Opéra comique en vers et en prose· Opéra-Comique en un Acte en un Acte et en Canevas, avec un Divertissement
Isabelle Arlequin
Personnages
- ISABELLE, sous l'habit d'Arlequin
- ÉRASTE, amant d'Isabelle
- ÉLÉONORE, Tante d'Éraste
- OLIVETTE, Suivante de Léonore
- PIERROT, amant d'Olivette
- AGATHE, fille du Jardinier
- TROUPE DE JARDINIERS
ISABELLE ARLEQUIN.
SCÈNE PREMIÈRE.
ISABELLE
Je fais une plaisante démarche !... Plaisante ! Non, j'en dois rougir de honte.
AIR : Réveillez-vous.
Dieu d'amour à quelle folie Exposes-tu les tendres coeurs ? En est-il un qui ne s'oublie Sitôt qu'il ressent tes ardeurs !J'aime Eraste, et soit caprice ou amour de cette liberté dont jouit une jeune veuve, je le rebute, je te force de renoncer moi.
AIR : De la nécessité.
À se rendre dans le village Une de ses parentes l'engage ; De dépit d'amour, de jalousie, Bientôt je sens mon âme saisie.J'arrive en ce village, on je suis Eraste, suivie seulement d'Arlequin : mais l'aspect de ce Château, ce qui m'avait paru raisonnable ne l'est plus, et je suis prête à m'en retourner comme je suis venue. Quelle extravagance ! Cependant...
SCÈNE II. Isabelle, Agathe.
AGATHE, chante
Non, je ne ferai pas ce qu'on veut que je fasse ; M'en dput-il arriver ce dont on me menace.
ISABELLE
Cet enfant me paraît être la fille du Jardinier apprenons d'elle s'il se peut, quelque chose.
AGATHE
Dussent tous mes parents me priver de leur bien. On veut me marier mais ; je n'en ferai rien.
AGATHE
Me voici.AGATHE
Oh ! Que fi. Croyez-vous que je suis faite Pour toujours rester fillette ! Oh ! Que nenni.Ce que je chantais tout a l'heure, je l'ai appris d'un Monsieur qui est ici depuis quelques jours.
ISABELLE
Savez-vous son nom ?
AGATHE
Eraste.
ISABELLE
Comment vous a-t-il appris ces chantons ?
AGATHE
En se promenant dans le jardin. En voilà encore une que j'ai retenue.
AIR : Eh ! marions-nous donc.
Si l'objet pour qui je soupire Voulait soulager mon martyre, D'autres avec tous leurs appas Ne me toucheraient pas. Mais hélas ! Puisque l'inhumaine Se rit de l'excès de ma peine Et qu'elle n'entend point raison Eh marions-nous donc.ISABELLE
Ne savez-vous que cela ?
AGATHE
Oh ! Dame, il en chante bien d'autres ; mais comme elles ne parlent pas de mariage, je ne m'en souviens pas.
ISABELLE
Eh ! Dites-moi, ma petite femme ; quand Eraste se promène ne voyez-vous personne avec lui ?
AGATHE
Madame Léonore sa tante lui tient quelquefois compagnie. Ils parlent ensemble tantôt haut, tantôt bas. Hier encore,
AIR : Halte là.
Comme il reposait à l'ombrage, Dans cette contenance là, Madame l'aborda, ET lui tint ce langage : Tout ci, tout ça, Pati, pata, Bredi, breda, Julie est votre affaire, Vous ne pouvez mieux faire ; Prenez-la.Adieu, Madame ; c'est aujourd'hui le lendemain de la noce de mon cousin Lucas, je vais voir comment se porte la mariée.
SCÈNE III.
ISABELLE est quelque temps irrésolue ; enfin elle conçoit une idée folle, dont elle espère un heureux succès.
SCÈNE IV. Léonore, Olivette, Éraste, Pierrot.
Léonore demande à Eraste ce qu'il pense de Julie.
ERASTE
Je ne reconnais vos bontés, Madame, mais...
AIR : Le badinage.
Former trop tôt des noeuds N'est pas d'un homme sage Rien n'est plus sérieux Que lorsque l'on s'engage.PIERROT
Bon ! Bon !
Fait-on du mariage Une affaire aujourd'hui· Nenni, Ce n'est qu'un badinage.AIR : Les filles sont si sottes.
Quand on vous parle de ce cas, On vous jette dans l'embarras. Quel est donc ce mystère ? Avez-vous peur de n'avoir pas Tout ce qu'il faut pour plaire ? Lon, la, Tout ce qu'il faut pour plaire ?Eraste se défend tant bien que mal.
Léonore lui propose une longue entrevue avec Julie.
SCÈNE V. Éraste, Pierrot.
ERASTE déplore pour sa faiblesse pour Isabelle après ses mauvais traitements
Ah ! Si tu savais,
dit-il à Pierrot ;
Combien le sexe est trompeur !
PIERROT
Tout beau.
AIR.
Si vous êtes mécontent, Vous pouvez vous en plaindre ; Chacun fait comme il l'entend. Je ne veux point vous contraindre ; Pour moi, libre et sans ennuis. Étant fait comme je suis Ai-je sujet de craindre ?Il est vrai qu'Arlequin avait lié connaissance avec Olivette.
AIR : Du Grand Condé.
Le drôle, par son badinage, Autrefois me faisait ombrage ; Mais je lui fais nargue aujourd'hui ; En un mot pour moi seul fidèle, Olivette parle de lui, Comme vous parlez d'Isabelle.SCÈNE VI. Les précédents, Olivette.
Olivette vient avertir Ëraste de se trouver tantôt à la fête qu'occasionne le lendemain de noces du jardinier, parce que Julie l'honorera de sa présence. Ëraste dit qu'il va s'exécuter lui-même.
SCÈNE VII.
Olivette s'affermit dans la haine qu'elle croit avoir pour le perfide Arlequin. Elle implore le secours de la raison.
AIR : Branle de Metz.
SCÈNE VIII. Isabelle, en Arlequin, Olivette.
Arlequin se fait connaître pour Isabelle, et prélude son rôle.
OLIVETTE
Ciel ! Que vois je ?
ARLEQUIN
Hoï me ! Voici je crois ta femme de chambre du Château je ne pouvais la trouver plus à propos.
OLIVETTE
Il n'en faut point douter, c'est mon perfide.
AIR : Ce pâté qu'on apporte.
Après un tel outrage, Je te revois, volage : Crains l'effet de ma rage ; Le sort, pour ton trépas, Dans ce lieu nous rassemble ; Tremble ; Je te ferai connaître, Traître Qu'Olivette n'est pas D'humeur à souffrir des ingrats.ARLEQUIN
Je n'avais pas prévu celui-là.
OLIVETTE
En vain tu cherches à t'échapper.
ARLEQUIN
Moi ! Point du tout je t'écoute, et ne sais que dire car en vérité, je ne suis point capable de ce que tu crois.
OLIVETTE
Comment ! Tu ne te souviens pas du tout que tu as joué à Olivette ?
ARLEQUIN
Pas d'un mot, et voici pourquoi.
AIR : Et tant tant tant.
Quand je te perdis, Olivette, Je ne pensais qu'à tes appas ; Mon âme, toujours inquiète, Courrait le galop au trépas. Pour dissiper cette humeur noire Chacun me conseilla de boire ; Et j'ai bu tant, et tant, tanc, cane, Que j'ai perdu la mémoire, L'esprit avec le jugement.OLIVETTE
Il y paraît, et d'ailleurs, je sais qu'il n'y a point de si petite chambrière à qui vous ne contiez fleurette.
ARLEQUIN
Je te demande pardon, mon petit coeur ; et si ce n'est pas assez,
AIR : Sans dessus desssous.
Voici des armes*, venge-toi Je le mérite punis-moi Exerce à ton gré ta colère, Sans dessus dessous, sans devant derrière : Frappe, fais-moi sentir tes coups Sans devant derrière, sans dessus dessous.* Sa batte.
OLIVETTE
Tu es bienheureux que je t'aime.
ARLEQUIN
Eh ! Bien ! Je vais me punir et te venger.
AIR : Aye ! Aye ! Jeannette.
Vous en aurez Arlequin Petit coureur de grifette Tenez monsieur le faquin Voilà comme l'on vous traite, Aye aye aye Aye aye Olivette, Sec.Tu ne viens pas mettre le holà ! Tu me laisserais assommer, à ce que je vois ?
Griffet : Un des noms vulgaires du martinet.
OLIVETTE
Va, je te pardonne.
ARLEQUIN
Je te pardonne aussi.
OLIVETTE
Qui est-ce qui t'a amené ici ?
ARLEQUIN
Pardi, c'est la voiture.
OLIVETTE
Pour quelle affaire ?
ARLEQUIN
Pour parler à Éraste. Ne le puisse par ton moyen ?
OLIVETTE
Oui, malgré son embarras. Quand on songe à se marier.
ARLEQUIN
Heu !
OLIVETTE
Cela te surprend ?
ARLEQUIN
Pas autrement.
OLIVETTE
Isabelle n'en sait rien ?
ARLEQUIN
Elle s'en doute et je viens ici, de sa part, à la découverte. Veux-tu m'aider à la servir ?
OLIVETTE
Eh !... Mais... Je ne puis rien refuser à ce petit animal-là.
ARLEQUIN
AIR. La verte jeunesse.
De ce marine Si je romps l'effet Cent louis pour gage Sont dans mon gousset. Comme tu m'es chère, Ma tendre amitié Veut qu'en cette affaire Tu sois de moitié.OLIVETTE
Il me faut encore ton coeur, y puis-je compter ?
ARLEQUIN
AIR.
Oui, ma belle Divinité, Je sens redoubler ma tendresse. Souffre, du moins, qu'une caresse Prouve ma fidélité. Quand, après la brouillerie, Ensemble on se rapatrie, Que l'on goûte de volupté !OLIVETTE
Je vais te ménager une entrevue avec Eraste.
SCÈNE IX. Arlequin, Pierrot.
PIERROT
AIR : Ô Pierre.
Que vois-je Ventrebille ! Ici, dans mon tripot, Vous venez donc, mon drille, Tourner autour du pot ? Ô Pierre ! Ô Pierre ! On te prend pour un sot.ARLEQUIN
Le plaisant original !
PIERROT
Il me semble mon petit Monsieur, que vous étiez en conversation avec Olivette ?
ARLEQUIN
C'est une bonne fortune.
PIERROT
Oui ; mais apprenez que cela ne me plait pas.
ARLEQUIN
Je m'en soucie comme de cela.
AIR. Et zeste, zeste.
Il s'y prend bien, ma foi. Ah ! La drôle d'espèce, Pour lorgner la Maîtresse D'un rival tel que moi ! A-t-il ce petit geste, Ce son de voix tendre et touchant, Certain petit air en marchant, Et tout le reste ?PIERROT
AIR.
Je pourrais, l'ami, te faire Sentir quelle est ma fureur. D'un jaloux crains sa colère.À part.
Que n'ai-je un peu plus de coeur ? Je pourrais, l'ami, te faire Sentir quelle est ma fureur.ARLEQUIN
Vous êtes donc jaloux, vous !
PIERROT
Assurément.
ARLEQUIN
Tant pis pour vous, mon ami.
AIR.
À cette folie Homme trop enclin, S'il prend femme un peu jolie, Doit attendre du Destin Qu'on lui fasse un beau matin Ce qu'on a fait à Vulcain.PIERROT
Eh ! Vous pourriez bien être traité comme ceux qui font les galants.
AIR : La ceinture.
Quand on trouve un rival fâcheux, Qui ne veut pas cesser de l'être, Pour faire évaporer ses feux On le jette par la fenêtre.ARLEQUIN
La précaution est bonne, et vous parlez avec une politesse infinie.
PIERROT
Je vous conseille, en ami, d'en faire votre profit.
ARLEQUIN
AIR : Les Feuillantines.
Votre conseil, mon mignon, Est fort bon ; Je fais cas de la leçon. Il est juste, en conscience, Que je vous en récompense.PIERROT
Voyons.
ARLEQUIN, à coups de batte
Tenez, Monsieur le donneur d'avis.
SCÈNE X. Éraste, Olivette.
OLIVETTE
Quoi que vous en disiez, je ne puis m'imaginer que vous ne pensiez plus à Isabelle.
OLIVETTE
Vous ressentez une vaine colère.ÉRASTE
J'avoue qu'elle a tout ce qu'il faut pour plaire ; il semble qu'il n'y ait que douceurs à vivre sous son empire mais qu'elle est différence de ce qu'elle paraît !
OLIVETTE
Si cette Belle venait à vous ?
AIR.
Ce coeur plein d'indifférence Soutiendrait-il la présence De l'objet qui le charma ? Ah ! ah ! Supposons que d'un air tendre, Soupirant par-ci, par-la, ah ! ah ! La belle vous fit entendre, Sur le ton de l'Opéra, ah ! ah ! Ah ! cher amant, est-il possible ! etcAIR : De quoi vous plaignez vous ?
De quoi vous plaignez-vous Éraste, quand on vous aime, De quoi vous plaignez-vous, Quand on n'aime que vousLaissez-vous toucher par mes pleurs hélas !
AIR : Quel plaisir de voir Claudine !
Dans l'instant que tu devins traître Je sentais mourir ma rigueur. Ce moment eût été, peut-être, Celui marqué pour ton bonheur.ÉRASTE
Ah ! Charmante Isabelle, par quel serment faut-il...
OLIVETTE
AIR : Des Folies d'Espagne.
Que faites-vous ? Non je ne suis point celle Qui vous founit à l'amoureuse loi.OLIVETTE
Ah ! Ah ! Voici Arlequin, le valet d'Isabelle ; il vient, sans doute, vous dire quelque chose de sa part je vous laisse.
SCÈNE XI. Éraste, Arlequin.
ARLEQUIN
Monsieur, je suis ravi de vous trouver : comment va votre santé ? Je suis votre très humble serviteur.
ÉRASTE
C'est toi, cher Arlequin ?
ARLEQUIN
C'est moi-même. Eh ! Point de façon. Je vous prie ; vous vous portez bien ?
ÉRASTE
Y a-t-il quelque chose de nouveau ?
ARLEQUIN
Oui, on die que le grand Turc...
ÉRASTE
Eh ! Je te demande de la parc de ta maîtresse ?
ARLEQUIN
Que ne parlez-vous ? Elle vous fait bien ses compliments.
AIR : Turltutaine.
Vraiment, elle est fort en peine De vous voir rester ainsi, Depuis plus d'une qemaine, Oh ! Turlutaine, Dans ce vilain pays-ci, Turlututu tantalari.Elle est curieuse de savoir si l'air de la campagne vous est bon s'il vous fait du bien.
ÉRASTE
AIR.
Je le trouve même si bon. Qu'avant qu'il soit peu, je t'assure, Pour m'établir en ce canton Mon hymen pourra se conclure.ARLEQUIN
Oui, vraiment, vous avez raison ; C'est fort bien penser, je vous jure : Turelure, lure, Ton, ton, ton, etc.ÉRASTE
Je compte que la chose se fera incessamment.
ARLEQUIN
C'est-à-dire, que vous envoyer paître Isabelle. Après tout, vous n'êtes pas obligé de l'aimer.
ÉRASTE
Hélas ! Que veux-tu ?
AIR Le bruit des ar~c~.
C'est en vain que mon coeur fidèle Alangui la nuit et le jour : L'ingrate, pour moi trop cruelle, N'a jamais marqué de retour ; Tout le mien se fixait pour elle, Pour le peu qu'elle eût pris d'amour.ARLEQUIN
Je sais bien quelque chose... Mais.
ARLEQUIN
Oh ! Ce n'est pas ma faute, moi.ÉRASTE
Mais, tu peux me dire de quel oeil elle a vu mon départ.
ARLEQUIN
Diable ! Il ne lui fit pas de plaisir.
AIR Je ne suis pas si Diable.
Cette amante troublée Toute la nuit dormit : Toujours très accablée, Le lendemain, se mit À table en compagnie, But, mangea d'appétit ; Et pour la Comédie Elle partit.ÉRASTE
Voilà une grande affliction.
ARLEQUIN
Je vous dirais bien encore... Mais il faudrait n'en point parler.
ÉRASTE
Je ne veux rien savoir.
ARLEQUIN
Je lui ai souvent entendu dire d'un jeune homme qui vient souvent au logis, qu'il est aimable. C'est le portrait de mon cher Éraste.
ÉRASTE
Tu lui as entendu dire quelle joie !
ARLEQUIN
J'ai même lu dans son coeur qu'elle ne vous a pas tout-à-fait oublié.
ÉRASTE
Tu t'y connais beaucoup, je crois ?
ARLEQUIN
Oh ! Je ne suis pas plus bête que vous... le pensez.
AIR : Le bruit armes.
Quand dans mon petit ministère Je manque et qu'elle est en courroux ; Pour faire cesser sa colère, D'abord, je lui parle de vous : Son regard devient moins sévère, La Belle prend un ton plus doux.ÉRASTE
AIR. : La semaine de Gallet.
Tu me dis qu'elle songe Encore à son amant Tu me fais un mensonge.ARLEQUIN
Nenni.ÉRASTE
Tout te dément. Puis-je croire, en effet, Ce que tu veux me dire ? Tu viens, elle le sait ; Daigne-t-elle m'écrire ?ARLEQUIN
À l'égard de cela, il faut l'excuser ; elle vous aurait écrit sans un grand malheur qui lui est survenu.
ÉRASTE
Quoi donc ?
ARLEQUIN
Vous avez connu d'Isabelle le serin si beau si vanté. Hélas le pauvre petit ne vit plus.
ÉRASTE
Puis-je m'amuser à écouter ce balourd ? Sortons.
ARLEQUIN
St, st, st, Éraste ! Je vous demande pardon, j'ai une lettre d'elle pour vous. Cela m'avait échappé.
ÉRASTE
Eh malheureux, que ne me la donnes tu, plutôt que de m'étourdir de tes balivernes ?
ARLEQUIN
Tenez, baisez la main. Adieu, je n'attends point de réponse.
SCÈNE XII.
ÉRASTE
« Avant que vous ne vissiez ma lettre, j'étais bine aise de découvrir vos sentiments : c'est Isabelle qui vous la rend sous l'habit de son valet ; jugez de son amour par son extravagance. Je vous aime ; je vous aimerai toujours ; je pars, voyez vous voulez me suivre. » Est-il possible ? Isabelle ! Oh ! Folie aimable et flatteuse ! hâtons-nous de la rejoindre.
SCÈNE XIII. Léonore, Éraste.
ÉLÉONORE
AIR Des Trembleurs.
Où courez-vous donc si vite ? De l'ardeur qui vous agite Vous me voyez interdite. Quel feu brille en vos regards !ERASTE
Je viens de voir Isabelle Elle m'attend, cette Belle ; Non, je ne puis aimer qu'elle. Et pour la suivre, je pars.Éraste sort avec précipitation, pour aller chercher Isabelle.
SCÈNE XIV et DERNIÈRE.
ÉLÉONORE
Il vient de voir Isabelle, et c'est Arlequin qui sort ! Qu'est-ce que cela signifie ? Ah ! J'entrevois le mystère et je me doute bien que le mariage que j'ai propose sera sans effet.
AIR.
Quoique j'aie été l'instrument De ce nouvel engagement, Je ne puis blâmer cet amant, Quand il va rejoindre Isabelle. Peut-on blâmer un coeur fidèle ?Voici la fête du village. Il est inutile que Julie s'y trouve ; allons l'en avertir.
Le mariage de Lucas, de Léonore, et du Jardinier, donne lieu au Divertissement qui termine la pièce.
DIVERTISSEMENT.
[ÉLÉONORE]
Que le choix d'un époux me paraît difficile ! À peine en pouvons nous voir un seul, entre mille, Qui procure un heureux destin. Vous vous trompez souvent, les Belles, Quoique vous ayez le goût fin ; Et pour m'en dire des nouvelles, Je vous attends au lendemain.Duo.
C'est au bon vin, Mon cher voisin, Que l'on doit recourir sans cesse. Point de Philis, point de maîtresse : Toujours un verre vide ou plein. Verse, verse, Boit nuit et jour ; Si tu veux renverser l'Amour, Il faut que Bacchus te renverse.256 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0