Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Opéra comique en vers et en prose· PIÈCE d'un acte

Les Animaux Raisonnables

Louis Fuzelier, Marc-Antoine Legrand· créée en 1718· 161 vers· 9 personnages

Représentée à la Foire de Saint-Germain, le 25 février 1718.

Personnages

  • CIRCÉ
  • ULYSSE
  • UN LOUP
  • UN COCHON
  • UNE POULE
  • UN TAUREAU
  • UNE LINOTTE
  • UN DAUPHIN, Arlequin
  • DANSEURS et DANSEUSES

LES ANIMAUX RAISONNABLES

Le théâtre représente une île.

SCÈNE PREMIÈRE. Circé, Ulysse.

CIRCÉ

Feinte inutile. Là. Séparons-nous sans tricher.

Oh ! Je ne suis pas une dupe, au moins !

ULYSSE

AIR 39 : Faire l'amour la nuit et le jour.

Dans mes tristes États Je me crois nécessaire.

ULYSSE

Hé, non, Madame, non. Je vous l'ai déjà dit : Tout me rappelle dans ma ville d'Ithaque.

AIR 47 : Robin, turelure lure.

Une femme, un père, un fils Font qu'ici le temps me dure ; Leur fort trouble mes esprits.

CIRCÉ, se moquant

Turelure.

ULYSSE, prenant un air riant

Très volontiers, ma chère.

Aussi bien, je m'aperçois que vous n'aurez pas besoin d'eau de la Reine de Hongrie pour soutenir mon départ.

Eau de la reine de Hongrie : est une distillation qui se fait au bain de sable des fleurs de romarin mondées de leurs calices sans aucune partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié. [F] [ce parfum renferme : romarin, lavande, berga, jasmin, cirse, ambre.]

CIRCÉ

Ma foi, non.

ULYSSE

Quel rapport d'humeur !

CIRCÉ

Dans ces occasions, voyez-vous, je me sers de ma raison.

ULYSSE

Fort bien. Que les femmes sont raisonnables, quand l'amour chez elles commence à s'user.

ULYSSE

Oui, parbleu. Et si bien faites, qu'il n'y a pas seulement de quoi grapiller.

CIRCÉ

Partez donc, Seigneur Ulysse. Vous trouverez dans le Port un vaisseau prêt à vous éloigner d'ici.

AIR 98. Et vogue là galère.

Exprès pour cette affaire Je l'ai fait fabriquer.

ULYSSE

Je vous demande une grâce, avant que nous nous quittions.

CIRCÉ

Vous n'avez qu'à parler. Je vous jure par le Soleil mon Père que je vous accorderai tout, excepté un délai.

ULYSSE

Un délai ! Je partirais plutôt sur une planche.

CIRCÉ

De quoi donc s'agit-il ?

ULYSSE

Rendez-moi tous les Grecs de l'un et de l'autre sexe que vous avez métamorphosés dans cette île. Permettez que je les ramène avec moi.

CIRCÉ

Je le veux bien, s'ils y consentent.

ULYSSE

En pouvez-vous douter ?

CIRCÉ

Assurément. La condition des Bêtes est préférable à celle des hommes.

ULYSSE

Voilà de la morale que je ne laisserai pas imprimer dans Ithaque.

CIRCÉ

Elle est sensée. Interrogez vous-même les Animaux que vous voulez démetamorphoser.

ULYSSE

Eh ! Comment les interroger ? Je ne sais ni aboyer, ni mugir, ni braire.

CIRCÉ, lui donnant une baguette

Tenez. Avec cette baguette vous leur rendrez la parole et la figure humaine pendant qu'ils seront avec vous. Ils auront feulement une légère marque de leur espèce, qui vous les fera distinguer.

ULYSSE

Mais cette baguette leur rendra-t-elle aussi la raison.

CIRCÉ

Non. La raison leur ferait prendre un mauvais parti ; l'instinct est plus sûr. Adieu, sage Ulysse. Vous m'avez bien la mine de partir tout seul.

SCÈNE II.

ULYSSE, seul

Voyons s'ils seront aussi sots que Circé le dit.

Apercevant plusieurs sortes d'Animaux.

Tai ! Tai !... Oh ! Que d'Animaux je vois ici ! Parlez, Messieurs les Ours, Cochons et Ânes. Voudrez-vous bien m'honorer de votre compagnie ?

Tous les Animaux crient de différentes manières.

Peste ! Voilà un concert à donner dans une écurie. Çà, faisons l'essai de la baguette enchantée.

Il va frapper dans le fond du Théâtre et dans les coulisses sur plusieurs Animaux qui se dressent sur leurs jambes et viennent l'un après l'autre à Ulysse avec une légère marque de l'espèce de bête dont ils sont.

SCÈNE III. Ulysse, un Loup.

ULYSSE

Voilà un de mes Grecs. Il a la physionomie d'une bête fauve. Qui êtes-vous, Animal mon ami ?

LE LOUP

Je suis un loup des plus consciencieux.

ULYSSE

La triste figure !

LE LOUP

Qui vous a dit que j'étais triste ?

AIR 5. Quand le péril est agréable.

Vous devez l'être, sur mon âme. Bien plus que moi, vous qui parlez.

ULYSSE

Comment, misérable Loup ? Je crois, que tu me trouves plus à plaindre que toi.

LE LOUP

Oh ! Pour cela, oui. Premièrement dans l'honnête République des Loups, on ne parle jamais de faire pendre.

ULYSSE

Ce n'est pas manque de bons sujets pour cela.

LE LOUP

Du temps que j'étais homme je l'ai une fois échappé belle.

AIR 8. Je reviendrai demain au soin.

Le vrai mérite en vérité.

Bis.

Chez vous est maltraité. Hélas ! Très peu s'en est fallu

Bis.

Que l'on ne m'ait pendu ?

ULYSSE

Hé, qui étais-tu ?

LE LOUP

J'étais un scrupuleux Procureur.

ULYSSE

Je t'entends. C'est-à-dire que tu dévorais tes parties.

LE LOUP

Non. Je ne faisais que les gruger.

ULYSSE

La distinction est d'une conscience déficate.

LE LOUP

Oh ! Ça toujours été mon faible que la conscience.

ULYSSE

Je vois bien que ce n'était pas ton fort.

LE LOUP

Ma foi, j'ai gagné à ma métamorphose. J'exerce ici mes talents avec impunité.

ULYSSE

Mais il me semble que dans ces bois ne gibier ne vient pas te chercher.

LE LOUP

Voilà le diable. Il m'évite avec soin au lieu qu'étant Procureur, les hommes venaient se mettre sous ma dent. Que je mangeais de friands morceaux !

AIR 105 : La bonne aventure, ô gai.

Quand un Procureur a faim. Partout il pâture ; Et s'il trouve en son chemin. Ou la veuve, ou l'orphelin, La bonne aventure, Ô gai, La bonne aventure !

ULYSSE

Tu as l'air d'en avoir bien expédié.

LE LOUP

Pas tant que je l'aurais voulu.

ULYSSE

Hoçà, babillard, veux-tu redevenir homme ?

Babillard : Qui par le continuellement, et qui dit des choses de néant. Se dit aussi d'un indiscret qui ne saurait tenir sa langue ; qui répète tout ce qu'il a ouï dire. [F]

LE LOUP

Non. J'aime mieux croquer ici sûrement ce que je rencontre, que d'avoir des mesures à garder avec la Justice.

ULYSSE

Ô l'indigne Loup ! Je ne sais qui me tient que...

LE LOUP, s'en allant

Va. Si j'étais plus affamé que je ne suis, je te ferais voir ce que c'est qu'un loup enté sur un Procureur.

Enter : Greffer, faire des entes. Se dit aussi figurément en terme de morale dans cette phrase : une telle maison a été entée dans celle-là ; pour dire, que le bien, le nom et les armes d'une maison est passée dans une autre par quelque alliance. [F]

SCÈNE IV.

ULYSSE, seul

Voilà un beau commencement ! Mais ne nous rebutons point. Le Cochon que je vois me paraît assez docile. Il ne sera pas fâché de quitter la fange. Parlons-lui.

SCÈNE V. Ulysse, un Cochon.

ULYSSE

AIR 42. Dupont, mon ami.

Cochon , mon ami.

LE COCHON, d'un air gai

Plait-il, cher Ulysse ?

LE COCHON

Oh ! Je suis un égrillard.

Je suis le plaisant de mon étable.

Egrillard : gaillard, éveillé. [R]

ULYSSE

Écoute, gros Cochon. Qui étais-tu avant que d'être métamorphosé en porc ?

LE COCHON

J'étais financier.

ULYSSE

Ô Ciel ! Quel changement !'

LE COCHON

Pas si grand que vous pensez. Quoique changé en cochon, je m'imagine être toujours financier.

ULYSSE, riant

Effectivement, Circé t'a conservé ta jolie panse.

LE COCHON

Mon esprit délicat et mes louables inclinations. Je bois, je mange, et cetera.

ULYSSE

Tout cela est bien, mais il n'est rien tel que d'être homme. Veux-tu retourner dans la Grèce avec moi ?

LE COCHON

Je ne suis pas si fou.

ULYSSE

Tu vivras dans ma Cour.

LE COCHON

Je serais votre esclave. Vivent nos étables ; nous y sommes tous camarades comme cochons.

ULYSSE

Suis-moi, mon cher, tu seras mon favori.

LE COCHON

Votre valet. Je veux rester Cochon toute ma vie, c'est ma première vocation.

ULYSSE

Encore un coup, mon ami, quitte ta sale figure. Viens avec moi dans Ithaque. Je t'y donnerai un bon emploi et une belle femme.

LE COCHON

AIR 218 : Si l'on me voulait donner.

Quand vous me pourriez donner Circé votre mie, Pour me faire abandonner Mon aimable truie, Je dirais, sans barguigner Reprenez votre Circé ; J'aime mieux ma truie, Ô gué, J'aime mieux ma truie.

Barguigner : Se dit figurémment en choses spirituelles, des irrésolutions d'esprit, quand un homme a de la peine à se résoudre, à donner quelque parole, à conclure une affaire, à se défaire de quelque engagegement. [F]

ULYSSE

Ô le Cochon de Cochon ! Quoi, sagouin, après avoir tâté des mets les plus exquis, tu peux t'accommoder de...

Sagouin : Est le nom qu'on donne aus jeunes singes. On appelle quelquefois par injure un homme sagouin, pour lui reprocher qu'il est sale, ou q'il mange mal proprement. [F]

LE COCHON

Allez, allez. Il n'est viande que d'appétit. Je viens de faire un repas charmant, je viens de manger des truffes excellentes.

AIR 119. Et autre chose itou.

Et autre chose itou... Je n'oserais le dire : Et autre chose itou. J'en ai pris tout le sou.

ULYSSE, le chassant

Va-t-en au diable vilain Cochon.

SCÈNE VI.

ULYSSE, seul

J'aperçois une Poule de belle taille. C'est apparemment une Poule de Caux

Poule de Caux : race de poule originaire du pays de Caux en Normandie.

SCÈNE VII. Ulysse, une Poule.

ULYSSE, caressant la poule

Bonjour, belle Poule.

LA POULE

Comment ? Je vois un homme, il m'approche, il me parle, il me touche, et je le laisse faire ! Me voilà redevenue femme assurément.

ULYSSE

En seriez-vous fâchée ?

LA POULE

Sans doute.

ULYSSE

D'où vient ?

LA POULE

C'est que je retrouverais un mauvais mari dont ma métamorphose m'a heureusement séparée.

AIR 139 : Hélas ! Ce fut sa faute.

C'était un grondeur, un jaloux,

bis.

Qui ne riait jamais chez nous : Hélas ! C'était sa faute ! Aller revoir un tel époux, Je ne suis pas si sotte, Lon-la, Je ne suis pas si sotte.

ULYSSE

Hé-bien, charmante Poule, il n'y a qu'à vous en donner un autre, qui ne rira que chez vous.

LA POULE

Bon. N'ai-je pas mon Coq qui vaut mieux que tous les maris du monde.

AIR 32 : Du haut en bas. (Rondeau)

Coquerico. J'entends sitôt que je caquette ; Coquerico. Autour de moi mon joli Coq, Toujours ardent pour sa Poulette, À chaque moment me répète : Coquerico.

ULYSSE

Il est vrai qu'un bon coq ne peut assez se payer.

ULYSSE

Vous avez beau dire. La condition d'une jolie femme est préférable à celle d'une Poule même huppée. Le plaisir d'avoir des enfants bien nés...

LA POULE, s'en allant

Je suis votre servante. J'ai pensé mourir dans ma dernière couche. J'aime mieux faire des oeufs.

SCÈNE VIII.

ULYSSE, seul

Si cela continue, Circé aura raison. Mais voyons ce taureau qui levé la tête.

SCÈNE IX. Ulysse, un Taureau.

ULYSSE

Approche, gros Taureau.

LE TAUREAU

Serviteur à Monsieur l'Homme. Qu'y a-t-il pour votre service ?

ULYSSE

Ne reconnais-tu pas ton souverain ?

LE TAUREAU

Je n'ai plus de maître, je n'ai que des maîtresses.

ULYSSE

Il ne tiendra qu'à toi de reprendre toute ta figure humaine.

LE TAUREAU

Je ne veux point changer de forme, j'y perdrais.

ULYSSE

Hé ! Peux-tu te plaire sous celle d'un Taureau ?

LE TAUREAU

On voit bien que vous ne l'avez jamais été. Qu'y trouvez-vous donc à redire ?

ULYSSE

AIR 47 : Robin, turelure lure.

Fi ! Deux cornes sur le front ! La vilaine garniture !

ULYSSE, se moquant

Robin, turelure lure.

LE TAUREAU

Écoutez. Après vingt ans d'absence, cela pourrait bien être, au moins.

ULYSSE

Oh ! Pénélope est sage. Un jour les Poètes chanteront sa vertu.

LE TAUREAU

Ils auront beau chanter, ce ne fera que des chansons. Savez-vous, Seigneur Ulysse, à quoi je compare la vertu ?

AIR 210. Comme l'hirondelle.

Comme une chandelle qui luit Dans une lanterne la nuit, Brille la vertu d'une Belle, Les amants, comme le vent, Soufflent dessus, et la vertu souvent S'éteint comme une chandelle.

ULYSSE

Voilà une vraie chanson de Petit-Maître ; et à t'entendre parler, il semble que tu as été homme à bonnes fortunes.

Petit maître : Fig. et familièrement. Petit-maître, jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. [L]

Bonne fortune : On appelle en termes de galanterie, bonne fortune, les dernières faveurs d'une jolie dame ; être heureux auprès des femmes. Ce galant est fort bien fait, il est homme à bonnes fortunes. [F]

LE TAUREAU

Je n'ai eu de bonnes fortunes que depuis que je suis...

ULYSSE

Mais, Monsieur le Taureau, comment vous nommiez-vous étant homme ?

LE TAUREAU

Pierrot.

ULYSSE

Quel nom est-ce là ?

LE TAUREAU

Hé, parbleu, c'est un nom Grec, qui vient de Pierrotos... de Pié, qui signifie esprit, et de rotos... qui veut dire sublime... Pierrot esprit sublime. Tout le monde entend cela.

ULYSSE

Quel était ton emploi ?

LE TAUREAU

J'étais cocu.

ULYSSE

L'honorable charge ! Elle ne te fatiguait pas.

LE TAUREAU

Non, car c'était ma femme qui exerçait.

ULYSSE

Trêve de bagatelles.

AIR 121 : Nicolas va voir Jeanne.

Suis-moi dans mon Empire, Et quitte ce poil roux.

LE TAUREAU, branlant la tête

Oh ! Non ferai, beau Sire.

SCÈNE X.

ULYSSE, seul

Ce Taureau-là raisonne comme un boeuf. Mais j'aperçois une jeune Linotte qui sera charmée, je crois, de quitter les plumes pour reprendre les fontanges.

Fontange : noeud de ruban que les femmes portaient sur leur coiffure. [L]

SCÈNE XI. Ulysse, une Linotte.

ULYSSE, appelant la Linotte

Petite, petite, petite. Ouais ! Elle est farouche ! On voit bien qu'elle n'est plus fille. Aimable Linotte, si vous voulez, je vous rendrai votre première figure.

LA LINOTTE

Je vous rends grâces. Depuis que je fuis Linotte, je suis maîtresse de mes actions. Quand j'étais petite fille...

AIR 122 : Petit boudrillon.

Ah ! J'enrageais ma vie ! J'avais à la maison, Boudrillon, Une petite Mie Vieillote et sans raison, Boudrillon Et c'était Boudrillon, Boudrillon, dondaine, C'était boudrillon , Boudrillon, dondon.

Linotte : Petit oiseau de couleur grise qu'on nourrit en cage, qui chante agréablement, et qui vit cinq ou six ans, quand on en a grand soin. [F]

ULYSSE

Oh ! Toutes les mies ne sont pas des boudrillons ; il y en a de fort complaisantes.

LA LINOTTE

La mienne ne faisait que me sermonner ; cela m'ennuyait.

ULYSSE

Je le crois bien ; l'ennui est un enfant de le Morale.

LA LINOTTE

Tenez. Plus j'y songe, plus je suis contente d'être devenue oiseau. Les Linottes courent les bois.

ULYSSE

Les filles courent le bal.

LA LINOTTE

Les Linottes n'ont point de gouvernantes.

ULYSSE

Les filles s'en moquent.

LA LINOTTE

Les Linottes font ce qu'elles veulent.

ULYSSE

Les filles ce qu'on veut.

LA LINOTTE

Pas toujours , pas toujours ?

ULYSSE

AIR 8 : Je reviendrai demain au soir.

Je vous donnerai des amants.

SCÈNE XII.

ULYSSE, seul

Que diable ! Aucun de ces animaux ne veut rentrer dans sa première condition ! Serait-il donc si doux d'être bête. Voyons enfin si les poissons ressemblent aux quadrupèdes. Bon. Un Dauphin sort de l'eau fort à propos. Interrogeons-le.

SCENE XIII. ULISSE , un DAUPHIN Arlequin,

ULYSSE

Salut au noble Poisson. Il ne répond rien ! Aimable Dauphin, parlez-moi donc.

LE DAUPHIN

Ne savez-vous pas que les Poissons sont muets.

ULYSSE

Tu parles pourtant.

LE DAUPHIN

Je ne fais que vous répondre.

ULYSSE

Qui es-tu ?

LE DAUPHIN

Je suis un dauphin à votre service ; pourvu que vous ne vouliez pas me manger au court-bouillon.

ULYSSE, le frappe de sa baguette et s'aperçoit que c'est Arlequin

Eh ! C'est Arlequin ! Le plus fidèle de tous mes serviteurs !

LE DAUPHIN, lui sautant au cou

Ah ! Seigneur Ulysse ! Mon cher Maître ! Je vous croyais métamorphosé comme les autres. Je vous ai cherché parmi tous les Marsouins. J'ai ouvert deux cents huîtres à l'écaille, sans vous trouver.

ULYSSE

Ma figure plaisait trop à Circé pour la changer.

LE DAUPHIN

Que le Diable l'emporte, la maudite Sorcière. Encore si elle m'avait changé en perroquet, passe, j'aurais bu du vin.

AIR 12 : Amis, sans regretter Paris.

Il était encor un état Pour moi plein d'avantage : Ah, morbleu ! Que ne suis-je un rat Pour manger du fromage.

ULYSSE

Console-toi, mon ami. Je puis te faire redevenir Arlequin.

LE DAUPHIN

Est-il possible ?

ULYSSE

Tu en feras donc ravi.

LE DAUPHIN

Assurément. Ah ! Que je vous aurai d'obligation.

ULYSSE

Je respire enfin, j'ai trouvé un animal véritablement raisonnable.

Le touchant de sa baguette.

Éprouve le pouvoir de cette baguette.

LE DAUPHIN, quittant toutes ses écailles

Ventrebleu ! Toutes mes écailles tombent.

ULYSSE

Mais pourquoi as-tu souhaité de redevenir homme ? Parle moi sincèrement.

ARLEQUIN

Pour manger, et pour boire du vin. Il y a assez longtemps que je Ne bois que de l'eau.

ULYSSE

Le glouton ! Hé, dis-moi. Quelques-uns de tes camarades ne seraient-ils pas comme toi las de leur métamorphose ?

ARLEQUIN

Oh ! Qu'oui. Nous avons dans l'eau quantité de musiciens qui ne se trouvent pas là dans leur élément.

ULYSSE

Je les pêcherai.

ARLEQUIN

Nous avons aussi des femmes dans la mer, que Circé a métamorphosées en pucelles. Elles s'ennuient furieusement de cet état.

ULYSSE

Elles profiteront de la grâce que Circé m'a accordée.

ULYSSE, frappant la mer de sa baguette

Que ces musiciens et ces dames, par la vertu de ma baguette sortent de la mer sous leur première forme.

SCÈNE XIV. Ulysse, Arlequin, quatre Musiciens, sortant de la mer.

ARLEQUIN

Peste ! Voilà un beau coup de filet !

ULYSSE

Voici déjà les hommes.

ARLEQUIN

Les femmes ne resteront guère dans l'eau, puisque les hommes en sont sortis.

SCÈNE XV et DERNIÈRE. Ulysse, Arlequin, quatre Musiciens, quatre Danseuses sortent aussi de la mer.

Ils forment une danse qui est suivie de ce Branle.

BRANLE.

161 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0