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un seul est le mot juste.

Opéra comique en vers et en prose· Opéra-Comique en un Acte en un Acte et en Canevas, avec un Divertissement

Isabelle Arlequin

Barthélemy-Christophe Fagan· imprimée en 1770· 256 vers· 7 personnages

Personnages

  • ISABELLE, sous l'habit d'Arlequin
  • ÉRASTE, amant d'Isabelle
  • ÉLÉONORE, Tante d'Éraste
  • OLIVETTE, Suivante de Léonore
  • PIERROT, amant d'Olivette
  • AGATHE, fille du Jardinier
  • TROUPE DE JARDINIERS

ISABELLE ARLEQUIN.

SCÈNE PREMIÈRE.

ISABELLE

Je fais une plaisante démarche !... Plaisante ! Non, j'en dois rougir de honte.

AIR : Réveillez-vous.

Dieu d'amour à quelle folie Exposes-tu les tendres coeurs ? En est-il un qui ne s'oublie Sitôt qu'il ressent tes ardeurs !

J'aime Eraste, et soit caprice ou amour de cette liberté dont jouit une jeune veuve, je le rebute, je te force de renoncer moi.

AIR : De la nécessité.

À se rendre dans le village Une de ses parentes l'engage ; De dépit d'amour, de jalousie, Bientôt je sens mon âme saisie.

J'arrive en ce village, on je suis Eraste, suivie seulement d'Arlequin : mais l'aspect de ce Château, ce qui m'avait paru raisonnable ne l'est plus, et je suis prête à m'en retourner comme je suis venue. Quelle extravagance ! Cependant...

SCÈNE II. Isabelle, Agathe.

AGATHE, chante

Non, je ne ferai pas ce qu'on veut que je fasse ; M'en dput-il arriver ce dont on me menace.

ISABELLE

Cet enfant me paraît être la fille du Jardinier apprenons d'elle s'il se peut, quelque chose.

AGATHE

Dussent tous mes parents me priver de leur bien. On veut me marier mais ; je n'en ferai rien.

ISABELLE

Bonjour, ma Belle.

AIR : Oh ! Que nenni.

Approchez-vous ?

AGATHE

Me voici.

AGATHE

Oh ! Que fi. Croyez-vous que je suis faite Pour toujours rester fillette ! Oh ! Que nenni.

Ce que je chantais tout a l'heure, je l'ai appris d'un Monsieur qui est ici depuis quelques jours.

ISABELLE

Savez-vous son nom ?

AGATHE

Eraste.

ISABELLE

Comment vous a-t-il appris ces chantons ?

ISABELLE

Ne savez-vous que cela ?

AGATHE

Oh ! Dame, il en chante bien d'autres ; mais comme elles ne parlent pas de mariage, je ne m'en souviens pas.

ISABELLE

Eh ! Dites-moi, ma petite femme ; quand Eraste se promène ne voyez-vous personne avec lui ?

AGATHE

Madame Léonore sa tante lui tient quelquefois compagnie. Ils parlent ensemble tantôt haut, tantôt bas. Hier encore,

AIR : Halte là.

Comme il reposait à l'ombrage, Dans cette contenance là, Madame l'aborda, ET lui tint ce langage : Tout ci, tout ça, Pati, pata, Bredi, breda, Julie est votre affaire, Vous ne pouvez mieux faire ; Prenez-la.

Adieu, Madame ; c'est aujourd'hui le lendemain de la noce de mon cousin Lucas, je vais voir comment se porte la mariée.

SCÈNE III.

ISABELLE est quelque temps irrésolue ; enfin elle conçoit une idée folle, dont elle espère un heureux succès.

SCÈNE IV. Léonore, Olivette, Éraste, Pierrot.

Léonore demande à Eraste ce qu'il pense de Julie.

ERASTE

Je ne reconnais vos bontés, Madame, mais...

AIR : Le badinage.

Former trop tôt des noeuds N'est pas d'un homme sage Rien n'est plus sérieux Que lorsque l'on s'engage.

SCÈNE V. Éraste, Pierrot.

ERASTE déplore pour sa faiblesse pour Isabelle après ses mauvais traitements

Ah ! Si tu savais,

dit-il à Pierrot ;

Combien le sexe est trompeur !

SCÈNE VI. Les précédents, Olivette.

Olivette vient avertir Ëraste de se trouver tantôt à la fête qu'occasionne le lendemain de noces du jardinier, parce que Julie l'honorera de sa présence. Ëraste dit qu'il va s'exécuter lui-même.

SCÈNE VII.

Olivette s'affermit dans la haine qu'elle croit avoir pour le perfide Arlequin. Elle implore le secours de la raison.

AIR : Branle de Metz.

SCÈNE VIII. Isabelle, en Arlequin, Olivette.

Arlequin se fait connaître pour Isabelle, et prélude son rôle.

OLIVETTE

Ciel ! Que vois je ?

ARLEQUIN

Hoï me ! Voici je crois ta femme de chambre du Château je ne pouvais la trouver plus à propos.

ARLEQUIN

Je n'avais pas prévu celui-là.

OLIVETTE

En vain tu cherches à t'échapper.

ARLEQUIN

Moi ! Point du tout je t'écoute, et ne sais que dire car en vérité, je ne suis point capable de ce que tu crois.

OLIVETTE

Comment ! Tu ne te souviens pas du tout que tu as joué à Olivette ?

OLIVETTE

Il y paraît, et d'ailleurs, je sais qu'il n'y a point de si petite chambrière à qui vous ne contiez fleurette.

OLIVETTE

Tu es bienheureux que je t'aime.

ARLEQUIN

Eh ! Bien ! Je vais me punir et te venger.

AIR : Aye ! Aye ! Jeannette.

Vous en aurez Arlequin Petit coureur de grifette Tenez monsieur le faquin Voilà comme l'on vous traite, Aye aye aye Aye aye Olivette, Sec.

Tu ne viens pas mettre le holà ! Tu me laisserais assommer, à ce que je vois ?

Griffet : Un des noms vulgaires du martinet.

OLIVETTE

Va, je te pardonne.

ARLEQUIN

Je te pardonne aussi.

OLIVETTE

Qui est-ce qui t'a amené ici ?

ARLEQUIN

Pardi, c'est la voiture.

OLIVETTE

Pour quelle affaire ?

ARLEQUIN

Pour parler à Éraste. Ne le puisse par ton moyen ?

OLIVETTE

Oui, malgré son embarras. Quand on songe à se marier.

ARLEQUIN

Heu !

OLIVETTE

Cela te surprend ?

ARLEQUIN

Pas autrement.

OLIVETTE

Isabelle n'en sait rien ?

ARLEQUIN

Elle s'en doute et je viens ici, de sa part, à la découverte. Veux-tu m'aider à la servir ?

OLIVETTE

Eh !... Mais... Je ne puis rien refuser à ce petit animal-là.

OLIVETTE

Il me faut encore ton coeur, y puis-je compter ?

OLIVETTE

Je vais te ménager une entrevue avec Eraste.

SCÈNE IX. Arlequin, Pierrot.

ARLEQUIN

Le plaisant original !

PIERROT

Il me semble mon petit Monsieur, que vous étiez en conversation avec Olivette ?

ARLEQUIN

C'est une bonne fortune.

PIERROT

Oui ; mais apprenez que cela ne me plait pas.

ARLEQUIN

Vous êtes donc jaloux, vous !

PIERROT

Assurément.

PIERROT

Eh ! Vous pourriez bien être traité comme ceux qui font les galants.

AIR : La ceinture.

Quand on trouve un rival fâcheux, Qui ne veut pas cesser de l'être, Pour faire évaporer ses feux On le jette par la fenêtre.

ARLEQUIN

La précaution est bonne, et vous parlez avec une politesse infinie.

PIERROT

Je vous conseille, en ami, d'en faire votre profit.

PIERROT

Voyons.

ARLEQUIN, à coups de batte

Tenez, Monsieur le donneur d'avis.

SCÈNE X. Éraste, Olivette.

OLIVETTE

Quoi que vous en disiez, je ne puis m'imaginer que vous ne pensiez plus à Isabelle.

ÉRASTE

Tu te trompes.

AIR : Je ne veux plus sortir de ma caverne.

La perfide a mérité ma fureur.

ÉRASTE

J'avoue qu'elle a tout ce qu'il faut pour plaire ; il semble qu'il n'y ait que douceurs à vivre sous son empire mais qu'elle est différence de ce qu'elle paraît !

ÉRASTE

Ah ! Charmante Isabelle, par quel serment faut-il...

OLIVETTE

Ah ! Ah ! Voici Arlequin, le valet d'Isabelle ; il vient, sans doute, vous dire quelque chose de sa part je vous laisse.

SCÈNE XI. Éraste, Arlequin.

ARLEQUIN

Monsieur, je suis ravi de vous trouver : comment va votre santé ? Je suis votre très humble serviteur.

ÉRASTE

C'est toi, cher Arlequin ?

ARLEQUIN

C'est moi-même. Eh ! Point de façon. Je vous prie ; vous vous portez bien ?

ÉRASTE

Y a-t-il quelque chose de nouveau ?

ARLEQUIN

Oui, on die que le grand Turc...

ÉRASTE

Eh ! Je te demande de la parc de ta maîtresse ?

ARLEQUIN

Que ne parlez-vous ? Elle vous fait bien ses compliments.

AIR : Turltutaine.

Vraiment, elle est fort en peine De vous voir rester ainsi, Depuis plus d'une qemaine, Oh ! Turlutaine, Dans ce vilain pays-ci, Turlututu tantalari.

Elle est curieuse de savoir si l'air de la campagne vous est bon s'il vous fait du bien.

ÉRASTE

Je compte que la chose se fera incessamment.

ARLEQUIN

C'est-à-dire, que vous envoyer paître Isabelle. Après tout, vous n'êtes pas obligé de l'aimer.

ARLEQUIN

Je sais bien quelque chose... Mais.

ÉRASTE

AIR : Diablezot.

Cher Arlequin explique-toi.

ÉRASTE

Mais, tu peux me dire de quel oeil elle a vu mon départ.

ÉRASTE

Voilà une grande affliction.

ARLEQUIN

Je vous dirais bien encore... Mais il faudrait n'en point parler.

ÉRASTE

Je ne veux rien savoir.

ARLEQUIN

Je lui ai souvent entendu dire d'un jeune homme qui vient souvent au logis, qu'il est aimable. C'est le portrait de mon cher Éraste.

ÉRASTE

Tu lui as entendu dire quelle joie !

ARLEQUIN

J'ai même lu dans son coeur qu'elle ne vous a pas tout-à-fait oublié.

ÉRASTE

Tu t'y connais beaucoup, je crois ?

ARLEQUIN

Nenni.

ARLEQUIN

À l'égard de cela, il faut l'excuser ; elle vous aurait écrit sans un grand malheur qui lui est survenu.

ÉRASTE

Quoi donc ?

ARLEQUIN

Vous avez connu d'Isabelle le serin si beau si vanté. Hélas le pauvre petit ne vit plus.

ÉRASTE

Puis-je m'amuser à écouter ce balourd ? Sortons.

ARLEQUIN

St, st, st, Éraste ! Je vous demande pardon, j'ai une lettre d'elle pour vous. Cela m'avait échappé.

ÉRASTE

Eh malheureux, que ne me la donnes tu, plutôt que de m'étourdir de tes balivernes ?

ARLEQUIN

Tenez, baisez la main. Adieu, je n'attends point de réponse.

SCÈNE XII.

ÉRASTE

« Avant que vous ne vissiez ma lettre, j'étais bine aise de découvrir vos sentiments : c'est Isabelle qui vous la rend sous l'habit de son valet ; jugez de son amour par son extravagance. Je vous aime ; je vous aimerai toujours ; je pars, voyez vous voulez me suivre. » Est-il possible ? Isabelle ! Oh ! Folie aimable et flatteuse ! hâtons-nous de la rejoindre.

SCÈNE XIII. Léonore, Éraste.

SCÈNE XIV et DERNIÈRE.

ÉLÉONORE

Il vient de voir Isabelle, et c'est Arlequin qui sort ! Qu'est-ce que cela signifie ? Ah ! J'entrevois le mystère et je me doute bien que le mariage que j'ai propose sera sans effet.

AIR.

Quoique j'aie été l'instrument De ce nouvel engagement, Je ne puis blâmer cet amant, Quand il va rejoindre Isabelle. Peut-on blâmer un coeur fidèle ?

Voici la fête du village. Il est inutile que Julie s'y trouve ; allons l'en avertir.

Le mariage de Lucas, de Léonore, et du Jardinier, donne lieu au Divertissement qui termine la pièce.

DIVERTISSEMENT.

256 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0