Parodie en vers et en prose
L'Enfer Galant
Personnages
- DIANE
- PLUTON
- ENDYMION
- VÉNUS
- MELPOMÈNE
- HÉBÉ
- BACCHUS
- APOLLON
- MARS
- PAN
L'ENFER GALANT
SCÈNE I. Bacchus, Pan.
PAN, à part
Que vois-je ?
AIR : Toujours que si du Nouveau monde.
C'est le charmant dieu du raisin, Il paraît en pointe de vinHaut.
Fils de Sémélé, quelle affaire Vous conduit sur le mont Latmos ? Sous cet ombrage solitaire Venez-vous chercher le repos ?BACCHUS
Quoi, le dieu Pan ! Le dieu des forêts ne sait pas ce qui se passe ici dans le sein de son empire ?
PAN
C'est que depuis un mois ou deux je me trouve souvent à Paris.
BACCHUS
Quoi ! Vous ignorez encore que Pluton est amoureux dans ces bois ?
PAN
Pluton amoureux ! Cela ne lui sied pas, il ferait bien mieux d'aller chercher l'Indifférence à l'Opéra !
BACCHUS
AIR : sur Radegonde
L'Indifférence ! Eh ! Que fait-elle là ? Mon cher, je pense, Vous inventez cela ! Que venez-vous conter ? Qui diantre songera. Avec tant de prudence De mettre à l'Opéra L'Indifférence ?PAN
Eh ! Quelle est, s'il vous plaît, l'enchanteresse qui a métamorphosé Pluton si prodigieusement ?
BACCHUS
Vous ne le devineriez jamais : c'est la régulière Diane.
PAN
Comment le savez-vous ?
BACCHUS ;
La découverte de ce secret ne nous a pas beaucoup coûté : un faune curieux l'a surpris en rodant sous cet ombrage, ce faune l'a dit à Cérès, la maman Cérès n'a pas manqué de le rapporter à sa fille Proserpine qui a eu la discrétion de ne s'en plaindre qu'à Mercure dans le temps qu'il conduisait la dernière caravane des trépassés et Mercure à son retour n'en a fait confidence qu'à tous les dieux.
PAN
Cette nouvelle n'a pas dû les ennuyer, Pluton amoureux ! Je n'en reviens pas.
PAN
J'approuve vos bonnes intentions.
BACCHUS
Et pour les bien remplir presque tous les dieux se sont donné aujourd'hui un rendez-vous général sur le Mont Latmos ; nous savons que Pluton doit y chercher Diane, nous avons formé le dessein de les surprendre et de les régaler d'une espèce de charivari.
Mont Latmos : Montagne d'Asie Mineure, sur les confins de l'Ionie et de la Carie, près de la côte. Etait célèbre dans la mythologie par le visites que Diane venait y faire au berger Endymion. [B]
PAN
AIR : Mon mari est à la taverne.
Vous vous arrangez à miracle, On ne peut pas vous critiquer ! Oh ! j'en jouirai ! L'Enfer galant est un spectacle Que je ne prétends pas manquer ! Comme les autres j'en veux rire Ta la lerita la retita la lerire.BACCHUS
Ce C'en n'est pas trop à vous d'en rire, Ta la lerita la retita la lerireAIR : Par bonheur ou par malheur.
Dans le faubourg Saint-Germain Sur le théâtre romain Vous avez certaine intrigue ;BACCHUS
Oui, mais solidairement.PAN
AIR : Landeriri.
Oh ! Que vous êtes pointilleux !Est-ce que je n'ai pas de la voix ? Est-ce que Doris ne chante pas joliment ?
BACCHUS
Ma foi sans L'Avare amoureux. Landeritte Pan vous auriez en vérité Bien déchanté.Avare amoureux (l') : Comédie en un acte et en prose de Jean du Mas d'Aigueberre (1692,1755), représentée pour le première fois le 6 juillet 1729 au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain. Fait partie de Trois spectacles avec "Polyxène" et "Pan et Doris".
PAN
Vous ne vous connaissez pas qu'en gosiers de buveurs. Adieu, je vais chercher Doris, je veux qu'elle ait sa part dans la fête d'aujourd'hui.
SCÈNE II.
BACCHUS, seul
Ceci ne commence pas mal ; Pan se mêle de vouloir faire le goguenard
AIR : j'ai fait à ma maîtresse
On peut juger du reste Par cet échantillon. Je prévois, malepeste, Qu'il viendra sur ce mont Bien des dieux sans cervelle, Et de qui sans façon On peut dire la pelle Se moque du fourgon.Exemplum ut talpa, j'aperçois la Muse de la tragédie.
Exemplum ut talpa : Citation de dictionnaire latin : Par exemple comme la taupe pour signifier qu'on prend un exemple parmi d'autres. Voir aussi La Fontaine Fable XUII, 1.
SCÈNE III. Bacchus, Melpomène.
BACCHUS
Eh bien ! Grave Melpomène, vous venez donc en cothurne à une partie bouffonne ? Mais...
AIR : Lon lan la deriri.
Comment gouvernez-vous Linus, Ce digne fils du blond Phébus ? D'une humeur si doucette, Je crois que cet amant chéri Doit être un bon mari !Cothurne : C'est une espèce de soulier fort haut, ou une espèce de patin élevé sur des semelles de liège dont se servaient les anciens tragédiens sur le scène pour paraître de plus belle taille. Se dit figurément du style pompeux et tragique. [F]
MELPOMÈNE
Aussi l'est-il.
BACCHUS
Et bien lui en prend, car je ne vous trouve pas aisée à vivre ! Le pauvre Linus saurait bien qu'en dire.
AIR : le joli jeu d'amour.
Vous lui fîtes une avanie Sur le chapitre d'UranieMELPOMÈNE
Oh ! je le croyais dans ce jour...BACCHUS, riant
Toure loure, loure loure, loure loure loure lour.BACCHUS
Vous êtes un peu trop prompte à soupçonner les bonnes gens.
MELPOMÈNE
Comment ? Je verrais de loin mon amant aux genoux d'une belle et ne soufflerais pas !
BACCHUS
Mais ! Ce que vous preniez pour un rendez-vous n'était qu'une consultation. Linus interrogeait Uranie sur votre mariage !
BACCHUS
Je le conjecture.MELPOMÈNE
Aimé de moi, quel besoin Qu'on lui dise dans un coin Sa bonne aventure ô gué Sa bonne aventure ?BACCHUS
Au fond, vous n'avez pas absolument tort.
AIR : tu croyais en aimant Colette
Linus parlait d'astrologie Mais qui diantre devinerait Que seul avec fille jolie Des astres on s'entretiendrait ?Uranie est la muse de l'Astrologie.
MELPOMÈNE
Oublions cela Je sens que ce discours rallumerait ma colère. Mais plus de querelle, je vais rejoindre mon tendre Linus qui s'est écarté un moment dans ce bois pour me composer une élégie.
BACCHUS
Une élégie !
AIR : Aïe ! Aïe ! Aïe ! Jeannette
Par vous en fut-il prié ? Son refus devrait vous plaire ! Lorsqu'un nouveau marié S'amuse à rimer ma chère Aïe, aïe, aïe Il pourrait mieux faire Ma chère, aïe, aïe, aïe.Elegie : Espèce de poésie qui s'emploie dans les sujets tristes et plaintifs. [F]
SCÈNE IV.
BACCHUS, seul
AIR : je ne m'y connais guère
Je ne m'y connais guère En mari fait à l'ordinaire. Pour les poètes, je sais bien Qu'en ménage ils ne valent rien.SCÈNE V. Bacchus, Apollon, Hébé.
BACCHUS
À propos de poètes, voici leur beau directeur, d'où vient que la jeune Hébé l'accompagne ?
APOLLON
Elle m'a prié de la conduire dans ce bois ; il est question de turlupiner un vieux galant, ceci est de sa compétence
HÉBÉ
AIR : du haut en bas
C'est mon métier Que de me divertir sans cesse C'est mon métier De ne point faire de quartier Laissons radoter la vieillesse Rire sied bien à la jeunesse. C'est mon métier.BACCHUS
Passe pour vous, folâtre Hébé, mais Apollon ne devrait pas46, lui, être si enclin à dauber sur les amants malheureux ; ne se souvient-il déjà plus de Daphné et de Coronis ?
AIR : Ton humeur est Cateraine.
Jamais il n'a fait fortune Dans l'empire de Vénus.Dauber : signifie figurément, Médire de quelqu'un, le railler en son absence. [F]
HÉBÉ, à Bacchus
Vous n'avez pas le vin tendre.APOLLON
Non assurément je ne prétends pas cela. Je conviens que tout cède aujourd'hui à Pluton en fait de galanterie.
AIR : on n'aime point dans nos forêts.
En aimant Diane il surprend, Sur les sentiments il raffine.HÉBÉ
Oh ! Qu'il était bien différent Quand il enleva Proserpine ! C'était un amant très mal né, Il s'est depuis façonnéVenez blond Phébus, il me tarde de voir Pluton faire l'amour en berger, cela doit être drôle.
SCÈNE VI. Bacchus, Vénus.
BACCHUS
La petite a raison, il est temps que j'aille me cacher dans les bois ainsi que font tous les dieux qui s'y rendent Mais quelle est cette venue ? Eh ! C'est Vénus en grand deuil ! Ceci mérite attention.
À Vénus.
Bonjour aimable souveraine de Paphos . Êtes-vous en noir par affliction ou par coquetterie ?
VÉNUS
Hélas !
BACCHUS
AIR de Joconde.
Pour qui ces crêpes sont-ils mis ? Çà parlez, soyez franche Voulez-vous pleurer Adonis Ou paraître plus blanche ? A présent tout est en replis Tout est indéchiffrable Du deuil, des coeurs, des habits L'équivoque est semblable.VÉNUS
AIR : M. de la Palisse est mort.
Bacchus ! Ne badinez pas Sur ma perte trop cruelle, Adonis est mort hélas ! Et moi je suis immortelle.BACCHUS
Eh ! Tant mieux, vous aurez le temps de vous retourner !
VÉNUS
Perfide Mars, quelle indignité ! Avoir fait tuer par un vilain sanglier un des plus jolis hommes du monde.
BACCHUS
AIR : Lon lan [la] derirette
Cette mort-là, certainement, Ne peut être honorablement Mise dans la gazette.VÉNUS
Eh ! L'on ne l'oubliera jamais Et j'en ferai les frais.Oui, je vais instituer des jeux funèbres en l'honneur d'Adonis qui seront célébrés dans la Grèce, dans l'Egypte, dans la Syrie.
BACCHUS
En attendant ces anniversaires-là
AIR : Amis sans regretter Paris
Mettez, pour augmenter encor Vos pompes douloureuses, Les Grâces en ras de Saint-Maur Et l'Amour en pleureuses.VÉNUS
Ce qui me pique le plus, c'est que cette funeste mort est l'ouvrage de mon imprudence. Je savais que Mars venait pour me surprendre clandestinement avec son rival.
AIR : ces filles sont si sottes
Ah ! Je devais plus promptement Envoyer chasser mon amant Le congédier brusquement. Mais quand on nous cajole Nous perdons bientôt le jugement. Une femme est si folle Vraiment Une femme est si folle.BACCHUS
Il le faut avouer, le retardement d'Adonis n'était pas trop sage et ses chasseurs n'étaient pas plus raisonnables que lui, de s'amuser à danser quand ils avaient un sanglier furieux à courir. Avaient-ils peur de n'être pas assez fatigués ?
AIR des sept sauts.
Il faut qu'Adonis soit en délire, Ce qu'il fait peut-il se concevoir ? Mortel qu'un dieu veut occire Doit-il s'amuser à voirIl saute.
Un saut, deux sauts, trois sauts, quatre sauts, cinq sauts, six sauts ?
VÉNUS, riant
Halte-là, Bacchus, vous me feriez étouffer de rire.
AIR : je ne suis né ni roi ni prince.
Votre danse est par trop comiqueBACCHUS
Elle triomphe du tragique Que vous veniez représenter ; Vénus qui pleure et qui soupire Dès que l'on parle de sauter Ne saurait s'empêcher de rire.VÉNUS
C'est une inattention qui est échappée à mon désespoir.
BACCHUS
Les veuves sont fort sujettes à ces inattentions-là ; mais où vous conduit à présent votre désespoir inattentif ?
VÉNUS
Je viens sur le mont Latmos chercher à me dissiper un peu, il faut bien suivre le torrent.
BACCHUS
AIR : On n'entend plus le bruit des armes
Le torrent à tout nous engage Malgré tout le poids des raisons Le torrent aussi sous l'ombrage Conduira Mars et j'en réponds, Vous ferrez un rapatriage En dépit de tous vos crépons.SCÈNE VII. Bacchus, Mars.
BACCHUS, seul
Je sais que Mars est admirable pour consoler les belles affligées Eh ! Le voilà ! D'abord, le torrent opère.
BACCHUS, ironiquement
Rien n'est égal à sa tristesseBACCHUS
L'amusement est digne du dieu de la guerre.
Même air.
Mais Mars qu'est ce donc que ceci ? Sans fanfare, arriver ici ? Quoi ! Vous ne mener vos trompettes Que dans les affaires secrètes ? Là quand il faut furtivement Trouver Vénus et son amant ? Répondez ad rem.SCÈNE VIII. Bacchus, Pluton.
BACCHUS
Mars se tire d'affaire en petit-maître. Sans doute le monarque des enfers n'est pas encore ici. Allons prendre notre poste avant qu'il arrive. Morbleu le voici, il m'a aperçu, je ne peux me dispenser de le saluer.
À Pluton.
AIR : Lon la
Pluton sans bruit infernal ! Que vous vous annoncez mal ! Quoi tranquillement.Petit maître : Fig. et familièrement. Petit-maître, jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. [L]
PLUTON
Par un tremblement La terre ne chancelle Que quand sur mon char poliment Je reconduis ma belle, Lon la Je reconduis ma belle.BACCHUS
Que vous quittez docilement dès qu'elle vous congédie.
AIR de Julien l'hospitalier.
Vous faites gémir les campagnes Vous faites mugir les montagnes Et puis aussi doux qu'un mouton Vous endurez tout sans vergogne. On dira ma foi que Pluton Fait plus de bruit que de besogne.Adieu beau ténébreux, je ne veux pas vous gêner.
À part.
Allons informer les dieux de l'arrivée de Pluton, ils comptaient d'en être avertis par un tremblement de terre ; ce petit signal leur a manqué, c'est à moi d'y suppléer.
SCÈNE IX.
PLUTON, seul
Enfin le mont Latmos est paisible, je ne rencontre plus de bergers téméraires qui osent y chanter des airs nouveaux pendant que Diane s'y promène.
AIR : Ô gué lon la bergère
Ils me cèdent la place, Et sans souffler, D'abord qu'ils ont l'audace d'y flageoler. Diane se plaît fort vraiment A les voir jouer de leur instrument ! Oh ma foi ! Je les chasse Bien promptement.Elle vient cette déesse de mauvais exemple qui s'avise d'être prude quand la mode en est passée dès le déluge !
Mont Latmos : Montagne d'Asie Mineure, sur les confins de l'Ioni et de la Carie, près de la côte, entre Millet et Héraclée, était célèbre dans la mythologie par les visites que Diane venait y faire au berger Endymion.
FLageoler : Jouer du flageolet qui est une petite flûte.
SCÈNE X. Pluton, Diane, boudant.
PLUTON
Vous m'avez cette obligation-là, j'ai écanillé tous ces bergers chantants qui vous étourdissaient.
Ecaniller : Eveiller, exciter.
DIANE
De quoi vous mêlez-vous De venir dans ces retraites Nous y donner pour régal Au lieu de leurs brunettes Un concert infernal ?PLUTON
AIR : Eh zon, zon, zon, Lisette.
Si Diane souffrait L'amour sous ces ombrages Mon coeur me conduirait Toujours dans ce bocage.Riant.
Et zon zon zon.Sérieux.
Mais Diane est trop sage Et zon zon zon C'est un petit Caton.Caton [-234 - -149] : surnommé l'Ancien ou le Censeur, romain célèbre par ses vertus, né à Tusculum, l'an 234 av. J.-C. d'une famille obscure. Il mourut l'an 149 après J.-C. à 85 ans. Censeur, il exerça ses fonctions avec une sévérité qui passa en proverbe.
DIANE
Que vous sert de m'aimer ?
PLUTON
La belle demande !
PLUTON
Comment esquiver vos attraits ? Où ne lancent-ils pas leurs traits ? Au Ciel, en Terre redoutables Dans l'enfer même ils font les diables.DIANE
AIR : des fraises
Quoi dans l'éternelle nuit, Vous l'affirmez sans honte, Quoi dans l'éternelle nuit Le flambeau de l'amour luit ? Quel conte, quel conte, quel conte !AIR : Non, je ne ferai pas ce qu'on veut que je fasse
Non, Pluton n'est pas fait pour semer la fleurette.DIANE, ironiquement
Comment donc ? Je ne vous reconnais plus.
AIR : Branle de Metz.
Ce style galant et rare Est-il du dieu des enfers ? Vous ferez bientôt des vers Sous les cyprès du Tenare89DIANE
Je conviendrai que Pluton Ne fut jamais si mignon.Oh çà ! J'ai affaire au ciel et vous en enfer !
Ce n'est pas tout à fait le même chemin, quittons-nous sans cérémonie.
PLUTON
Oh ! Je ne vous laisserai pas là toute seule !
DIANE
Vous avez une fureur de politesse qui assomme ! On ne saurait sortir de chez vous que vous ne fassiez atteler votre char et que vous ne vous campiez vous-même dedans pour ramener...
Bas.
des gens qui ne vous tiennent pas grand compte de vos honnêtetés.
PLUTON
AIR : Toure loure
En soupirant, quel déboire91 j'essuie ! Mon rang ici de rien ne me tient lieu, Je vois fort bien que Pluton vous ennuie.DIANE
Oui comme amant Mais Je respecte le dieu.À part
Toure lon ton ton tontaine la tontaine Toure lon ton ton tontaine la tontonAIR : J'en jurerais presque sur sa laideur.
C'est à ce mot que Pluton se retire, Par son amour il n'est pas retenu. Partez, mon cher, de vous on pourra dire Jean s'en alla comme il était venu.PLUTON, à part
Je n'ai garde de faire une... pareille sortie... Demeurons plutôt pour examiner la conduite de Diane, son empressement à me chasser doit m'être suspect.
AIR : J'ai fait à ma maîtresse
Cachons-nous pour apprendre Ce qu'elle deviendra.Il sort.
DIANE, seule
Le sot va redescendre Sur son char sonica.Riant.
Ah ! Pour faire une scène Toujours le pied en l'air, Ce n'était pas la peine De sortir de l'enfer.Mais Endymion se montre à mes yeux ! Qu'il paraît inquiet ! Il n'ose m'aborder, il est un peu honteux, il a besoin qu'on le mette en train.
Sonica : À point nommé, justement, précisément. [F]
SCÈNE XI. Diane, Endymion.
DIANE
AIR : Mariez, mariez, mariez-moi.
Vous êtes par trop discret,À part.
Je vous désire moins sageHaut.
Car Diane vous permet L'accès de ce vert bocage. Rassurez, rassurez, rassurez-vous, Là, Berger, prenez courage. Approchez, échauffez, dégelez-vous, Vous filez un peu trop doux.À propos de doux, apprenez Endymion que j'ai cent fois entendu vos concerts... les plus doux.... mais...
AIR : Tarare pompon.
Vos chants n'expliquent point quel est votre esclavage A qui destinez-vous ce cadeau musical ?ENDYMION
Ah déesse, laissez-moi mon secret !
AIR : Tique tique taque lon lan la.
N'allez pas me l'arracher. On ne saurait trop cacher Un amour trop téméraire.Lazzi du bâtonnement.
Tique tique taque et lon lan la, L'amant ne peut trop se taire Quand il en est logé là.DIANE
Ne craignez rien.
AIR : Pierre Bagnolet
Quel est ce feu qui vous anime ? Il ne paraît pas fort pressant. Parlez.ENDYMION
Vous m'ordonnez un crime.DIANE, à part, haussant les épaules
Il veut toujours être innocent ! Quel innocent ! Pauvre innocent !Haut.
Parlez.ENDYMION
Vous m'ordonnez un crime ?ENDYMION
AIR : Le bonhomme Diogène
Si vous saviez déesse L'objet de ma tendresse, Loin de me tourmenter Pour déclarer qui j'aime Vous verriez qu'un dieu même N'oserait s'y frotter.DIANE
AIR du Camp de Porché-Fontaine106
En amour tout rang est égal Il s'agit seulement de plaire, Ce qu'on refuse au général Souvent s'accorde au mousquetaire. L'amour est un mutin d'enfant Pata pan pata pan pata pan pan pan Qui mène tout tambour battant.ENDYMION
AIR : un boulanger de Gonesse
Ainsi donc la tendre flamme Du maître des enfers, Ne touche point votre âme ? Il porte en vain vos fers ? C'n'est pas pour lui que le four chauffe ? C'n'est pas pour lui qu'on cuit chez vous ?ENDYMION
Oh ! Je devine l'enclouure !
Enclouure : Terme de vétérinaire. Blessure d'un cheval qui s'est encloué. Fig. Empêchement, noeud d'une difficulté. [L]
ENDYMION
Confessez la dette ! Vous donnez dans le subalterne, vous oubliez la grandeur.111
AIR : Du haut en bas.
Du haut en bas, Votre coeur se plaît à descendre. Du haut en bas, Vos yeux ont trouvé des appas. Quelque heureux mortel vous rend tendre, Et pour lui vous daignez vous rendre, Du haut en bas.DIANE
Enfin vous y êtes ; oui, c'est un mortel qui me charme.
AIR de la serrure.
Au dieu du ténébreux empire Je le préfère.ENDYMION
Vous ne l'avez pas encore dit.AIR : Lampons.
Parlez donc plus clairement. Parlez donc plus clairement.DIANE
Je n'ai jamais vu d'amant. Je n'ai jamais vu d'amant. De conception plus dure. Eh bien ! Le feu que j'endure C'est vous, vous, vous, vous, Vous qui l'allumez chez nous.Cela est-il clair ?
ENDYMION
Vous commencez à être intelligible.
AIR : I'n'faut pas tout dire
Eh quoi ? J'obtiens tant d'appâts Pour qui je soupire ! Eh quoi ? J'obtiens tant d'appas Oh ! je n'en parlerais113 pas, I'n'faut pas tout dire.DIANE
Il faut tout vous dire à vous ! Il faut tout vous dire !N'approchez pas de ce bocage, plaisirs indiscrets et causeurs ! Restez à Paris, et vous qui savez parfaitement bien vous taire, venez bergers, accourez troupe prudente.
AIR : Flon flon.
Soyez ma confidente Et célébrez mon choix, Ici Diane chante Pour la première foisAIR : tout comme il vous plaira
Tout comme il vous plaira, Larira Tout comme il vous plaira.ENDYMION, inquiet
Ouais, les bergers ne viennent pas.
SCÈNE XII. Diane, Endymion, tous les Dieux.
ENDYMION
AIR : Charivari
Oh ! J'en deviendrai malade ! Maudit Pluton ! Est-ce encore là quelque aubade De ta façon ? Entendrons-nous encore ici Charivari ?DIANE
Vous n'avez que trop bien deviné. J'aperçois dans le bois votre rival qui fulmine et tous les dieux qui se moquent de lui. Hélas, je vais avoir mon tour.
CHOEUR DES DIEUX, qui arrivent formant un branle avec Pluton qu'ils entraînent malgré lui, ils environnent Diane et Endymion en chantant
Endymion. Songez-y donc Est-ce que cela se demande ?Pluton se débarrasse des dieux qui l'arrêtaient. Diane et Endymion entourés tâchent de s'échapper.
PLUTON, à Diane
Je vous prends donc sur le fait, Madame la sévère.
AIR : Tu croyais en aimant Colette.
Vous faisiez la prude, déesse ? Vous faisiez la Lucrèce, enfin ?BACCHUS, retournant Endymion qui s'était toujours caché avec son chapeau
Sachons du moins quel dieu est le galant de notre chère soeur. Quelle chute ! Ce n'est qu'un simple berger !
ENDYMION, tremblant
Fort à votre service.
APOLLON
L'effronté ! Avoir perverti ma chaste jumelle ! Ceci mérite un châtiment exemplaire !
APOLLON
Non, non, point de clémence.ENDYMION
Épargnez Endymion !CHOEUR DES DIEUX
Vengeance, vengeance, vengeance !BACCHUS
Oh ça ! Pluton, vous êtes juge et partie dans cette affaire-ci ; voyons un peu ce que vous ferez de votre criminel !
PLUTON
Moi ? Je ne prétends rien innover ; je me copierai sur l'arrêt rendu par mon frère Jupiter en cas pareil ; vous devez vous souvenir tous que ce même Endymion a eu jadis l'audace de s'attaquer à la reine des cieux et que son époux condamna le téméraire à un sommeil de plusieurs années, je lui impose encore ce supplice.
ENDYMION
Miséricorde !
DIANE
Quelle barbarie !
VÉNUS
En vérité, Pluton, vous êtes trop cruel !
PLUTON
En vérité, Vénus, vous ne l'êtes pas assez !
VÉNUS, à Diane
AIR : Va t'en voir s'ils viennent Jean.
Chère Diane aujourd'hui Vous faites des vôtres ! Vénus prend votre parti !PLUTON
Vous allez voir le cas que je fais de votre protection ! Holà suivant de Morphée !
Il arrive deux songes.
Emparez-vous de ce galant et endormez-le très profondément pour deux ou trois siècles, car il n'est que trop éveillé.
ENDYMION, baillant
C'en est fait ma mie !DIANE
Juste ciel !ENDYMION s'endormant
Bonsoir bouchon ! Bonsoir la compagnie ! Bonsoir, pour deux ou trois cent ans ! Bonsoir la compagnie !BACCHUS
Voilà ce qui s'appelle agir vertement.AIR : Je ferai mon devoir
Les plaisants seront bien camus, Ils ne chanteront plus (bis) Que Pluton sortant de l'enfer Ne vient que prendre l'air. (bis)DIANE, désespérée tenant Endymion
Le voilà dans un engourdissement épouvantable.AIR
Adieu paniers [vendanges sont faites] Que ferai-je dans ces retraites, Sans mon berger, Sans mes amours ? Hélas ! Il dormira toujours. Adieu Paniers, Vendanges sont faites.Les suivants de Morphée emportent Endymion endormi, Diane désespérée le suit, et tous les dieux lui font cortège en chantant.
LE CHOEUR DES DIEUX
Adieu paniers, vendanges sont faites.382 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0