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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Joseph

Claude-Charles Genest· imprimée en 1711· 5 actes· 1 401 vers· 13 personnages

Personnages

  • JOSEPH, fils de Jacob et de Rachel
  • AZANETH, femme de Joseph
  • RUBEN, ainé de Joseph
  • SIMÉON, ainé de Joseph
  • JUDA, jeune frère de Joseph
  • BENJAMIN, jeune frère de Joseph
  • SEPT AUTRES FRÈRES DE JOSEPH
  • THIAMIS, Égyptien, principal Officier de Joseph
  • HELY, vieil Hébreu qui avait élevé Joseph
  • THERMUTIS, Égyptienne, confidente d'Azaneth
  • OFFICIER ÉGYPTIEN
  • PHARAON, Roi d'Égypte
  • GARDES
Dédicace

À SON ALTESSE SERENISSIME MADAME LA DUCHESSE DU MAINE, SOUVERAINE DES DOMBES,

Je vous offre une Tragédie qui n'est plus à moi, elle est toute à VOSTRE ALTESSE SERENISSIME, Vous l'avez, pour ainsi dire, adoptée ; vous l'avez animée par votre voix et par votre esprit. On vous a vu répandre sur elle ces charmes et cette dignité attachez à votre personne et à votre rang. C'est Vous, enfin, MADAME, qui la donnez au Public, et qui daignez souhaiter que votre Nom paraisse au frontispice de cet ouvrage.

Vous voulez mettre le comble à tant de grâces, par cette dernière marque d'une recommandation si glorieuse. Oui, sans doute en lisant ici le Nom de VOTRE ALTESSE SERENISSIME, on se resouviendra des suffrages que vous emportiez en faveur de Joseph. On ne voudra pas attaquer ce que vous protégez avec tant de bonté. Et d'ailleurs, MADAME, on peut se faire honneur de suivre vos sentiments.

Ne fait-on pas que les Beaux-Arts, aussi bien que les sciences les plus élevées, vous ont ouvert tous leurs secrets ? Ignore-t-on, MADAME, que vous avez entendu les Narrations des Homères et des Virgiles ; que les Térences, les Sophocles, les Euripides, ont rappelé devant vos yeux les plus beaux spectacles de Rome et de la Grèce ? Dans vos nobles divertissements vous avez fait des observations que les plus habiles critiques estimeraient comme le plus digne fruit de leurs veilles. Vous avez vérifié par vos jugements, ce qu'on nous a dit tant de fois ; que les Règles de la Poétique n'étaient autre chose que des Réflexions d'un excellent Esprit appliqué à juger des ouvrages qu'on lui présente.

VOTRE ALTESSE SERENISSIME est riche de ses propres biens. Ses connaissances les plus rares sont des avantages nés avec Elle. D'où aurait-elle emprunté cette vive éloquence, qui brille sur toutes sortes de sujets, et se forme si facilement à toutes fortes de styles ; qui nous étonne par la force du discours et du raisonnement, et nous surprend par des tours fins et délicats, par des grâces toujours variées et toujours nouvelles.

Quelle pénétration ! Quelle justesse ! Quel assemblage de dons précieux ! Et ce qui me paraît tous les jours le plus digne d'une louange singulière, c'est que toutes les lumières de votre Esprit ne tendent jamais qu'à la vérité. C'est aussi le motif de ma confiance. Si VOTRE ALTESSE SERENISSIME se déclare si favorablement pour Joseph, il faut qu'il vous ait plu ; et qu'il ait véritablement mérité de vous plaire. Vous avez d'abord trouvé ce mérite dans le choix de mon Sujet. Vous avez jugé que cette Histoire où commence la Grandeur des Patriarches, porte en elle-même un caractère d'immortalité ; et que plus j'y conservais l'impression et la simplicité de mes sacrés origiNaux, plus mon travail serait capable de résister au temps.

Ces sentiments ont été bien secondés par ceux d'un Prince qui n'en a jamais de contraires aux vôtres. Monseigneur le Duc du Maine, en qui les plus solides vertus sont unies à la plus grande élvation de l'esprit, ne pouvait manquer d'être touché comme Vous, de ces pures idées de Morale et de Religion. Il partage avec Vous, MADAME, la protection que vous donnez à Joseph. Il veut que je m'honore des larmes qu'il a versées aux Lectures et aux Représentations* de cette Tragédie.

Pour moi, MADAME, je devrais être en repos, après l'avoir mise entre vos mains. En vous l'offrant, j'ai la satisfaction de vous obéir. Et si j'y prends encore quelque intérêt, ce n'est que par rapport à ma reconnaissance. Mon plus grand désir serait de pouvoir graver ici par des traits immortels, le zèle inviolable, et le respect très profond avec lesquels je suis,

MADAME,

de VOTRE ALTESSE SERENISSIME,

Le très-humble et très obéissant serviteur, l'Abbé GENEST.

* à Clagny.

AVERTISSEMENT

Je fais une préface, où, selon la coutume, je rendais raison de mon ouvrage, et répondais à des objections bien ou mal fondées. Mais elle me devient absolument inutile, et j'ai crû devoir la retrancher, pour faire place au Discours que Monsieur de Malezieu adresse à Madame la Duchesse DU MAINE. Ce n'est pas toutefois que j'accepte les Louanges qu'il me donne, comme si elles m'étaient dues ; je les regarde plûtôt comme de précieux témoignages de son amitié.

Quoiqu'il s'étende un peu sur des circonstances qui me sont avantageuses, on peut reconnaître qu'elles ne diminuent point la force de ses raisonnements ; et je suis persuadé qu'indépendamment de Joseph , on trouvera beaucoup de plaisir et d'utilité à lire de si belles et de si savantes Remarques sur la Tragédie ancienne et moderne.

ACTE PREMIER

SCÈNE I. Azaneth, Thermutis.

SCÈNE II. Azaneth, Thiamis, Thermutis.

SCÈNE III. Thiamis, Hely.

SCÈNE IV. Joseph, Hely.

JOSEPH

Dieu, qui fut toujours ma plus sûre défense, Fit briller sur mon front le calme et l'innocence. Le Maître des prisons, chargé de me punir, De ces ordres reçus perdit le souvenir. Ni plaintes, ni regrets ne partent de ma bouche ; Mon regard l'adoucit, et la pitié le touche ; Libre au milieu des fers, j'allais de tous côtés Consoler les captifs en ces lieux arrêtés. Deux hommes de la Cour, accusés de grands crimes, Sont par l'ordre du Roi mis dans ces noirs abîmes Je les vois chaque jour tremblants et désolés ; Par des songes divers leurs esprits sont troublés. Je leur prédis, Hely, par un céleste indice, À l'un sa délivrance, à l'autre son supplice ; L'effet suit ma parole ; et des ordres nouveaux Retirent l'un des fers, livrent l'autre aux bourreaux. Celui qui se voyait rétabli dans sa gloire, Devoir de ma prison conserver la mémoire, Parler au Roi pour moi ; mais dans un calme heureux, L'ingrat ne songea plus à mon sort rigoureux. Deux ans après le Roi sent son âme agitée, Et de songes frappants vivement tourmentée. Il veut que promptement les mages assemblés, Lui montrent du destin les secrets dévoilés. Il n'a plus de repos, la Cour est en tumulte ; Les sages sont muets, en vain on les consulte. Alors ce prisonnier, rétabli près du Roi. Plein d'un espoir flatteur se ressouvient de moi. Il me propose, il dit que fidèle interprète, J'expliquerai du sort l'ordonnance secrète. Je viens, et je réponds au plus puissant des Rois, Que peut-être le Ciel parlerait par ma voix. Dieu seul sait pénétrer les ténèbres obscures, Que sa sagesse a mis sur les choses futures ; Cet être sans principe ; et qui ne peut finir, N'a point de temps passé, ni de temps à venir ; Tout est présent pour lui sa sainte Providence, Des décrets qu'elle forme a pleine connaissance ; Et jamais incertain, et jamais limité, Tous les temps font un point dans son éternité. Afin d'en obtenir les secrètes lumières, J'adresse à ce grand Dieu mes ardentes prières ; Il exauce mes voeux, il daigne m'éclairer, Et tu vois les conseils qu'il a su m'inspirer. C'est par lui que ma voix a prédit sept années D'abondantes moissons richement couronnées ; Et qu'après tous ces biens, les champs secs et brûlés, Tromperaient le désir des peuples désolés. Je dis que par l'amas des récoltes fertiles, On prévint le malheur de ces saisons stériles. J'ajoute le conseil de ne point déclarer ; En prévenant le mal, combien il doit durer ; Que les peuples toujours vivent dans l'espérance, Et d'une année à l'autre attendent l'abondance. Qu'un homme ordonne tout, dont la pure équité, L'infatigable soin, la sage autorité, En modérant l'excès, réglant le nécessaire, Chassent également l'abus et la misère. Ce conseil vient d'un Dieu, s'écrie alors le Roi, Ce même Dieu me montre un ministre ; c'est toi.

