Parodie en vers· Parodie de la Grande
La Petite Iphigénie
Représentée pour la Première fois, par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, en Juillet, 1757.
Personnages
- IPHIGÉNIE
- ISMÉNIE
- EUMÈNE
- ORESTE
- PILADE
- THOAS
- UN ESCLAVE
- ARBAS
- PRÊTRESSES
LA PETITE IPHIGÉNIE
SCÈNE PREMIÈRE.
SCÈNE II. Iphigénie, Isménie.
ISMÉNIE
Ce jour pour vous, Madame, est un jour solennel ? Le Roi vient de trouver un malheureux mortel, Sans mouvement, sans force, étendu sur le sable, Thoas prend de ses jours un foin inconcevable, Il cherche à ranimer cet homme languissant Par les bonnes façons d'un coeur reconnaissant, Pour le mettre en état qu'on lui coupe la gorge.IPHIGÉNIE
Jouet infortuné des terreurs qu'il se forge, Il ne cherche qu'à voir couler le sang humain, Et moi je suis contrainte à lui prêter ma main.ISMÉNIE
Il fallait supposer dans l'emploi qu'on vous donne, Que vous n'avi[e]z encor sacrifié personne. Peut-on être touché du sort d'une beauté. Qui plonge dans les coeurs son bras ensanglanté ! On aurait pu sauver cette image effrayante, Vous en auriez été bien plus intéressante.IPHIGÉNIE
Diane, devais-tu me transporter ainsi Pour me faire jouer un pareil rôle ici ! Je n'ai pas un coeur fait pour dépeupler le monde. Un songe met le comble à ma douleur profonde.ISMÉNIE
Mettez-le donc en chant si vous le racontez ; Vos rêves sont plus beaux lorsque vous les chantez.IPHIGÉNIE
Tu sauras le dernier en lisant les mensonges Dans le Dictionnaire à l'usage des songes. Éclairs, mugissements, spectres, pâles flambeaux Gémissements, terreur, lieux funèbres, tombeaux, Horreur, bruit souterrain, la terre qui s'entrouvre, Un fantôme sortant de l'enfer qu'on découvre Abîme, accents plaintifs, poignards, lambeaux sanglants, Ombre, crime, remords, effroi, g[e]noux tremblants, Autel, temple, cyprès, coupable encens, idole, Ou père, ou mère, ou soeur, ou frère qu'on immole ; Voilà quel est mon songe, et tu reconnais-là, L'histoire de tous ceux que l'on a faits déjà.SCÈNE III. Iphigénie, Isménie, Eumène.
EUMENE
Madame, dans ces lieux le tyran va paraître. Il sent une frayeur dont il n'est pas le maître. N'est pas hardi qui veut ; le croiriez-vous ? Il craint Cet étranger mourant qui ne doit qu'être plaint, Et vient comme un devoir presser le sacrifice.IPHIGÉNIE
Grands Dieux ! Si cette loi vous semble une injustice, Faites- moi triompher du farouche Thoas ; Que ce tyran sensible à mes faibles appas Ne fasse plus du meurtre un auguste mystère Et puisse en me voyant désirer le contraire. Inspirez-moi ces tours et ces mots caressants Qui séduisent l'esprit et captivent les sens, Répandez dans mes yeux cette mélancolie Qui ne blesse les coeurs que pour donner la vie. Et qu'en vous honorant, mes pacifiques mains Ne fervent déformais qu'au bonheur des humains.SCÈNE IV. Thoas, Iphigénie, Isménie, Eumène.
IPHIGÉNIE
C'est un mal où vous êtes sujet.THOAS
Ou dormant ou veillant quelque sinistre objet À mon coeur effrayé vient donner des secousses ; Je crois à chaque instant voir l'enfer à mes trousses ; J'entends dans ma cave on roule des tonneaux ; Lorsque je fuis couché, l'on tire mes rideaux Des fantômes hideux croyant faire merveilles, Viennent dès que je dors, me crier aux oreilles. Vous qui savez parler à tout ce monde-là, Il faut absolument faire cesser cela.THOAS
Qu'ils se plaignent plus bas, leur concert me désole ; Mais il faut immoler le nouvel étranger.THOAS
Je me connais, Madame, en physionomie, Ce n'est qu'un garnement, de fort mauvaise vie ; Cet homme-là m'effraye, et mon coeur alarmé Se glace en le voyant.IPHIGÉNIE
Il est donc bien armé ?THOAS
Non, il est garrotté, mais il n'aime qu'à mordre, On voit dans ses discours un esprit en désordre, -Je le crois querelleur, il fait à tous moments Aux hommes comme aux Dieux de vilains compliments. J'ai remarqué surtout qu'au sort de sa colère Bien souvent il s'écrie : Hélas ! Ma chère mère ! On dit que des démons, sans_cesse autour de lui L'entourent de serpents pour le rendre poli. J'ai cru, pour dissiper fa noire extravagance, Devoir lui demander son nom et sa naissance Il garde le secret.THOAS
Oui vraiment.SCÈNE V. Iphigénie, Isménie, Eumène.
IPHIGÉNIE
Je ne fais pas d'où vient il se fait déteSter, Ce tyran est au fond une bonne personne ; LorSqu'il fait le méchant, c'est un air qu'il se donne.EUMENE
Mais vous avez promis d'exercer votre emploi, Et vous allez enfin agir de bonne foi : Dans votre ministère il faut de la droiture.SCÈNE VI.
ORESTE, seul
Je deviens furieux, Destin, quand je te nomme ! Tu ne fais qu'un coquin souvent d'un honnête homme Mon exemple en fournit une affr[e]use leçon : Je suis un misérable, et suis né bon garçon ; Je suis doux, et souvent je me mets encore ; J'adore mes parents, et j'ai tué ma mère ; Je cours les champs, portant en mon coeur le remord Et je rencontre un chien enragé qui me mord ; Je le deviens moi-même, et répands l'épouvante ; Pilade, d'une humeur sensible et prévenante Veut bien m'aimer malgré ce petit défaut-là ; Mais le destin m[aud]it n'approuve pas cela. Par l'ordre d'Apollon je viens sur ce rivage, Je cours toutes les m[e]rs pour avoir une image, Et je perds mon ami d'abord en arrivant. Mon infortune, ô Ciel ! t'amuse trop souvent ; Mais ces carreaux sont teints et cette colonnade ! Je me connais au sang, c'est celui de Pilade ; Les Dieux sans doute ont cru qu'avec de l'amitié, Le malheur ne pouvait m'accabler qu'à moitié.SCÈNE VII. Pilade, Oreste.
PILADE
Retrouve ton ami.ORESTE
Je ne t'attendais guère.PILADE
Ton étoile et les Dieux m'ont taillé des croupières, Je fuis tombé dans l'eau, cela me porte au coeur, L'amitié s'affadit avec cette liqueur.ORESTE
Je te revois, Pilade, et ma joie est fi tendre Qu'à l'instant mon accès de rage va me prendre.PILADE
Sauve qui peut.PILADE
La belle vue !ORESTE
Ô Ciel je sens entre mes bras, Un serpent venimeux qui me pique et me glace. Quelle femme, Grands Dieux, me fait donc la grimacePILADE
Tu lui rends bien.ORESTE
Un spectre est là pour l'appuyer C'est Egiste, oui c'est lui qui lui sert d'écuyer ; Mais quel objet hideux m'embarrasse et m'arrête ! Il gémit... Ah ! Qu'il a de cornes à la tête ! Que vois-je ! C'est mon père !ORESTE
Dans quel nouveau revers me trouvai-je plongé ! Ô désespoir ! Je suis accablé Pilade, Il me fuit.PILADE
Je suis ici.ORESTE
Viens donc.PILADE
Je crains d'être mordu.SCÈNE VIII. Iphigénie, Oreste, Pilade, Prêtresses.
IPHIGÉNIE
Votre sang va bientôt couler pour la Déesse, Je viens vous immoler ; mais avec politesse. Ici les étrangers dans mes mains sont remis, Et c'est moi qui leur fais les honneurs du pays. Prêtresses, à l'instant je veux qu'on les déchaîne ; Je dois agir ainsi pour que rien ne les gêne.IPHIGÉNIE
Nous pouvons à présent commencer l'entretien : Votre sort m'intéresse, et je suis affligée De vous faire mourir ; mais j'y suis obligée. Mon coeur est la victime, et mon bras l'instrument.PILADE
Il a tort.IPHIGÉNIE
Qu'a-t-il ?IPHIGÉNIE, à Oreste
Puis-je savoir ?...IPHIGÉNIE
Il a glacé mon âme. Cet enfant-là paraît assez mal élevé. à ce pauvre garçon qu'est-il donc arrivé ?PILADE
Madame, s'il n'a pas la réplique gentille, C'est qu'il a maintenant des chagrins de famille. Tout le monde n'est pas en place comme vous.IPHIGÉNIE
Cela viendra, Seigneur ; mais soyez plus honnête. Vous êtes tous deux Grecs, si j'en crois vos habits ?PILADE
Oui.PILADE
Ah ! Quel plaisir !ORESTE
Il ne vit plus.ORESTE
Il se portait fort bien.IPHIGÉNIE
Ah ! Vous m'étonnez fort.ORESTE
Un cruel assassin...ORESTE
Son épouse adultère.PILADE
On peut, lorsqu'on eSt belle, avoir quelques amanTs Mais tuer les maris, ils sont si bonnes gens !IPHIGÉNIE
On voyait dans son air, étant encor enfant Qu'un jour il pourrait être un fort mauvais plaisant.IPHIGÉNIE
Eh ! Qu'a-t-il donc pu faire ?IPHIGÉNIE, à part
Ô ciel ! Qu'entends-je ! Oreste est privé de la vie ! Mon unique ressource, hélas, m'est donc ravie ! Remettons-nous s'il faut reprendre mon discours :Haut.
Électre, que fait-elle ?ORESTE
Elle pleure toujours.IPHIGÉNIE, à part à une Prêtresse
Ô désespoir ! Approchez-vous, ma fille Menez ces étrangers dans l'endroit préparé Où celui qu'on immole est toujours bien paré.SCÈNE IX. Iphigénie, Isménie, Eumène.
IPHIGÉNIE
Ô Ciel ! Oreste est mort !ISMÉNIE
Ce n'était qu'un vaurien.IPHIGÉNIE
Il serait devenu peut-être homme de bien. Halas ! En ce moment que mon malheur te touche ; Mais, as-tu remarqué ce grec dur et farouche ? Pour cet infortuné qui brave le trépas, J'éprouve un sentiment que je ne connais pas : Quoiqu'il ait l'air d'un fou, cet homme sait me plaire.IPHIGÉNIE
Sauvons celui que j'aime.ISMÉNIE
On peut le hasarder.IPHIGÉNIE
Mais enfin l'autre eSt homme.ISMÉNIE
Il faut donc le garder.ISMÉNIE
Pour bien mener cela, fiez-vous à mon père. Mon père roturier, sans rang, sans dignité, Les enveloppera dans son obscurité.IPHIGÉNIE
Va donc trouver Thoas et dis- lui pour raison Que ces deux étrangers ont l'âme trop profane Pour avoir l'honneur d'être immolés à Diane Et que je juge avant de les sacrifier, Qu'il faut avoir grand foin de les purifier.EUMENE
C'est une menterie.SCÈNE X. Oreste, Pilade, Iphigénie.
PILADE
Suivant de ces climats les funestes maximes, Vous aviez commandé qu'on parât les victimes, Et nous reparaissons ainsi que nous étions, Libres de nous sauver, si nous le souhaitions.SCÈNE XI. Isménie, Acteurs précédents.
Oreste et Pilade se retirent au fond du théâtre.
ISMÉNIE
Je viens vous dire avec regret Qu'à les sauver tous deux il ne faut pas prétendre. Thoas aime le sang, il veut en voir répandre ; Il faut que de ces Grecs l'un périsse en effet ; Mais si vous m'en croyez, délivrez le mieux fait.IPHIGÉNIE, à Oreste et à Pilade
Rapprochez- vous. Les Di[e]ux ont fait tourner la chance, Ils se font irrités de ma condescendance. Un de vous deux mourra, le choix m'en est remis,À Oreste.
Et pour être sauvé, c'est vous que j'ai choisi.IPHIGÉNIE, à Pilade
Ah ! Je vois votre joie ; Je vous laisse un instant, pour qu'elle se déploie. Ma main avec douceur remplira mon devoir.À Oreste.
Vous, vous regagnerez votre pays ce soir, Je vous en suis garant ; mais daignez me permettre D'aller écrire avant un petit mot de lettre. Vous serez bien exact à la remettre au moins.À Pilade.
Ensuite, mon enfant, Vous aurez tous mes soins.Elle sort.
SCÈNE XII. Oreste, Pilade.
ORESTE
M'aimes-tu ?PILADE
Quand tu dis que tu m'aimes, je tremble La Prêtresse au contraire, au lieu de menacer En m'annonçant la mort, semble me caresser.PILADE
Ce n'est pas mon usage.PILADE
Est-ce ma faute à moi ? Va ne t'en prend qu'aux Dieux. Pourquoi m'envierais-tu ma petite fortune ?ORESTE
La vie est un fardeau dont le poids m'importune Je demande la mort, c'est à moi qu'on la doit, Et tu veux aujourd'hui me faire un passe-droit.PILADE
À l'honneur qu'on me sait, ami, je suis sensible ; Mais je t'aime et voudrais, s'il était bien possible, Tout à l'heure te voir à l'autel attaché. Va, je te céderais ma place à bon marché.ORESTE
Tu m'aimes ! ah, j'en prends tous les Dieux pour arbitres. Tu veux être immolé, parle quels sont tes titres ? As-tu dix fois par jour le transport au cerveau ? Tout l'univers pour toi devient-il un tombeau ? Des Spectres viennent-ils te tenir compagnie ? As-tu jamais rossé personne dans ta vie Es-tu né comme Oreste, insensé, forcené Et vois-tu sur tes pas tout l'Enfer déchaîné ?PILADE
Je sais OEdipe. Aussi vos victimes sont prêtes Ô monts écrasez-nous, Cieux, tomb[e]z sur nos têtes.SCÈNE XIII. Iphigénie, Oreste, Pilade.
ORESTE
Pour parler franchement, je suis jaloux de lui, Je vous le dis tout net et s'il meurt aujourd'hui Je ne me charge pas de rendre votre lettre.IPHIGÉNIE
Dans vos fidèles mains je venais la remettre : Eh, quoi vouloir mourir ! Seigneur, que pensez-vous ?IPHIGÉNIE, à Oreste
Vous pouvez préférer une mort rigoureuse Au soin de me servir et de me rendre heureuse Vous n'êtes pas galant, et c'est me faire tort.PILADE
Il n'aime point le Sexe.IPHIGÉNIE
Il mérite la mort ; Je ne puis y penser sans en être saisie.À Pilade.
Mais ne sentez -vous pas un peu de jalousiePILADE
Non.SCÈNE XIV. Iphigénie, Pilade, L'Esclave.
IPHIGÉNIE
Pour sortir de ces lieux, il ne saut pas attendre.. Électre est la personne à qui vous devez rendre Ce Billet important.SCÈNE XV. Iphigénie, Isménie.
IPHIGÉNIE
Je conçois pour ce Grec, un malheureux présage, Et j'ai peur qu'il ne fasse un bien mauvais voyage, Je ne saurai jamais quand il s'embarquera.ISMÉNIE
Pourquoi ?SCÈNE XVI. Eumène, Iphigénie, Isménie.
SCÈNE XVII. L'Esclave, Iphigénie, Isménie.
IPHIGÉNIE
Hé bien ? Ce Grec dont je vous ai confié la conduite N'a-t-il point rencontré d'obstacles dans sa suite ? Vogue-t-il sur les eaux ? Et le vent est-il bon ?ISMÉNIE
Adieu ma lettre.L'ESCLAVE
Un bruit et de chevaux et d'armes Nous a sait sans raison concevoir des alarmes, Et quoique nous sussions tous deux hommes de coeur, J'avouerai franchement que nous avons eu peur. Nous nous sommes cachés dans un antre sauvage, Où les flots en courroux viennent briser leurs cours Qui, sans doute, du Grec ont absorbé les jours. L'appelant vainement, j'ai cru devoir conclure Qu'il fallait regarder, malgré la nuit obscure Je n'ai rien aperçu, je me suis effrayé Ainsi vous voyez bien que notre homme est noyé.Aucun vers ne rime avec "sauvage".
IPHIGÉNIE
Ah, je n'en doute pas, la preuve en est trop claire, Et les Dieux par ce trait m'annoncent leur colère.SCÈNE XVIII. Oreste, Iphigénie.
IPHIGÉNIE chante
C'est au pied du Rocher qui défend cette rive.ORESTE
Oui, la scène a trente ans plus que la tragédie, On l'a toujours chantée, ainsi la Parodie Doit l'être tout de même.IPHIGÉNIE
Oui, c'est là mon projet, Et cela vaudra mieux pour le fond du sujet.AIR : La mort de mon cher père.
Mon petit ministère Vous sera du chagrins Je crains de vous déplaire En vous perçant le sein. Que ne suis-je maîtresse Des climats où je suis ! Les gens de votre espèce N'y seraient pas détruits.ORESTE
AIR : Contre un engagement.
D'un propos gracieux Vous serez le contraire. Loin d'apaiser les Dieux, Redoutez leur colère : À votre âge, ma chère Lorsqu'on veut bien agir, On ne doit jamais faire Mourir que de plaisir.IPHIGÉNIE
AIR : Un mouvement de curiosité.
De vous sauver, j'aurais beaucoup d'envie Si ce bienfait pouvait se pardonner Tuer un homme ! Ah quelle barbarie ! À cet emploi pourquoi me destiner ? C'est mon devoir d'ôter ici la vie, Il me serait plus doux de la donner.AIR : Adieu donc, Dame Française.
Eh pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ? Avec ce regard charmant, Auriez-vous l'âme traîtresse ! Ah ! Dans un si doux moment La nature vous dément. Eh ! Pourquoi, bonne Prêtresse, Me traiter si rudement ?IPHIGÉNIE, tendrement
AIR : Musette du Ballet de la Fontaine de Jouvence.
C'est assez ; je trains de vous entendre La pitié pourrait me surprendre, Oui, je cours trop de danger. Par égard pour une âme trop tendre, Ah ! Permettez-moi de vous égorger.IPHIGÉNIE, à part
Que son sort m'intéresse !IPHIGÉNIE
Je plains votre jeunesse..ORESTE
Ah ! Son sort doit me faire trembler, On l'a tuée en cérémonie, Elle est morte, il n'en saut plus parler. Je n'y puis songer Sans m'affliger, Sans me troubler ; Elle est morte, la pauvre Iphigénie, Elle est morte, il n'en saut plus parler.ORESTE
On sait qu'un sacrifice A termine ses jours, Mon âme désolée Gémit de son trépas, La pauvre enfant fut immolée.IPHIGÉNIE
La pauvre enfant n'en mourut pas,IPHIGÉNIE
D'où peut naître ce transport ?IPHIGÉNIE
Vous m'aviez dit qu'il était mort.IPHIGÉNIE
AIR : Monsieur la Palisse est mort.
Il n'a pas fini son sort ? Ah ! Que j'en serais ravie !ORESTE
Hélas !IPHIGÉNIE
Achevez, je vous prie.ORESTE
Vous voyez mon trouble et mes pleurs. Reconnaissez Oreste à sa folie Et plus encore à ses malheurs.ENSEMBLE
ENSEMBLE
Quel plaisir pour moi ! Chère soeur, c'est toi ! Mon frère, c'est toi ! Le sort ne m'est plus contraire.ENSEMBLE
Sautons-nous au cou.SCÈNE XIX.
SCÈNE XX. Iphigénie, Isménie.
SCÈNE XXI. Iphigenie, Ismenie, Thoas, et suite.
THOAS
Ah ! Ah ! Vous voilà donc, Prêtresse dégourdie, Vraiment votre conduite est tout à fait jolie, J'apprends en ce moment comme vous en usez C'est aux dépens des Dieux que vous vous amusez. Au lieu de les tuer, vous retenez les hommes.IPHIGÉNIE
Hélas, dans mon pays, voilà comme nous sommes La nature eut toujours un grand pouvoir sur moi. Son agréable étude est mon unique emploi, C'est la première Loi, c'est la seule peut-être, C'est la seule du moins qui se fasse connaître, Elle est de tous les temps, elle est de tous les lieux ; Elle règle à la fois les hommes et les Dieux.IPHIGÉNIE
On cite ce qu'on aime.IPHIGÉNIE
Je n'ai jamais formé de complots sur la vie, La défiance marche avec la tyrannie ; Guéris-toi, s'il se peut, des soupçons que tu prends. Je voulais seulement écrire à mes parents.THOAS
La chose est toute simple ; était-il nécessaire D'avoir tant de finesse et d'en faire un mystère ? J'aurais, si vous m'eussiez dit vos petits secrets, Pris soin de vous donner un courrier tout exprès ; Mais sur ces étrangers j'ai des droits légitimes ; Et vous devez tous deux les prendre pour victimes.SCÈNE XXII. Oreste, suivi des prêtresses et les acteurs précédents.
ORESTE
Ton âme à mon aspect, d'effroi n'est pas atteinte ! De mon sang, sur mon front vois la Majesté peinte ; Au nom d'Agamemnon, Tyran, baisse les yeux.THOAS
Oui, c'est un nom vraiment bien beau, bien précieux, Qu'une race où le crime eSt une maladie. La femme, le mari, le fils, tout s'expédie. Moi, je vais te traiter de la même façon Que j'avais l'honneur d'être de ta maison.ORESTE
Tu n'es qu'un plat tyran dont la fureur oisive, Joint à l'emportement une action tardive ; Tu menaces toujours sans rien effectuer. Dis, pourquoi reviens- tu ?IPHIGÉNIE
Pour le faire tuer.THOAS
Madame, doucement, cela vous plaît à dire, Mais je veux avant moi que l'étranger expire Que la Religion conduise votre main, Armez-vous du couteau, plongez-le dans son sein.IPHIGÉNIE
Qu'allez-vous faire, ô ciel ! Profanes, frémissez Quoi ! L'on a donc ici d'assez vilaines âmes Pour y faire périr les hommes par les femmes ! Et moi je souffrirais un pareil contre-sens ! Non, vous m'en puniriez Dieux justes, Dieux puissants, Qu'oses-tu commander dans ton aveugle rage ? L'excès de mon malheur me rend tout mon courage. Prêtresses, avec soin gardez ce garçon-là, Dans votre solitude il vous désennuiera Et mes attentions seront bien reconnues. Si quelque frère un jour peut vous tomber des nues, Vous me le céderez, l'arrangement est doux, Je le prendrai pour moi ; prenez le mien pour vous.SCÈNE XXIII. Arbas, Les Acteurs précédents.
SCÈNE XXIV. Pilade, sa suite et les susdits.
THOAS
Arrêtez Parce que je suis bon, faut-il que l'on me tue ? Tenez, arrangeons-nous, emportez la statue, Laissez-moi vivre en paix ; partez, tout est d'accord, Ensanglanter la scène, oh ! C'est un peu trop sort.ORESTE
Mais à mes noirs transports je ne suis plus en proie ; Je me trouve moins sou, ma tête se nettoie ; Ma soeur, je vais cesser d'être un objet d'effroi Et les diables je pense ont pris congé de moi.ORESTE
Oui, c'est Iphigénie.IPHIGÉNIE
Rendons grâces aux Dieux, La Loi de la Nature est donc la Loi des Cieux.AU PUBLIC.
Messieurs, loin de vouloir, dans cette Parodie Lancer des traits méchants contre la Tragédie, Nous respectons l'auteur dont le brillant pinceau A placé l'amitié dans un cadre si beau, Qui malgré les succès, échappant à l'ivresse Pour les mieux mériter, a corrigé sa pièce ; Et qui, comme un prodige, offre à tous ses rivaux Un auteur triomphant qui connut ses défauts. Les larmes du public consacrent sa victoire L'actrice inimitable en partage la gloire. Trop heureux le théâtre, où l'auteur et l'acteur, Par des talents égaux, charment le spectateur. D'un mérite si rare admirateurs modestes, En les parodiant, nous ramassons leurs têtes.Fin de la piéce.
TRIO.
ORESTE, IPHIGÉNIE
Embarquons-nous Jouissons tous, D'un sort plus tranquille, Bien nous en prend Que le tyran Soit bon et facile, Tout sert nos voeux. À vivre heureux Tout enfin nous exhorte ; Faisons gaiement Le dénouement. Le plaisir me transporte.THOAS
Prince des fous Embarquez-vous, Laissez-moi tranquille. Dans vos propos, Dans vos complots, Je suis inutile. Tout sert vos voeux Soyez heureux, Mais que d'ici l'on sorte Faites gaiement Le dénouement. Que le Diable vous emporte646 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0