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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Anglais à Bordeaux

Charles-Simon Favart· créée en 1763, imprimée en 1743· 1 094 vers· 8 personnages

Représentée pour la première fois par les Comédiens Français Ordinaires du Roi, le Lundi 14 Mars 1763.

Personnages

  • DARMANT
  • LA MARQUISE DE FLORICOURT, Soeur de Darmant
  • BRUMTON
  • CLARICE, Fille de Brumton
  • SUDMER, Ami de Brumton
  • ROBINSON
  • UN AUTRE VALET
  • UN BORDELAIS
Notice sur FAVART [1818]

CHARLES-SIMON FAVART naquit à Paris le 3 novembre 1710. Il fut successivement directeur du théâtre de l'Opéra-Comique et du spectacle de Bruxelles.

Nul auteur n'a mieux su plier son talent aux différents genres de pièces et saisir mieux les idées de ses collaborateurs ; aussi, quoiqu'il ait fait seul le plus grand nombre et les principaux de ses ouvrages, il a travaillé avec plus de dix auteurs différents, et pour environ autant de théâtres ; mais il consacra principalement ses veilles aux Italiens et à l'Opéra-Comique. Il n'est personne qui ne connaisse Ninette à la Cour, la Fille mal gardée, Isabelle et Gertrude, la Fée Urgèle, les Moissonneurs, la Rosière de Salency, la Chercheuse d'Esprit, la Belle Arsène, etc.

Favart n'a composé qu'une soûle pièce pour le théâtre Français. L'Anglais à Bordeaux parut, pour la première fois, le 14 mars 1763, et eut un très grand succès, qui s'est soutenu à toutes les reprises de cette jolie comédie.

Les Trois Sultanes, comédie en trois actes, en vers libres, n'a été représentée sur la scène française que depuis la mort de l'auteur. Ce ne fut qu'en 1802 que les comédiens françois montèrent cet ouvrage, qui avait été donné, pour la première fois, aux Italiens, le 9 avril 1761, sous le titre de Soliman Second.

Les divers ouvrages que Favart a composés seul, forment dix volumes in-8°. Cet auteur laborieux mourut à Paris le 18 mai 1790.

MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DUC DE PRASLIN. Pair de France, Commandeur des Ordres du Roi, Secrétaire d'État, et Ministre des Affaires Etrangeres.

La Paix est votre ouvrage ; par conséquent la Pièce qui la célèbre, vous appartient. Vous daignez, MONSEIGNEUR, en accepter l'hommage, c'est me récompenser de l'avoir faite. Je suis avec le plus profond respect, MONSEIGNEUR, Votre très humble, et très obéissant serviteur,

FAVART.

L'ANGLAIS À BORDEAUX

SCÈNE PREMIÈRE. Darmant, La Marquise de Floricourt.

LA MARQUISE

Devenez son ami.

SCÈNE II. Darmant, Robinson, La Marquise.

DARMANT, lui donnant de l'argent

Prends donc et te tais.

ROBINSON

Il pense.

ROBINSON

Soupire.

ROBINSON

« Occupez vous de Locke, Ma fille ; lisez Clark, Swift, Newton, Bolingbroke. Songez que vous êtes Anglaise : Apprenez à penser ! » Puis ayant dit ces mots, Il s'enfonce dans une chaise, Pour réfléchir plus à son aise, En décidant que vous êtes des sots.

Locke, Jean (1623-1704) : philosophe anglais.

Newton, Isaac (1643-1727) : savant anglais qui mit en évidence la gravitation universelle.

Swift, Jonathan (1667-1745) : écrivain anglais, auteur entre autre des Voyages de Gulliver en 1728.

LA MARQUISE

Quoi ?

SCÈNE III. La Marquise, Darmant.

SCÈNE IV. Darmant, La Marquise, Clarice.

SCÈNE V. Clarice, Darmant.

CLARICE, avec fierté

Moi Monsieur ?

DARMANT, avec ardeur

Ah ! L'amour...

CLARICE, fièrement

Quoi, Monsieur ?

DARMANT, à part

Je ne m'observe pas.

CLARICE, avec vivacité

Il est bien vrai Monsieur...

DARMANT, plus vivement encore

Ah ! Clarice !

CLARICE, à part

Me serais-je trahie ?

SCÈNE VI. Clarice, Le Mylord.

CLARICE

Toujours seul ! Et pourquoi...

Le Mylord fait un signe de la main, et Clarice se retire.

SCÈNE VII.

LE VALET

Oui, Mylord.

LE MYLORD

Relisons la Lettre de Sudmer. Ô généreux Anglais, que tu me deviens cher !

Il lit.

« Mylord, vous devez avoir besoin d'argent dans la situation ou vous êtes ; je vous envoie une lettre de change de deux mille guinées. Je compte trop sur votre amitié pour ne pas être sûr que vous n'offenserez pas la mienne par un refus. Mon bras est assez bien remis, je n'ai pas encore la liberté d'écrire moi-même ; ne me faites point de réponse, je m'embarque pour la Caroline, nous nous verrons à mon retour. »

Après voir lu, il dit.

Les bienfaits de Darmant pour moi sont une offense ; Mais de ceux d'un ami l'on ne doit pas rougir. Que mon sort est heureux ! d'ici je vais sortir : Oh ! j'y mourrais d'impatience. Porte ces sacs dans mon appartement ; Et dis à Robinson d'aller en diligence Chercher un autre logement, Pour vivre seuls dans l'ombre et le silence.

Guinée : C'est une pièce d'or qui a cours en Angleterre, et qui est un peu plus pesante que le Louis d'or, et qui vaut un écu davantage. On la nomme Guinée, à cause de l'or, dont on la fabriqua, avait été apporté de cette partie de l'Afrique qu'on appelle Guinée et pour marque de cela, il y avait au commencement sur la Guinée la figure d'un éléphant. [F]

SCÈNE VIII. Mylord, Robinson, La Marquise.

LE MYLORD, froidement

J'ai lieu de l'être.

LE MYLORD, regardant la Marquise avec un air d'intérêt

Tant pis.

LE MYLORD

Je parle peu.

LA MARQUISE

Je parlerai pour vous, Et vous me répondrez, si vous pouvez.

Retenant le Mylord qui veut s'en aller.

Tout doux.

LA MARQUISE

Le plaisir.

LE MYLORD

Le plaisir ! J'entends, et si je veux vous plaire, Il faut, comme j'ai dit, changer de caractère, Jouer le rôle fatiguant D'un joli petit-maître, et d'un fat élégant. Ah ! Lorsque de penser on a pris l'habitude...

Petits-maîtres : nom qui fut donné, durant la Fronde, aux membres d'un parti à la tête duquel se placèrent Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville. Fig. et familièrement. Petit-maître, jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. [L]

LE MYLORD, avec un feu d'humeur

Toujours l'amusement !

LA MARQUISE, à part

Bon, son humeur s'apaise.

LE MYLORD, prenant la main de la Marquise

Vous en avez, Madame, un plus grand avantage.

LE MYLORD, l'arrêtant

Non, Madame.

SCÈNE IX. Le Mylord, La Marquise, Un Bordelais.

LE MYLORD, à part

Où fuir ?

LE MYLORD

Morbleu !

SCÈNE X. Le Mylord, La Marquise.

SCÈNE XI.

SCÈNE X.I. Le Mylord, Darmant.

LE MYLORD, avec un soupir étouffé

Non, non ; j'en dois sortir.

LE MYLORD, à part

Ah ! Quel acharnement !

SCÈNE XIII. Le Mylord, Un Valet.

SCÈNE X.V. Le Mylord, Darmant, Sudmer.

DARMANT, avec étonnement

Sudmer ! Ah ! Quel événement !

SUDMER

Aucune ?

LE MYLORD, à part

Cet accueil n'est pas de mon goût.

Darmant veut se retirer.

DARMANT

Quoi ?

SCÈNE VI.I. Sudmer, Darmant.

SCÈNE XVI.

SCÈNE XVII. Le Mylord, Clarice, Sudmer.

CLARICE

Monsieur.

LE MYLORD

Darmant !

SUDMER

Nommé ?

LE MYLORD

Près d'ici.

SCÈNE XVIII. Le Mylord, Clarice.

LE MYLORD

Quoi ?

SCÈNE XIX. Le Mylord, Sudmer, Clarice.

LE MYLORD

Robinson !

SCÈNE XX. Le Mylord, Sudmer, Clarice, Robinson.

ROBINSON

Mylord !

LE MYLORD

De Sudmer ?

ROBINSON, à part

Me voilà pris.

SUDMER

Je te surprends en menterie ; C'est moi qui suis Sudmer.

Menterie : Mensonge ; allégation de quelque chose fausse que l'on veut faire passer pour vraie. [F]

LE MYLORD

Comment ?

LE MYLORD

Darmant !

CLARICE

Darmant !

SCÈNE XXI. Les Acteurs précédents, La Marquise, Darmant.

DARMANT, à part

Ô Ciel !

DARMANT, à part

Ma soeur.

LA MARQUISE

C'est qu'il est amoureux de votre prétendue ; Mais grave soupirant, discret, silencieux, Le respect a toujours étouffé sa parole, Et tristement comme une idole, Son amour n'a jamais parlé que par ses yeux.

Prétendu : se dit aussi de ce qui est incertain ; qu'une partie prétend vrai, et dont l'autre ne demeure pas d'accord ; ce qui n'est ni prouvé, ni jugé. [F]

DIVERTISSEMENT.

Cantabre : Peuple de l'Hispanie (Tarraconaise), vers les sources de l'Ebre, à l'Est des Astures, entre les Pyrénées asturiques et la mer : leur pays répond aux Asturies, au Guipuscoa et à la Biscaye proprement dite. [B]

On entend une symphonie et des acclamations qui annoncent une Fête publique. Le Théâtre représente la vue du Port de Bordeaux. On voit des vaisseaux ornés de guirlandes et de banderoles. Des peuples de différentes nations exécutent une fête. Anglais, Français, Espagnols, Cantabres, Portugais, etc. caractérisés par des habits pittoresques, composent diverses danses variées à la mode de leur pays, au bruit des salves d'artillerie. On chante ; toutes les nations s'embrassent ; la fête se termine par un ballet général.

VAUDEVILLE.

TOUS

1 094 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0