JOSEPH

Que j'eus de trouble en les voyant paraître ! Comme il m'était prédit, je les vis à mes pieds, Timides, suppliants, tremblants, humiliés. Je leur laisse ignorer qu'ils parlent à leur frère ; J'écoute, je m'instruis du fort de notre père ; Avant que ma tendresse ose se déclarer, Tu retour de leur coeur, je cherche à m'assurer. Ils ne m'ont point connu. Qui d'eux aurait pu croire Qu'un malheureux captif parvint à tant de gloire ? Pour calmer mes transports, qui voulaient éclater, Hely, je me forçai jusqu'à les maltraiter ; Je les fis dès l'abord ôter de ma présence ; Ensuite témoignant pour eux plus d'indulgence, On chargea des chameaux de ces riches présents Qui peuvent ranimer les mortels languissants. Thiamis accepta l'or qu'ils lui présentèrent Pour le prix des moissons qu'en Hébron ils portèrent ; Mais cet or aussitôt, par mon commandement, Sur les mêmes chameaux fut mis secrètement. Et sans me découvrir ainsi je les renvoie. De revoir Benjamin je me promis la joie. Je leur ordonne à tous, Hely, de l'amener, Je leur défends, sans lui, de jamais retourner, S'ils veulent que les dons de nos fertiles plaines, Des peuples du Jourdain puissent finir les peines. Je retins Siméon pour gage de leur foi, Siméon que j'ai vu le plus cruel pour moi, Qui voulut dans mon sein porter sa main sanglante. Hélas ! Je me flattais d'une erreur décevante ! J'espérais que bientôt, pour un nouveau secours, À mes bontés encor forcés d'avoir recours, Ils conduiraient ici Benjamin mon cher frère, Qui peut-être après lui m'attirerait mon père. J'ai compté tous les jours que j'ai vu s'écouler. De combien de frayeurs je me sens accabler ? Peut-être que Jacob, ce vieillard vénérable, Succombe entre les siens sous un fléau redoutable ; Et peut-être en venant le jeune Benjamin Se perd dans les déserts, ou périt en chemin. Hely, voilà d'où vient ma profonde tristesse. Tous ces honneurs, hélas ! Ces marques d'allégresse, Tous ces chants de triomphe aigrissent dans mon coeur De mes tristes pensers la cruelle rigueur ! Non, cet éclat pompeux n'a point de quoi me plaire, S'il ne peut me servir à soulager mon père ; Ce ne sont que des fers qui viennent m'attacher, Et m'ôtent le bonheur de le pouvoir chercher. Mais je me ressouviens qu'une Cour qui m'appelle, S'empresse d'applaudir à ma gloire nouvelle. Hely, sans écouter leurs applaudissements, Je me vais à leurs yeux montrer quelques moments.

ACTE II

SCÈNE I. Joseph, Azaneth.

SCÈNE II. Joseph, Hely.

SCÈNE III. Joseph, Siméon, Hely.

JOSEPH

Hely !

SCÈNE IV. Joseph, Hely.

JOSEPH

Je l'ai chassé. Mon âme trop émue, Ne pouvait plus cacher mon désordre à sa vue. Ah ! Puisqu'on ne vient pas, Hely, sans différer À Partir avec lui tu dois te préparer. Va porter mes présents, va dans la Palestine Arrêter les rigueurs de l'horrible famine. Peut-être c'est trop tard ! Que de temps j'ai perdu ! À donner ces secours j'aurai trop attendu ! Tout ce qu'à fait pour moi ta feinte providence, Grand Dieu, doit me remplir de joie et d'espérance, Je crois qu'avec ce soin qui conserva mes jours, Sur mon père Jacob ton oeil veille toujours, Mais pardonne, grand Dieu, pardonne à ma faiblesse, Qui semble quelquefois oublier ta promesse. Tu choisis Abraham, et voulus l'éclairer Pour connaître ton nom, te servir, t'adorer. Tu lui promis, Seigneur, que sa race féconde De ses enfants élus, remplirait tout le Monde, Et que toujours comblés de tes sacrés bienfaits, Ils chanteraient ton nom, et ta gloire à jamais. Mais, hélas ! On dirait qu'aujourd'hui leurs offenses, Ont ramené sur eux le temps de tes vengeances ! La faim qui détruit tout, règne avec plus d'horreur Que n'en eut le Déluge aux jours de ta fureur ! Sur les bords du Jourdain tout périt ; et j'ignore Ce que devient mon père, et s'il respire encore. Ma crainte rompt le cours de mes félicités. Découvre-moi sur lui tes saintes volontés, Grand Dieu, déclare-moi ce qu'il faut que j'espère. Ces biens que tu me fais, répands-les sur mon père ; Après qu'à son amour j'ai coûté tant de pleurs. En lui montrant Joseph, termine ses douleurs. Mes voeux...

SCÈNE V. Joseph, Thiamis, Hely.

SCÈNE VI. Joseph, Ruben, Juda, Benjamin, etc, Hely, Thiamis.

SCÈNE VII. Joseph, Hely.

ACTE III

SCÈNE I. Azaaneth, Thermutis.

AZANETH

Memphis vient d'éclater d'une pompe nouvelle Dans l'Egypte jamais fête ne fut si belle. Tous ces riches trésors en public étalés, En des siècles heureux, sous vingt rois, rassemblés, Des Arts les plus savants l'ingénieuse adresse, Qui surpassait encor l'éclat de la richesse ; Tout de Sophoneas honorait la grandeur, Tout de ce jour fameux relevait la splendeur. Des peuples différents de tout ce vaste Empire, Pour lui le juste zèle également conspire. As-tu bien entendu leurs applaudissements ? Thermutis, as-tu vu leurs tendres mouvements ? De tapis et de fleurs Memphis partout ornée ; Et toute cette foule à genoux prosternée ? Du peuple et des hérauts discernais-tu la voix ? N'as-tu pas entendu répéter mille fois ; C'est par lui que l'Egypte en biens est si féconde ; Qu'il vive ; c'est le père et le Sauveur du Monde. Vous qui faites trembler la Terre sous vos pas, Vous, Guerriers furieux, qui parmi les Combats , Traînant avec l'effroi la Parque meurtrière, Répandez à nos yeux une triste lumière ; Qui triomphez souvent des Peuples égorgés, De Trônes abattus, des états ravagés, Que l'on doit préférer ce Triomphe paisible À toute vôtre gloire et funeste et terrible ! Mon époux triomphant, sans orgueil, sans fierté, Nous montrant sur son Char sa douce Majesté , Par un regard serein, une modeste joie, Répondait à ces cris qu'au Ciel Memphis envoie. Mais bientôt de sa gloire il a paru lassé. Et trop vite à nos yeux le Triomphe a passé. Les premiers de la Cour qu'à sa Table il invite, Dans son appartement revenant à sa suite, Il fait à ce festin appeler ces Hébreux ! D'où viennent tant d'égards qu'il témoigne pour eux ? Moi-même à me troubler je suis ingénieuse ; Je ne puis modérer ma crainte curieuse. Qui font ces inconnus ? Que viennent-ils chercher ? De quelle inquiétude ont ils pu le toucher ? J'ai chargé Thiamis de voir ce qui se passe. Je viens de le mander.

Pompe : Appareil magnifique et somptueux. [L]

SCÈNE II. Azaneth, Thiamis, Thermutis.

SCÈNE III. Joseph, Azaneth.

SCÈNE IV. Joseph, Hely.

SCÈNE V. Joseph, Ruben, Siméon, Juda, Benjamin, Thiamis.

SCÈNE VI. Joseph, Hely.

ACTE IV

SCÈNE I. Joseph, Hely.

JOSEPH

Ah ! Qu'il revienne, Hely. Je ne puis consentir À quitter Benjamin, à le laisser partir ; Et je crois que le Ciel, à mes desseins propice, Approuve de mon coeur l'innocent artifice. De Jacob cependant je prévois la douleur. Tu peux toi-même, Hely, détourner ce malheur. Au lieu de Benjamin, toi, pars avec mes frères ; Ensemble portez-lui ces moissons salutaires. Dis-lui tout ce que Dieu daigne faire pour moi, Les biens que j'ai reçus, l'état où je me vois. Dis-lui que Benjamin m'est plus cher qu'à lui-même ; Et que je l'associe à mon bonheur suprême. Qu'enfin je crains pour lui des frères inhumains ; Que je le veux ôter de leurs cruelles mains, Peut-être qu'à son tour cette maligne envie , Qui me vendit esclave, attaquerait sa vie. Hé quoi ? Si de mon père on le voit trop aimé, Et si pour son mérite il est trop estimé, Bientôt de cet amour, bientôt de cette estime, Ses frères ennemis lui pourraient faire un crime ; Ses charmantes vertus armeront le courroux, De ces esprits livrés à leurs transports jaloux. De ces perfides coeurs on connaît la faiblesse ; Ils révèrent un Dieu quand le malheur les presse ; Et de ce même Dieu, qu'ils ont tant imploré, Sitôt qu'ils font heureux le nom est ignoré. Par les coups du malheur leur âme est abattue ; Mais leur malignité n'est pas encor vaincue. Pour mon cher Benjamin je veux les éprouver ; Jusqu'au moindre regard je vais les observer. Pour connaître leur coeur, Hely, forcé de feindre, Si je les fais souffrir, j'en suis le plus à plaindre ? J'entends du bruit, c'est eux.

SCÈNE II. Joseph, Ruben, Siméon, Juda, Benjamin, Thiamis, Hely.

SCÈNE III. Joseph, Officier, Benjamin, Ruben, Siméon, Juda, etc. Thiamis, Hely.

SCÈNE IV. Joesph, Juda, Siméon.

SCÈNE V. Ruben, Siméon, Juda.

ACTE V

SCÈNE I. Ruben, Siméon, Juda.

SCÈNE II. Joseph, Ruben, Simeon, Juda.

JUDA

Votre main bienfaisante a daigné nous nourrir, Vous nous avez, Seigneur, empêché de mourir ; Vos premières faveurs des autres sont un gage. Daignez, hélas ! Daignez conserver votre ouvrage ; De vos dons précieux soyez ici jaloux ; Et que plus d'une fois nous respirions par vous ; Objets infortunés d'une si noble envie, Qu'un généreux pardon nous donne encor la vie. Dans l'accusation de ce crime odieux, Nous voyons éclater la vengeance des Cieux ; Je l'avouerai, Seigneur, ce que l'on nous impute, Vient d'un ordre d'en haut qui sur nous s'exécute ; Et pour un crime faux un juste jugement, Sur de vrais criminels porte le châtiment. Nous tous, hors Benjamin, méritons le supplice ; Lui seul est innocent, que lui seul vous fléchisse. Si l'ennui dont Jacob est encor pénétré, Pour la mort de Joseph si tendrement pleuré, Ne nous avait appris quelle atteinte mortelle Lui fera ressentir cette perte nouvelle, Soumis à votre loi, respectant vos arrêts, Nous mourrions sans former ni plaintes ni regrets. Ah ! Seigneur, si le Ciel qui vous rend tout prospère, A conservé les jours de votre auguste père, S'il jouit de la gloire et du plaisir si doux, De donner à l'Égypte un maître tel que vous, S'il voit en vous l'objet de sa digne tendresse, Et l'admirable appui d'une heureuse vieillesse ; C'est en son nom, Seigneur, que nous vous implorons, C'est par son nom sacré que nous vous conjurons De rendre au vieux Jacob Benjamin qu'il appelle. Accordez cette grâce à l'amour paternelle ; Et que Dieu, qui lui-même est père des humains, Verse toujours sur vous ses dons à pleines mains. Rendez-nous Benjamin. Ou si votre justice Pour son crime apparent ordonne son supplice, S'il doit mourir, changés de victime aujourd'hui, J'irai sur l'échafaud, et je mourrai pour lui. Si par une autre peine, à son crime ordonnée, Vous destinez aux fers sa vie infortunée, Permettez que pour lui j'ose me présenter, Et vous offre une main plus propre à les porter, Nourri dans les travaux, mon zèle infatigable, Seigneur, de vous servir me rendra plus capable, Si de vos châtiments je puis le garantir, Pour moi ce joug pesant se fera peu sentir. Chaîne, prison, trépas, quelque sort que j'obtienne, S'il retourne à Jacob....

SCÈNE III. Joseph, Benjamin, Ruben, Siméon, Juda, etc.

BENJAMIN

Vous !

BENJAMIN

Seigneur !

SIMÉON

Joseph !

sCÈNE IV. AZANETH, Joseph, ses frères.

SCÈNE V. Pharaon, Azaneth, Joesph, ses frères, Gardes.

1 401 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0