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Monologue en vers· Monologue Comique en vers

Le Volontaire

Georges Feydeau· imprimée en 1881· 116 vers· 1 personnages

Personnages

  • UN SOLDAT

LE VOLONTAIRE

À Léon Landau.

Excusez ! C'est moi.... L'on prétend Que le ministre de la guerre Est ici ? C'est vrai ? - Justement J'ai plus d'une plainte à lui faire... Depuis trois jours, de mon état, Monsieur, si parmi nous vous êtes, Apprenez que je suis soldat... Quel métier ! Mille baïonnettes ! Vous dire à quel point j'en suis las ! ... Comme ministre de la guerre, Nous ne savez peut-être pas Bien ce que c'est qu'un militaire ? Affreux ! - J'ai pincé dans trois jours Vingt jours de salle de police ; Si cela doit durer toujours, J'en aurai dix fois mon service. ... Lundi j'arrive ; un vieux sergent Me dit : « Holà ! cré mill'tonnerre, C'qu'on salu'donc plus maintenant ? - Pardon, Monsieur le militaire Fais-je alors, mais je ne crois pas Avoir l'honneur de vous connaître ; Et je vous vois du haut en bas Sans parvenir à vous remettre. - F'rez deux jours sall'polic' crebleu ! C'est qu'ça donc ? Vot'nom un peu vite ? » Tout abasourdi, voyant bleu, Je tends ma carte de visite : « C'qui m'a donné pareil crétin ? F'rez deux jours ! M'entendez ? Tonnerre ! Cretin ! Oui... t-a-i-n tin ! » Et j'ai mes quatre jours à faire. Non, c'est révoltant, quoi qu'on dise, De s'entendre à tous les moments Punir à la moindre bêtise Par de vulgaires ignorants ; Par des gens qui, soir et matin, Dans un style de télégraphe Viennent vous traiter de « crétin ! » Sans même y mettre l'orthographe. ... Enfin avant-hier, c'est plus fort ! L'on nous commande à l'exercice - Vous allez voir si j'avais tort. - « Portez arme ! » Belle malice 1 Moi qui ne suis pas un gogo, Tout seul je reste l'arme à terre. « Eh bien ! hurle-t-on, grand nigaud Pour quand ? - Oui, bernick ! Petit père ! Je n'aurai pas porté plus tôt L'arme, que, la chose est certaine, Il me faudra, tout aussitôt La reposer ! C'est pas la peine. » Bien v'lan ! Autre punition. Oui ! - Tenez, on nous crie en face Plus tard : « droite conversion ! » Et chacun de tourner sur place. Quant à moi, je ne bronche pas. Honte ! Est-ce ainsi que l'on débauche, Que l'on débauche des soldats ! Mon père est député de gauche, Honneur à son opinion ! À son parti je me rallie. « Qui ? moi ! Faire conversion À droite ? Jamais de la vie ! » Ça m'a valu ni plus ni moins, Deux jours de salle de police ! Je les ferai ! Mais néanmoins, Je crierai haut à l'injustice... Avant d'entrer au régiment Je m'étais fait, plein de prudence, Au colonel sournoisement Recommander avec instance. Sitôt l'exercice fini, Couvant dans mon coeur ma colère, Je demande à monter chez lui Pour lui détailler mon affaire. Il me reçoit d'un air grognon : - D'ailleurs c'est toujours de la sorte, - « C'est vous qu'on nomme Potiron ? - Pruneau ! Mon colonel. - N'importe ! Pruneau, Potiron, c'est tout un. C'est toujours chose qui se mange, Et faut pas faire le malin Savez, orénom ! Ou je vous range 1 Vous m'êtes recommandé vous !... Par chose !... Que je me rappelle ! Un de vos parents ?... Vertuchoux ! Ce crétin !... Comment qu'on l'appelle ? Un nom en « off » ? Ah ! Oui : « Trucard » - - Non, mon colonel : « La Rusée ». - Là dessus le voilà qui part, Qui monte comme une fusée « Crénom ! « La Rusée » ou « Trucard » C'est peut-être pas même chose ? Me prenez donc pour un jobard ? Faut pas nous la faire à la pose ! Quand vous m'aurez bien regardé ? Coucherez ce soir à la caisse ! Allez !... M'êtes recommandé, Vous !... Soignerai ! Faut que ça cesse ! » Moi j'écumais : « Ah ! C'est cela ? J'irai me plaindre ! » II devient bistre : « Crénom !... Prison ! Ce crétin-là !... Et pouvez vous plaindre au ministre !... Mais certainement que j'irai ! Ah ! Bien, si vous croyez me faire Peur ! » Et sans plus hésiter, j'ai Couru bien vite au ministère Et me voilà ! - Vous savez tout Monsieur, et voyez mes supplices, Comprenez-vous qu'on soit à bout Devant toutes ces injustices. Bien non ! C'est trop d'obsession ! Assez du métier militaire, Acceptez ma démission. Et ramenez-moi chez ma mère.

116 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica