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un seul est le mot juste.

Opéra comique en vers et en prose· PIÈCE en un acte

Le Tableau du Mariage

Alain-René Lesage, Louis Fuzelier· créée en 1716, imprimée en 1712· 146 vers· 11 personnages

Représentée à la Foire de Saint-Germain, en l'année 1716 [le 3 février au Jeu de Belair].

Personnages

  • Monsieur PÉPIN, bourgeois de Paris
  • Madame PEPIN, sa femme
  • DIAMANTINE, leur nièce
  • OCTAVE, l'amant de Diamantine
  • OLIVETTE, suivante de Diamantine
  • ARLEQUIN, valet d'Octave
  • SCARAMOUCHE, confiseur
  • Monsieur MINUTIN, notaire
  • Monsieur FRANCOEUR, marchand de rubans
  • TROUPE DE MASQUES ET D'AMIS, invités aux noces
  • SYMPHONISTES

Le théâtre représente une façade de maison dans le fond, et un jardin orné dé statues dans les ailes.

SCÈNE PREMIÈRE. Diamantine, Olivette.

OLIVETTE

AIR : d'Atys.

Sangaride, ce jour est un grand jour pour vous.

Vous allez donc enfin signer les articles de votre mariage. Là, vous sentez-vous la main assez ferme ?...

DIAMANTINE

Je ne sais.

OLIVETTE

Je ne sais ! Ouais ! Ce je ne sais présage une rechute d'incertitude.

AIR : Si dans le mal qui me possède.

En vérité, je vous admire. Comment ? Après que devant moi Octave a reçu votre foi, Vous voilà prête à vous dédire ! Vous trahiriez votre ferment ! Fi ! Vous avez le coeur normand !

DIAMANTINE

Ma chère Olivette, apprends ce qui m'effraye.

OLIVETTE

Voyons.

DIAMANTINE

J'ai fait un songe épouvantable. J'ai vu deux pigeons qui sortaient d'un colombier...

OLIVETTE

Deux pigeons qui sortaient d'un colombier ! Voilà un commencement de rêve qui fait trembler.

DIAMANTINE

Ils se sont arrêtés dans un champ. La femelle caressait le mâle, qui, bien, loin de répondre à ses caresses, lui a donné deux coups de bec en fureur, et s'est envolé.

OLIVETTE

Ah ! Le vilain mâle !

DIAMANTINE

Ce spectacle m'a réveillée. J'ai regardé mon longe comme un avis que- le ciel ; me donne de me défier des hommes. Je ne signerai point le contrat. Je veux auparavant essayer encore le coeur d'Octave, et lui demander un délai.

DIAMANTINE

Tu me connais. Tu sais que j'ai pour le mariage une répugnance naturelle.

DIAMANTINE

Tes plaisanteries sont hors de saison. J'aime Octave, mais je ne veux pas être malheureuse.

DIAMANTINE

Je devine ce qui vous fait perdre patience. Vous craignez que le retardement de mes noces ne recule les vôtres ; mais rassurez-vous, mademoiselle Olivette. Vous pouvez, dès aujourd'hui, épouser Arlequin.

AIR : La bonne aventure, ô gai.

Là-dessus fois sans effroi. De plus, je te jure Que les apprêts faits pour moi, Mon enfant, seront pour toi.

OLIVETTE, sautant de joie

La bonne aventure, Ô gai La bonne aventure.

DIAMANTINE

Ah ! Voilà monsieur Minutin, mon flegmatique notaire !

OLIVETTE

Et voici le brusque monsieur Francoeur, marchand de rubans. Ce sont deux caractères bien opposés.

SCÈNE II. Diamantine, Olivette, Monsieur Minutin, Monsieur Francoeur.

MONSIEUR FRANCOEUR

AIR : Belle brune, belle brune.

La carogne ! La carogne ! C'est un esprit à rebours, C'est un vrai gâte-besogne, La carogne ! La carogne !

Que la peste la crève !

Carogne : terme injurieux, qui se dit entre les femmes de basse condition, pour se reprocher leur mauvaise vie, leurs ordures, leur puanteur. [F]

OLIVETTE

Qui donc, monsieur Francoeur ?

DIAMANTINE

De qui parlez-vous ?

MONSIEUR FRANCOEUR

Hé, parbleu ! C'est de ma femme !

DIAMANTINE

Ah ! Ah !

OLIVETTE

Vous en êtes occupé agréablement.

MONSIEUR MINUTIN, riant

Il faut avoir de fortes raisons pour parler de la femme dans de pareils termes.

DIAMANTINE

Assurément.

MONSIEUR FRANCOEUR

AIR : Comme un coucou que l'amour presse.

C'est une femme insupportable, Qui me met sans cesse en fureur. Aussi, je la bats comme un diable.

OLIVETTE, à Diamantine

Entendez-yous, monsieur Francoeur ?

Heu ! Le vilain pigeon !

DIAMANTINE

Qu'a-t-elle donc fait, monsieur Francoeur ?

MONSIEUR FRANCOEUR

La maudite femme devrait être déjà ici, et vous avoir apporté vos rubans.

OLIVETTE

Quoi ! C'est pour cela que vous êtes si fort irrité contre elle ?

DIAMANTINE

C'est là le sujet de votre colère !

MONSIEUR FRANCOEUR

Comment, ventrebleu ! N'ai-je pas raison ?

MONSIEUR MINUTIN, souriant

Le sujet est bien mince, monsieur Francoeur.

MONSIEUR FRANCOEUR, le contrefaisant

Bien mince, que diable, bien mince ! Je ne fais pas le doucereux ; comme-vous, moniteur Minutin.

MONSIEUR MINUTIN

Sans emportement.

MONSIEUR FRANCOEUR

Je veux m'emporter, moi ! Mêlez-vous de vos affaires.

MONSIEUR MINUTIN

AIR : Oui, je t'aime ; l'amour même.

Quel salpêtre ! Peut-on être : D'un tempérament si vif !

DIAMANTINE

Doucement, monsieur Francoeur. N'insultez pas Monsieur Minutin, mon notaire.

MONSIEUR FRANCOEUR

Qu'il me laisse donc en repos.

MONSIEUR MINUTIN

Eh ! Madame, laissez tirer Monsieur Francoeur ! Je ne crains pas le feu.

MONSIEUR FRANCOEUR, le contrefaisant

Je ne crains pas le feu. Il vous sied bien de faire le railleur.

OLIVETTE, à Monsieur Francoeur

AIR : Tu croyais, en aimant Colette.

Aurez-vous toujours cette bile ? Regardez, monsieur Minutin : Quel maintien joyeux et tranquille !

MONSIEUR FRANCOEUR

Il a l'air d'un mari bénin.

MONSIEUR MINUTIN

Je me prête à la plaisanterie, monsieur Francoeur. Oui, j'aime ma femme. Je ne l'ai jamais tant aimée.

OLIVETTE

Voilà la perle des époux.

DIAMANTINE

À propos, comment se porte-t-elle, madame Minutin ?

MONSIEUR MINUTIN, d'un air riant

Fort mal, là pauvre femme ; elle est à l'extrémité. Je l'ai laissée à l'agonie.

DIAMANTINE, à Olivette

À l'agonie, Olivette ! À l'agonie ! Avec quel sang-froid il dit cela !

OLIVETTE

Le bourreau ! Voici bien un autre pigeon, ma, foi !

MONSIEUR MINUTIN

AIR : Quand je tiens de ce jus d'octobre.

Mon médecin l'a condamnée. Il n'en manque point, entre nous. Je serai veuf dans la journée...

MONSIEUR FRANCOEUR, le montrant du doigt

Voilà la perle des époux.

OLIVETTE, chante

AIR : Mathieu, grâce à Dieu.

Mathieu Grâce à Dieu, Ma femme est morte...

Quel coup de bec !

DIAMANTINE

Il dit cela avec une gaieté qui me révolte.

OLIVETTE

Quels maris !

DIAMANTINE

Ô ciel ! Allez messieurs, je n'ai pas besoin de vous.

MONSIEUR MINUTIN

Mais... votre contrat de mariage...

DIAMANTINE

Ce ne sera pas pour aujourd'hui.

MONSIEUR FRANCOEUR

Vos rubans de noces...

OLIVETTE

Cela ne presse pas. Tirez, tirez, tendres époux...

MONSIEUR FRANCOEUR, faisant la révérence

AIR : Menuet de Monsieur de Grandval.

Serviteur.

SCÈNE III. Diamantine, Olivette.

DIAMANTINE

Je n'ai pas tort, comme tu vois, de m'arrêter à mon songe.

OLIVETTE

Oh ! Madame, Octave vous prépare un sort plus agréable ! Je vous en réponds.

DIAMANTINE

Il me faut une autre caution que toi.

SCÈNE IV. Diamantine, Olivette, Un Laquais.

LE LAQUAIS

Votre couturière, madame.

DIAMANTINE

Faites-la passer dans le salon au bout du jardin. Qu'on laisse la salle à la compagnie qui viendra.

Diamantine rentre.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Olivette, Octave, Arlequin.

OCTAVE

Quel heureux jour, ma chère Olivette ! Enfin, l'aimable Diamantine fixe ses irrésolutions et se livre à ma tendresse. Je n'ai jamais été si content ; mon coeur ne peut contenir ses transports.

ARLEQUIN

Pour une fille nubile, c'est penser bien extraordinairement.

OCTAVE, à Olivette

Que veux-tu dire ? Explique-toi, de grâce.

OLIVETTE

Ma maîtresse est dans le salon au bout du jardin. Elle a fait un rêve qui l'embarrasse. Allez lui mettre l'esprit en repos là-dessus.

Octave entre dans la maison.

SCÈNE VII. Olivette, Arlequin.

OLIVETTE

Rends grâces au ciel de ce que je ne donne pas dans les songes, moi.

ARLEQUIN

Tu ne m'épouserais pas, si tu croyais aux songes ?

OLIVETTE

Non.

ARLEQUIN

Comment, diable !

OLIVETTE

Un rêve qu'a fait Diamantine va peut-être rompre son mariage. Elle a vu en songe deux pigeons...

ARLEQUIN

Étaient-ils à la crapaudine ?

Crapaudine : pierre précieuse que le vulgaire dit se trouver dans la tête d'un vieux crapaud. (...) et les médecins croient qu'ils résistent au venin. [F]

OLIVETTE

Le mâle a donné deux coups de bec à la femelle.

ARLEQUIN

Deux coups de bec. Attendez, cela est équivoque. J'ai vu, moi, cent pigeons de Paris, assemblés au bois de Boulogne, se donner de bonne amitié cent coups de bec.

OLIVETTE

Oh ! Le pigeon de notre rêve était en fureur ! Mais laissons cela. Seras-tu bon mari ?

OLIVETTE

Mais on ne nous prendra jamais Pour l'époux et la femme.

Sans adieu. Je vais rejoindre ma maîtresse.

Elle rentre.

ARLEQUIN

Et moi, les danseurs et les symphonistes qui doivent se rendre ici ; j'ai des ordres à leur donner de la part de mon maître... Mais que vois-je ! C'est Scaramouche.

Symphoniste : celui qui joue des instruments, ou qui composer les pièces qu'on joue dessus. [F]

SCÈNE VIII. Arelquin, Scaramouche, en habit bourgeois, une corbeille à la main.

SCARAMOUCHE

Eh ! Bonjour, Arlequin !

Ils s'embrassent.

Tu es toujours dans le service, à ce qu'il me semble.

ARLEQUIN

Est-ce que tu n'y es plus, toi ?

SCARAMOUCHE

J'ai fait une fin, mon enfant. Je suis devenu bourgeois de Paris. Je suis confiturier.

ARLEQUIN, regardant la corbeille d'un oeil d'envie

Bel établissement, ma foi ! Voilà de ton ouvrage, apparemment ?

SCARAMOUCHE

Sans doute. Ce sont des fruits confits que j'apporte dans cette maison pour une noce.

ARLEQUIN, prenant des confitures dans la corbeille

J'en veux goûter, pour voir ce que tu sais faire. À la besogne, on connaît l'ouvrier.

SCARAMOUCHE

Hé bien, qu'en dis-tu ?

ARLEQUIN, après avoir mangé, en prend encore

Tu es bon confiseur. Parbleu, tu travailles à merveilles.

SCARAMOUCHE, mettant la corbeille du côté opposé à Arlequin

Et toi, de même. Tudieu ! Vous êtes bien expéditif !

ARLEQUIN, se léchant les doigts

Par quelle aventure as-tu embrassé une si belle profession ?

SCARAMOUCHE

Je vais te le dire. Au commencement de cette année, j'entrai dans une boutique de confiturier, pour y acheter quelques petites douceurs, pour faire des étrennes.

ARLEQUIN, passant du côté de la corbeille

Fort bien.

SCARAMOUCHE

Je vois dans le comptoir una dona qui avait un petit enfant auprès d'elle, ma una dona bene fatta.

ARLEQUIN, mettant la main dans la corbeille

Jeune et belle ?

SCARAMOUCHE

Là, là.

ARLEQUIN

Blonde ?

SCARAMOUCHE

Non.

ARLEQUIN

Brune donc ?

SCARAMOUCHE

Pas tout à fait. Ses cheveux sont noirs et blancs par-ci ; par-là...

ARLEQUIN

Ah ! Oui. En demi-deuil.

SCARAMOUCHE, observant Arlequin qui prend des confitures

Je la salue... Je caresse le petit-enfant... Mais, que faites-vous là ?

ARLEQUIN, se voyant surpris

Mignon, mignon. Tenez, mon fils.

SCARAMOUCHE

Vous prenez mes confitures, je crois.

ARLEQUIN

C'est que je veux donner du bonbon à l'enfant.

SCARAMOUCHE, mettant la corbeille de l'autre côté ;

Hé, non, non ! Vous lui gâterez les dents... Je vous disais donc que je salue la marchande. Je lui demande des dragées, et je commence (vous m'entendez bien) à lui conter fleurettes.

ARLEQUIN, repassant du côté de la corbeille

Conter fleurettes. Je vous entends. Diable ! Vous êtes un fin matois.

SCARAMOUCHE, riant

Hé ! Hé !... Elle m'écoute ; et pour vous le couper court, elle m'apprend qu'elle est veuve. Je m'offre à l'épouser elle me prend au mot, et...

S'apercevant qu'Arlequin visite encore la corbeille.

Oh, oh ! Vous vous plaisez diablement de ce côté-là !

SCARAMOUCHE, en remettant la corbeille de l'autre côté

Demeurez-y donc, mon ami, Lon lan-la, deriri.

SCÈNE IX. Arlequin, Scaramouche, Olivette.

OLIVETTE, à part, sans être aperçue

Arlequin est encore, ici !

SCARAMOUCHE

J'ai donc épousé cette veuve, et je me suis fait confiturier.

OLIVETTE, à part

Écoutons un peu cette conversation.

ARLEQUIN

Vous avez fort bien fait.

SCARAMOUCHE

Pas trop. Je me suis bientôt aperçu que j'avais épousé une diablesse, une... En un mot, une femme...

ARLEQUIN

Une femme. Oui, c'est tout dire.

OLIVETTE, à part

Rien n'est plus galant.

SCARAMOUCHE

Elle me contrecarre sans cesse, et défait ce que je fais.

ARLEQUIN

Hé, ne pouvez-vous dompter cette bête quinteuse ?

Quinteux : capricieux, fanstasque, qui est sujet à des quinte. On le dit tant de l'homme que des chevaux qui sont ombrageux. [F]

SCARAMOUCHE

Comment feriez-vous pour cela.

ARLEQUIN

Comment ? Ventrebleu ! Je dirais à ma très honorée épouse : Regardez, ma mie, j'ai le bras vigoureux, le poignet ferme le geste vif ; Ensuite, je prendrais ma canne...

Apercevant Olivette.

Hoïmé !

OLIVETTE, faisant la révérence à Arlequin

Hé bien ? Vous prendriez votre canne.

ARLEQUIN, interdit et cherchant à se tirer d'embarras

Oui... Oui... Je prendrais ma canne... et... et j'irais me promener.

Il s'en va brusquement, et emporte la corbeille.

SCARAMOUCHE, courant après lui

Rendez-moi du moins le panier.

SCÈNE X.

SCÈNE XI. Olivette, Diamantine, Octave.

OCTAVE

Vous me le promettez donc, charmante Diamantine.

DIAMANTINE

Oui. Si Monsieur Pépin, mon oncle, me donne une idée du mariage qui autorise vos empressements, je vous promets de rien écouter que mon coeur.

OCTAVE

Je vais trouver monsieur et madame Pépin. Ils sont trop unis pour ne pas condamner vos incertitudes.

DIAMANTINE

Elles ne doivent point vous offenser. Je vous estime ; et la seule crainte de voir finir trop tôt des sentiments qui me sont chers, m'empêche de vous rendre heureux.

OCTAVE

Ah ! Je vous proteste.

DIAMANTINE

Laissons-là les protestations. Mon oncle et ma tante me détermineront. Ils seront bientôt ici.

OCTAVE

Je vais au-devant d'eux. Pardonnez-moi cette impatience.

Il rentre dans la maison.

SCÈNE XII. Diamantine, Olivette.

OLIVETTE

Vous me paraissez rentrer en goût.

DIAMANTINE

Que veux-tu ? Je me suis enfin rendue aux pressantes instances d'Octave.

OLIVETTE

C'est fort bien fait à vous, Craignez de vous en repentir.

DIAMANTINE

Qu'entends-je ! Toi, qui tantôt...

OLIVETTE

J'ai fait mes réflexions. Je commence à donner dans les songes. Croyez-moi.

AIR : Quel plaisir de voir Claudine.

Tenons-nous comme nous sommes, Jamais ne nous engageons : Je vois qu'aujourd'hui les hommes Sont tous de méchants pigeons. Au diable le meilleur !

SCÈNE XIII. Diamantine, Olivette, Arlequin.

ARLEQUIN, transporté de joie

AIR : Jardinier ne vois-tu pas.

Vivent les ris et les jeux ! Ne parlons que de boire. L'oncle et la tante tous deux Viennent seconder nos voeux. Victoire, victoire, victoire !

Voici monsieur et madame Pépin. Gare, gare !

SCÈNE XIV. Diamantine, Olivette, Arlequin, !octave, Monsieur et Madame Pépin.

MONSIEUR PÉPIN, à Diamantine

Hé bien, qu'est-ce, ma mignonne ? On raconte de vous des choses incroyables. Vous voulez, dit-on, différer, votre mariage à cause d'un songe.

MADAME PÉPIN

Un songe vous fait peur ! Ma nièce ! Quelle pauvreté ! Si vous aviez été au devin, encore passe.

OLIVETTE

Peste ! Madame Pépin a l'esprit fort !

MADAME PÉPIN

Quand Monsieur Pépin me faisait l'amour, bien loin d'appréhender le jour de mes noces.

AIR : Y-avance, y-avance.

En attendant ce jour charmant, Je répétais incessamment : Viens, beau jour, viens en diligence ! Y-avance, y-avance, y-avance ! Viens remplir mon impatience.

MONSIEUR PÉPIN

Madame Pépin n'acheta pas le chat en poche lorsqu'elle m'épousa.

AIR : Jean de Vert.

Oh ! J'étais dans mes jeunes ans Un cadet d'importance ! Mes visites chez bien des gens Tiraient à conséquence.

MADAME PÉPIN

AIR : Talalerire.

Prenez un bon mari, ma fille.

OLIVETTE et ARLEQUIN, le relevant

Talaleri, talaleri, talalerire.

DIAMANTINE, effrayée

Ah ! Mon cher oncle !

MONSIEUR PÉPIN, relevé

Ce n'est rien.

MADAME PÉPIN, d'un air inquiet

N'êtes-vous point blessé, mon petit chaton ?

MONSIEUR PÉPIN

Non, ma poule.

OLIVETTE

Quelle union !

DIAMANTINE

Oh ! Pour cela, mon oncle et ma tante vivent dans une intelligence qui fait plaisir.

MONSIEUR PÉPIN

Cela est véritable.

AIR : Voulez-vous savoir qui des deux.

J'ai l'honneur d'être marguillier.

Marguillier : celui qui a l'administration temporelle d'une église, d'une paroisse, qui a soin de la fabrique et de l'oeuvre. [F]

MONSIEUR PÉPIN

Madame Pépin est une franche brebis.

MADAME PÉPIN

Monsieur Pépin est un vrai petit mouton. Il y a trente-huit ans que nous vivons ensemble comme deux tourterelles.

OLIVETTE

Sans vous donner le moindre coup de bec ?

MADAME PÉPIN

Oui, ma mie, trente-huit ans d'amour conjugal.

OCTAVE, à Diamantine

Vous l'entendez, belle Diamantine.

DIAMANTINE

Rien n'est si charmant.

MONSIEUR PÉPIN

Madame Pépin ! Il y a, s'il vous plaît, quarante bonnes années bien complètes.

MADAME PÉPIN, d'un air sérieux

Monsieur Pépin !...

MONSIEUR PÉPIN

Eh ! Madame Pépin ! Nous nous sommes mariés en 1676. J'en ai la note dans mon cabinet.

MADAME PÉPIN, d'un air fâché

La note, la note ! Vous faites-là de belles observations. Belle pièce de cabinet.

MONSIEUR PÉPIN

Croyez-moi, deux ans de plus ou de moins à notre âge... Baste. Notre temps est passé.

MADAME PÉPIN, avec émotion

Parlez du vôtre, monsieur Pépin, parlez du vôtre. Vous n'êtes plus bon à rien ; mais pour moi... suffit. Je ne radote point encore.

MONSIEUR PÉPIN

Mais, que diable, vous voyez,

MADAME PÉPIN, avec précipitation

Oh ! Je vois, je vois que vous aimez à me contredire. Vous avez ce défaut-là, mon mari.

MONSIEUR PÉPIN

Vous en avez bien d'autres, vous, ma femme.

MADAME PÉPIN

Je ne sais comment j'ai pu durer si longtemps avec un homme aussi insupportable que vous.

DIAMANTINE, voulant apaiser madame Pépin

Ma tante !

MONSIEUR PÉPIN

Vous mettez vos ridicules humeurs sur mon compte...

OCTAVE

Monsieur Pépin.

MADAME PÉPIN, avec emportement

Mes ridicules humeurs ! Ah ! Le vieux fou ! Jour de Dieu ! Je vous dévisagerais. Souvenez-vous du chandelier que je vous jetai l'autre jour à la tête.

OLIVETTE, à Madame Pépin

Montrez-vous la plus sage.

MONSIEUR PÉPIN

Souvenez-vous du soufflet que je vous donnai en faisant les rois.

ARLEQUIN, à Monsieur Pépin

Souvenez-vous que vous êtes marguillier.

MADAME PÉPIN

Ne m'échauffez pas les oreilles.

MONSIEUR PÉPIN, outré

Si je mets la main sur vous...

MADAME PÉPIN, furieuse

Ah ! Ç'en est trop !

MONSIEUR PÉPIN

Je perds patience.

Ils se jettent l'un sur l'autre et se battent.

OCTAVE, les séparant

Allons, monsieur Pépin, allons !

DIAMANTINE, les séparant aussi

Madame Pépin !

ARLEQUIN, à Monsieur Pépin

Mon oncle !

OLIVETTE, à Madame Pépin

Ma tante !

DIAMANTINE, à Octave

Vous voyez, Octave, quelle idée me donnent du mariage les arbitres que vous avez choisis. J'y renonce absolument.

OLIVETTE

Et moi, tout de même.

OCTAVE, à part

Que je suis malheureux ! Il faut attendre un temps plus favorable pour vaincre son entêtement.

Il s'en va.

ARLEQUIN

Et moi, mademoiselle Olivette, que vais-je devenir ?

OLIVETTE

Vous, monsieur Arlequin, prenez votre canne, et vous allez promener.

ARLEQUIN, s'en allant

Le diable emporte tous les Pépin présents et à venir.

SCÈNE XV. Monsieur et Madame Pépin, Diamantine, Olivette, Troupe de masques et d'amis invités aux fiançailles.

MADAME PÉPIN, s'essuyant le visage

Cet impertinent ... !

DIAMANTINE

Modérez-vous, ma tante. Voici l'assemblée.

OLIVETTE, à Diamantine

Commençons la fête préparée. Faisons les contre-fiançailles. Réjouissons-nous de n'avoir pas fait la sottise de nous marier.

Les violons qui sont entrés avec la compagnie se font entendre, et les masques forment une danse qui finit la pièce.

146 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica