Comédie en vers· Comédie en Trois Actes
L'Amour Fantasque ou Le Juge de Soi Même
Personnages
- ANGÉLIQUE
- LYSANDRE, Amoureus d'Angélique
- CEPHISE, cousine d'Angélique
- PADILLE, valet de Lysandre
- PHILINTE, ami de Lysandre
- ORONTE, ami de Lysandre
- VALÈRE, ami de Lysandre
- DAMON, ami de Lysandre
- POLIDORE, président, autre ami de Lysandre
- PREMIER CONSEILLE
- SECOND CONSEILLER
- LE GREFFIER
Monseigneur,
À MESSIRE PIERRE LE GUERCHOYS, Conseiller du Roi en ses conseils et son procureur général, au Parlement de Normandie.
Il faut que je suis bien persuadé de vos bontés pour oser vous dédier une comédie sans avoir jamais eu l'honneur d'être connu de vous loin d'en prétendre de la gloire, je suis toujours dans l'appréhension d'en recevoir du blême ; outre que le présent que je vous fait a si peu de rapport à vos grands mérites, que je n'ose qu'en tremblant mettre votre illustre nom à la tête d'un si petit ouvrage. J'avoue que s'il m'était permis de vous dire les approbations que plusieurs personnes de qualité lui ont données, et avec combien d'avantage pour moi on a remarqué que j'avait suivi avec beaucoup de justesse, le fil de la véritable histoire dont j'ai composé cette comédie, vous en excuseriez plus aisément les défauts qui ne pourront s'échapper à la délicatesse de votre esprit. C'est à ces personnes, dis-je, que j'aurais recours, si la chose en réussissait pas comme on me l'a fait espérer ; vu que sans leurs persuasions je n'eusse osé jamais la produire, et encore moins emprunter une si fameuse protection que la vôtre pour le faire. J'espère toutefois que la vôtre pour le faire,. J'espère toutefois que vous ne m'en saurez pas mauvais gré ; puisque j'apprends de la bouche de tous ceux même qui ont l'honneur d'approcher de vous, que si votre mérite vous a extrêmement élevé , vous avez une bonté généreuse qui en sait accommoder la grandeur à la portée de ceux qui vous présentent leurs soumissions. Vous en donnez des marques tous les jours ; et c'est pour ce sujet MONSEIGNEUR, que dans une des plus belles et des plus importantes charges du Royaume, où vos vertus vous ont fait monter, vous vous attirez en même temps l'estime et d'amitiés d'un grand Roi, le respect et la crainte des ses Peuples ; ce qui fait publier avec juste sujet à la renommée, que pour les affaires de l'État, vous êtes un des plus grands hommes de ce siècle. Votre éloquence que a tant de fois parlé pour notre grand Monarque, et qui a tant servi pour maintenir ses intérêts ravis tous les esprits ; c'est elle qui engage toute la France à se félicités de la gloire de vous posséder, et particulièrement le célèbre parlement de Rouen, dont vous êtes la base et l'appui.
Souffrez donc, MONSEIGNEUR, que cette production, qui est mon coup d'essai fasse connaître à la postérité ces éclatantes vérités. J'attends de votre Générosité la bonheur de vous voir Protecteur de cette petite pièce, que je vous consacre comme le prémice de mes travaux ; Peut être que dans la suite je pourrai faire quelque chose qui méritera mieux de vous être présenté. J'ai fondé kà-dessus l'espoir de vous plaire ; étant presque assuré que quand vous aurez appris le sujet qui m'a fait faire cette comédie que je vous présenté, et qu'enfin son dénouement n'a rien que de très véritable, vous vous plairez encore d'avantage à l'entendre. Surtout je vous supplie de croire que le plus grand motif qui m'a fait résoudre à vous la venir présenter était de vous témoigner que je suis avec tout le respect imaginable,
MONSEIGNEUR,
Votre très humble et très obéissant serviteur FIOT.
AU LECTEUR
Le sujet qui m'a fait composer cette comédie, a tant fait de bruit dans tout ce pays-ci, que je crois qu'il est inutile de vous avertir qu'il n't a rien que de très véritable dans cette pièce, et que si toutes les autres n'ont rien de fabuleux, celle-ci est entièrement fondée sur la vérité d'une aventure arrivée ces jours passés ; je veux seulement vous faire savoir qu'on me la fait imprimer malgré moi, et que si j'eusse osé jamais aspiré à la qualité d'auteur, j'aurais voulu débuter par un autre ouvrage que celui-là pour me mettre d'abord en estime ; mais mes remontrances n'ont eu aucun effet, et une infinité de personnes se veulent contenter plutôt que moi, et en veulent des copies à toute reste. J'ai eu beau leur remontrer qu'ne moins de huit jours elle fut conçue et achevée : parce qu''une personne de considération qui m'en avait prié, m'avait obligé de me dépêcher.
L'approbation que la multitude lui a donné me la fait exposer aux yeux d'une si grande ville toutefois avec bine de la crainte ; mais j'espère que vous excuserez l'empressement qu'on m'en a fait, et le peu de temps que j'ai eu à me reconnaître, vu qu'il a fallu en passer par là, et croyez que m'ayant eu pour tout sujet que le contrat qu'une fille signa par raillerie, qu'on voulut faire passer pour effectif était une matière fort maigre pour avoir diversifié la scène comme elle est dans toute la suite de la pièce.
SONNET
À Monsieur Fiot, sur la comédie de l'Amour Fantasque.
Qui ne voit ce sujet qu'à la superficie Ne porte pas les yeux sur la solidité, Il faut pour le goûter, un esprit allaité DE toutes les douceurs de la Philosophie. Si Molière vivait, il porterait envie Au savoir de Fiot qui l'a seul inventé, Avecque tant d'esprit et de naïveté Qu'on n'en saurait assez admirer le génie. Le théâtre reçoit, de ce divin auteur Toute sa vanité, sa gloire et son bonheur, Pour l'avoir honoré d'une heure de ses veilles. Mais en revanche aussi, publiant ce tableau Qui fait voir au public tant de rares merveilles, Il montre que son nom ne crains pas le tombeau.P. LE COINTE.
SONNET
À Monsieur Fiot, sur la comédie de l'Amour Fantasque.
La comédie d'ordinaire Est un aimable amusement, Qui se passant en un moment Ne peut pas longtemps satisfaire Mais ici l'on ne saurait taire, Qu'un solide contentement ; Ne nous oblige incessamment À dire partout le contraire Son auteur, l'illustre FIOT, Qui n' jamais bu de piot Que celui de l'Hypocrène Fait voir qu'on ne peut faire mieux, Et que rien n'égale sa veine Pour le comique, ou sérieux.DE QAINT BLAISE.
Poème
À MONSIEUR FIOT SUR SA comédie de l'Amour Fantasque.
Il ne faut pas être devin Vif et brillant esprit de t'appeler Divin, Platon sur un seul point excella seulement, Mais tu fais voir ici bine plus excellement Que tu mérites d'être au Temple de Mémoire.Le même.
Poème
À MONSIEUR FIOT SUR SA comédie de l'Amour Fantasque.
Que le feu des tes beaux écrits, Ravit plaisamment les esprits, La Nature dans toi fait bien voir des miracles L'un et l'autre Parnasse est soumis à ta loi Du moins chacun de nous t'en estime le Roi. Voyant des vers si pompts passer pour des Oracles.C. DE VILLARS.
ACTE PREMIER
SCÈNE PREMIÈRE. Lysandre, Padille.
LYSANDRE
Mon chagrin est extrême.PADILLE
Hé bien ?LYSANDRE
Ah ! Tu n'es pas amant.LYSANDRE
Que ta plaisanterie est de mauvaise grâce ! Conseille moi plutôt ce qu'il faut que je fasse, Et trouve un prompt remède à ma vive douleur.LYSANDRE
Tu sais bien qu'Angélique avait charmé mes yeux, Que de tous mes rivaux, j'étais reçu le mieux, Mais depuis peu pour moi cette beauté si rare Par je ne sais quel sort a l'esprit si bizarre, Que moi, ni mes rivaux n'osons plus approcher De l'unique beauté que je veux rechercher.LYSANDRE
Ce qui me fâche, plus c'est que je perds l'espoir. Après ce qu'elle a dit, de jamais la revoir, Son amour ne veut plus d'ne amant gentilhomme, C'est le bel esprit seul à présent qu'on renomme, Dit-elle, et celui-là pourra m'appartenir Qui le plus savamment pourra m'entretenir, Ce fantastique objet tient son âme obsédée, Ce qui fait que la mienne est moins possédée.PADILLE
J'ai, vous avez parfois plus d'esprit qu'une bête, Il faut, puisqu'à ce point de doctrine l'entête, La frapper par l'endroit qu'elle veut en tâter Et si prendre si bien qu'on aille rien gâter, Déguisons nous tous deux, vous prendrez la figure D'un philosophe, et moi d'un brave l'encolure. Croyez-moi, nous ferons un essai glorieux, Et nous verrons celui qu'elle aimera le mieux. Si ces deux ne sont pas suffisants pour lui plaire Deux amis attitrés pourront après le faire. L'un faisant l'astrologue, et raisonnant fort bien. D'un art, où cependant il ne connaître rien. L'autre pour rendre enfin sa passion complète, Comme abrégé de tout, se dira grand poète, Avisez aux moyens de vous bien travestir Et croyez que le tout nous va bien divertir, Étudiez vous à faire une parfait philosophe.LYSANDRE
Mais il faudrait un homme ici d'une autre étoffe ; Car comment m'élever sur de beaux arguments, Sans en avoir devant consulter les savants. De me faire enseigner peu soigneux fut mon père De nobles de province enfin c'est la misère, Ce n'est pas dans le fonds que j'ignore de rien, Et de tout, Dieu merci, je raisonne assez bien, Je sais mieux me tirer d'une affaire pressée, Que d'un philosophe atteindre la pensée ; Padille, là-dessus je te laisse à songer, Suis-je propre à cela ?PADILLE
Faut-il tant ménager Combien en voyons nous dans le siècle où nous sommes Par un hardi discours, passer pour de grands hommes ? D'ailleurs ne craignez rien échauffé par l'amour Vous ne passerez pas pour un savant du jour.LYSANDRE
Je vois à tes discours quelque peu d'apparence Un seul point seulement choque mon espérance Pas un de mes amis n'est astrologue.PADILLE
Qu'il lise avant cela l'Almanach tout du long Mille mots inconnus feront bientôt connaître, Que dans l'Astrologie il s'est fait passez maître. Là, les termes de l'Art rangés, ou mal ou bien, On les admirera, sans y connaître rien, Si pour ce haut savoir votre belle maîtresse À l'astrologue seul témoigne sa tendresse, À l'astrologue attitré, de son titre demi Vous mettant en ces droits fera le coup d'ami Ainsi vous vous ferez aimer de votre dame.LYSANDRE
Par tes plaisants discours tu me réjouis l'âme, Je brûle en vérité d'en venir les effets ; Padille est par ma fois, la perle des valets. Oui mais si par ta bravoure, et ma philosophie Lui plaisent aussi peu comme l'Astrologie, Nous nous trouvons en vain, et nous perdons nos pas, Le science en trois arts ne se renferme pas, Sans quelque rôle encore la pièce est imparfaite.LYSANDRE
Hé quoi ?PADILLE
Le poète.LYSANDRE
Où le trouver.PADILLE
Comme dans le vaste univers On ne voit plus, Monsieur, que des faiseur de vers ; C'est une fléau de Dieu dont le siècle fourmille L'un en fait de bons ou non, s'il n'en fait il en pille À toute reste il veut pas un méchant écrit De rimeur dans le monde usurper le crédit, Sans cesse de leurs vers j'ai la tête étourdie, Et crois que de rimeurs il a fait une pluie.SCÈNE II. Angélique, Lysandre.
LYSANDRE
Malgré tous vos mépris, je viens à vos genoux, Demander pour ma flamme un traitement plus doux, Madame, et si jamais Lysandre a su vous plaire, Veuillez ne prendre pas un sentiment contraire. Si d'un savoir exquis les sublimes appas Dans ma personne enfin ne rencontrent pas ; Toujours fidèle amant au moins fais-je connaître Le beau feu qu'ne mon coeur vos charmes ont fait naître. Et près de vous jamais aucun homme vivant Sur un pareil sujet ne sera si savant.ANGÉLIQUE
Je conçois assez bien ce que vous voulez dire, Et je vois bien, Monsieur, que vous voulez rire, Si le savoir m'a plus, vous avez un grnad tort Pour m'en désabuser de faire aucun effort.ANGÉLIQUE
Dans le monde jamais peut-on se satisfaire, Sans contempler à fond et la Terre, et le sCieux, Et ces beaux mouvements qui ravissent nos yeux. Je ne suis qu'une fille, et si j'ai dans mon âme, De savoir toute chose un invisible flamme. Les termes de savants ont pour moi tant d'appas, Que je meurs de regret de ne le savoir pas. Je pâme quand j'entends ce qu'on dit de la Sphère Et ces doctes raisons que partout on révère, Et je veux là-dessus, pour contenter mon coeur, Qu'un savant sur ce point devienne mon vainqueur.LYSANDRE
Amour, seconde-moi dedans mon entreprise, La résolution, Madame, en est donc prise ? Et vous préfèrerez un orgueilleux savant À la sincérité d'un si parfait amant ? Vous, qui vous plaisiez tant à voir croître ma flamme ; Que tous deux bien unis nous de faisions qu'une âme, Craignez qu'un repentir que produira l'amour, Vous donne mais trop tard du déplaisir un jour, Quelquefois des plus fiers ce Dieu prend la vengeance.SCÈNE III. Angélique, Padille déguisé en Capitan.
PADILLE, à part
J'entrevois Angélique, ah ! C'est ici, Padrille, Qu'il faut comme un soleil que ton esprit brille.PADILLE
Madame, vous voyez le fils de la Terreur ; Ou, pour mieux m'expliquer dans ma bravoure extrême, M'étant créé tout seul, je suis la terreur même, Sans me servir d'un bras qui tua le dieu Mars, Je soumis l'univers d'une seul de mes regards, Tel que vous me voyez, j'ai forgé le Tonnerre Des géants qu'enfanta le Ciel contre la Terre. Les gages que par an je donne à mes valets Sont les sceptres dorés des rois que je soumets J'ai vaincu les Césars, défait les Alexandres J'ai pillé leurs États, mis leur trônes en cendre, La Chimère, et Méduse ont senti ma fureur, Quoiqu'à Bellérophon on en donne l'honneur. J'ai fait plus, comme en moi le genre humain se fonde, De cent montres affreux, j'ai délivré le monde. Mais qui pourrait encor croire, après tout cela, Que j'ai d'un souffle éteint les feux du mont Etna ? J'en ai tant faits qu'enfin les Jasons, les Hercules, Près de moi, s'ils vivaient, paraîtraient ridicule. Après avoir sur terre essuyé ces travaux, non content, j'ai noyé Neptune dans ses eaux, Pour avoir sans mon ordre élevé la tempête Qu'Enée a ressenti poursuivant sa conquête. Ma voyant enfin maître et du monde, et des mers Je fi descendre aussi descendre ma valeur aux Enfers. Là, malgré de Pluton l'insolence brutale, Je fis sceller Sysiphe, et reposer Tantale. Je brisais touts leurs fers, et pour parler aux Dieux. Des Enfers où j'étais je montais dans les Cieux. Jupiter, pour donner à mes fers récompense, Ordonna que sur tout j'aurais pleine puissance, Que je pouvais user des célestes beautés, Les prendre, et les choisir selon mes volontés, Mais rine ne m'y plaisant, j'en sortis à grand erre Et cous voyant du ciel briller dessus la terre ; Je me crois trop heureux ; Madame, si je vis Pour voir votre beauté de mes travaux le prix.ANGÉLIQUE
Ce n'est pas ce qui fait tout mon charme pourtant, Mais le style joli d'un discours si plaisant ; Et vous avez, Monsieur, le don de l'éloquencePADILLE
Vous ne voulez donc rien qu'un homme de science ? Et le pouvoir qu'ne tout vous savez qu'à mon bras. Pour prendre un autre amant ne vous étonne pas ? Eh bien.PADILLE, sortant
Je vais mettre aujourd'hui tous le savants en cendre.SCÈNE IV. Angélique, Lysandre déguisé en philosophe.
LYSANDRE
J'en suis plus réjoui puisque vous les goûtez, Pour la philosophie apprenez par avance, Que ce n'est pas un Art, mais bien une science Par elle je connais tous les quatre éléments, Leur centre, leur substance, et tous les accidents, Celui qui se noya pour ne pouvoir comprendre, La refus de la mer pouvait de moi l'apprendre. D'où précédent les vents je ne l'ignore pas ; Et les ai défini mieux qu'Anaxagoras. Je sais, hors Dieu, que tout à sa cause seconde, Et tous les beaux effets qu'on admire en ce monde. J'ai prouvé quand quelqu'un d'une épée on perçoit, Que c'était l'air non pas le fer qui les tuait. J'ai fait voir que ce monde est pareil dans la Lune ; Et que d'elle, et de lui la figure est commune ; Je sais très bien la Sphère, et je n'ignore point Qu'au milieu de la mer la terre est comme un point. Bref, je connais les corps tant internes, qu'externes, Et les lieux souverains d'avec les subalternes. Je sais Cause, Effet, Forme, Espèce, Mouvement ; Vide, existence, atome, idées, arguments, Enfin le résultat de cette connaissance À le souverain bien pour but de la science, Et d'aimer les beautés approchantes des Dieux. Je n'en vois point que vous, Madame, dans ces lieux. Et je suis trop heureux, si ce bel oeil m'ordonne Que mon art s'incorpore avec votre personne.SCÈNE V. Angélique, Philinte déguisé en Astrologue, une sphère à la main.
PHILINTE
Loin de plaire à vos yeux ces savants de Bibus Devraient tout, sur mon âme, essuyer vos refus ; Un savant, comme moi, Madame, sur la sphère Doit prétendre tout seul à l'honneur de vous plaire. Étant un raccourci des sublimes savants, Qui mérite le mieux d'être de vos amants.Bibus : Terme de mépris, employé uniquement dans la locution de bibus, qui signifie sans valeur, sans importance. [L]
ANGÉLIQUE, à part
De savoir quel il est je sens brûler mon âme.PHILINTE
Je suis...ANGÉLIQUE
Hé quoi, Monsieur.PHILINTE
Astrologue, Madame.PHILINTE
Mais c'est surtout pour moi qui m'y connaît des mieux Si vous me demandez à quoi sert cette sphère, J'en connais du Soleil, l'une et l'autre hémisphère, Je sais par là combine le ciel a de hauteur, Et la Terre de tour, La Mer de profondeur, Je connais chaque étoile et qu'une âme commune, Ne voit pas comme moi le Soleil, et la Lune. Je sens l'air, et la nue, et je vais quand je veux Voir ces beaux mouvements qui sont tourner les Cieux, Mon pouvoir est très grand, par le moyen des astres, J'annonce les malheurs, je prévois les désastres, Si vous ne croyez pas mon pouvoir souverain, Pour l'expérimenter donnez moi votre main.ANGÉLIQUE, lui donnant sa main
Quoi ? Vous m'allez montrer tout ce que j'ai pensé.PHILINTE
Oui, je sais l'avenir, Madame, et le passé.Regardant dans sa main.
Cet aspect de Vénus me fait bientôt comprendre Qu'un amant vous en veut qui se nomme Lysandre.ANGÉLIQUE
Aurais-je pu jamais ; ô Ciel m'en défier ? Monsieur, vous êtes diable, ou pour le moins sorcier.PHILINTE
Mais cet aspect entrant dans la Lune ascendante Vous a rendu pour lui l'âme très inconstante, Mercure rétrograde occupe votre main Qui fait qu'hors les savants tout vous est à dédain. Mais je remarque ici qu'une ligne douteuse Dénote qu'en amant vous serez malheureuse ; Mais que vous le serez encor plus mille fois, Si de tous vos amants Lysandre n'est le choix. Il faut sans contredit qu'il ait la préférence, Je parle contre moi président la puissance Qu'un astre pour Lysandre annonce, en bonne fois. Mais pourriez vous aimer un homme comme moi ? J'ai comme vous savez la plus belle doctrine.PHILINTE
Oui, mais de votre hymen vous me croyez indigne. Pour vous plaire il vous faut quelque savant insigne.SCÈNE VI. Angélique, Padille déguisé en poète.
PADILLE
Laissez ce fou, Madame, avec sa planète ; Et venez écouter un céleste poète Par un intime secret que j'ai reçu des Cieux, Je parle habilement le langage des Dieux, Favori d'Apollon, j'ai dans le Mont Parnasse, Malgré mes envieux, la plus insigne place ; Et je bois à mon gré de ces saintes liqueurs, Qui sont, comme je suis les illustres auteurs. Seul, je vis des lauriers, je loge au mont Caucase J'ai pour valet ma muse, et pour cheval Pégase, Poète fidèle au grand Dieu que je sers, Ma prose a son congé, je ne parle qu'en vers, Je sais l'art de bien dire, et la philosophie : Et la mathématique, avec l'astrologie J'entends bien toute langue, et l'on ne peut trouver, Rien que très doctement, je ne puisse prouver, Et de vous mériter j'ai lieu plus que personne, Si c'est au plus savant que votre main se donne.ANGÉLIQUE
J'avoue en vérité que vous me charmez plus Qu'un tas de beaux esprits qu'on nomme superflus, Et pour cela, Monsieur, vous avez l'air de plaire.PADILLE, bas
Padille l'a trouvé, ma foi, voici l'affaire. Je puis donc espérer, Madame, la bonheur D'être choisi par vous pour votre serviteur ?PADILLE, bas
Voyez donc l'abrégé des folles et des fous. Mais sans tant de raisons voulez vous toujours taire, Celui qui pour époux pourra jamais vous plaire.ANGÉLIQUE
Comme au plus éclairé de ceux que je connais, Je veux bien vous montrer celui que j'aimerais Je prétends que l'époux que je peux reconnaître Soit en galante humeur, des plus savants le Maître, En un mot de tout il raisonne si bien, Qu'il charme tout le monde avec son entretien Et que de son esprit la gentille nature, Dans l'adresse, et dans tout soit semblable à Mercure, Adieu ; cherchez ailleurs à vous entretenir.SCÈNE VII. Lysandre, Padille.
ACTE II.
SCÈNE PREMIÈRE. Angélique, Céphise.
CÉPHISE
Enfin j'entends partout que ta bizarrerie Pour les hommes savants va jusqu'à la folie. D'où vient donc que partout on dit cela de toi ? Tu perdras ton renom, Cousine, en bonne foi. Je t'en viens avertir comme étant ton amie.ANGÉLIQUE
Vous prenez trop de soin, j'en suis toute avertie, Et pourriez vous passer, sans vous faire un grand tort, De me traiter de folle, et vous me fâchez fort.CÉPHISE
Si vous le prenez là, je vais bientôt me taire Puis-je retenir, moi, la langue du vulgaire ? On m'a fait ce rapport, j'ai de vous avertir Innocemment pensé vous faire un grand plaisir.CÉPHISE
J'en crois une partie.ANGÉLIQUE
Vous avez là-dessus de très beaux sentiments ! L'ignorance vous plait comme à beaucoup de gens.SCÈNE II. Angélique, Padille, très bien mis.
PADILLE
J'entends de tous côtés que vous seriez bien aise De rencontrer, Madame, un amant qui vous plaise. Je viens mal à propos m'offrir pour ce sujet, Mais vous excuserez peut-être mon projet.ANGÉLIQUE
J'étais seule portant.PADILLE
Vos yeux seuls ont sur moi la pointe qui me pique. Madame, et mon amour fait parler mon esprit.PADILLE
Oui, Madame, que n'est un esclave en Turquie Et je crois me voyant brûler si fortement, Votre esprit un Soleil, votre oeil miroir ardent De grâce, modérez ce rayon qui me tue.ANGÉLIQUE, à part
Par ces charmants discours mon âme abattue ; Et s'il était offert pour être mon amant, Mon coeur résisterait assez mal aisément.PADILLE
J'adore la science, et je soutiens, Madame, Qu'une homme sans savoir n'est rien qu'on corps sans âme. J'aime les beaux esprits, les vers, et les romans, Et ces productions que font tous les savants.PADILLE
Tant mieux ; j'en ai fait une, avez-vous le loisir Que dedans un moment on vous le représente.PADILLE
On va vois la jouer, les rôles sont appris. Sept ou huit bons acteurs depuis peu les ont pris.PADILLE
Quel rôle feriez vous ?ANGÉLIQUE
Fait-on un mariage ?PADILLE
Je m'en souviens, Madame, un rôle est à donner, Une fille au contrat vient simplement signer, Vous la ferez, il faut paraître, et ne rien dire. À tout ce qu'on dira vous n'avez qu'à souscrire, Vous ferez votre rôle assez facilement. Vous n'avez, s'il vous plaît, qu'à songer seulement, Que vous ne paraissez qu'en la scène dernière.SCÈNE III. Angélique, Philinte, Oronte, Valère, Damon, Padille.
ANGÉLIQUE
Je vois déjà l'effet que l'on m'avait promis, Messieurs, et me faisant l'honneur que vous me faites Il faut que vous soyez extrêmement honnêtes C'est à vous seul que j'ai cette obligation.PHILINTE
Madame il faut qu'ici, Monsieur, vous la dédie Votre esprit, et vos yeux font partout bien du bruit, Mais je vois qu'il en est plus qu'on n'en a dit.PADILLE
Messieurs, si vous voulez que la pièce commence Il est temps, s'il vous plait, de s'aller travestir. Quelqu'un de ces Messieurs reste à vous divertir Je m'emmène avec moi que Philinte et Valère.ANGÉLIQUE
Revenez donc bientôt.PADILLE
Nous ne tardons guère.SCÈNE IV. Angélique, Oronte, Damon.
ANGÉLIQUE
De savoir ce que c'est mon âme est toute éprise. Mais d'une comédie on fait peu de façon. Avant que la jouer d'en annonce le nom, Dites-moi, Monsieur.ORONTE
Je veux bien vous le dire. Quand on m'a lu la pièce, enfin je l'ai pu lire Le titre est... Vous savez que ce titre est nouveau ? La supposition véritable.ANGÉLIQUE
Il est beau. On nomme ces écrits, poèmes dramatiques ; Dont les uns sont plaisants, et les autres tragiques J'entends du bruit, nos gens vont bientôt revenir, Entrez tous deux ici moi je vais m'y tenir. Je parais seulement dans la scène dernière.ORONTE, à Angélique
Quand on vous le dira, vous viendrez la dernière.Ils entrent tous deux, et Angélique prend un siège au côté du théâtre pour entendre la comédie, et les violons jouent une ouverture.
LA SUPPOSITION VÉRITABLE. PETITE COMÉDIE EN UN ACTE.
SCÈNE PREMIÈRE. Dom Alvare, Don Sanche.
DOM SANCHE
Angélique, Monsieur, qui vous chérissait tant. Vous préfère aujourd'hui ce ridicule amant ? Ce sot original Dom Pedre de Stambole ?DOM SANCHE
Mais puisque sa folie à ce foi vous préfère, Le bon sens dans ce choix n'est pas fort recherché Et vous ne devez pas en être trop fâché.DOM ALVARE
Comme elle, je ne puis la quitter tout d'un coup Que cela ne m'étonne et m'afflige beaucoup.DOM ALVARE
Dans le trouble où je suis je ne me puis connaître, Le souvenir charmant de ses divins appas Fait qu'ne un même temps je veux, et ne veux pas, Malgré moi, dans mon coeur je sens régner un tendre Que je voudrais chasser, et ne puis m'en défendre ; Et je mourrai, Monsieur, si sa charmante main Par ce fol que vous dites a changé son dessein. Ce que je vous ai dit, Monsieur, est véritable ; Et me rend aussi bien que vous fort misérable. Mais, sans vous chagriner tous deux que n'allons nous Parler un peu de près à ce maître des fous ? Je lui ferai sentir ma valeur offensées.SCÈNE II. Dom Pedre, Dom Diègue, Dom Alvare, Dom Sanche.
DOM PEDRE
De quel fol veut parler ce couple de pécores ? Je vous l'ai dit, beau-père, et vous le dit encore.À Dom Alvare, et Dom Sanche qui s'arrêtent à la regarder.
M'avez-vous assez vu ? Suis-je bien fait ? Badauds. Hé ! Morbleu, décampez, peste soit des nigauts, Avez vous jamais vu deux plus sottes figures.DOM PEDRE
Mais vous ne branlez point ! Les avez-vous mandés, Beau père ? Dites donc. Il est sourd, répondez.DOM DIEGUE
Moi ? Non.DOM DIEGUE
Voulez-vous que je fasse...DOM PEDRE, mettant la main à l'épée
Vous voulez donc, marauds, me faire dégainer ?Il donne plusieurs coups de plat d'épée à Dom Diègue.
DOM ALVARE, s'en allant
Vous m'avez maltraité, de votre violence Je m'en vais informer les Maréchaux de France.SCÈNE III. Dom Pedre, Dom Diègue.
DOM PEDRE
Ces deux petits cadets sentaient le vieux battu. Mais sans tant reculer montrez moi votre fille ; Afin que pour la noce ou plutôt je m'habille. Je prétends toutefois voir dans mon museau, S'il est laid, je la laisse, et la prends s'il est beau, Au diable, s'il répond. Quelle peste de mine Fait ce vieux foi ! Je crois que toujours il rechigne. Il est muet et sourd, ou je parle trop bas Beau père extravagant ne m'entendez vous pas. J'y perdrai mon latin, vieillard, que Dieu confonde, Réponds, ou fait pour toi que quelqu'un me réponde, Veux-tu bailler ta fille, ou ne pas la bailler !DOM PEDRE
Allez, si ma moitié vous ressemble, beau-père Et que tout comme vous elle ne parle guère Les cornes sur ma tête auront peine à sortir, Qu'elle vienne donc vite ou je m'en vais partir.PHILINTE, à Angélique dans une aile du théâtre dit ce vers et se retire
Venez vite, Madame, il est temps de paraître.Angélique s'avance sur la scène.
SCÈNE IV. Angélique, Dom Pedre, Dom Diègue.
DOM PEDRE
Elle ne répond rien.ANGÉLIQUE, à qui on souffle de derrière le théâtre
Je le veux bien mon père.DOM PEDRE
Pour de l'esprit, je vois que vous n'en avez guère, La Belle ; mais enfin j'en suis peu soucieux, Et je crois que mon front s'en portera bien mieux. Mais ne parlez jamais quoi qu'un homme vous die Quels sont donc vos plaisirs ? Le bal ? La comédie ? Aimez-vous bien les vers ? Ou ces écrits galants ? À quoi songez vous donc ? Faites vous des romans ? Si vous ne répondez, je ne parle plus guère. Mais quand donc procéder à notre hymen, beau-père ?DOM DIEGUE
Je notaire venu, vous n'avez qu'à finir.SCÈNE DERNIÈRE. Dom Pedre, Dom Diègue, Angélique, Le Notaire.
LE NOTAIRE, tenant un contrat dans ses mains
Je viens tard, mais aussi le contrat est écrit.DOM PEDRE, à bas au Notaire
Avez-vous mis les noms comme je vous ai dit ?DOM PEDRE, à Angélique
La belle, il faut pour moi, quitter votre humeur fière, Car le contrat signé, dans une heure d'ici Je dispose de vous comme votre mari. Nous allons par les lois du Ciel, et de Nature Procéder, comme il faut, à la progéniture. Et comme au mariage il faut bien des apprêts, Voyons si pour cela tous nos meubles sont prêts Pour le ménage il faut quantité d'ustensiles.DOM PEDRE, à Dom Diègue
Que faut-il faire de plus ? Donnez donc votre seing.LE NOTAIRE, à Dom Diègue
Vous devez commence comme auteur du dessein.LE NOTAIRE, à Angélique
Madame, votre nom.ANGÉLIQUE, à qui on souffle toujours
Je me nomme Angélique.LE NOTAIRE
Signez.DOM PEDRE, à part
Je vous tiens, par ma foi, Me voilà maintenant plus content que le Roi. Allons donc consommer vite le mariage.DOM PEDRE
Adieu Messieurs.SCÈNE V. Angélique, Padille qui jouait le rôle de Dom Pedre.
ANGÉLIQUE
Pourquoi nous quittent-ils ? Se moquent-ils des gens ? Ne me dires-vous point quel est tout ce mystère ?PADILLE, lui montrant le contrat qu'elle vient de signer
Oui : Madame ; il est temps de ne vous plus rien taire, Il n'est plus de dédit, le contrat est signé.PADILLE
Vous avez cru jouer en signant ce contrat ; Mais sachez qu'il est fait de la bonne manière ; Et que sous nos deux noms la clause est toute entière, Il est en bonne forme, et prétends aujourd'hui En qualité d'époux terminer mon ennui. Vous avez refusé, dans le siècle où nous sommes, Des nobles, des savants, et toutes sortes d'hommes. Moi, plus subtil que ceux qui vous venaient chercher, J'ai su qu'un bel esprit pouvait seul vous toucher Dont la gentille humeur fut semblable à Mercure : J'ai du mieux que j'ai pu contrefait sa figure ; Et dedans cette pièce attirant des amis, J'ai dressé le beau piège, où je vous ai mis.PADILLE
Je vais chez un sergent pour vous faire assigner Sur le contrat qu'ici vous venez de signer. On n'entend point de jeu sur de telle matière, Et quand vous y serez ce n'est pas la première.ANGÉLIQUE
Un fourbe !ANGÉLIQUE, bas
Juste Ciel ! Que je suis malheureuse en amants ? Embrouillant mon esprit avec tous mes savants ? Mais que faire après tout, si je suis condamnée ? Si je perds mon procès qu'elle est ma destinée. Il faut aller bientôt me tendre à la maison. Afin d'y recevoir cette assignation.Elle sort.
ACTE III
SCÈNE PREMIÈRE. Polidore, Lysandre.
Le théâtre représente un parquet.
LYSANDRE
On t'a fait depuis peu juge de ce lieu-ci, Et comme devant toi notre affaire est remise, Je souhaiterais fort pour la rendre surprise Qu'avec tes conseiller, prenant ta place,, moi Je décide l'affaire, et juge au lieu de toi. La robe et le bonnet, et l'air que je vais prendre À ses yeux aisément déguiseront Lysandre, Ainsi je la guérie de ses entêtements, Et parviens au bonheur des plus heureux amants.SCÈNE II. Polidore, Lysandre, Premier conseilleur, Second conseiller, le Greffier.
POLIDORE, aux conseillers
Messieurs, je vous supplie ici, qu'en mon absence, Vous acceptiez, Monsieur, pour juge en l'audiance, Laissez-le, s'il vous plait, pour un sujet pressant Présider au barreau comme mon lieutenant. Vous me ferez, Messieurs, un faveur entière.PREMIER CONSEILLER
Commandez-nous, Monsieur, sans user de prière.PREMIER CONSEILLER
Sans nous en dire, à son air je le vois.POLYDORE, à Lysandre
Venez vite changer votre robe à la mienne ? Messieurs, prenez séance attendant qu'il revienne.LYSANDRE, sortant avec Polidore
Je m'en vais revenir, Messieurs, dans un moment.Les conseillers se rangent aux deux côtés de la chaise du président, et le greffier au dessous d'eux.
SCÈNE III. Angélique, Padille, Premier Conseiller, Second Conseiller, La Graefier./
ANGÉLIQUE, au Greffier
Qu'attend-on pour plaider ?LE GREFFIER
Monsieur le président.ANGÉLIQUE, bas
Quel procès ai-je là ? Que je suis malheureuse.PADILLE, à Angélique
Vous voilà donc ici, Madame la plaideur ?ANGÉLIQUE
Fourbe, j'y viens pour toi.PADILLE, à Angélique
Voilà votre contrat.ANGÉLIQUE
Je le récuserai.PADILLE
Peste, à bon chat, bon rat.SCÈNE DERNIÈRE. Lysandre, avec la robe de président, Premier Conseiller, Second Conseiller, Le Greffier, Angélique, Padille.
LYSANDRE, assis dans la chaise de Président
Appelez quelque cause.LE GREFFIER, appelle à haute voix
Angélique, Padille.PADILLE, s'avance et plaide
Ici c'est une chose, Dont vous allez, Messieurs, être en étonnement. Ma partie a voulu que je sois sont amant. Pour légitime époux elle accepte à ma prendre, Présence de témoins, ce qui va vous surprendre.ANGÉLIQUE, voulant l'interrompre
Messieurs, c'est...LYSANDRE
Attendez.PADILLE
La chose en cet état, De notre mariage elle signe un contrat ; Qui dit que pour époux, Angélique ici fille, Ses père et mère morts veut bien prendre Padille. Le notaire et les témoins ont sur ce signé tous. Et c'est la cause qu'on plaide devant vous, La consommation de notre mariage ?ANGÉLIQUE
Il est vrai, j'ai signé dans une Comédie ; Non effectivement pour prendre ma patrie. Sous un nom de roman j'ai signé le contrat, C'est ce qui le fait récurer tout à plat.PADILLE
Voyez la vérité de ce qu'elle a pu dire, Et dans notre contrat ce qu'elle a fait écrire.Il donne le contrat au greffier.
LE GREFFIER, lit la clause du contrat
Angélique, suivant le coutume et la loi ; prend pour époux Padille, et lui donne sa foi.
À Angélique.
Le contrat est en forme étant fait de la sorte. Vous serez condamnée.ANGÉLIQUE, toute éperdue
Ah, mon_Dieu, je suis morte ! De grâce, modérez, Messieurs, mon jugement. Mais hélas ! C'en est fait, j'en ai plus qu'un moment.Les conseillers se lèvent, et délibèrent avec le Président.
Malheureusement ! Pourquoi ne voulait pas me rendre À mon premier amant, à mon très cher Lysandre ? D'un bizarre destin je me vois le jouet ; Et je vais être enfin la femme d'un valet.LYSANDRE, assis avec ses conseillers prononce
Sur la cause d'aujourd'hui devant nous énoncée La cour veut qu'Angélique ici soit condamnée À prendre, sans appel, Padille pour époux, Et de vivre avec lui dans un accord bien doux, Greffier, je me permets d'en délivrer l'instance.Le greffier écrit.
ANGÉLIQUE
Juste ciel : Modérez, s'il vous plait, la Sentence. Prendrai-je pour mari par votre autorité Un valet, moi, qui suis fille de qualité ? Si tu savais Lysandre, où mon âme est réduite ? Amant infortuné, tu t'y rendrais bien vite. Mais il en est trop loin, ô désirs insensés.LYSANDRE, descendant de sa chaire, et se faisant connaître
Non, Madame, il n'est pas si loin que vous pensez, Modérez vos frayeux, il est temps de vous dire Qu'enfin c'est moi qui suit Lysandre.ANGÉLIQUE
Je respire.LYSANDRE
Pardonnez, si voyant mon amour prévenu. À ces extrémités, Madame, on est venu. Tout mon dessin n''était que de vous faire rendre Et le Ciel aux amants laisse tout entreprendre. Loin de vous commander, je demande à genoux Votre consentement pour être votre époux, Oublions tout, Madame, et qu'un doux mariage Nous assemble tous deux, sans tarder davantage.ANGÉLIQUE
Je ne sais où j'en suis, tant mes plaisirs sont grands, C'est vous qui m'avez fait venir tous ces savants.LYSANDRE
De tous ces incidents souffrez que l'on vous die Que nous en pourrions bien faire une comédie. Messieurs, venez aussi, faites nous cet honneur.LE CONSEILLER
Vous nous faites vraiment trop de grâce, Monsieur.760 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica