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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en Trois Actes

L'Amour Fantasque ou Le Juge de Soi Même

Albert Henri Fiot· imprimée en 1682· 4 actes· 760 vers· 12 personnages

Personnages

  • ANGÉLIQUE
  • LYSANDRE, Amoureus d'Angélique
  • CEPHISE, cousine d'Angélique
  • PADILLE, valet de Lysandre
  • PHILINTE, ami de Lysandre
  • ORONTE, ami de Lysandre
  • VALÈRE, ami de Lysandre
  • DAMON, ami de Lysandre
  • POLIDORE, président, autre ami de Lysandre
  • PREMIER CONSEILLE
  • SECOND CONSEILLER
  • LE GREFFIER
Monseigneur,

À MESSIRE PIERRE LE GUERCHOYS, Conseiller du Roi en ses conseils et son procureur général, au Parlement de Normandie.

Il faut que je suis bien persuadé de vos bontés pour oser vous dédier une comédie sans avoir jamais eu l'honneur d'être connu de vous loin d'en prétendre de la gloire, je suis toujours dans l'appréhension d'en recevoir du blême ; outre que le présent que je vous fait a si peu de rapport à vos grands mérites, que je n'ose qu'en tremblant mettre votre illustre nom à la tête d'un si petit ouvrage. J'avoue que s'il m'était permis de vous dire les approbations que plusieurs personnes de qualité lui ont données, et avec combien d'avantage pour moi on a remarqué que j'avait suivi avec beaucoup de justesse, le fil de la véritable histoire dont j'ai composé cette comédie, vous en excuseriez plus aisément les défauts qui ne pourront s'échapper à la délicatesse de votre esprit. C'est à ces personnes, dis-je, que j'aurais recours, si la chose en réussissait pas comme on me l'a fait espérer ; vu que sans leurs persuasions je n'eusse osé jamais la produire, et encore moins emprunter une si fameuse protection que la vôtre pour le faire. J'espère toutefois que la vôtre pour le faire,. J'espère toutefois que vous ne m'en saurez pas mauvais gré ; puisque j'apprends de la bouche de tous ceux même qui ont l'honneur d'approcher de vous, que si votre mérite vous a extrêmement élevé , vous avez une bonté généreuse qui en sait accommoder la grandeur à la portée de ceux qui vous présentent leurs soumissions. Vous en donnez des marques tous les jours ; et c'est pour ce sujet MONSEIGNEUR, que dans une des plus belles et des plus importantes charges du Royaume, où vos vertus vous ont fait monter, vous vous attirez en même temps l'estime et d'amitiés d'un grand Roi, le respect et la crainte des ses Peuples ; ce qui fait publier avec juste sujet à la renommée, que pour les affaires de l'État, vous êtes un des plus grands hommes de ce siècle. Votre éloquence que a tant de fois parlé pour notre grand Monarque, et qui a tant servi pour maintenir ses intérêts ravis tous les esprits ; c'est elle qui engage toute la France à se félicités de la gloire de vous posséder, et particulièrement le célèbre parlement de Rouen, dont vous êtes la base et l'appui.

Souffrez donc, MONSEIGNEUR, que cette production, qui est mon coup d'essai fasse connaître à la postérité ces éclatantes vérités. J'attends de votre Générosité la bonheur de vous voir Protecteur de cette petite pièce, que je vous consacre comme le prémice de mes travaux ; Peut être que dans la suite je pourrai faire quelque chose qui méritera mieux de vous être présenté. J'ai fondé kà-dessus l'espoir de vous plaire ; étant presque assuré que quand vous aurez appris le sujet qui m'a fait faire cette comédie que je vous présenté, et qu'enfin son dénouement n'a rien que de très véritable, vous vous plairez encore d'avantage à l'entendre. Surtout je vous supplie de croire que le plus grand motif qui m'a fait résoudre à vous la venir présenter était de vous témoigner que je suis avec tout le respect imaginable,

MONSEIGNEUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur FIOT.

AU LECTEUR

Le sujet qui m'a fait composer cette comédie, a tant fait de bruit dans tout ce pays-ci, que je crois qu'il est inutile de vous avertir qu'il n't a rien que de très véritable dans cette pièce, et que si toutes les autres n'ont rien de fabuleux, celle-ci est entièrement fondée sur la vérité d'une aventure arrivée ces jours passés ; je veux seulement vous faire savoir qu'on me la fait imprimer malgré moi, et que si j'eusse osé jamais aspiré à la qualité d'auteur, j'aurais voulu débuter par un autre ouvrage que celui-là pour me mettre d'abord en estime ; mais mes remontrances n'ont eu aucun effet, et une infinité de personnes se veulent contenter plutôt que moi, et en veulent des copies à toute reste. J'ai eu beau leur remontrer qu'ne moins de huit jours elle fut conçue et achevée : parce qu''une personne de considération qui m'en avait prié, m'avait obligé de me dépêcher.

L'approbation que la multitude lui a donné me la fait exposer aux yeux d'une si grande ville toutefois avec bine de la crainte ; mais j'espère que vous excuserez l'empressement qu'on m'en a fait, et le peu de temps que j'ai eu à me reconnaître, vu qu'il a fallu en passer par là, et croyez que m'ayant eu pour tout sujet que le contrat qu'une fille signa par raillerie, qu'on voulut faire passer pour effectif était une matière fort maigre pour avoir diversifié la scène comme elle est dans toute la suite de la pièce.

SONNET

À Monsieur Fiot, sur la comédie de l'Amour Fantasque.

Qui ne voit ce sujet qu'à la superficie Ne porte pas les yeux sur la solidité, Il faut pour le goûter, un esprit allaité DE toutes les douceurs de la Philosophie. Si Molière vivait, il porterait envie Au savoir de Fiot qui l'a seul inventé, Avecque tant d'esprit et de naïveté Qu'on n'en saurait assez admirer le génie. Le théâtre reçoit, de ce divin auteur Toute sa vanité, sa gloire et son bonheur, Pour l'avoir honoré d'une heure de ses veilles. Mais en revanche aussi, publiant ce tableau Qui fait voir au public tant de rares merveilles, Il montre que son nom ne crains pas le tombeau.

P. LE COINTE.

SONNET

À Monsieur Fiot, sur la comédie de l'Amour Fantasque.

La comédie d'ordinaire Est un aimable amusement, Qui se passant en un moment Ne peut pas longtemps satisfaire Mais ici l'on ne saurait taire, Qu'un solide contentement ; Ne nous oblige incessamment À dire partout le contraire Son auteur, l'illustre FIOT, Qui n' jamais bu de piot Que celui de l'Hypocrène Fait voir qu'on ne peut faire mieux, Et que rien n'égale sa veine Pour le comique, ou sérieux.

DE QAINT BLAISE.

Poème

À MONSIEUR FIOT SUR SA comédie de l'Amour Fantasque.

Il ne faut pas être devin Vif et brillant esprit de t'appeler Divin, Platon sur un seul point excella seulement, Mais tu fais voir ici bine plus excellement Que tu mérites d'être au Temple de Mémoire.

Le même.

Poème

À MONSIEUR FIOT SUR SA comédie de l'Amour Fantasque.

Que le feu des tes beaux écrits, Ravit plaisamment les esprits, La Nature dans toi fait bien voir des miracles L'un et l'autre Parnasse est soumis à ta loi Du moins chacun de nous t'en estime le Roi. Voyant des vers si pompts passer pour des Oracles.

C. DE VILLARS.

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE. Lysandre, Padille.

PADILLE

Hé bien ?

LYSANDRE

Hé quoi ?

PADILLE

Le poète.

SCÈNE II. Angélique, Lysandre.

SCÈNE III. Angélique, Padille déguisé en Capitan.

PADILLE

Madame, vous voyez le fils de la Terreur ; Ou, pour mieux m'expliquer dans ma bravoure extrême, M'étant créé tout seul, je suis la terreur même, Sans me servir d'un bras qui tua le dieu Mars, Je soumis l'univers d'une seul de mes regards, Tel que vous me voyez, j'ai forgé le Tonnerre Des géants qu'enfanta le Ciel contre la Terre. Les gages que par an je donne à mes valets Sont les sceptres dorés des rois que je soumets J'ai vaincu les Césars, défait les Alexandres J'ai pillé leurs États, mis leur trônes en cendre, La Chimère, et Méduse ont senti ma fureur, Quoiqu'à Bellérophon on en donne l'honneur. J'ai fait plus, comme en moi le genre humain se fonde, De cent montres affreux, j'ai délivré le monde. Mais qui pourrait encor croire, après tout cela, Que j'ai d'un souffle éteint les feux du mont Etna ? J'en ai tant faits qu'enfin les Jasons, les Hercules, Près de moi, s'ils vivaient, paraîtraient ridicule. Après avoir sur terre essuyé ces travaux, non content, j'ai noyé Neptune dans ses eaux, Pour avoir sans mon ordre élevé la tempête Qu'Enée a ressenti poursuivant sa conquête. Ma voyant enfin maître et du monde, et des mers Je fi descendre aussi descendre ma valeur aux Enfers. Là, malgré de Pluton l'insolence brutale, Je fis sceller Sysiphe, et reposer Tantale. Je brisais touts leurs fers, et pour parler aux Dieux. Des Enfers où j'étais je montais dans les Cieux. Jupiter, pour donner à mes fers récompense, Ordonna que sur tout j'aurais pleine puissance, Que je pouvais user des célestes beautés, Les prendre, et les choisir selon mes volontés, Mais rine ne m'y plaisant, j'en sortis à grand erre Et cous voyant du ciel briller dessus la terre ; Je me crois trop heureux ; Madame, si je vis Pour voir votre beauté de mes travaux le prix.

SCÈNE IV. Angélique, Lysandre déguisé en philosophe.

SCÈNE V. Angélique, Philinte déguisé en Astrologue, une sphère à la main.

PHILINTE

Je suis...

SCÈNE VI. Angélique, Padille déguisé en poète.

SCÈNE VII. Lysandre, Padille.

ACTE II.

SCÈNE PREMIÈRE. Angélique, Céphise.

SCÈNE II. Angélique, Padille, très bien mis.

SCÈNE III. Angélique, Philinte, Oronte, Valère, Damon, Padille.

SCÈNE IV. Angélique, Oronte, Damon.

ORONTE, à Angélique

Quand on vous le dira, vous viendrez la dernière.

Ils entrent tous deux, et Angélique prend un siège au côté du théâtre pour entendre la comédie, et les violons jouent une ouverture.

LA SUPPOSITION VÉRITABLE. PETITE COMÉDIE EN UN ACTE.

SCÈNE PREMIÈRE. Dom Alvare, Don Sanche.

SCÈNE II. Dom Pedre, Dom Diègue, Dom Alvare, Dom Sanche.

DOM DIEGUE

Moi ? Non.

DOM PEDRE, mettant la main à l'épée

Vous voulez donc, marauds, me faire dégainer ?

Il donne plusieurs coups de plat d'épée à Dom Diègue.

SCÈNE III. Dom Pedre, Dom Diègue.

PHILINTE, à Angélique dans une aile du théâtre dit ce vers et se retire

Venez vite, Madame, il est temps de paraître.

Angélique s'avance sur la scène.

SCÈNE IV. Angélique, Dom Pedre, Dom Diègue.

ANGÉLIQUE, à qui on souffle de derrière le théâtre

Je le veux bien mon père.

SCÈNE DERNIÈRE. Dom Pedre, Dom Diègue, Angélique, Le Notaire.

LE NOTAIRE, tenant un contrat dans ses mains

Je viens tard, mais aussi le contrat est écrit.

LE NOTAIRE, à Angélique

Madame, votre nom.

ANGÉLIQUE, à qui on souffle toujours

Je me nomme Angélique.

LE NOTAIRE

Signez.

ANGÉLIQUE, à qui on souffle toujours

Je veux bien.

Elle signe.

LE NOTAIRE

Ici, je n'ai plus rien à faire davantage. Je sors.

Il sort avec les autres.

DOM ALVARE

Adieu : soyez content.

Fin de la petite comédie.

SCÈNE V. Angélique, Padille qui jouait le rôle de Dom Pedre.

ANGÉLIQUE

Un fourbe !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Polidore, Lysandre.

Le théâtre représente un parquet.

SCÈNE II. Polidore, Lysandre, Premier conseilleur, Second conseiller, le Greffier.

LYSANDRE, sortant avec Polidore

Je m'en vais revenir, Messieurs, dans un moment.

Les conseillers se rangent aux deux côtés de la chaise du président, et le greffier au dessous d'eux.

SCÈNE III. Angélique, Padille, Premier Conseiller, Second Conseiller, La Graefier./

ANGÉLIQUE, au Greffier

Qu'attend-on pour plaider ?

PADILLE, à Angélique

Voilà votre contrat.

LE GREFFIER

Qu'on se taise là, paix.

Le président entre.

SCÈNE DERNIÈRE. Lysandre, avec la robe de président, Premier Conseiller, Second Conseiller, Le Greffier, Angélique, Padille.

LYSANDRE, assis dans la chaise de Président

Appelez quelque cause.

LE GREFFIER, appelle à haute voix

Angélique, Padille.

ANGÉLIQUE, voulant l'interrompre

Messieurs, c'est...

LYSANDRE

Attendez.

LE GREFFIER, lit la clause du contrat

Angélique, suivant le coutume et la loi ; prend pour époux Padille, et lui donne sa foi.

À Angélique.

Le contrat est en forme étant fait de la sorte. Vous serez condamnée.

ANGÉLIQUE

Je respire.

760 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica