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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Agarite

Jean-Gilbert Durval· créée en 1640, imprimée en 1636· 5 actes· 1 692 vers· 13 personnages

Représenté par la première fois en 1640.

Personnages

  • LE ROI
  • LE FLAMAND, Peintre et Marchand de Tableaux
  • CELIDOR, Favori du Roi, Amant de Corintie
  • AGARITE, amante de Policaste
  • MEDON, père d'Agarite
  • PHÉNICE, gouverneur d'Amelise
  • AMELISE, jeune Princesse
  • L'EXEMPT, des gardes du Roi
  • POLICASTE, Amant d'Agarite
  • LIZENE, rival de Policaste
  • CORINTIE, soeur de Lizene
  • LE COCHER DE MEDON
  • LES PÊCHEURS (I et II)
Madame,

À TRÈS HAUTE ET PUISSANTE PRINCESSE ANNE DE LORRAINE, Duchesse de Genevois, de Nemours et d'Aumale.

Le témoignage, que rend le public des pièces de théâtre, n'étant bien souvent fondé que sur le bien faire des Acteurs, n'est pas une lettre de recommandation pour les faire passer à la Postérité. Celle-ci que j'ai l'honneur de présenter à Votre Grandeur ayant été aucunement bien reçue semblait ne devoir plus craindre l'injure du temps ni les coups de langue : mais l'approbation de quelques bons esprits durant l'espace de peu d'années n'est pas une marque suffisante pour faire trouver bonne la plus belle Poésie, si le travail de la presse ne fait les mêmes effets que l'artifice du théâtre ce que n'osant me promettre de ce genre de poème je différais toujours d'en faire mettre les vers en lumière, prévoyant assez qu'une lecture interrompue d'actes et de scènes ôterait la grâce qu'ils peuvent avoir en la bouche des acteurs. Toutefois puisqu'ils n'ont jamais été récités comme les voici j'ai pensé que mes fautes étant publiques je les devais réparer par cette édition. Que si d'aventure cette occupation d'esprit vous semble peu sérieuse, c'est encore un peu de jeunesse qui n'est pas incompatible avec l'âge viril et pour ainsi dire c'est la plus proche folie de la sagesse. Vous entendez bien, Madame, que je me veux excuser de savoir faire des vers en louant un art souvent incommode, et quelque fois ridicule en ceux qui l'exercent, mais jusqu'ici n'ayant point fait renchérir le papier a force d'écrire, je pense n'avoir employé en ce gracieux travail que certaines heures de recréation. Pourtant quand il s'agira de traiter a bon escient quelque haut sujet qui vous appartienne, encore que les Princes de votre Maison soient très illustres dans les Histoires et que le simple discours de votre Généalogie surpasse en magnificence le style des poètes et des Orateurs j'ose vous promettre des pièces de meilleure trempe et de plus longue haleine. Alors pour faire admirer à tout le monde les Ducs, et les Chevaliers d'Aumale je tracerai volontiers un plus grand dessein. Les noms de Nemours, et de Genevois me fourniront de hautes pensées et sans méditer rien de fabuleux, j'imaginerai peut-être de si nobles fictions qu'elles seront respectées pour l'amour de vous et me feront connaître.

Madame,

De votre Grandeur, très humble et très obéissant serviteur,

DURVAL.

AU LECTEUR

Ne pense pas Lecteur, que je veuille mettre un long préambule au devant de cette pièce pour suspendre les opinions des maîtres sur le jugement qu'ils en pourront faire. Je ne suis point si amoureux de mes poèmes que je ne les supprime très volontiers, quand ils seront condamnés par des juges compétents. Cependant et jusqu'à tant que nos poètes et nos Orateurs soient érigés en titre d'office, je n'estime pas qu'ils se puissent attribuer une souveraine juridiction sur les matières de prose ou de vers. Et je crois qu'il me doit être permis comme à plusieurs autres d'en dire mon petit mot pour le temps que j'ai mis à lire les œuvres de quelques-uns qui me semblent plus curieux de trouver de nouveaux accents en notre langue par la nouvelle orthographe que d'animer et polir leurs écrits par la force de leur génie et par les grâces de l'éloquence acquise. Je ne les veux point choquer plus rudement de peur que le contre coup ne me fasse mal, car je ne sens point en moi plus de vigueur qu'ils en peuvent avoir, et les défauts [que] je remarque en eux, je les ai peut-être sans que je les voie. C'est pourquoi je ne laisse point aller sans passe-port cette première tragi-comédie, que je te prie de ne pas prendre pour un modèle ajusté de tout point aux règles qui serviront un jour de préface à d'autres, si tu la reçois ainsi, je te puis assurer d'un volume de quatre pièces plus justes et plus nombreuses, chacune desquelles tenant sa partie te fera voir comme alors que je me suis diverti à cette belle science, j'ai séparément traité, la tragédie, La tragi-comédie, La Pastorale et la comédie, les unes dans la prétendue règle de vingt-quatre heures, comme poèmes simples et les autres hors de la même règle, comme poèmes composés. C'est tout ce que mon loisir m'a permis de contribuer à la scène française qui ne peut avoir que les quatre faces que je te montre. Je laisse aux autres à remplir les niches du théâtre de ses figures et décorations extérieures, et je me contente d'en avoir mis le plan à fleur de terre et dressé la base quadrangulaire sur laquelle tous les bons ouvriers peuvent jeter les fondements de l'oeuvre dramatique et le conduire à sa perfection.

À MONSIEUR DURVAL

Sur la Tragi-Comédie d'Agarite.

ODE.

En vain le Ciel prétend l'hommage, De produire ici bas des Dieux ; C'est un dessein injurieux Que nous ravir cet avantage ; Durval possède ce pouvoir, Et dedans ses vers nous fait voir La naissance d'une Carite ? Le moins qu'il en doit espérer, Est que sous le nom d'Agarite, On se porte à le révérer. Comme elle parut aux théâtres, Et qu'elle y sema ses douceurs, Les plus critiques des censeurs, Y devinrent ses idolâtres ; Elle vainquit ses envieux Et l'on jugea bien que les Cieux, Avoient infus dedans son père, Les grâces, l'ardeur, les appas, Qui rendirent Jupiter mère, Lorsqu'il enfanta sa Pallas. Agarite fournit des charmes, Qui dérobent la liberté, Son aventure et sa beauté, Ont fait rire et jeter des larmes, Sa bouche recèle un aimant, Où le plus horrible tourment, Sent étouffer toute sa rage ? C'est un Oracle des Neuf soeurs, Qu'il faut n'avoir point de courage, Pour ne fléchir à ses douceurs./ Divine amorce à nos oreilles, Dont notre esprit reste étonné, Qui devrait être couronné, Pour avoir fait tant de merveilles ? Alors que ton sage guerrier Parut couronné de Laurier, Et le coeur rempli de délices, Sortit des Enfers ténébreux, On vit que les travaux d'Ulysses, Pour toi seul n'étaient que des jeux. Ce grand héros a le mérite, Qui lui fait tout vaincre et charmer, Mais l'honneur de se faire aimer, Est réservé pour Agarite. Ainsi tous deux ont leurs appas, Et donnent tous deux le trépas, A qui leur porte de l'envie, Pres ce prodige de valeur, Celui qui conserve sa vie, La rend aux charmes de sa soeur./ Durval dans le sacré mystère, Que Parnasse tient recelé Où l'onde du cheval ailé, Apprend à parler et se taire, Rencontre des charmes si doux, Que le Ciel en devient jaloux, Contre le bonheur de la terre, Et son dépit est si peu saint, Que rien n'arrête son tonnerre, Que les Lauriers dont il est ceint. Esprit qui ne sens nuls obstacles, A façonner les plus beaux vers, Et des beautés de l'univers, Fais les moindres de tes miracles, Agarite qui sort au jour, Suspend nos voeux, et notre amour, Sur ses grâces et tes louanges ; Mais dans ce doute, hasardeux, Le Ciel m'enseigne par ses anges, Qu'on vous doit admirer tous deux. ALLARD.
ARGUMENT

Agarite jeune Damoiselle, mais trop agréable aux yeux d'un Roi est sollicitée par Celidor, son favori. Medon pour éluder cette artificieuse poursuite, se vient plaindre à la Majesté du rapt qu'il suppose avoir été fait de sa fille. Cependant il la dépayse et l'envoie aux champs en une maison de plaisance. Elle n'y est pas sitôt que deux Gentilshommes en deviennent amoureux. Policaste gagne son coeur, et Lizene provoque sa haine. Celui-ci d'aussi bonne maison que son rival, et plus riche que lui : pour mieux réussir en sa recherche vient trouver le père, qui le reçoit comme il désire ; et envoie quérir sa fille pour les accorder. Corintie en l'absence de son frère est cajolée par Celidor, qui en devient amoureux en cherchant Agarite, mais comme elle ne peut l'entretenir longtemps, il retourne auprès du Roi rendre compte de sa Commission. Là il apprend par le commun bruit, et la bouche du Roi, le Mariage que Medon prétend faire, et sur le soupçon qu'ils ont que c'est pour réparer le rapt commis, ils délibèrent de se défaire du marié le soir de ses noces, et d'enlever la mariée. Mais Policaste, exécutant le premier un autre stratagème, dont il est demeuré d'accord avec Agarite, frustre le dessein du Roi une seconde fois. Le soir de ses noces venu, Agarite est ravie par son Amant, et conduite par eau dans une place forte. Lizene son époux est tué dans un ballet inventé exprès par Celidor et Medon n'est pas plus affligé de la perte de sa fille et du meurtre de son gendre que le Roi l'est de son entreprise mal exécutée. Enfin pour surcharge d'afflictions ce malheureux père est amené devant ce Prince irrité, qui l'accuse du meurtre de son Gendre, et lui impose la mort de sa fille, pour lui faire déclarer où elle est. Dans cette confusion turbulente d'événements tragiques, un pêcheur vient dire que sur le bord de la rivière il a trouvé des habits de femme à l'usage d'une Damoiselle. On s'y transporte. Medon les reconnaît pour ceux de sa fille, et le Roi présumant qu'Agarite s'est noyée par désespoir, en est si fort troublé, qu'il lui fait dresser un lit de parade, où tous les jours il vient faire ses regrets. D'autre côté Celidor ayant su que Lizene qu'il a tué était frère de Corintie son Amante, se résout de faire penitence d'un si grand crime, et pour s'en aller en pélerinage, il prend congé d'elle, mais celle-ci pour rompre son dessein, le suit bientôt déguisée en Cavalier. Tandis Policaste et Agarite demeurent dans leur château, d'où enfin ils sortent pour venir en Cour et trouver moyen en désabusant le Roi, d'accomplir leur mariage. Ils s'adressent à Phénice gouverneur d'Amelise, auquel ils conseillent de faire mettre cette jeune Princesse à la place de l'effigie d'Agarite que le Roi idolâtre, afin qu'il s'en puisse rendre amoureux, et qu'il soit plus facile de lui faire changer son amour imaginaire en une affection réglée et légitime. Ce qu'ils exécutent au contentement d'Amelise, qui est bien aise de faire l'idole pour devenir Reine, et s'étant pris garde que depuis une telle supposition le Roi n'est plus si furieux. Un jour entre autres qu'il se plaint dans sa chambre, Amelise se lève en sursaut de dessus le lit de parade. Incontinent Phénice paraît suivi de Policaste et d'Agarite deguisée en Page. Tous ensemble le rassurent, et Phénice lui ayant montré l'auteur de la feinte s'évertue encor par vives raisons de lui ôter Agarite de la mémoire, pour lui faire prendre un parti sortable à la dignité de sa personne. Finalement il se résout d'épouser Amelise. Alors Policaste découvre Agarite, et la reconnaît pour sa maîtresse. Le Roi, autant ravi de ce miracle, que la grande affection qui est entre eux, change l'amour qu'il a eu pour elle en bienveillance, et pour récompenser Policaste d'une feinte qui réussit à tant d'heureux effets, il lui accorde Agarite en mariage. Au même temps Celidor et Corintie étant retournez en Cour en habits déguisez, sont aussi reconnus et mariez ensemble.

Une considération m'empêche de nommer le Royaume et la Province où j'ai feint cette Histoire. Je dirai seulement contre l'opinion de ceux qui veulent que la scène soit en un seul lieu, qu'une partie des aventures de ce Ppoème se passe aux champs, et l'autre à la ville, s'ils ne veulent prendre pour un seul lieu toute une contrée.

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Celidor.

SCÈNE II. Agarite, le Flaman, Celidor, Medon.

CELIDOR

Dieux ! Tout ce que je vois vous y dut inviter, Voyez ce beau Printemps où l'amour s'est lui-même Représenté partout comme sur un emblème. Il n'est trait là dedans qui ne vous fasse voir Des chef-d'oeuvres entiers de son divin pouvoir. Alors que ces peupliers à la Vigne se lient Leurs feuilles tremblent d'aise et leurs branches s'en plient, L'esprit qui les produit d'un soin perpétuel, Nourrit entre leurs troncs un amour mutuel : Ainsi le Grenadier et le myrte se baisent, Et parmi les citrons les oranges se plaisent, Cette palme profite et se charge de fruits, Passant près de son mâle et les jours et les nuits, Ces arbres où l'on prend des poires et des pommes Ont chacun leurs moitiés aussi bien que les hommes, Et sans nous arrêter à tant de végétaux La nature marie encore les métaux, L'or avecque le plomb sur le feu se rassemble Et dedans ce creuset ils se mêlent ensemble, Savez-vous bien pourquoi l'on a peint ce cailloux ? C'est pour montrer qu'il a plus d'amitié que vous, Car le jaspe s'engendre au coeur de cette pierre, Et rien de votre coeur ne germe sur la terre, Certes sans y penser nous tombons dans la mer, Où même les poissons nous enseignent d'aimer, Dans ce froid élément, les sèches s'entrelacent Les Dauphins font l'amour, et les poulpes s'embrassent. Ceux-ci qui sont plongés au fonds de ce tableau N'éteignent point le feu qui les brûle dans l'eau. On dirait à les voir qu'ils se meurent de joie Et que dedans du lait l'un et l'autre se noie, O[u] que bien à propos en la saison des fleurs Le peintre les a faits de diverses couleurs, Car c'est la vérité qu'approchants du rivage Ils prennent la couleur de tout un paysage, En la même façon que vous prenez en vous Tout l'éclat des portraits qui sont autour de nous. Mais c'est trop vous mener à la merci des ondes Retournons maintenant dans les plaines secondes ; Que pensez vous que fait dedans ce chaume sec Cette belle perdrix qui nous montre son bec : Elle en conçoit une autre à la moindre parole Qu'elle entend prononcer à son mêle qui vole, Il ne faudrait que voir ces ramiers accouplés, Pour savoir en quel temps les déserts sont peuplés, Quoi ! ne direz-vous pas que ces deux Tourterelles Rappellent leurs maris pour coucher avec elles, Regardés ces lapins, ces lièvres, ces chevreaux Ce sont des animaux qui sont tous amoureux. Surtout considérez que ce bocage sombre Où l'ouvrier a caché deux personnes à l'ombre, N'empêche point de voir ces deux jeunes amants Qui sont venus au but de leurs contentements, Il n'en faut point mentir cette pièce mérite Il n'y manque rien plus que l'amour d'Agarite.

SCÈNE III. Medon, Agarite.

SCÈNE IV. Phénice, Amelise, le Roi, Celidor, l'Exempt [, Medon].

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Agarite, Lizene, Policaste.

SCÈNE II. Lyzene, Corintie, Celidor.

CORINTIE

C'est lui.

CELIDOR

Il faut,

SCÈNE III. Policaste, Agarite, [Un cocher].

SCÈNE IV. Le Roi, Celidor.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Medon, Lyzene, Agarite, Corintie.

AGARITE

Je ne sais.

SCÈNE II. Policaste, vestu en battelier, Agarite.

POLICASTE

Nymphes ne trouvés point ce changement étrange, Ce n'est qu'en vêtements que j'affecte le change, Et puis je suis de ceux que vous favorisez, Vos amoureux Bergers sont ainsi déguisés, Et je crois que ceux-là ne savent pas leur monde, Qui ne font le métier que je fais dessus l'onde, Ici vos claires eaux me servent de miroir Pour plaire à vos beautés que je suis venu voir, Mais quoi sans y penser je caresse des Fées Couvertes de roseaux et de saules coiffées, Nymphes je m'en dédis je ne vous puis flatter, Agarite croirait que je la veux quitter, Elle en serait jalouse, et dirait à part elle, Que je serais épris d'une flamme nouvelle, Ou du moins que le feu qui me brûle en aimant Se pourrait amortir dedans votre élément, J'aime mieux vous laisser que de la mettre en peine, Tandis courez toujours afin que je l'emmène, Ou plutôt retenez pour un temps mon bateau, Je m'en vais la trouver sur la rive de l'eau, Dieux ! qu'il fait déjà noir, la campagne déserte En un crêpe_de_deuil change sa robe verte : Il fait clair dessus l'eau, mais ce petit faux jour Ne me peut enseigner les chemins d'alentour. Je rencontre à tâtons des murailles de brique, C'est je pense la tour de ce clocher antique, Où j'étais obligé de me rendre à ce soir ; Voici les monuments où je me dois asseoir. Tombeaux, où les défunts sont pourris de vermine, Sépulcres démolis que la rivière mine, Reliques du vieux Temps où les flots courroucez Déterrent quelquefois les pauvres trépassés. Piliers d'antiquités, vieilles poutres, masures : Je vous remarquerai dedans mes aventures, Et sur vos fondements j'élèverai des Tours, Que l'on verra durer autant que mes amours, Dans l'horreur de la nuit je vous rendrai célèbres Et vous ferai paraître au milieu des ténèbres : Vos pierres parleront de ma fidélité, Je les ferai connaître à la postérité. Et bien que leur hauteur ne surpasse les arbres, Elles dureront plus que les Palais de marbres, Mais qu'Agarite est longue à me venir trouver Elle est cause qu'ici je m'amuse à rêver. Ô Ciel ! Si les flambeaux ne percent le nuage Qui s'étend sur la terre et te couvre d'ombrage, Le moyen qu'elle vienne en ces lieux écartés ? Toutefois si tes feux nous montraient leurs clartés Quelqu'un la pourrait voir en passant dans les rues. Donc ô flambeaux des Cieux ne dissipez les nues, Ne chassez de la nuit que les spectres hideux, Qui peuvent à présent nous effrayer tous deux. Sorciers, allez bien loin allumer vos bougies, Et courez autre part faire voir vos magies. Vous fantômes errants qui n'avez point de corps, N'en prenez point ici dans les bières des morts. Et toi Dieu du repos et des songes nocturnes, Afin de m'assoupir en ces lieux taciturnes, Sur mes yeux languissants fais glisser le sommeil, Et puis en t'en allant fais venir mon Soleil. Las ! pour ce que la nuit est mère du silence, Il semble qu'en parlant je lui fais violence, Ou que je veux forcer cette fille de l'air, Que les murs seulement peuvent faire parler. Et bien, c'est pour le mieux que je vois toute chose Se taire en ce quartier, afin que je repose. Agarite en ce lieu je vais penser à toi. Encore que déjà tu me manques de foi. Je vois que tes serments se tournent en mensonge : Mais je m'efforcerai de te baiser en songe. Et si de ce tombeau je ne me lève pas, Dis qu'au lieu du sommeil j'ai trouvé le trépas.

AGARITE

On n'entend plus de bruit dans les places publiques, Tous les gens_de_métiers ont fermé leurs boutiques. Le Guet ne marche plus chacun est en repos. Pouvais-je de chez nous sortir plus à propos ? Non certes : mais pourtant une chose m'attriste, À trouver les chemins ma Fortune consiste, Et le Ciel est si plein de brouillards, que la nuit En me favorisant de son ombre me nuit. O Dieux ! que la campagne est pleine de ténèbres ! Que d'images affreux, et de songes funèbres ! J'ai peur à chaque pas de l'ombre qui me suit, Et je crains en parlant de faire trop de bruit : Si je ferme les yeux, mon âme est offensée, De celle d'un défunt qui m'entre en la pensée. Amour, vas-tu la nuit sans prendre ton flambeau ? Vois-tu pas que la peur me va mettre au tombeau ? Je te prie aide moi d'un rayon de lumière. A ce coup je connais qu'il entend ma prière : Ces petits feux ardents qui font un peu de jour, Ne peuvent être nés que du flambeau d'amour : On dit que ces feux-là mènent vers les rivières, Quand pour se faire suivre ils charment nos paupières. Mais je le saurai bien, je m'en vais l'éprouver Sur la rive du fleuve, où je dois arriver. Toutefois en suivant ces bluettes errantes, Si je me laissais choir dans les ondes courantes, Qui pourrait dedans l'eau me venir secourir ? Ma flamme serait lors en danger de mourir, Et l'on verrait ici tous les jours Polycaste, Qui me reprocherait d'être morte si chaste. Ne suivre point aussi le chemin où je suis, Ce n'est pas m'éloigner de la mort que je fuis : Puis que celui que j'aime est sur le bord des ondes, Où me veulent mener ces flammes vagabondes, Sans doute si je veux me rendre sur le port, Je trouverai ma vie où je crains tant la mort. Ha ! C'est trop consulter une affaire pressée, La crainte que j'avais est à demi passée. Mais j'entends sous mes pieds des os s'entrechoquer. La mort en cet endroit me veut-elle attaquer ? Je ne m'étonne point de son images blême, Par les flèches d'amour elle meurt elle-même. Cependant, quand j'y pense il semble que j'ai peur ? Hélas ! c'est de trouver Policaste trompeur. Qu'est-ce à dire ? Vraiment pourvu que je le trouve ; De sa fidélité je ne veux autre preuve. La Mort et le sommeil n'ont qu'un lit pour tous deux, Auprès de quelque tombe il repose avec eux. Il le faut appeler. Dieux ! Tout nous favorise Et tous les éléments consultent de ma prise. J'entends pour mon sujet les vents se quereller A qui repoussera les injures de l'air. Le Ciel en ma faveur est couvert d'un grand voile, Il ne voit que d'un oeil, je ne vois qu'une étoile. Les flots disent entre eux qu'ils me veulent servir, Et la terre consent qu'ils me viennent ravir. Paresseux es-tu sourd es-tu mort sur la rive Si tu l'es, c'en est fait, il faut que je te suive. Néanmoins un baiser te peut ressusciter.

AGARITE

Laisse moi.

AGARITE

Sois sage.

AGARITE

Dépêchons.

POLICASTE

As-tu fait.

POLICASTE

Comment.

SCÈNE III. Medon, Lizene, Corintie.

En cette scène est représenté le Ballet des Quatre-vents, lequel est dansé pour faire tuer Lyzene le soir de ses noces par un stratagème inventé par Celidor.

ACTE IV.

SCÈNE PREMIÈRE. Les pêcheurs.

PREMIER PÊCHEUR

Cependant.

SCÈNE II. Le Roi, Celidor, Medon, Phénice, le Pescheur.

SCÈNE III. Policaste, Agarite.

SCÈNE IV. Le Roi, Medon, Phénice, le Pescheur.

LE ROI

Oiseaux qui vous cachez dans les vieilles masures, Et cherchez votre vie auprès des sépultures, Quittez ces monuments. Venez tristes hiboux Sur la rive des eaux vous plaindre comme nous : Agarite est perdue et les Ondes coupables M'ont privé de l'objet de ses beautés aimables ; J'espérais de la voir au lever du Soleil, Et l'horreur de la nuit m'a caché son bel oeil. Ô Ciel ! Ô Terre ! Ô Mer ! Ô Ciel devais-tu luire De tant d'astres malins ce soir-là pour me nuire ? Ô Terre devais-tu priver de monument Celle que je demande à ce traître élément ? Ô Mer ! devais-tu pas engloutir tout ce fleuve Qui d'un si beau sujet fait la nature veuve. Et vous tristes Rochers d'où naissent les ruisseaux, Qui vont perdre leur nom dans l'abîme des eaux, Pourquoi d'un frein glacé n'arrêtiez-vous leurs courses, Ou ne les faisiez-vous remonter à leurs sources ? Ha ! c'est qu'en cette nuit si pleine de malheurs Vous n'aviez pas moyen de retenir vos pleurs, Même il semble à présent que votre deuil redouble, Et que de vos torrents la rivière se trouble. Mais ce n'est pas à vous, ô Rochers ! de pleurer, Et ce n'est pas à vous, ô Vents de soupirer, La tristesse n'agit qu'en un sujet passible Et c'est aux hommes seuls que le mal est sensible. Qu'on ne me peigne plus Amour comme un oiseau, Depuis cet accident il nage dessous l'eau, Si jadis il sortit d'une conque marine Il est allé trouver sa première origine. Et dans ce désespoir se jetant sous les joncs Il a voulu donner ses ailes aux plongeons. Pêcheur en cet endroit ne jette plus ta ligne : Purge plutôt les eaux de toute herbe maligne, Et crois que les poissons qui vivent dans leurs cours Désormais en ce lieu seront autant d'amours, Pour toi n'afflige point ce vieillard davantage, Ne baigne plus son front de l'eau de ce rivage, Oblige moi Phénice : Ha ! tu le fais mourir. Si sa fille en est morte on ne peut le guérir. Ô riches vêtements ! dont l'ornement superbe De honte et de regret se cache dessous l'herbe. Je veux qu'à mon exemple on arrose de pleurs Ce fertile gazon qui vous couvre de fleurs. Je vous tiendrai toujours ainsi que des reliques, Et vous ferai montrer en nos fêtes publiques, Je vous enchâsserai dans un riche métal, Et vous ferai baiser à travers un cristal. Qu'on prenne ces habits qu'on les parfume d'ambre, Et que tout de ce pas on les porte en ma chambre, J'y veux voir Agarite, et là de tous côtés, En sa belle effigie adorer ses beautés. Je veux que l'on lui dresse un beau lit de parade, Où de deuil et d'ennui je devienne malade : Mais le pauvre Medon est enfin revenu. Dieux que ce mal de coeur vous a long temps tenu ?

Passible : Capable d'éprouver la douleur ou le plaisir. [L]

SCÈNE V. Corintie vêtue en deuil, Celidor en pèlerin.

CORINTIE

Quel jour peut amener le Soleil qui nous luit Qui ne soit obscurci de l'ombre de la nuit ? L'air peut-il être calme où mes pleurs continues Versent plus de torrents qu'il n'en tombe des nues ? Le moyen qu'en ce lieu s'exhalent mes soupirs Sans troubler à_l_entour le rire des zéphyrs, Les champs qui sont ailleurs tapissez de verdure, Souffrent ici leur part des peines que j'endure, Et les fleurs que mes yeux regardent par mépris, Contractent la couleur des atours que j'ai pris. Ce bocage attristé du crêpe que je porte, D'un vêtement de deuil couvre sa feuille morte. La mort d'un voile obscur ombrage les buissons, Et pare les chemins de ses noirs écussons : En quel lieu je passe une image tremblante Me fait voir comme en songe une tête sanglante, Aux champs et dans la ville un Esprit me poursuit Lizene massacré m'apparaît chaque nuit Et sachant que l'amour a commis cette offense Contre mon propre sang, j'excuse son enfance. Triste deuil fallait-il que ta noire couleur Accusât un Amant d'avoir fait ce malheur ? Si d'un drap si pesant je n'eusse été chargée Celidor là dessus ne m'eut interrogée. Et je n'eusse pas su le crime qu'il a fait. Crime, hélas ! dont ses yeux m'ont plus que satisfait. Il faudrait qu'il eût eu la poitrine de Roche Pour tuer celui-là qui m'était le plus proche. Mais jamais par malheur il ne l'avait connu, Encore que chez nous il fut souvent venu. Pour ce que ma beauté lui fut toujours si chère, Qu'il semblait acheter l'absence de mon frère. Or bien que l'ignorance excuse tout péché, Il pense que le sien ne peut être caché. Sachant que les amants ne souffrent qu'en l'absence, Il veut aller bien loin en faire pénitence. Hé Dieu ! n'est-ce pas lui, qui tenant un bourdon, Vient encore une fois me demander pardon ? En fin ce dessein est d'aller en Terre_sainte.

SCÈNE VI.

LE ROI, furieux

Traîtres sortez d'ici, mes fureurs, et mes rages Me servent-elles pas d'Officiers et de pages ? Voulez-vous par dépit irriter votre Roi ? Laissez faire l'amour, je ne suis plus à moi. Je déteste, j'enrage. Ha ! Dieux ! Je désespère, Que le Ciel contre moi ne se met en colère ? Que la Terre ne s'ouvre, et qu'au bruit de mes cris Je ne fais soulever tous les malins Esprits ? Engeance de Sorciers ! Fantômes effroyables, Qui nous faites haïr les objets plus aimables, Venez m'empoisonner de fiel et de rancoeur, Et chassez le Tyran qui règne dans mon coeur. Faites moi confesser en l'ardeur qui m'enflamme, Que je n'ai plus d'amour qui ne soit tout de flamme ! Démons, ouvrez le sein d'un Monarque amoureux, Et faites y l'Enfer d'un Prince malheureux. Tenez, le voilà prêt, accourez je vous prie ; Mais ces Monstres cruels ont peur de ma furie. Foudre, grêles, éclairs, Quoi ! N'êtes vous là haut, Que pour faire combattre et le froid et le chaud ? N'osez-vous me frapper ? Faut-il que mes blasphèmes, Et mes cris insolents irritent les Dieux mêmes ? Faux Dieux que les Mortels ont formé de leurs doigts Là haut comme ici bas ils vous ont fait de bois. Puisque pas un de vous n'est sensible à l'outrage Que vomit contre lui ma furie et ma rage... Ha ! c'est ici le trône où la Divinité Ne souffre que je vive avec impunité. Mais, ô sainte Beauté, que seule je réclame, Contente toi du corps, et ne puni mon âme. Hélas ! Que te sert-il de me voir insensé, Te suffirait-il pas de me voir trépassé, Si du mal que je sens tu n'es pas satisfaite, Puni, puni de mort la faute que j'ai faite Traite moi, je te prie, avec plus de rigueur, Et ne me laisse plus si long temps en langueur. Las ! je me plains en vain, celle que je regrette, Animerait plutôt cette idole muette, Et je verrais plutôt son corps ressuscité Que je ne fléchirais son esprit irrité. Cruelle, si faut-il que je te témoigne encore, Quel pouvoir a sur moi ton ombre que j'adore, Ma bouche baisera ce chef-d'oeuvre parfait, Et bénira la main de l'ouvrier qui l'a fait : Mes yeux contempleront cette belle effigie, Où l'art semble avoir fait quelques traits de magie, Figurant ma Déesse avec tant de rapport Qu'on croit même de près que c'est elle qui dort. O divine Beauté ! depuis que tu reposes On n'a point vu mourir les oeillets ni les roses, Ton front majestueux, ton visage vermeil Conservent leur beau teint en dépit du sommeil, Et je crois que l'amour n'a fermé ses paupières Que pour mieux éviter leurs oeillades meurtrières, Quand ma belle perdit la lumière des Cieux Il fit cette figure agréable à mes yeux, Croyant que son idée empreinte en cette image Pourrait aucunement réparer ce dommage. Autre qu'Amour n'a fait un ouvrage si beau, Il suivit tout exprès Agarite sous l'eau, Afin de rapporter sa chevelure blonde, Que naguère en plongeant il a sauvé de l'onde. Beaux cheveux qui saurait que vous fûtes jadis Les cheveux du Soleil croirait ce que je dis, Qui verrait en ce lieu comme je vous adore, Verrait idolâtrer les atours de l'Aurore, Il serait amoureux de tout ce que je vois, Mais ce mol entretien est indigne d'un Roi, O paroles de femme, un homme de courage Se dut-il échapper a tenir ce langage ? Brise là ce discours et montre que tu peux Disposer ta raison à tout ce que tu veux. Ne souffre ce tyran qui règne sur la terre Et tâche désormais de lui faire la guerre. Pauvre Prince déjà ton courage abattu Pour complaire à l'amour a trahi ta vertu. Tu n'avais dans l'esprit qu'une bonne pensée Et le meilleur remède à ton âme blessée, C'est de perdre le soin de venir tous les jours T'entretenir ici de tes folles amours.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Policaste, Agarite, en Page, Phénice, Amelise.

POLICASTE

Tant de braves Seigneurs que le Roi tient à gages, Et que l'on voit suivis d'une troupe de Pages, Ne s'imaginent pas, me voyant à la Cour, Que je mène avec toi la prudence et l'amour, Si mon dessein était seulement de paraître, La sottise et l'orgueil me feraient mieux connaître, Le vice a plus de train que non pas la vertu, Chacun de ses couleurs désire être vêtu, Tel pour faire le brave en bonne compagnie, Engage sa Noblesse et vend sa Baronnie, Et souvent la plus part de tous ceux que tu vois Se vient faire de fête à la suite des Rois : Mais c'est pitié de voir que tant de volontaires, Au lieu de s'avancer y font mal leurs affaires, Je ne m'étonne pas si le monde s'en rit, Il n'est parmi les grands que d'avoir de l'esprit, J'ai partout des ressorts dont je fais des merveilles, Et si je ne fais rien que tu ne me conseilles. Amour en soit loué, c'est lui qui dans tes yeux Me montre les moyens de passer en tous lieux, Naguère qu' avec toi j'étais à la Campagne, Dedans ce beau château, que la rivière bagne, Le Dieu que nous servons me montrait les détours, Et les chemins secrets pour sortir de nos tours. Il m'a dit le premier cette nouvelle heureuse, Que le Roi languissait d'une fièvre amoureuse, Et m'a fait espérer, qu'en lui donnant secours, Je verrais à la fin réussir mes amours : Tant est que j'ai songé cette noble furie, Par quelque beau secret pouvoir être guérie. J'ai pensé qu'arrivant dans la chambre du Roi, Il nous pourra tous deux regarder sans effroi, Et qu'il perdra l'amour d'une muette idole, Si je puis seulement lui dire une parole. Qu'en dis-tu ? Si je puis le remettre en santé.

SCÈNE II. Corintie, en cavalier, Celidor, en pélerin.

CORINTIE

Mon amant doit passer au coin de ce bocage, En ce lieu je pourrai le guetter au passage, Cet ormeau que je vois, de lambruches couvert, Me peut mettre à l'abri de son feuillage vert.

Lambruche : Nom vulgaire donné, dans quelques cantons du midi de la France, à des ceps de vigne croissant spontanément et sauvages. [L]

SCÈNE DERNIÈRE. Le Roi, Policaste, Amelise, Phénice, Agarite, Medon, l'exempt, Celidor, Corintie.

LE ROI

Enfin cette beauté, dont je suis idolâtre, A changé ma fureur en une humeur folâtre, Je ne sens plus en moi ce transport furieux, Qui me venait de voir son portrait glorieux, Ma passion n'est plus dans la mélancolie, Et mon amour n'est plus qu'une douce folie, Qui porte mon esprit à parler seulement, A des choses qui n'ont, ni sens, ni mouvement. Ainsi dessus ce lit mon âme s'imagine Qu'elle adore en essence une Beauté divine, Et tout autour de moi je ne vois point d'objet, Que pour m'entretenir sur un si beau sujet. Ô Divine effigie, où l'humaine industrie A fait ce qu'elle a pu pour mon idolâtrie, Trouve bon qu'un pêcheur, et qu'un pauvre Mortel T'élève sur ce lit, comme sur un Autel. Et toi, divin Esprit, belle âme que j'honore, Puissance que je crains, Déesse que j'adore, Cependant qu'à genoux j'admire ton portrait, Fais que d'aucun des miens je ne sois point distrait. Ici puisse le Ciel répandre tant de Baume, Qu'il soit en Orient p[l]us cher qu'en mon Royaume : Ici brûle toujours tant de Myrrhe et d'Encens, Que l'on flaire du Ciel les odeurs que je sens, Comme si l'on avait parfumé toutes choses De l'essence des lys, et de celle des roses. O beau visage aimé d'un Prince malheureux, Ha ! vraiment ton bel oeil ne m'est plus rigoureux. Je te trouve aujourd'hui plus beau que de coutume ; Une plus noble flamme en mon âme s'allume, Et mon coeur est épris de tant de Majesté Que je vois sur le front d'une Divinité. En toi je ne crois plus adorer une idole : Et si tu me réponds une seule parole, Je croirai qu'à ce coup, pour m'ôter de souci, Une belle Déesse est descendue ici. Je croirai que l'Amour anime cet albâtre, Et n'invoquerai plus une image de plâtre. Ha ! Si tu me disais un seul mot, je pourrais M'en prévaloir beaucoup dessus les autres Rois : Mais, hélas ! T'en prier, c'est faire une insolence, Ta Majesté veut être adorée en silence.

LE ROI

La voici.

1 692 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica