Comédie en vers· Comédie en un Acte, en vers
Molière et Montespan
Personnages
- MOLIÈRE, âge alors de quarante-six ans (1668). MM. PAUL RAMEAU
- LE MARQUIS DE MONTESPAN, même âge à peu près. LELOIR
- CHAPELLE, joyeux viveur, poète à ses heures, (quarante-deux ans environ) BARRAL
- DE BRIE, actrice jouant les ingénues.... Mlle MARY GILLET
- LAFORÊT, gouvernante chez Molière....... Mlle MARIE BLANC
SCÈNE I. Laforêt, Molière.
Le théâtre représente une salle à manger chez Molière. Une porte dans le fond ; une à droite et une à gauche.
LAFORÈT, en train de mettre la table, à Molière qui entre par la gauche
Ah ! vous voilà, Monsieur ?MOLIÈRE, très fatigué
Me voilà !LAFORÊT, regardant son maître en face
Du souci ?...MOLIÈRE
Toujours.MOLIÈRE
Au contraire : il a fort désopilé les rates.S'asseyant.
Mais ce Mercure m'a rompu les omoplates.LAFORÊT, vivement
Jusques à quand, Monsieur, voulez-vous les jouer Ces rôles où de coups vous vous faites rouer, Sganarelle et Géronte, et Sosie, et vingt autres ?... Les rôles les plus doux devraient être les vôtres ; Vous toussez, il vous prend des hoquets en parlant, Vous revenez lassé, de sueur ruisselant ; Vous vous tuez enfin !MOLIÈRE, souriant
Là ! Ne sois pas si prompte...LAFORÊT, de même
Et puis, fatigue à part, j'aurais un peu de honte, S'il me fallait jouer les sots et les poltrons Et prêter, chaque soir, l'échiné à tant d'affronts.MOLIÈRE
Fais-moi chauffer du lait.LAFORÊT, insistant
Un verre de bon vin, une aile de poulet...MOLIÈRE, amèrement après un silence
Non, je ne soupe point !... Mais ma femme soupe, elle, N'est-ce pas ?MOLIÈRE, de même
Avec Lauzun, Chapelle, Guiche, Guérin... peut-être avec l'ingrat Baron, Mon élève, mon fils !...Se levant.
Ah ! Le voilà l'affront !... L'affront toujours vivant, qui me fait saigner l'âme !Après un silence.
Oh ! Si j'étais aimé seulement de ma femme ! Si, le soir, en rentrant, je la trouvais ici, Prête à noyer dans un sourire mon souci, Et, pour me faire accueil quand je parais morose, Offrant âmes baisers un joli bambin rose !... Si je pouvais, en les prenant sur mes genoux, Dire : « Assez pour autrui : vivons un peu pour nous ! » Comme je braverais les cris et la colère Des faquins emplumés à qui j'ai su déplaire, Des pédants, des fâcheux que mon vers fustigea Et des bigots qui m'ont cent fois damné déjà !... Mais, rien ! Le foyer froid et la maison déserte !LAFORÊT, qui est rentrée depuis un moment
Eh bien ! Et moi, Monsieur ?MOLIÈRE, à Laforêt
Pardon !SCÈNE II. Les Précédents, Mademoiselle de Brie.
DE BRIE, entrant vivement par le fond
Autre blasphème !MOLIÈRE, ébahi
De Brie ?...MOLIÈRE, ému
Ah ! Merci, chère enfant !Aux deux femmes.
C'était donc un complot ? Soupons alors !Il s'assied à table. Laforêt et de Brie vont et viennent par la porte du fond, et apportent une collation.
Six mois je n'ai bu que de l'eau Et du lait ; c'est malsain : au diable les tisanes Et les docteurs !LAFORÊT
Des ânes !MOLIÈRE, à Laforêt
Tu vas loin !DE BRIE
Oh ! non, mais ça viendra !MOLIÈRE
Dam ! si je suis malade ! Je raille Alceste quand je me sens trop maussade, Arnolphe quand ma femme a fui de la maison, Et Dandin quand je suis... trompé comme un oison !LAFORÊT
Quoi ! Vous y revenez ?DE BRIE, d'un ton câlin
Dites-nous donc, cher maître, Dans quels moments bénis de joie et de bien-être, D'Éliante et d'Agnès vous faites les portraits ?LAFORÊT
En quel temps avez-vous étudié de près, Pour les camper si bien, les deux poings sur les hanches, Ces sages en jupons trop courts et coiffes blanches Qui s'appellent Dorine et Nicole ?MOLIÈRE, à Laforêt
Ma foi, Celles-ci sont un peu tes parentes à toi.Regardant en souriant de Brie.
