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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· ou La suite du Misanthrope

Le Philinte de Molière

Fabre d'Eglantine· créée en 1790, imprimée en 1791· 5 actes· 1 807 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois 22 février 1790 au Théâtre de l'Odéon.

Personnages

  • PHILINTE
  • ALCESTE, son ami
  • ÉLIANTE, sa femme
  • DUBOIS, valet de chambre d'Alceste
  • UN AVOCAT PAUVRE
  • UN PROCUREUR RICHE
  • LE COMMISSAIRE DE POLICE
  • UN HUISSIER
  • UN GARDE DU COMMERCE
  • LAQUAIS
  • RECORS
  • PERSONNAGES MUETS

ACTE I

SCÈNE I. Éliante, Pphilinte.

PHILINTE

Oui.

SCÈNE II. Éliante, Dubois, Philinte.

ÉLIANTE, alarmée

Votre maître !...

SCÈNE III. Éliante, Alceste, Philinte.

SCÈNE IV. Éliante, Dubois, Alceste, Philinte.

DUBOIS

Monsieur.

DUBOIS

J'entends.

ALCESTE

Va donc.

ALCESTE

Pars donc.

DUBOIS

Allons.

Il sort.

SCÈNE V. Éliante, Alceste, Philinte.

PHILINTE

Mais...

PHILINTE

Cependant...

PHILINTE

Voyons donc.

ALCESTE

Quand l'hymen vous unit tous les deux, J'allai m'ensevelir dans un désert affreux... Affreux ? Pour le méchant : pour la vertu, superbe ! L'homme avait, en ces lieux, pour trésor une gerbe ; Pour faste, la santé ; le travail pour plaisirs, Et la paix de ses jours pour uniques désirs. Grâce au ciel, dans ce lieu sauvage et solitaire, Parmi de bons vassaux je trouvais ma chimère ; Douce pitié, candeur, raison, franche gaieté, L'ignorance des maux, et l'antique bonté. Mais qu'elle dura peu cette charmante vie ! En un jour la discorde, et le luxe, et l'envie, Les désirs corrupteurs et l'avide intérêt, Et les besoins parés de leur perfide attrait, Avec un parvenu, turbulent personnage, Vinrent, en s'y logeant, troubler mon voisinage. Vous vous doutez fort bien, à cette invasion, Des rapides progrès de la contagion ? Le bonheur déserta... Je tais les brigandages Qui vinrent assaillir nos paisibles ménages. Je veux, dans le principe, effrayé de ces maux, Maintenir à la fois la paix et mes vassaux. Mais enfin, à l'appui d'un renom de puissance, L'iniquité parut avec tant d'impudence, Que j oppose en courroux, au front de l'oppresseur, Le front terrible et fier d'un juste défenseur. Le champ d'un villageois, son patrimoine unique, Convient au parvenu, qui de ce bien modique Veut agrandir un parc, je ne sais quel jardin, Qui fatigue la terre et mon village. Enfin, ; Il veut avoir ce champ ; on ne veut pas le vendre, Et voilà cent détours inventés pour le prendre. Titres insidieux, procès, ruse, incidents, Créanciers suscités, persécuteurs ardents, Bruit, menaces, terreur et domestique guerre, L'enfer est déchaîné pour un arpent de terre : Et moi, lâche témoin de ce crime inouï, Je l'aurais enduré ! Je me suis réjoui De braver les fripons et d'en avoir vengeance : Et, faisant tête à tous, plaidant à toute outrance, J'ai soutenu le faible, et le faible vainqueur A conservé son bien. Alors, la rage au coeur, Les traîtres ont tourné contre moi leurs machines : Ils ont tant fait d'horreurs, tant fait jouer de mines, Tant controuvé de faits avec dextérité, Que, je ne sais comment, je me vois décrété.

Il montre un portefeuille.

J'ai cent preuves, ici, de leur lâche conduite, Et cependant il faut que je prenne la fuite. La loi donne aux méchants son approbation, Et l'exil est le prix d'une bonne action.

PHILINTE

Enfin...

SCÈNE VI. Éliante, Alceste, Dubois, Philinte.

ALCESTE

Et d'où ?

ALCESTE

Hé bien ?

ALCESTE

Parle.

ALCESTE

Comment, maraud !...

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

PHILINTE

Un ignorant, et quelque pauvre hère...

Hère : Homme qui est sans bien, ou sans crédit. Il se joint ordinairement avec pauvre. [F]

ACTE II

SCÈNE I. Dubois, L'Avocat.

SCÈNE II.

L'AVOCAT, seul

Je ne peux retarder un si pressant secours. Dans deux heures d'ici j'ai rendez-vous, j'y cours ; Et si l'on me procure une prompte audience, Mon fripon n'aura pas tout le succès qu'il pense. Rien n'est tel qu'un fripon, pour démêler d'abord Le front d'un honnête homme. Et, quel que grand effort Que j'aie, à son aspect, pu faire sur moi-même, Le fourbe a démêlé ma répugnance extrême. Sa lettre me le prouve. Il est aisé de voir Que, si je ne me hâte, il trompe mon espoir. Jusques au moindre mal, si je l'ai bien comprise, Tout y montre son but... Mais que je la relise.

Il lit la lettre d'une manière lente, bien artliculée et réfléchie.

« Après tout ce que je vous ai dit hier, monsieur l'avocat, je ne vois pas pourquoi vous n'avez pas déjà fait choix d'un procureur qui comprenne et hâte comme il faut notre affaire. J'arriverai demain au soir (aujourd'hui) de Versailles à Paris. Si dans la journée vous n'avez pourvu à cela, pour contraindra, sans retard, le comte de Valancès au paiement de son billet, et d'une manière convenable à bien lier ce comte de Valancès, il faudra chercher d'autres moyens. Je suis votre serviteur. ROBERT. »

Il plie la lettre et la serre.

Ah ! Fourbe dangereux ! Robert, monsieur Robert, Dans les crimes adroits vous êtes un expert. Mais je vous préviendrai, pour peu qu'on me seconde. On vient... Çà, pour remplir l'espoir où je me fonde, Dépêchons...

SCÈNE III. Dubois, Alceste, L'Avocat.

L'AVOCAT

Monsieur...

SCÈNE IV. Alceste, L'Avocat, Dubois.

SCÈNE V. Dubois, L'Avocat.

DUBOIS, allant chercher du papier

Du papier ? Vous allez en avoir tout de suite.

DUBOIS, s'en allant

C'est une différence.

L'AVOCAT, de sa table en écrivant

Dites-moi, je vous prie, Le nom de votre maître ?

L'avocat écrit.

SCÈNE VI. Dubois, Alceste, Philinte.

PHILINTE, en entrant, à Alceste

Vous prenez donc plaisir à m'impatienter ?

DUBOIS, à Alceste

Monsieur...

DUBOIS, donnant l'adresse

Voilà...

ALCESTE, la prenant

Sors, et me laisse.

SCÈNE VII. Alceste, Philinte.

ALCESTE

Un refus ?

ALCESTE

Non, je ne croyais pas, je dois enfin le dire, Que la soif de mal faire allât jusqu'au délire. Je ne sais plus quel mot pourrait être emprunté Pour peindre cet excès d'insensibilité, Cet esprit de vertige et ces lueurs ineptes Qui réduisent ainsi l'égoïsme en préceptes. Tout est bien ? Insensés ! Et vous ne pouvez pas, Sans toucher votre erreur, faire le moindre pas. Tout est bien ? Oui sans doute, en embrassant le monde, J'y vois cette sagesse éternelle et profonde Qui voulut en régler l'immuable beauté ; Mais l'homme n'a-t-il point sa franche liberté ? Ne dépend-il donc pas d'un impudent faussaire De ne pas friponner ainsi qu'il veut le faire ? Ne tient-il pas à vous de prêter votre appui À l'homme infortuné qu'on ruine aujourd'hui ? Ne tient-il pas à moi, sur un refus tranquille, De vous fuir à jamais comme un homme inutile ? Or, on peut faire ou non le bien comme le mal : Si nous avons ce droit favorable ou fatal Dans ce que l'homme a fait au gré de son caprice, Or donc, tout n'est pas bien ; ou vous niez le vice ? Parmi les braves gens, loyaux, sensibles, bons, Il faudrait donc aussi des méchants, des fripons ? Dans l'optimisme affreux que votre esprit épouse, De sa perfection la nature est jalouse, Sans doute ; et c'est toujours le but de ses bienfaits. Mais nous ne sommes pas comme elle nous a faits. Moins nous avons changé, plus nous sommes honnêtes ; Et je vous ai connu bien meilleur quo vous n'êtes. Laissez ce faux système à ces vils opulents Qui jusque dans le crime, énervés, indolents, Dans la mort de leur coeur sommeillent et reposent, Loin des maux qu'ils ont faits et des plaintes qu'ils causent, Eh quoi ! Si tout est bien, à ce cri désastreux, Quo va-t-il donc rester à tant de malheureux, Si vous leur ravissez jusques à l'espérance ? Vous endurcissez l'homme à sa propre souffrance ; Il allait s'attendrir, vous lui séchez le coeur : Vous clouez le bienfait aux mains du bienfaiteur ! Ah ! Je n'ose plus loin pousser cette peinture. Pour le bien des humains, et grâce à la nature, Aux erreurs de l'esprit la pitié survivra. L'homme sent qu'il est homme ; et tant qu'il sentira Que les malheurs d'autrui peuvent un jour l'atteindre, Il prendra part aux maux qu'il a raison de craindre. Quoi qu'il en soit enfin, voulez-vous m'obliger ? À servir ces gens-ci puis-je vous engager, Solliciterez-vous votre oncle ?

PHILINTE

Je ne vois...

SCÈNE VIII. Alceste, L'Avocat, Philinte.

L'AVOCAT

Cependant...

ALCESTE, tendant la main

Mais voyons...

SCÈNE IX. Alceste, Philinte.

PHILINTE, suivant de l'oeil et avec dépit l'avocat qui sort

Qu'est-ce à dire ?... Ce ton... Ces grands airs de vertu...

ACTE III

SCÈNE I. Éliante, Philinte.

PHILINTE

Impossible.

PHILINTE

Je le vois, votre esprit indocile Feint de ne pas sentir ma solide raison, Et l'intérêt commun de toute ma maison. Cette feinte est sans doute une nouvelle adresse Pour me contrarier et vous rendre maîtresse. Eh bien, Madame, eh bien ! Puisqu'il faut m'expliquer, Sachez donc que tout homme est funeste à choquer, Et le fourbe intrigant encore plus qu'un autre. De quoi nous mêlons-nous ? Est-elle donc la nôtre, Cette piteuse affaire où, par cent ennemis, Je verrais mon repos peut-être compromis ? Du dangereux faussaire et de sa vile agence, Ne puis-je pas enfin exciter la vengeance ? Je le dis à regret, mais, malgré ses penchants, Si l'on blesse les bons, épargnons les méchants : Leur courroux clandestin dure toute la vie. Mais une autre raison forte, et qui me convie Plus que toute autre encore à de fermes refus, C'est que de sa faveur il faut craindre l'abus. Quand on a du crédit, c'est pour nous, pour les nôtres, Qu'il faut le conserver, sans le passer à d'autres. On n'en a jamais trop, pour que, de toute part, On aille l'employer et l'user au hasard ; Son affaiblissement n'arrive que trop vite. Vous voulez le rebours de tout ce qu'on évite. Comme si la coutume en effet n'était pas, Au lieu de porter ceux qu'on jette sur vos bras, Pour si peu de crédit qui vous tombe en partage, D'être prompt au contraire à prendre de l'ombrage. De toute créature et de tout protégé Par qui l'on pourrait voir ce crédit partagé, Soit pour les détourner, ou pour les mettre en fuite ! Voilà sûr quels motifs je règle ma conduite. Je pense et vois le monde, et dis, de vous à moi, Qu'il faut, pour vivre heureux, se replier sur soi.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alceste, Éliante.

ÉLIANTE

Attendez...

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alceste, Le Procureur.

LE PROCUREUR

Précisément.

ALCESTE

Il faut...

LE PROCUREUR

Le payer.

LE PROCUREUR

No se mêlera plus, et n'a plus rien à faire. C'est moi qui, mieux que lui, soigneux et vigilant, Me saisis de la cause ; et, grâce, à mon talent, L'effet sera payé, croyez-en ma parole, Sans quartier, ni retard, ni grâce d'une obole.

Obole : Monnaie de cuivre valant une maille, ou deux pites ; la moitié d'un denier. Quelques-uns veulent que ce soit seulement la quart d'un denier, la moitié d'une maille. [F]

LE PROCUREUR, avec importance

Et j'ai des amis chauds.

SCÈNE VI. Alceste, Dubois, Le Procureur, Laquais.

LE PROCUREUR, effrayé

Monsieur !... Monsieur !...

SCÈNE VII. Les Précédents, Philinte.

LE PROCUREUR, l'implorant

Monsieur !... Monsieur !...

PHILINTE

Que vois-je ? Et quels fâcheux éclats !

Aux laquais, qui entourent le procureur et cependant hésitent et l'aspect de Philinte.

Dubois, retirez-vous.

Les gens sortent.

SCÈNE VIII. Alceste, Philinte, Le Procureur.

PHILINTE

Un billet ?

ALCESTE

Sans doute.

LE PROCUREUR

Mieux que personne.

ALCESTE

Comment ?

PHILINTE, avec une force effrayante

Savez-vous que c'est moi ?

PHILINTE

Moi-même.

LE PROCUREUR, montrant de ses deux mains le billet, qu'il tient avec précaution

Vous devez, en celte conjoncture, Connaître donc ce titre et votre signature ?

PHILINTE, avec un cri du désespoir

Ô grand Dieu ! C'est mon seing !

ALCESTE, arec terreur

Vous ?...

LE PROCUREUR

Je ne connais ici que mon titre.

Philinte se jette dans un fauteuil, accablé par son désespoir.

LE PROCUREUR

J'y consens.

ALCESTE, au procureur

Sors donc ! Fuis loin de nous.

LE PROCUREUR, retournant

Évasion subite !... À demain...

Il sort.

SCÈNE IX. Alceste, Philinte.

PHILINTE, désespéré, et s'abîmant dans un fauteuil

L'imposture Peut-elle aller plus loin ?... Je ne sais où j'en suis.

ACTE IV

SCÈNE I. Alceste, se levant et s'asseyant avec inquiétude ; Dubois.

DUBOIS, doucement

Allons, allons...

ALCESTE

Dubois !

ALCESTE

Oui, cours.

ALCESTE

Non,

ALCESTE

Allons, sors donc.

Dubois sort.

SCÈNE II. Éliante, Alceste, Philinte.

SCÈNE III. Éliante, Alceste, Philinte, Dubois.

DUBOIS, annoncent

Monsieur votre avocat. '

ALCESTE

Bon, qu'il entre...

Dubois sort.

SCÈNE IV. Eliante, Alceste, Philinte.

ÉLIANTE

Je me retire.

Elle sort.

SCÈNE V. Alceste, L'Avocat, Philinte.

SCÈNE VI. Alceste, L'Avacat, Philinte, Dubois.

SCÈNE VII. L'Avocat, Philinte, Dubois.

PHILINTE

Je le suis, pour calmer cette humeur trop hautaine. De grâce, terminez ce débat et ma peine.

Il sort en faisant signe à Dubois, qui a attendu, d'introduire le procureur.

SCÈNE VIII. L'Avocat, Le Procureur.

LE PROCUREUR

Chansons !

LE PROCUREUR

Vous ?

L'AVOCAT

Oui, moi.

LE PROCUREUR

Proposer ?

L'AVOCAT

Quoi !...

L'AVOCAT

En honneur...

LE PROCUREUR

Allons donc.

L'AVOCAT

Comment ?

LE PROCUREUR, saluant

Je me retire.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Alceste, L'Avocat, Philinte.

SCÈNE XI. Alceste, L'Avocat, Philinte, Dubois.

DUBOIS, accourant effrayé à Alceste

Ah ! monsieur, qu'est ceci ? Voici bien des affaires.

DUBOIS

Les escaliers sont pleins d'huissiers et de recors.

Recors : Aide de sergent, celui qui l'assiste, lorsqu'il va faire quelque exploit, ou exécution, qui lui sert de témoin, et qui lui prête main forte. [F]

SCÈNE XII. Alceste, Un Commissaire, Un Huissier, L'Avocat, Philinte, Un Garde du commerce, Recors, Dubois.

PHILINTE

C'est moi.

L'AVOCAT

Poursuivez.

LE COMMISSAIRE, s'interposant

Monsieur !... Ah ! Point de bruit.

ALCESTE, à l'avocat

Quel moyen faut-il prendre ?

PHILINTE, à l'avocat

Qui, moi, Monsieur ?

L'AVOCAT, prenant la formule en blanc

Donnez. Monsieur est bon.

Il écrit.

ALCESTE

Oui, moi.

L'HUISSIER, à Alceste

Signez.

ALCESTE

Avec plaisir.

Il signe, et l'huissier prend l'acte.

ALCESTE

Justement.

ACTE V

SCÈNE I. Éliante, Philinte.

ÉLIANTE, la larme à l'oeil

Ah ! Monsieur !...

ÉLIANTE, avec une soumission douloureuse

Allons, monsieur...

SCÈNE II. Éliante, L'Avocat, Philinte.

ÉLIANTE, avec transport

Se peut-il ? Quel bonheur !

SCÈNE III. Éliante, Philinte, L'Avocat, Alceste.

ÉLIANTE, avec sentiment, prenant les mains d'Alceste

Vous n'imaginez pas Ma joie à vous revoir.

ALCESTE, criant d'exclamation cet hémistiche

Écoutez, je vous prie.

ALCESTE

Poursuivons. Jamais, je le parie, Il ne fut dans le monde un plus hardi méchant Que ce lâche Robert, jadis votre intendant. L'oeil fixe sur le sien, j'ai beau de cent manières Circonvenir son coeur ; menaces ni prières N'en viennent pas a bout ; et, sa perversité Dans l'oeil de son agent puisant la fermeté, Il m'ose tenir tête avec une impudence À lasser mille fois la plus forte constance. Il fait plus ; et, prenant un langage imprévu, Il m'ose, à moi, citer l'honneur et sa vertu. Oh ! Morbleu ! Pour le coup la fureur me transporte. Le fourbe veut sortir, j'empêche qu'il ne sorte ; Les efforts de Dubois, à cette trahison, De ses bruyants éclats remplissent la maison. On accourt, on survient. Le front rouge de honte, J'implore, à cris pressés, justice la plus prompte. Bonne inspiration, puisque, dès le moment, Un commissaire, archers, sont dans l'appartement Ah ! Fourbe, je te tiens ! dis-je avec véhémence. Le misérable encor fait bonne contenance. Mais je n'hésite point ; et, m'adressent alors À l'homme que la loi rend maître en ce discord : « On a commis, lui dis-je, un faux abominable. Dès longtemps la justice a frappé le coupable ; Nous avons de ce faux trente preuves en main : Il y va de la vie, et voici mon chemin. Si Robert à l'instant, à l'instant ne me donne Le billet frauduleux, ainsi que je l'ordonne, Comme faussaire, ici, je le livre à la loi. Je demande, je veux qu'on l'arrête avec moi ; Qu'un emprisonnement, jusqu'au bout de l'affaire, Au criminel des deux garantisse un salaire, C'est moi, moi, comte Alceste, homme de qualité, Qui, sans aller plus loin, réclame ce traité. » À ces mots, soutenus de ce que le courage Peut donner d'énergie ainsi que d'avantage, Le procureur affecte un scrupuleux soupçon : Robert, épouvanté, fait bien quelque façon, Et sous de vains propos sa crainte se déguise. Mais, infaillible effet d'une ferme franchise Qui va droit au méchant, il succombe à cela : On me rend le billet, et je l'ai : le voilà.

Il donna sèchement le billet A Philinte.

Discord : désunion, dispute , querelle. Il est vieux et hors d'usage. [F]

L'AVOCAT

Monsieur...

ALCESTE

Soyons amis.

PHILINTE, à Alceste

Digne ami !... Quoi !...

SCÈNE IV. Éliante, Philinte.

ÉLIANTE, affectueusement, allant à Philinte

Mon ami !

PHILINTE, confondu

J'ai tort.

1 807 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica