Comédie en vers et en prose· Ou l'Abus de l'Esprit
Monsieur de Bievre
Personnages
- DE CHAMBRE, amant de Julie, Citoyen FRÉDÉRIC
- DE BIEVRE, Citoyen BELFORD
- JULIE DE LATOUR, Citoyenne AUGER
- LAROCHE, femme de chambre de Julie. Citoyenne DELISLE
- DUBOIS, valet de M. de Bievre, Citoyen LÉGER
- UN VALET
AVIS DE L'ÉDITEUR
C'est en dînant ensemble, que les Auteurs de cette pièce eu conçurent le plan et l'exécutèrent. Les saillies et les calembours que faisait naître le vin de Champagne, rappelèrent M. de Bièvre, l'auteur de "Vercingentorix, de la lettre de l'abbé-vue à la Contesse-tation", de "l'Histoire du bacha Bilboquet", et de tant d'autres folies si bien effacées par le Séducteur. On cita ses bons mots, ses pointes, on en rima quelques-unes, on les mit en situation ; les scènes se formèrent, et bientôt la pièce se trouva faite, sans que personne eût la prétention de s'en dire auteur. On l'annonça au public par ce couplet :
De Bievre en se moquant de tout, Du calembour fit trop usage ; Nos auteurs ont pris son langage Pour fronder un aussi mauvais goût. Ce soir de leurs muses badines, Les pointes sont les seuls tributs : Que pourraient-ils offrir de plus ? Ils sont encor sur les épines.Le public indulgent reçut l'ouvrage en riant, et voulut en connaître les auteurs ; on lui répondit par cet autre couplet.
Air : En quatre mots...
L'ouvrage que vous avez applaudi, Citoyens, est de Dupaty Aidé par ses amis ; En voici la liste ou verte, D'abord Luce avec Salverte, Et Coriolis ; De plus Creuzé, Gassicourt, Légouvé, Monvel et Longperier.... Je crois en oublier : Ah ! vraiment oui, citoyens, c'est Alexandre et Chazet.SCÈNE PREMIÈRE. Julie, Laroche.
LAROCHE
Mademoiselle, voici l'instant décisif ; deux rivaux se disputent votre main, et c'est aujourd'hui qu'il faut choisir.
JULIE
Je voudrais connaître les intentions de mon oncle.
LAROCHE
Et moi, je voudrais bien connaître les vôtres.
JULIE
Monsieur de Chambre me paraît avoir d'excellentes qualités.
LAROCHE
Oui ; mais il est bien sérieux : un mari sérieux ! Ah ! Prenez-y garde, mademoiselle.
Air : Aimé de la belle Ninon.
Moi, je crois (soit dit entre nous) Que, pour le bonheur d'un ménage, Il ne faut jamais que l'époux Affecte le maintien d'un sage. Souvent la femme d'un Caton, Dans un siècle comme le nôtre, Laisse à son mari sa raison, Et perd la sienne avec un autre.JULIE
Tu as, je le vois, une grande idée de nos forces... Mais, dis-moi, as-tu découvert quelque chose sur l'inconnu qui prétend à ma main ?
LAROCHE
Monsieur votre oncle ne dit que ce qu'il veut ; je sais seulement qu'on attend un homme célèbre dans l'art des calembours, et qu'on m'a donné l'ordre de préparer son appartement.
JULIE
Je suis bien impatiente de savoir qui c'est.
LAROCHE
Modérez, croyez-moi, votre empressement, mademoiselle.
Air d'Arlequin afficheur.
De l'époux qu'on n'a jamais vu, On se forme une douce image ; Et pour lui le coeur prévenu Du bonheur rêve le présage. L'amant soumis qu'on attendait, Se montre, ce n'est plus qu'un maître : Pour l'aimer toujours, il faudrait Ne jamais le connaître.JULIE
Trève de leçons, je n'aime point ta morale.
LAROCHE
Je vous annonce Monsieur de Chambre ; la sienne vous plaira peut-être davantage.
SCÈNE II. Chambre, Julie, Mademoiselle Laroche.
CHAMBRE
Enfin, je puis vous trouver seule un instant.
JULIE
Quel intérêt si puissant pouvait vous le faire désirer ?
CHAMBRE
L'impatience de voir décider mon sort. Vous savez, belle Julie, que de vous dépend tout mon bonheur. J'aurais déjà sollicité le consentement de votre oncle, si je pouvais me flatter d'obtenir le vôtre.
JULIE
Par l'amitié la plus constante Je vous ai payé de retour : Quoi ! votre âme n'est point contente ?CHAMBRE
L'amitié n'est pas de l'amour.MÊME AIR.
Pour prix de tant d'amour, Julie, Vous m'offrez un froid sentiment ! Vous ne seriez que mon amie, Et moi, je serais votre amant.CHAMBRE
Ah ! Combien je me croirais heureux, si cette promesse était partie de votre coeur !
JULIE, avec sentiment
Je pouvais la démentir.
CHAMBRE
Julie !... Je vous connais trop généreuse pour me laisser un espoir que vous n'auriez pas dessein de couronner.
JULIE
Suis-je maîtresse de mon sort ? Vous savez qu'un oncle a sur moi toute la puissance d'un père, et vous n'ignorez pas qu'il a déjà reçu les propositions d'un de vos rivaux.
CHAMBRE
Air : Souvent la nuit, quand je sommeille.
Si les talents, si la naissance, De votre oncle fixaient le choix, À mériter la préférence Peut-être aurais-je moins de droits ; Mais il vous aime, et son suffrage Va combler mes voeux aujourd'hui, Puisqu'il doit préférer celui Qui sait vous chérir davantage.JULIE
J'en accepte l'augure. Mais j'oublie que la santé de mon oncle réclame ma présence. Je vous quitte.
CHAMBRE
Souffrez que je vous accompagne auprès de lui, et qu'en partageant vos soins, je m'efforce à le disposer en ma faveur.
SCÈNE III.
MADEMOISELLE LAROCHE, seule
Voilà bien les amants ; un seul mot, et ils se croient sûrs du succès.
Air : Cet arbre apporté de Provence.
De l'aveu qu'ils viennent de faire, Chacun d'eux semble satisfait : Mais qui va si vite en affaire, N'arrive pas toujours au fait. Les deux amants auront beau faire, Sans le cher oncle rien n'est fait ; Et l'intérêt pourra défaire Ce que l'amour croit avoir fait.SCÈNE IV. Mademoiselle Laroche, Dubois.
LAROCHE
Quelqu'un vient de ce côté... Un valet en livrée... Je ne reconnais point cet habit-là... Eh ! C'est monsieur Dubois.
DUBOIS
Quelle est la jolie bouche qui décline aussi bien mon nom ? Oh ! La charmante rencontre ! Quoi ! C'est toi, mon adorable ?
LAROCHE
Dubois est un peu familier. Il me parlait plus poliment avant de porter cet habit.
DUBOIS
Tu as raison, ma chère ; mais alors je n'étais pas homme... de condition.
LAROCHE
Monsieur veut dire en condition. Sais-tu qu'il y a cinq ans que nous ne nous sommes rencontrés, Dubois ?
DUBOIS
Oui, vraiment. Depuis notre dernière entrevue, il nous est tombé à chacun un lustre sur la tête : cela ne m'a pas empêché de faire bien des métiers.
LAROCHE
Voyons : lesquels ?
LAROCHE
Afin de lire couramment ?DUBOIS
À Pézenas, je fus dentiste.Pezenas : vile de l'Hérault entre Béziers et Montpellier. Molière y a séjourné longuement.
DUBOIS
Et toi, ma belle, as-tu changé de condition ?
LAROCHE
Après, dans une hôtellerie.LAROCHE
Dans un bureau de loterie.LAROCHE
Ah ! Celui qui voulait emporter aux îles une cargaison de vin de Champagne ?
DUBOIS
Sans doute pour que son vaisseau ne manquât pas de mousse.
LAROCHE
Il ne m'a pas écrit.
DUBOIS
Il n'a pas écrit ! C'est qu'en arrivant au port, il aura jeté l'ancre.
LAROCHE
Je vois que tu es aussi mauvais sujet qu'autrefois.
DUBOIS
Je pouvais jadis avoir des défauts ; mais maintenant je suis... Je suis un homme de qualité.
LAROCHE
Tu le suis... Et tu le nommes ?
DUBOIS
Monsieur de Bièvre, aimable courtisan, professeur de calembours, homme de lettres à la mode ; c'est pour le devenir que je suis entré chez lui.
LAROCHE
Devenir homme de lettres ! Toi, Dubois....
DUBOIS
Oui, je suis Dubois.... Dont on les fait ; d'ailleurs, cela n'est pas difficile à présent.
Air : Une fille est un oiseau.
Ne voit-on pas aujourd'hui Des emprunts de toute espèce ? On emprunte la richesse, Même la femme d'autrui. Combien de belles vantées, N'ont que grâces empruntées ! Combien de vertus citées Des moeurs empruntent l'habit ! On emprunte sa coiffure, Et maint auteur qui figure N'a pu se mettre en crédit, Qu'en empruntant son esprit.Près de mon maître, il ne faut que de la mémoire.
LAROCHE
Est-il connu dans cette maison ?
DUBOIS
Depuis un siècle ! Sans un maudit voyage que nous obligea de faire une vieille Comtesse...
LAROCHE
Une ?...
DUBOIS
Une vieille contestation sur des biens de famille, mon maître aurait tenu fidèle compagnie au cher oncle, qui, dit-on, se porte assez mal. Comment va-t-il ?
LAROCHE
Le pauvre homme, perclus de la goutte, ne peut sortir de sa chambre.
Goutte : Maladie causée par la fluxion d'une humeur acre sur des articles et jointures du corps ; et qui est fort douloureuse. [F]
DUBOIS
Air : De la croisée.
Ah ! Je le plains en vérité, Sa souffrance doit être extrême. Le mal dont il est tourmenté A pourtant un côté que j'aime. Si j'en crains l'effet douloureux, Son nom n'a rien qui me dégoûte : Quoique j'aime peu les goûteux, Parfois j'aime la goutte.Et je compte bien boire à la noce de mon maître.
LAROCHE
Et quelle est sa future ?
DUBOIS
Ta maîtresse. Son oncle y consent, c'est un mariage arrangé.
LAROCHE
Mais qui n'est pas fait.
DUBOIS
Aurions-nous un rival ?
LAROCHE
Cela se pourrait.
DUBOIS
Il n'est pas à craindre.
LAROCHE
Peut-être.
DUBOIS
Air : La comédie est un miroir.
Ah ! Si ta maîtresse a du goût, Elle doit préférer mon maître : Grâce, esprit, talents, il a tout, Et plaît dès qu'on le voit paraître. Dans l'art de vaincre un jeune coeur, Ne crois pas qu'il faille l'instruire : Celui qui fit le Séducteur, A tout ce qu'il faut pour séduire.Le Séducteur est une comédie en cinq acte du Marquis de Bièvre jouée pour la première fois le 4 novembre 1783 au Château de Fontainebleau.
LAROCHE
Entre nous, mon cher Dubois, ton maître fera bien de renoncer à ses prétentions ; son rival est aimé.
DUBOIS
Tu le protèges, je gage ?
LAROCHE
Un peu.
DUBOIS
C'est trop. Son nom ?
LAROCHE
Monsieur de Chambre.
DUBOIS
Monsieur de Chambre, dis-tu ? Mais tu n'y penses pas. Nous devons tous deux être contre lui.
LAROCHE
Pourquoi cela ?
DUBOIS
Ne sommes-nous point par état voués à l'antichambre ?
LAROCHE
Je vois bien que toutes les bêtes ne sont pas à Montmartre.
DUBOIS
Très heureusement, car cela ferait un sot mont.
LAROCHE
Mon pauvre Dubois, qui te montre ce jargon ?
DUBOIS
Voici mon maître.
SCÈNE V. Monsieur de Bièvre, Dubois, Mademoiselle Laroche.
BIÈVRE
Mademoiselle de Latour n'est point ici ?
LAROCHE
Pardonnez-moi, monsieur.
BIÈVRE
Air nouveau.
Brûlant d'impatience De lui faire ma cour, Sans m'arrêter un jour, J'arrive en diligence.DUBOIS
Oui, et bien suspendue encore ; la voiture allait si vite, que les cailloux battaient la caisse. Aussi avons-nous failli verser.
BIÈVRE
Eh bien, le grand malheur ! On nous aurait relevés avec un cric. Mais... Ne perdons point de temps, va vite, mon enfant, avertis ta maîtresse que je demande la permission de la voir, et dis-lui que si elle veut bien se rendre ici de bonne heure...
DUBOIS
Elle sera le nôtre.
BIÈVRE
Le coquin me l'a volé !
LAROCHE
J'obéis.
SCÈNE VI. Monsieur de Bièvre, Dubois.
BIÈVRE
À présent, Monsieur Dubois, il faut faire marcher de front l'Amour et Thémis, et cela doit être, parce qu'ils n'y voient pas mieux l'un que l'autre. Il faut aujourd'hui gagner ma maîtresse et mon procès. Pour cela, tandis que je vais intéresser en ma faveur l'oncle et la nièce, tu iras faire ma cour à certain homme de loi dont les bonnes grâces me sont aussi très chères.
Thémis : déesse de la justice chez les grecs, fille d'Uranus ou de Titan, et nourrice d'Apollon.
DUBOIS
Oh ! Oui, très chères ; mais cela ne doit pas vous étonner.
Air : Ô ma tendre musette !
Vautours et gens d'affaires, Corbeaux et procureurs, Éperviers et notaires, Et buses et rimeurs, Partout c'est la coutume, Il faut s'en consoler : Tout ce qui porte plume Est sujet à voler.BIÈVRE
Prends mon cheval... Le coureur, celui auquel on a mis hier les fers aux pieds, et qui n'en va que plus vite.
DUBOIS, à part
Il est bon celui-là.
Haut.
Mais, monsieur, j'aime mieux prendre le mien ; le vôtre est si rétif, il fait des pointes.
BIÈVRE
Mon cheval fait des pointes ? Le charmant animal ! Eh bien ! Prends mon petit cheval de selle.
DUBOIS
Un cheval de sel, vous n'y pensez pas, monsieur ; s'il venait à pleuvoir, je jouerais au cheval fondu.
BIÈVRE
Comment ! Point d'éperons, toujours étourdi, toujours négligent !
DUBOIS
Et vous, toujours grondeur.
BIÈVRE
Cette fois-ci, je conviens que c'est à propos de bottes...
Gravement.
Mais laissons cela ; prends cette lettre, et qu'elle soit remise avant deux heures.
DUBOIS, réfléchissant
Avant deux heures ? Remise !.... Que cette lettre soit remise !
BIÈVRE
Eh bien ! Qu'attends-tu ?
DUBOIS
Un petit moment, monsieur ; une lettre.... Remise.... Ma foi, monsieur, je n'entends pas celui-là. Je me rends. Cependant je devine assez facilement comme monsieur peut voir.
BIÈVRE
L'imbécile ! Il lui faut toujours de l'esprit. Tiens-t-en à la lettre, maraud !
Il lui donne la lettre.
Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]
DUBOIS
Ah ! Pour le coup j'y suis, je vais la porter.
BIÈVRE
Et moi, je vais chez Monsieur de Latour.
DUBOIS
Monsieur n'a pas d'autres commissions à me donner ?
BIÈVRE
Non... Ah ! Tu passeras chez mon banquier pour toucher cette lettre de change, et tu iras aux Français pour savoir si l'on donnera demain ma pièce.
Français : Théâtre français ou encore Comédie Française.
DUBOIS
Je serai ici dans une heure.
SCÈNE VII. Dubois, Mademoiselle Laroche.
LAROCHE
Tu sors, Dubois ; où vas-tu donc ?
DUBOIS, déclamant
Sur mes sens enflammés l'amour a tant d'empire. Je vais... je viens... je pars... et ne sais que vous dire...LAROCHE
Je ne t'entends pas.
DUBOIS
Je te plains.
LAROCHE
Mais, monsieur Dubois, je vous trouve bien merveilleux. Savez-vous que vous visez à l'impertinence ?
DUBOIS
J'espère bien l'avoir attrapée.
LAROCHE
Croyez-vous qu'elle vous réussisse ?
DUBOIS
Sans doute !
Air : Honoré du brillant poste.
À la cour comme à la ville, Pour être du meilleur ton, Il faut toujours de son style Bannir la sotte raison.Laroche veut s'en aller.
Quoi ! Vous faites la cruelle !LAROCHE
Je suis lasse du jargon.LAROCHE
Encore une équivoque.
DUBOIS
Pour te l'expliquer,
Air : Réveillez-vous, belle endormie.
Ma chère, il faut que je t'embrasse.LAROCHE
Cessez vos gestes libertins : Les jeux de mots, on vous les passe ; Mais trêve pour les jeux de mains.DUBOIS
Inhumaine ! Barbare !
LAROCHE
Laisse-moi, ma maîtresse vient.
DUBOIS
Et moi, je me sauve.
SCÈNE VIII. Julie, Mademoiselle Laroche.
JULIE
Quel est ce valet ?
LAROCHE
C'est celui de Monsieur de Bièvre, que vous connaissez sans doute à présent pour le rival de Monsieur de Chambre.
JULIE
Oui, mon oncle vient de m'ordonner de lui accorder un moment d'entretien. Tu connais donc ce valet ?
LAROCHE
Oui, mademoiselle.
JULIE
Tu semblais lui parler familièrement.
LAROCHE
Je l'ai vu autrefois à Paris ; mais il est devenu si fou, que je ne le reconnais plus : son maître et lui ne parlent qu'en pointes ou en calembours.
JULIE
Quelle manie !
LAROCHE
Air : Il n'est pas de généreux (Claudine.)
Monsieur Dubois a de l'esprit, Mais son esprit tient du délire ; On goûterait fort ce qu'il dit, Si l'on savait ce qu'il veut dire. De son maître, singe et rival, Il l'imite, il le parodie, Et c'est un grand original, Quoiqu'il ne soit qu'une copie.JULIE
Que ce travers me déplaît !
LAROCHE
Y pensez-vous, mademoiselle ? Il doit vous servir.
JULIE
À quoi ?
LAROCHE
À éconduire Monsieur de Bièvre.
JULIE
Explique-toi.
LAROCHE
C'est tout simple. Vous exigez de lui le sacrifice de son goût dominant, il vous le doit, il vous le promettra ; mais l'habitude sera plus forte, et manquant à sa parole, il vous laissera maîtresse de la vôtre.
JULIE
L'idée est heureuse et j'en profiterai.
LAROCHE
Vous n'attendrez pas longtemps pour le mettre à l'épreuve : le voici lui-même.
SCÈNE IX. Bièvre, Julie.
BIÈVRE
Mademoiselle, je sors de chez monsieur votre oncle ; je dois à son amitié la permission de vous présenter mon hommage.
JULIE
Je suis flattée, monsieur....
BIÈVRE
Air : Lorsque vous verrez un amant.
Pour rendre hommage à vos appas, Attiré par la renommée, Je cherche l'amour sur vos pas, Et laisse ma gloire à l'armée. Le camp, sans détours je le dis, Bien moins que ce séjour me tente : Quand de la nièce on est épris, Sans regret on quitte la tente.JULIE
Votre nom, monsieur, votre réputation préviennent en votre faveur ; mais avant de répondre à des intentions qui ne peuvent que m'honorer, vous conviendrez que la connaissance du caractère...
BIÈVRE
Vous avez raison, mademoiselle, sans caractère on ne peut faire impression. Mais il suffit de vous voir, pour vous rendre le tribut qui vous est dû.
Air nouveau.
L'amour qui rit de mes tourments, Redoublant les maux que j'endure, Pour rendre ses traits plus piquants, A pris ceux de votre figure. J'admire tant d'appas divers, Qui du printemps m'offrent l'image : Ces pieds où je vois l'univers, Ces beaux yeux, ce joli corsage.Julie a des souliers verts. [NdA]
JULIE, à part
Changeons de conversation.
Haut.
L'attachement que vous avez pour mon oncle, Monsieur, vous retiendra sans doute quelques jours ici.
BIÈVRE
Monsieur de Latour m'a permis d'y attendre le résultat de vos réflexions.
JULIE
Mon oncle, Monsieur, doit en être le premier instruit.
BIÈVRE
Air : Vaudeville de Claudine.
Pour époux, sans vous contraindre, Si vous m'avez accepté, Ah ! sans avoir rien à craindre, Je vais être époux vanté.Il veut lui prendre la main.
JULIE
Monsieur !...
BIÈVRE
Auprès de vous rien n'apaise Les doux transports que je sens ; Mais aussi, quoique française, Vous avez des yeux perçants.JULIE
On ne m'a point trompée, Monsieur, en me parlant de votre esprit ; mais permettez à ma franchise un aveu que le vôtre rend nécessaire. Je déteste les calembour, c'est un tort sans doute à vos yeux ; mais si vous mettez quelque prix à mon opinion, vous me ferez le sacrifice d'un goût trop frivole pour que vous y attachiez de l'importance.
BIÈVRE
Mademoiselle.
JULIE
Air : Femmes, voulez-vous éprouver.
Je hais ce jargon pointilleux, Par qui le faux esprit circule, Art où le plus ingénieux Est toujours le plus ridicule : Pour plaire, un amant, un auteur, Doit-il se donner la torture ? Amants, consultez votre coeur ; Auteurs, consultez la nature.BIÈVRE, après un peu de réflexion
Vous êtes bien sévère, mademoiselle ; mais s'il faut, pour vous plaire, renoncer à un genre d'amusement que je croyais innocent, je prends ici l'engagement solennel de ne jamais faire de calembours.
JULIE, à part
Ô ciel !
Haut.
Vous me le promettez !
BIÈVRE
Air : J'ai vu partout mes voyages.
Oui, je vous jure, et pour la vie, De renoncer au calembour ; Je sens que la plaisanterie Blesse le véritable amour. Quand le coeur est de la partie, Pour plaire on a tout ce qu'il faut, Et l'on ne peut gagner Julie En jouant avec un défaut.JULIE
À part.
Je respire.
Haut.
Un dés faux !
BIÈVRE
Ah ! Dieu ! Je suis perdu... L'habitude m'a emporté : mais croyez, belle Julie.
JULIE, d'un air piqué
L'habitude, Monsieur, est une seconde nature ; je sens que j'avais trop exigé : ne soyez pas étonné que je ne joigne point mon consentement au choix de mon oncle.
Air : Vaudeville de Racan.
J'applaudirais de bien bon coeur Aux traits dont votre esprit nous frappe ; Mais, je vous l'ai dit, par malheur, Des énigmes le mot m'échappe : Je ne comprends pas vos discours. À ma main cessez de prétendre : Pour s'épouser, il faut toujours Commencer par s'entendre.SCÈNE X.
BIÈVRE
Je ne pourrai jamais la faire revenir sur mon compte. Je ne puis pourtant pas l'abandonner à mon rival ; je ne dois pas souffrir qu'elle devienne femme de Chambre.... Au reste, que sais-je ? Peut-être m'en trouverai-je mieux. Vraiment, je ne suis pas assez raisonnable pour me marier.
RONDEAU du Prisonnier.
Oui, dès l'instant qu'on se marie, Il faut vivre comme un Caton, Et l'heureux temps de la folie Fait place au temps de la raison. Oui, le mariage Veut un esprit sage ; Le soin du ménage S'oppose au bonheur ; Et puis votre belle Devient infidèle : Vous brûlez pour elle, Un autre a son coeur. De l'hymen la chaîne Après elle entraîne Les tourments, la gêne, Trop souvent l'ennui. Hélas ! tout l'atteste, Par un sort funeste, Le dégoût nous reste Quand l'amour a fui. Oui, dès, etc.Ah ! J'aperçois Monsieur de Chambre.
SCÈNE XI. Chambre, Bièvre.
CHAMBRE
On vient de me prévenir, Monsieur, que vous étiez dans cet appartement, et j'ai pensé que vous voudriez bien y recevoir ma visite sans cérémonie.
BIÈVRE
Je suis flatté que Monsieur de Chambre ne me fasse pas une visite de cour.
CHAMBRE
Je prie Monsieur de Bièvre de me prêter l'oreille.
BIÈVRE
Monsieur, je ne me la fais jamais tirer.
CHAMBRE
Trêve de plaisanterie, s'il vous plaît ; les pointes, à la longue...
BIÈVRE
Je vois que Monsieur préfère les courtes pointes.
CHAMBRE
Votre intention, sans doute, est de m'aigrir ?
BIÈVRE
Point du tout, Monsieur, je ne me trouve pas trop gras comme cela.
CHAMBRE
Je croyais mériter plus d'égards.
BIÈVRE
Monsieur, en doutez-vous ?
CHAMBRE
Vous êtes homme d'honneur, je compte sur votre franchise ; quelles sont ici vos vues ?
BIÈVRE
Les plus élevées. Je n'aime pas les vues basses.
CHAMBRE
De grâce, parlons sérieusement, ou je croirai que vous m'insultez. Voulez-vous vous asseoir ?... Mademoiselle Latour ?...
BIÈVRE, s'asseyant
Au nom de Latour, je sens que c'est le cas d'un siège...
CHAMBRE, vivement
Monsieur, vous voulez me pousser à bout.
Air : Du pas redoublé.
Allons, quittez ce ton railleur Et ce froid persiflage : Sachez que je ne puis, monsieur, Le souffrir davantage.Bièvre rit.
C'en est trop, l'épée à la main, Et, sans plus de remise.....BIÈVRE, feignant de se mettre en garde, et prenant sa tabatière
Acceptez, monsieur, puisqu'enfin Nous en sommes aux prises.CHAMBRE
Il me semble, Monsieur, que vous ne savez faire que du bruit.
BIÈVRE
Vous me dites cela, parce que je viens de tirer une boîte.
CHAMBRE
Air : Que ne suis-je la fougère !
Du bel esprit, avec charmes, Lancez les traits contre moi ; Mais il vous faut d'autres armes Pour me faire ici la loi. Voici l'instant de connaître Si, lorsqu'il s'agit d'honneur, Les gens d'esprit savent être Quelquefois des gens de coeur.Se mettant en garde.
Vous défendez-vous, monsieur ?
BIÈVRE
Vous le prenez au sérieux. Eh bien ! Malgré cela, nous allons faire des parades : mais, je vous en préviens :
Air : Des fraises.
Au poing ferme, au coup-d'oeil sûr, Chez moi l'adresse est jointe :Il le fait reculer.
Je vous mets au pied du mur ; Car je suis vraiment fort sur La pointe.ter.
SCÈNE XII. Les Précédents, Julie les séparant.
JULIE
Air : Tout est charmant chez Aspasie.
Ah ! grands dieux, quel transport barbare ! Qu'alliez-vous faire ? je frémis ! Vite au secours, qu'on les sépare !JULIE
À Monsieur de Bièvre.
Ah ! Monsieur, chez mon oncle !
À Monsieur de Chambre.
Venez, monsieur, suivez-moi, je l'exige.
CHAMBRE, à l'oreille de Bièvre
Au revoir, monsieur.
BIÈVRE
Je vous entends, Monsieur.
SCÈNE XIII.
BIÈVRE, seul
Je ne puis m'empêcher de rire quand je songe à la fureur de Monsieur de Chambre ; il n'aime pas les pointes ; je ne conçois pas cela.
Air : Sur l'échantillon je comprends.
À ce langage ingénieux Les hommes devraient rendre hommage, En songeant qu'autrefois les dieux Des doubles sens faisaient usage. À Delphes, Apollon consulté En calembours faisait miracle ; Peut-on mieux faire, en vérité, Que de parler comme un oracle ?SCÈNE XIV. Monsieur de Bièvre, Dubois.
Dubois se frotte les yeux.
BIÈVRE
Te voilà, Dubois ? Eh bien ! Qu'as-tu donc qui te chagrine ?
DUBOIS
Hélas ! Monsieur, en traversant Paris, une paille m'est entrée dans l'oeil : j'ai répandu la larme dans tout le quartier.
BIÈVRE
Ce ne sera rien. As-tu reçu ma lettre de change ?
DUBOIS
Non, monsieur, la voilà. Elle est impayable.
BIÈVRE
Pourquoi donc ?
DUBOIS
Air : J'ai perdu mon âme.
Ah ! quelle bévue !Bis.
Monsieur, votre payeur est Aveugle, et votre billet Est payable à vue.Bis.
BIÈVRE
Oh ! Je lui ferai bien voir qu'il me faut de l'argent.
DUBOIS
Certainement, quand ce ne serait que pour prêter à Monsieur de Saint-Far, qui est venu vous demander cent louis.
BIÈVRE
Non, en vérité, je ne veux plus être utile qu'au Mont-de-Piété : au moins celui-là est-il rempli de reconnaissances.
DUBOIS
Votre pièce, Monsieur, ne sera pas jouée : Molé est si enrhumé qu'on ne l'entend pas.
Molé, François René (1734-1802) : Comédien de la comédie française, débuta 1754 et fut reçu en 1761. Auteur une comédie en prose et en un acte "Le Quiproquo" (1781).
BIÈVRE
Tant mieux, il faut jouer le Séducteur en roué... Au moins, mon procès est-il jugé ?
DUBOIS
Oui, Monsieur ; il est même gagné.
BIÈVRE
J'ai gagné mon procès !
DUBOIS
Non, Monsieur, il est gagné par votre partie adverse ; mais ce qui doit vous consoler, c'est que vous l'avez perdu par votre faute.
BIÈVRE
Comment ?
DUBOIS
Votre avocat ne vous a point défendu ; il m'a rendu la lettre que vous lui aviez envoyée, à laquelle il n'a rien compris.
BIÈVRE
Elle est pourtant bien claire ; il s'agit d'un pré, il fait partie d'un héritage qui m'est échu ; mes titres sont en règle, il ne faut que les présenter : voici ce que dit ma lettre, écoute.
Il lit.
« MONSIEUR, Je vous envoie les pièces ; tenez-vous-en au texte, et nous aurons le pré ; car mon procès n'est qu'un pré-texte. Quoique l'objet en litige ne soit pas éloigné, je le crois précaire. »
DUBOIS à part
C'est en Égypte.
BIÈVRE
« Cependant, si vous le voulez, vous emporterez le pré par votre talent pré-dominant, et je suis caution de votre succès, si vous prenez toutes vos pré-cautions. » Je suis, etc. D. B. Dans le fait, ce n'est pas là précisément le style du Palais. Mais quoi ! La sottise est faite, et l'on ne peut pas revenir sur le pré-jugé.
DUBOIS
Il est incurable !
BIÈVRE
Comment ! Incurable ?
DUBOIS
Certainement, Monsieur. Vous avez fait aujourd'hui cinquante calembours, au moins, il n'y en a pas trente neufs.
BIÈVRE
Qu'y a-t-il de nouveau à Paris ?
DUBOIS
Il y a bien des choses, Monsieur. D'abord, j'ai traversé les Tuileries, et j'ai trouvé tous les arbres en allées.
BIÈVRE
Après ?
DUBOIS
J'ai passé chez votre libraire. Oh ! Monsieur, c'est un bien brave homme que votre libraire.
BIÈVRE
Je te l'ai toujours dit.
DUBOIS
Il m'a donné trois livres pour quarante-cinq sols.
BIÈVRE
Peste !
DUBOIS, saluant avec mignardise
Enfin, Monsieur, ce qui sans doute vous sera fort agréable... Ma femme est sur le point d'accoucher.
BIÈVRE
Tu as raison, cela me fait grand plaisir, et je t'en félicite. Tu vas avoir un nouveau-né.
DUBOIS
Enfin tout est nouveau, Monsieur, tout.
Air : Du Jockey.
Nouveaux plaisirs, nouvelles fêtes, Nouveaux maintiens, nouveaux habits, Nouveaux bals, nouvelles conquêtes, Nouveaux tourments pour les maris, Nouveaux romans dans les affiches, Faits par de nouveaux gens d'esprit, Et tout exprès de nouveaux riches, Pour lire les nouveaux écrits.Mais vous n'écoutez pas mes nouvelles, monsieur.
BIÈVRE
Je réfléchissais. J'admire ma journée ! De pointes en pointes : j'ai perdu ma maîtresse, mon procès, et j'ai manqué de gagner un coup d'épée.
DUBOIS
Voilà de l'esprit bien employé !... Comment ! Monsieur de Chambre...
BIÈVRE
Il faut que je te conte cela. Tu étais à peine parti...
SCÈNE XV. Monsieur de Bièvre, Dubois, Un Valet.
BIÈVRE
Qui vient nous interrompre ? Oh ! Je te vois venir, messager de malheurs ; c'est un congé que tu m'apportes.
LE VALET
Monsieur, c'est de la part...
BIÈVRE
Oh ! C'est de la part de l'oncle, de la nièce... Ce poulet-là contient des politesses, et les adieux de toute la famille.
Poulet : signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui representaient les ailes d'un poulet. [F]
LE VALET
Monsieur...
BIÈVRE
On s'imagine que je vais me désespérer : mais si j'ai perdu d'un côté, j'ai gagné de l'autre.
Air.
J'ai perdu ce procès, l'objet de tant de soins ; Mon rival épouse Julie. Quelques dettes de plus, une femme de moins, Tout est balancé dans la vie.DUBOIS
Belle consolation !
BIÈVRE
Enfin, lisons... « Monsieur de Latour vient de m'accorder son aimable nièce : soyons donc amis, puisque nous ne sommes plus rivaux. J'espère que vous voudrez bien m'en donner une preuve, en accédant à la première demande que je prends la liberté de vous faire au nom de mon oncle et de mon épouse. »
À part.
Monsieur de Chambre est très honnête.
Air : Des fraises.
Je veux vous voir au plus tôt ; À demain, deux novembre, Venez dîner, sans écot, À la fortune du pot...Suit la signature.
DUBOIS, riant aux éclats
Quelle fortune !
BIÈVRE
Qu'as-tu à rire ?
DUBOIS
Comment, Monsieur, vous n'appréciez pas tout votre bonheur !
BIÈVRE, relit
Ah ! Battu ! Morbleu ! Battu avec mes propres armes ! Un mal-adroit !
DUBOIS
Pas si bête, pourtant.
BIÈVRE
Qui n'a jamais fait un calembour.
DUBOIS
C'est bien commencer.
BIÈVRE
Il me passe au travers du corps la première pointe, peut-être, qu'il ait faite de sa vie : après un coup comme celui-là, il ne m'est plus permis de dire rien de plaisant.
Air : Vaudeville de la Revue.
Si le mauvais ton du faubourg Égale celui de la ville, Et si dans l'art du calembour Un ignorant se montre habile ; Je vois que pour être en crédit, Pour être toujours sûr de plaire, Il faut avoir beaucoup d'esprit, Mais qu'il faut se garder d'en faire.DUBOIS
C'est ce que beaucoup de gens disent : mais, croyez-moi, Monsieur, c'est par jalousie. Avec un jeu comme le vôtre, et un valet de coeur comme moi, vous gagnerez toujours la partie.
BIÈVRE
Que vois-je ! Julie avec Monsieur de Chambre ?
SCÈNE XVI. Les Précédents, Monsieur de Chambre, Julie, Mademoiselle Laroche.
BIÈVRE
Ah ! Monsieur, ce n'est point assez pour vous de l'emporter sur moi : voulez-vous encore ajouter à mes regrets, en m'offrant le spectacle de votre bonheur ?
JULIE
J'aime à croire, Monsieur, qu'un amour aussi subit n'a pas fait encore de grands progrès : les sujets de consolation dont vous êtes environné, vos talents, une fortune considérable...
BIÈVRE
Ah ! Madame, ma fortune d'aujourd'hui ne sera certainement pas une bonne fortune.
LAROCHE
Je crois que vous pouvez vous rassurer sur les jours de Monsieur de Bièvre, il fait de l'esprit, il n'en mourra pas.
BIÈVRE
Voilà ce qui vous trompe, Mademoiselle Laroche, j'en mourrai, mais il me faudra du temps.
Après avoir salué.
Air : D'un bouquet de romarin.
Puis-je vous offrir Dubois, Pour servir Madame ?BIÈVRE
Puisqu'il n'a point votre voix, Il faut partir, je le vois, En gardant toujours du bois, Pour nourrir ma flamme.CHAMBRE
Nous nous flattons que vous resterez, Monsieur ; vous êtes attendu chez Monsieur de Latour.
Air : Fidèle époux, franc militaire.
Oui, prolongez votre voyage, Ici de vous on a besoin ; Aujourd'hui, pour mon mariage, Veuillez me servir de témoin.BIÈVRE
Je ne saurais.CHAMBRE
Ah ! pour Julie Vous devez être complaisant ; Puisqu'en ce jour on la marie, Il lui faut au moins.... un présent.BIÈVRE
À part.
Pas mauvais ! Si je pouvais riposter.
Haut.
Je suis désolé de vous refuser ; mais....
CHAMBRE
Je le demande comme un ami, et Madame comme une Grèce.
BIÈVRE
À part.
Encore ! Et rien ne me vient....
Haut.
À ce titre, je dois céder.
JULIE, à Bièvre
Nous ne vous retiendrons que le temps nécessaire pour signer le contrat.
BIÈVRE
Je suis donc à vos ordres.
JULIE
Cela ne sera pas long. Vous savez que les notaires font beaucoup de choses.... dans une minute.
Minute : 60ème unité de l'heure. Mais aussi document original d'acte notarié ou de jugements.
BIÈVRE, à part
Julie aussi !
Haut.
Ah ! Je vois que vous voulez me combattre avec mes propres armes.
DUBOIS
Une minute.... Je n'aurais pas deviné celui-là.
LAROCHE
C'est que tu n'as pas l'esprit devin.
BIÈVRE
Nous sommes perdus, tout le monde s'en mêle.
CHAMBRE
À Bièvre.
À votre école on profite.
À Julie.
Allons, ma chère Julie, retournons près de votre oncle, et méritons, par nos soins, les bontés dont il nous comble aujourd'hui.
VAUDEVILLE.
Air : De la Monaco.
CHAMBRE
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.TOUS
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.BIÈVRE
Je blâme nos Auteurs frivoles ; Leurs discours, moins profonds que creux, N'ont pas de sens, et mes paroles Pour l'esprit en ont toujours deux.TOUS
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.JULIE
Rien ne s'achève, tout s'esquisse, On veut tout faire, on manque tout : Le feu brillant de l'artifice Éclipse le flambeau du goût.TOUS
Jadis Molière Par qui l'on rit, En grand traçait un caractère : Chez nous, pour plaire, Tout est petit, Excepté l'abus de l'esprit. De nos aïeux le vieux langage Était moins brillant que sensé ; Nous parlons mieux et davantage ; Et toujours sans avoir pensé.DUBOIS
Combien de pièces très connues Ont la vogue en ce pays-ci ; Les scènes y tombent des nues, Le dénouement en tombe aussi.365 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0