Les autres...DE BRIE, lui fermant la bouche
Taisez-vous !LAFORÊT, à de Brie
Hélas ! tout l'y ramène.MOLIÈRE, tristement et comme s'il était seul
L'ingrate !... et pour des sots !... Un Guérin d'Estriché, Un Baron, de succès galants tout entiché, Un Lauzun, courtisan bouffi d'effronterie...Guérin d'Estriché, Isaac-François [1636-1728] : Comédien du théâtre du Marais, puis de l'Hôtel Guénégaud. Il épouse Armande Béjart en 1677.
LAFORÊT, haussant les épaules
À quoi bon parcourir toute la galerie ?MOLIÈRE, faisant effort pour s'égayer
Laforêt a raison ! Quel pauvre homme je suis ! Allons, versez à boire, et noyons les ennuis. Il nous faudrait Chapelle.LAFORÊT
Un libertin damnable !LAFORÊT
La Fontaine et Boileau...MOLIÈRE
Pour le bonhomme, encor Passe, il est assez gai, mais l'autre vous endort. À propos, nous allons faire encore un esclandre : Le roi veut voir Tartuffe à son retour de Flandre ; Nous allons répéter demain.DE BRIE
Et j'y jouerai... ?MOLIÈRE
Marianne, parbleu !...DE BRIE, ingénument
Que je vous aimerai ! Car vous ferez Valère, et mon coeur en raffole. Sera-ce assez gentil !MOLIÈRE
Ah ! Chère tête folle ! Les rôles de barbon sont à présent mon fait, Et je vais, dans Tartufe, être un Orgon parfait.Barbon : Vieillard, avec une idée de dénigrement. [L]
DE BRIE, faisant la moue
Orgon ?... pouah !MOLIÈRE, amer
Vous verrez si j'y suis supportable, Et comme, en me cachant prestement sous la table, Ma femme....On entend des coups à la porte d'en bas.
Vivement.
On a frappé !À Laforêt.
Va voir si ce n'est point Armande.DE BRIE, montrant la table
Monsieur, pour répéter Orgon, Si vous vous cachiez là ?...On entend une grosse voix dans l'escalier.
Orgon dans Le Tartuffe se cache sous une table pour écouter Tartuffe parler à sa femme.
MOLIÈRE, écoutant
C'est un accent gascon !À de Brie, montrant la porte de droite.
Sauvons-nous... Je serai derrière cette porte, Et pourrais au besoin...Il sort par la droite.
SCÈNE III. MONTESPAN, LAFORÊT, DE BRIE.
LAFORÊT, à Montespan
Pour venir de la sorte, À dix heures, troubler d'honnêtes gens chez eux, Quels motifs avez-vous ?MONTESPAN, à deux hommes armés d'un bâton et que l'on entrevoit par la porte ouverte
Placez-vous là tous deux.Il place les deux hommes dans l'escalier.
À Laforêt avec violence.
Quels motifs ? Je t'ai dit que c'est à ses épaules Que ces gens les diront avec leurs grandes gaules ! Fais-moi venir ici ce bouffon éhonté !DE BRIE, effarée
Mon_Dieu !LAFORÊT, voulant courir vers le fond
Je vais crier !MONTESPAN, ironique
Les hommes sont cachés ?Allant à la porte du fond et frappant du poing.
Appelant.
Hé ! Molière !Molière entre par la droite et s'avance gravement et avec beaucoup de dignité vers Montespan qui recule un peu surpris.
SCÈNE IV. Les précédents, Molière.
MOLIÈRE, à Montespan, froidement et poliment
Monsieur, c'est moi que vous cherchez ?MONTESPAN, violemment
Je cherche l'insolent qui, devant le parterre, Vient de glorifier trois heures l'adultère ; Le rimeur immoral, doublé d'un histrion, Qui livre à Jupiter l'honneur d'Amphitryon. - Je veux le bâtonner, et c'est ce qui m'amène.DE BRIE, à part
Bon ! un Amphitryon dont on a pris l'Alcmène !MOLIÈRE, tranquillement
Je suis Molière.MONTESPAN, surpris
Vous ?MOLIÈRE
Moi... Mais quant au bâton, Je le subis en scène, et point dans ma maison.Allant à la porte de gauche et s'adressant aux deux hommes.
Sortez, drôles !Il ferme la porte au verrou.
MOLIÈRE
Vous êtes gentilhomme, Et je ne le suis point ; mais si vous consentez À laisser un moment vos noms et qualités, Je vous demanderai pourquoi tous ces outrages.MONTESPAN, de même
Des outrages ?... c'est vous, Monsieur, dont les ouvrages Insultent chaque soir, avec impunité, La noblesse, l'honneur, la foi, la chasteté ; Vous, qui n'avez jamais plus vives épigrammes Que contre les maris dont on séduit les femmes !MOLIÈRE, à part
Décidément, le bât le blesse en cet endroit.SCÈNE V. Molière et Montespan.
MONTESPAN, haussant les épaules
Ah ! bah ! Personne ne l'ignore Que cette Mortemart, hélas ! Nous déshonore.MONTESPAN, ironique
Il vaudrait mieux, je sais, être un mari commode Et poli, taisant tout, comme c'en est la mode, Sachant céder sa place, et, derrière le dos, Tendant sa main où son rival met des cadeaux... Mais je ne hais rien tant qu'un mari philosophe, Et tout Paris va voir de quel bois je me chauffe !MONTESPAN
Oui, Monsieur, devant tous, même devant Louvois (Que ma femme, toujours prévenante et gentille. Charge de me loger, dit-on, à la Bastille). Même devant le Roi !...MOLIÈRE, vivement
Marquis, vous vous perdrez.MONTESPAN, ironique
Oh ! Si de vos conseils, Monsieur, vous m'honorez !...MOLIÈRE, à part
Peste soit du bourru !MONTESPAN
Je viens des Pyrénées...MOLIÈRE, à part
On le voit bien : un ours !MONTESPAN
J'ai passé quatre années Dans un isolement complet, et, chaque jour, J'envoyais à ma femme un message d'amour, Suppliant, attendant le retour de l'ingrate... Sandis ! Ma patience est à bout, et j'éclate ! Et j'irai, dès demain, j'en fais ici serment, Reprendre Athénaïs à son royal amant...Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, puis Marquise Athénaïs de Montespan (1640-1707), fut la maîtresse de Louis XIV entre 1670 et 1678 et quitta le Cour de Versailles pour Paris en 1691.
MONTESPAN
Vous, Monsieur ! Vous avez loué cet adultère ! Vous êtes un de ces courtisans sans pudeur Qui des vices du roi lui font une grandeur, Qui chantent sa faiblesse à l'égal de sa gloire, Et lui comptent un crime au poids d'une victoire !MOLIÈRE, souriant
En un mot comme en cent, ma pièce vous déplaît ?MONTESPAN
Amphitryon, Monsieur, est l'oeuvre d'un valet Qui déprave son maître en approuvant ses fautes.. Le théâtre a, je crois, des missions plus hautes.MOLIÈRE
Et vous avez, Marquis, quelques prétentions À m'enseigner ici ces hautes missions ? C'est plaisant !... J'ai déjà fait quinze comédies, Par la ville et la cour chaudement applaudies, Où l'on trouve, il paraît, assez de vérité, Et qui peut-être iront à la postérité... Et, parce que le roi les soutient et les aime, Mes ouvrages sont tous dignes de l'anathème ?MONTESPAN
Eh ! s'il les aime, c'est que vous l'y flagornez, Et lui brûlez partout de l'encens sous le nez. Je comprends qu'il ait ri tout à l'heure et pour cause !... Votre pièce finit par son apothéose !...MOLIÈRE, ironique
Mais Plaute, qui traita ce sujet avant moi, Pensez-vous qu'il voulût aussi flatter le roi ?MONTESPAN
Morbleu ! L'on sait fort bien que messieurs les poètes, Ont toujours pour louer des fables toutes prêtes, Sur lesquelles ils vont rebrodant à nouveau, Les fades compliments dont est plein leur cerveau ; Vous n'eussiez pas choisi cette pièce romaine, Si le roi - Jupiter - n'eût pris ma femme - Alcmène...MOLIÈRE
Savez-vous bien, Marquis, que vous extravaguez, Et que les noms affreux que vous me prodiguez, Bien que je sois au fond un auteur philosophe, Pourraient bien me pousser à vous trouer l'étoffe ?MONTESPAN, orgueilleusement
Qu'est ce à dire ? un duel ? de vous à moi ?MOLIÈRE, simplement
Pardon ; Vous m'avez menacé de vos coups de bâton, Parce que vous avez des argousins à gage... Je suis plus modéré, je crois, en mon langage, Puisque, pouvant au roi raconter vos affronts, Je dis : « Si vous voulez, Marquis, nous nous battrons. »Silence.
MONTESPAN, s'apaisant tout_à_coup
Je le veux bien !... Au fait, ce doit être bizarre : Un duel de marquis à rimeur, et fort rare ! Or, j'ai juré de faire un scandale d'enfer : C'est entendu, Monsieur, nous croiserons le fer, Mais quand ?MOLIÈRE
Ce soir.MONTESPAN
Où donc ?MOLIÈRE
Un duel, ce n'est pas une affaire d'État ! Et, de même qu'il faut enfouir dans son âme Les affronts que l'on peut recevoir de sa femme...MONTESPAN
Le détour est adroit... mais je suis, là-dessus, Intraitable, et je veux que les affronts reçus Soient tous vengés ! Je veux qu'au fond d'un monastère Ma femme aille expier son brillant adultère ! J'ai déjà pris le deuil, ainsi que pour sa mort ; Mais comme le roi peut m'envoyer dans un fort Pour me punir d'avoir osé vouloir ma femme, Je veux, si mon pourpoint résiste à votre lame, Aller demain encor, comme j'ai fait tantôt, Me promener sous les fenêtres du château, À Versailles Déjà mon bizarre équipage Parmi les curieux a fait quelque tapage...MOLIÈRE, étonné
Quel équipage ?MOLIÈRE, éclatant de rire
En vérité, Vous êtes inventif par delà toutes bornes, Marquis ! Un noir carrosse agrémenté de cornes !... Je ne me battrai plus avec vous à présent.MONTESPAN, hautain
Pourquoi, Monsieur ?MOLIÈRE, riant
Pourquoi ? Vous êtes si plaisant, Vous ferez tel fracas avec votre équipée, Que j'aurais un regret mortel si mon épée Privait le bon public d'un spectacle si gai.MOLIÈRE
Excusez-moi, Marquis ! je suis malade, Et j'ai le plus souvent le naturel maussade ; Laissez-moi rire un peu, cela fait tant de bien !Il rit aux éclats.
MONTESPAN, dépité et faisant mine de s'en aller
Je suis fou de souffrir que ce comédien...On frappe du dehors.
MOLIÈRE, arrêtant Montespan qui veut sortir
Ne bougez pas, Marquis.SCÈNE VI. Les Précédents, Laforêt par moments, puis Chapelle et De Brie.
LAFORÊT, traversant la scène de droite à gauche
On frappe encor.Elle sort à gauche et on l'entend crier.
Qui vive ?VOIX DE CHAPELLE dans l'escalier
As-tu peur, Laforêt ?MOLIÈRE, joyeux
Chapelle ! un gai convive, Un bavard endiablé, marquis, que celui-là, Et qui peut vous aider à faire de l'éclat ! Il a deux cents amis qui sauront la nouvelle Au point du jour, et la répandront avec zèle...MONTESPAN, vivement
Je ne veux point, Monsieur, d'un pareil allié ! Et puis j'ai réfléchi... Que tout soit oublié. Vous avez quelques droits à me railler peut-être ; Chapelle n'en a point.MOLIÈRE, montrant la table encore servie
Alors, daignez vous mettre À cette table, et boire en galant compagnon.Montespan s'assied. - Appelant.
De Brie !DE BRIE, accourant par la droite
Qu'est-ce ?MOLIÈRE, à de Brie
Chapelle est là, reprenez votre place.DE BRIE, s'asseyant à table, à part, voyant entrer Chapelle
Ah ! Nous sommes sauvés !CHAPELLE, courant à Molière
Chapelle est un peu pris de vin pendant la première moitié de la scène.
Viens çà que je t'embrasse Pour le chef-d'oeuvre exquis que tu nous as donné !Il embrasse Molière, Laforêt, et veut embrasser de Brie qui le
MONTESPAN, à part
Encore un complaisant ? Je suis assassiné !MOLIÈRE, à Chapelle
Assieds-toi là, près de ce gentilhomme, Un de mes vieux amis de Gascogne... et qu'on nomme... Seigneur du Mont-Perdu, marquis de Bois-Jaloux.MONTESPAN, se cabrant, à part
Mordieu ! L'impertinent !CHAPELLE, à Montespan
Marquis, je bois à vous ! À la vôtre, de Brie, adorable ingénue !À Laforêt qui sert à table.
Tu ne bois pas un coup pour fêter ma venue ? Grand critique en jupons, dont le simple bon sens Vaut mieux que le savoir de quarante pédants !Buvant, à Molière.
Ho ! Ton vin est meilleur qu'à la Croix-de-Lorraine. C'est donc là, vieux sournois, ta source d'Hippocrène ? Comme je comprends bien les petits vers exquis De ton Amphitryon ! - À la vôtre, marquis !Il boit.
Chantons-nous pas un peu, comme autrefois ? J'enrage De voir qu'autour de moi le monde devient sage !Il chante :
« Ô mes bons compagnons, jadis Buveurs sans honte et sans reproche, Quel hiver vous a refroidis ? Vous ne buvez que l'eau de roche ! Las ! Et vous oubliez les nuits Où les muids succédaient aux muids, Où les verres pleins de cervoise ! Se vidaient si dévotement, Où le vin, nectar écumant, S'épandait en verve grivoise ! »REFRAIN.
« De notre bande au cabaret Ô l'éternelle beuverie ! Quels pots de vin, brun ou clairet 1 Blanc ou bleu notre confrérie Vidait jadis au cabaret ! Dans mon vin qui rit, ô regret ! Je bois une larme attendrie ! »2ème COUPLET.
« Racine est mort, mort est Boileau, Puisque leurs pâlissantes trognes Ne se mirent plus que dans l'eau, Dans l'eau, ce poison des ivrognes, Toi, Saint-Amand, ô buveur-roi, Tu cuves dans un tombeau froid Ton dernier vin. Rigide et calme, Tu te rappelles maintenant Ces tournois où pas un tenant N'osait te disputer la palme ! De notre bande au cabaret... » etc.MOLIÈRE
Ta chanson n'est point gaie.MOLIÈRE, mélancolique
Il est vrai. Le bon temps !... t'en souvient-il, de Brie ?CHAPELLE, gaiement
Voyons ! Cette larme attendrie, C'est pour la rime !... Diable ! Un Chapelle versant Des larmes dans son vin ? Ce serait amusant ! - A la vôtre, Marquis !Nouveau silence.
Et la pièce nouvelle, Amphitryon, comment la trouvez-vous ? Fort belle, N'est-ce pas ?MONTESPAN, renfrogné, montrant Molière
J'en ai dit tantôt mon sentiment.CHAPELLE, de même
Admirez-vous surtout ce leste dénouement, Et la moralité qui de l'oeuvre transpire ?MONTESPAN, irrité
Hum !MOLIÈRE, bas à Montespan
Vous vous trahirez !CHAPELLE, déclamant
« Faisons trêve aux discours, Et que chacun chez soi doucement se retire : Sur telles affaires toujours Le meilleur est de ne rien dire. »Vers par lesquels Sosie termine Amphitryon.
MONTESPAN, se contenant à peine, à part
J'enrage !MOLIÈRE, bas à Montespan
Calmez-vous.CHAPELLE
Et Jupin s'enfuyant Vers l'Olympe, et laissant Amphitryon béant ?Jupin : autre nom de Jupiter.
MONTESPAN, éclatant et bousculant la table
Corbleu ! Ce dénouement vous en parlez à l'aise ! Courtisans débauchés, je comprends qu'il vous plaise, Car tout vous semble bien dès que le maître a ri ! Mais que si vous étiez le malheureux mari, Tous trouveriez cela bien moins plaisant, en somme.CHAPELLE, stupéfait, à part
Ah ! diable ! j'ai marché sur les cors du bonhomme !MONTESPAN, continuant
Si vous étiez, ayant atteint l'âge que j'ai, Les époux d'un tendron qui vous donnât congé, Qui vous laissât moisir pendant plusieurs années Dans un manoir désert, là-bas, aux Pyrénées, Et traînât loin de vous, avec votre blason, Des bâtards destinés à porter votre nom, Vous trouveriez alors que l'affront est sensible, Et qu'un mari... trompé, ce n'est pas si risible !CHAPELLE, bas à de Brie
Son nom de Bois-Jaloux est dignement porté !DE BRIE, bas à Chapelle
Mais ce n'est point son nom.CHAPELLE, de même
Comment ?De Brie qui parle bas.
En vérité ?Se levant, à Montespan, montrant Molière.
Marquis, excusez-moi. J'ignorais par sa faute Que mon ami chez soi possédât un tel hôte...CHAPELLE, à part
Au diable le butor !MONTESPAN, à Molière
Quant à vous qui prêchez cette morale obscène, Et traînez les maris trompés sur votre scène...MOLIÈRE
Mais en les y mettant c'est moi que j'y produis ! Vos griefs contre moi vont être bien réduits Quand vous saurez qu'au fond de ma philosophie (N'allez pas répéter ce que je vous confie !) Se cachent les tourments d'un mari malheureux : Je raille les jaloux, mais je suis l'un d'entre eux...MONTESPAN, dédaigneux
Oh ! Les conditions, Monsieur, sont différentes : Le théâtre, on le sait, a des moeurs tolérantes, Des amours passagers, éclos en un instant, Et qu'avec son costume on dépouille en sortant. On s'y prend, on s'y quitte, on s'y reprend encore, Mais une trahison jamais n'y déshonore, Et l'on doit peu souffrir quand un caprice rompt Ou dénoue un lien à se former si prompt.MOLIÈRE, amèrement
Voilà ce que partout on nous jette à la face : Au théâtre, tout n'est que fard et que grimace ; Un coeur n'y bat jamais à l'abri d'un pourpoint ; Sous le comédien l'homme n'existe point, C'est en-tendu !... Que si l'acteur est un poète, Il n'a rien dans le coeur, tout lui vient de la tête. Il fait pleurer et rire, il place devant vous Des hommes bien vivants, des sages et des fous, Arnolphe aimant Agnès, Alceste ? Célimène, Tous payant leur tribut à la faiblesse humaine... C'est fort bien ! Mais celui qui les fait discourir, N'a ni le droit d'aimer ni le droit de souffrir ; Il ne peut éprouver ce qu'aux autres il prête, Car ce n'est qu'un acteur et ce n'est qu'un poète ! Quelle dérision !CHAPELLE
Bien, Molière !... Boileau, Dans son fameux sermon sur les charmes de l'eau, Sermon pendant lequel il but mainte rasade, Ne fut, au prix de toi, qu'un endormeur maussade.Molière tousse.
DE BRIE, à Molière
Mais cela vous fait mal d'y mettre tant de feu !SCÈNE VII. Montespan, Chapelle, Laforêt.
LAFORÊT, à Montespan
Vous voulez donc, marquis, lui faire rendre l'âme, Franchement !... Hé ! Morbleu ! Que nous fait votre femme ? Elle vous trompe... Quoi ! Vous avez du souci ? Mais la nôtre est pareille, et nous en donne aussi !...MONTESPAN, furieux
Un partage ! Jamais !CHAPELLE
Je sais tel grand seigneur Qui prendrait votre affront pour un excès d'honneur ! Tandis que lui, Marquis, sa femme le délaisse Pour deux ou trois galants de roturière espèce, Et descend de l'auteur d'ouvrages éternels À Guérin et Baron, deux bouffons solennels !CHAPELLE, lui montrant Molière, rentrant à droite, la main sur l'épaule de de Brie
Toutes ? non. Regardez : il en est de fidèles.SCÈNE VIII. Les Précédents, Molière, De Brie.
DE BRIE, à Molière, avec intérêt
Vous ne souffrez plus ?MOLIÈRE, ému
Non. Merci, ma chère enfant !DE BRIE, de même
Quand vous toussez ainsi, j'ai mon coeur qui se fend ! . - Chassez cet importun, ne gardons que Chapelle... Je vous dirai mon rôle.MOLIÈRE, regardant de Brie, à part
Aussi bonne que belle !.. Pauvres coeurs méconnus que nous sommes tous deux !Haut, en souriant.
Éliante !DE BRIE, souriante
Alceste !CHAPELLE, à Laforêt, montrant Molière et de Brie
Hé ! Ce sont des amoureux !LAFORÊT
Plût à Dieu que mon maître oubliât son Armande, Et qu'il aimât ailleurs !À la vue de Molière souffrant, il se produit chez Montespan, bon coeur au fond, un apaisement subit.
MONTESPAN, à Molière, avec douceur
Monsieur, je vous demande D'oublier mes gros mots et mes emportements, Nous souffrons tous les deux, je vois, mêmes tourments ; Vous savez les cacher, vous pouvez même en rire Et changer en leçons pour nous votre martyre : Je suis moins philosophe, ou moins fort de moitié, Et pour qui me trahit mon coeur est sans pitié !...MOLIÈRE, interrompant
Mais pourquoi les montrer, ces tourments qu'on ignore ? C'est par le bruit qu'on fait que l'on se déshonore.MONTESPAN
Eh bien, je me tairai, je l'essaierai du moins, Et pour mieux dévorer mes affronts sans témoins, Je reprends le chemin de nos chères vallées, Qui de ces trahisons ne sont jamais troublées, Et qui n'ont pour tout bruit que le chant des oiseaux, Le murmure du gave et la voix des troupeaux. Je me fais paysan, je retourne mes terres, J'ensemence de blé nos landes solitaires, Je répands par mes prés des vaches et des boeufs, Et des moutons bêlants sur mes coteaux herbeux. Je taille en mon verger les pêchers et les treilles, Veille à la basse-cour, au vivier, aux abeilles... Parfois, pour me distraire, armé d'un long roseau, Je jette l'hameçon aux truites du ruisseau, Puis prenant un épieu, fièrement j'accompagne Dans leurs chasses à l'ours, mes voisins de montagne, Les seigneurs de Biron, dont les pères jadis, Ont mis le Béarnais sur le trône des lis, Et qui, disgraciés, oubliés de Versailles, Ont gardé leur honneur intact et leurs murailles.Gave : Nom que l'on donne dans les Pyrénées aux cours d'eau plus ou moins considérables qui descendent des montagnes. [L]
MOLIÈRE
Voilà des sentiments tels qu'on en doit avoir Quand on souffre, Marquis !... Allez donc les revoir Ces bois, ces champs, ces prés, ces terres paternelles, Qui, quand tout nous trahit, nous demeurent fidèles, Dissipent nos chagrins, apaisent nos remords, Nous nourrissent vivants et nous abritent morts.MONTESPAN, à Molière
Venez donc avec moi vous rasséréner l'âme.MONTESPAN
Votre oeuvre ?MOLIÈRE
Oui. Vous allez défricher vos guérets, Ensemencer vos champs, replanter vos forêts Or j'ai... ma terre à moi, dont je suis idolâtre, Que je veux féconder aussi, c'est le théâtre. Terre ingrate, terrain perfide, où si souvent Le grain ne lève pas et se dessèche au vent ! Terrain que, jusqu'ici, des laboureurs frivoles Avaient ensemencé d'ivraie et d'herbes folles, Et qu'en tout sens je veux remuer, assainir, Afin que les moissons y puissent bien venir. - En termes clairs, je veux mettre encor sur la scène Quelques échantillons de la sottise humaine ; Tourner et retourner l'homme dans tous les sens, Lui montrer ses côtés odieux ou plaisants, Et, d'aimables dehors habillant ma satire, Faire un peu réfléchir en faisant beaucoup rire.MONTESPAN, séduit
Ah ! vous avez raison ! Tenez, j'étais un sot Quand sur votre métier je vous raillais tantôt. Continuez, Monsieur, fustigez sans faiblesse Les marquis fanfarons entichés de noblesse, Les bigots, les fâcheux, les niais, les bourrus, Les pédants dont les noms se terminent par us, Ou par es, les Cathos, oracles des ruelles... Mais réservez toujours quelques flèches cruelles Pour les maris trompés qui viennent, comme moi, Se plaindre de l'honneur que leur fait le grand roi.CHAPELLE
Marquis, je suis charmé de vous voir raisonnable. Cet heureux changement veut qu'on le fête à table.Il se rassied.
MONTESPAN, allant pour se rasseoir aussi
Que le roi garde en paix son illustre catin ! Je vais faire enlever mon fils le duc d'Antin, Pour qu'il ne soit jamais perverti par sa mère, Ni coudoyé par les enfants de l'adultère ; Et, mettant vingt pays entre ma femme et moi, Attendre le moment.Coups répétés à la porte.
UNE VOIX, du dehors
Ouvrez ! au nom du roi !MOLIÈRE
Comment ?DE BRIE, à Laforêt
J'ai peur !CHAPELLE, vite
C'est... la force publique, Le guet, que nous avons tantôt... avec Faret Et d'autres... tu comprends... ! Sortant du cabaret, Nous avions le sang chaud, et, transformant les rôles, Nous avons quelque peu mis en fuite ces drôles.VOIX DU DEHORS, Bruit d'armes sur le seuil
Ouvrez !SCÈNE IX. Les Précédents, moins Molière.
MONTESPAN, à Chapelle
Si c'était moi, Monsieur, que l'on vînt arrêter ?CHAPELLE, incrédule
Ah ! bah ! Prenons au moins ce flacon délectable ; La prison en janvier, est très peu confortable, Et l'eau pure est si froide !Il empoche la bouteille.
Un coin de ce pâté Pour faire contre-poids.Il met une tranche de pâté dans l'autre poche.
Allons, je suis lesté.Il va pour sortir.
MONTESPAN, l'arrêtant
La troupe que tantôt vous avez mise en fuite ?...CHAPELLE, vivement
Était là, sous le mur, à droite.CHAPELLE, obstiné
Pardon ! je ne me trompe pas, Marquis, et le guet seul peut filer de ce pas. Vos hommes aux talons portent-ils donc des ailes ?MONTESPAN,à part
Poltrons !CHAPELLE, à Laforêt et de Brie, buvant
Encore un coup. - Adieu, Mesdemoiselles.LAFORÊT, émue
Pauvre ami !SCÈNE X. Les Précédents, Molière.
MONTESPAN
Moi ?MOLIÈRE
Vous.CHAPELLE, ébahi
Voyons, est-ce pour plaisanter ?MONTESPAN
Je reconnais ma femme à cette ignominie, Et ce valet brutal qu'on appelle Louvois ! D'un époux trop gênant on étouffe la voix, C'est dans l'ordre, et les rois ont construit la Bastille Pour mettre le mari dont la femme est gentille.MOLIÈRE
Votre absurde carrosse est cause de cela ! Mais le roi, j'en suis sûr, ignore cet éclat ; Je le verrai demain.CHAPELLE, à Montespan (contre-partie du jeu de scène précédent)
J'ai regret...MOLIÈRE, rêvant
L'idée est singulière... Et cependant... Allons, tout pourra s'arranger...Tous le regardent surpris.
CHAPELLE
Que dit-il ?CHAPELLE, stupéfait
Hé ! Comment ?MOLIÈRE, de même à Chapelle
C'est toi que l'on appelleÀ Montespan.
Marquis de Montespan, et vous êtes Chapelle.MONTESPAN, fièrement
Monsieur !MOLIÈRE, à Montespan
Hâtez-vous donc.CHAPELLE, à Molière
Es-tu fou ?MOLIÈRE, à Chapelle, montrant le marquis
Si c'est lui Qu'on encage, il en a pour de longs jours d'ennui : La prison s'ouvre vite, et lentement se rouvre ; Tandis que si c'est toi, demain tout se découvre, Je vais parler au roi, l'on voit qu'on s'est trompé, Et tu sors, quand Monsieur sans bruit a décampé.MONTESPAN
Je ne puis me prêter à pareil subterfuge ; Qu'on m'emprisonne, soit ! il faudra qu'on me juge.MOLIÈRE, impatienté
Hé ! l'on ne juge point ceux qu'on arrête ainsi ! On vous enterrera dans un fort, loin d'ici, À Pignerol, ou bien au Château d'If, n'importe...Le Château de Pignerol est la prison où est enfermé le surintendant des Finances Nicolas Fouquet depuis 1667 à 1680.
Le Château d'if est une prison sur une île au large de Marseille.
CHAPELLE, généreusement, et d'un ton moitié plaisant
Je me dévoue, allons, cette raison l'emporte ! Et puis, c'est un bon tour, digne de Rabelais.Montespan et Chapelle échangent leurs pourpoints et leurs chapeaux.
MONTESPAN, se contemplant dans son nouvel accoutrement, à Molière
Corbleu ! L'on me prendrait pour un de mes valets !MOLIÈRE, à Montespan
Sous un déguisement la fuite est plus aisée.CHAPELLE, à Molière, se carrant dans son nouvel habit
Aurai-je d'un marquis la démarche empesée ?MOLIÈRE, à Chapelle, le poussant vers la porte
La nuit est noire, va, cher ami, dors en paix !MONTESPAN, s'examinant toujours, à part
Que je me semble gueux !CHAPELLE, même jeu, à part
Que je me trouve épais !MONTESPAN, même jeu
Mes gens en me voyant me fermeront la porte !CHAPELLE, même jeu
Si ma mère m'eût vu fagoté de la sorte !MOLIÈRE, intervenant
Vous êtes bien tous deux.CHAPELLE, à Montespan
Rendez donc le flacon.Il reprend le flacon dans la poche de Montespan.
Et le pâté !Il reprend le pâté. - À de Brie et Laforêt.
C'est dur pourtant pour un garçon De remplacer un vieux jaloux.DE BRIE, avec une gravité comique
C'est héroïque !CHAPELLE, de même
Pour un épicurien, je me trouve stoïque !À De Brie.
Si vous vouliez pourtant, charmante, d'un baiser Adoucir les ennuis où je vais m'exposer !CHAPELLE, à Molière
Tu viendras me chercher ?CHAPELLE, l'interrompant
J'espère bien que non ! Je suis célibataire, Et veux l'être jusqu'à ce qu'on me porte en terre.MOLIÈRE, poussant Chapelle vers la gauche et le saluant gravement
Finissons ces discours, Marquis ; on vous attend.CHAPELLE, se décidant, à part
Pour faire un peu de bien, qu'il en coûte pourtant !Ouvrant la porte de gauche et s'adressant à l'exempt avec solennité.
Est-ce à moi qu'on en veut ?CHAPELLE, se livrant
C'est moi.LAFORÊT, attendrie
Pauvre Chapelle !SCÈNE XI. Les Précédents, moins Chapelle.
MONTESPAN
Je vois que j'ai blessé, dans ma jalouse rage, Un homme dont l'esprit égale le courage !Tendant la main à Molière.
Votre ami pour toujours, Monsieur Molière !MONTESPAN, se récriant
Non, sur ma foi !... Serviteur ? Allons donc ! Je vous tiens pour un maître, Et vous embrasserai, si vous voulez permettre.Ils s'embrassent.
LAFORÊT, bas à Molière, montrant le marquis
Il n'a pas celui-là des boutons de cristal À son gilet ! Et moi, qui le croyais brutal ! Le pauvre homme !MONTESPAN, à de Brie, à mi-voix
Ah ! Tenez, vous êtes belle et douce ; Aimez ce grand esprit, que sa femme repousse, Égayez son logis, soufflez-lui de beaux vers, Et guérissez son coeur des maux qu'il a soufferts !DE BRIE, ingénument
Ce conseil est oiseux, marquis, je vous l'atteste : Éliante ne peut aimer jamais qu'Alceste... Aussi, quand Célimène a troublé sa raison, En lutin familier, je viens à la maison ; Je saute, je babille ainsi qu'une écolière, Et mets toute ma gloire à dérider Molière.MOLIÈRE, à Montespan, riant
Quoi ! vous contez fleurette à de Brie, à présent ?... Il faut quitter Paris, le danger est pressant ; On peut s'apercevoir de notre stratagème.MONTESPAN
Hélas ! partir la nuit, comme un voleur, sans même Récompenser celui qui pour moi s'est livré ?MOLIÈRE, de même
Chapelle ? Hé ! N'a-t-il pas votre pourpoint doré ? Il le vendra pour boire. - Allons, et faites hâte.MOLIÈRE, avec reproche
Fi ! Marquis, je croyais tous ces transports calmés.MONTESPAN, avec mélancolie
Vous les comprenez bien, Monsieur, si vous aimez !MONTESPAN, de même
Je ne peux !MOLIÈRE, à Montespan
Auprès de vos cascades, À l'ombre de vos bois, le calme en votre sein Renaîtra : la nature est un grand médecin...MONTESPAN
Et vous aussi, Monsieur ! Vos paroles sensées Ont remis l'équilibre au fond de mes pensées, Et je vous dois, non pas seulement d'éviter Le cachot où Louvois espérait me jeter, Mais de comprendre aussi, quoiqu'un peu tard en somme, Ce que, dans mon malheur, doit faire un galant homme. Votre Sosie, au fond, n'a pas un si grand tort, Et j'applaudis les vers que j'ai blâmés d'abord :559 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica