblesses, ne nous jettent dans d'aussi grands malheurs. Tel est le but de la tragédie ; elle doit plaire, mais, en même temps, elle doit instruire, et son principal objet est de purger les passions.

l'Écriture sainte m'a fourni presque tous mes autres caractères. Tels sont ceux de David, de Joab, d'Achitophel, et Cisaï ; c'est à mes lecteurs à juger si je les ai rendus bien ou mal.

Pour le personnage de Tharès, on ne le trouvera point dans le Texte sacré ; il est entièrement de mon invention, et il a assez contribué au succès de cet ouvrage, pour me flatter que les jugements du public ne me feront point repentir de l'avoir imaginé. Je ne l'ai pas placé néanmoins sans quelque fondement : l'Histoire Sainte laisse penser qu'Absalon avait une femme dans el temps de sa révolte, et elle marque qu'il avait alors une fille parfaitement belle, nommée Thamar. Cette princesse ne doit point être confondue avec l'autre Thamar qui fut violée par Amnon : rien ne nous apprend qu'elle fut la destinée de cette dernière ; mais nous savons que celle qui fut fille d'Absalon, épousa par le suite Roboam fils de Salomon qui après la mort de son père ne régna que sur les deux tribus de Juda et de Benjamin.

L'endroit où je ma suis le plus écarté de la vérité est celui où je ramène Absalon mourant. Il n'y a personne qui ne sache que Joab le perça de trois dards à l'arbre où il était demeuré suspendu ; que ce fut là que ce Prince mourut, et qu'ensuite il fut jeté dans une fosse très profonde, que les soldats comblèrent de pierres qu'ils élevèrent en forme de tombeau.

Je sais le respect que l'on doit aux Livres sacrés. Les moindres faits qui y sont contenus ne peuvent être altérés sans crime. Saint-Paul et les pères de l'Église, après lui, ont tous regardé ces faits comme des figures mystérieuses, et des événements prophétiques qui annonçaient ce qui devait arriver à Jésus-Christ et à son Église. Aussi avais-je résolu de ne m'écarter en aucune façon de l'Histoire. On aurait appris le mort D'absalon par un simple récit, et j'avais résisté à la tentation de mettre sur le théâtre une scène qui ne me paraissait pas devoir être le moins pathétique de ma pièce. Cependant, je consultai mes doutes à des personnes qui par leur piété, leur capacité, et le rang qu'elles tiennent dans l'Église, pouvaient non seulement m'autoriser dans cet ouvrage ; mais qui seraient en droit de le faire dans un ouvrage qui traiterait des matières de foi. J'eus le plaisir de voir mes scrupules levées, et l'on ne trouvera point de raisons qui dussent m'empêcher de traiter ma dernière scène, comme on verra que je l'ai traitée à la fin.

Voilà les objections principales que l'on me pourrait faire. On y en pourrait ajouter beaucoup d'autres, auxquelles je ne puis répondre d'avance, ne pouvant les prévoir. Il y a peu d'ouvrages qui ne fournissent de justes matières à la critique ; le plus parfait est ordinairement celui dans lequel il se trouve le moins de fautes ; et de quelques applaudissements que j'ai été honoré, je ne suis point encore assez vain pour croire, que le mien puisse être mis au nombre des moins défectueux.

ACTE I

SCÈNE I. Absalon, Achitophel.

SCÈNE II. David, Absalon, Achitophel, Joab, Gardes.

DAVID

Retenez un courroux qui me blesse.

Aux Gardes.

Qu'Achitophel demeure. Et vous, que l'on nous laisse.

Les Gardes se retirent, et David continue.

Le ciel semble sur nous épuiser ses rigueurs : Quel temps avez-vous pris pour désunir vos cours ? L'insolent Amasa, comblant ses perfidies, Lève sur moi ses mains par ma fuite enhardie : Après avoir séduit mes plus braves sujets, J'ai vu Jérusalem appuyer ses projets : J'ai vu même Sion, monument de ma gloire, Théâtre criminel d'une affreuse victoire, Me chasser de son sein, et de mon ennemi Justifier l'orgueil par ma honte affermi. Quel jour ! Je m'apprêtais, plein d'honneur et d'années, À fixer de mes fils les hautes destinées, Lorsque d'ingrats sujets comblés de mes bontés M'ont puni de l'excès de leurs félicités. Je l'avoue à vos yeux, en proie à mes alarmes, Mes malheurs m'ont vaincu, j'ai répandu des larmes. Enfin par des chemins impratiqués, obscurs, Nous sommes arrivés à l'abri de ces murs. Mais en vain Manhaim nous présente un asile, Amasa va bientôt nous le rendre inutile. J'apprends que chaque jour les rebelles Hébreux Grossissent à l'envi ses bataillons nombreux. Enivré du succès, il approche, il s'avance, Il veut dans notre sang consommer son offense ; Et si nous ne songeons à prévenir ses coups, Avant la fin du jour il va fondre sur nous. Peut-être même, hélas ! ses troupes criminelles Ont déjà de mon sang rougi leurs mains cruelles. Peut-être dans Hébron mon fils Adonias A-t-il trouvé la mort qui marche sur nos pas. Que dis- je ? Un trouble affreux redouble encor ma peine, Il a fallu laisser votre épouse et la Reine. Le zélé Cisaï s'est chargé de leur sort : Mais qui sait s'il a pu les soustraire à la mort, Si pour venir nous joindre il peut fuir avec elles ? Ah ! Loin de m'affliger par d'injustes querelles, Prêts à nous voir tomber dans les mains des vainqueurs. Pour vous, pour votre roi réunissez vos cours ; Puisqu'il nous reste encore un rayon d'espérance, Du sage Achitophel consultons la prudence, Et qu'une noble ardeur sache nous réunir, Pour attendre un rebelle, ou pour le prévenir.

Hébron : (...) ville fort ancienne de Palestine, dans la tribu de Juda, au sud de Jérusalem (...). Elle est célèbre par le sacre de David, qui y régna sept avant d'être maître de tout Israël, par la naissance de Saint-Baptiste, et par le voisinage de la caverne où furent enterrés Abraham et Sara, Isaac et Rebecca, Jacob et Lia. (...) [B]

SCÈNE III. Absalon, Achitophel.

SCÈNE IV. Absalon, Aachitophel, Zamri.

SCÈNE V. Achitophel, Zamri.

ACTE II

SCÈNE I. Absalon, Tharès, Thamar.

ABSALON

Moi ?

ABSALON, à part

Juste ciel !

SCÈNE II. Absalon,Tharès.

THARÈS

Non, il ne vous hait point ; l'envie et l'imposture Vous ont fait de son coeur une finisse peinture : Mais dût-il, contre vous conjuré pour jamais, Braver votre pouvoir, traverser vos souhaits, Dussiez-vous, moins chéri d'un père qui vous aime, Renoncer sans retour à sceptre, à diadème, Quels maux, quelles horreurs pouvez-vous comparer Aux malheurs où ce jour est prêt à vous livrer ? Je veux que tout succède au gré de votre envie : Quelle honte à jamais va noircir votre vie ! Que u osera-t-on point contre vous publier ? Le trône a-t-il des droits pour vous justifier ? Vous chercherez vous-même en vain à vous séduire, Vous verrez quels chemins ont su vous y conduire. La vertu, le devoir devenus vos bourreaux Au fond de votre coeur porteront leurs flambeaux ; La crainte et les remords vous suivront sur le trône. Hé quoi ! Pour être heureux faut-il une couronne ? Est-ce un affront pour vous de ne la point porter ? Vos vertus seulement doivent la mériter. N'allez point, pour jouir d'une indigne vengeance, Flétrir tant d'heureux jours coulés dans l'innocence. Applaudi, révéré, chacun vous fait la cour, Vous êtes d'Israël et la gloire et l'amour ; Pour remplir vos désirs tout s'unit, tout conspire : Conservez sur les cours ce doux et noble empire. Enfin, si votre épouse a sur vous du pouvoir, Si mes humbles soupirs vous peuvent émouvoir, Souffrez que la raison puisse au moins vous conduire ; Et croyez qu'au moment que je cherche à détruire Le funeste complot que vous avez formé, Jamais mon tendre coeur ne vous a plus aimé.

SCÈNE III. La Reine, Absalon, Tharès.

SCÈNE IV. David, La Reine, Tharès, Absalon, Cisaï.

ABSALON, à part

Ciel !

DAVID, à Tharès

Vous.

SCÈNE V.

ACTE III

SCÈNE I. Achitophel, Zamri.

SCÈNE II. Absalon, Achitophel.

SCÈNE III. Absalon, Tharès.

SCÈNE IV. Tharès, un Israélite.

THARÈS

Donnez.

L'ISRAÉLITE

J'aurais voulu...

SCÈNE V. David, La Reine, Tharès.

SCÈNE VI. David, La Reine, Tharès, Joab.

LA REINE

Je tremble.

SCÈNE VII. David, Joab, Cisaï.

ACTE IV

SCÈNE I. Absalon, Achitophel, Cisaï.

SCÈNE II. Absalon, Thamar, Achitophel, Cisaï.

SCÈNE III. David, Absalon, Achitophel, Cisaï.

ABSALON

Seigneur....

ACHITOPHEL

Je puis....

ABSALON

Obéissez, ôtez-vous de ses yeux.

Achitophel sort, et David fait signe à Cisaï de se retirer.

SCÈNE IV. David, Absalon.

DAVID

Enfin nous voilà seuls : je puis jouir sans peine Du funeste plaisir de confondre ta haine, T'inspirer de toi-même une équitable horreur, Et voir au moins ta honte égaler ta fureur ; Car enfin je conçois tes complots homicides. Te voilà dans le rang de ces fameux perfides, Dont les crimes font seuls la honteuse splendeur. Et qui sur leurs forfaits bâtissent leur grandeur : Mais je veux bien suspendre une juste colère. Quelle lâche fureur t'arme contre ton père ? Ose, si tu le peux, me reprocher ici Que j'ai forcé ta haine à me poursuivre ainsi : Ou si dans ton esprit tant de bontés passées À force d'attentats ne sont point effacées, Daigne plutôt, perfide, en rappeler le cours. Tu m'as toujours haï, je t'ai chéri toujours ; Je cherchais à tirer un favorable augure De ces dons séducteurs dont t'orna la nature. En vain ton naturel altier, audacieux, Combattait dans mon coeur le plaisir de mes yeux ; Mon amour l'emportait, je sentais ma faiblesse : Que n'a point fait pour toi cette indigne tendresse ? Je t'ai vu sans respect, ni des lois, ni du sang, D'Amnon mon successeur oser percer le flanc, Moins pour venger l'honneur d'une soeur éperdue, Que pour perdre un rival qui te blessait la vue. Israël de ce coup fut longtemps consterné ; Je devais t'en punir, je te l'ai pardonné. J'ai fait plus ; satisfait qu'un exil nécessaire Eût expié trois ans le meurtre de ton frère, Mes ordres à ma Cour ont fait hâter tes pas ; Ton père désarmé t'a reçu dans ses bras. Que dis-je ? Chargé d'ans et couvert de la gloire D'avoir à mes projets asservi la victoire, Tranquille, et jouissant du sort le plus heureux, J'allais pour successeur te nommer aux Hébreux : Et dans le même temps, secondé d'un rebelle, Tu répands en tous lieux ta fureur criminelle. Ce que n'ont pu jamais les fiers Amoréens, Le superbe Amalec, les vaillants Hévéens, Tu le fiais en un jour. Ta fureur me surmonte : Je fuis, je traîne ici ma douleur et ma honte, Et sans voir que sur toi rejaillit mon affront, D'une indigne rougeur tu me couvres le front. Ne crois pas cependant, qu'oubliant ton offense, Je ne puisse et ne veuille en prendre la vengeance. Mais parle. Qui te porte a cette extrémité ? Que t'ai-je fait, ingrat, pour être ainsi traité ?

ABSALON, après avoir lu

Je demeure interdit et sans voix.

SCÈNE V. David, Absalon, Cisaï.

ABSALON

Seigneur...

SCÈNE VI. Abasalon, Achitophel.

SCÈNE VII. Absalon, Achtophel, Cisaï.

SCÈNE VIII.

ACTE V

SCÈNE I. Thamar, Cisaï.

SCÈNE II. Tharès, Thamar.

SCÈNE III. La Reine, Tharès, Thamar.

SCÈNE IV. David, La Reine, Tharès, Thamar.

SCÈNE V. David, La Reine, Tharès, Thamar, Cisaï.

CISAÏ

Avant que l'ennemi, chassé par votre armée ; Eût repris sa fureur par sa honte allumée, Des ordres de Joab dix mille hommes instruits, Dans les bois d'Éphraïm avaient été conduits. À peine ils sont cachés que l'ennemi s'avance, Les traîtres sur leur front portent leur insolence. L'impie Achitophel d'abord s'offre à nos yeux, À la tête des rangs il marche furieux. Joab feint quelque temps de céder à la crainte ; Par son ordre tout fuit, tout confirme sa feinte. Les mutins en tumulte accourent sur nos pas, Quand Joab tout_à_coup arrête ses soldats, Fait face à l'ennemi, qui sans chef et sans guide, Saisi d'étonnement, recule et s'intimide. Cependant nos guerriers cachés dans les forêts, Sortent, et font pleuvoir un nuage de traits. À leurs cris, dont au loin les échos retentissent, Les mutins sont troublés, leurs visages pâlissent : Nous donnons ; on entend crier de tous côtés, Périsse Achitophel ! Meurent les révoltés ! Cet insolent, en proie à sa honte et sa rage, Semble chercher la mort au milieu du carnage : Mais voyant que tout fuit, et qu'on veut l'arrêter, À la terreur commune il se laisse emporter. Par l'ordre de Joab je m'attache à le suivre, Et Zamri, que je trouve, entre mes mains le livre. Au fond d'un antre obscur, quel spectacle odieux ! Achitophel mourant se présente à mes yeux. Pour échapper aux traits de vos justes vengeances, Il s'est chargé du soin de punir ses offenses ; Et d'un mortel lien empruntant le secours, Lui-même il a tranché ses détestables jours. Nous sortons, un grand bruit au loin se fait entendre, J'y cours, et nos soldats s'empressent de m'apprendre, Qu'Absalon qui semblait, n'ayant point combattu, Avoir pris le parti qu'exigeait sa vertu, À l'aspect de Joab, vainqueur comblé de gloire, A voulu de ses mains enlever la victoire.

SCÈNE VI. David, La Reine, Absalon mourant, Tharès, Thamar, Cisaï.

1 568 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica