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Comédie en vers et en prose· Comédie en Deux Actes

La Colonie

Nicolas-Étienne Framery, Antonio Sacchini· créée en 1775· 2 actes· 374 vers· 4 personnages

Représentée pour la première fois par les Comédiens italiens le 16 août 1775.

Personnages

  • FONTALBE, Gouverneur de l'île M. Julien
  • BÉLINDE, Amante de Fontalbe, M'Colombe
  • MARINE, jeune Jardiniere Ma.demoif.le Fevre
  • BLAISE, Jardinier, Amant de Marine M. Narbonne
AVERTISSEMENT

On vend aux adresses ordinaires de Musique des Recueils des airs de la Colonie prix 2 livres 8 sols.

La Collection complète, 3 livres 12 sols.

Chaque air séparé sur le pied de 4 sols la feuille.

Par cet arrangement les acteurs de province et de société, avec la Pièce imprimée et les airs détachés de leur rôle l'auront tout gravé bien meilleur marché que s'ils le faisaient copier. On vend aussi la Pièce imprimée avec toute la musique.

AU LECTEUR

On a peu de chose à dire sur cette pièce. On se croit des droits légitimes sur l'indulgence du Public en faveur de la superbe Musique qu'on lui a fait entendre. Rien n'a jamais été donné avec moins de prétention que ce poème ; personne n'en a dit et n'en a pensé plus de mal que l'auteur mais s'il est permis de publier un ouvrage, malgré la faiblesse qu'on lui connaît, c'est dans ce cas ci, où la Musique devait dédommager de tout, devait imposer silence à tout Critique.

L'Auteur ne veut ni prendre sur lui seul ni charger l'auteur original de tous les défauts de cette Pièce. Obligé de conserver tous les morceaux de Musique il a dû s'attacher au même fonds de sujet et presque suivre la même marche, adopter les mêmes situations, puisque ces situations étaient exprimées en musique de là les vices de contexture, les entrées, les sorties mal motivées les langueurs de quelques scènes qui ne marchent pas assez vite vers l'action. Ces défauts font de l'original. On a récrit la pièce en entier, tous les défauts du dialogue appartiennent par conséquent au Traducteur.

Qu'on ne croie pas au reste qu'on veuille rejeter sur l'auteur inconnu de l'intermède Italien des fautes dont on est soi-même coupable. On ose dire au contraire qu'on a tant ajouté de motifs qui n'y étaient pas de liaisons qui manquaient, de vraisemblance, de bienséances, etc. qu'on en pourrait espérer le pardon du reste.

Veut-on avoir une idée du canevas Italien ? Il s'appelle l'Isola d'Amore (l'Île d'Amour.) la scène se passe aux Indes dans une île imaginaire. De jeunes Indiens qui prétendent au coeur de Marine ont dressé un arc de triomphe sous lequel elle doit passer. Le Gouverneur lui dit, sans lui en expliquer la raison que quand on arrive dans cette île, il faut se marier au bout de deux jours ou s'en aller. Ce Gouverneur est un étranger mais on ne fait ni d'où il est ni pourquoi il est dans cette île ni comment il en est le Gouverneur. Seulement il est amoureux de Marine arrivée depuis deux jours, et se trouve si honoré de ce qu'elle le choisit pour époux, qu'il renvoie les autres Indiens en les chargeant de railleries. Seul avec Marine il lui dit qu'il a autrefois aimé Bélinde, mais qu'elle lui est infidèle sans dire comment il l'a su. Marine à son tour, lui apprend qu'elle aimait Nardo un malheureux pêcheur qu'ils étaient dans leur petite barque, lorsque la tempête les a jetés sur ces côtes où elle suppose qu'il est péri. Il n'y a d'ailleurs aucune raison pour que le Gouverneur fasse un pareil choix. L'action marche comme dans la Colonie, avec un dialogue très différent, jusqu'à l'arrivée de Bélinde. Alors le théâtre change, elle parait disant qu'elle court après son amant. Loin d'être effrayée de la loi dont Nardo lui parle. Elle en fait des plaisanteries bien plates et lui propose néanmoins assez indécemment, de passer pour son mari. Même imbroglio que dans la Colonie, excepté que dans l'Isola d'Amore, le Gouverneur ne peut croire en aucune façon,que ce pêcheur, vêtu comme tel, fait le mari de Bélinde. Celle-ci fait des reproches à son Amant, sous le nom d'une amie, ce qui dure toute le pièce. Au second acte il y a une scène d'injures entre les deux femmes laquelle ne produit rien. Le Gouverneur qui a traité Bélinde d'une manière que des Français n'auraient jamais soufferte ne se doute seulement pas qu'elle puisse être innocente. Nardo vient lui dire qu'elle l'était, qu'il vient de la voir se jeter dans la mer, et lui apporte une lettre. Alors seulement, on apprend qu'un certain Leandre l'a perdue auprès de son amant. Vous croyez qu'il est au désespoir, il le dit d'abord ; mais il s'interrompt bientôt, pour faire une plaisanterie au pauvre Nardo. Il lui fait accroire qu'il va jouir des plus grands honneurs possibles. On va le mettre sur un beau bûcher, auprès du cadavre de sa femme (quoiqu'il sache bien maintenant qu'ils ne sont pas mariés) et l'on va les brûler tous deux. Quand ce persiflage a duré toute une ariette, le Gouverneur reprend son désespoir et court après Bélinde. Vient alors la scène qui a donné lieu à la dernière de la Colonie. En voici là traduction qui donnera une idée du style de la pièce originale.

NARDO. Hé bien Marine ; que t'est-il arrivé ?

MARINE. Comment ! rien du tout. Et toi que veux-tu ? qu'as-tu à dire ?

- N. Je dis que je donnerais un de mes yeux pour que Bélinde se retrouvât vivante.

- M. Et moi je les donnerais tous deux, pour que tu crevasses.

- N. La belle sentence !

- M. Pas tant que ton insolence.

- N. Et elle ne cède pas encore quelle obstination !

- M. (à part). Cependant je devrais le traiter un peu mieux. Qui fait... s'il arrivait...

- N. (aussi a part. ) Quittons cette orgueilleuse.

- M. Nardo écoute.

- N. Que veux-tu ?

- M. Je veux m'apaiser. Allons demande moi pardon.

- N. Comment me prends-tu pour une imbécile ? Te demander pardon plutôt à notre chat !

- M. Hé bien je m'en vas.

- N. Que m'importe ? Voici ton chemin. Je m'en vas par ici.

- M. Et moi par-là.

Ensuite le Duo qui ne contient que des railleries de la part de Nardo, et des injures de celle de Marine. Dans la première Ariette le Gouverneur prétend que l'arc de triomphe élevé pour y faire passer Marine, est le modèle de sa beauté. Cette comparaison excessivement Italienne aurait pu sembler étrange à nos Dames Françaises et n'aurait sûrement pas été de leur goût.

On sent combien il a fallu changer ce style et ce canevas combien de raisons, de motifs de vraisemblances il a fallu introduire et cela sans déranger la contexture sans toucher aux situations, ni même au fond de chaque scène qui amenait l'ariette. Si l'on prend garde que tout ce travail était indépendant de celui qu'il a fallu faire, pour mettre des paroles françaises sous la musique, de manière à conserver tous les tableaux et à ne point faire saigner les oreilles, peut-être loin de reprocher à l'Auteur ses irrégularités, lui faudra-t-on quelque gré de ses efforts qui ont servi à faire rendre en France à la musique du célèbre Sacchini, la justice qu'elle mérite.

ACTE PREMIER

Le Théâtre représente une avenue dans une forêt. Au bout de l'avenue un pavillon et la mer dans l'enfoncement.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. FontalbE, Marine.

MARINE

Bonjour, Monsieur le Gouverneur.

FONTALBE

Bonjour, ma belle enfant. Hé bien c'est aujourd'hui que vous allez faire un heureux.

MARINE

Est-ce qu'il y a déjà huit jours que je suis dans votre île.

FONTALBE

Oui le huitième jour expire. Il faut faire un choix ou partir.

MARINE

Partir ! Qué'que-vous voulez que je devienne ? Se marier du moins on fait à quoi s'en tenir.

FONTALBE

Par quel hasard êtes-vous abordée ici ? Car il ne m'a pas encore été possible de vous le demander.

MARINE

J'étais Jardinière en France. Notr' maître et notr' maîtresse avaient affaire en Martinique. Ils m'emmenèrent ; nous arrivons ; point du tout v'la qu'au retour comme on était devant vot'île, v'la un vent, une tempête, des éclairs, le tonnerre... V'la le vaisseau qui se fracasse contre les rochers, v'la que tout périt, et mon pauvre maître et ma pauvre maîtresse noyés au fond de la mer. Pour moi j'eus le bonheur de me sauver je ne fais comment, pleurant leux accident et surtout la mort de ce malheureux Blaise qui nous accompagnait.

FONTALBE

Quel était donc ce Blaise ?

MARINE

Ah ! Blaise ? C'était le Jardinier mais il est mort.

FONTALBE

Enfin ?

MARINE

Enfin après bien des peines, je suis parvenue à votre nouvelle ville. On m'a présentée à vous, parce qu'ous êtes le Gouverneur ; on m'a dit votre loi qui ordonne à toutes les jeunes filles qui arrivent de prendre un mari sous huitaine ou bien de s'en aller. Je voulais partir d'abord, mais à présent j'aime mieux rester.

FONTALBE

Qui peut donc suspendre si longtemps votre choix ? Est-ce le souvenir de Blaise ?

MARINE

Non ; mais mon choix aurait qu'à ne pas plaire à celui qu'il regarde.

FONTALBE

Vous êtes trop aimable pour craindre ce danger. D'ailleurs la loi vous soumet tous les jeunes gens de cette île. Avec quel plaisir je me suis mis moi-même sur les rangs !

MARINE (avec un air de confusion jusqu'à la fin de l'air.)

Vous, Monsieur_Fontalbe !

FONTALBE, vivement

Oui, belle Marine, je vous aime et vous pouvez d'un mot me rendre heureux.

MARINE ( toujours confufi. )

Hé bien, je vais donc vous dire... Ah ! Mais ne me regardez pas comme cela en face ; cela me rend toute confuse.

AIR.

Oui ma honte en est extrême, Mon virage est tout en feu, Ah détournez-vous un peu. Oui le seul objet que j'aime ? S'il veut bien m'aimer de même. C'est vous, vous-même, J'en fais l'aveu.

MARINE

Mais c'est une drôle de loi que la vôtre car enfin si on ne voulait pas prendre de femme ou de mari... Ah ! Vous me direz on a toujours besoin de ça.

FONTALBE

Pour bien comprendre cette loi, il faut que vous sachiez l'histoire de notre arrivée dans l'île. J'aimais Bélinde et je m'en croyais aimé. Une succession l'appelait à la Martinique ; j'armai trois frégates, et le conduisais avec deux de ses parentes. Une nuit l'infidèle disparut avec un de nos vaisseaux que commandait Dorval mon ami. Une lettre m'apprit qu'elle était mariée. Le lendemain ce malheur fut suivi d'un autre. Nous échouâmes contre cette île que nous trouvâmes belle et fertile. Ne pouvant en sortir nous résolûmes de l'habiter. J'étais Commandant_de_la_flotte, je fus Gouverneur_de_la_Colonie. Comme il n'y avait presque point de femmes parmi nous il fut résolu que toutes celles qui aborderaient auraient huit jours pour se choisir un mari parmi nos jeunes gens, car il faut songer à l'essentiel.

MARINE

Ah ! C'est naturel et bien pensé.

FONTALBE

Sinon, quelles s'en iraient dans une de nos petites barques ou il plairait aux vents et à la mer irritée de les conduire.

MARINE

Hé bien je parie qu'elles se marient toutes.

FONTALBE

Cela n'a pas encor manqué. Jusqu'ici toujours occupé du souvenir de Bélinde je me suis excepté du choix des nouvelles arrivées mais on murmurait de mon célibat ; je songeais à y renoncer ; je vous vis paraître et vous me déterminâtes.

MARINE

Vous êtes bien poli mais j'ai peur que c'te Mam'sel Bélinde...

FONTALBE

Je ne la verrai sans doute jamais, et tout entier à vous puis-je m'occuper d'une autre idée ?

MARINE

Mais vous n'êtes pas encor tout entier à moi.

SCÈNE III. Marine et ensuite Blaise.

MARINE

JE vais donc me marier aujourd'hui... à un Gouverneur cela est-il croyable. Qui m'aurait dit il y a six_semaines seulement dans six_semaines tu feras grande Dame, tu feras Princesse, quasi Reine. ... Bah ! J'aurais cru qu'on se serait moqué de moi. Ce pauvre Blaise s'il était ici... Oh ! Celui-ci vaut mieux. D'abord parce que c'est un Monsieur... et puis il est ben gracieux ben poli. Mais aussi je n'oserai pas le gronder le tarabuster comme Blaise car nous avions des querelles !... Ah ! Je l'aimais bien... mais il est mort, il n'y faut plus songer.

BLAISE (qui est entré sur la fin du monologue examinant avec étonnement tout ce qu'il voit.)

C'est une avenue... Voilà un pavillon... J'ons vu des maisons par là-bas. Allons faut espérer que je n'en mourrons pas et que je trouverons à qui parler. Mais v'la-t-il pas... Eh !... C'est.... c'est elle. C'est toi, ma chère Marine !

MARINE

Ah ! Ciel ! Ah ! Tu m'a fait une peur ! Eh ! Mais c'est toi, Blaise ! Eh ! Tu n'es donc pas mort ?

BLAISE

Moi mort ! Non pas que je sache. Je fis v'nu ici de rochers en rochers, et je ne me somm' pas sauvé tout seul, non. J'ons tiré avec moi eune malle toute pleine d'argent, de linge, d'habits galonnés, je vendrons tout ça dans le pays pis qu'il y a du monde, et s'il y fait bon, je nous y établirons... Mais dis moi donc, m'n'enfant, dis-moi comment t'es-tu sauvée ? Je t'ons bian crue au fin fond de la mer ; je t'ons bian pleurée. Mais que je t'embrasse ! Je sis si aise de te voir... et toi tu ne dis rien, est-ce la joie qui te rend muette ?

MARINE

Sûrement... Je m'attendais si peu...

À part.

Comment li conter tout ça.

BLAISE

Ça se peut bian, ça me fait ç't'effet la queuquefois. Par exemple, quand j'ons vu que les poisions ne me vouliont pas dans leux compagnie, j'étions là sur le rivage, tout ébahis, comme ça, ah !

MARINE, soupirant

Tu feras ben plus ébahi quand tu sauras tout.

BLAISE

Hé bien conte-moi donc vite conte, conte. Connais-tu déjà queuques-uns ici ?

MARINE, un petit air de vanité

Oui, je connais le Gouverneur, et d'un.

BLAISE

C'est bon ça. Hé bien, faut li dire qu'il me fasse son jardinier et tu seras sa jardinière.

MARINE, un peu de fierté

Sa jardinière dea ! Oh ! Je ferai mieux que ça.

BLAISE

Hé ben, qu'il te fasse sa cuisinière, sa dame d'honneur qu'il te fasse tout ce qu'il voudra, pourvu qu'il nous marie.

MARINE, avec embarras

Qu'il nous marie... mais... il se marie aussi, lui !

BLAISE

Tant mieux. J'irons la noce, j'y danserons ensemble. Ne feras-tu pas ben aise d'y venir ?

MARINE, toujours un peu de vanité au travers de son embarras

Vraiment, il faudra bien que j'y aille. Mais c'est que tu ne fais pas qui il épouse.

BLAISE

Ma foi non ; ça m'est égal tout comme à toi.

MARINE

Ça t'est.. ça t'est égal... c'est que...

Avec impatience.

C'est que tu es venu bien tard aussi.

BLAISE

Comment ben tard ! Depis huit jours que j'ons fait naufrage, j'ons fait bien des pas. Ce sont des chemins de diable quand on ne connaît pas sa route. Je me sis pardu pus de cent fois ; mais je te trouve et je sis content queuque nous fait le reste ?

MARINE

Ça fait c'est que... Il y a une loi ici que tu ne fais pas.

BLAISE, avec impatience

C'est que, c'est que, hé ben queu loi ? V'la un_quart d'heure que t'as l'air embarrassé, que tu ne sais que dire. Explique-toi donc.

MARINE

Faut ben que j'm'explique, tu le saurais toujours. Les filles qui arriv'ici font obligées de prendre un mari... C'est pas ma faute... Je voulais putôt mourir, on ne l'a pas voulu ; je voulais m'en aller, on ne l'a pas voulu et puis dans une petite barque grande comme la main.

Elle en indique une qui est sur le rivage.

Là-dessus le Gouverneur est venu, il m'a fait bien des politesses il m'a dit qu'il m'aimait m'a priée de le choisir...

BLAISE

Hé bien, hé bien...

MARINE

Dame, je t'ai cru mort, noyé, mangé des loups, je ne sais quoi, et...

BLAISE

Et tu l'as choisi !

MARINE, vivement et comme soulagée de son embarras

Oui tiens, il m'attend, je m'en vais le trouver.

BLAISE, l'arrêtant

Attends, attends, scélérate, infidèle !

SCÈNE IV.

BLAISE, seul

Hé mais... Je n'en reviens pas !... La scélérate !... Oh je vas trouver le Gouverneur, je vas crier, je vas....

S'arrêtant.

Oui pour qu'il me renvoie avec la petite çaramonie...

Faisant le geste de donner des coups de bâton.

Morgué !... Mais après tout, je sommes ben sot.

AIR.

N'est-ce point une folie, Quand l'ingrate ainsi m'oublie, De gémir, de m'affliger ? Il est vrai mais la coquine, Si je vois encor sa mine Le pourrai-je sans enrager ? Pauvre Blaise, enrage, enrage. Mais n'est-il pas cent fois plus sage De montrer un plus grand courage ? Qu'un nouvel objet nous engage, A mon tour devenons volage Et brisons nos premiers noeuds. Vengeons-nous de ces nouveaux feux. Oui sans doute, ô bonne cervelle ! Punissons cette infidèle J'étais bête d'y songer, Je fais bien de m'en venger.

À Paris le fond du Théâtre est occupé par une montagne d'où descend Bélinde et Blaise dit : que j'aperçois là-haut.

Mais quelle est cette belle Dame que j'aperçois dans le bois ? Je crois la reconnaître... Oui je l'ons vue dans notre vaisseau... C'était elle qui était toujours si triste qui avait eune tante. Elle eSt morgué gentille. Pardi laissons-la venir, faut voir... Ah ! Si ce n'était pas eune si grande Dame !...

Il s'éloigne.

SCÈNE V. Bélinde et ensuite Blaise.

BLAISE, s'approchant avec timidité

Madame j'ons l'honneur.

BÉLINDE, avec effroi

Que voulez-vous ?

Se rassurant.

Ah ! Je crois vous avoir vu... N'est-ce pas vous ?...

BLAISE

Oui Madame, c'est Blaise qui a fait le passage avec vous, qui a eu l'honneur de vous rendre de petits services, et tout disposé à vous servir encore.

BÉLINDE

Blaise j'accepte vos offres avec bien de la joie. Dans un pays inconnu, sans guide, sans secours, que deviendrais-je si vous m'abandonniez ?

BLAISE

N'ayez pas peur. Madame est toute fine seule apparemment ?

BÉLINDE

Hélas oui ; j'ai perdu dans le naufrage les deux parentes qui m'accompagnaient. Mais commencez par me dire où je suis quel est ce pays ? Quel est le peuple qui l'habite ?

BLAISE

J'arrivons comme vous mais j'ons déjà eu le temps d'apprendre que ma maîtresse, eune coquine dont je voulions faire ma femme, va m'être enlevée par le Gouverneur.

BÉLINDE

Enlevée ! Est-ce que ces gens sont des pirates ?

BLAISE

Ça Se pourrait bien. Tant y a qu'il l'épouse. Ah ! C'est qu'il y a eune loi ici.

BÉLINDE

Quelle est-elle ?

BLAISE

Ah eune loi indigne. C'est... ( mais ça ne vous fera peut-être rien à vous. ) C'est que toutes les filles qui arrivent dans l'île sont obligées d'y prendre un mari sous huitaine ou de s'en aller.

BÉLINDE

Que m'importe !

BLAISE

Oh je l'ai ben dit.

BÉLINDE

Je n'ai pas envie de rester plus de huit jours et je partirai.

BLAISE

Ah ! C'est eune aut'affaire. Mais voyez-vous çte petite nacelle qu'est là sur le rivage ? C'est là-dedans qu'on s'en va. Ainsi à la première bourrasque votre serviteur.

BÉLINDE

Tout est contre moi !... Je partirai, je mourrai, que m'importe ?

BLAISE

Mourir ! Ça ne sart de rien. Je songe à un moyen... T'nez ayez confiance en moi. Je somm' un bon vivant ; commencez par me dire le sujet de votre voyage.

BÉLINDE

Hélas ! Je n'ai pas d'intérêt à vous le cacher. L'année dernière j'allais en Amérique dans un vaisseau dont le Commandant était prêt de m'épouser. Nous fûmes séparés par, la trahison la plus atroce. Dorval son ami intime vint une nuit sous un faux prétexte et nous persuada de passer dans un autre vaisseau qu'il commandait. J'aperçus bientôt que j'étais trahie. Je fus vengée par le ciel. Dorval tomba dans la mer comme il était sur le tillac. Le vaisseau reprit alors la route de l'Amérique qu'il avait quittée, mais je n'y trouvai point Fontalbe. Sans doute il me croit infidèle. Peut-être a-t-il échoué comme moi dans cette île ; s'il est sauvé, c'est mon espoir, ses soupçons ne tiendront pas contre mes larmes.

BLAISE

Oh ! Pardi quand eune femme pleure al'fait de nous ce qu'all'veut.

BÉLINDE

S'il est ici, sans doute il est connu du Gouverneur ; allez le prévenir de mon arrivée... Mais cette loi, comment l'éviter ?

BLAISE

C'est à quoi j'en voulais venir. Faites semblant d'être mariée avec moi. La loi ne vous regardera plus et vous pourrez rester ici tant que vous voudrez.

BÉLINDE

Je compte sur votre honnêteté Blaise, et je me fie vous. Vous contentez donc à faire tout ce que je vous demanderai.

BLAISE

Tout comme si j'étions vot'mari véritable et pour qu'on le croie mieux, je vas mettre un bel habit qu'était dans eune valise que j'ons sauvée avec nous. Je nous requinquerons dans not'langage on le croira de reste, allez laissez faire. Je serions pas le premier benêt qui aurait épousé une si belle femme.

AIR :

Être aux ordres de Madame, Sera ma plus douce loi. Un mari près de Sa femme Serait moins humble que moi.

À part.

D'être unis ayons la mine, Pour faire enrager Marine D'avoir méprisé ma foi.

Haut.

Un mari près de sa femme Serait moins soumis que moi.

À part en sortant.

Elle enragera dans l'âme D'avoir méprisé ma foi.

SCÈNE VI. Bélinde ensuite Fontalbe.

BÉLINDE

Le ciel se lassera-t-il de me persécuter ? J'ai perdu mes parents, ma fortune, toute ressource. J'ai perdu mon amant qui m'aurait tenu lieu de tout. Mais que vois-je serait-il possible ! Mes yeux me trompent-ils ?.. Ah ! Non j'en crois mon coeur. C'est lui...

FONTALBE, à part

Ciel ! Bélinde en ces lieux ! Elle ne m'y attendait pas l'infidèle ! Feignons de ne la pas connaître.

BÉLINDE, à part

Dieux quelle froideur ! Il m'a vue et n'a pas volé dans mes bras !...

Haut.

Monsieur, je suis.

À part.

Je ne puis parler.

FONTALBE

À part.

Quelle fausseté !

Haut.

Madame que désirez-vous de moi ?

BÉLINDE

Daignez me venger d'un ingrat qui sur un simple soupçon sans daigner m'entendre m'abandonne, me méprise...

FONTALBE

Madame s'il est vrai qu'on vous outrage injustement, comme je fuis Gouverneur de cette île...

BÉLINDE, avec surprise et douleur

Vous êtes...

FONTALBE

Gouverneur de l'île.

BÉLINDE

Ciel ! Et vous vous mariez aujourd'hui. Ah Fontalbe, il est donc vrai que tu m'abandonnes.

FONTALBE

Qu'osez-vous dire infidèle ? Venez-vous ici me braver ? Venez-vous avec votre époux ?...

BÉLINDE

Mon époux ! Hélas ! Un seul homme au monde pouvait l'être, mais cet homme est un barbare...

FONTALBE

Hésitant.

Vous n'êtes point mariée !...

À part.

Cette lettre, sa fuite....

Haut.

N'espérez pas me tromper. Vous êtes infidèle j'en ai des preuves certaines : je ne dois plus m'exposer à vous voir et je vais tout ordonner pour votre départ.

FONTALBE, la serrant dans ses bras

Bélinde ! Rassurez vos sens je vous écoute. Serait-il bien possible que tu ne fusses pas...

BÉLINDE

Mais qui t'a dit cette imposture ? Un autre que Fontalbe ! Peux-tu le penser ?

SCÈNE VII. Fontalbe, Bélinde, Blaise, en habit galonné et tout l'air d'un marin.

BLAISE, accourant

Ma chère femme, je n'ons pas trouvé...

FONTALBE

Sa femme !

BÉLINDE

Ô ciel ! Dans quel moment !...

Elle lui fait des signes.

BLAISE

À part.

C'est apparemment le Gouverneur, appuyons.

Haut.

Non, ma chère femme : et je te dirai, ma chère femme... Monsieur_le_Gouverneur, si c'est vous, je vous présentons ma femme.

Bas à Bélinde.

Oh ! J'entends bien vos signes.

FONTALBE

Malheureux !

BÉLINDE

Ne croyez pas... Un moment de grâce.

FONTALBE

Infidèle puis-je encor vous entendre ?...

Il sort furieux.

BÉLINDE, voulant l'arrêter et retombant dans les bras de Blaise

Fontalbe !

BLAISE

Heben, heben, v'la qu'a se trouve mal à présent. Qu'est-ce donc que tout ça vent dire ? Portons là dans ce pavillon. Aurez-vous ben la force d'aller jusque-là ?

Il l'entraîne dans le pavillon.

SCÈNE VIII. Marine, ensuite Blaise

MARINE

Monsieur Fontalbe ! Monsieur le Gouverneur ! Où est-il donc ? Je le cherche partout. Un jour de noce ! Qu'il ne devrait pas me quitter... Je ne sais pas, mais je commence à craindre.

QUARTETTO.

Tout succède à ma tendresse, Tout m'invite à l'allégresse ; Pourquoi donc cette tristesse Dont je ne fuis pas maîtresse Trouble-t-elle ainsi mon coeur, Quand je suis près du bonheur ?

SCÈNE IX. Fontalbe, Marine, ensuite Bélinde.

BÉLINDE, fort du pavillon et paraît tout-à-coup au milieu d'eux en les séparant

Arrête coeur infidèle ! Du ciel crains le courroux.

SCÈNE X. Les mêmesn Blaise, qui sejl approché au commencement du dernier morceau de Bélinde.

BLAISE

Trop facile et trop fidèle J'eus le diable au corps pour elle. Mais c'est une péronnelle Et je veux la laisser là.

Péronnelle : Terme de dénigrement. Jeune femme sotte et babillarde. [L]

BÉLINDE

Écoutez...

[ENSEMBLE]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Fontalbe, Marine.

Le Pavillon du fond est ouvert, et parait destiné à célébrer les noces de Fontalbe. On y voit en étalage une grande parure pour Marine.

FONTALBE

Quoi, cet homme dont l'air est grossier, quoiqu'il soit assez richement mis c'est Blaise, ce jardinier que vous aviez pour amant !

MARINE

Lui-même. Mais qu'est-ce que ça nous fait ? Nous parlions de notre mariage.

FONTALBE

J'y songe ; mais il appelle Bélinde sa femme.

MARINE

Je n'y conçois rien. Mais encore une fois qu'est-ce que ça nous fait ? Êtes-vous jaloux de lui ? Tenez m'est avis que vous ne m'aimez plus du tout.

FONTALBE, assez froidement

C'est m'outrager, chère Marine.

MARINE

Non cette Demoiselle qui est venue là, que vous aimiez avant moi, malgré son infidélité, vous trotte toujours par la tête.

FONTALBE, plus tendrement

Rassure-toi chère Marine ; je n'y songe plus. Je ne veux aimer que toi. Quelles preuves en veux-tu ?

MARINE

Mais... les plus fortes.

MARINE

Si vous pensez tout ce que vous dites ça me rassure un petit brin. Mais je ne serai bien tranquille, que quand nous serons mariés tout-à-fait, tout-à-fait.

FONTALBE

J'en vais hâter le moment : je te rejoins pour ne te plus quitter.

SCÈNE II. Marine et ensuite Blaise.

MARINE

Oh ! Il m'aime ! Il m'épousera. J'en ferai charmée quand ce ne serait que pour faire enrager ce brutal de Blaise qui n'a tant seulement pas pleuré ma perte. Oh ! Je ne lui pardonnerai jamais ça. Le voici comme je vais le traiter !

Elle se retire au fond pour examiner ses parures.

BLAISE

À part.

Ouf ! Je ne la voyons jamais sans un certain je ne sais quoi, tout comme du temps que je nous aimions. Oh ! Ça se passera.

MARINE

C'est assez drôle... Et puis des diamants ! Oui ça m'ira fort bien.

BLAISE

Diable voilà qu'est beau. Ce font les présents de noce ?

MARINE, d'un ton précieux et affecté

Ah ! Bonjour, mon ami. Vous trouver ça beau ?

BLAISE, à part

Mon ami ! Ça prend déjà des tons.

MARINE

Ah ! À propos, dites-moi donc, depuis quand est-ce que vous êtes mariés ?

BLAISE

Queuque ça vous fait ?

MARINE

Ah ! Rien du tout... Votre femme n'est pas trop jolie mais c'est encor trop bon.

BLAISE, à part

Elle est ma foi charmante, jusque dans son impertinence.

MARINE

Hein ! Que dites-vous là ?

BLAISE

Je dis que je partons ce soir, et que je vians vous dire adieu.

MARINE

Vous partez ! C'est fort bien fait. Adieu, mon ami ! Je suis ben aise de vous avoir vu. Mais vous ne partez que ce soir, c'est bon. Je vous enverrai par mes gens un petit cadeau, pour que vous vous souveniez de moi.

BLAISE, n'y pouvant plus tenir

Un petit cadeau !... Tien[s]... Madame point de ces tons-là ; vous vous valiez mieux... Quand tu n'étais qu'une petite paysanne. Ton mariage n'est pas si sûr que tu crois. Si nos deux amants brouillés veniont à le raccommoder...

SCÈNE III. Bélinde, Marine, Blaise.

BÉLINDE

Blaise, j'ai un mot à vous dire.

MARINE

Blaise, votre chère femme vous appelle, je vous laisse ensemble.

SCÈNE IV. Bélinde, Blaise.

BLAISE

Bon. Laissez-là dire espérez toujours. Ils ne sont pas encore mariés.

BÉLINDE

Non, Blaise je n'espère plus. J'ai vu tous les préparatifs de cette union ; dans une heure... Mais je ne l'attendrai pas. Écoute. C'est toi qui m'as perdue. Mais ce n'est pas ta faute. Depuis ce moment le cruel ne veut plus m'entendre mais je ne mourrai point sans être justifiée.

BLAISE, alarmé

Comment, comment ! Il ne faut pas mourir.

BÉLINDE

Prends ce billet...

BLAISE

Ah ! Madame, je ne souffrirons pas.

BÉLINDE

Écoute-moi, te dis-je, sans m'interrompre. Tu vois cette petite barque sur le rivage ; je vais m'y confier au gré des flots. Ils ne seront peut être pas plus cruels que mon amant. Prends ce billet porte-le à Fontalbe. Il y verra mon innocence. Je ne pourrai plus être à lui, mais il l'aura du moins que je méritais son coeur.

BLAISE, très attendri

Non, tenez ; si vous voulez partir absolument. Attendez-moi ici ; je nous embarquerons ensemble.

BÉLINDE

Non Blaise ; j'en ai plus besoin de tes services. Je puis risquer ma vie qui m'est odieuse ; je ne dois pas souffrir que tu exposes la tienne. Laisse-moi ; va promptement ; c'est le dernier service que tu pourra me rendre.

BLAISE, à part en sortant

Oh ! Il faut empêcher... Il ne faut pas qu'alle meure.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. FONTALBE enfuite MARINE.

FONTALBE, d'abord seul et rêvant

Cet homme qui se dit le mari de Bélinde est Blaise un jardinier ! Il est clair que ce mariage n'est qu'une feinte. Oui je l'ai traitée avec trop de rigueur ; je devais au moins l'entendre.

MARINE

Me voila, hé bien tout est-il prêt ? Ne me ferez-vous plus attendre ?

FONTALBE, assez froidement

Non, Marine tout est prêt... Mais je voudrais avoir ou est Bélinde.

MARINE

Comment Bélinde, et que vous importe ?

FONTALBE

C'est que je vois que sa présence vous inquiète, et je voudrais la faire partir sur le champ.

MARINE

À la bonne heure. Tenez voici quelqu'un qui vous en dira des nouvelles.

À Blaise qui arrive.

Où avez vous donc laissé cette belle Dame ?

SCÈNE VII. Les Précédents, Blaise.

BLAISE, tristement

Qui ? Bélinde ? Ah ! Je la crois bien loin à présent.

FONTALBE

Comment, bien loin ! Où donc ?

BLAISE

Où ? Parguenne, au fond de la mer, peut-être.

FONTALBE

Au fond de la mer ! Elle s'est jetée ?

BLAISE

Non ; v'la comment ça s'est fait. All'a dit qu'all'vous aimait trop pour vous voir à eune autre, et qu'alle aimait mieux s'en aller. Pour ça, elle avait arrêté eune de vos petites barques. J'ons voulu à toutes forces, l'en empêcher ; al'ne m'a pas écouté. J'ons couru à la ville pour vous le dire vous n'y étiais pas. Pendant ce temps-là, il a fait un coup de vent terrible ; et en revenant, j'ons regardé de dessus ce rocher, et j'ons vu la petite nacelle sens dessus dessous, au milieu de la mer.

FONTALBE, qui a écouté ce récit avec intérêt

Mais il fallait du moins... Ô Dieux !

BLAISE

Au reste, all' s'y attendait. Al'm'avait chargé de vous dire qu'alle était toujours fidèle et pour preuve, al'vous envoyait ce papier.

FONTALBE, voyant le seing

Dorval ! Mon ami c'est en effet son écriture. Voyons.

Il lit.

« Je n'ose m'expliquer moi-même charmante Bélinde, et je vous écris. Pardonnez à mon amour, une trahison qu'il m'a suggérée. C'était renoncer à mon bonheur que de vous laisser au pouvoir de Fontalbe. Il vous croit infidèle et vous êtes à moi voilà mon crime. La passion la plus violente en fera-t-elle l'excuse ! De quel oeil verrez-vous le malheureux Dorval ? » Le monstre ! Bélinde est innocente, ô ciel ! Et j'ai causé sa mort !... Gardes, Matelots, Habitants ! Que tout se rassemble à ma voix. Courez, cherchez Bélinde, je ne puis vivre sans elle. Si je ne la retrouve, je m'en prends à toute la nature, à toi traître.

vers Blaise.

L'intérêt croît dans la manière de lire à mesure qu'il s'assure de la fidélité de Bélinde.

BLAISE

Moi, Monseigneur !

FONTALBE

Oui tu es la cause de mon malheur. Si Bélinde m'est ravie si Fontalbe ne peut réparer son injustice, n'attends ici que la mort la plus affreuse.

Il sort.

BLAISE, à genoux pleurant

Mais Monseigneur est-ce ma faute ? Marine, prie pour moi.

MARINE

Mais,Monseigneur notre mariage ?...

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Fontalbe et ensuite Bélinde, Blaise, Matelots, Gardes.

FONTALBE

Je fus cruel.

BÉLINDE

Ah ! J'ai peine à soutenir l'excès de ma joie.

FONTALBE

Viens te reposer dans ce pavillon... Ce jour est le plus beau de ma vie.

BLAISE, resté seul

Bon !... V'la qu'est donc raccommodé ! Ah ! Ma pauvre Marine, je te tenons ! Je te ferons enrager à mon tour. La voici gardons not'fier, jusqu'à ce que je n'y puissions plus tenir.

SCÈNE X. Marine, Blaise.

MARINE, qui a vu Fontalbe et Bélinde dans le pavillon

Il l'a donc retrouvée !... Et v'la mon règne fini... Revenir à Blaise, et surtout revenir la première c'est dur.

BLAISE, à part

Al'se consulte.

MARINE, d'un ton sort radouci

Ah ! Blaise, te voilà !

BLAISE, avec ironie

Oui, Madame, prêt à recevoir vos ordres.

MARINE, à part

Il se moque de moi, il me rend le change.

BLAISE, l'ironie la plus marquée

Qu'est-ce que Madame désire ? M'apporte-t-elle le petit cadeau qu'elle m'avait promis.

MARINE, avec un soupir et d'un ton fort doux

Non.

BLAISE, toujours ironiquement

Madame veut-elle que j'aille avertir Monseigneur Fontalbe, son futur époux ?

MARINE

Fontalbe ! Je ne me soucie guère de lui. Je l'épousais parce qu'il m'y forçait, par la circonstance, la loi ; mais je ne l'aimais pas.

BLAISE

Cependant, Madame l'avait choisi sur tous les autres.

MARINE

Vraiment oui. Il est Monsieur_le_Gouverneur, on est ben aise d'être Madame_la_Gouverneuse... Mais le coeur... Ah ! Quand le coeur s'est donné une fois.

BLAISE, d'un air de raillerie chargée

He ben, le coeur, qu'est-ce qu'il deviant ?

MARINE

La vanité ne vaut pas l'amour ; il en revient toujours à son premier choix.

BLAISE, à part

La bonne friponne !

MARINE, à part

Je crois que ça le touche.

BLAISE

Mais oui, ça se voit queuquefois. Par exemple, Fontalbe et Bélinde s'aimant mieux que jamais à présent.

MARINE

Ah !... Et comment l'a-t-il donc retrouvée ? Ce coup de vent.

BLAISE

C'est jugement ça qui nous l'a rendue. Ce coup_de_vent a détaché la nacelle au moment qu'alle allait s'y mettre, et Bélinde est restée sur le rivage où on l'a trouvée.

MARINE

Je fuis fort aise qu'ils se raccommodent... C'est un grand plaisir de se raccommoder !

Sans le regarder.

DUETTO.

Je n'ai pas une âme méchante ; Que l'on m'aime, qu'on se repente Je suis bonne je suis confiante ; Toi tu n'es qu'un amant trompeur.

BLAISE, d'un air ironique

Est-ce moi ?

MARINE, avec joie

Est-ce moi ?

SCÈNE XI.

MARINE, seule

Fort ben ! V'la deux amants de perdus en un jour !...

Vivement.

Avec tout ça je ne veux pourtant pas rester fille.

QUARTETTO FINALE.

D'une chimère vaine, J'ai perdu tout espoir. Quels maux l'amour l'entraîne ! Vers Blaise il me ramène, Encor trop incertaine S'il veut me recevoir.

SCÈNE XII. Fontalbe, Bélinde, Marine.

FONTALBE

C'est toi !

FONTALBE

Je t'aime.

SCÈNE XIII. Blaise, les précédents.

374 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica