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un seul est le mot juste.

Proverbe en prose· Drame

Les Soeurs de Lait

Charles-Georges-Thomas Garnier· imprimée en 1785· 6 personnages

Personnages

  • MADAME BEAUPRÉ, veuve
  • JULIE, fille de Madame Beaupré agé de douze ans
  • HENRIETTE, fille de Madame Beaupré agé de quatorze ans
  • MATHURINE, Nourrice des filles de Madame Beaupré
  • MAGDELON, fille de Mathurine et soeur de lait de Madame de Beaupré
  • JAVOTTE, fille de Mathurine et soeur de lait de Madame de Beaupré

LES SOEURS DE LAIT

Le Théâtre représente une salle basse de la maison de madame Beaupré.

SCÈNE PREMIÈRE. Madame Beaupré, Henriette.

Madame Beaupré traverse le théâtre pour sortir ; dans le même instant Henriette le traverse du côté opposé, sa mère l'arrête.

MADAME BEAUPRÉ

Venez ici, Henriette ; où est votre soeur ?

HENRIETTE

Elle est dans le jardin, où je crois qu'elle s'amuse à courir après des papillons.

MADAME BEAUPRÉ

La belle occupation ! Votre soeur est bien folle, bien légère ; elle n'est cependant plus un enfant ; et il me déplait fort de la voir courir de minuties en minuties avec autant d'ardeur que l'on devrait en avoir pour les choses sérieuses. Pour vous, Henriette, je suis plus contente de vous ; quoique vous ne soyez que la cadette, vous montrez plus déraison, et vous êtes moins évaporée. Que faisiez-vous là-haut ?

Minutie : Néologisme au temps du cardinal de Retz qui l'explique par chose de peu de conséquence. [L]

HENRIETTE

Ma chère mère, je repassais ma leçon de clavecin d'hier ; parce que mon maître m'a dit qu'il ne pouvait pas venir aujourd'hui.

MADAME BEAUPRÉ

C'est bien fait. Je sors pour quelques affaires ; lorsque votre soeur fera rentrée, je vous charge de lui témoigner mon mécontentement. Je veux que vous lui donniez des avis, et comme vous avez plus de raison qu'elle, j'entends qu'elle ait des égards pour vous, et qu'elle vous écoute avec docilité. Dites-lui cela de ma part, entendez-vous ?

HENRIETTE

Oui, ma chère mère.

Madame Beaupré sort.

SCÈNE II.

HENRIETTE, seule

Madame Beaupré est à peine sortie, qu'Henriette se redresse et se regarde dans les glaces en se donnant des airs.

Pour cela, Mademoiselle Julie, je vais bien rabattre votre caquet. Quoique vous soyez mon aînée, il faudra que vous m'obéissiez actuellement ; oui, que vous m'obéissiez : car c'est surement ce que ma mère a voulu dire. Aussi n'est-il pas étrange que ce soit l'âge qui établisse la subordination ; comme si, quoique plus jeune, on ne pouvait pas être plus raisonnable. Moi, par exemple, ne suis-je pas faite pour commander à cette folle-là, qui n'a non plus d'intelligence...

Elle lève les épaules.

Qui, au lieu d'étudier ses leçons de clavecin, s'amuse à causer avec le Jardinier, et à lui voir planter ses choux ; qui est assez simple pour lui donner tout son argent, plutôt que d'en acheter des bijoux qui lui feraient honneur.

SCÈNE III. Henriette, Julie.

JULIE, entre d'un air d'empressement, elle tient une boite fermée

Ma soeur, ma soeur, viens voir les beaux papillons que j'ai attrapés.

HENRIETTE, avec dédain

Oui, cela est bien beau vraiment.

JULIE

Ils font charmants, te dis-je ; je n'en ai point encore vu de si brillants.

HENRIETTE

Oui, en vérité ; voilà une occupation bien digne d'une fille de votre âge.

JULIE

Tu te trompes, ma soeur, ce n'est qu'un amusement.

HENRIETTE

Eh bien, soit : voilà un amusement d'une belle espèce, et qui te fera bien de l'honneur dans le monde. Au lieu de t'appliquer à ton clavecin que tu négliges entièrement.

JULIE

Oh ! Mon clavecin m'ennuie ; et je ne veux d'amusements que ceux qui me plaisent.

HENRIETTE, avec un souris moqueur

Tu as un goût vraiment distingué.

JULIE

Comme tu voudras ; mais veux-tu que je te dise, j'aime la liberté, moi, surtout dans mes divertissements. Qu'ai-je affaire de cet homme au ton rogue et dur, qui vient d'un air de pédant m'apprendre à me divertir, et qui ne parvient qu'à m'ennuyer autant que je le vois très souvent s'ennuyer lui-même.

HENRIETTE, haussant les épaules

Quelle petitesse d'idées !

JULIE

Que veux-tu ! Je pense comme cela. Je me plais singulièrement dans notre jardin ; j'y respire un air de liberté qui m'enchante. La fleur que j'ai vu naître, est celle que je préfère pour me parer ; je trouve, ce me semble, un meilleur goût au fruit que j'ai vu croître et mûrir, et que je cueille de ma main. Ces amusements, s'ils n'ont pas le brillant des tiens, sont au moins fort innocents.

HENRIETTE

C'est fort bien dit ; mais, ma mère, qui n'a pas le goût rustique comme toi, est fort mécontente, et tu devrais pour la satisfaire.

JULIE, légèrement

Oui, je voudrais de tout mon coeur, pour lui plaire, que le clavecin fut plus de mon goût... À propos, que je t'apprenne une nouvelle.

HENRIETTE

Comment donc ?

JULIE

Mais une nouvelle qui te fera sûrement bien du plaisir.

HENRIETTE

Eh quoi encore ? Dis donc vite.

JULIE

Devine.

HENRIETTE

Oh ! je ne lais pas deviner ; tu m'impatientes.

JULIE

Notre maman-nourrice est ici.

HENRIETTE, avec un grand éclat de rire

Ah, mon_Dieu, voilà ta nouvelle !

JULIE

Mais, oui.

HENRIETTE

C'est là cette bonne nouvelle, cette grande nouvelle ?

JULIE

Est-ce qu'elle ne te fait pas plaisir.

HENRIETTE, d'un ton dédaigneux

Mais, ni plaisir, ni peine ; je crois que je ne suis pas faite pour m'occuper beau coup de ces gens-là.

JULIE

Elle est pourtant ta nourrice aussi bien que la mienne.

HENRIETTE

À la bonne heure.

JULIE

Elle a amené nos deux soeurs de lait, Magdelon et Javotte.

HENRIETTE

Que m'importe !

JULIE

Tu es bien froide ; il me semble que la reconnaissance...

HENRIETTE, piquée et avec hauteur

Point de leçons, s'il vous plait, Mademoiselle ; c'est à moi de vous en donner. Songez feulement à vous comporter avec plus de retenue qu'à votre ordinaire.

JULIE, surprise

Eh mais, mais, tu badines, je crois.

HENRIETTE, d'un ton absolu

Point du tout. Demandez à ma mère, elle fait que j'ai plus de raison que vous ; et elle m'a chargée de vous commander. Entendez-vous, Mademoiselle ? Ainsi prenez garde de vous compromettre dans l'accueil que vous ferez à votre nourrice.

JULIE

Brrr ; comme je me moque de tes ordres.

Elle sort en sautant et en chantant.

SCÈNE IV.

HENRIETTE, seule, avec dépit

Eh bien ! Voyez donc cette extravagante ; comme elle est rétive, opiniâtre. Oh pour cela, j'en aurai raison. Mais bon, voici la nourrice ; elle ne l'aura sûrement pas ren contrée.

Aussitôt qu'elle aperçoit entrer Mathurine, elle va s'asseoir dans un coin du théâtre, tire de son sac une pièce de broderie et travaille.

SCÈNE V. Henriette, Mathurine, Magdelon, Javotte.

Mathurine entre d'un air épanoui ; ses filles la suivent d'un air honteux et décontenancé.

MATHURINE

Eh, bonjour, m'n'enfant, mon Henriette ; Jésus ! Comme la v'là brave et grandelette !

HENRIETTE, sans la regarder

Bonjour, ma bonne.

MATHURINE

Comme ça est devenu grand et gentil ; moi qui ai vu ça si petit. Mon_Dieu ! Ça me confond. Embrasse-moi donc, ma pauvre enfant ; je pleure de joie.

HENRIETTE, déconcertée, se laisse embrasser

Plus doucement, ma bonne ; vous me faites mal.

MATHURINE

Mon_Dieu, comme t'es devenue délicate, indifférente du depuis qu'tu n'es plus au village. Dame, c'est que je t'aimons toujours bian tretous.

HENRIETTE, toujours travaillant

C'est bien fait, ma bonne.

MATHURINE, prend Magdelon par le bras et la présente à Henriette

Tians, v'là ta soeur Magdelon qui est si contente de te voir, alle est aussi grande que toi ; mais, trédame , alle n'est ni aussi gente, ni aussi brave. Approche, Magdelon.

MAGDELON

Ma mère, je suis honteuse.

HENRIETTE

Elle a raison, nourrice ; vous êtes trop familière.

MATHURINE

Comment, est-ce que tu ne la reconnais plus ? C'est ta soeur Magdelon ; je vous baillais mon lait dans le même temps. Aussi vous vous aimiais, vous vous embrassiais.

À Magdelon.

Allons, nigaude, approche, approche donc.

MAGDELON, s'avance pour embrasser Henriette

Si vous vouliais permettre...

HENRIETTE, la repousse durement

Doucement, doucement donc, vous allez gâter mes habits.

MAGDELON, pleurant

Ah ! Ma mère, ce n'est pas là ma soeur Henriette qui m'aimait tant.

MATHURINE

Si fait, si fait, c'est alle-même ; mais c'est qu'alle n'est plus au village. Ses biaux habits l'y faisont torner la tête, vois-tu ; not' pauvreté l'y fait honte, et not' amiquié l'y fait déshonneur.

MAGDELON

Est-ce que je n'avons pas de l'honneur itou, nous autres, quoique je soyons pauvres.

JAVOTTE

Oh, pour ma soeur Julie, alle a un meilleur coeur qu'ça, je gage.

MATHURINE

Tu pardras, m'n'enfant. Va, je parierois moi, que c'est la même chose. Est-ce que stelle-ci ne nous baillait pas assez de signifiances d'amiquié. Tant que je les avons au village, vois-tu, alles font douces, accortes ; alles nous font des amiquiés, des carresses ; maman-nourrice par-ci, ma soeur Magdelon par-là ; oh, je vous aimons tant, j'aurons tant soin de vous... vous ne manquerais jamais. Mais, à la ville, ils nous les gâtont ; alles devenont fiares, ingrates...

HENRIETTE, avec aigreur

Ma bonne, finissez vos propos, s'il vous plait. Si j'ai été nourrie chez vous, on vous a bien payée sans doute, et vous n'avez rien à dire.

MATHURINE

Oh ! Madame vot'mère m'a toujours bian aidée, bian reconnue, et j'aurions tort de nous plaindre d'elle ; mais vous que j'ons nourrie, que j'ons soignée comme not' enfant, à qui j'avons bouté not' affection tout ainsi comme, nous avoir ainsi rebutées...

Elle pleure.

Ça est bian rude.

HENRIETTE

Mais vous êtes folle, ma bonne.

SCÈNE VI. Henriette, Julie, Mathurine, Magdelon, Javotte.

JULIE, entre en courant et faute au cou de Mathurihe

Eh ! Vous voilà, maman-nourrice, il y a une heure que je vous cherche.

MATHURINE, s'essuyant les yeux

Bonjour, mameselle Julie.

JULIE

Ah ! Et voici m'amie Javotte ; comment te portes-tu ?

JAVOTTE, s'essuyant aussi les yeux et faifant la révérence

Bian de l'honneur à nous, mameselle Julie.

JULIE

Eh bien, pourquoi ne m'appelles-tu pas ta soeur ? Est-ce que je ne suis pas ta bonne amie ? Mais tu pleures, je crois ; qu'as-tu donc ?

JAVOTTE

C'est ma mère qui a du chagrin.

JULIE

Mais oui ; vous pleurez aussi, maman-nourrice ; et toi aussi, Magdelon ; qu'est-ce que tout cela lignifie donc ? Le papa-nourricier serait-il malade ?

MATHURINE, faisant la révérence

Non, Dieu marci, mameselle Julie.

JULIE

Oh ! Pour le coup, vous m'impatientez avec vos révérences, et vos mameselle Julie. Maman-nourrice, je me rappelle toujours avec reconnaissance les soins que vous avez eus de moi.

JAVOTTE, à Mathurine

Quand je vous le disais, ma mère, qu'elle avait le coeur bon stelle-là.

JULIE

Et toi, ma petite Javotte, je t'aime toujours de tout mon coeur.

JAVOTTE, faisant la révérence

Bian obligée, mameselle Julie.

JULIE, avec impatiente

Finirez-vous ; ou bien je vais me fâcher tout à fait.

MATHURINE

Trédame, je parlons comme on nons l'a commandé. A c't'heure qu'ous êtes grand'dame ; je ne sommes pas daignes de vot' amiquié.

JULIE

Voilà de bien sots propos. Ce n'est pas moi qui les tiens, maman-nourrice ; allez, je vous ferai attachée toute ma vie ; je n'oublierai jamais que je dois à vos foins ce qui en fait le bonheur.

MATHURINE

La daigne enfant ! V'là parler ça ? V'là qu'est d'eun bel exemple pour les enfants fiars et ingrats qui nous méconnaissons.

HENRIETTE, qui pendant toute cette scène est restée à son ouvrage, en l'interrompant par différents gestes d'impatience, et lève et fort brusquement

Oh ! Je n'y tiens pas.

SCÈNE VII. Julie, Mathurine, Magdelon, Javotte.

JULIE

Bon ! La voilà partie, maman-nourrice, je vous attendais avec impatience.

Elle va prendre un petit coffre de carton, qu'elle ouvre.

Tenez, voilà une coiffure et un mouchoir de cou que je vous garde depuis longtemps.

MATHURINE, considérant ce que lui donne Julie

La brave enfant !

JULIE

Et toi, Javotte, voilà un petit coeur d'or que je veux que tu portes toujours pour te ressouvenir de moi.

JAVOTTE

Oh ! Je n'ons pas besoin de ça pour vous aimer de tout not' coeur, mameselle Julie.

JULIE

Encore mameselle Julie. Oh bien, tu n'auras pas le coeur d'or, et tu ne feras plus ma bonne amie, si tu ne m'appelles pas ta soeur.

JAVOTTE

Eh bien, ma soeur, je vous remarcie.

JULIE

Allons , embrasse-moi.

Elles s'embrassent.

Et toi, ma pauvre Magdelon, il faut que je te trouve aussi quelque chose. Ah ! Tiens, voilà une petite croix d'argent. Dame, je ne peux pas te donner davantage actuellement.

MAGDELON, faisant des révérences

Oh ! Mameselle... C'est toujours plus... Je ne méritons pas...

JULIE

Allons, prends et ne fais pas la sotte.

MAGDELON

Grand marci, mameselle Julie.

MATHURINE, transportée

Pour le coup, je n'y tenons plus ; v'là un coeur ça, auprès de l'autre : je sommes bian consolée du chagrin qu'alle m'a donné.

JULIE

Comment donc ?

MATHURINE

Ta soeur, m'n'enfant, qui ne te vaut pas, faut voir ; si tu savais comme alle nous a reçues, en faisant la madame ; comme alle nous a rebutées quand j'avons voulu l'y faire amiquié. Tians, j'en fis encore toute je ne sais comment ; et c'te pauv' Magdelon, alle ne peut pas s'en remettre.

JULIE

Allez, allez, il ne faut pas prendre garde à cela. Est-ce que je na vous reste pas, moi ? Ne vous inquiétez pas, je vous aimerai pour deux ; je serai aussi la soeur de Magdelon, ainsi vous ne perdrez rien.

SCÈNE VIII. Madame Beaupré, Julie, Mathurine, Magdelon, Javotte.

MADAME BEAUPRÉ, à Julie sévèrement

Eh bien, Mademoiselle, avez-vous assez couru, assez folâtré toute la journée. Fi, n'avez-vous pas de honte, un petit garçon est moins dissipé que vous.

Apercevant Mathurine.

Ah, ah, vous voilà, Mathurine, bonjour.

MATHURINE, faisant la révérence

Je qis vot' sarvante, Madame Beaupré.

MADAME BEAUPRÉ

Voilà, je crois, vos filles, les soeurs de mes enfants ; comme elles sont grandes et fortes, cela doit vous faire plaisir à voir, nourrice ?

MATHURINE

Dame, madame, ça m'est itou bien agréable.

MADAME BEAUPRÉ

Ont-elles vu leurs soeurs ? Car c'est ainsi que je veux qu'elles appellent mes filles. Sans doute qu'Henriette a été bien contente de vous voir.

MATHURINE, avec un long soupir

Ah ! Not' dame, vous avais toujours eu plus de bontés pour moi que je n'en sommes daignes.

MADAME BEAUPRÉ

Qu'est-ce à dire, nourrice ? Vous n'avez point l'air contente. Vous aurait-on mal reçue ? Je voudrais bien savoir cela, par exemple ; Mademoiselle Julie, vos folies me préparent-elles quelque nouveau chagrin ?

JULIE

Moi, ma chère mère ; maman-nourrice vous dira si je ne l'ai pas reçue avec plaisir.

MADAME BEAUPRÉ

Je le crois, mais cela ne suffit pas. Peut-être lui aurez-vous dit quelque chose de désagréable : car vous êtes si folle, si inconséquente.

MATHURINE

Oh ! Madame, ben du contraire.

MADAME BEAUPRÉ

Mais encore ; je veux savoir ce qui vous chagrine, nourrice. Peut-être n'aura-t-elle pas fait d'amitié à sa soeur... Oui, c'est cela sûrement : ces petits airs ne me conviennent point du tout, Mademoiselle : imitez votre soeur Henriette ; elle est douce, sage , posée ; elle a l'âme sensible, reconnaissante, généreuse, je suis sûre qu'elle aura accablé sa soeur de caresses.

SCÈNE IX ET DERNIÈRE. Les précédents, Henriette.

MADAME BEAUPRÉ

Eh bien, Henriette, n'êtes-vous pas contente de voir votre soeur et votre nourrice ?

HENRIETTE, d'un air contraint

Mais, oui, ma chère mère.

MADAME BEAUPRÉ

Je vous le disais bien, qu'elle est sensible et bien née, ma fille Henriette. Mais, qu'est-ce que je vois entre vos mains, nourrice ? je gage que ce font des présents de ma fille Henriette. Ah ! Que je suis contente de cette marque de sa reconnaissance et de won attachement ; les larmes m'en viennent aux yeux de satisfaction.

Elle embrasse Henriette.

Ah, ma chère Henriette, tu seras la consolation de mes vieux jours.

À Julie.

Et vous, Mademoiselle, profitez d'un si bel exemple, si votre légèreté vous le permet.

MATHURINE, faisant la révérence

Je vous fais excuse, not' dame, c'est mameselle Julie qui m'a baillé ça ; v'là itou ce qu'alle a donné à mes filles.

MADAME BEAUPRÉ

Quoi ! C'est vous, Julie ! Vous ne m'en disiez rien.

JULIE

Ma chère mère, je ne croyais pas que cela en valut la peine.

MADAME BEAUPRÉ

Et Henriette ?

MATHURINE

Oh ! Madame, je ne sommes pas daignes de l'approcher ni de l'y parler, alle est trop grand'Dame.

MADAME BEAUPRÉ, mécontente

Oui dà.

HENRIETTE

Ma chère mère, vous ne croyez pas... ;

MADAME BEAUPRÉ, sévèrement

Rentrez, mademoiselle.

À part, après un instant de silence.

Je vois que j'ai été la dupe de leurs caractères, et cela arrivera toujours à ceux qui au lieu d'approfondir les coeurs, ne s'arrêteront qu'à la superficie.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0