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Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes, en Vers

Augusta

Fabre d'Eglantine· créée en 1787· 5 actes· 1 239 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois sur le Théâtre Français le 8 octobre 1787.

Personnages

  • AUGUSTA, grande prêtresse de Vesta. Mme Vestris
  • DOMITIUS, Consul romain. Mr Gran*****
  • AGATHOCLE, fils d'Augusta. Saint Fol
  • FULVIE, Vestale
  • MAXIME, grand prêtre de Jupiter. Maudet
  • CENSEURS
  • TRIBUNS
  • PEUPLE
  • PALLANTE, Chef des Licteurs
  • LICTEURS

ACTE PREMIER

Le théâtre représente le péristyle du temple de Vesta. La statue de cette déesse est unepeu au-dessus de l'avant-scène, du côté gauche de l'acteur . Elle est représentée sous les traits d'une vierge fleurie et potelée, assise sur un tertre et couronnée de roses, tenant un tambour à la main. C'est ainsi que Scopas l'avait sculptée, au rapport de Pline.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Augusta, Fulvie.

AUGUSTA, apercevant Fulvie qui est arrivée jusqu'à elle

Ne quitte point l'autel, laisse couler mes pleurs, Laisse-moi ; que veux-tu ?

AUGUSTA

Ah !

AUGUSTA

J'eus un père orgueilleux ; ce fier patricien Estima peu le rang de simple citoyen. Dès que j'eus vu le jour ; sa superbe faiblesse Aux autels de Vesta destina ma jeunesse. Tu vois tous les honneurs dont on flatte nos maux. Les licteurs prosternés abaissant leurs faisceaux ; Peuple, guerriers, sénat, consuls, dictateur même ; Tout nous défère ici la dignité suprême. La coupable flétri par un arrêt de mort. À la hache homicide échappe à notre abord. Jusques à nos parents nos rayons rejaillissent. Et de notre splendeur leurs coeurs s'enorgueillissent Vain dédommagement d'un supplice éternel ! Tant de gloire toujours se pleure sur l'autel. À cet autel fatal je fus donc destinée. À peine je touchais à ma quinzième année, Que dans jeune coeur la nature et l'amour Portèrent, malgré moi, les feux d'un nouveau jour. Le grec Léonidas était alors dans Rome ; Un diadème encor n'ornait pas ce grand homme : Il m'aima, je l'aimai. Ma mère dans ce temps Voyait avec orgueil s'embellir nos printemps. Pour une fille aimante, en ses douces caresses. Que le coeur d'une mère enferme de faiblesse : Ivre de son amour, fière de ses liens Aux penchants de sa fille elle soumis les siens ; Son sein de mes secrets devint dépositaire ; Léonidas gagna cette facile mère ; Et grâce à tous nos soins un hymen clandestin En l'absence d'un père unit notre destin. Imprudente : je crus à cette union prospère ! Le ciel vengea bientôt l'autorité d'un père ! La guerre, qu'excita Xercès en son courroux, Dans Sparte en peu de jours rappela mon époux : En vain je fis parler et l'épouse et l'amie, Le coeur d'un Spartiate est tout plein de sa patrie ; Je n'ose l'en blâmer. Il me quitta... grands dieux ! Il ne me souviens point de de ses tristes adieux, Que mon coeur oppressé par un torrent de larmes, Ne renouvelle encor ses mortelles alarmes. Qu'alors comme aujourd'hui j'eus raison de pleurer ! Qui m'eût dit qu'à jamais j'allais m'en séparer ! Hélas ! j'appris bientôt que déjà dans la tombe Il reposait couvert d'une triple hécatombe, Couvert, en digne chef de la fleur des guerriers, Des larmes de la Grèce et de tous ses lauriers. Un même jour enfin me rendit veuve et mère ; Des pleurs que je versai sur le trépas du père Le fils se vit couvert, en ouvrant l'oeil au jour ; Et la nature ainsi désespéra l'amour.

SCÈNE III. Les précédents, Agathocle.

SCÈNE IV. Les précédents, Domitius, Agathocle.

SCÈNE V. Augusta, Domitus.

SCÈNE VI.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Augusta, Fulvie.

AUGUSTA, entrant précipitamment sur la scène avec tous les signes de la désolation

Laisse-moi, laisse-moi... je veux mourir, Fulvie. Agathocle... mon fils !...

SCÈNE II.

SCÈNE III. Augusta, Domitius.

Domitius précédé des licteurs qui, à l'aspect de la grande prêtresse de Vasta, mettent bas leurs faisceaux, suivant le coutume des Romains. Domitius fait digne de se retirer.

AUGUSTA, d'une voix involontaire

Dieux puissants.

AUGUSTA

Seigneur...

Augusta étend ses mains vers Domitius avec gradation jusqu'à vouloir tomber à genoux. Domitius la repousse.

DOMITIUS

Eh bien ?

AUGUSTA

Seigneur, ah ! Ne le perdez pas !

Domitius repousse Augusta sur un fauteuil ménagé derrière elle.

DOMITIUS

Achevez.

SCÈNE IV. LEs précédents, Maxime.

SCÈNE V. Domitus, Maxime.

ACTE III

Le théâtre représente la salle du prétoire ; Domitius est seul assis sur la chaise curule un peu au dessus de l'avant scène, sur le côté de l'acteur. Les censeurs sont debout à droite, les tribuns à sa gauche. Maxime arrondit le cercle vers le milieu de la scène. Une nombreuse foule de peuple se tient derrière ces principaux personnages et remplit la salle.

SCÈNE PREMIÈRE. Domitus, Maxime, Censeurs, Tribuns, Peuple.

SCÈNE II. Les précédents, Agathocle enchaîné, Licteurs.

AGATHOCLE

Je n'en demande point ; et toujours plus altier ? Je ne descendrais pas à me justifier, Si la secrète voix, qui me presse et me crie, Ne m'ordonnait, Seigneur, de défendre ma vie. Errant, persécuté, sans patrie et sans biens, Mes jours sont chers encore à ceux dont je les tiens : Ce qui, pour ma vertu, deviendrait une injure, Est un devoir sacré qu'impose la nature ; Je me défendrai donc, non pas avec fierté, Mais avec la candeur de la simplicité. Romains, dans vos remparts j'ai choisi mon asile ; Sur la publique foi je m'y croyais tranquille ; Me punisse le Ciel si mon coeur à jamais De l'hospitalité méconnu les bienfaits. Réunis avec moi par l'attrait du même âge, Quelque jeunes Romains, dont j'ai le témoignage, Touchés de mes regrets, de ces pleurs éternels, Versés sur le trépas du plus sain des mortels, Souvent, m'ont demandé d'une vois importune, Le douloureux récit d'une excès d'infortune ; Moi, qui, dans mes malheurs et dans leur souvenir, Trouve, peut-être, encore un reste de plaisir, Je le ai satisfaits ; et, gloire en soit à Rome ! Leurs pleurs ont honoré les les mânes d'un grand homme ! C'est trop peu de peindre à leurs sens éperdus Le trépas de Socrate, et j'ai dit ses vertus. « Pleurez leur ai-je dis, innocente jeunesse, Pleurez mon digne maître et sa sainte vieillesse : Âme pure et tranquille en sa simplicité ; Sa vertu fut sans faste et sans austérité : Riche, en dépit du sort, d'une heureuse ignorance. Bien mieux que les savants il prêchait l'innocence ; Et haï des pervers , ne se montra jamais Qu'insensible à l'outrage et sensible aux bienfaits. Tel était ce mortel, que la vois de l'oracle Nomma de la vertu la gloire et le miracle, Mes amis, à ces mots, par des cris généreux Me pressent d'achever ce tableau douloureux. Hélas ! disais-je alors, cette vertu céleste D'un glorieux trépas fut le cause funeste : Des prêtres orgueilleux, de pieux forcenés Se montrèrent bientôt contre lui enchaînés, Et, de trois cents vieillards corrompant la justice, Parvinrent à traîner la sagesse au supplice. »

SCÈNE III. Domitius, Agathocle.

Domitius, après que tout le monde est sorti, remonte le théâtre pour voir si personne ne peut entendre. Tout à cou prenant une marche différente, il vient prendre Agathocle par la main avec rapidité et le ramenant jusqu'au bord de la scène, il lui parle avec chaleur.

AGATHOCLE, troublé

Au temple de Vesta ?...

SCÈNE IV. Les précédents, Augusta.

AUGUSTA, voulant aller à son fils

Un moment, écoutez...

AUGUSTA

Je me meurs...

Elle tombe sur la chaise où était assis précédemment Domitius.

SCÈNE V. Domitius, Augusta.

AUGUSTA

Hélas !

SCÈNE VI.

ACTE IV

Le théâtre représente une prison. Agathocle n'est plus enchaîné.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Agathocle, Augusta.

AUGUSTA, après s'être jetée dans les bras de son fils, s'en arrache, et cachant sa tête dans ses mains, va s'asseoir sur un banc de pierre et pleure à chaudes larmes

Ah !

SCÈNE III. Augusta, Agathocle, Domitius.

Les acteurs sont rangés dans cette scène suivant leur position à commencer par la droite de l'acteur.

AUGUSTA, effrayée courant à Domitius

Seigneur...

AGATHOCLE, arrêtant sa mère

Que faite vous ?

DOMITIUS, après avec hésité un moment

Rien, rien. L'hymen, la mort ; Choisissez.

SCÈNE IV. Les précédents, Pallante, Licteurs.

AUGUSTA, voulant embrasser son fils

Mon fils ! Au moins que dans tes bras...

DOMITIUS, lui barrant le passage, aux licteurs, montrant Agathocle

Qu'au prétoire soudain Il aille de ma bouche attendre son destin. Nous verrons si la mort n'a rien qui l'épouvante.

Au chef des licteurs, en montrant Augusta.

Qu'on la garde ici même.

AGATHOCLE, qu'une partie des licteurs entraîne

Adieu.

DOMITIUS, d'un ton intrépide et furieux

Qu'on suive mes arrêts. Qu'elle ne sorte pas. Respectez mes décrets. À ma suprême voix que votre frayeur cesse ; Au nom de Rome enfin, qu'on garde la Prêtresse.

Les licteurs qui sont restés avec leur chef. Pallante entourent Augusta et l'emmènent du côté droit de l'acteur. Domitius sort furieux du côté opposé qui est l'entrée ordinaire de la prison.

ACTE V

Le théâtre représente le roc tarpéïen dont l'éminence n'est que de quelques pieds au dessus du niveau du théâtre avec lequel elle se joint par une pente. Derrière la roc on voit à peine les éminences des principaux édifices de la ville de Rome, comme pour faire sentir la hauteur du rocher et la profondeur du précipice. L'éminence du roc n'occupe que la moitié du fond, l'autre moitié laissant ce roc isolé fait mieux découvrir le fille. Du c^poté de l'acteur est une porte qui forme l'entrée de la place du Capitole ; de l'autre est la façade du temple de Jupiter Capitolin.

SCÈNE PREMIÈRE. Maxime, Peuple, Censeurs.

SCÈNE II. Agathocle, Maxime, Licteurs.

SCÈNE III. Les précédents, Fulvie, Vestales.

SCÈNE DERNIÈRE. Les précédents, Augusta, tout en désordre.

AUGUSTA, avec un excès de délire et d'étonnement

Soutiens-moi, je me meure !

AGATHOCLE

Ô ciel !

1 239 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica