Opéra comique en vers et en prose· Opéra-Comique en un Acte
Momus à Paris
Personnages
- MOMUS
- LA GIROUETTE
- ADRASTE
- MARTON
- FRONTIN
- LE CHEVALIER
- BROCHURE
- BAROCO
- ARMIDON
- MONSIEUR BOBINET
- MADAME BOBINET
- LISETTE
- DEUX LAQUAIS
- TROUPE DE MASQUES
- SUITE DE MOMUS
MOMUS À PARIS
SCÈNE PREMIÈRE. Momus, La Girouette.
MOMUS
AIR : Quand on a prononcé.
Illustres Calotins, Troupe aimable et badine, Que sur un cas nouveau chacun de vous opine. Ecoutez, chers amis, qui répétez mes lois : Et du Dieu des grelots reconnaissez la voix.AIR.
Il est honteux, ne vous déplaire, Pour un corps aussi glorieux, Pour un corps, qui, par parenthèse, De tous les corps est le plus vieux, De n'avoir point, dans cette ville, Un hôtel, un honnête asile, Où, selon les occasions, Nous, nos agents ou commissaires, Puissions remplir les fonctions Pour le bon ordre nécessaires Comme font les réceptions, Les conseils les décisions Les règlements capitulaires Les ordonnances et décrets, Les récompenses brevets.AIR Patapan.
Il faut établir un séjour, Où tout humain porte-calotte Puisse, au premier coup de tambour, Sous l'ëtendard de la marotte, Patapan, Joindre aussitôt le régiment.LA GIROUETTE
AIR Quand je tiens de ce jus d'octobre.
Je ne crois pas qu'aucun s'oppose À l'utile établissement Que notre souverain propose. Tout doit suivre son sentiment.MOMUS
AIR.
Vous opinez tout seul, Monsieur La Girouette ; Attendez, s'il vous plaît, qu'à ce que je projette Mes sujets veuillent consentir. Votre louange m'est suspecte. Comme vous êtes Architecte, Vous ne demandez qu'à bâtir. Parlez, vous qui toujours consultez le caprice, Parlez, Calotine Milice.CHOEUR
A 1 ÏL Tu n'manieraspas mon Minet.
Qu'on éleve dans 16sairs Les merveilleux édifices Qu'on éleve dans les airs ï L'hôcel de tout l'Univers.MOMUS
AIR Tu croyais, en aimant Colette.
C'est donc une chose conclue ; Amis, je ne balance plus. Quand nous aurons pignon sur rue, Nous en ferons plus absolus.AIR : Sans dessus dessous.
Nous préviendrons mieux les abus Qui peuvent blesser nos Statuts Car on voit la troupe ratière, Sans dessus dessous, sans devant derrière ; Tout est, dans l'empire des fous, Sans devant derrière, sans dessus dessous.LA GIROUETTE
AIR : Réveillez-vous, belle endormie.
Chacun comme vous, le souhaite Tout le monde est de votre avis.SCÈNE II. Momus, Corinthien, La Frise.
MOMUS
Comment donc ! Ce projet surpasse mon attente. Il est savamment destiné, Bien conduit bien imaginé. La construction est charmante. Une échelle fait l'escalier Des trappes fervent de passage Les mansardes sont au premier, Et l'entresol est au troisième étage.AIR : Dans notre Village.
Si de notre Empire Vous n'étiez sujet Un si beau projet Suffirait pour vous faire inscrire. Mais expliquez-moi Ce qu'ici je vois.LA GIROUETTE
C'est l'endroit devine pour placer les peintures ; Qui des fous les plus importants Apprendront les faits éclatants, Et les diverses aventures. Par exemple, dans le talion Seront les plaideurs et plaideuses Les Pédants et les Précieuses Se verront dans ce pavillon. Là, de riches vieillards épris de leurs cassettes, Morts de faim sur un tas d'écus ; Ici ceux qui dans les bassettes Portent leurs fonds et revenus Messieurs les peintres et poètes Symphonies, musiciens François, ainsi qu'Italiens, Dans ce petit panneau seront les effigies Des amants qui se sont pendus Pour leurs maîtresses infidèles. Plus bas, quelques auteurs de brochures nouvelles, De contes bleus et de rébus. Enfin de ce côté sera peinte une Clique, Qui, dans certain pays, a tout mis en pratique Tout remué pour obtenir Le bail de l'Opéra-Comique, Ayant pour but de s'enrichir.MOMUS
AIR de la Canicule.
Il suffit : présentement Cherchons dans la Ville Un lieu propre au bâtiment.LA GIROUETTE
Rien n'est plus facile. Vous devez choisir l'endroit Où le plus souvent on voit Du calotinage, L'endroit le moins sage.MOMUS
Oui, c'est-là mon intention ; Mais le choix n'en est pas si facile qu'on pense À quel quartier donner la préférence Il faut, dans tout ceci, grande précaution. Voyons ce qui le passe avec attention, Et que de chaque endroit une légère idée À nos yeux soit tracée. Venez la Girouette un nouvel Asmodée Vous va conduire par la main. Nous sommes ce me semble au Faubourg Saint-Germain Commençons-notre tournée.Asmodée : Démon de la Bible (Tobie III ,8), roi des dévastateurs. [L]
LA GIROUETTE
Vous m'y voyez tout prêt.MOMUS
Vous, cependant, allez Où, par vos fonctions, vous êtes appelés. ` Nous pourrons bien sans vous prendre cet exercice.LA GIROUETTE
Quelqu'un paraît.SCÈNE III. Adraste, Frontin.
FRONTIN dit à son maître qu'il a toutes les peines du monde à tirer de l'argent de Monsieur Simon son usurier ordinaire mais qu'à la fin il lui a donné deux mille livres, après avoir rempli son blanc-seing de quatre mille livres. Ce sont deux mille livres qu'il m'en coûte, répond Adraste mais que ne ferait-on pas pour se tirer d'affaire avec honneur ? Va ajoûte-t-il à Frontin, assemble mes créanciers chez moi : je vais t'y joindre, et les payer.
SCÈNE IV. Adraste, Marton.
MARTON, après avoir assuré Adraste que la comédienne Doris n'aime que lui, lui insinue adroitement que sa maîtresse est au défefpoir d'un vol que lui a fait un Laquais qui lui a enlevé habits et diamants. Adraste lui donne les deux mille livres qu'il vient de recevoir, en lui disant :
ADRASTE
AIR : Je veux boire à ma Lisette.
Prends Marton cette ressource Adoucira fon malheur. Peut-on ménager fa bourbe Quand on a donné son coeurIl la prie d'écarter Doris certain nouvel auteur qui lui adresse ses poésies.
MARTON
N'en prenez point d'ombrage.
AIR : Objet charmant et doux.
Les vers sont ennuyeux.bis.
Faire grande dépenfe, et montrer l'or aux yeux : C'est parler, croyez-moi, le langage des Dieux.ADRASTE
Va, Marton.
AIR : C'est un excellent élixir.
De cet objet plein de douceur Tâche de calmer la douleur.SCÈNE V.
ADRASTE
Je n'ai pu faire autrement. Il faudra que je me retourne d'un autre côté.
SCÈNE VI. Adraste, Frontin.
FRONTIN
La plupart de vos créanciers sont chez vous.
AIR : Attendez-moi sous l'orme.
Je leur ai fait entendre Que, moins impertinents, Ils seraient bien d'apprendre À connaître les gens. Ils vont chez vous se rendre Bien joyeux, bien contents.ADRASTE
Ils m'y peuvent attendre ; Ils attendront longtemps.Il lui avoue l'emploi qu'il a fait de son argent.
SCÈNE VII. Adraste, Le chevalier, Frontin.
LE CHEVALIER raconte à Adraste, comme une chose fort plasante, que Doris lui a donné une somme de deux mille livres, dont il avait besoin, que sa suivante a adroitement tirée d'un jeune innocent qui croit en être aimé.
SCÈNE VIII. Adraste, Frontin.
Adraste déclame contre la perfidie de sa maîtresse.
SCÈNE IX. Momus, La Girouette.
LA GIROUETTE
Ma foi, pour ce quartier, ce trait me détermine. Je pense qu'il n'est pas besoin, De chercher, ni d'aller plus loin.MOMUS
Il est bon que chacun passe par l'étamine. Par exemple, écoutons deux Auteurs que voici : Ils sont avec un tiers qui parle et se démène Du pays Latin jusqu'ici. Ils le suivent.SCÈNE X. Brochure, Armidon, Baroco.
ARMIDON
Daignez un moment m'écouter.BROCHURE
Quoi toujours me persécuter ! Messieurs, souffrez que je respire.Me suivre depuis la rue Saint-Jacques qu'au carrefour de Bussy ? Je n'y puis plus tenir.
BAROCO
Quoi ! Vous ne convenez pas de l'excellence de mes ouvrages ?
ARMIDON
Vous n'êtes pas frappé de la beauté du mien ?
BROCHURE
AIR : Sois complaisant. etc.
Vos écrits sont pleins d'esprit et de verve Et je les crois avoués de Minerve. Mais, Que le destin me préserve De les imprimer jamais.ARMIDON
Je ne veux point de vos cantates en prose, ni de vos harangues en vers.
BAROCO
Réfuter une harangue, que j'ai pris plaisir à composer en vers en décasyllabes imitée de Demostènes ! Procté ! Siphoué !
ARMIDON
Vous ne remarquez pas quelle noble simplicité règne dans ma cantate.
Tircis pour Daphné avait de l'inclination. Dans la prairie les deux amants S'amusaient ensemble... C'est pourquoi...BROCHURE
C'est pourquoi !
ARMIDON
C'est pourquoi.
BROCHURE
Cela est détestable.
BAROCO
Savez-vous lire, mon ami ?
BROCHURE
Belle demande un libraire !
BAROCO
Vous allez convenir... Où sont donc mes harangues ?
AIR : Diogene.
Le déluge, la foudre, Qui réduit tout en poudre Les vents impétueux, La grêle, la tempête, Tout tombe sur ma tête En ce moment affreux.Quel téméraire a osé porter sa main profane sur mon bien, ma vie, mes trésors, l'ouvrage de vingt ans ! On me vole ! O Jupeter altitonans ! Souffrirez-vous ce nefandum facinus. Il faut les que je les aye perdus dans ce maudit café.
SCÈNE XI.
BAROCO
AIR : Non, je ne ferai pas.
Non ce que les enfers ont de plus effroyable Aux maux que je ressens n'ont rien de comparable. Rien d'un coup si cruel, ne peut me consoler. Je n'y saurais survivre il me faut immoler.Ah ! Les voici dans ma poche. Approchez, Monsieur Brochure. Mais que vois-je ? Evafit !
Je vous retrouve donc, dignes fruits de mes veilles ! Écrits ingénieux, harangues non-pareilles ! Si, dans ce siècle rare en parfaits connaisseurs, Vous n'avez encor pu trouver d'imprimeurs, Vous en serez vengés et vous aurez la gloire D'être inscrits pour jamais au temple de Mémoire.SCÈNE XII. Monsieur et Madame Bobinet, Lisette.
Madame Bobinet se plaint de sottes façons d'agir les habitants du Faubourg Saint-Germain, où se trouvent [...]
Dans l'édition des oeuvres, la scène est numérotée VII au lieu de XII.
[LISETTE]
AIR : Cordon bleu.
Un Plaisant qui récite des vers ; Un Abbé qui sans cesses ricane ; Un sot qui parle à tort et à travers, Et qui gesticule avec sa canne ; Deux précieuses sur un sofa, D'un air d'indolence, Gardant le silence ; Trois Anglais, un acteur d'opéra, Le bel assemblage de gens que voilà !Elle parle surtout d'une certaine Clorinde, qui ne l'a reconduite qu'à la porte de sa chambre. Monsieur Bobinet trouve fort ridicule que pendant tout le temps de la visite, on ne l'ait pas prié de mettre son chapeau.
Cette réplique ne comporte aucune entête de personnage.
La Fontaine de l'échaudé, rue Vieille du Temple, à l'angle de la rue du Poitou. Datée de 1671, c'est la plus ancienne fontaine de ce quartier.
ROBINET
Moi, sur un mot de compliment, Qu'à Clorinde j'ai voulu dire, Tout le monde s'est mis à rire.Retournons, dit Monsieur Robinet, dans notre quartier de la fontaine de l'échaudé.
MONSIEUR BOBINET
AIR : Agréable espérance.
Depuis chère Poulette, Que je suis marié, De moi vous devez être satisfaite. Je vous ai toujours mis sur le bon pied.Madame Bobinet demande son équipage. Un laquais lui dit que ne donnant que vingt écus de gages de son cocher, il allé faire une course pour son compte.
SCENE XIII et dernière. Momus, La Girouette.
LA GIROUETTE
AIR : Des Rats.
Que dans cette ville L'on voie de travers C'est la plus fertile De tout l'Univers. Notre choix fera difficile : Ma foi, nous ne finirons pas. Dieux ! Que d'embarras Pour fixer notre domicile ! Dieux ! Que d'embarras Pour connaitre les plus grands rats.MOMUS
Il est vrai qu'on ne peut bien juger de la chose ; Le pays Latin, le Marais~ Dont nous venons de voir, en passant, quelque traits, Étant pourvus de même doqe Que le quartier du Faubourg Saint-Germain, Rendent de plus en plus mon esprit incertain.LA GIROUETTE
Moi, je l'avouerai ; plus j'y pense, Moins je puis décider, et quand pour l'un des trois, Je fuis prêt à fixer mon choix, Unanie, sur le champ, fait pencher la balance.MOMUS
Je l'avais bien prévu mais ce n'est pas là tout. Il faut aller jusqu'au bout. Un quatrième peut tenir en concurrence.LA GIROUETTE
Serait-ce s'il vous plait le bal de l'Opèra ? Car je crois que nous y voilà, Du moins, ce que je vois en a quelque apparence.MOMUS
Oui, pour examiner ce qui s'y passera, Tous deux, incognito, nous y tiendrons séance.AIR : Le bon branle.
Terpsichore dans ce séjour, Met tout Paris en branle. C'est à qui lui fera sa cour. On y voit jusqu'au point du jour, Danser un joli branle. Souvent même, après le retour On est encore en branle.Terpsichore : Nymphe de la mythologie grecque qui préside à la danse.
Branle : Espèce de danse. Le branle ou branle gai est le nom générique de toutes les danses où un ou deux danseurs conduisent tous les autres, qui répètent ce qu'ont fait les premiers. [L]
LA GIROUETTE
AIR.
Oh vraiment, je connais cet asile charmant ; C'est où le tendre amour débite sa recette. Des plaisirs il est la retraite, Et le centre du mouvement.AIR.
Jour et nuit, d'une ardeur extrême, On y voit chacun s'empresser.LA GIROUETTE
Nous sommes encor seuls mais certaine rumeur M'annonce que bientôt nous aurons compagnie. Je ne me trompe pas. Tenez, voyez, Seigneur, De quel nombreux concours l'entrée est investie L'Orchestre, cependant, n'est pas encore en train.MOMUS
L'Orchestre ? Il est, sans doute, au cabaret prochain.AIR.
En attendant qu'il en revienne, Les masques que je vois venir Et le motif qui les amène, Pourront aisément nous fournir Matière à nous entretenir.MOMUS
Elle aperçoit son époux Près d'une comédienne. Dans ce bal en rendez-vous, Tous les deux se font les yeux doux. Pour la venger de l'injure, Vient un jeune homme à son gré.LA GIROUETTE
Cet autre qui porte un turban ?LA GIROUETTE
AIR.
Il accoste une Espagnolette. La Belle me paraît écouter la fleurette.Espagnolette : Il s'est dit quelquefois pour jeune fille espagnole. [L]
MOMUS
Il lui promet une ambulance Que son époux aura demain.Ambulance : Vendeur en ambulance, homme qui établit son échoppe, son lieu de vente, dans les passages, dans les marchés. [L]
MOMUS
Celui que vous voyez plus bas, Est un chimiste à sec, qui vient ici se rendre, Pour y dissiper ses ennuis. Il ne fort jamais que les nuits : Cela, pour deux raisons que je vais vous apprendre.AIR : Monsieur le Prévot des Marchands.
Primo, c'est que plusieurs Marchands, Ont mis après lui les Sergents ; Il craint le jour qu'on ne le gobe, S'il prend l'essor. Et, secundo, C'est que toute sa garde-robe Est réduite à son domino.Gober : Populairement Faire prisonnier quelqu'un que l'on guette. [L]
Domino : Costume de bal masqué ou costumé qui consiste en une robe avec un capuchon ou camail. [L]
LA GIROUETTE
AIR : Que de gentilles pélerines.
J'aperçois une pélerine Qui porte sous la capeline, Des yeux brillants, friande mine, Qui ne marchande point un coeur. Celui qui de près l'examine, Est-ce un époux ? Est-ce un tuteur ?MOMUS
AIR : Il n'est plus temps.
C'est un époux sexagénaire, Et sa moitié n'a pas vingt ans : Tens tens, tens. Il s'adonise, il tache encor de plaire.S'adoniser : S'ajuster avec un trop grand soin. [L]
LA GIROUETTE
Tens, terens, rens, tens, Il n'est plus temps.AIR : Non, je ne ferai pas.
Je les crois fort unis : mais, entre nous, je gage Qu'avec impatience elle attend le veuvage.MOMUS
N'en doutez pas. Bien plus, pour remplir ce désir, D'un fort plaisant moyen on la voit se servir.AIR : Branle de Metz
Pour lui cette épouse tendre, Le force à se réjouir ; Par la route du plaisir, Au tombeau le fait descendre. Pour aller au noir séjour, Divers chemins on peut prendre ; Pour aller au noir séjour, Le barbon prend le plus court.Noir séjour : tombeau.
Barbon : Vieillard, avec une idée de dénigrement. [L]
LA GIROUETTE
Vers nous en tumulte on s'avance.MOMUS
Prenons la loge que voici. Nous verrons que ce quartier-ci A droit, autant qu'un autre, à notre résidence.UN PAYSAN
AIR : Ces filles sont si sottes.
À mon panier si quelqu'un va, J'ai le bras lourd, il en saura Sur le champ des nouvelles ; Arrêtez-vous, laissez cela. Mon fruit est pour les Belles Lon la. Mon fruit est pour les Belles.LA BOUQUETIÈRE
AIR.
La rose et le bouton, Ton, ton, La rose et le bouton,AIR.
La rose et le bouton. Pour Javotte, Charlotte Jeanneton, Margoton, Nanette, Fanchon, Lisette, Suzon Colette Ça, ça, que l'on achète La rose et le bouton, Ton, ton, La rose et le bouton. De ma petite Marguerite Faire emplette, beau garçon. Souvent, dans les jardins, la fleur la plus parfaite Ne vaut pas la fleurette Qui naît dans un vallon. Pour Javotte etc.LE FROTTEUR
AIR.
Je suis frotteur de mon métier, Aux plus fameux je fais la nique ; Tous les jours, dans chaque quartier, Je vais cherchant de la pratique. Regardez si je suis au fait, Comme je frotte, Comme je frotte Sur le parquet. Dans la chambre et le cabinet, Si je suis à votre service, Mesdames, tout sera bien net ; Car je ne suis pas un novice. Regardez etc. Me dit-on de monter du bois, Si c'est pour un mari, je vole ; Je fuis à tout, et quelque fois, Je tire de l'eau pour Nicole. Regardez, etc.Frotteur : Celui qui frotte les parquets. [L]
Pratique : ouvrage, travail.
MOMUS
Ils le font l'un plein d'enjouement, Plein de saillie et d'agrément ; Dans une fête, un bal, a ce qu'il faut pour plaire ; Toujours rire, danser folâtrer est son tic ; Mais ce tic ne lui convient guère : II était né pour ne rien taire Et le sort a permis qu'il fût homme public. L'autre masquée en bouquetière ; Est un morceau friand, gentille douairière. Elle est riche, elle est belle, et de condition ; Sur son compte, bien plus, il n'est rien à redire : Mais vivant sans précaution, Elle donne à jaser. La mordante satire Noircit sa réputation. Les rendez-vous, le tête-à-tête, Les nocturnes repas Tout lui convient, rien ne l'arrête, Qu'on en parle ou n'en parle pas. N'est-ce point un travers ayant de la sagesse, De n'en pas recueillir le prix ? Elle a le coeur d'une Lucrèce, Et le dehors d'une Laïs.Laïs : Fig. Femme galante dont la réputation fait grand bruit. [L]
LA GIROUETTE
Que de sujets pour votre empire. Mais, enfin, voilà donc le bâtiment à bas, Pour le choix du quartier où l'on doit le construire, C'est toujours nouvel embarras. Que faire ?...MOMUS
Il faudra nous conduire, À cet égard, le mieux que nous pourrons Avec le temps nous en déciderons. Au surplus, je prétends sur un point vous induire, Si plus qu'un autre pays, À mon pouvoir paraît soumis. Loin que ses habitants en soient moins agréables, C'est ce qui les rend plus aimables.AIR : O reguingué.
Les Calotins, en quantité, Que l'on voit en cette Cité, Viennent de leur vivacité Et c'est où brille la saillie, Que l'on voit régner la folie.COMPLIMENT Fait à la Clôture de la Foire Saint-Laurent au mois d'octobre 1731.
[LA TROUPE]
MESSIEURS,
AIR Un Berger de notre village.
Dans cette fatale journée Qui doit mettre fin à nos jeux C'est moi que l'on a destinée Pour faire de tristes adieux. Je ne sais ce que je vais dire Mais je sens mon coeur qui soupire.AIR Des triolets.
Les moments où je puis vous voir, Sont les plus heureux de ma vie ; Il n'est rien qui puisse valoir Les moments où je puis vous voir. Mais hélas de quel désespoir Mon âme est aujourd'hui saisie Je perds, en vous quittant, ce soir, Les plus doux plaisirs de la vie.AIR : Je vous le donne.
Ah ! Quel dommage ! Lorsque notre théâtre est plein Pourquoi faut-il plier bagage ? S'arrêter en si beau chemin, Ah ! Quel dommage ?Mais tous ces regrets sont inutiles, il faut nous séparer. Du moins,
AIR : Que j'estime mon cher voisin !
Messieurs, pendant les quatre mois Que je dois être absente, Qu'il vous souvienne quelque fois De la petite Tante. Nous allons employer cet intervalle À nous mettre en état de mériter vos suffrages.AIR : La jeune Isabelle.
Que votre présence, Qui nous charme tant, Soit la récompense D'un zèle constant. L'Opéra lui-même Vous dit clairement Aimez qui vous aime, Rien n'est si charmant.Oui, Messieurs,
AIR. le Prévôt des Marchands.
Si notre Opéra quelques jours Vous amusa dans les Faubourgs, Que cela nous devienne utile ; J'ose aujourd'hui vous en prier. Venez tous nous voir à la Ville, Le troisième de Février.480 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0