Pastorale héroïque en vers· Pastorale Héroïque en Cinq Actes
Endymion
Représentée pour la première fois par l'Académie Royale de Musique, le Jeudi 17 Mai 1731.
Personnages
- DIANE
- PAN
- ENDYMION, Berger
- ISMÈNE, Bergère
- LYCORIS, Confidente de Diane
- EURILAS, Confident d'Endymion
- UN BERGER
- UN SATYRE
- UNE NYMPHE
- PREMIÈRE BERGÈRE
- DEUXIÈME BERGÈRE
- UNE HEURE
- UNE DRYADE
- L'AMOUR
- DEUX AMOURS
AVERTISSEMENT
Cette pièce n'est pas entièrement celle que le public la voit depuis longtemps imprimée avec d'autres ouvrages de la même main. On en avertit, pour ne rien dérober à l'auteur de divers changements, quelquefois assez considérables où la musique a cherché ses avantages.
ACTE I
Le théâtre représente un bois.
SCÈNE PREMIÈRE. Pan, Lycoris, Un Satyre.
LYCORIS, à Pan
Cessez, cessez d'être amant d'une ingrate.LE SATYRE
Ne perdez point de précieux soupirs.LYCORIS
Diane est belle et charmante, Mais elle est indifférente ; Sa froideur ne doit-elle pas Vous la faire voir sans appas ?LE SATYRE et LYCORIS
Cessez, cessez d'être amant d'une ingrate. Choisissez mieux l'objet de vos désirs. Dans votre amour il n'est rien qui vous flatte. Ne perdez point de précieux soupirs.PAN
La froideur et l'indifférence Ne sont qu'une fausse apparence Qui ne doit pas décourager. Près d'un amant fidèle, Est-il une cruelle Qui ne soit en danger ?LYCORIS
Quittez une vaine espérance.LYCORIS
Quittez une vaine espérance.PAN
Je ne sens point mon coeur effrayé des obstacles, Pour les surmonter tous il est d'heureux moments ; Mais quand l'Amour fait des miracles, Ce n'est pas en faveur des timides Amants.Pan sort avec le Satyre, et Lycoris demeure seule pendant quelques moments.
SCÈNE II. Diane, Lycoris.
LYCORIS, à Diane qu'elle voit arriver
Quel bonheur vous conduit dans ce bois solitaire, Sans y trouver un amant odieux ? Pan vient de sortir de ces lieux. Malgré votre humeur sévère, Le moins aimable des Dieux A fait dessein de vous plaire, Rien ne marque mieux Que la raison ne tient guère, Contre l'éclat de vos yeux.SCÈNE III. Diane, Lycoris, Ismène.
ISMÈNE
Déesse, à vos genoux qu'avec respect j'embrasse, Puis-je espérer obtenir une grâce ? Mon coeur s'est dégagé d'un malheureux amour ; Souffrez que désormais je vous suive à la Chasse, Recevez-moi dans votre Cour. L'Amour n'ose sur vous étendre sa puissance, Je connais ses rigueurs, je crains encor ses coups. Je ne puis être en assurance Si je ne suis près de vous.DIANE
Quels malheurs, quels destins contraires De l'Amour pour jamais vous fait rompre les noeuds ? Endymion toujours néglige-t-il vos voeux ?ISMÈNE
Il redouble pour moi ses mépris ordinaires, Il renonce au projet qu'avaient formé nos Pères De nous unir tous deux. Trop funeste projet, où je crus tant de charmes, Combien m'as-tu coûté de larmes ! Hélas ! tu n'as fait qu'exciter Un feu qu'il faut éteindre ; Tu me donnais, pour l'augmenter, De vains sujets de me flatter, Et le triste droit de me plaindre.DIANE
Quand l'Amour est en courroux, Son courroux n'est pas durable. Endymion est aimable ; S'il revient jamais vers vous Serez-vous inexorable ? Vous ne répondez point, je vois votre embarras.DIANE et LYCORIS
Vous aimez, vous aimez encore.DIANE et LYCORIS
Vous aimez, vous aimez encore.SCÈNE IV. Diane, Ismène, Nymphes de Diane.
CHOEUR DE NYMPHES
Nous goûtons une paix profonde, Venez, venez parmi nous : Que l'Amour au reste du monde Fasse ressentir ses coups, Ils n'iront point jusqu'à vous. Venez, venez parmi nous. Nous goûtons une paix profonde, Venez, venez parmi nous.Danse des Nymphes.
UNE NYMPHE
Les biens qui contentent nos coeurs, Viennent s'offrir à nous sans nous coûter de larmes, L'amour le plus heureux a toujours ses alarmes Aux innocents plaisirs il ôte leurs douceurs, Les chansons des oiseaux, les ombrages, les fleurs, Les doux zéphyrs, ont pour nous tous les charmes.DIANE, à Ismène
Puisqu'enfin votre coeur persiste dans son choix, Recevez de ma main et l'arc et le carquois.SCÈNE V. Diane, Lycoris.
DIANE
Que tu prends un soin inutile, Ismène ! Quelle erreur conduit ici tes pas ? Tu veux auprès de moi rendre ton coeur tranquille, Et le mien ne l'est pas, Tu fuis Endymion, hélas ! Que tu choisis mal ton asile !LYCORIS
Sans savoir de quel trait votre coeur est atteint, Elle se plaint à vous d'une flamme fatale : Avec plaisir on voit une Rivale Qui souffre, et qui se plaint.DIANE
En écoutant ses maux, ma honte était extrême, D'imposer à ses yeux par un calme apparent ; J'ai bravé de l'Amour la puissance suprême, Et l'on me croit toujours la même ; Mais je ne jouis plus des honneurs qu'on me rend, Et l'on me reproche que j'aime, Quand on vient me vanter mon coeur indifférent.ACTE II
Le théâtre représente un Temple rustique que les Bergers ont élevé pour Diane ; et qui n'est pas encore consacré.
SCÈNE PREMIÈRE. Endymion, Eurilas.
ENDYMION
Quel jour, quel heureux jour, je vais voir célébrer ! Nos Bergers pour Diane ont secondé mon zèle ; Ce Temple par mes soins est élevé pour elle, Et nous allons le consacrer. Jamais par des soupirs mon amour ne s'exprime ; Du moins par des Autels je le marque sans crime. Ce détour, ce déguisement Convient à mon respect extrême ; Et mon coeur, pour cacher qu'il aime, Feint qu'il adore seulement.EURILAS
Cachez moins un amour fidèle ; Vous n'êtes qu'un Berger, Diane est immortelle : Mais des appas d'une Belle, Tous les yeux peuvent juger, Et tous les coeurs ont droit de s'engager.ENDYMION
Si j'étais immortel, et Diane Bergère, Je craindrais encor sa colère : Mes feux n'osent paraître au jour, Je gémis sous les lois que le respect m'impose ; Mais sa Divinité n'en est pas tant la cause, Que ses appas et mon amour.EURILAS
Que peut prétendre un Amant, dont la peine Ne doit jamais se découvrir ? Que n'avez-vous pris soin de vous guérir Par l'hymen de l'aimable Ismène ? Près d'un Objet dont on est adoré, On oublie à la fin une beauté cruelle : D'une funeste flamme un coeur n'est délivré, Que par une flamme nouvelle ; Et contre les Amours, Les Amours seuls sont un secours.ENDYMION
Je meurs d'un feu trop bau pour le vouloir éteindre, Je ne puis espérer, et je n'ose me plaindre : Cependant un plaisir qui ne peut s'exprimer, Adoucit en secret des peines si cruelles. Au milieu de mes maux, je m'applaudis d'aimer La plus fière des Immortelles.SCÈNE II. Endymion, Troupe de bergers et de bergères.
ENDYMION
Écoutez ces Bergers, qui parlent par ma voix, Déesse, daignez quelquefois Visiter ce Temple rustique, On vous élève ailleurs des Temples éclatants ; Mais dans un lieu plus magnifique On n'offre pas des voeux plus purs et plus constants.Danse des Bergers.
PREMIER BERGER
Brillant Astre des nuits, vous réparez l'absence Du Dieu qui nous donne le jour : Votre Char, lorsqu'il fait son tour, Impose à l'Univers un auguste silence ; Et tous les feux du Ciel composent votre Cour.UNE BERGÈRE
En descendant des Cieux, vous venez sur la terre, Régner dans ces vastes Forêts, Votre noble loisir sait imiter la guerre, Les Monstres dans vos Jeux succombent sous vos traits.UNE BERGÈRE, UN BERGER, EURILAS
ENSEMBLE.
Jusque dans les Enfers votre pouvoir éclate ; Les Mânes, en tremblant, écoutent votre voix : Au redoutable nom d'Hécate, Le sévère Pluton rompt lui-même ses lois.On danse.
LE CHOEUR
Que le Ciel, que la Terre, et le sombre Rivage, Que tout rende à Diane un éternel hommage : Que de voeux différents elle doit recevoir ! Chantons sa puissance suprême, Le Maître des Dieux même, N'étend pas si loin son pouvoir.SCÈNE III. Diane, Lycoris, Endymion, Bergers.
Diane descend du Ciel.
DIANE
Bergers, jusqu'en ces lieux votre hommage m'attire, De sincères respects savent charmer les Dieux ; Mais je viens arrêter des chants audacieux, Que trop de zèle vous inspire. Il suffit de fuir les Amours, Et d'éviter leur esclavage ; Mais par de superbes discours, Il ne faut point leur faire outrage. Il suffit de fuir les Amours, Il ne faut point leur faire outrage. Retirez-vous, c'en est assez : Vos encens et vos voeux seront récompensés.Tous les Bergers se retirent.
SCÈNE IV. Diane, Lycoris.
LYCORIS
Ciel ! Quel étonnement de mon âme s'empare ! Quoi ! Votre noble orgueil se dément en ce jour ? Diane hautement déclare Qu'elle est moins contraire à l'Amour !DIANE
Endymion ordonnait cette Fête, Lui ; dont mon coeur est la conquête ? En outrageant l'Amour il croyait me flatter. Excuse ma faiblesse, Son erreur blessait ma tendresse, Et je n'ai pu la supporter.ACTE III
Le théâtre représente un lieu champêtre.
SCÈNE PREMIÈRE. Pan, Endymion, Eurilas, Un Satyre.
PAN
Bergers, croirai-je un bruit qui vient de se répandre. Diane a-t-elle protégé L'Amour par vos chants outragé ?ENDYMION et EURILAS
Elle-même a paru pour venir le défendre.PAN
Ah ! J'obtiendrai le prix que mérite ma foi. À l'Amour désormais Diane est moins rebelle, J'ose seul soupirer pour elle, Ce changement ne regarde que moi. Avec bien de l'amour on est toujours aimable ; La beauté que je sers était impitoyable ; Je sais que je dois peu compter sur mes appas ; Mais mon coeur m'assurait d'un succès favorable, Je l'ai cru sur sa foi, je ne m'en repens pas. Avec bien de l'amour on est toujours aimable.PAN
Je veux, je veux marquer ma joie à la Déesse : Que les Faunes s'assemblent tous ; Qu'ils viennent remplis d'allégresse L'applaudir dès ce jour d'un changement si doux.SCÈNE II. Endymion, Eurilas.
ENDYMION
Quel coup affreux quel coup terrible Vient combler tous les maux qui déchiraient mon coeur ! Je me flattais d'aimer une Insensible, Je ne puis conserver un si cruel bonheur. Que la fierté de Diane était belle ! Mais, qu'Elle a fait un choix indigne d'elle ! Si ses appas me faisaient soupirer, Sa gloire me charmait plus que ses appas mêmes ; Et je perds le plaisir extrême, Que je sentais à l'admirer. Vengeons-nous, vengeons-nous d'une injure mortelle, Il en me reste plus que ce funeste bien ; Ôtons à l'Infidèle, un coeur tel que le mien.ENDYMION
Elle devait m'être fidèle, Du moins en n'aimant jamais rien. Toi-même, Tu m'as dit qu'en épousant Ismène, Et son amour et mon devoir Se seraient opposés au penchant qui m'entraîne ; Je veux essayer leur pouvoir. Je veux redemander Ismène à la Déesse, Heureux, si de ses mains je pouvais recevoir Ce qui doit venger ma tendresse !SCÈNE III. Diane, Endymion.
ENDYMION
Déesse, mon audace est peut-être trop grande, D'avoir le droit d'implorer vos bontés. Si je mérite peu ce que je vous demande, Les bienfaits des Divinités Ne peuvent être mérités.ENDYMION
Ismène a le bonheur d'être de votre Cour, Je ne sais cependant si son âme est contente ; Daignez souffrir son retour, Si j'obtiens qu'Elle y consente, Daignez la rendre à mon amour.SCÈNE IV.
DIANE
Où suis-je ? Endymion pour Ismène soupire, Et moi, je me livrais au charme qui m'attire. Déjà je trahissais le secret de mon feu. Après une faiblesse inutile et honteuse, Après avoir en vain commencé cet aveu, Quelle vengeance rigoureuse... Mais, quoi ? Ne dois-je pas me croire trop heureuse, Que l'Ingrat m'entende si peu ? En me causant une douleur extrême, Il met du moins ma gloire en sûreté : S'il ne m'eût soutenue, hélas ! contre lui-même, J'oubliais toute ma fierté. Mais qu'il ne pense pas que je lui rende Ismène : Qu'il n'attende pas mon secours, Pour former une indigne chaîne ; Je redeviens Diane, et veux l'être toujours, Je reprends ma première haine Pour tous les coeurs esclaves des Amours. Je vois le Dieu des Bois, faut-il que je l'entende ? Ma peine, ô Ciel ! N'est-elle pas assez grande ?SCÈNE V. Diane, Pan, Faunes, Sylvains et Dryades.
PAN
Déesse, souffrez qu'en ce jour Tous les demi-Dieux de ma Cour Se soumettent à votre Empire : Mes soins ne peuvent seuls suffire, A vous marquer tout mon amour. Que les Forêts, que les Monts applaudissent Au choix qu'a fait le Dieu des Monts et des Forêts ; Que les Antres les plus secrets, Sans cesse retentissent De Diane et de ses attraits ; Que tous les autres chants finissent. On ne doit célébrer qu'un Objet si charmant Dans tous les lieux où règne son Amant.LE CHOEUR
Que les Forêts, que les Monts applaudissent Au choix qu'a fait le Dieu des Monts et des Forêts ; Que les Antres les plus secrets, Sans cesse retentissent De Diane et de ses attraits ; Que tous les autres chants finissent. On ne doit célébrer qu'un objet si charmant Dans tous les lieux où règne son amant.Danse des Faunes.
UNE DRYADE
Dans nos forêts tout plaît, tout enchante, Souvent l'Amour Y conduit sa Cour ; De ses bienfaits la douceur constante, Loin des Amants, Bannit les tourments. Quand sous ses lois ce Dieu nous engage, Sans s'alarmer, Il suffit d'aimer. De ce Vainqueur l'aimable esclavage Nous offre des noeuds, Au gré de nos voeux. Que ses traits ont de charmes ! Qu'on lui rende les armes : Devrait-on seulement Perdre un moment. Dans nos Forêts tout plaît, tout enchante, Souvent l'Amour Y conduit sa Cour ; De ses bienfaits la douceur constante, Loin des Amants, Bannit les tourments. Quittez nos bois, Beautés inhumaines, Ne troublez pas d'heureux soupirs, Ici nos chaînes, Au lieu de peines, Ne présentent que des plaisirs. Douce Espérance, Tu prends naissance Presqu'aussitôt que les désirs. Dans nos Forêts tout plaît, tout enchante, Souvent l'Amour Y conduit sa Cour ; De ses bienfaits la douceur constante, Loin des Amants, Bannit les tourments.PAN
Régnez, régnez sur nous, adorable Immortelle, Faites-vous une Cour nouvelle ; Sur les Faunes, sur les Sylvains, Étendez désormais vos ordres souverains.LE CHOEUR
Régnez, régnez sur nous, adorable Immortelle, Faites-vous une Cour nouvelle ; Sur les Faunes, sur les Sylvains, Étendez désormais vos ordres souverains.On danse.
Une dryade, alternativement avec le Choeur.
LA DRYADE
Chantons dans ces Retraites : Échos de ces bois, Répondez à nos voix ; Du Dieu qui les a faites, Chantons mille fois, Les aimables Lois.LE CHOEUR
Chantons dans ces Retraites : Échos de ces bois, Répondez à nos voix ; Du Dieu qui les a faites, Chantons mille fois, Les aimables Lois.LA DRYADE
Regards, soupirs, silence, Tout parle d'amour, Tout l'exprime à son tour ; Jamais l'indifférence, Jamais le mépris N'en devient le prix.LE CHOEUR
Chantons dans ces Retraites : Échos de ces bois, Répondez à nos voix ; Du Dieu qui les a faites, Chantons mille fois, Les aimables Lois.LA DRYADE
Tout plaît, tout rit, tout charme, Les coeurs volent tous, Au devant de ses coups, Il règne dès qu'il s'arme ; Les moindres faveurs Sont des traits vainqueurs.SCÈNE VI. Pan, Faunes, Sylvains, Le Satyre.
PAN
Ai-je bien entendu cet orgueilleux langage ? Elle me brave impunément, Et je demeure ici frappé d'étonnement ! Non, ce n'est pas ainsi, Cruelle, qu'on m'outrage, N'attendez plus les respects d'un Amant, N'attendez que l'emportement D'un coeur qui se livre à la rage.ACTE IV
Le théâtre représente une forêt agréable.
SCÈNE PREMIÈRE.
ISMÈNE
Sombres Forêts qui charmez la Déesse, Doux asile où coulent mes jours, Plaisirs nouveaux qui vous offrez sans cesse, Pourquoi ne pouvez-vous surmonter ma tristesse ? Ah ! J'attendais de vous un plus puissant secours. Qui peut me rendre encor incertaine, inquiète ? J'aimais un Insensible ; et ce que j'ai quitté Ne doit pas être regretté : Cependant, sans savoir ce que mon coeur regrette, Je le sens toujours agité. Sombres Forêts qui charmez la Déesse, Doux asile où coulent mes jours, Plaisirs nouveaux qui vous offrez sans cesse, Pourquoi ne pouvez-vous surmonter ma tristesse ? Ah ! J'attendais de vous un plus puissant secours.SCÈNE II. Diane, Lycoris, Ismène.
DIANE
Ismène, parlez-moi sans feinte : Endymion vous redemande à moi ; D'une tendre douleur, j'ai vu son âme atteinte : Ismène, parlez-moi sans feinte : Voulez-vous renoncer à vivre sous ma loi ?DIANE
À son amour naissant il veut que je vous rende, Répondez, je vous le commande : À vivre sous ma loi, voulez-vous renoncer ?SCÈNE III. Diane, Lycoris.
LYCORIS
Ainsi, vous permettez qu'Ismène soit contente, Votre coeur à jamais reprend sa liberté ; J'ai vu par son amour ce grand coeur agité, Mais la gloire a vaincu, Diane est triomphante.ENSEMBLE
Qu'on est faible, quand on aime ; Qu'il est difficile, hélas ! De vaincre un amour extrême ! Après la victoire même On rend encor des combats.LYCORIS
C'est une peine affreuse De rendre une Rivale heureuse, C'est un effort cruel pour un coeur amoureux ; Mais lorsque la gloire est contente, Songez quelle douceur charmante Doit goûter un coeur généreux.DIANE
Endymion dans ces lieux va paraître, Mon dessein va s'exécuter. Je vais... mais, quoi ? Je sens mon coeur se révolter, Je sens ma faiblesse renaître ; Par de nouveaux efforts faut-il la surmonter ? Dans quel désordre je retombe ! Que je crains qu'à la fin ma raison ne succombe ! Cruel Amour ; es-tu content ? Seule je te bravais dans la Troupe céleste, Mais sur mon coeur enfin ton Empire s'étend : Tu vois ce coeur si fier, interdit et flottant ; Le peu de force qui me reste Peu me quitter en un instant ; Suis-je pour toi dans cet état funeste Un triomphe assez éclatant ? Cruel amour, es-tu content ?SCÈNE IV. Diane, Endymion.
ENDYMION
Jusque dans vos bontés, le destin m'est contraire, Que ne rejetiez-vous des voeux trop mal conçus.DIANE
Quelle plainte osez-vous me faire ? Quoi ? C'est ainsi que mes dons sont reçus ? Que devient dès ce jour cette flamme nouvelle, Qu'Ismène en vous fuyant a su vous inspirer ?ENDYMION
Hélas ! Pouvez-vous ignorer Que je suis sans amour pour elle ? Mon trouble, mes voeux incertains, Ces soupirs échappés, mes bizarres desseins, Tout ne vous dit-il pas qu'un autre amour m'enflamme ; Que j'ai voulu l'arracher de mon âme, Et que tous mes efforts sont vains ?DIANE
Vous voulez sortir d'esclavage, Suivez votre projet avec plus de courage. On ne surmonte pas d'abord Le doux penchant qui nous entraîne, Ce n'est pas un premier effort Qui brise une amoureuse chaîne.ENDYMION
Non, je veux conserver un malheureux amour ; Que vous importe-t-il que j'en perdre le jour ?DIANE
Je veux dans tous les coeurs, autant qu'il m'est possible, Établir la tranquillité ; Il n'est rien de plus doux pour une âme insensible, Que de voir en tous lieux régner la liberté.ENDYMION
Pourquoi, Déesse impitoyable, A combattre mes feux voulez-vous m'engager ? Je sais que je ne suis qu'un mortel, qu'un berger ; Mais lorsque j'ose aimer un Objet adorable, Du moins je ne suis pas coupable D'un téméraire aveu, qui devrait l'outrager. De mon crime secret la peine est assez grande, J'étouffe mes soupirs et mes gémissements ; Déesse, par pitié, laissez-moi mes tourments, C'est tout le prix que je demande.SCÈNE V. Diane, Endymion, Les Heures.
UNE DES HEURES, à Diane
Du grand Astre des jours la mourante lumière, Va dans quelques moments s'éteindre au fond des Mers ; Commencez votre carrière, Et consolez l'Univers.DANSE DES HEURES
Tandis que le char descend.CHOEUR DES HEURES
Répandez Répandez votre douce clarté Dissipez de la nuit l'obscurité profonde ; Vous devez la lumière au monde, Lorsque le Soleil l'a quitté.UNE DES HEURES
Quand la nuit dans les airs répand ses voiles sombres, Vous recommencez votre cours ; D'un seul de vos regards vous dissipez les ombres Qui favorisent les Amours.On danse.
SCÈNE VI.
ENDYMION
Elle part ! Et me laisse en ce lieu solitaire ! Elle ne daigne pas m'exprimer sa colère. Il lui suffit de me livrer Au désespoir mortel qui doit me déchirer. Fatal égarement, transport que je déteste, Tout est perdu pour moi, vous m'avez fait parler ; J'ai rendu criminel par un aveu funeste Le plus beau feu dont on puisse brûler. Cachons-nous pour jamais aux beaux yeux qui m'enchantent, Je faisais de les voir mon bonheur le plus doux ; Mais il redoubleraient les maux qui me tourmentent, Je verrais leur juste courroux. Allons finir nos jours dans d'éternelles larmes ; Déserts, qui pouvez seuls avoir pour moi des charmes, Ouvrez vos antres ténébreux, Pour recevoir un malheureux.ACTE V
Le théâtre représente un Antre du Mont Latmos, au fond duquel Endymion paraît endormi.
SCÈNE PREMIÈRE. Endymion endormi, troupe d'Amours.
TROUPE D'AMOURS
Prêtez votre secours à ce Berger aimable ; Dieu du Sommeil, rendez-lui le repos. Il cède au tourment qui l'accable ; Dieu du Sommeil, rendez-lui le repos, Un amant misérable A besoin de tous vos pavots.SCÈNE II.
DIANE
Puis-je encor me reconnaître ? L'Amour du haut des Cieux me force à disparaître ; Je refuse aux Mortels saisis d'un juste effroi, La lumière que je leur dois. Le Berger que renferme un Antre si sauvage, Par sa vive douleur a trop su m'alarmer. Nobles soins, que le sort ma donnés en partage, N'attendez rien de moi ; je ne sais plus qu'aimer. Je puis en liberté voir ici ce que j'aime, Le sommeil suspend son ennui. Ce temps m'est précieux, puisqu'il ne peut lui-même Savoir ce que je fais pour lui. Mais quoi ! Faut-il toujours soupirer et me taire ? Ses vertus, son respect sincère, Ses tourments, et tous mes combats, Pour me justifier ne suffiraient-ils pas ? Qu'il sorte d'un sommeil où sa douleur mortelle Peut-être encor agite ses esprits ; Qu'il sache.... Ô Ciel !... Quel dessein ai-je pris ? Non, reprenons mon cours, l'Univers me rappelle. Quel charme me retient ? Fuyons. Quoi ? Je ne puis ? Ah ! Fuyons ; je sens trop le péril où je suis ; Mais, hélas ! Qu'ai-je fait ?SCÈNE III. Diane, Endymion.
ENDYMION, qui s'éveille
Que vois-je ? Quoi, Déesse ? Vous venez pour punir un amour qui vous blesse ? Ah ! Mon trépas était certain ; Il fallait vous venger de ma coupable audace : Je tiendrai pour une grâce, Que de si justes coups partent de votre main.ENDYMION
Par ce discours obscur vous redoublez ma peine ? Je ne veux que mourir, et mourir à vos yeux.DIANE
Il faut, il faut enfin cesser d'être incertaine. Apprenez votre sort, je ne puis plus cacher Que mon superbe coeur soupire. Vos vertus m'avaient su toucher, Votre respect me contraint à le dire.ENDYMION
Déesse, est-il donc vrai ? Quelle ardeur... Quel hommage... Tout mon coeur... De mon trouble entendez le langage, Je ne suis pas digne d'un sort si doux, Si je ne meurs à vos genoux. Pardonnez aux soupirs qu'un Berger vous adresse, Du moins je ne sens point mon coeur se partager ; Ce sont vos charmes seuls qui savent m'engager ; Je ne vois point que vous êtes Déesse.DIANE
A vos seules vertus j'ai donné ma tendresse ; Je ne vois point que vous êtes Berger. Mon coeur se croyait invincible, Mais vous l'avez désarmé.SCÈNE IV. L'Amour, Diane, Endymion.
L'AMOUR
Antre disparaissez, fuyez, obscure nuit ; Que tout l'Univers soit instruit De ma plus brillante victoire.Le théâtre se change, et devient un Jardin délicieux.
SCÈNE V et DERNIÈRE. L'Amour, Diane, Endymion, Troupe d'Amours, de Jeux, et de Plaisirs.
L'AMOUR
L'Amour veut qu'en ces lieux tout conspire à leur plaire ; De ces tendres Amants favorisez les feux.DIANE
Dieu favorable, Dieu secourable, Dieu des Amants, Que tes biens sont charmants ! Ta douce flamme Bannit d'une âme Le souvenir de ses tourments. Si dans tes chaînes Il est des peines, Que de plaisirs Succèdent aux soupirs ! Douceur extrême, Bonheur suprême, Tu vas plus loin que mes désirs. Dieu favorable, Dieu secourable, Dieu des Amants, Que tes biens sont charmants ! Ta douce flamme Bannit d'une âme Le souvenir de ses tourments.774 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica