Vaudeville en vers et en prose· Vaudeville en un Acte
Deux Hommes pour un Placard
Personnages
- TIBURCE, M. CALVIN
- SÉVERIN, M. BOYRON
- CLARA, Mlle Maria BELAMI
- URSULE, Mlle ESTHER
- UN PORTIER, M. VICTOR
DEUX HOMMES POUR UN PLACARD
Une chambre simple : deux portes à droite, deux portes à gauche, portes au fond, fenêtre au fond à gauche. Au fond, face au public, une grande armoire pour contenir deux hommes ; un buffet près la fenêtre à gauche, où se trouvent assiettes, verres, couteaux et fourchettes, poivre et sel, une nappe. Une table carrée à droite, une chaise à droite : un petit guéridon à gauche, dessus une bougie allumée , une chaise de chaque côté, un carton à ouvrage. (Clara près du guéridon à gauche.)
SCÈNE PREMIÈRE
CLARA, seule, assise et travaillant
Ce jeune homme timide qui, depuis dimanche, me suit dans la rue et qui me parle toujours de sa flamme, veut m'être présenté. Quoi de plus légitime ?... J'ai bien envie de l'accueillir... Voilà sa lettre.
Elle lit.
« Subjugué par les grâces touchantes que vous avez déployées au dernier lancier de dimanche... »
Parlé.
Au bal de ma blanchisseuse.
Elle lit.
« Je vous prie de me recevoir chez vous comme aspirant à votre main et à votre coeur, que je voudrais presser dans la mienne et contre le mien.... Votre Tiburce à tout jamais... J'attends la réponse dans la rue... »
Elle se lève.
C'est la septième lettre que ce jeune enthousiaste m'envoie avec cette demande d'admission dans mon domicile... Le recevoir ici, voilà la difficulté, que dira Ursule ?... Mon Mentor ? Il est bien convenu entre nous qui vivons ensemble, sans père, ni mère, et qui nous sommes associées pour acheter ce petit mobilier, qu'aucun homme n'entrerait ici sous quelque prétexte que ce soit, à moins qu'il n'ait comparu devant Monsieur_le_Maire... Tiburce veut bien y comparaître, mais les hommes sont si menteurs, dit-on... Mon amoureux serait-il une exception ?
AIR : Daignez m'épargner.
Il choisit un prétexte adroit Pour m'offrir son coeur sans partage ; Mais la jeune fille ne doit Accepter d'avance aucun gage. Quand il aura fait mon bonheur Par le lien du mariage, Alors, j'accepterai son coeur, Ça n'est pas gênant en ménage.Je sais bien que je suis assez sûre de moi pour résister, mais Ursule ne le croirait pas... Je m'en vais lui répondre : « Présentez-vous avec un contrat à la main, et je suis avec le plus profond respect, votre très humble servante après le conjungo... » C'est cela... Écrivons vite, avant qu'Ursule ne rentre.
Elle va à la table à droite, elle se prépare à écrire. Tiburce est entré, ferme la porte, et frappe en dedans.
SCÈNE II. Tiburce, Clara.
CLARA
Eh ! Quoi, monsieur, vous osez franchir mon seuil sans attendre ma réponse ?
TIBURCE
Je grelottais... Et l'homme qui grelotte.
CLARA, à part
Que lui dire pour l'éloigner ?
Haut.
Mais, Monsieur, si mon vieux...
Elle cherche.
père vous trouvait ici, il vous tuerait.
À part.
Le moyen est adroit.
TIBURCE
Il y a un père ?
Il va pour se sauver.
CLARA
Estropié.
TIBURCE
Ah ! Je suis rassuré !
Il descend.
CLARA
Du trou de la serrure on voit son sabre.
À part.
C'est le seul héritage de mon oncle.
TIBURCE
C'est moins rassurant.
CLARA
Il a une jambe de bois, mais il a un bras de fer.
TIBURCE
Ah ! Diantre !
CLARA
Je vous avais prévenu qu'il y avait du danger à franchis cette porte... Il est là qui dort, ce respectable vieillard, se reposant sur les bons principes de sa fille.
TIBURCE
Excellent homme !
CLARA
Et pour rien au monde, je ne trahirais sa confiance... Ainsi donc, Monsieur, avant de déguerpir, je vous pris de vous expliquer.
TIBURCE
Mademoiselle_Clara, la pureté de mes moeurs est proverbiale dans le quartier_des_Bourdonnais... Je reconnais à vingt-cinq pas de distance du Sedan ou de l_Ebeuf, et je ne suis pas d'une noble origine, voilà le côté moral de mon individu... Quant au physique...
CLARA
N'en parlons pas... Parlons d'autre chose.
TIBURCE
Faut-il vous parler de mes espérances ? Il ne me reste pour famille que l'acte du décès de mon parrain, qui est mort en Amérique, dans une position voisine de la misère... Voici le côté revers de mes espérances. Du côté face, j'ai celles de vous plaire et d'être aimé de vous.
CLARA
Monsieur Tiburce, la beauté chez l'homme marié est une superfluité... Je n'exigerai donc pas cet article... Vous êtes ce qu'il faut pour cet emploi... Mais ce que je veux, c'est la fidélité du caniche unie à quelques appointements solides... Êtes-vous, oui ou non, l'homme que j'ai rêvé ?
TIBURCE
J'ai dix-huit_cents_francs d'appointements.... Mais êtes vous pressée ?
CLARA
Très...
TIBURCE
Je demande à me recueillir.
CLARA
Je vous croyais plus d'élan.
TIBURCE
Au bal de notre blanchisseuse, j'en avais beaucoup.
CLARA
Quelle rencontre !
TIBURCE
Dites quelle sympathie, nous avons la même blanchisseuse.
CLARA
Voyons, Monsieur_Tiburce, parlez-moi de vos vues.
TIBURCE
Je réfléchis...
À part.
Elle est sage, travailleuse, peut être, elle a une famille intéressante et un mobilier... J'ai idée que je vais faire une bêtise.
CLARA
J'attends, Monsieur_Tiburce, et je vous avoue que je bous... d'impatience.
TIBURCE
Sapristi ! C'est un moment solennel ! On a besoins de tout son sang froid... Vous êtes convaincue que je n'aime que vous ?
CLARA
Vous me l'avez déjà dit.
TIBURCE
C'est que... j'attends mes papiers.
TIBURCE
Alors, allez les attendre chez vous, car ce n'est pas ici que vous les trouverez, et mon père est brutal.
TIBURCE
Le bras de fer... Mais je vous aime beaucoup... et en attendant...
CLARA
Monsieur, je vous préviens que mon père vous tuerait et moi après vous.
TIBURCE
Deux crimes pour un seul amour ! C'est trop ! Car je vois bien que vous ne m'aimez pas.
CLARA
J'ai des principes, et un père qui dort !
TIBURCE
Il veut l'embrasser
Ne les réveillons pas et embrassez-moi.
CLARA
N'approchez pas ou j'appelle.
TIBURCE
Appelez-moi, je reviendrai
CLARA
Voyons, monsieur, pas de bêtises ; voulez-vous de moi...
TIBURCE
Oh ! Oui !
CLARA
Pour votre femme ?
TIBURCE
Puisque j'attends mes papiers.
CLARA
Promettez-vous ?
TIBURCE
Je promets.
CLARA
Jurez-vous ?
TIBURCE
Quelquefois.
CLARA
Je suis sérieuse, entendez-vous ?
TIBURCE
Clara,je vous promets à la face du ciel et sur les cheveux blancs de votre père qui dort, que dans un heure... Vous aurez ma réponse.
CLARA
C'est bien. Vous aurez reçu vos papiers ?
TIBURCE
Peut-être. Par le télégraphe_électrique. Adieu.
CLARA
Au revoir.... Avec vos Papiers seulement.
ENSEMBLE
Je m'en vas Le coeur navré, Il s'en va. De vous Trouver si rebelle, De me Serez vous encor Cruelle Mais je serais moinsTIBURCE
Quand ce soir je reviendrai.SCÈNE III.
CLARA, seule
Quel être séduisant ! Et pourtant j'ai résisté, j'ai tenu le serment que j'avais fait à Ursule et j'ai inventé un père par vertu...
Regardant l'heure.
Mais je suis en retard.
Elle met des chiffons dans un carton.
Tout cet ouvrage à rendre. Oh ! Je serai inexorable, le mariage ou la rampe de l'escalier.
AIR : Final de la Marraine.
C'est un mari qu'il me faut, doux, timide, Un vrai mari qu'on ne peut pas changer. Ursule et moi nous tenons au solide, Et les amants c'est vraiment trop léger ; Car leur amour est tout à fait semblable À la confection qu'on vend, Cousu d'un fil qui casse trop souvent, Et dont l'étoff' ne vaut pas l'diableJ'entends Ursule qui monte ; il était temps !
SCÈNE IV. Clara, Ursule.
URSULE, entrant
AIR : du Comte Ory, final du 1er acte.
Pimpante et leste, Je suis modeste, Et mon coeur reste Dans son printemps. Bien que coquette, Je suis seulette, Sans amourette, Et j'ai vingt ans. Le mariage Est à mon âge Pour fille sage Un avenir. Prenons-y garde, Dans ma mansarde Le mari tarde Bien à venir. S'il vient, s'il ose, Si je m'expose, Las ! Je n'oppose Que mes vertus. S'il veut promettre, Me compromettre, C'est fait du traître, Il ne sort plus.Bis.
URSULE
Quoi ! Tu n'es pas encore sortie ? Il est tard, tu ne trouveras plus le patron au magasin. Hâte- toi.
CLARA
Je sors et je reviens vite.
URSULE
Oh ! Tu n'as pas besoin de te presser.
À part.
Il va venir.
Haut.
À propos, j'ai failli être renversée, en montant l'escalier, par un jeune homme qui dégringolait les étages comme un torrent.
CLARA, à part
C'est Tiburce, l'amour lui donnait des ailes.
URSULE
Il ne m'a même demandé pardon.
CLARA
Il allait chercher ses papiers.
URSULE
Tu dis ?
CLARA
Moi... Rien.
URSULE
Je n'ai pas besoin de te recommander de n'écouter personne ; quand le nuit vient, les hommes sont d'une hardiesse...
CLARA
Sois tranquille, mon vertueux Mentor.
À part.
Si elle savait.
Haut.
À bientôt ! M'attendras-tu pour souper ?
URSULE
Cela dépendra de mon appétit.
Clara sort par le fond.
SCÈNE V. Ursule seule, puis Séverin.
URSULE
Je suis seule, il peut monter.
Elle va vers la fenêtre.
Le coeur me bat ! Pourtant je suis préparée à une déclaration. J'entends son pas. Il est lourd ! C'est une conscience sans reproche.
On frappe.
Entrez !
SÉVERIN, riant
Ô bonheur !
URSULE
Silence !
SÉVERIN
Ah !
URSULE
Marchez sur la point du pied.
SÉVERIN
J'y suis.
URSULE
Venez de ce côté.
SÉVERIN, criant
Pourquoi ?
URSULE
Parlez bas.
SÉVERIN
Ah ! Bah !
URSULE
Il y a dans cette chambre ma vieille grand-mère.
À part.
C'est un moyen de rendre les hommes circonspects.
SÉVERIN, à part
Elle est ornée d'une mère grand... comme le_Petit_Chaperon_rouge.
URSULE
Ça pose ; on a l'air d'avoir une famille.
Haut.
L'entendez-vous ? Elle tourne son rouet.
SÉVERIN
Oui, oui.
URSULE
Il entend ! Quelle confiance : Si je vais ai accordé cette entrevue, c'est bien parce que je vous reconnais des sentiments délicats.
SÉVERIN, criant
Je suis tous sentiments.
URSULE
Chut !
SÉVERIN, parlant bas
Délicats !
URSULE
Que dirait-elle si elle apprenait qu'un homme est là ? On peut l'entrevoir d'ici.
À part.
J'ai un mannequin habillé dans ma chambre.
SÉVERIN
Qu'est-ce qu'elle pourrait bien dire ?
URSULE
Elle me donnerait sa malédiction. Silence.
SÉVERIN
Ah !
URSULE
Voyons, Monsieur, parlez moi vite de vos intentions.
SÉVERIN
Tout bas ?
URSULE
Oui...
Séverin lui parle à l'oreille.
Et puis ?...
Même jeu.
Je vous prie de parler haut, je n'entends pas de cette oreille-là.
SÉVERIN, passant derrière Ursule
Je vais passer de l'autre côté.
URSULE
Halte-là !... Vos intentions, s'il vous plaît ?
SÉVERIN
Pour le quart d'heure, je n'ai pas encore dîné, et j'ai une furieuse envie de souper.
URSULE
En tête à tête, peut-être ?...
SÉVERIN
Je n'ose pas vous le proposer...
URSULE
Eh bien ! Proposez-le, je veux voir jusqu'au va votre audace...
SÉVERIN
Mademoiselle...
URSULE
À propos, comment vous nommez vous ?...
SÉVERIN
Séverin, de mon petit nom ; Tourniquet de mon nom de maison.
URSULE
C'est un nom de machine ; mais, peu importe, causez, Tourniquet.
SÉVERIN
Mademoiselle Ursule, permettez d'abord à un homme bien intentionné de vous convier à un festin chez vous... On cause mieux à table.
URSULE, à part
Ici, c'est impossible... Avant une heure, Clara rentrera...
Après réflexion.
Ah ! Bah !
Haut.
Comme je tiens à ma réputation, je sais savoir si ma grand-mère est éveillée...
Elle va vers la porte.
Elle dort... J'accepte...
À part.
Nous souperons sur le pouce, dans ma chambre...
SÉVERIN, criant
Je la tiens !... Ô ivresse !...
URSULE
Plus bas...
SÉVERIN
Oui.
URSULE
Avez-vous un état ?
SÉVERIN
Employé aux pompes funèbres.
URSULE
Ah ! C'est triste !
SÉVERIN
Mais, non, il y a des jours...
URSULE
C'est pour cela que vous avez une cravate blanche.
SÉVERIN
C'est pour vous faire honneur...
À part.
Je n'en ai pas d'autres.
Haut.
Aimez-vous le jambon ? Je vais en chercher.
URSULE, le retenant
Que dirait la portière, si elle voyait un homme descendre et remonter ici avec des comestibles ?... Oh ! Les hommes !... Comme ils ont peu de soins de la réputation des femmes !...
SÉVERIN
De jambon, ce n'est pas compromettant...
URSULE
J'y vais moi-même.
SÉVERIN
Voici ma bourse.
URSULE
Fis donc ! Je suis chez moi.
SÉVERIN
À Propos, vous n'avez jamais aimé que moi ?....
URSULE, sévèrement
Monsieur_Séverin, je suis logée à Montmartre, et je me lève à quatre_heures_du_matin, c'est vous dire que j'aime à voir lever l'aurore.
SÉVERIN
Compris...
ENSEMBLE
Valse de Robin des Bois.
Le coeur est plein, mais l'estomac est vide, L'amour est tiède, hélas ! quand on a faim ; Il faut songer d'abord au plus solide, Nous aurons l'idéal demain.Elle sort par le fond.
SCÈNE VI
SÉVERIN, seul
Ursule ! Mon Ursule !... Je t'envoie tous les baisers dont je dispose ; tu es une héroïne de désintéressement ;tu 'aimes pour moi-même et non pour mon or... et tu es vertueuse !.... Où sont les assiettes ? Ah ! Voici, je crois, le buffet ; je vais lui montrer que je suis un homme de ménage...
Il se met à couvert à droite.
Quand je pense qu'elle pourrait s'appeler Lucrèce, et que Monsieur_Ponsard en ferait une tragédie...
Il arrange la table.
Avec deux verres et du sel et du poivre, c'est complet...
Il revient sur le bord de la scène.
J'ai pourtant rencontré cette femme !... Où la vertu va se nicher ? Dans un omnibus !
SCÈNE VII. Séverin, Tiburce.
TIBURCE, sur le seuil de la porte
Un homme chez ma fiancée !...
SÉVERIN
Un intrus chez ma Lucrèce !...
TIBURCE
Si c'était un voleur...
SÉVERIN
Monsieur, vous vous êtes trompé d'étage c'est au-dessus.
TIBURCE, à part
Je reconnais les meubles... et la chambre de l'invalide. Je suis trahis... Elle est coupable... Et moi qui rapportais mes papiers...
SÉVERIN, de même
Est-ce un rival ? Qu'est ce que je pourrais bien en faire ?
TIBURCE, même jeu
On prépare un souper à deux couverts...
SÉVERIN, haut
Dites donc, quand vous aurez fini vos aparté dans ce coin... Vous pourrez vous en aller, je ne vous retiens pas.
TIBURCE
M'en aller !... Je ne m'en vais que sur vos talons.
SÉVERIN
Je n'aima pas qu'on se jette dans mes tête-à-tête...
TIBURCE
Quand on se met au travers de mes amours, je casse...
SÉVERIN
Moi, je fais payer la passe... Je m'aligne sur Arpin, j'attends mon homme, en en avant le coup de hanche... Je le fais passer par dessus ma tête.
Joseph Arpin ou le Terrible Savoyard : lutteur de lutte gréco-romaine en plein renouveau au milieu du XIXème sicècle.
TIBURCE, criant
Je n'ai peur de rien.
SÉVERIN
Ne criez pas tant.. Il y a une vieille femme qui dort.
TIBURCE
Si je n'avais pas peur de réveiller la jambe de bois... je vous aurais déjà jeté par la fenêtre.
SÉVERIN
Eh bien !
Bas.
Voyons, une fois, deux fois, voulez-vous déguerpir ?...
TIBURCE, bas
Non ! Une fois, deux fois, sortirez -vous d'ici ?
SÉVERIN
Jamais ! J'attends mon souper.
TIBURCE, haut
Eh bien ! Nous serons trois à table.
SÉVERIN, criant
Oh ! Non !
TIBURCE, criant
Oh ! Si !
SÉVERIN
Plus bas.
TIBURCE, bas
Je vous mangerai plutôt que de ne pas manger votre souper, car je l'aime, moi...
SÉVERIN
Mais, vous n'avez pas si faim que moi...
TIBURCE, à part
Le vil suborneur ! Il est sur sa bouche...
Haut.
Je ne vous parle pas du souper, mais de mon amante.
SÉVERIN
Je vous pris de ne pas qualifier ma fiancée de ce nom impropre, ou, décidément, je vais me fâcher ; et je vous préviens que je serai d'autant plus terrible que je suis à_jeun.
TIBURCE
Je m'en moque... Je viens de prendre mon café.
SÉVERIN
Mais, vous avez oublié votre dessert... JE vais vous l'offrir.
TIBURCE
Vous ?
SÉVERIN, criant
Oui, moi !
TIBURCE, baissanr la voix
Plus bas.
SÉVERIN
C'est juste.
TIBURCE, bas
J'en mangerais quatre comme vous.
SÉVERIN, bas
Vous auriez une rude indigestion... Moi, votre carcasse me suffit ; je vais vous tailler en pièces.
TIBURCE, bas
À quelle arme ?
SÉVERIN, lui donnant un coup de pied
À la botte !
TIBURCE, bas
Lâche ! Vous frappez par derrière, mais mois, je frappe par devant...
Lui donnant un coup de pied.
SÉVERIN, élevant la voix
Je vous tuerai !
TIBURCE
Plus bas, donc !
SÉVERIN
Je vous tuerai !
TIBURCE
Avec des pistolets, votre affaire est faite...
SÉVERIN
Sortez !
TIBURCE
Vous voulez dire sortons ?
SÉVERIN, à part
Ah ! Ta vertu, Lucrèce, va peut être causer mon trépas !
TIBURCE
Elle disait qu'elle n'avait jamais aimé... L'infidèle ! Ma trahir pour un homme aussi laid, et qui a une cravate blanche !
SÉVERIN, à part
Quand je le considère, je trouve les femmes bien fantasques... Aimer des êtres presque difformes !
TIBURCE
Eh bien ! Êtes vous prêt ?
SÉVERIN
Toujours ! Allons au champ d'honneur, Monsieur, à deux pas, dans une carrière...
TIBURCE
L'insulte que j'ai reçue veut du sang...
SÉVERIN, se tenant la joue
La mienne aussi...
ENSEMBLE
AIR : de Malborough.
Nous partons pour nous battre, Mironton, mirontaine, Nous partons pour nous battre, On ne sait qui reviendra.Bis.
On ne sait.....Deux vers en criant, deux bas.
J'ai la main meurtrière, Je vais te démolir ; Au fond d'une carrière La tienne va finir.SCÈNE VIII.
URSULE, entrant par la porte de droite, avec un panier de provisions qu'elle dépose sur le buffet au fond
Je suis montée par l'escalier de service pour ne pas être vue du portier... Ces provisions nocturnes auraient exercé sa langue... Eh bien ! Où est donc mon fiancé ?
Elle va vers la porte du fond.
J'entends des voix glapissantes... Est-ce que mon bien-aimé se serait pris de bec avec le Pipelet ?... Il va remonter... Ah ! Grand Dieux ! Il a mis le couvert ici ! Enlevons-le vite... Que dirait Clara ? Moi qui lui ait dit si souvent qu'on ne soupait qu'avec son mari...
AIR : Amis, voici la riante semaine.
Dépêchons-nous, vite il faut que j'enlève Sans rien laisser les traces du souper. En le voyant que dirait mon élève A son Mentor qui s'est émancipé ? Fût-on doué d'un appétit féroce, J'ai dit souvent avec certain éclat : Il ne faut pas faire un repas de noce Avant qu'on ait paraphé le contrat.Bis.
Ah ! Le voici ; j'entends son pas léger... il ne veut pas réveiller le rouet de ma grand-mère... Clara !
SCÈNE IX. Ursule, Clara.
URSULE
C'est déjà toi ?
CLARA
Oui ; j'ai pris l'omnibus.... Et j'apporte de la besogne pour huit jours. Qu'est ce que c'est que ce couvert .
URSULE, hésitant
Je t'attendais...
CLARA
Tu as mis une nappe... Quel luxe !
URSULE
Le linge blanc égaye un souper.
CLARA
Du vin, du jambon, des côtelettes aux cornichons... et des mendiants... Ça a l'air d'une repas de noces !...
CLARA
Le jambon me prouve que tu as pensé à moi... C'est toujours ce que je demande pour le dessert... Allons ! À table !
URSULE
Commence.
CLARA
Est-ce que tu n'as plus faim ?
URSULE
Si... mais... je crois que j'ai sommeil...
CLARA
Je ne veux pas manger seule... Viens donc !
URSULE
Non, décidément, je ne souperai pas...
CLARA
Es-tu fantasque ?
SCÈNE X. Les mêmes, Le Concierge.
LE CONCIERGE
Une lettre pressée pour Mademoiselle_Clara.
CLARA
Donnez...
À part.
Quel contretemps !...
Devant Ursule.
Il me dit qu'il attend encore ses papiers.
URSULE
Ah ! C'est de Denise ma cousine...
Elle lit.
« Perfide Clara, j'ai trouvé une homme installé chez vous... Je l'ai provoqué, je l'ai tué, la police est sur mes traces... Sauvez-moi la vie... J'attendrai chez le marchand de vin en face, que vous me fassiez signe, et je grimpe vos cinq étages.
Votre affectueux, mais bien malheureux ami,
TIBURCE. »
Parlé.
Qu'est-ce que cela veut dire ?
URSULE, à part
Cette lettre est louche... Je saurai bien ce que c'est... Éloignons-là d'abord...
Haut.
Allons, Clara, achèves-tu ton souper ?
À part.
Il me semble toujours entendre son pas dans l'escalier.
CLARA
Je n'ai plus faim... Il est tard... Nous garderons cela pour demain.
À part, en s'en allant.
Quand elle sera endormie, je lui ferai signe de monter... Il m'expliquera... ce que cela veut dire ?
Elle entre à droite.
SCÈNE XI. Ursule, regardant sur l'escalier, puis Séverin.
URSULE, écoutant
Cette fois, c'est bien lui... Je meurs d'effroi.
Elle va fermer la porte de Clara, à droite.
SÉVERIN
Sauvez-moi !... Cachez moi !... Ou je suis un homme perdu...
URSULE
C'est une frime !... Je le connais !... Mais d'où venez-vous ?
SÉVERIN
Ah ! Volage ! Perfide ! Vous qui disiez que vous étiez vertueuse, et que vous aimiez à vous lever l'aurore... Savez-vous qui est venu chez vous à la place de l'aurore aux doigts de rose ? Un homme ! À la poigne féroce, avec lequel j'ai eu des mots...
URSULE
Un homme... Ciel !...
SÉVERIN
Puis, nous sommes allés nous entre'égorger dans les carrières de Montmartre... et je j'ai tué !
URSULE, fort
Ô homicide !...
SÉVERIN
Plus bas... Pour défendre votre honneur qui était compromis sur ma face...
URSULE
Vous avez mon estime, Tourniquet, et, de plus, mon amour...
SÉVERIN
Ce n'est pas ce qu'il me faut ce soir, c'est une cachette... En passant sur la place_du_Théâtre, j'ai cru voir un gendarme qui lisait sur ma figure... Il a suivi le même chemin que moi... Tenez, écoutez, on monte : l'on vient de m'arrêter... Je suis mort à mon tour !... Chut ! N'entendez vous pas ?...
URSULE
Vous me faites peur...
SÉVERIN
C'est moi qui ai peur... Voyons, cachez moi.
URSULE
Où....
SÉVERIN
Quelque_part... Dans la chambre de la grand-mère...
Il monte à la porte de gauche ; Ursule le retient.
URSULE
Ah ! Monsieur...
SÉVERIN
Eh bien ! Dans la vôtre...
URSULE
Que dirait le monde ?...
SÉVERIN
Dans le danger, on se met où on peut... Mais, sapristi ! La gendarmerie monte...
URSULE
Eh bien ! Entrez dans cette armoire... Pour moi, je me barricade, et je n'ouvre à personne...
Elle le fait entrer dans l'armoire.
SÉVERIN
Qu'est-ce qu'il y a là-dedans...
URSULE
De la confection.
SÉVERIN
Ah ! Me voilà dans de beaux draps...
URSULE
Non ! Vous êtes dans la soie...
SÉVERIN
Je crois qu'on frappe...
URSULE
Silence !...
Elle ferme l'armoire, et rentre dans sa chambre.
SÉVERIN
Il ouvre la porte de l'armoire.
Jurez-moi qui vous m'avez été fidèle...
URSULE
Qu'il est bête ! Quand on vous dit que : oui... Quel intérêt aurais-je à vous tromper aujourd'hui ?
SÉVERIN
Elle a raison, tu as raison... Je te crois.
URSULE
Fermez donc l'armoire, et ne me tutoyez pas...
Elle entre dans sa chambre, à gauche.
SCÈNE XII. Clara, sortant de sa chambre, puis Tiburce.
CLARA
Ursule doit dormir... J'ai fait signe à ce pauvre garçon de monter.
Elle va vers la porte.
Entrez, malheureux...
TIBURCE, entrant très en colère
Oui, j'entre, fille coupable... Parce que j'ai froid... Oui, j'entre, créature fallacieuse... parce que je n'ai pas où aller...
CLARA
Plus bas donc...
TIBURCE
Il ne dort donc pas l'invalide ?...
CLARA
Non.
TIBURCE
Répondez... Vous avez un amant ?
CLARA
Je n'ai que vous.
TIBURCE
Quel est l'homme en cravate blanche que j'ai tué, et qui allait souper avec vous ?...
CLARA
Un homme qui allait souper...
TIBURCE
Voilà le couvert mis.
CLARA
Ah ! C'est mon Mentor qui me faisait mystère de cette intrigue...
TIBURCE
Quel mentor ?
CLARA
Vous saurez tout... Je suis pure comme le jour...
TIBURCE
Ça n'est pas rassurant... Il est onze heures du soir.
CLARA
Je vous le jure.
TIBURCE
Bien vrai ?... J'ai si froid et si peur que j'ai bien envie de pardonner...
CLARA
Douteriez-vous de mon amour ?
TIBURCE
C'est qu'il m'a donné un coup de pied plein de jalousie...
CLARA
Il n'était pas pour vous.
TIBURCE
Il aurait dû me demander mon nom, avant de frapper... Saprelotte ! J'entends remuer... C'est le réveil de la jambe de bois... Où fuir ?...
Il se dirige vers la chambre, Clara se met devant lui.
CLARA
Respectez cet asile, Monsieur_Tiburce ; il est inviolable !
TIBURCE
Si je sors je suis pris... Si je reste, je suis assommée... Cachez-moi !...
CLARA
C'est Ursule qui se réveille ! Entrez vite dans cette armoire...
Elle l'enferme dans l'armoire et rentre chez elle. Obscurité profonde.
SCÈNE XIII. Ursule, seule, puis Tiburce.
URSULE
Il est tard, il n'y a personne dans la rue à cette heure... Il peut fuir sans être vu... Je vais délivrer le pauvre prisonnier...
Elle ouvre l'armoire, et prend par la main Tiburce.
Il n'y a plus de danger pour vous, tout le monde est endormi dans la maison...
TIBURCE
Déjà m'en aller ?
URSULE
Vous vous trouviez bien dans cette armoire ?...
TIBURCE
La cloison est si légère, que j'entendais soupirer dans la chambre voisine... C'était au moins un buffle qui avait fait une longue course... ou bien l'invalide...
URSULE
Vous rêviez...
TIBURCE, lui prenant la taille
Je voudrais ne pas m'en aller...
Clara sort de sa chambre et va délivrer Séverin ; ils descendent en scène.
SCÈNE XIV. Les Mêmes, Séverin, Clara.
CLARA, ouvrant l'armoire
Venez donc... Il est temps de partir...
SÉVERIN
Ouf ! Que diable fourrez-vous donc dans cette armoire ? Est-ce que vous y mettez vos mannequins ?...
CLARA
Mais non... La peur vous fait voir toutes sortes de choses qui n'existent pas.
CLARA
Vous avez rêvé.
SÉVERIN
Dans l'obscurité on rêve à ses amours...
Il lui prend la taille.
CLARA
Eh bien ! Monsieur... Je crois que vous vous émancipez ?
Ils sont à droite de la scène ; Ursule et Tiburce à gauche.
URSULE, à Tiburce, bas
Quand nous serons mariés.
TIBURCE
Supposons que nous le somme, et laissez-moi prendre un baiser.
URSULE
Sur la main seulement, et vous partirez après...
Tiburce lui baise la main.
TIBURCE
Quelle petite main douce !... Laissez-là dans la mienne...
URSULE, à part
C'est drôle... J'ai senti des favoris !... Je savais bien que la peur faisait blanchir les cheveux, mais je ne pensais pas que ça fît pousser la barbe...
CLARA, de son côté
Non, non, je ne veux pas... C'est inutile d'insister... J'ai des principes.
SÉVERIN
Un homme qui a exposé sa vie a bien le droit de demander une récompense...
CLARA
Je veux bien vous accorder ma mains à baiser, à condition que vous partiez tout de suite...
SÉVERIN
Accepté !...
Il baise le main.
Ô délices !...
CLARA
Tiens ! Il n'a plus de barbe !... Est-ce qu'il s'est rasé de peur de la gendarmerie ?...
URSULE
Ah ! Mais vous devenez entreprenant ; ce n'est pas convenable... Allez-vous en !
CLARA
C'est assez, monsieur ; il faut vous retirer, ou je rentre chez moi et je m'enferme...
Les deux femmes font un mouvement en arrière ; les deux hommes marchent derrière elles, mais chaque homme rencontre sa maîtresse. La scène reprend.
SÉVERIN
Pourquoi me fuyez-vous ?...
TIBURCE
Si vous vous en sauvez, ça n'est pas de jeu...
URSULE, à Séverin
Vous n'êtes pas encore parti ?
CLARA, à Tiburce
Je suis décidée à ne rien accorder de plus.
TIBURCE
Encore un baiser, et je pars...
SÉVERIN
Un mot d'amour, et je m'enfuis...
Séverin saisissant Ursule par le bras.
URSULE
Tenez, voilà pour vous !...
Elle lui donne un soufflet.
Je n'ai rien senti ! C'était donc postiche tout à l'heure ?...
CLARA
Allons ! Voilà que vous tapez dans vos mains pour vous réchauffer, maintenant !... Vous allez réveiller la maison...
TIBURCE
Moi, mes mains sont libres, et je les emploie à vous tenir captive.
Il l'embrasse.
CLARA, lui donnant un soufflet
Sa barbe a repoussé !...
SÉVERIN
Il y a un écho dans la chambre !
URSULE
Grands dieux ! Il y a du monde ici, taisez-vous !...
CLARA, à Tiburce
On chuchote... Faites silence !
Moment de silence.
URSULE
Rien !
SÉVERIN
Rien !
CLARA
Rien !
TIBURCE
Rien !...
Tous les uns après les autres.
SÉVERIN
Si j'allumais une chimique ?
Il prend un briquet.
Chimique : allumette chimique, allumette au phosphore.
TIBURCE
Il faut voir clair dans ce dédale.
Il prend un briquet. Aussitôt que la lumière ce fait, les deux femmes se précipitent dans leurs chambres, les deux hommes allument ensemble la bougie placée sur la table, se regardent avec effroi et se lèvent en criant.
SCÈNE XV. Séverin, Tiburce.
TIBURCE, SÉVERIN, ensemble
C'est un revenant !
TIBURCE
Eh quoi ! Vous n'êtes pas mort ?
SÉVERIN
Et vous ?
TIBURCE
Entier.
SÉVERIN
Complet.
TIBURCE
Mais vous êtes tombé.
SÉVERIN
De peur.
TIBURCE
Moi aussi.
SÉVERIN
Donnons-nous la main, nous sommes faits pour nous comprendre.
TIBURCE
Ah ça ! Est-ce que c'est vous que j'embrassais tout à l'heure ?
SÉVERIN
J'espère bien que non.
Les deux femmes entr'ouvrent la porte.
TIBURCE
Non, ça n'est pas la même main.
SÉVERIN
Mais qu'est ce que vous revenez faire ici ? Si c'est pour la grand-mère, c'est bien, il ne faut pas rougir pour ça ?
TIBURCE
Et vous, vous êtes peut-être le grand-père de l'invalide ?
SÉVERIN
Quel invalide ?
TIBURCE
Quelle grand-mère ?
SÉVERIN
Là.
Il montre la porte de gauche.
TIBURCE, montrant l'autre porte. Ursule est sur le seuil
Là.
SÉVERIN
Connais pas...
TIBURCE
Inconnue.
CLARA
Tournez-vous.
URSULE
Regardez de ce côté.
SÉVERIN
Celle que j'aime.
TIBURCE
Vous me prenez mon mot ; approchez, mesdemoiselles.
SCÈNE XVI. Ursule, Séverin, Tiburce, Clara.
URSULE
Maintenant que tout est éclairci, et que vous n'êtes plus rivaux, puisque chacun a sa chacune, vous pouvez battre en retraite, car vous ne pouvez rester plus longtemps ici.
TIBURCE
Nous renvoyer à cette heure-ci, c'est inhumain.
SÉVERIN
C'est plus qu'inhumain, c'est cruel.
CLARA, va ouvrir la porte du fond
Allons, allons.
TIBURCE
Mais que dira le portier en nous voyant sortir à cette heure ?
URSULE
Ah Diantre !
SÉVERIN
Il nous prendra pour des amants.
CLARA
Ou des voleurs.
TIBURCE
Position perplexe.
SÉVERIN
Mais si l'amant doit s'en aller, le mari peut rester, hein ?
URSULE
Ceci est une bonne parole.
TIBURCE
Le mari peut rester, a dit mon ex-antagoniste...
CLARA
Pour de bon.
URSULE
Pour de vrai.
SÉVERIN, TIBURCE
Et pour toujours.
CLARA, va ouvrir la fenêtre
Ils peuvent rester car voici le jour.
SÉVERIN
Le jour, déjà ! L'aurore d'Ursule ; ceci me rappelle que j'ai une faim d'enragé.
TIBURCE
Et comme le couvert est mis, nous allons déjeuner de bon appétit.
CLARA
Ce sera le déjeuner des fiançailles, car j'espère que vous avez vos papiers.
TIBURCE
Ils sont en règle.
URSULE
Quand je pense que vous avez failli vous tuer tous deux d'un seul coup...
CLARA, à Ursule
Vois cependant où pouvaient vous conduire tes cachotteries, si nos amoureux avaient été braves.
URSULE
Je frémis rien qu'en y pensant... Que veux -tu ? On a beau se gendarmer contre ces gredins d'hommes... Il arrive toujours un moment où ils sont plus forts que nous.
TIBURCE, à Clara
À table ! À propos, est-ce que l'invalide ne prend pas sa part du festin ?
CLARA
L'invalide ! Mais je n'ai jamais eu que son sabre.
TIBURCE
Alors on peut parler haut.
SÉVERIN, à Ursule
J'espère que la grand-mère bénira notre union.
URSULE
Elle y consent. On n'a qu'à allonger les deux bras du mannequin.
SÉVERIN
Et le rouet ?
URSULE
Il n'a tourné que dans votre cervelle.
CLARA
Comme les hommes sont confiants !
URSULE
Aussi nous n'en abuserons pas à table.
AIR : J'en guette un petit.
ENSEMBLE
Après tant de cris et d'alarmes, Tous les quatre nous voilà pris. À l'amour nous rendre les armes.LES HOMMES
Et nous voilà tous deux maris,LES FEMMES
Et nous y gagnons des maris.82 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0