Parodie en vers· Parodie Nouvelle
Hipolyte et Aricie
Représentée pour la première fois par les Comédiens Français Ordinaires du Roi, le Lundi 14 Mars 1763.
Personnages
- THÉSÉE, M. Rochard
- HIPOLYTE, Madame Deshayes
- ARICIE, Mademoiselle Sylvia
- PHÈDRE, Mademoiselle Sidonie
- OENONE, Mademoisele Agathe Sitcotti
- PLUTON, Monsieur Sticotti
- MERCURE, Monsieur Carlin
- DIANE, Mademoiselle Sidonie
- TISIPHONE, Monsieur Vincent
- LES PARQUES, Messsieurs Vincent, Joachim, Balletti
- DÉMONS
- MATELOTS
- CHASSEURS
- CHASSERESSES
- BÛCHERONS
- BÛCHERONNES
HIPOLYTE ET ARICIE.
SCÈNE PREMIÈRE.
Le théâtre représente le temple de Diane.
ARICIE, seule
AIR. Qui des deux pourront nous choisir ?
L'amour excite mon désir, Et je m'offre à Diane, Qui des deux pourrai-je choisir Pour vivre avec plaisir ? Cherchons la paix : Non, le monde profane N'a jamais Que faux attraits Mais sans amants Perdrai-je ici mon temps Dans les ennuis ! C'est encore pis.AIR. Qu'on en dise ce qu'on voudra, tout ci, tout ça.
Qu'on en dise ce qu'on voudra, Tout ci, tout ça, Que sur moi la critique morde, Hipolyte est fort à mon gré, Poudré, tiré, Chaussé comme un danseur de corde : Qui n'aimerait ce beau cadet, Coquet, Ginguet Qui sait chanter si net ?AIR. Il m'est avis que l'on me foure.
Dans la retraite où je vivrai Toujours à lui je penserai : Quoiqu'il soit sottement modeste, Diane n'aura que son reste.SCÈNE II. Hipolyte, Aricie.
HIPOLYTE
AIR. À l'ombre de ce vert bocage.
Vous immolez à la déesse Des jours si chers, si précieux : On doit consacrer sa jeunesse Au dieu qui brille dans vos yeux. Le coeur est fait pour la tendresse, Il est oisif en ce séjour ; Notre hiver est à la sagesse, Nous printemps à l'amour.ARICIE
AIR. Votre beauté soumet tout l'univers.
Quel intérêt y prenez-vous, Seigneur ? Vous n'aimez rien, les filles vous font peur.HIPOLYTE
Je rends les armes ; J'ai pour vos charmes Une pitié Qui passe l'amitié.AIR. Viens dans ma cellule.
Je veux ma poulette, Dans votre retraite, Pour prouver ceci, Avec vous m'enferme aussi.HIPOLYTE
Non, ma foi, c'est en honneur, Tenez, tout vers vous m'attire. Je soupire. C'est vous dire Que je porte un coeur tendre.HIPOLYTE
Ah ! Calmez votre courroux. L'amour ne peut vous surprendre, Je perds un espoir trop doux, Vous n'avez pas le coeur tendre.HIPOLYTE
AIR. Ah ! qui vous a, qui vous a, qui vous a !
Je n'aurais pas cru cela De la fierté d'Aricie.ARICIE
Bon, but à but nous voilà ; Trop de résistance ennuie, Bannissons, bannissons, bannissons-la, Bannissons la cérémonie.AIR de COUPERIN. Soeur Monique.
Je n'aurai, l'Ami, Aucun souci De tout ce qu l'on fait ici, Je veux dans mon coeur, Malgré l'honneur, Conserver toujours mon ardeur. On me verra nuit et jour, En novice, Spéculatrice, Ne m'occuper que de l'amour. Je n'aurai, l'Ami, etc.HIPOLYTE
AIR. Pour voir un peu comment ça fra.
Chaste Diane, écoute-nous, À notre amour sois favorable.HIPOLYTE et ARICIE
Duo. AIR. Ah Thérèse.
Ah ! Déesse, Ta sagesse, Devrait punir notre penchant. Tout m'accuse, Mais excuse, Nous nous aimons innocemment. Tu vas jouer un rôle Drôle, En servant Les feux d'une galant. Ah ! Déesse, etc.HIPOLYTE
AIR. Je vous la gringole.
Eh quoi : Sans se trémousser, Tournoyer sans cesse, Passer et puis repasser, Ce ballet me blesse : Rangez-vous, laissez danser La grande prêtresse.On danse.
ARICIE
AIR. Sur le pont d'Avignon.
Mais il est à propos que la Danse finisse, La vieille Phèdre vient, et se jeune nourrice.SCÈNE III. Phèdre, Oenone, Hipolyte, Aricie.
PHÈDRE
Menuet de l'Opéra. Agnès qu'auparavant.
Par de noeuds éternels, Ma chère Aricie, Aux immortels : Pouvez vous faire mieux ? Ah ! Qu'il est glorieux D'aller, ma Mie, De pair avec les Dieux !ARICIE
AIR. Comment donc, petite effrontée.
C'est trop d'honneur, hélas ! Je ne m'en flatte pas : Qui moi divinité : Je m'en tiens à l'humanité.PHÈDRE
AIR. Comment donc, petite effrontée.
Comment donc, petite volage, Vous osez avoir de tels sentiments ? Je prétends et j'entends Qu'avez Diane l'on s'engage, Dans ces lieux si charmants On est à l'abri des amants. Comment donc, petite volage, Vous osez avoir de tels sentiments ?ARICIE
Oh, vraiment, Oh, vraiment, On réfléchit à mon âge ; Oh, vraiment, Oh, vraiment, À présent Mon coeur se sent.ARICIE
Que vient-elle nous conter ? Ah ! Je dois me contenter De vous imiter. Oh, vraiment, Oh, vraiment, On réfléchit à mon âge ; Oh, vraiment, Oh, vraiment, À présent Mon coeur se sent.PHÈDRE, à Hipolyte
AIR. La bergère de nos hameaux.
Vous voilà tout comme un nigaud ; Vous souffrez qu'elle me raisonne ! Réprimandez-la comme il faut.HIPOLYTE
Nous ne devons gêner personne. C'est trop de rigueur, Et si son petit coeur Prend goût pour le ménage, On doit se reprocher De vouloir l'empêcher D'en faire bon usage.PHÈDRE
AIR. Patapata ter lin tin tin.
Ah ! Je vous entends Taran tantan, tara tantan. Puisqu'à m'obstiner on s'applique, Qu'une musique Géométrique Taran tantan, tara tantan. Soutienne mes maigres accents, Vengeons-nous, vengeons-nous.ARICIE
Quelle mouche la pique ?PHÈDRE
Par mes cris forcés, par mes éclats, Je vais jeter ce temple à bas ; Tremblez, tremblez, tremblez.HIPOLYTE
Mais vous n'y pensez pas.ARICIE
À quoi bon ce fracas ?HIPOLYTE
Ma foi, sa colère est comique.PHÈDRE
Par mes cris forcés, et redoublés, Déjà ces murs sont ébranlés : Tremblez, tremblez, tremblez.Hipolyte et Aricie rentrent.
SCÈNE IV. Phèdre, Oenone.
PHÈDRE
AIR. Ah ! Morbleu, sambleu, Marion.
Enfin j'ai découvert leur feu, Hipolyte suit ma rivale. Sambleu ! Venez dépit, rage infernale, Morbleu ;PHÈDRE
Pourquoi n'est-il pas chez nous ? De tout il est cause.bis.
AIR. Y a bien de la différence.
Thésée est chez les Diables, Arcas te le dira.OENONE
Ah, Ah !OENONE
Ah, Ah ! N'y a pas grand mal à ça.AIR. Nous autres bons villageois.
Par cette nouvelle-la Votre flamme est autorisée.OENONE
Bon, qui vous en assurera ? Le doute vous ecusera, Qui sait d'où je venons tretous, À votre penchant livrez vous.AIR. J'en frai la folie ma Mie.
Pour avoir la préférence Offrez la couronne : À votre âge on finance.PHÈDRE
C'est bien dit, Ma bonne, Mais s'il ne m'aime, après cela, On verra tout ce qu'on verra...AIR. Belle brune.
Ah ! Nourrice,bis.
Si ce Gars Ne m'aime pas, Je mourrai de la jaunisse.Elles rentrent.
SCÈNE V. Thésée, Tisiphone.
Le théâtre représente les Enfers.
TISIPHONE
Non, ne pensez pas éviter L'ombre de ta première femme : Je veux toujours te tourmenter, C'est moi qui double Tisiphone.TISIPHONE
Apprends qu'ici ma tâche Est d'aller sans relâche Bourreler les maris, Pleure, lamente, prie, Crie Il faut qu'une furie, Rie ; De trouble des esprits ; Tes tourments sont mes plaisirs chéris.TISIPHONE
JamaisTHÉSÉE
N'aurais-je de paix !TISIPHONE
De paix.TISIPHONE
Non.TISIPHONE
Que ma fureur.THÉSÉE
Ta fureurTISIPHONE
Trouble ton coeur.TISIPHONE
Oui.TISIPHONE
Tant mieux.TISIPHONE
Aux Enfers tu vas souffrir.THÉSÉE
Ton unique plaisir !TISIPHONE
Languir,TISIPHONE
Et la mortTISIPHONE
Ne peut finirTHÉSÉE
Termine mon sort !TISIPHONE
Ton triste sort ?THÉSÉE
Jamais, etc.TISIPHONE
Jamais etc.SCÈNE VI. Pluton, Thésée, Tisiphone, Les Parques.
L'Enfer s'ouvre, on voit Pluton sur son trône, les Parques à ses pieds.
THÉSÉE
AIR. Quand on parle de Lucifer.
Salut à Monsieur Lucifer, Souverain du sombre Empire :À part.
Avec sa grand fourche de fer, Sa gravité me fait rire :Haut.
Je suis fatigué d'être dans l'Enfer, Permettez que je me retire.AIR. Des pendus.
Seigneur, je suis de qualité, De Neptune l'enEnfant gâté, Ainsi je suis de la famille.PLUTON
Oh bien ! Je veux qu'on l'étrille, En faveur de la parenté ; Tu ne l'as que trop mérité.AIR. Vous voulez me faire chanter.
Vous veniez, Monsieur, mon neveu, Pour me ravir ma femme.THÉSÉE
C'était pour un ami :THÉSÉE
Pirithoüs voulait l'avoir, J'aidais à l'entreprise, Vous ne devez pas m'en vouloir, L'usage m'autorise.PLUTON
Tu veux de ton oncle Pluton Faire donc un mari incommode ? Est-ce le fait d'un Dieu Démon De se mettre à la monde ?AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.
Pirithoüs est la victime De son amour malentendu. Le même traitement t'est dû.THÉSÉE
AIR. Parole de l'Opéra.
Ah ! Si son amour est un crime ; L'amitié qui pour lui m'anime N'est-elle pas une vertu ?PLUTON
Sur le ton du vers précédent.
Ah ! Morbleu tais-toi. Tu voudrais, je le crois, Crier comme un diable, Et plus haut que moi !Thésée rentre.
AIR. Avez-vous vu ce héros.
Assemblons le tribunal Infernal, J'ai des juges de mérite, Des procureurs, des huissiers, Des greffiers, Et des avocats d'élite.SCÈNE VII. Pluton, Les Parques, Troupe de Diables, en robes de Palais, avec des cornes.
PLUTON
AIR. Que devant vous tout s'abaisse.
Or écoutez, honorable assistance, Deux insolents sont venus ici bas, Pour me traiter comme un mari de France, Jugez le fait : vous étiez dans le cas. Que l'on opineÀ Proserpine :
On fait affront Aussi bien qu'à mon front.CHOEUR DE DÉMONS
AIR. Que le mal de dents.
Que le Phlégéthon, Le Styx, le Tenare, Que tout se prépare À venger le front De Monsieur Pluton : Qu'en style barbare L'on dresse un factum, L'honneur de répare Quand on y déclare L'affront tout au long.SCÈNE VIII. Pluton, Troupe de démons, Les Parques, Thésée, Tisiphone.
THÉSÉE
AIR. C'est ce qui nous enrhume.
Vainement j'appelle Pirithoüs, Ah ! Mes cris aigus Ne sont plus entendus : Et ma vois se consume : Je fais des efforts qui sont superflus, Eh ! C'est ce qui m'enrhume.PLUTON
AIR. Amis, sans regretter Paris.
Il n'est qu'on moyen pour le voir C'est de perdre la vie Et ces trois soeurs ont le pouvoir De remplir ton envie.LES PARQUES
AIR, Canon. Nous sommes trois fous, Mesdames.
Nous sommes trois soeurs fileuses, Nous filons tes jours.THÉSÉE
AIR. Vous qui voyez les dames, blandé loquimini.
Sans un ami si rare De vivre je suis las, Tuez moi donc, barbare Atropos, Je ne m'en plaindrai pas.THÉSÉE
AIR. Un jour le malheureux Lisandre.
Oh ! Oh toi qui règne sur les soles, Neptune, entends ma voix triste : Tu m'as promis que pas trois fois Tu remplirais mes voeux frivole. Tu juras fort imprudemment, J'en ai profité sottement ; Mais ici tu m'es nécessaire : Le Styx a reçu ton serment. Tire-moi d'ici, mon cher père, Et ne vas pas être Normand.SCÈNE IX. Mercure et les précédents.
MERCURE
Oh ! Rendez-vous Thésée ? Que de bique de bariolet. Oh ! Rendez-moi Thésée, Au nom du chardon'ret ?PLUTON
Il est en mon pouvoir, Augé, augé, Il est en mon pouvoir, On ne peut le ravoir.AIR. Un jour le bon père Abraham.
Il voulait comme un suborneur M'enlever Proserpine, Et de plus c'est un franc voleur Il a pillé Racine : Dans les Enfers il doit rester, Pour n'avoir pas su profiter D'un telle rapide.MERCURE
AIR. Nous autre bons villageois.
Il n'a pas cru faire mal, Ayez pour lui quelqu'indulgence : S'il servait votre rival, Hélas, C'était par innocence. Qu'il sorte de votre manoir ; Car Neptune veut le ravoir. Ne devons-nous pas, entre nous, Excusez les sots et les fous ?PLUTON
AIR. Le gourdin.
Qu'il sorte donc de ces lieux, Mais il n'en sera pas mieux. Parques, je vous ne conjure, Avant qu'il suive Mercure, Dites sa bonne aventure.THÉSÉE
Lure lure lure lure.LES PARQUES
Allons, donnez-nous votre main, Guerelin, guin, guin, guerelin, guin, guin.AIR, Canon. Gros nez, gros nez.
Frémis d'effroi, Où cours-tu, malheureux Roi, Tu vas retourver les enfers chez toi.Pluton et sa suite rentre.
THÉSÉE, à Tisiphone
AIR. Perrette étant dessus l'herbette.
Ah ! Quelle horreur glace mon âme ? Expliquez-moi cela, Madame, Les enfers chez moi ?TISIPHONE
Oui, chez toi, Tu vas revoir ton autre femme, Encore plus diablesse que moi.Elle rentre.
Thésée suit Mercure.
SCÈNE X. Phèdre, Oenone.
Le théâtre représente le palais de Thésée ; on voit la mer dans l'enfoncement.
PHÈDRE
AIR. À sa voisine.
Galante mère des amours, En moi ton feu pétille, Combien as-tu joué de tours À ma tendre famille ? Chez nous ton goût passe toujours De mère en fille.AIR. Ah ! mon mal ne vient que d'aimer.
Fais qu'Hipolyte m'aime bien, Et je ne te blâme de rien. C'est toi qui formas mon lien, Dans le fond j'en ai honte : Mais hélas ! Mon crime est le tien, Je mets tout sur ton compte.SCÈNE XI. Hipolyte, Phèdre, OEnone.
HIPOLYTE
Madame, quel accident ! Mon père n'est plus vivant. Je viens en diligence Vous faire mon compliment De condoléance.AIR. Ma manon ne pleurez pas.
On dit qu'il est aux Enfers.PHÈDRE
La bonhomme avait fait son temps. Ne parlons plus que des vivants.Bis.
AIR. De l'amour tout subit les lois. Du ballet des Sens.
C'est trop feindre, Connais mon sort ; Qu'ai-je à craindre ? Ton père est mort. Il n'est guère De belle-mères, Dont les beaux-fils Ne soient haïs ; Mais je donne Dans l'autre excès ; Je suis bonne, Et tu me plais : Ma couronne, Et ma personne, Tout est à toi, Mon Roi.HIPOLYTE
AIR. Si le Roi m'avait donné Paris.
Croyez-vous que de ces biens, Moi, je me soucie ? Je suis content si j'obtiens Ma chère Aricie : Je l'aime avec loyauté : Gardez votre royauté. Laissez-moi ma Mie, Ô gué, Laissez-moi ma Mie.PHÈDRE
AIR. Menuet du couillon couleur de rose. Non je ne veux pas badiner.
Aucun espoir ne m'est permis, On me préfère ma rivale.HIPOLYTE
Votre rivale ! Je frémis.HIPOLYTE
Vous allez causer du scandale.PHÈDRE
AIR. Je vois venir ma mère, arrêtez-vous donc.
Il me raille encore en face ! Rends-toi, mon petit mignon.PHÈDRE
AIR. Monsieur le Prévôt des marchands.
Puisque tu ne peux me souffrir, Barbare, fais-moi donc mourir ? Rends-toi digne fils de ton père. Des monstres il fut la terreur Un seul échappe à sa colère. Frappe, ce monstre est dans mon coeur.AIR. tourne, tourne, tourne, c'est son paiement.
Tu me hais autant que je t'aime. Tire sur moi ton coutelas. Cruel, si tu ne l'oses pas, J'en prendrai la peine moi-même. Tire, tire, ou bien mon bras plus subtil...Elle lui arrache son épée.
HIPOLYTE, la reprenant
Arrêtez donc, il a le fil.SCÈNE XII. Thésée, Phèdre, Hipolyte, Oenone.
THÉSÉE
AIR. Ah ! J'ai tout vu.
Ah ! J'ai tout vu, J'en suis bien convaincu. Qu'il l'eut dit ? Qu'il l'eut cru ? M'y serais-je attendu ?OENONE
Dieux ! C'est le Roi !PHÈDRE
C'est mon époux !HYPOLITE
Mon père !OENONE
Ô retour imprévu !PHÈDRE, à Thésée
N'approchez point, l'amour est outragé, Que l'amour soit vengé. De vous je prends congé.Elle rentre.
HYPOLITE
Ah ! Seigneur... Justes Dieux...THÉSÉE
Il ne répond pas mieux.SCÈNE XIII. Thésée, Oenone.
THÉSÉE
Suite de l'Air.
Phèdre m'a fuit, Hipolyte la fuit. Ma voilà bien instruit. Vous, Dites-nous, Qui mérite mes coups ? Je prétends tout savoir.THÉSÉE
AIR. Seuls les garçons du port en bled.
Restez, restez, par la sangoi, Se raille-t-on ici de moi ? Je veux savoir toute l'histoire.OENONE, à part
De la Reine sauvons le gloire.AIR, la Roi dit à la Reine.
Votre fils et la Reine La Reine et votre fils...SCÈNE XIV.
THÉSÉE
AIR. Suite de L'air.
Qu'ai-je appris ! J'ai le coeur navré, Je cède à toute ma colère : Méchant enfant dénaturé, Vous voulez honnir votre père.AIR. Je suis gaillard.
Hélas ! Le Diable me l'avait bien dit ! Grand Dieu des mers, sers mon dépit, Contre un enfant maudit. Tu dois, étant son grand-père, Corriger ce téméraire, Montre lui sont tort. Tout d'abord, Fais lui subir la mort, Sans forme de procès, Pour prix de ses forfaits ; Et nous nous instruirons après Tout à loisir des faits.Ritournelle pour le frémissement des flots.
AIR. Les trembleurs.
De courroux l'onde s'agit, Tu vas périr Hipolyte ! N'ai-je pas été trop vite ? Je suis un nigaud trois fois. Mais ma sottise dernière, L'emporte sur la première, Et Neptune, à ma prière, En un jour en a fait trois.SCÈNE XV. Thésée, Matelots, Matelottes.
THÉSÉE
AIR. Allons donc, jouez violons.
D'où naît cet autre tintamarre ? Des matelots, sans dire gare, Viennent exercer leurs jarrets. Allez danser sur le rivage.UNE MATELOTTE
Non, Sire, il y fait trop d'orage.THÉSÉE
Ils sont faits comme des barbets, Ils vont crotter tout mon Palais. On prend bien son temps pour les danses ; Supprimez ces extravagances.Barbet : Chien à long poil et frisé. [L]
UNE MATELOTTE
Ah ! Sire, faite grâce aux airs, Retranchez plutôt tous les vers.AIR. Catherinette assise sur le bord de la mer.
On vient ici se rendre, Pour vous complimenter : Daignez du moins entendre Vos matelots chanter :La, la , mi, fa, fa ,fa, fa, [ré], la, mi, fa, la sol, fa, mi, ré, ut
THÉSÉE
AIR. Non, non, je ne veux pas rire.
Morbleu, faquins, vous tairez vous ? Tous mes sujets sont-ils donc fous ? Allons, qu'on se retire. Non, non, je ne veux pas rire, Non, non, je ne veux pas rire, moi, Non, non, je ne veux pas rire.Il rentrent tous.
SCÈNE XVI.
Le théâtre représente une forêt.
HIPOLYTE, seul
AIR. De l'Opéra.
Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?AIR. Le fameux Diogène.
Mon père, avec menace, De ses états me chasse Assez mal-à-propos : Moi, si plein d'innocence, Je n'ai, pour ma défense, Osé dire deux mots. Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?AIR. Chanson des rues.
Je ne regrette point la ville, Ni les bourgeois qui sont dedans, La lirette, Ni les bourgeois qui sont dedans,AIR, même air.
Je ne regrette qu'une fille, Qui m'aurait fait passer le temps, La lirette, Qui m'aurait fait passer le temps. Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?AIR, Qu'importe, qu'importe ?
C'est elle-même que je vois ; Seule elle me cherche en ce bois : La bienséance y perd ses droits, Qu'importe ? Qu'importe ? L'Opéra traita mille fois La vertu de la sorte.SCÈNE XVII. Hipolyte, Aricie.
HIPOLYTE
C'est contre mon envie.ARICIE
Que craignais-tu ?HIPOLYTE
Vous êtes trop jolie, Je crains pour ma vertu.AIR. J'ai un coquin de frère.
Il faut que je te quitte.HIPOLYTE
A... A...dieu donc, ma petite.ARICIE
Ah ! Ah ! Ah ! Quel galant j'ai là !AIR. Marguerite, ma Mie, olire, olire.
Quoi ! Partir comme un sot ?Bis.
Sans faire à ta maîtresse Politesse Sans dire à ta maîtresse un petit mot.ARICIE
Que dis-tu là ?HIPOLYTE
L'hymen recouvrira cela.HIPOLYTE
AIR. Allons donc, Mademoiselle.
Allons donc, Mademoiselle, Vous n'avez point de raison. Quand l'occasion est belle, Vous feignez hors de saison. Allons donc, Mademoiselle, Vous n'avez point de raison.AIR. Comme deux seaux dans un puits.
Reçois ma foi.ARICIE
Reçois aussi la mienne.SCÈNE XVIII. Hipolyte, Aricie, Chasseur.
DIVERTISSEMENT.
AIR.
[ENSEMBLE]
À la chasse, à la chasse, à la chasse, Jeunes beautés, armez-vous d'audace. Si vous craignez d'amoureux tourments, Chassez, Relancez Les amants ; Mais songez moins à prendre Qu'à vous défendre : À la chasse d'amour, On est pris à son tour.Autre AIR.
Diane avec les armes, A manqué cent fois Les plus beaux exploits : L'amour, avec ses charmes, Est un adroit chasseur Qui tire droit au coeur ; Il aime à causer des alarmes, Il se tient aux aguets, Dans nos forêts Il tend ses rets, Jamais On n'évite ses traits. Diane, etc. Ainsi qu'un cerf aux abois, En vain en verse des larmes, On succombe, on perd la voix. Diane, etc.Après la danse on entend un bruit de tempête.
HIPOLYTE
Ah ! Ah ! Ah !CHOEUR
D'où vient ce fracas ? Quels affreux éclats ! Par un cas nouveau, Le feu sort de l'eau ; Un monstre vient à nous ; Sauvons, sauvons-nous tous.Bis.
HIPOLYTE
AIR. Les filles de Montpellier.
Comment ! Tous ces gens ont peur, Malgré leur vaillance audace ! Moi seul j'en aurai l'horreur ; Tirons nous couteau de chasse. Aye, aye, aye.AIR. Refrain.
Quand on en a, s'en faut servir, Dérouillons, dérouillons, notre lame...Il va combattre le monstre. Un nuage couvre Hipolyte.
ARICIE
AIR. Ô pierre, ô pierre !
Je suis toute interdite. Où cours-tu donc ? Reviens. Quel feu couvre Hipolyte ? Mais je ne vois plus rien. La bête maudite M'a ravi tout mon bien.SCÈNE XIX.
ARICIE
Que je regrette mon amant : Quel affreux revers pour ma flamme ! Hélas ! Dans un petit moment J'eusse été tout à fait sa femme ; D'un fort heureux j'allais jouir, C'est assez pour pour m'évanouir.AIR. Il vous faudrait un biscuit.
Tirant son flacon.
Respirons cette ligueur, Pour me, pour me, pour me remettre...Apercevant Hipolyte.
Mais, que vois-je ? Quel bonheur ! Ce n'est qu'une fausse peur.SCÈNE XX. Hipolyte, Aricie.
DUO.
AIR. Ah ! Barnaba.
HIPOLYTE
Ah ! Me voilà,HIPOLYTE
Ah ! Me voilà,ARICIE
Ah ! Te voilà, Je ne sais comment cela. Que l'on apprête Pour nous une autre fête Qui soit sans tempère, Et restons en la. Et restons-en la. Ah ! etc.ARICIE
AIR. Ah ! Que le Faubourg Saint-Jacques.
Ah ! Mon ami, je te jure, Que je te croyais croqué ; Hélas ! Par quelle aventure Le monstre t'a-t-il manqué.SCÈNE XXI ET DERNIÈRE. Diane, Hipolyte, Aricie.
DIANE
Comme croissant, je préside au ménage, Et comme Lune à l'Opéra.AIR. Si ma Philis vient en vendange.
D'avoir causé tant de ravages, Phèdre et Thésée enfin sont las : On leur a fait jouer de sis sots personnages Qu'au dénouement ils ne s'exposent pas.AIR. Toujours va qui danse.
À Hipolyte.
Diane a pris tes intérêts, J'ai fait dédire Neptune : Je te fais roi des forêts.HIPOLYTE et ARICIE
Pour nous, quelle fortune !DIVERTISSEMENT
VAUDEVILLE.
[ENSEMBLE]
BRANLE.
[BÛCHERONS]
Endêver : Avoir grand dépit de quelque chose. [L]
Morguene, elle endève ; L'imprudente s'en mord les doigts : Vla c'que c'est que d'aller au bois.834 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica