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Les Enfants
Personnages
- UN HOMME
LES ENFANTS
[UN HOMME]
J'entends souvent parler de l'homme
Pour sa supériorité :
Rien le rend-il si lâche, en somme,
Si sot, que la paternité ?
En vérité, je me demande,
Quand je constate les tourments
Qu'il faut toujours qu'on en attende :
À quoi ça sert-il, les enfants ?
On les adore - Eh ! Pourquoi faire ? -
Et l'on se voue à leur bonheur !
À quoi bon se river sur terre
Un boulet, de gaîté de coeur ?
C'est le trouble, l'inquiétude,
Un tracas de tous les instants !
Tout, sans espoir de gratitude...
À quoi ça sert-il, les enfants ?
Et l'on subit le magnétisme
Qui vous plie à ce tout petit ;
Est-ce orgueil ou bien égoïsme ?
Devant son oeuvre on s'aplatit.
L'homme est fier de sa créature,
S'en fait l'esclave en même temps.
Et c'est la loi de la nature !
À quoi ça sert-il, les enfants ?
Ah ! je comprends vraiment la bête
Insouciante à ses petits,
Qui, le temps qu'il faut, les allaite,
Puis, part sans l'ombre de soucis.
Voilà des instincts admirables !
- À l'appui de nos arguments ! -
Que les bêtes sont raisonnables !...
À quoi ça sert-il, les enfants ?
Puis, se séparant dans la vie,
La bête va de son côté,
Libre au gré de sa fantaisie,
Ignorant sa postérité.
Les petits peuvent bien se dire :
« Ça ne sert à rien, les parents ! »
Mais chacun vit comme il désire !...
À quoi ça sert-il, les enfants ?
Oh ! toi qui parles de la sorte,
Matérialiste enragé,
Toi, beau parleur, toi, tête forte,
Je voudrais te voir fustigé !
Non, tu n'as jamais été père
Pour tenir ces raisonnements !
En ce disant, es-tu sincère ?
« À quoi ça sert-il, les enfants ? »
Mais ce sont eux qui font ta vie !
Mais ils sont ta chair, ils sont toi !
Et tout leur être s'associe
À ton être qui fait leur loi.
Puis lorsque les destins te tuent,
Tu revis dans tes descendants
Car tes enfants te perpétuent
C'est à qui servent les enfants !
72 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica