Comédie en vers· Comédie en Trois Actes
Le Mariage Fait et Rompu
Représentée pour la première fois par les comédiens Italiens du Roi, dans leur hôtel de Bourgogne, Représentée pour la première fois, le 14 février 1721.
Personnages
- LE PRÉSIDENT
- LA PRÉSIDENTE, sa femme
- LA TANTE, soeur du Président
- LA VEUVE, nièce de la Tante
- VALÈRE, amant de la Veuve
- LIGOURNOIS, frère de la Présidente
- L'HÔTESSE, l'Hôtesse
- LE FAUX DAMIS
- GLACIGNAC
- UN NOTAIRE
ACTE I.
SCÈNE I.
VALÈRE
Quelle nouvelle, ô Ciel ! Quel affreux contretemps ! Quand mon amour se flatte, en arrivant j'apprends, Que l'adorable veuve ici se remarie, Que ses noces se font dans cette hôtellerie ! Que deviendrai-je ?... Où vais-je ? Ah ! J'ai l'esprit troublé. Mon mariage à moi, dont j'étais accablé, Se rompt ; j'accours ; je crois qu'il sera temps encore ; Je viens me déclarer à celle que j'adore. J'eusse fait consentir sa tante et son tuteur : Mais ce contrat signé m'accable de douleur.SCÈNE II. Valère, L'Hôtesse.
L'HÔTESSE, à la Cantonade
Attendez-moi tous là ; je vous donne audience, Après quelqu'un par où je veux qu'elle commence.À Valère.
Ah ! C'est vous que je cherche, aimable cavalier, Et c'est vous que je veux servir tout le premier ; Venez, monsieur, venez, je vous traite à merveille ; Par excellence on dit l'hôtesse de Marseille, Hôtesse jeune et sage ; oiseau rare, ma foi : Oui, par mer et par terre on vient loger chez moi : J'y régale par tête, et l'Asie, et l'Afrique ; L'Europe y vient aussi boire avec l'Amérique. Mon vin a la vertu d'assortir les humeurs, D'accorder les esprits, de rapprocher les moeurs ; De trente nations il n'en fait qu'une à table. Je vous donne d'abord une chambre agréable, Monsieur, et d'où l'on voit les rochers et la mer, Très bonne pour rêver ; et vous m'avez tout l'air D'aimer un peu la douce et tendre rêverie ; C'est la plus belle, enfin, de mon hôtellerie. La voulez-vous ?Parler à la cantonade : parler à un personnage qui n'est pas en scène. [L]
VALÈRE, en rêvant
Est-il rien plus cruel ? Non....L'HÔTESSE
Non ? Il faut vous en donner une dont le balcon Est vis-à-vis celui d'une jeune personne...VALÈRE
Non, jamais...L'HÔTESSE
Non encor ? Que faut-il qu'on vous donne ? Car celle auprès de qui je voudrais vous loger, Viendrait sur son balcon se plaindre, s'affliger ; Vous la consoleriez. C'est une jeune veuve.VALÈRE
Veuve ?L'HÔTESSE
Oui, mais veuve jeune, et comme toute neuve, Veuve, qui va mourir aujourd'hui de chagrin. Un sot époux pourtant l'embarquera demain ; Car il veut l'embarquer morte ou vive.L'HÔTESSE
Mais s'il vous intéresse, Je le continuerai. De loin je vous ai vu Vous désoler avec la tante, et j'ai connu Par l'air, dont vous fuyait la nièce effarouchée, Qu'en vous fuyant, de fuir elle était bien fâchée. Et vous, qui l'autre jour vîntes loger ici, De repartir pour Aix vous fûtes triste aussi. Troubles, soupirs, mettons ces indices ensemble ; Aimeriez-vous un peu cette veuve ? J'en tremble. Elle est remariée à si peu que rien près. Si l'on pouvait, monsieur, adoucir vos regrets ; Car enfin, que sait-on ? Du moins je suis discrète. Puisque j'ai deviné, la confidence est faite. N'hésitez plus, monsieur, car pour vous parler net, L'aimable veuve m'a confié son secret.VALÈRE
Elle t'a confié....L'HÔTESSE
Non pas qu'elle vous aime ; Je vois qu'elle le cache avec un soin extrême : Mais par l'excès d'horreur qu'elle a pour son époux, J'ai conclu qu'elle avait un amant. Est-ce vous ?L'HÔTESSE
Pour ce sot époux, oui ; je la vis à la gêne. Trembler, pâlir, frémir, en signant le contrat ; Je la surpris après dans un cruel état ; Maudissant son mari tout haut, (cela soulage ;) De lui, plus qu'elle encore, aussitôt je dis rage : C'était le seul moyen d'adoucir ses douleurs. Lors, moitié par pitié de la voir fondre en pleurs, Moitié par intérêt (car elle est libérale) Je fis d'abord une offre étonnante et brutale : Voulez-vous que demain je rompe ce contrat, Lui dis-je ?VALÈRE
Quoi ! Tu peux ? Je suis dans un état, Où l'indiscrétion doit être pardonnable. Si tu peux délivrer cette veuve adorable Du mariage affreux qui fait mon désespoir, Je n'épargnerai rien.L'HÔTESSE
J'espère que ce soir...VALÈRE
Ce soir qu'espères-tu ?VALÈRE
Que leur as-tu promis ?L'HÔTESSE
Point d'explication. Elles ont cependant de la discrétion Beaucoup toutes deux ; mais à deux femmes discrètes L'on ne doit confier que des affaires faites.VALÈRE
Mais l'hôtesse ?...L'HÔTESSE
Non.VALÈRE
Mais...L'HÔTESSE
Curiosité vaine ! De me questionner ne prenez pas la peine. Quand ce secret pourrait vous être confié, Il ne vous convient pas d'en être de moitié ; Un homme comme vous en s'intriguant déroge ; En m'intriguant bien, moi, je mérite un éloge.VALÈRE
Tu me fermes la bouche ; apprends-moi seulement Qui peut avoir conclu ceci si promptement ; Car je n'en sais encore aucune circonstance.L'HÔTESSE
Celui qui règle tout, est homme d'importance, Homme d'un grand crédit ; c'est un Président d'Aix, Mais un Président fait comme ils ne sont plus faits Morgue de magistrat, rébarbatif, sévère, Qui ne dément jamais son grave caractère, Et régulier.... Je fus bien étonnée un soir, De le voir arriver en poste en manteau noir. Le fat ! Pardon du mot, mais je suis en colère De la fatuité qu'il a dans cette affaire, Comme en toute autre : un air, un ton d'autorité, Avec une faiblesse, une timidité ; Lorsque voulant sur tout présider, il décide, Sa prude Présidente en secret le préside. C'est par elle qu'il fait ce mariage-ci. Il domine partout, hors chez lui. C'est ainsi Que, tout homme qui prend une prude pour femme, Devient un sot monsieur, gouverné par madame.VALÈRE
Et voilà l'ascendant qui nous perd aujourd'hui : Comme il l'a sur sa soeur, sa femme l'a sur lui.L'HÔTESSE
Justement. Pour finir hier ce mariage, Ce Président tenait à sa femme un langage Marital, mais pourtant poliment absolu ; Car il ne veut jamais qu'après qu'elle a voulu. Elle, de son coté, veut avec politesse ; C'est par soumission qu'elle se rend maîtresse, Sitôt qu'elle lui fait humblement entrevoir Qu'elle voudrait, d'abord c'est lui qui croit vouloir.VALÈRE
Ah ! Je vois à présent le noeud de cette affaire : La Présidente aura ménagé pour son frère La pupille et les biens.L'HÔTESSE
D'accord ; c'est là-dessus Que je ferai trembler... Je n'en dirai pas plus. Sur un seul point fondant le projet que je tente, Je ferai déguerpir, morbleu, la Présidente. Le Président révère en elle la vertu. À quarante ans, dit-il, en avoir toujours eu ! Sa vertu cependant est bien plus jeune qu'elle.Morbleu : Sorte de jurement en usage même parmi les gens de bon ton. [L]
SCÈNE III. La Tante, L'Hôtesse, Valère.
LA TANTE
Vous causez à ma nièce une peine cruelle, Valère, éloignez-vous. Je vous l'ai déjà dit, Ni la discrétion, ni la force d'esprit Ne pourraient empêcher votre amour de paraître.VALÈRE
D'accord. De ma douleur je ne suis pas le maître, Et dans mon désespoir, je les brusquerais tous. Que je vous veux de mal, à vous, madame, à vous, D'avoir consenti...L'HÔTESSE
À ne m'expliquer point, vous dis-je, on m'a contrainte. Mais séparons-nous, car je suis toujours en crainte. Çà, jusqu'à nouvel ordre, il faut premièrementÀ Valère.
Que vous entriez, vous, dans cet appartement.VALÈRE
Je vais m'y désoler.SCÈNE IV. La Tante, L'Hôtesse.
LA TANTE
Que je serai contente Si tu peux me venger de notre Présidente ! Qu'elle serait confuse en cette occasion ! Sans blâme on peut jouir de sa confusion ; Elle est vindicative, injuste, méprisante, Hypocrite, sans foi.L'HÔTESSE
Fière, prude et pédante ; J'achève le portrait, joignons-y la fadeur ; C'est elle-même.Elle s'en va.
SCÈNE V. La Tante, la Veuve.
LA TANTE
Qu'est-ce donc ?LA VEUVE
Ma tante...LA TANTE
Explique-toi.LA TANTE
Tu te flattes trop tôt.LA VEUVE
Non, non.LA VEUVE
Non ; ma joie est sensée, et mes transports redoublent : Car c'est un homme sage, et sensé qui le dit, Monsieur de Glacignac.LA TANTE
Oui, c'est un bon esprit.LA VEUVE
Ce parent au notaire a dit en ma présence, Mais d'un sang-froid qui marque une pleine assurance, Le notaire lui-même a parti confondu : Oui, disait Glacignac, mariage rompu.LA TANTE
Tu te flattes, ma nièce, et Glacignac se trompe. Non, il ne se peut pas qu'un tel contrat se rompe. Mon frère et le notaire, habiles gens tous deux...LA TANTE
Tu dis une chimère.SCÈNE VI. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve.
LA PRÉSIDENTE, à la cantonade
Monsieur le Président me cherche, attendez tous.Au Président.
Ici, Président.LE PRÉSIDENT
Ah ! Présidente, c'est vous ?LE PRÉSIDENT
Non, jamais, Présidente.LA PRÉSIDENTE
L'on a toujours raison quand on pense après vous. On doit étudier les désirs d'un époux. Jeune épouse, apprenez que dans la moindre idée Il faut par un époux être toujours guidée. Mon exemple en cela vous est d'un grand secours.LE PRÉSIDENT
En cela comme en tout.LE PRÉSIDENT
La femme à son mari doit respect la première, Comme au chef ; mais respect qui doit être rendu. Oui, je respecte en vous et prudence et vertu.LA PRÉSIDENTE
Respecter, c'est trop dire. Aimez-la.LA PRÉSIDENTE
C'est le mot. Je le répète encore ; Jeune épouse, il faut vivre avecque votre époux, Comme monsieur et moi nous vivons entre nous : Ne le jamais quitter il vous mène à Ligourne,LA VEUVE
Non, je reste à Marseille où ma tante séjourne ; C'est une complaisance au moins que je lui dois Pour toutes les bontés qu'elle eut toujours pour moi. J'y reste quelques jours.LA TANTE
Quelques jours, rien ne presse ; Encore faut-il bien qu'elle se reconnaisse. À peine est-elle encor mariée.LA PRÉSIDENTE, au président
Est-il vrai ? Croirai-je qu'on propose un blâmable délai, Quand le devoir... Au fond je ne suis point gênante ; Mais pour suivre un mari, l'on doit quitter sa tante. Je ne l'exige point... et monsieur sait fort bien Que je n'ai ni désir, ni volonté sur rien.LE PRÉSIDENT, d'un ton d'autorité
Il est vrai ; mais c'est moi, moi, qui veux qu'elle suive...LA PRÉSIDENTE
Monsieur veut.LE PRÉSIDENT
Oui, je veux.LA PRÉSIDENTE
Volonté décisive.LA TANTE
Mais il faut voir...LE PRÉSIDENT
Ma soeur, l'arrêt est prononcé.LA VEUVE
Il faut attendre.LA PRÉSIDENTE
Au fond, j'ai toujours bien pensé, Que vous n'auriez jamais une vive tendresse Pour mon frère. Il n'est pas d'une extrême jeunesse ; Mais c'est ce qui convient. Il est d'âge à former Ces noeuds où l'on ne peut trouver rien à blâmer : Car il faut qu'une veuve épouse un homme d'âge, Homme, qui justifie un second mariage, En ôtant tout soupçon qu'un amour excessif D'un second mariage ait été le motif.SCÈNE VII. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve, Ligournois.
LIGOURNOIS
Oh ! Je viens d'inventer un souper de génie, Un repas pour la noce, où la cérémonie Soit joyeuse malgré le cérémonial. Ma soeur la Présidente en veut : cela fait mal. Dans un bon repas ; mais, comme j'ai de la tête, J'ai mêlé tout ensemble, au festin qu'on apprête, Et du grave et du gai.LA TANTE, bas
Le sot !LIGOURNOIS
Oh ! Ne voilà-t-il pas ! Vous allez tout gâter par votre modestie. J'y voulais du galant, c'est votre antipathie, Ma soeur, car vous voulez par vertu de l'ennui.LIGOURNOIS
Oh ! Point ; c'est toujours tout de même. Mais c'est que le transport de mon amour extrême Me trouble en m'animant.LIGOURNOIS
Quand on est possesseur...LA PRÉSIDENTE
Mais soyez donc plus sage : Ces folâtres discours ne sont plus de votre âge. Mêlez à votre joie un peu plus de raison ; Sous le nom d'amitié, fruit d'arrière-saison, Il faut masquer l'amour, en jouir, et se taire.LIGOURNOIS
Je fais l'amour tout haut.LA PRÉSIDENTE
Que nous veut le notaire ?SCÈNE VIII. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve, Ligournois, Le Notaire.
LE NOTAIRE en colère
On vient de m'excéder, je n'y puis plus tenir : Ces manques de respect se devraient bien punir. On en manque pour vous, pour votre caractère, Monsieur, et pour le mien. Corriger un Notaire, Et vouloir réformer un contrat fait par moi, Qui par la forme sait régler, fixer la loi ! On dit notre contrat fautif, nul, invalide.LE PRÉSIDENT
Qui dit cela ?LA PRÉSIDENTE
Quoi ?LIGOURNOIS
Qu'est-ce ?LE NOTAIRE
Un homme qui décide, Qui croit qu'un oui, qu'un non froidement prononcé, Que parler peu, suffit pour être bien sensé : Qui croit, en dédaignant ma féconde science, Arrêter d'un seul mot un torrent d'éloquence : C'est un Gascon nommé Glacignac.LA VEUVE à part
Écoutons.LA TANTE, à la veuve
C'est donc là la rupture ?LA VEUVE, à la tante
Oui, sur quoi nous comptons.LE PRÉSIDENT
Ce Glacignac, toujours zélé pour sa parente, Disputait l'autre jour pour la clause importante, Pour la dot ; mais nous tous l'emportâmes sur lui.Il tire un portefeuille.
Je l'ai mise en billets que je livre aujourd'hui, Même dès à présent ; la voilà toute prête.LA PRÉSIDENTE
Eh ! Ce n'est pas cela, monsieur, qui nous arrête.SCÈNE IX. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve, Ligournois, Le Notaire, Glacignac vient les saluer tous froidement sans rien dire.
LE NOTAIRE
Ah ! Nous allons donc voir ici ces nullités ; S'il en connaît quelqu'une, au moins qu'il la désigne.LA PRÉSIDENTE
C'est que comme parent il veut signer.LA PRÉSIDENTE
Qu'on les écoute, mais qu'ils ne soient pas suivis.LE PRÉSIDENT
Qu'est-ce à dire, monsieur ? J'apprends par le notaire, Qu'au contrat vous trouvez quelque article à refaire ?GLACIGNAC, froidement
Peu dé chose.LE PRÉSIDENT
Voyons ce qui vous a choqué.GLACIGNAC
Très peu dé chose.LE PRÉSIDENT
Si ce n'est que cela...GLACIGNAC
Cette erreur Du contrat cépendant altèré la valeur. Vous qualifiez là cette épousé dé veuve, Dé veuve ! Et vous n'avez nullé certainé preuve Que son mari soit mort. Eh donc ! C'est sans raison, Faussement, qué dé veuve on lui donne lé nom. C'est uné bagatelle, un rien, uné vétille ; On pourrait, corrigeant ce mot par apostille, Mettre ici, veuvé, dont lé mari n'est pas mort.Apostille : Annotation ou renvoi qu'on fait à la marge d'un écrit pour y ajouter quelque chose qui manque dans le texte, ou pour l'esclaircir et l'interpreter. [F]
LE PRÉSIDENT
Qu'est-ce à dire ?LIGOURNOIS
Est-il ivre ?LE PRÉSIDENT
Est-il fou ?LA VEUVE
Que dit-il donc, ma tante ?LA TANTE
Je n'y comprends rien...LIGOURNOIS, rit
De rire son sang-froid, ah, ah, me donne envie. Croire vivant un mort au récit d'un gascon !GLACIGNAC
Jé parle vrai.LA VEUVE
Qu'entends-je ?GLACIGNAC
Damis est débarqué.LE NOTAIRE
Le cas serait étrange.LE PRÉSIDENT
Mais vous nous annoncez cela tranquillement.GLACIGNAC
Et pourquoi voulez-vous que jé mé passionne ! Sais-je pour ces époux si la nouvelle est bonne, Mauvaise, indifférente, et s'ils s'aiment, ou non ? Eh donc ! Température est ici dé saison ; Or je débarquais, moi, j'étais sur lé rivage, Je venais pour signer à votré mariage. À l'oreille jé sens murmurer un bruit sourd, Bruit qui dévient bruyant à mésuré qu'il court. Damis, Damis, Damis ; dit-on, dé bouche en bouche ; Damis rejoindra donc sa compagne de couche ? Dans Marseillé Damis était connu très fort, Pour lé voir débarquer chacun court sur lé port.LA PRÉSIDENTE
Quoi ! Damis est ici ?GLACIGNAC
Révivant en personne ; En lé voyant révivre, on s'émeut, on s'étonne : Moi qui crois tout possible, et né m'émeus dé rien, J'ai dit ; c'est lé cousis, il vit, jé lé veux bien.Cousis : mot utilisé par le gascon pour cousin.
LE PRÉSIDENT
Mais il faut s'assurer d'une telle nouvelle.SCÈNE X. La Présidente, La Tante, La Veuve, Ligournois, Glacignac.
LA VEUVE
Je ne puis revenir du coup.SCÈNE XI. La Présidente, Ligournois, Glacignac.
GLACIGNAC
Oui.LA PRÉSIDENTE
Voyez-le, de grâce. Vous étiez, m'a-t-on dit, de ses meilleurs amis. Il ne convient qu'à vous de parler à Damis ; Faites-lui pour nous tous excuse.GLACIGNAC
Oui-da, madame.Da : Interjection qui sert à augmenter l'affirmation ou la dénégation : c'est un terme populaire. [F]
SCÈNE XII.
LA PRÉSIDENTE, seule
Pour ne rien laisser voir de mon trouble secret, Que je me suis contrainte ! Étrange conjoncture ! Mon scélérat amant, mon traître, mon parjure, Ce Damis n'est pas mort ! Fuyons-le promptement, Je serais exposée à son ressentiment. Il saurait que c'est moi qui livrais à mon frère, Et sa femme, et ses biens. Ô Ciel ! Dans sa colère, Ce brutal me perdrait d'honneur : du moins je puis, En ne le voyant pas, lui cacher qui je suis. Il ne peut pas savoir que je suis Présidente. Hélas ! Quand je l'aimai j'étais bien différente De ce que je suis ; mais au plus vite partons. Que j'ai bien fait d'avoir pris parfois de faux noms ! Mon histoire ne peut avoir été suivie. Heureux qui peut cacher la moitié de sa vie, Pour se faire par l'autre un renom de vertu ! C'est dans tout âge avoir très sensément vécu.ACTE II
SCÈNE I. Valère, L'Hôtesse.
VALÈRE
Ah ! Quel coup !L'HÔTESSE
Je viens rire d'abord, Car j'ai le temps de rire un peu de votre trouble ; Et dans ce salon-ci j'attends ce mari double, J'entends qui vient doubler ce Ligournois fâcheux : Un mari c'était peu pour vous, en voilà deux ; Un amant tel que vous triompherait de trente.L'HÔTESSE
Je plaisante.VALÈRE
Vient-il ?L'HÔTESSE
Non pas encor, monsieur ; sans plaisanter, À ce mari d'abord je vais vous présenter. Je lui dirai, voilà l'amant de votre femme : De votre main, monsieur, présentez-le à madame. C'est la règle à présent.VALÈRE
La tête t'a tourné.L'HÔTESSE
Discours très raisonnables. Je vous explique ici très sérieusement Ce que ce mari fait pour vous en ce moment. Sur ce mari pour vous tout mon espoir se fonde ; Il revit, il revient exprès de l'autre monde, Pour ôter à sa femme un sot mari qu'elle a, Et pour vous la donner ensuite il remourra. N'est-il pas bien honnête ?VALÈRE
À cette énigme obscure Je ne comprends rien ; mais par ta gaîté j'augure... J'augure bien, je crois ; mais que croire ? On me dit, Qu'en public ce Damis...L'HÔTESSE
C'est par moi qu'il revit.VALÈRE
Quoi ? Comment ?...L'HÔTESSE
Ce mari n'est qu'un mari postiche. L'image du défunt, qu'en public, moi j'affiche ; Un faux Damis enfin. Voilà ce grand secret. La veuve est scrupuleuse, et vous, vif, indiscret ; Je vous avais caché l'époux que je suppose.L'HÔTESSE
Non, qu'à l'autre j'oppose. L'énigme est éclairci. Ce n'est qu'un frère à moi. Voyons ; j'entends qu'il fait merveille, je le vois.Enigme : Définition de choses en termes obscurs, mais qui, tous réunis, désignent exclusivement leur objet et sont donnés à deviner. [L]
SCÈNE II. Valère, L'Hôtesse, Le Faux Damis.
DAMIS une bourse à la main, qui donne de l'argent
Vous m'étouffez, messieurs, et votre accueil affable, Votre zèle, morbleu, me ruine et m'accable. Vous criez en chorus, Damis, Damis, Damis, Mon nom me coûte cher : tenez, mes bons amis, Allez tous en buvant raconter mon histoire, Et laissez-moi du moins me reposer et boire. Vous me regrettiez mort, je l'avais mérité : Que c'est un grand plaisir de mourir regretté ! Mais pour le bien goûter il faut, ma foi, revivre ; M'imite qui pourra, l'exemple est bon à suivre.L'HÔTESSE
Ma lettre ne t'a point parlé de cet amant ? C'est un amant secret de la charmante veuve, Surcroît de gain pour toi.VALÈRE
Prends ces cent louis, mais vite, rassure-moi : Comment te prennent-ils pour Damis ? Et pourquoi...DAMIS
Je suspends les transports de ma reconnaissance. Apprenez qu'il ne fut jamais de ressemblance Telle qu'entre Damis et moi : Caille jamais, Ni Martin-Guerre n'ont vu leurs vivants portraits Mieux que Damis ne vit le sien dans ma figure. Cela nous fit amis, compagnons d'aventure ; Et là-dessus ma soeur a formé son projet : Par sa lettre de tout, elle m'a mis au fait. À Toulon je me donne à quelques gens de marque Pour Damis ; sous son nom avec eux je m'embarque : Le vaisseau s'est trouvé plein de ces fainéants, De ces marins oisifs que l'ennui rend friands D'entendre raconter, par conséquent de croire ; Sur leur crédulité je fonde mon histoire. La pitié se saisit de leurs affections : Et par le merveilleux de mes narrations, Leur faisant admirer mes fausses aventures, De tous mes auditeurs je fais des créatures. Nous abordons enfin, et je sors le dernier Du vaisseau, dont chacun veut sortir le premier Pour conter au public mes fables sans pareilles. Mon Journal se grossit de cent et cent merveilles. Ces zélés narrateurs ont déjà tant conté, Raconté, rajusté, corrigé, commenté, Qu'étant tous à présent auteurs de mon histoire, Ils vont avoir aussi tous à la faire croire Presque autant d'intérêt et déplaisir que moi.VALÈRE
J'écoute, et j'admire.L'HÔTESSE
Au port, te voilà donc rendu ?DAMIS
Oui, pour Damis j'arrive ici tout reconnu. Voyant tout disposé pour ma brillante entrée, Car les gens du vaisseau l'avaient bien préparée, Je descends et je cours vers les plus empressés, Car ordinairement ce sont les moins sensés. Sur l'épaule de l'un frappant d'un air affable, Au bourgeois caressé je fais croire ma fable ; Certain cabaretier ne me reconnaît pas. Ce n'est point lui, dit-il, parlant à demi-bas, Et chez moi le défunt très souvent venait boire. Je cours à lui craignant l'effet de sa mémoire. Ah ! Cher ami, chez toi le bon vin que j'ai bu ! Je crois t'en redevoir encore quelque écu. L'espoir d'un peu d'argent, joint à la ressemblance, S'est emparé d'abord de sa réminiscence. Un autre devenu créancier à l'instant, Me reconnaît aussi pour en avoir autant ; Certain Gascon m'observe et me tient en brassière, Je le voyais tout prêt à me rompre en visière : Venez dîner chez moi, mon cher, n'y manquez pas. Oui, Cousis, m'a-t-il dit, j'accepté lé repas. Un faux brave a paru, j'ai juré qu'à la guerre Je l'avais vu, morbleu, plus craint que le tonnerre. Ainsi, pour peu qu'on soit libéral et flatteur, Du crédule public on sait gagner le coeur.L'HÔTESSE
Oui ; mais je vois qu'ici ce public entre en foule. Ton apparition sur quoi ton projet roule, À fait croire Damis vivant, c'était ton but ; Mais s'il fallait qu'enfin quelqu'un te reconnût, Te soupçonnât, ceci pourrait changer de face : Ne t'expose donc plus à cette populace. Pour revoir ce Damis ils veulent tous entrer, Allons adroitement les faire retirer.À Valère.
Venez.À Damis.
Toi, reste là, je reviendrai te joindre.DAMIS
Pas la moindre.L'HÔTESSE
Tu sais ton rôle ?L'HÔTESSE, à Valère
Vous, je vais vous instruire un peu plus amplement.L'HÔTESSE
Eh ! Ne crains rien.DAMIS
Va donc dissiper, la cohorte.Cohorte : Corps d'Infanterie parmi les Romains, qui était de cinq cents hommes. [FC]
SCÈNE III. Le Faux Damis, Glacignac.
GLACIGNAC, à part
Ce Damis est un fourbe à coup sûr.DAMIS
Qui vient-là ?GLACIGNAC
Mes yeux dé plus en plus mé confirment qu'il a Lé portrait du défunt calqué sur son visage.DAMIS, à part
Ah ! Ah ! C'est ce Gascon qui criait du rivage : J'accepte le repas. Je tremble cependant, Car on m'a dit qu'il est parent du Président.GLACIGNAC, à Damis
Un cousis que j'avais, en trépassant, jé pense. Vous a par testament légué sa ressemblance.DAMIS
Je croyais être lui.DAMIS
Je devrais l'être au moins, les périlleux voyages, Les corsaires, la mer, les écueils, les naufrages... Mais je suis débarqué sain et sauf, c'est le bon.DAMIS
Oui, j'ai sur l'estomac encore une onde noire ; Pour la faire passer, cher cousin, allons boire, Vous m'avez dit tantôt, j'accepte le repas.DAMIS
Pour de feuDAMIS
J'étais un jour...GLACIGNAC
Non pas.DAMIS
J'allai...GLACIGNAC
Non, non.DAMIS
Comment ?GLACIGNAC
J'étais, j'allai, n'est pas s'exprimer congrûment La façon dé parler, mé semblé, n'est pas bonne : Damis, à votre égard, est la tiercé personne ; Vous dévez dire, vous, il était, il alla, Non pas, j'étais, j'allai ; c'est mal dit qué céla ; Jé né pardonne point les fautés dé grammaire.GLACIGNAC
Prouvez donc gravément qué vous étés Damis. Vous vous souvenez bien qu'il fut dé mes amis, Quoiqué parent ; un jour, vous en souvient sans doute, Il vint chez moi, sa bourse était à vau dé route ; Or devinez combien jé lui prêtai d'argent ?Vau de route (à) : En déroute [SP]
DAMIS
Combien ? Je n'en ai pas le calcul bien présent, Car comme étourdiment j'emprunte, je m'endette, Étourdiment j'oublie, aussi ce qu'on me prête. Mais je me souviens bien que quand je vous hantais Tantôt vous me prêtiez, tantôt je vous prêtais, Et prêterai de plus, je suis toujours le même.GLACIGNAC
Avant que de prêter, il faut rendre.DAMIS
Que j'aime Ces maximes d'honneur, d'exacte probité ! Ma bourse s'ouvre. Eh bien ! Que m'avez-vous prêté ?GLACIGNAC
Cinquante louis d'or neufs.SCÈNE I. Glacignac, Le Faux Damis, Valère, L'Hôtesse.
L'HÔTESSE, courant étourdiment à Damis
Joignons-le. Ah ! Mon frère ! J'accours...GLACIGNAC
Ton frère !VALÈRE, bas à part
Elle nous perd.L'HÔTESSE
Oui, monsieur est mon frère, Frère de lait, s'entend ; tous deux la même mère, Mère nourrice.GLACIGNAC
Eh donc ! La soeur d'un Damis faux ! Immobilés tous deux ! Jé vous fixe en deux mots ; Jé vous pétrifie.DAMIS, d'un air de confiance
Oui.GLACIGNAC, à Valère
Vous vif commé salpêtré, Monsieur, vivacité dont on n'est pas lé maîtré ; Jé vous ai vu tantôt très vif, vu dé mes yeux Parler très vivement à la veuvé ; et tant mieux, Tant mieux, que vous aimiez cette veuvé charmanté. Je vous protégerai contre la présidenté. Liguons-nous pour punir l'injustice qu'elle a. Dépétrifiez-vous, jeune amant, touchez là.VALÈRE
Quel bonheur !GLACIGNAC
Commençons par vous rendre la somme Que j'ai prisé par jeu, pour révirer votre hommé. J'emprunte en badinant, mais jé rends tout dé bon ; Car en ce cas, mon cher, jé né suis point Gascon.DAMIS
L'honnête homme !GLACIGNAC
Soyons amis à touté épreuvé.VALÈRE
De tout mon coeur.SCÈNE V. Le Faux Damis, Valère, L'Hôtesse, La Veuve.
L'HÔTESSE
Non, elle s'en croit deux, deux, qu'en rêvant à vous, Elle donne, je crois, de tout son coeur au diable.LA VEUVE, demi haut
Ce mari qui m'avait trahie en cent façons Il faut donc le revoir ? Il le faut bien, allons....L'HÔTESSE, imitant la voix de la Veuve
Faut-il, quand un mari de l'autre me délivre, Qu'il ne m'en puisse pas délivrer sans revivre ?VALÈRE
Suspendez vos chagrins.LA VEUVE, sans voir Damis
Valère, laissez-moi.Elle aperçoit Damis.
Eh ! Ne voyez-vous pas mon mari ?L'HÔTESSE
Non, ma foi.L'HÔTESSE
À Valère.
Laissez-la dans l'erreur. J'aime à voir que sa femme Nous prouve qu'il pourra tromper nos gens.L'HÔTESSE
On en a plus de plaisir après.LA VEUVE
Quoi ? Qu'entends-je ?LA VEUVE
Ah ! Quelle ressemblance !LA VEUVE
Le même son de voix !L'HÔTESSE
Quelque épouse rusée, Quelque femme de bien à conscience aisée, S'y tromperait exprès pour t'aimer par devoir.VALÈRE
Il est très simple. On va se plaindre, Blâmer le Président, le presser, le contraindre À rendre votre dot, à biffer le contrat : Par avance je viens d'intimider ce fat.DAMIS
Oubliez-vous déjà qu'à Damis je ressemble ? Apprenez que d'ailleurs j'ai su tous ses secrets. Vous voyez son esprit en moi, comme ses traits. Je fus pendant deux ans son ami de voyage. Lorsqu'il s'embarqua même au temps qu'il fit naufrage, Il me laissa gardien d'un nombre de papiers, Contrats, titres, journaux, modestes sottisiers, Libelles médisants, surtout contre ses proches, Contrat de mariage ; enfin j'ai plein mes poches De tout ce que j'ai cru me devoir au besoin Servir à tout venant de preuve, et de témoin : Je ferais son histoire à sa famille en face ; Et l'histoire en défaut, le roman la remplace. Si Damis, en un mot, revenait aujourd'hui, Je lui soutiendrais, moi, morbleu, que je suis lui.Libelle : Ecrit qui contient des injures, des reproches, des accusations contre l'honneur et la réputation de quelqu'un. [F]
SCÈNE VI. Le Faux Damis, L'Hôtesse, La Veuve, Le Président, Valère.
DAMIS, bas
Tenez bon.Il hausse la voix.
Hé ! Ne tient-il, morbleu, qu'à demander pardon, Quand d'infidélité vous êtes convaincue ? Redoutez ma fureur.L'HÔTESSE, bas, à la veuve
Fort bien, fort bien ! Ma foi Riposter prestement, c'est un talent femelle.VALÈRE, au Président
N'avancez pas, laissons passer cette fureur.DAMIS
Ce Président rend donc public mon déshonneur ? J'entends le vaudeville, et tout Marseille crie : Tu sois le bienvenu, ta femme se marie. Ventrebleu !Ventrebleu : Espèce de juron euphémique pour ventre de Dieu. [L]
LE PRÉSIDENT
Toujours mauvais plaisant, voilà son caractère.LA VEUVE
Je n'y puis plus tenir.DAMIS
Me voilà demi veuf.SCÈNE VII. Le Faux Damis, Le Président, Valère.
VALÈRE
Je vous laisse.LE PRÉSIDENT
Ah ! Ne me quittez pas.DAMIS, se radoucissant et ôtant son chapeau
N'ayez pas peur, monsieur ; j'ai pour les magistrats Déférence, respect...En colère.
Mais rancune tenante, Car ventrebleu !...LE PRÉSIDENT
Monsieur, en affaire importante, Quoique de conseils, moi, je n'aie pas besoin, En décidant j'admets un ami pour témoin.DAMIS
Pour juge même, soit ; j'aime un juge d'épée, Il expédie en bref : au fait, dot usurpée...Il tire un contrat.
Contrat de mariage en main... mari très prompt. Lisez... comptons... rendez... reste à venger l'affront.VALÈRE
Il n'est point question d'affront, ni de vengeance. Monsieur le Président veut ici ma présence, Pour n'avoir avec vous nulle discussion : Un mot finira tout sans bruit, sans passion. Monsieur déjà fâché, qu'à tort chacun le blâme De vouloir disposer des biens de votre femme, Veut les rendre.DAMIS, d'un ton doux
Mon courroux Sur ce premier article avec raison s'apaise ;En colère.
Passe pour revenir, et c'est par parenthèse Que j'accepte votre offre, et que je suis content : J'interromps mon courroux, monsieur le Président, Par raison, par égards pour votre caractère : Mais, morbleu, je reprends le fil de ma colère, En pensant qu'il existe un diffamant contrat ; Chacun l'a vu signer, ma honte a fait éclat. Au gré de l'offensé, l'offense se répare ; Chacun a là-dessus son faible ; moi bizarre, Délicat sur l'affront, pour le laver, je veux Lacérer en public ce contrat scandaleux.VALÈRE
Il est vrai, caprice ridicule.Au Président.
Vous lui devez pourtant ce bizarre plaisir ; Vous aviez un peu tort.LE PRÉSIDENT
Contentons son désir. C'est minutie au fond qui m'est indifférente. À l'égard de la dot, je la livre à la tante, Et non pas à vous ; car par mon autorité, Pour mettre les débris des biens en sûreté, Je vous fis séparer.DAMIS
Séparer ! Autre injure Qu'on me fit, moi parti, mais par chicane pure. Est-ce que l'on sépare un mari par défaut ? À certains magistrats... oui, c'est là ce qu'il faut ; Ils savent, profitant de ce qui nous afflige, Mettre, ainsi que nos biens, nos femmes en litige.VALÈRE, au Président
C'est un reste de fiel, excusez.DAMIS
Notre dot, Du moins, si je mourrais, n'ira plus à ce sot, Frère de votre femme : avec horreur je pense Qu'il puisse avoir par vous ma femme en survivance.SCÈNE VIII.
SCÈNE IX. Le Président, La Présidente.
LA PRÉSIDENTE, à part
Il faut approfondir un peu ce que je vois.Au Président.
Je vous cherche partout.LE PRÉSIDENT
Je vous cherche de même.LA PRÉSIDENTE
Je n'ai point respiré depuis le trouble extrême Que m'a causé tantôt ce grand événement. Enfin j'ai réfléchi de sang-froid, mûrement ; Mais qu'a produit la peur que vous a fait Valère ?LE PRÉSIDENT
J'ai sans m'intimider, en traitant cette affaire, Gardé le décorum, et parlé hautement. Je vais livrer la dot à la tante.Décorum : Mot Latin devenu Français, qui se dit en cette phrase proverbiale : Garder le decorum, pour dire, Observer toutes les lois de la bienséance. [F]
LA PRÉSIDENTE
Comment ?LE PRÉSIDENT
Je crois avoir bien fait, parlez.LA PRÉSIDENTE
Je me tais.LA PRÉSIDENTE
Suspendez...LA PRÉSIDENTE
Pour approfondir un doute.LE PRÉSIDENT
Ce doute m'est venu : parlez, je vous écoute.LA PRÉSIDENTE
Il faut dissimuler, l'affaire est délicate.LA PRÉSIDENTE
Pour approfondir mieux Des faits, qui là-dessus m'ont fait ouvrir les yeux ; Laissez-moi seule agir sur ce que je soupçonne.LE PRÉSIDENT
Oui, ma femme, agissez seule, je vous l'ordonne.SCÈNE X.
LA PRÉSIDENTE, seule
Je joue ici gros jeu ; car si c'est ce Damis, Qui devint le plus grand de tous mes ennemis, Après avoir été sa trop crédule amante, S'il savait que c'est moi qui suis la Présidente, Il me perdrait d'honneur, pour se venger de moi... Le parti que je prends est le plus sûr, je crois. Sous un nom étranger à Damis annoncée, Je pourrai m'éclaircir, le voir coiffe baissée ; Si c'est lui, livrons tout, il n'y faut plus songer ; Et si ce n'est pas lui, j'éclate sans danger.ACTE III
SCÈNE I.
LE FAUX DAMIS, seul
On ne vient point finir, ce contretemps m'étonne. Me soupçonnerait-on ? Pour peu qu'on me soupçonne, Ma foi, pour esquiver, regagnons notre esquif ; Ravoir la dot pourtant, c'est le point décisif ; S'ils me vont disputer mon nom, ferai-je face ?, Voyons ; car j'ai tantôt gagné la populace ; Mais au moindre revers je ne m'y fierais plus. La faveur populaire est un flux et reflux, Tantôt blâme excessif, tantôt louange outrée. À Damis avec joie ils ont fait une entrée ; Avec joie ils verraient leur Damis au carcan.SCÈNE II. La Présidente, Le Faux Damis.
LA PRÉSIDENTE, seule
Il me paraît Damis, mais assurons-nous-en ; Pour l'observer de près, et n'être point connue, Parlons-lui coiffe basse.DAMIS
Oui, cette dot reçue,Apercevant la Présidente.
Je disparaîtrais... Mais on m'examine fort. Que me veut cette femme ? Évitons son abord. Mais je ne puis rentrer, elle barre la porte.LA PRÉSIDENTE, à part
Ce n'est pas lui.LA PRÉSIDENTE
Répondez-moi d'abord.LA PRÉSIDENTE
Répondez-moi, monsieur, d'abord sur quelques faits ;DAMIS
Dites-moi si...LA PRÉSIDENTE
Parler tous deux, c'est se confondre ; Tous deux questionner, au lieu de se répondre. Je veux sur une affaire un éclaircissement ; Écoutez-moi, je vais m'énoncer clairement.LA PRÉSIDENTE
Par politesse au moins, d'abord une réponse.DAMIS
Sachons....LA PRÉSIDENTE
C'est éluder un peu grossièrement.DAMIS
Je n'élude point ; c'est que naturellement En conversation je prends mon avantage. Chacun a pour briller ses talents en partage. Tel, en répondant juste à chaque question, Fait voir modestement son érudition : À bien questionner moi je mets ma science.LA PRÉSIDENTE
N'oser répondre, c'est marquer sa défiance, Ou c'est me mépriser ; car au premier venu Vous contez, racontez ce que vous avez vu En voyageant.DAMIS
D'accord ; mais las de verbiages, Je vais faire imprimer ma vie et mes voyages, Qui se vendront chez Jean Gilles Josse, à Lyon ; Vous pourrez acheter toute l'édition.LA PRÉSIDENTE
En plaisantant ainsi vous croyez m'éconduire : Mais si sur deux points seuls vous ne daignez m'instruire, Je ne vous quitte point, je vous suivrai partout. Je suis femme obstinée, et je vous pousse à bout.DAMIS
S'il s'agit de deux mots, je suis civil, honnête, Et pour les dames j'ai toujours réponse prête.LA PRÉSIDENTE
Répondez donc.LA PRÉSIDENTE
Je voudrais bien savoir de vous....DAMIS
Quoi ?LA PRÉSIDENTE, ôtant sa coiffe
Qui je suis ?LA PRÉSIDENTE
Voyez, examinez, rêvez qui je puis être. Mon autre question, c'est de vous demander Qui vous êtes ?DAMIS
Fort bien. C'est fort bien préluder ! Jamais femme n'a fait questions plus sensées, Plus précises surtout, ni moins embarrassées...LA PRÉSIDENTE
J'y pourrais mettre encor plus de précision. Un seul mot de deux points fait la décision ; Dites-moi qui je suis, je saurai qui vous êtes.DAMIS
Toutes vos questions sont sentences complètes : Vous m'inspirez, madame, une estime pour vous, Un désir de lier connaissance entre nous.LA PRÉSIDENTE
C'est dire, que jamais elle ne fut liée.DAMIS
C'est dire que l'on peut vous avoir oubliée : Je vous remets pourtant, cette bouche, ces yeux... Un certain assemblage, et noble et gracieux... Mais dans trois ou quatre ans j'ai vu dans mes voyages, En femmes seulement, vingt milliers de visages ; Ils sont tous gravés là ; mais quoi ? Vous savez bien Que le plan d'un cerveau n'est pas plus grand que rien. Tous ces portraits y sont peints les uns sur les autres. Tant de traits différents, mêles avec les vôtres, Font un brouillamini que je débrouillerai ; Et tantôt à coup sûr je vous reconnaîtrai. Mais j'ai pour le présent une affaire pressée.Brouillamini : Fig. Brouillement, confusion. [L]
SCÈNE III. Le Faux Damis, Glacignac, L'Hôtesse.
GLACIGNAC
Elle-même.DAMIS
Qu'entends-je ?DAMIS
Sur quoi ?DAMIS
Eh bien ?DAMIS
Parlez donc.L'HÔTESSE
Hâtons-nous.GLACIGNAC
Jé pense et je répense...DAMIS
Ah ! Je tremble.GLACIGNAC
À mon égard je suis tranquille, cé mé semblé ; Au sujet dé Damis, si l'on m'inquiétait, Jé dirais bonnément : j'ai cru qué cé l'était ; Vous né pourriez pas vous, diré, jé croyais l'être.GLACIGNAC
Lisons tranquillement.L'HÔTESSE
Il faut voir. Ce doit être à tous trois notre étude Selon ceux qu'elle aimait, en changeant de pays, Elle changeait d'état, de nom, comme d'habits : En intrigues d'amour, ce fut un vrai Protée.Protée : C'est un nom qu'on donne aux personnes inconstantes, ou trompeuses, qui changent de profession, qui paraissent sous diverses figures, et qui se transforment en mille manières, principalement pour tromper les autres : ce qui est fondé sur une fiction des poètes anciens d'un homme fabuleux qui changeait à tout moment de forme et de figure. [T]
L'HÔTESSE
Moi, je sais quelques faits. Voyons s'ils cadreraient au journal, aux billets. N'y trouverions-nous point une modeste Hortense Qui gagnait tous les coeurs par sa fine innocence, Quand les filles encor plaisaient par la pudeur ?DAMIS
Damis était du goût d'à présent, par malheur ; Sur son journal galant je n'ai point vu d'Hortense.L'HÔTESSE
De ce Protée en fille, autre histoire : en Provence, Sur mer, on lui donnait une fête, un cadeau, Opéra, dieux marins, mascarade sur l'eau ; Elle y faisait Thétis ; il survint un orage ; Tout enfonce, un Triton la prend sur son dos, nage, Et veut, toujours nageant, promesse d'épouser ; Elle était fière ; mais comment le refuser ? Il peut par désespoir se noyer avec elle : J'épouse, sauvez-moi, dit enfin la cruelle. Mariage dans l'eau, qui ne tint pas, dit-on.DAMIS
Je rêve.... Non, Damis ne fut point ce Triton ; Du moins dans son journal je n'en ai point de note.L'HÔTESSE
En Provence autrefois, mascarades champêtres, Nos amants en bergers chantaient au pied des Hêtres, Et Tirsis et Silvie, et Damon et Philis...GLACIGNAC
Jé vois dans cé billet du Damon.L'HÔTESSE
Où ?L'HÔTESSE
Non, voyons l'autre : oui, c'est son écriture aussi ; Car elle a devant moi fait une liste ici Des priés pour la noce.L'HÔTESSE
Dans celle-ci Damon est encore amoureux ; Voyons l'autre. Ah, ma foi ! Damon cesse de l'être ; Parce qu'on l'a rendu trop tôt heureux peut-être. Justement ! On s'en plaint en champêtre jargon,Elle lit.
La fidèle Silvie au volage Damon.Hon ! Hon ! Traître, parjure, tu dis que les bergers délicatement amoureux s'offensent du mot de contrat ; mais ce contrat, ne me le promis-tu pas, lorsque ta délicatesse exigea de la mienne que le don libre de nos coeurs précédât la signature ? Que la signature le suive donc, ingrat ; que Damon et Silvie, après avoir suivi la loi des bergers, subissent enfin la loi du contrat ?
L'HÔTESSE
Voyez là-bas, je l'aperçois.DAMIS
Est-elle seule ?L'HÔTESSE
Oui.DAMIS
Bon. Je risque l'abordage. Faites le guet, pendant que je la contregage.Contregager : Prendre des suretés de quelqu'un, avant que de s'engager avec lui, et de lui accorder ce qu'il demande. [T]
GLACIGNAC
Comptez sur nous.SCÈNE IV. Le Faux Damis, Le Président, La Présidente.
Ces deux derniers dans le fond du Théâtre.
DAMIS
Allons ; mais qui la vient trouver ? Ah ! C'est le Président : morbleu, si je retarde, Il ne sera plus temps peut-être... on me regarde... On vient à moi... risquons. Oui, le mari présent Rendra le coup plus vif, plus fort et plus pressant.LA PRÉSIDENTE
Vous pourriez le punir ; votre justice exacte Cède à votre bonté pour éviter l'éclat ; Mais soyez sûr, monsieur, que c'est un scélérat : Non, ce n'est point Damis, ce n'est qu'un fourbe insigne.DAMIS
Je respecte l'arrêt que madame a donné ; Je me tiens criminel, si je suis condamné Par la plus pénétrante et la plus équitable, Par la plus vertueuse et la plus respectable... En un mot, je souscris à sa décision : Mais la prenant pour juge avec soumission, Je puis, sans l'offenser, récuser sa mémoire. Vous souvient-il d'un fait, (il est à votre gloire) Sur lequel j'ai reçu plusieurs lettres de vous ?LA PRÉSIDENTE
De moi, monsieur ?LA PRÉSIDENTE
Vous avez dites-vous ?...DAMIS
Belles moralités, Lettres de votre main, par où vous m'exhortez À réformer mes moeurs sur quelque bon modèle.Au Président.
Madame... à ses devoirs ne borne point son zèle ; Elle se charge encor de la vertu d'autrui.DAMIS, à part
Bien mieux qu'elle ne croit.LA PRÉSIDENTE, à part
Ouais ! Que voudrait-il dire ?DAMIS
Je ris de souvenir, vous-même en allez rire, Quand je vous aurai dit à quelle occasion Madame m'écrivit une exhortation. En amour j'étais vif, folâtre en mon jeune âge ; Mais à présent... ma foi, je ne suis pas plus sage. J'étais donc scélérat assez passablement ; Ah ! Madame, j'étais un scélérat charmant.Vers elle.
Je devins le Damon... de certaine... Silvie... Nous goûtions les douceurs d'une champêtre vie. Rien que de pastoral dans notre passion ; Toujours traitant l'églogue eu conversation. C'étaient ardents soupirs dans un sombre bocage, De gazouillants ruisseaux, rossignols, doux ramage, Musettes, verts gazons, houlettes, chalumeaux, Bergères et bergers dormant sous les ormeaux, Oubliant leurs moutons épars dans la prairie ; Tendres galimatias, jargon de bergerie, Délicats sentiments, tirant sur la fadeur : En vrai Damon ainsi j'exprimais mon ardeur, Lorsque sur cette intrigue innocente et rustique, Une mère grossière, injuste et politique, Ignorant des bergers la naturelle loi, Voulut mettre un notaire entre Silvie et moi. Mais, comme un franc berger, moi j'envoyai tout paître. Le Président, à la Présidente. Ce récit paraît franc, nous nous trompons peut-être.DAMIS
De Silvie en ce temps prenant les intérêts, Madame m'exhorta par cinq ou six billets... Il donne une lettre à la Présidente. Si malgré celui-ci votre oubli continue, Par d'autres à l'instant vous serez convaincue. J'en puis encor montrer d'autres plus éloquents, Bien plus forts en morale, en un mot convaincants.LE PRÉSIDENT
En morale toujours ma femme sut écrire. Elle a fait des recueils qu'on est charmé de lire. Montrez-moi ce billet.LA PRÉSIDENTE
Je m'en garderai bien,LE PRÉSIDENT
Pourquoi donc ?LA PRÉSIDENTE
Le voilà déchiré.LE PRÉSIDENT
J'eusse été curieux de le voir.DAMIS
J'en ai d'autres, Madame, et j'ai gardé les miens avec les vôtres ; J'ai les brouillons de ceux que je vous écrivais : Tâchant de mériter ceux que je recevais. Je relisais les miens, j'y faisais cent ratures, Pour les faire imprimer avec mes aventures.LA PRÉSIDENTE, au Président
Oui, plus je l'examine avec attention, Plus je vois mon erreur, mon indiscrétion. Que vos traits sont changés ! C'est une chose étrange, Qu'un petit nombre d'ans, hélas si fort nous change.LA PRÉSIDENTE
Par sagesse, monsieur conduisait tout ceci Sans éclat, mieux que moi. J'avais été trop prompte ; Pardon, vous méconnaître ! Ah ! Que j'en ai de honte !LA PRÉSIDENTE, au Président
Obtenez donc de lui qu'il me pardonne ;LA PRÉSIDENTE
Je remets à présent tous ses traits, je dis tous.LE PRÉSIDENT
Moi qui ne l'avais vu que très peu, croiriez-vous Que je retrouve aussi toute sa ressemblance ?LA PRÉSIDENTE
Çà, monsieur, il faut donc pour, réparer l'offense Qu'a pu faire à Damis mon injuste soupçon, Voir ce qu'il veut de nous, et lui faire raison. Par vous tantôt l'affaire était bien décidée : J'admire que toujours votre première idée Est la meilleure ! Car vous vouliez dès tantôt Tout mettre entre les mains de la tante.LE PRÉSIDENT
Il le faut.LA PRÉSIDENTE
Allez prendre là-haut ce contrat qui le blesse.LE PRÉSIDENT
Oui.LA PRÉSIDENTE
Les lettres de change.LE PRÉSIDENT
Oui.SCÈNE V. La Présidente, Le Faux Damis.
LA PRÉSIDENTE, à part
Ce fourbe m'embarrasse.DAMIS, à part
Elle craint à présent de me revoir en face.DAMIS, à part
Je ne risque plus rien.LA PRÉSIDENTE, à part
Ménageons l'imposteur, gagnons-le pour mon frère.Ici une scène muette entre eux.
DAMIS, à la Présidente
Quand on a de l'esprit on se tire d'affaire.LA PRÉSIDENTE, à Damis
L'on n'en a pas besoin quand on est innocent.LA PRÉSIDENTE
Je fermerai les yeux sur tout ce qui se passe, Mais vous m'accorderez une petite grâce : Pour me la refuser vous êtes trop sensé.LA PRÉSIDENTE
Accordez-moi d'abord ce que je vous demande. Vous avez dites-vous, d'autres lettres de moi ?LA PRÉSIDENTE
Mais vous devez me craindre en cette occasion.LA PRÉSIDENTE
Et moi j'ai découvert que vous servez Valère ; J'entrevois vos projets, mais à force d'argent Puis-je les changer ?DAMIS
Non ; je ne suis plus changeant. Parlons net : il me faut la veuve pour Valère ; Servez-le, votre honneur vous est plus cher qu'un frère ; Votre sagesse enfin vous donne un ascendant Sur le coeur, sur l'esprit de ce bon Président ; Conservez-le.LA PRÉSIDENTE
Il revient.SCÈNE VI. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve, Damis.
LE PRÉSIDENT, à la tante
Je ne me mêle plus de rien ; c'est son époux Qui laissera, s'il veut ; son épouse avec vous, Ou dans un couvent.LE PRÉSIDENT
Finissons. De nos faits nous sommes convenus ; Monsieur ; en bons billets voici cent mille écus ; Je les livre à ma soeur.LA PRÉSIDENTE, bas à Damis
Mes lettres ?LE PRÉSIDENT
Et voici le contrat.LA PRÉSIDENTE, arrachant le contrat des mains de Damis
Doucement : Il allait déchirer ce contrat brusquement Sans le voir. Il faut voir au moins ce qu'on déchire ; La confiance aveugle est blâmable.DAMIS
Voyons.LA PRÉSIDENTE, bas à Damis
Mes lettres ?DAMIS, bas
Tout à l'heure.LA PRÉSIDENTE
Attendez.DAMIS, bas
En donnant, donnant.LE PRÉSIDENT
Est-ce fait ?SCÈNE VII. Le Président, La Présidente, La Tante, La Veuve, Glacignac, Damis, L'Hôtesse.
SCÈNE VIII. Damis, La Tante, La Veuve, Valère, L'Hôtesse.
L'HÔTESSE
Bon ! Les voilà partis.LA TANTE
Je puis donc à présent, comme tante et maîtresse, Par un nouveau contrat disposer de ma nièce.LA VEUVE
Me voilà donc à vous ?VALÈRE
Quel comble de bonheur !DAMIS
Oui, vous êtes heureux qu'une prude ait eu peur ; Contre ses intérêts qu'une prude réduite, Ait assez de pudeur pour masquer sa conduite ; Chose rare à présent ! L'on en trouve si peu, Qui prennent encor soin de bien cacher leur jeu. Tout bien considéré, franche coquetterie, Est un vice moins grand, que fausse pruderie. Les femmes ont banni ces hypocrites soins, Le siècle y gagne au fond, c'est un vice de moins.1 041 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0