Comédie en vers
Le Dédit
Représentée la première fois le 12 mai 1719 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.
Personnages
- GÉRONTE, père d'Isabelle
- ISABELLE, amante de Valère
- BÉLISE, soeur d 'Araminte
- ARAMINTE, soeur de Bélise
- VALÈRE, neveu de Bélise et d'Araminte, amoureux d'Isabelle
- FRONTIN, valet de Valère
- UN LAQUAIS
SCÈNE I. Isabelle, Valère, chacun de son côté sans se voir.
VALÈRE
Nous n'en tirerons rien.ISABELLE
Ô dieux !ISABELLE, apercevant Valère
Quel travers ! mais....VALÈRE
Quelle cruauté ! Se désoler ainsi chacun de son côté, Sans trouver nul moyen de réduire ces folles !ISABELLE
Mon père leur a dit de piquantes paroles, Et va les menacer encor séparément. Car chacune se tient dans son appartement.VALÈRE
Oui, depuis peu je vois que toutes deux s'évitent, Se disent quelques mots en passant, et se quittent. Pour moi, quand je leur parle, elles tournent le dos ; Leur dureté pour moi paraît à tout propos.ISABELLE
Leur dureté pour vous les condamne. Ah, Valère ! Elles poussent trop loin leur mauvais caractère : Ne vous pas aimer !VALÈRE
Moi, j'espérais que par vous Mes deux tantes feraient quelque chose pour nous, Et que vous ayant vue, adorable Isabelle, Elles s'attendriraient.ISABELLE
Oui, donnons-nous au moins ce moment d'espérance, Mais je suis indignée encore, quand je pense À leurs derniers discours.ISABELLE
C'est par-là que je vois qu'elles m'ont méprisée. Car c'est en m'embrassant qu'elles m'ont refusée. La prude méprisante avec ses airs hautains Prend un ton doucereux, et mêle à ses dédains Et caresse affectée, et fade raillerie ; Vous mord en vous flattant, talent de pruderie : « Ma tendresse pour vous, m'a-t-elle dit là-haut, Fait que je ne veux pas vous marier sitôt, C'est-à-dire, donner au neveu qui me presse, Du bien pour satisfaire une folle tendresse. Moi ! Me rendre complice en vous autorisant ! » Et cent discours pareils d'un ton demi-plaisant. « Faites, faites plutôt contre le mariage, Comme nous, un dédit qui vous maintienne sage. Pour vous faire imiter notre force d'esprit, Nos refus vous tiendront du moins lieu de dédit. »VALÈRE
Voilà ses sots discours, toujours même rubrique. Mais rien de si borné que son esprit gothique. Sans monde, sans bon sens, ne hantant que sa soeur, Moins dure qu'elle, mais plus folle par malheur.ISABELLE
Je suis contre Araminte un peu moins indignée. Même dans des moments j'ai cru l'avoir gagnée, Mais son esprit, sujet aux révolutions, S'agite en même temps de plusieurs passions. Dans sa vivacité brouillonne et turbulente, Voici ce que m'a dit à peu près cette tante : « J'extravague parfois, mais j'ai des sentiments ; J'aimerais l'amour, mais j'abhorre les amants. Abhorrez-les aussi, je le veux, je l'ordonne. Sans cesse je promets, mais jamais je ne donne. Je hais bien mon neveu, mais je vous aime tant. » De ses galimatias je conclurais pourtant Qu'elle ferait pour vous plus que sa soeur aînée ; Mon père vient.SCÈNE II. Géronte, Isabelle, Valère.
GÉRONTE
Vous devinez assez, en voyant ma tristesse, Que je n'ai qu'un refus : ma bonté, ma tendresse En cette occasion m'ont trop parlé pour vous. Prenez votre parti, ma fille.ISABELLE
Partons-nous ?GÉRONTE
Oui, ma fille.VALÈRE
Qu'entends-je !ISABELLE
Ah ! Quel coup pour Valère !VALÈRE
Quoi ! Charmante Isabelle, il ne faut plus vous voir ? Quoi ! Monsieur, vous voulez me mettre au désespoir ? Vous allez m'arracher Isabelle ?GÉRONTE
Oui, Valère.ISABELLE
Non, Valère.VALÈRE
Eh ! Monsieur...GÉRONTE
Inutiles discours.GÉRONTE
Je ne le voudrais pas ; mais par bonheur pour elle, Elle veut là-dessus ce qu'elle doit vouloir, Retourner en province, enfin ne plus vous voir.VALÈRE
Eh ! Vous y consentez ?ISABELLE
Il le faut bien, Valère. Je vous donnais mon coeur par l'ordre de mon père, J'obéissais alors : il veut présentement Que je vous l'ôte, il faut l'avouer franchement, Je n'ai pas sur ce point pareille obéissance ; Mais je pars.GÉRONTE
Il faut bien vous l'ôter, puisque je n'en ai plus. Vous espériez tirer quarante mille écus Des restitutions que nous feraient vos tantes, Je vous le dis encor, ces deux extravagantes S'en tiennent au dédit qu'elles ont fait pour vous, Disant, vous ne pouvez rien exiger de nous, Qu'en cas que de nous deux quelqu'une se marie. Elles ont cinquante ans. C'est une raillerie De croire rien tirer d'un semblable dédit Il me faut de l'argent, à moi, mon bien périt ; On me ruine ; enfin je dois, en homme sage, Faire dans ma province un autre mariage Qui me tire d'affaire.GÉRONTE, prend Isabelle par le bras
Abrégeons les adieux : Quand il faut se quitter, le plus tôt, c'est le mieux.SCÈNE I.I. Valère, Frontin, en habit de cavalier, passe par devant Valère, qui se désespère, et cela fait un jeu de théâtre.
FRONTIN
Monsieur ?VALÈRE
Qu'est-ce donc ?VALÈRE
Que vois-je ?VALÈRE
Et ma perruque ?FRONTIN
Bon ! Est-ce que j'en achète ? J'ai trouvé celle-là sous ma main toute faite, Et votre plus beau linge, et votre gros brillantFRONTIN
Je prends mon temps fort bien, et j'ose me vanter De savoir ménager les bons moments d'un maître.FRONTIN
Je m'en suis bien gardé, monsieur, jusqu'à présent ; Et vous m'eussiez traité de maraud, d'insolent, Ne travaillant d'abord qu'à mes propres affaires. J'ai pris pour me cacher tous les soins nécessaires, Vous m'auriez empêché d'agir comme j'ai fait. Tromper finement, c'est vertu dans un valet ; Vous auriez cru que c'est un vice dans un maître. C'est à l'extrémité que je vous fais connaître... Vous êtes scrupuleux ; enfin, il a fallu Ce que j'ai fait pour vous, le faire à votre insu.VALÈRE
Frontin, mon cher Frontin , tu travailles pour moi. Par quel moyen ? Comment ? Et vite explique-toi.FRONTIN
Je m'explique d'abord, moi, sur ma récompense : C'est par-là que toujours mon zèle ardent commence. Si je vous fais avoir votre Isabelle...VALÈRE
Eh bien ?FRONTIN
Linge, habits, diamant, j e ne vous rendrai rien. Si l'habit m'est trop long, trop court, vaille que vaille : Mais pour le diamant, il est fait pour ma taille.VALÈRE
Je te donnerai tout.FRONTIN
Écoutez mon récit. Avec quelque pistole et ce brillant habit, Trouvant au lansquenet quelques cartes heureuses, Et me faisant lorgner par de vieilles joueuses, Avec une, surtout, j'ai fait un petit fond. Elle a l'esprit stérile, et le babil fécond, Le ton railleur : elle est plus folle que plaisante. La reconnaissez-vous, monsieur ? C'est votre tante.Lansquenet : nom, dans le XVe siècle et le XVIe, des fantassins allemands. [L]
VALÈRE
Elle t'aime ?VALÈRE
Bon !VALÈRE
Quoi ! Sérieusement ?FRONTIN
Elle me connaît fort. Un mois de lansquenet fait bien connaître un homme. Me disant d'un pays d'entre Paris et Rome, J'ai pris d'abord un nom... nom à demi connu, Là... comme en prennent ceux qui n'en ont jamais eu.VALÈRE
Comment te nomme-t-on ?VALÈRE
Comment ?VALÈRE
Eh bien ?FRONTIN
Je tente Un projet difficile, étonnant, hasardeux. Dans la même maison je les vois toutes deux. Je savais, il est vrai, qu'Araminte honteuse Fuyait sa soeur, depuis qu'elle était amoureuse. Pour plus de sûreté près de l'autre je prends Autre nom, autre esprit, airs, habits différents. D'un grave sénéchal faisant le personnage, Je prends l'air composé, ton grave, froid visage, Disant comme elle un rien d'un ton sentencieux, Comme elle, de l'hymen censeur fastidieux. Mon nom de sénéchal, c'est Groux. Je me présente. Conformité d'esprit charme la prude tante. Auprès d'elle, en un mot, monsieur, j'ai réussi.FRONTIN
Elle m'épouse aussi.FRONTIN
De leur extravagance Nous tirerons, je crois, quelque argent du dédit : Mais dites-moi comment fut fait leur double écrit ?VALÈRE
Voici le fait. Tu sais leurs chicanes cruelles. Pour restitution, je n'ai pu tirer d'elles Qu'un peu de sûreté sur leur succession, Serments de bien tenir leur résolution Contre le mariage entre elles si constante : Ce fut ce voeu fameux de l'une et l'autre tante, Qui se renouvela pour lors à mon profit : J'eus d'elles deux billets en forme de dédit. Chacune me promet qu'en cas de mariage, De la succession elle me dédommage. Chacun de leurs billets est de cent mille francs.SCÈNE IV. Valère, Frontin, Un Laquais.
LE LAQUAIS
Le temps presse, monsieur ; au notaire on s'explique, Et tout serait perdu ; vite, déguisez-vous.FRONTIN, mettant un surtout brun et une perruque noire
C'est qu'il faut que je sois d'abord sénéchal Groux. Attendez-moi là-haut chez la tante Araminte, Elle vient de sortir : là je pourrai sans crainte Vous instruire de tout.VALÈRE
J'y vais.FRONTIN
Je vous rejoins.SCÈNE V.
SCÈNE VI. Frontin, Bélise.
FRONTIN
Ah, bon la prude sort. Pour avoir imité Trait pour trait sa fadeur, sa froide gravité, Je lui plus. Il ne faut, pour plaire à cette sotte, Qu'être l'écho flatteur de sa fade marotte. Madame...BÉLISE
Ensuite avec frayeur considérant que j'aime, Je m'étonnais de voir ce changement extrême, Qu'en moins de quinze jours vous avez fait en moi,BÉLISE
Moi qui par mon exemple ai maintenu ma soeur Dans le voeu qu'elle a fait de bien garder son coeur ! Elle me respectait comme la plus parfaite : Me faudra-t-il rougir devant une cadette ?FRONTIN
Moi qui de mon aîné réprimant les ardeurs, Forçant au célibat même jusqu'à mes soeurs, Dans l'histoire voulais, pour distinguer ma place, Y mériter le nom d'extincteur de ma race !FRONTIN
Moi, le sénéchal Groux, caustique philosophe, Qui raille l'épouseur, l'insulte, l'apostrophe !BÉLISE, tendrement
Un abîme. Et voilà qu'un penchant insensible...FRONTIN
Vers l'abîme une pente...BÉLISE
Oui, douce...FRONTIN
Imperceptible...BÉLISE
Me mène au bord.BÉLISE
Mais tout mon embarras, monsieur lé sénéchal, C'est qu'eN me mariant, il faut (voilà le mal), Il me faudra payer ce dédit. Comment faire ? Ce billet de dédit, que j'ai fait à Valère. Cette folle de soeur inventa ce dédit. Nous fîmes deux billets à ce neveu maudit. Tout retombe sur moi, seule je me marie. Il faudra payer seule, et de sa raillerie Je vais en rougissant essuyer tous les traits.BÉLISE
C'est mon intention. Je vais de mon notaire Prendre pour ce neveu quelque somme d'argent. Sans doute il me rendra mon billet à l'instant. Mais si ma soeur découvre... ah ! Le coeur me palpite ! Par raison et par honte avec soin je l'évite, Depuis que je vous vois, je n'ose plus la voir.Elle sort.
SCÈNE VII. Frontin, Un Laquais.
SCÈNE VIII. Araminte, Frontin.
ARAMINTE, prenant toutes ces passions l'une après l'autre
Je cours en étourdie. On vient de m'intriguer... Je tremble... J'ai pourtant cent choses à vous dire, Et plaisantes. Je rais d'abord vous faire rire. Mais non : le sérieux est ici plus pressé. Ma soeur me voyant là, fièrement a passé. J'en ai frémi... C'est dont nous parlerons ensuite. Commençons par vous faire admirer ma conduite. Douceur et complaisance ont caché mes chagrins ; Cependant en secret j'espérais, mais je crains... Au reste, je ressens une joie infinie, Vous m'allez délivrer de cette tyrannie, De ma soeur... et de plus je hais ce neveu-là. Je vais vous arranger par ordre tout cela. Mais parlez le premier, quel parti dois-je prendre ? Parlez tout à loisir, car j'aime à vous entendre. En reprenant haleine, on vous écoutera : Parlez de votre amour, et l'on y répondra. Parlez...FRONTIN
Si je me tais, c'est parce que la foule Des mêmes passions dont le tourbillon roule En vous, ainsi qu'en moi, m'empêche de parler ; Car en vivacité j'ose vous égaler. Tristesse, joie, amour, haine, crainte, espérance... Mais mon amour surtout m'a réduit au silence ; Je n'ai pu dire un mot, parce que vous parliez.ARAMINTE
Vous êtes tout esprit, quoique vous vous taisiez ; Car votre air, vos façons, vos regards, tout s'explique : Tout en vous parle au coeur, mon cher chevalier Clique.FRONTIN
Tout en vous étant beau, tout en moi vous aimant, Tout en moi, tout en vous par un rapport charmant, Tout en vous, tout en moi demande mariage.ARAMINTE
Il est vrai : mais je crains ce dédit qui m'engage, Et je crains encor plus cette sévère soeur, Qui croit que c'est un crime, hélas ! D'avoir un coeur, Et qui fit faire au mien ce voeu d'indifférence Que je voudrais avoir rompu dès mon enfance, C'est-à-dire dès l'âge où mon discernement Eût pu vous distinguer, vous choisir pour amant. Oui, mon cher chevalier, oui, je vous le répète, Je vous aime trop tard, sans cesse je regrette Trente ans que j'ai passés sans vous avoir connu.FRONTIN
Je n'en ai que vingt-cinq ; mais je serais venu En ce monde vingt ans plus tôt pour vous connaître. Çà, le temps étant cher pour nous, comme il doit l'être, Voyons, vite, réglons, qu'avez-vous résolu ?ARAMINTE
J'ai vu, revu, réglé, déterminé, conclu : Dussé-je être en horreur à cette soeur sauvage, Qui pour elle et pour moi hait tant le mariage, Vous serez mon époux dès demain, dès ce soir.FRONTIN
Mais à l'essentiel il faut d'abord pourvoir. Avant qu'à votre soeur nous déclarions l'affaire, Il faudrait retirer les billets de Valère. Composez avec lui, votre argent est-il prêt ?SCÈNE IX.
SCÈNE X. Araminte, Bélise.
BÉLISE
Ah ! Je vois qu'elle sait la chose ; il vaut autant Lui dire un fait duquel au moins elle se doute.ARAMINTE
Il faudra tôt ou tard, au fond, quoi qu'il m'en coûte, Dire que cet argent est pour me marier.BÉLISE
Parlons-lui.ARAMINTE
Ma soeur.ARAMINTE, à part
La honte éteint ma voix.ARAMINTE
On devrait confier à sa soeur...BÉLISE
Oui, d'abord...ARAMINTE
On doit...BÉLISE
On craint...ARAMINTE
C'est moi...BÉLISE
Je l'avouerai...ARAMINTE
J'ai tort.ARAMINTE
Une faute si grande...BÉLISE
Pardon, ma soeur...ARAMINTE
Pardon...BÉLISE
Pardon...ARAMINTE
Dites-moi vos secrets.BÉLISE
Ouvrez-moi votre coeur.BÉLISE
Vous en aviez affaire. Vous avez eu raison de prendre votre bien, Car chacun à son gré peut disposer du sien.BÉLISE
Hélas ! Je ne vous ai jamais gênée en rien, Hors sur le mariage, et c'est pour votre bien. Si d'être fille enfin l'ennui vous allait prendre, J'aurais compassion, comme une soeur bien tendre, D'un faible...ARAMINTE
Ah ! Vous n'aurez jamais ce faible-là S'il vous venait pourtant, car la plus sage l'a, Loin de vous condamner, j'aurais la complaisance...BÉLISE
Quoi ! Comment ?ARAMINTE
Mais, ma soeur...ARAMINTE
Et vous ?BÉLISE
Mais vous ?ARAMINTE
Mais vous ?BÉLISE
Eh !ARAMINTE
Mais oui.BÉLISE
Moi de même.ARAMINTE
Embrassez-moi, ma soeur.ARAMINTE
On sait que les bons coeurs sont tous faits pour l'amour. Vous vouliez rester fille, ah ! Quelle extravagance !ARAMINTE
Celui que vous aimez vous en a libéré. Sans doute, chère soeur, sage comme vous êtes, Vous avez médité sur le choix que vous faites.ARAMINTE
Le mien toujours en l'air.BÉLISE
Une solidité...ARAMINTE
Brillant comme un éclair.BÉLISE
Comme vous. Et je vois Qu'à notre caractère avec goût, vous et moi, Sous avons assorti nos époux.ARAMINTE
C'est prudence.BÉLISE
C'est sagesse. Le mien a les biens, la naissance, Homme en place, estimé ; c'est le sénéchal Groux.ARAMINTE
C'est un homme connu... j'ai trouvé comme vous, Un époux noble, mais d'une noblesse antique, Un homme distingué ; c'est le chevalier Clique.BÉLISE
On en dit du bien, et... vos suffrages, ma soeur, Plus que la voix publique encor lui font honneur.ARAMINTE
Le public à nos choix doit donner des louanges. Mais nous avons d'ailleurs eu des travers étranges. Ce dédit, par exemple.BÉLISE
Oui, ce dédit, d'accord.ARAMINTE
Nos billets !BÉLISE
Nos billets !SCÈNE XI. Bélise, Araminte, Géronte, Isabelle, Valère.
VALÈRE
Profitons du moment. Il ne faut pas attendre Qu'elles poussent plus loin leur éclaircissement. Isabelle n'est point partie, heureusement, Mes tantes, et j'apprends une bonne nouvelle. .ISABELLE
Je viens de tout mon coeur vous en féliciter, Et je vois que tantôt c'était pour plaisanter Que vous déclamiez tant contre le mariage ; Car vous-même...ARAMINTE
Nous-même !ARAMINTE, bas
Pour ne guère donner, ma soeur, il faut nier.BÉLISE
Ce bruit est faux.ARAMINTE
Très faux.VALÈRE
Vous ne les avez pointARAMINTE
J'en ai plus de cinquante.VALÈRE
Non.BÉLISE
Nous les avons.ISABELLE
Non.ARAMINTE
La dispute est plaisante. Je crois que nous savons notre âge mieux que vous. Il raille, et les billets, ma soeur, qu'il a de nous, Ne valent rien, mais rien, c'est en vain qu'il espère.BÉLISE
Ils ne valent rien : mais Isabelle et Valère, Ma soeur, ont l'un pour l'autre une tendre, amitié ; Leurs légitimes feux enfin me font pitié : Peuvent-ils, comme nous, haïr le mariage ? Non, il faudrait leur faire un petit avantage : Ils m'attendrissent.ARAMINTE
Oui, nous nous attendrissons.ARAMINTE
Oui, c'est ce qu'on peut faire.BÉLISE
Comment ?ISABELLE
Rien ne presse en effet.ARAMINTE
Profitez, du moment.VALÈRE
Nous vous laissons.GÉRONTE
Oui, cela nous suffit.VALÈRE
Voyons si par hasard je n'aurai point aussi Vos billets ; oui vraiment, je crois que les voici.VALÈRE
Voyez.BÉLISE
C'est mon billet.ARAMINTE
Voilà ma signature.GÉRONTE
Je vous unis tous deux.VALÈRE
Quel bonheur !ISABELLE
Je respire.SCÈNE XII. Bélise, Araminte, Valère, Géronte, Isabelle, Frontin.
FRONTIN, en habit et en manteau de valet
Nos amants sont contents. Il faut nous divertir.BÉLISE
Ah ! C'est le sénéchal ; quel est donc ce mystère ? Pourquoi n'avez-vous pas votre habit ordinaire.ARAMINTE
Il est folâtre.BÉLISE
Mais, sénéchal...BÉLISE
Est-il devenu fou ?FRONTIN
Oui, j'ai par complaisance, Pour plaire à la cadette, et folâtre et vif, Et pour plaire à l'aînée été rébarbatif. Mais ne pouvant en moi doubler que l'apparence, Ne pouvant être qu'un, je dois en conscience, Avouer que Frontin n'est ni Clique, ni Groux.BÉLISE
Quoi !ARAMINTE
Comment !VALÈRE
C'est Frontin lui-même.BÉLISE
Où sommes-nous ?ARAMINTE
Un valet !BÉLISE
Un valet !BÉLISE
Ah, ma soeur !503 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0