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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en un Acte en vers

La Fille de Molière

Édouard Fournier· créée en 1863· 744 vers· 6 personnages

Représentée, au second Théâtre-Français (Odéon), 15 janvier 1863, 241ème anniversaire de la naissance de Molière.

Personnages

  • CLAUDE DE MONTALANT, 40 ans. M. LUDOVIC
  • ÉTIENNE, SON FRERE, 25 ans. M. POREL
  • PROVENÇAL, autrefois valet chez Molière. M. ROMANVILLE
  • MADELEINE POQUELIN, fille de Molière. Melle ROSÉ
  • JEANNE POQUELIN, sa cousine. Melle DELAHAYE
  • LAFORÊT, autrefois servante chez Molière. Melle PICARD

LA FILLE DE MOLIÈRE

SCÈNE PREMIÈRE. Claude, Étienne.

ÉTIENNE, entrant, à Claude qui lit attentivement

Je gage que tu lis du Molière encore.

CLAUDE

Oui.

ÉTIENNE

Pourquoi ?

ÉTIENNE

Ah !

ÉTIENNE

Pourtant.

CLAUDE

Trop peu.

CLAUDE

Encore !

ÉTIENNE

Oui...

ÉTIENNE

Quoi ?

CLAUDE

Ah !...

ÉTIENNE

Quoi ?

CLAUDE

Va.

SCÈNE II. Claude seul, puis Provençal.

PROVENÇAL, entrant

Monsieur.

PROVENÇAL

Oui.

PROVENÇAL

Provençal.

CLAUDE

Où ?

PROVENÇAL, se carrant

Le ton ?

CLAUDE

Après ?

CLAUDE

Après ?

PROVENÇAL

Dans la finance.

PROVENÇAL

Oh !

PROVENÇAL

Trop !

CLAUDE

Docile.

CLAUDE

Non...

CLAUDE

Toi ?

PROVENÇAL

Molière.

PROVENÇAL

Vraiment !

PROVENÇAL

S'il s'agit de parler, Monsieur, je suis votre homme,

Faisant le signe de l'argent que l'on compte.

Et...

CLAUDE

Elle !

SCÈNE III. Les mêmes, Un Valet.

LE VALET, annonçant

Madame Laforêt.

PROVENÇAL

Vous !

SCÈNE IV. Provençal, puis Jeanne.

JEANNE, entrant vivement

N'êtes-vous pas d'ici ?

PROVENÇAL

Bien..

PROVENÇAL

Des sobriquets.

SCÈNE V. Jeanne, Madelaine.

JEANNE, à Madelaine qui est entrée depuis un instant et regarde par la fenêtre placée à droite

Que fais-tu dans ce coin, Et que regardes-tu ?

JEANNE

Encor !

JEANNE

Ah !

JEANNE

Cléonyme.

JEANNE

Ah !

JEANNE

Moi ?

MADELAINE

Toi !

JEANNE

Non !

JEANNE, à part

Imprudente !

JEANNE, embarrassée

Non !

MADELAINE

Chez les fous.

JEANNE

Ah !

JEANNE, de plus en plus embarrassée

Non...

JEANNE

Mal ?

JEANNE

Quoi !

MADELAINE

Certes.

SCÈNE VI. Les mêmes, Provençal.

MADELAINE

Bien !

PROVENÇAL, bas à Jeanne

Les billets sont remis.

JEANNE

Passe.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Provençal, Laforêt.

LAFORÊT, s'approchant, et lui frappant sur l'épaule

Quoi, déjà !

PROVENÇAL

Ah !

LAFORÊT

N'importe !

PROVENÇAL

Eh bien ! oui.

LAFORÊT

Madelon ?

LAFORÊT

Vrai !

PROVENÇAL, regardant par la porte de gauche, qui vient de s'ouvrir

Je l'aperçois qui vient, sa cousine avec elle.

PROVENÇAL

C'est...

PROVENÇAL

Quoi ?

LAFORÊT

Le tien !

Elle le prend.

PROVENÇAL, riant

Vous voulez...

SCÈNE IX. Les mêmes, Madelaine, Jeanne.

PROVENÇAL, à Laforêt

Silence !

JEANNE

Prêcheur.

LAFORÊT, à part

Bien !

JEANNE

Oui.

LAFORÊT, à part

Elle rit comme lui.

LAFORÊT

Oui !... C'est bien elle.

N'y tenant plus.

Enfant.

SCÈNE X. Madelaine, Laforêt.

MADELAINE

LAFORÊT

Toujours.

MADELAINE

Vraiment !

MADELAINE

Quoi ?

MADELAINE

Mais.

LAFORÊT

Il mourut à la peine. Ah ! quel malheureux jour ! Et dans une semaine Qui le rendit plus triste encor par sa gaieté. C'était en carnaval. Il s'était bien hâté, Pour terminer à temps sa grande comédie Du faux malade ; hélas ! Pris par la maladie, Oui, tout brisé lui-même, et souffrant à mourir, Il avait ri d'Argant, qui croit toujours souffrir. Il put jouer trois fois, puis fut sans force ; il ose Continuer pourtant, il joue à la nuit close, Le vendredi, je crois entendre un bruit de voix Dans le Palais-Royal sous les arbres, je vois Des torches s'avancer « Ce sont des masques ! » dis-je ; Mais bientôt j'ai vu mieux, j'ai peur, mon sang se fige, J'ai reconnu sa chaise et ses porteurs : « C'est lui, Qu'on rapporte mourant, peut-être mort ! » Oh ! oui, Je n'en puis plus douter, je cours. la triste escorte Était déjà rendue et frappait à la porte. J'ouvre, il me tend la main, et, pour me rassurer, Il tache de sourire en me voyant pleurer. On le monter me dit « Cherche un prêtre ! » Aux églises On ne répondit pas. Mais deux de ces soeurs grises, Qui viennent en carême à Paris pour quêter, Chez lui, dans ce temps-là, voulaient bien s'abriter ; Car si parfois encore on l'accusait au prône, On ne refusait pas son gîte ou son aumône. « Entrez, avait-il dit, mes soeurs, vous serez bien. Pour être du théâtre, on n'est pas un païen Claire votre patronne est celle de ma femme, Entrez, et si je meurs, vous prierez pour mon âme. » Ce fut trop vrai ! Les soeurs, qui pleuraient comme nous, Mains jointes près du lit se mirent à genoux, Lui murmurant les mots où Dieu parle ; Molière Retrouva de la voix pour dire sa prière, Puis il voulut vous voir en ce moment béni, Vous prit, vous embrassa, tomba... C'était fini !

LAFORÊT

Ah !

MADELAINE, voyant entrer Claude et Jejrnne

Viens, on pourrait voir que nous avons pleuré.

SCÈNE XI. Les mêmes, Claude, Jeanne.

Madeleine et Jeanne se sont retirées au fond, comme pour sortir.

JEANNE

Mais...

MADELAINE, prête à sortir, s'arrêtant et retenant Laforêt

Que dit-il ?

MADELAINE, à part

Je comprends.

MADELAINE

C'est cela.

JEANNE

C'était.

MADELAINE, à part

Qu'il est bon !

JEANNE

Vrai !

MADELAINE, à part

Ah !

JEANNE, à part

Tiens !

JEANNE, vivement

C'était...

CLAUDE

La curieuse

Avec un soupir.

Mais c'est fini.

MADELAINE, à part

Peut-être !

JEANNE

Ah !

JEANNE

De qui ?

LAFORÊT

Oui !

JEANNE

Mais...

JEANNE

Enfin.

CLAUDE

Laissons là cette enquête. Allez, Jeanne, et surtout ne soyez pas coquette.

Ils s'éloignent Jeanne par la porte de droite, Claude par la porte du fond.

SCÈNE XII. Madelaine, Laforêt.

LAFORÊT

Bien !

MADELAINE

Non.

LAFORÊT

Songez.

LAFORÊT

Cependant...

MADELAINE

Ah ! C'est...

MADELAINE

Oh ! Chut !

MADELAINE

Mais.

MADELAINE

N'y compte pas.

SCÈNE XIII. Les mêmes, Provençal, Jeanne.

MADELAINE, voyant Jeanne qui entre vivement

Tiens ! Jeanne est tout effarée !

JEANNE, à Provençal

Oui, c'est ta faute.

JEANNE

Trop bien.

JEANNE, apercevant sa cousine

Madelaine ! Sais-tu.

MADELAINE

Je sais tout.

MADELAINE, très vivement

Comment ?

JEANNE, effrayée, à Laforêt

Ah défendez moi bien, Madame.

LAFORÊT

Pauvre enfant

MADELAINE

Alors ?

MADELAINE

Et l'autre ?

JEANNE

Ah !

PROVENÇAL, à part

Que dit-elle ?

PROVENÇAL, à Madelaine

Ah ! Vous faites erreur.

MADELAINE

Moi ?

MADELAINE

Pourtant.

PROVENÇAL

Ils viennent.

LAFORÊT

Tenons-nous.

SCÈNE XIV. Les mêmes, Claude, Étienne.

CLAUDE, au fond du théâtre, bas, à Étienne

Ces lettres sont de Jeanne.

ÉTIENNE, montrant celle que tient Claude

Et de Madelaine.

CLAUDE, avec impatience

Ah !

ÉTIENNE, lui indiquant Jeanne, Madelaine et Laforêt qui parlent ensemble

Tiens ! Si j'ai tort, condamne, Mais écoute.

ÉTIENNE, à Claude

Tu vois !

JEANNE

Moi ?

ÉTIENNE, à part

Voyons.

ÉTIENNE vivement, lui prenant la main

Est-ce bien vrai ?

LAFORÊT, à Madelaine

Mais à vous maintenant

CLAUDE

Ah !

CLAUDE, se précipitant et lui prenant la main

En avez-vous douté ?

PROVENÇAL

Allons ! Tout marche au mieux l'affaire est bien ourdie, Et nous allons finir comme à la comédie.

Ourdir : Disposer, arranger les fils de la chaîne pour faire un tissu. [L]

PROVENÇAL, s'éventant

Ouf ! Que de mal ! Je crois Qu'un fila joliment l'intrigue. Cette fois, Mascarille a gagné mieux que des réprimandes.

Mascarille est un personnage des Précieuses ridicules.

LAFORÊT

Et moi ?

CLAUDE

Oui.

LAFORÊT

Malheureux.

744 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica