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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte, et en Vers

Le Français en Huronie

Dumaniant· créée en 1787· 554 vers· 6 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Palais-Royal, le 30 Avril 1787.

Personnages

  • VALCOUR, jeune Officier Français. St. Clair
  • DORVAL, ami de Valcour, aussi officier Français. Le Bel
  • UN SAUVAGE, Michot
  • FRONTIN, valet de Valcour. Bordier
  • LA FLEUR, valet de Dorval. Boucher
  • ZAMIRE, jeune Sauvage, Amante de Valcour. Mlle. Forêt
AVERTISSEMENT

Cette petite pièce a été mon coup d'essai dans la carrière dramatique. Il est aisé de s'apercevoir qu'elle est l'ouvrage d'un jeune homme, elle a tous les défauts de l'âge auquel je l'ai Composée. Je ne l'ai hasardée sur le Théâtre du Palais-Royal, que parce que je savais, d'après sa réussite en Province, qu'elle était de quelque effet théâtral, qu'elle offrait à plusieurs de mes camarades des rôles heureux et qu'ils ont encore embellis, et qu'enfin, si ce n'était pas ajouter une bonne Pièce à notre répertoire, elle servirait au moins à y faire quelquefois une variété.

Le théâtre représente un lieu sauvage ; on doit voir dans le fond une montagne, sur un des côtés une caverne, et un grand arbre à la seconde ou troisième coulisse, à la droite des acteurs.

SCÈNE PREMIÈRE. Frontin, Valcour.

Ils sortent de la caverne.

VALCOUR, inquiet, sans écouter Frontin

Zamire ne vient point.

VALCOUR

Poltron !

VALCOUR

Poltron !

FRONTIN, se cachant le visage avec ses mains

C'est mon dernier moment.

SCÈNE II. Frontin, Valcour, Dorval, La Fleur.

LA FLEUR, de loin, voulant empêcher son maître d'avancer

Oui, ce sont des Anglais, abandonnons la place.

VALCOUR

Dorval !

FRONTIN, examinant La Fleur, qui se tient éloigné

La Fleur ! ne me trompé-je pas ?

LA FLEUR, après avoir bien examiné

Mais parbleu ! c'est Frontin. L'heureuse découverte !

Ils courent s'embrasser, et un moment après chacun passe à côté de son maître.

VALCOUR

Connais ma destinée. Je sortis de Boston pour chasser dans ces bois. Je m'égarai bientôt, et réduit aux abois, Après trois jours entiers d'une marche inutile, J'attendais le trépas comme mon seul asile. Un matin, accablé de peines, de douleurs, Couché sur le gazon, je le mouillais de pleurs, Quand j'entendis soudain du bruit dans le feuillage, Je me levai rempli de dépit et de rage. Qui que tu sois, viens, dis-je, et perce moi le coeur : Je suis ton ennemi, crains tout de ma fureur, Préviens mes coups : j'allais dans mon délire extrême, Hors de moi, massacrer tout ce que mon coeur aime. Mon bras était levé, je veux donner la mort ; Mais je trouve un vainqueur plus puissant et plus fort. Un coup d'oeil me désarme ; étranger, me dit elle, Que t'a donc fait Zamire et quelle ardeur cruelle Te portait à vouloir lui déchirer le flanc ? Parle ! Qui t'a donné cette soif de mon sang ? Interdit, étonné, je ne sais que répondre. Tout, dis-je, en ce moment, tout sert à me confondre, Zamire, pardonnez, je suis un malheureux ; Mais je vais m'en punir, ce fer. – Vis, je le veux, Dit-elle, avec douceur : dans ce climat horrible, Étranger, crois qu'on peut trouver un coeur sensible. Née au milieu des bois et sur ces bords lointains, Je connais le premier des devoirs des humains, La sensibilité, l'amour de son semblable. Je tombe à ses genoux. Ô femme respectable ! M'écriai-je, reçois l'hommage d'un mortel. Est-on si généreux pour n'être point cruel, Dit-elle ? Lève-toi, trop heureuse sans doute, Si j'adoucis les maux que ton malheur te coute. Que te dirai-je encor ! Je sentis dans mes sens Naître un amour vainqueur de l'absence et du tems, Je sentis qu'à jamais je lui serais fidèle ; Pour moi dans l'univers tout disparut, hors elle. L'aimer est mon seul bien. Depuis cet heureux jour, Tout raffermit, redouble et nourrit mon amour.

SCÈNE III. Frontin, La Fleur.

FRONTIN

Je voudrais être sec comme une sauterelle ; Mais on est beau garçon, on a quelques appas.

En se retournant il aperçoit quelqu'un, et fait un grand mouvement de frayeur.

LA FLEUR

Et quoi ?

FRONTIN

Regarde !

LA FLEUR

Qui ?

SCÈNE IV. Zamire, La Fleur, Frontin, sur l'arbre.

FRONTIN, à La Fleur

Montrons-nous.

LA FLEUR

Attends.

FRONTIN, paraissant alors et descendu de dessus l'arbre

Votre amant est fidèle, Il vous aime toujours et je suis son garant.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Zamire, Frontin.

FRONTIN, de derrière le théâtre

Au secours, au secours !

FRONTIN vient en courant du haut de la Montagne aux pieds de Zamire

Zamire ! Daignez me protéger, me défendre, ou j'expire.

SCÈNE VII. Frontin, Zamire, Le Sauvage.

LE SAUVAGE

Qu'importe !

LE SAUVAGE, lui barrant le passage

Non, demeure un moment.

LE SAUVAGE, d'un ton menaçant

Tu l'oses dire ?

LE SAUVAGE, avec une sorte de joie

Il les a joints ?

LE SAUVAGE, avec fureur

Il reviendra ?

ZAMIRE, avec force

Sans doute.

LE SAUVAGE, à Zamire

Oublie un vil parjure.

À Frontin.

Et toi, fuis loin d'ici.

SCÈNE VIII. Zamire, Le Sauvage.

SCÈNE IX. Valcour, Zamire, Le Sauvage.

LE SAUVAGE

C'est lui-même.

VALCOUR, courant à Zamire

Zamire !

LE SAUVAGE

Qui combat dédaigné combat avec fureur. Et je vais te l'apprendre en t'arrachant la vie.

Il lève sa massue, s'avance sur Valcour qui met l'épée à la main.

ZAMIRE, se précipitant au milieu

De la main gauche elle retient la massue du Sauvage, et de la droite elle éloigne Valcour.

Barbares, arrêtez, calmez cette furie. Ou si mes pleurs, mes cris ne peuvent rien sur vous, Prenez-moi tous les deux pour l'objet de vos coups. Frappez.

SCÈNE X. Valcour, Zamire.

VALCOUR, au Sauvage

Je te suis.

Se retournant, à Zamire qui le suit.

Où vas-tu !

VALCOUR, la ramenant sur le devant de la scène

Non, demeure en ces lieux.

SCÈNE XI.

SCÈNE XII. Frontin, Zamire.

SCÈNE XIII, et dernière. Le Sauvage, Valcour, Zamire, Dorval, Frontin.

554 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0