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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes

Pénélope

Claude-Charles Genest· créée en 1684, imprimée en 1703· 5 actes· 1 598 vers· 12 personnages

Représentée, pour la première fois, le 22 janvier 1684.

Personnages

  • PÉNÉLOPE, femme d'Ulysse
  • ULYSSE, roi d'Ithaque
  • TÉLÉMAQUE, fils d Ulysse et de Pénélope
  • EURIMAQUE, roi de Samos
  • IPHISE, fille d'Eurimaque
  • EUMÉE, ministre d'Ithaque
  • ANTINOÜS, prince sujet d'Ithaque
  • ÉRICLÉE, gouvernante de Télémaque
  • EURINOME, autre femme de la reine
  • ARGINE, confidente d'Iphise
  • ARCAS, confident d'Antinoüs
  • GARDES
MADAME,

MADAME LA DUCHESSE D'ORLÉANS.

Si Pénélope a tiré quelque recommandation d'avoir fait verser des larmes plus glorieuses ; et j'ose dire qu'elles ont encore fait plus d'honneur à VOTRE ALTESSE ROYALE elle-même. Dès votre plus tendre enfance, on vous a vu pleurer à la simple lecture de cette Tragédie. Dans un âge où les autres peuvent à peine distinguer les figures d'un tableau qu'on leur explique, VOTRE ALTESSE ROYALE sut démêler les intérêts de tous les différents personnages qu'elle entendait parler, suivit tous les mouvements qui les faisaient agir, fut touchée des sentiments les plus sérieux et les plus élevés. Dès ce moment-là je commence à connaître tout ce que nous devions attendre de V. A. R. Lorsque tout le monde s'arrêtait à voir croître en Elle cette Beauté modeste et majestueuse, ce mélange de douceur, de grâces et de grandeur, je ne les considérais que comme l'impression visible des qualités de votre âme. Je m'attachais à regarder le progrès de cette raison, de cette bonté, de cette égalité, de ces lumières qui se découvraient en tous vos discours et en toutes vos actions, et qui sont les véritables avantages des personnes de votre rang. N'était-il pas aisé de juger, en vous voyant si sensible aux vertus et aux plaintes de Pénélope, que si vous aviez été dans le même état, vous auriez eu les mêmes pensées (et les mêmes sentiments. On sait que vous ayez éprouvé une partie de ses alarmes au récit des périls où le Grand Prince à qui vous êtes unie, s'est si souvent exposé. J'ai tort, peut-être, de vous rappeler l'idée de ces dangers qu'il cherchait aux dépens de votre repos ; et j'aurais ici une plus heureuse occasion de vous montrer en lui d'autres conformités avec le fameux Roi d'Ithaque, par les merveilleux talents de l'esprit et par les plus belles et les plus rares, connaissances. Mais, MADAME, pour former à mon gré le portrait de ce Prince et le vôtre, il faudrait qu'Homère m'eut fourni les mêmes secours qu'il m'a donner pour les portraits d'Ulysse et de Pénélope. Je me bornerai donc à vous rendre simplement l'hommage que je vous dois depuis longtemps, et que VOTRE ALTESSE ROYALE m'a promis de recevoir avec bonté. En jetant les yeux sur cette tragédie, ne vous repentez pas, s'il vous plaît, d'en avoir été touchée ; daignez, MADAME, vous dissimuler les défauts qui ne pourraient plus échapper à votre pénétration : que ce même esprit dont j'ai vu avec tant de joie briller les premiers rayons, ne cesse pas de m'être favorable, parce qu'il est plus éclairé. Quand je n'aurais été occupé qu'à l'exciter par mes applaudissements et par mes louanges, incapable de lui être utile autrement, cela me devrait être compté pour un mérite. Que les jeunes Princes seraient heureux s'ils n'étaient jamais loués que de ce qui est véritablement louable ! Et n'était-ce pas aussi une extrême satisfaction pour moi de pouvoir exercer la sincérité la plus exacte parmi ces devoirs assidus qui m'attachaient auprès de VOTRE ALTESSE ROYALE. Je me flatte qu'Elle n'a point oublié le vif interêt qui m'animoit sur tout ce qui regardait son bonheur et sa gloire, et qu'Elle m'a toujours fait l'honneur de remarquer qu'on ne peut être avec plus de respect, de passion et de zèle,

MADAME,

DE VOTRE ALTESSE ROYALE, Le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

C.C. GENEST.

PRÉFACE

Pénélope, vient d'être imprimée en Hollande sous le nom de M. de la Fontaine. Je pourrais me tenir honoré de ce qu'on a bien voulu l'attribuer à un auteur si célèbre ; mais j'ai beaucoup à me plaindre des négligences et des fautes qui défigurent cette impression.

Il y a près de vingt ans que cette Tragédie est connue. Et quoique des personnes considérables m'eussent dit plusieurs fois que je ferais bien de la donner au Public, j'y avais toujours résisté. Mais puisqu'enfin je ne suis plus maître d'empêcher qu'elle paraisse ainsi, je me trouve obligé à la faire paraître moi-même la moins défectueuse qu'il me fera possible.

J'ai cru que je devais non seulement la relire avec attention , mais encore me mettre en état de répondre aux objections qui furent faites d'abord contre cet ouvrage. Quelques-uns disaient que la vertu inflexible de Pénélope et son amour pour son mari ne pouvaient être mis avec succès sur le théâtre. On lui reprochait jusqu'à son âge sans égard pour le divin Homère qui avait pris soin de lui donner une beauté exempte de l'injure des années.

Cela changea dans les représentations. Tout le monde convint que le sujet était bien choisi, et c'est de quoi je n'avais fait aucun doute ; mais il y eut des gens qui crurent que je ne l'avais pas bien traité, et ils avaient peut-être raison.

À dire vrai il ne se rencontrait pas de médiocres difficulté à surmonter. Il n'était pas aisé de renfermer dans l'action d'un jour toute la matière d'un long poème épique, de conserver le merveilleux de la fable, en réduisant tout dans l'exacte vraisemblance ; de ne pas altérer les moeurs et le caractère des siècles antiques en les accommodant aux nôtres. J'ai tâché de garder la véritable idée des originaux. Je me suis servi autant que j'ai pu des pensées et des expressions d'Homère, et j'ai pris quelques traits d'Ovide pour animer davantage les plaintes de Pénélope, sans lui donner une jalousie indigne d'une si sage Reine.

Je délibérai si je donnerais de l'amour à Télémaque, peut-être ne lui en donnerais-je point si c'était à recommencer ; mais on n'osait encore en ce temps-là faire paraître au théâtre un jeune héros sans amour. D'ailleurs cette passion telle que je l'ai représentée n'a rien de faible ni de blâmable ; et sans embarrasser les principaux mouvements de la scène, elle sert à faire mieux voir les nobles sentiments et le courage de ce jeune Prince, qui ne balance point à quitter Iphife pour aller chercher son père, ni à renoncer aux espérances de son amour quand il s'agit de sa gloire et de son devoir.

Je fondais le principal succès de cette tragédie sur les reconnaissances qui intéressent d'ordinaire si vivement, et qui sont si essentielles et si nécessaires dans ce beau sujet. . Je fus bien étonné lorsque j'entendis des Censeurs qui faisaient des défauts de ce que j'avais pris pour les plus grandes beautés... Ils blâmèrent ces reconnaissances, et dirent qu'il y en avait trop. Ils ne se ressouvenaient pas qu'il y en a une infinité dans Homère, dont je n'ai choisi qu'un petit nombre des plus touchantes.

Il est vrai que j'en ai changé l'ordre ; parce qu'il était à propos ce me semble pour la conduite du théâtre, qu'Ulysse se découvrit à un vieux Ministre d'une fidélité longuement éprouvée, plutôt qu'à Télémaque qui était si jeune.

Par là j'ai ménagé de belles scènes. Et Ulysse suivant une sagesse mêlée de défiance qui était son vrai caractère, a le plaisir de pénétrer dans le coeur de son fils et de le bien connaître avant que de se découvrir à luy.

Il m'a fallu aussi changer le temps de la reconnaissance de Pénélope. Homère a pu la réserver à la fin, quand Ulysse a puni ses rivaux ; mais la tragédie a d'autres lois que le poème épique. Il n'y a plus rien à faire ni rien à dire au théâtre quand le calme et la joie y sont établis. Dès qu'Ulysse s'est vengé, et qu'il est hors de péril, il n'y a plus qu'à congédier les spectateurs. Il fallait donc ne pas attendre jusqu'à la catastrophe, pour l'obliger à se faire connaître. Et je puis dire que j'ai su tirer un avantage de cette nécessité théâtrale. Il est bien plus touchant de voir Pénélope qui reconnaît Ulysse malheureux et dans un extrême péril, que si elle ne le reconnaissait qu'heureux et vainqueur.

Ceux qui ont approuvé toutes les reconnaissances, ont cherché à décider du degré de leur mérite. Les uns disaient que la dernière n'est pas la plus touchante comme elle devrait l'être ; les autres soutenaient qu'elle l'est en effet. Il est vrai qu'elle est la plus délicate et la plus difficile à bien représenter, et qu'elle demande un plus grand soin de la part des acteurs. La bienséance du Théâtre ni ce caractère si sage de Pénélope ne permettent pas que cette Reine embrasse Ulysse avec transport ; son extrême pudeur, comme le marque Homère, lui faisait craindre encore de se tromper, même en regardant son mari. Mais si l'on se représente que ses larmes et sa douleur l'empêchent d'abord de bien voir Ulysse, qu'elle sort de son accablement dès qu'elle entend cette voix qui lui est si chère, qu'elle balance dans sa surprise mêlée d'une tendre joie quand elle le reconnaît, et qu'enfin la douleur vient soudain se mêler à cette joie quand elle considère l'état déplorable et dangereux où elle voit Ulysse ; si l'on veut se donner la peine de suppléer avec cela les tons et les mouvements convenables, on accordera, si je ne me trompe, le premier degré à cette reconnaissance.

Que puis-je répondre à ceux qui ont dit que les deux premiers actes sont inférieurs aux derniers ? Je leur demanderai moi-même si ce n'est rien de marquer les divers caractères de tant de personnages, de développer leurs différents intérêts avec de l'ordre, de la netteté, et même de la passion ? Ne faut-il pas que la force distribuée avec économie, aille ainsi toujours en augmentant ? Tout ce qui suit doit dépendre nécessairement de ce qui précède. Depuis que Pénélope a ouvert la scène, y a-t-il un vers qui n'ait rapport à Ulysse ? Il est vrai qu'il ne vient qu'au troisième acte, mais c'est par toutes les dispositions précédentes, que son retour si désiré et su longtemps attendu, excite dans l'assemblée ce transport et ces frémissements qui ne manquent point d'éclater dès qu'il paraît, et avant même qu'il ait parlé.

Pour ce qui est des plaintes continuelles de Pénélope auxquelles on a aussi voulu trouver à redire, je ne sais pas si dans l'état où je la représente elle peut faire autre chose que se plaindre. On la voit toujours égale à elle-même ; mais il me semble que ses plaintes, toujours variées selon les divers malheurs qu'elle éprouve incessamment, s'élèvent de degré en degré jusques au comble de la douleur. Qu'on examine la plupart des anciennes tragédies ; surtout le Philoctète : ce n'est qu'une seule plainte depuis le commencement jusqu'à la fin. Et cependant loin que cette uniformité ait paru blâmable chez les Grecs, elle a été estimée comme la plus grande marque de la force et de la fécondité du génie de Sophocle.

Mais si ces éclaircissements ne satisfont pas à de semblables objections, je n'insisterai plus, et je consentirai, si l'on veut, qu'elles soient reçues pour bonnes. Il y en a d'autres qui me touchent bien davantage, et auxquelles je serais bien fâché de ne pouvoir répondre. Je parle sur les reproches qu'on me pourrait faire devant des Juges dont je dois révérer l'autorité et les décisions. Je les supplie de me réserver un peu d'indulgence, et de ne condamner ni Pénélope ni moi sur la seule idée d'ouvrage de théâtre. Je ne veux point renouveler ici les questions si souvent agitées au sujet de la Tragédie, ni alléguer que son institution était moins pour divertir les hommes que pour les instruire. Que les grands Génies de l'antiquité ne songeaient à la rendre pathétique, qu'afin de l'employer plus efficacement à réprimer les passions. Que le même Philosophe qui parmi les Anciens a donné les plus excellentes leçons de morale, a donné les meilleures règles que nous ayons pour le théâtre ; et que parmi nous un Ministre qui avait de si grandes vues ; et avait fait tant de réflexions sur la manière de conduire les hommes, s'appliquait à purifier le théâtre de tous les désordres qui y régnaient, et animait les meilleurs esprits à y mettre en pratique les leçons d'Aristote. En un mot, quelques raisons et quelques exemples dont je pusse me servir, je ne m'engage point dans ces questions générales ; je ne cherche de justification que sur ce qui me regarde en particulier. Il me doit bien suffire, sans porter mes prétentions plus loin, de voir excepter Pénélope de la cenfure, et qu'elle ne soit point condamnée par ceux qui ont droit de juger souverainement à mon égard. Elle a déjà des suffrages bien favorables. Un Prélat qui est une des plus grandes lumières de l'Église et qui avait écrit lui-même contre le théâtre, m'a dit, après avoir entendu plusieurs fois lire Pénélope, qu'il ne craindrait pas de lui donner son approbation, la regardant comme un ouvrage utile pour les moeurs. Beaucoup de personnes également sages et habiles ont fait le même jugement, et j'ai la satisfaction de voir les témoignages que me rend ma conscience confirmés leur sentiment, et par celui du Public.

J'en ai l'obligation à Homère, Qui, quid fit pulchrum, quid turpe, quid utile, quid non

Plenius ac melius Chrysippo et Crantore dicit

Mon sujet m'a fourni l'idée de toutes les vertus qui font l'âme de la société civile ; les devoirs d'un fidèle sujet envers son Roi, d'une illustre femme envers son mari, d'un fils généreux envers son père ; tout cela enchaîné par des evenements et des reconnaissances qui naissent simplement et naturellement dans le cours de l'action ; et qui font toujours des impressions les plus vives et les plus touchantes.

J'ose donc espérer que Pénélope sera lue avec quelque plaisir, et même avec quelque sorte d'utilité. J'ajouterai encore que tant qu'il y aura des Théâtres, ce serait faire tort au Public de confondre les écrivains qui n'ont dessein de plaire que par des exemples et des sentiments vertueux, avec les auteurs qui pour de légers intérêts ou de vains applaudissements, ne craignent point d'entretenir des passions déréglées, ou de flatter la mollesse et la corruption.

Je n'ignorais pas que la plupart des spectateurs aiment des représentations : autorisent les faiblesses humaines qui excitent ces dangereuses passions dont les uns sont si ouvertement occupés, et dont les autres ont toujours le principe caché dans le coeur. J'ai bien voulu courir le risque de leur plaire moins. Je m'étais contenté de l'approbation d'un petit nombre choisi. Et je suis en droit de demander à ceux qui auraient trouvé par là cet ouvrage moins agréable ; qu'ils reconnaissent que j'ai principalement cherché à le rendre utile ; je crois même qu'il y en aura parmi eux d'assez justes pour me savoir gré de ma bonne intention.

ACTE I

SCÈNE I.

PÉNÉLOPE, dans un vestibule qui regarde sur la mer

J'appelle en vain Ulysse : ô fatale journée ! Pénélope, à quel choix te vois-tu condamnée ! Non, mes persécuteurs, non, le sort en courroux. Ne sauraient me réduire au choix d'un autre époux. J'expirerai plutôt : cette mer, moins barbare, Rejoindra par ma mort deux coeurs qu'elle sépare. Tu n'as donc point voulu, toi que j'ai tant prié, Me rendre le dépôt que je t'ai confié, Neptune ? Eh ! plût au sort que ta fureur avide Eût étouffé sous l'onde un ravisseur perfide. Quand il allait chercher au bord de l'Eurotas La coupable beauté funeste à tant d'états ! On ne m'aurait point vue au désespoir livrée, Malgré mon tendre amour, d'Ulysse séparée, Dans l'effroi, dans les pleurs, dans les gémissements, De tant de tristes jours compter tous les moments. La flamme a dévoré cette odieuse Troie ; J'ai vu des Grecs vengés le triomphe et la joie, Et le ciel pour moi seule a gardé sa rigueur ; Il refuse à mes voeux le retour du vainqueur. Est-il mort ou vivant ? Quelles rives lointaines Me laissent ignorer ses courses incertaines ? L'un promet son retour, l'autre l'a vu périr ; Et l'on m'a fait sans cesse et revivre et mourir. Hélas ! il me semblait dans ce dernier orage, Voir Ulysse mourant, jeté sur ce rivage. Je pleure ses malheurs ; je me tourmente : hélas. Je puis souffrir pour lui des maux qu'il ne sent pas ! Obstacles et périls, peut-être imaginaires ! Cruels retardements, peut-être volontaires ! Peut-être, sans songer à mes tristes soupirs, Un climat plus heureux arrête ses désirs. En des liens nouveaux les charmes d'une amante... Serait-ce là le prix d'une foi si constante ? Mais puis-je me former ces injustes douleurs ? C'est sa mort trop certaine à qui je dois mes pleurs. Mon Ulysse...

Eurotas : principal fleuve de Laconie en Grèce. Sparte s'étend sur ses bords.

SCÈNE II. Pénélope, Ériclée, Eurinome.

SCÈNE III. Pénélope, Eumée, Ériclée, Eurinome.

SCÈNE IV. Pénélope, Antinoüs, Eurimaque, Eumée, Ériclée, Eurinome, Arcas.

SCÈNE V. Antinoüs, Pénélope, Ériclée, Eurinome, Arcas.

ANTINOÜS

Madame...

SCÈNE VI. Antinoüs, Arcas.

ACTE II

SCÈNE I. Iphise, Argine.

SCÈNE II. Eurimaque, Antinoüs, Iphise, Argine.

SCÈNE III. Eurimaque, Antinoüs.

SCÈNE IV. Arcas, Eurimque, Antinoüs.

SCÈNE V. Télémaque, Eumée, Eurimaque, Antinoüs, Arcas.

SCÈINE VI. Télémaque, Eurimaque, Eumée.

SCÈNE VII. Télémaque, Eumée.

SCÈNE VIII. Télémaque, Iphise.

SCÈNE IX. Pénélope, Télémaque, Ériclée, Eumée.

SCÈNE X. Pénélope, Ériclée.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Ulysse, Eumée.

EUMÉE

Dans votre longue absence On a vu cent rivaux, l'un par l'autre animés. Du trône et de la reine également charmés ; Au bruit de votre mort l'Ithaque désolée. Par leurs divers partis soudain fut accablée. En vain je m'opposais à leur injuste orgueil ; Le prince enfant, Laërte au bord de son cercueil. Et le peuple amolli par l'oisive licence. Ne pouvaient des tyrans réprimer l'insolence. Nous n'espérions qu'en vous. Nous demandions aux dieux. Que vous vinssiez punir tous ces audacieux. Mille funestes bruits troublaient cette espérance. Mais la reine toujours soutenait sa constance : Aux voeux de tant d'amants répondant par des pleurs. Elle élevait son fils, nourrissait ses douleurs ; Ni la force du temps, à qui tout est possible, Qui soulage ou guérit l'ennui le plus sensible ; Ni les flatteurs devoirs, les hommages pompeux ; Ni l'appât engageant des fêtes et des jeux ; Ni les brûlants transports, l'impatiente audace. Qui portaient leur ardeur jusques à la menace ; Enfin tout ce qu'amour a pour vaincre les coeurs N'a pu de Pénélope adoucir les rigueurs. Réduite à faire un choix, cette constante reine Entre tous ces amants paraissait incertaine ; Malgré son père même, inventait des délais, Et désignait un jour qui n'arrivait jamais. Mais le roi de Samos, las de sa résistance, S'établit dans Ithaque, usurpe la puissance : Aidé d'Antinoüs, ce lâche ambitieux, Sans respect pour les lois, sans crainte pour les dieux. De la reine captive ils méprisent les larmes. L'hyménée, ou la mort...

ULYSSE

Quel est donc le destin des vainqueurs d'Ilion ! Des Grecs enorgueillis la flotte triomphante Partout des dieux vengeurs sentit la main pesante ; La mer n'a point de banc, de gouffre, ni d'écueil, Qui de quelqu'un de nous ne montre le cercueil. Sur de brûlants rochers Ajax bravant la foudre. Dans les flots irrités tombe réduit en poudre ; Le grand Agamemnon, dans Argos retourné. Par sa femme en fureur se voit assassiné. Mais le courroux des dieux s'épuise sur ma tète : Chassé de mers en mers, jouet de la tempête, J'ai vu dans le long cours d'un destin rigoureux Tout ce que l'univers a de monstres affreux. Après avoir bravé tant de morts inhumaines, Cyclopes, Lestrigons, et Carybde et Sirènes ; Après m'être tiré des sauvages déserts, Des abîmes des flots, de l'horreur des enfers, Mes maux semblaient finir dans l'île de Corcyre : On m'offre des vaisseaux, le vent propre m'attire ; Je pars, je vois l'Ithaque ; et mon coeur transporté Croyait enfin toucher à sa félicité, Quand, pressé de nouveau par un cruel orage, Sur ces bords tant cherchés je fais encor naufrage. Tout périt ; je suis seul, désarmé, sans secours : Mais j'espère en l'appui que j'éprouvai toujours. Cette nuit m'a fait voir, dans son horreur profonde. Minerve dont la main me retirait de l'onde : Sa voix m'appelle ici, son esprit me conduit, À celer mon retour, c'est elle qui m'instruit. Je veux me cacher même à mon père, à la reine : Vers de si chers objets quelque amour qui m'entraîne, En ce funeste état irais-je me montrer ? Non, non : de leurs tyrans il faut les délivrer. La reine trop touchée en me voyant paraître, Par ses tendres transports me ferait reconnaître. On ne me connaît plus ; l'état où je me vois À tes fidèles yeux même a cache ton roi. Mais vois si dans les coeurs mon nom pourra revivre, Et si j'ai des sujets qui soient prêts à me suivre : Promets-leur mon retour, tâche à les animer ; Je verrai quels projets je puis encor former. Je prendrai mon parti. Les fortunes humaines Ont toujours des plaisirs mêlés parmi les peines ; Les dieux versent sur nous, par un mélange égal, Le mal avec le bien, le bien avec le mal. Que l'amour de la reine et l'ardeur de tout zèle Sont un charme puissant à ma douleur cruelle ! Sûr d'être aimé, j'éprouve en mon sort rigoureux Des plaisirs que n'ont pas les rois les plus heureux. Mais fais-moi voir mon fils ; il parlera sans feinte, Ni séduit par l'espoir, ni forcé par la crainte. Dis-lui qu'un étranger cherche à l'entretenir.

SCÈNE III. Télémaque, Ulysse, Eumée.

SCÈNE IV. Iphise, Télémaque.

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE I. Pénélope, Ériclée.

SCÈNE I.. Eurimaque, Pénélope, Ériclée.

SCÈNE III. Pénélope, Ériclée.

SCÈNE IV. Télémaque, Pénélope, Ériclée.

TÉLÉMAQUE

Madame...

SCÈNE V. Télémaque, Ériclée.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Ulysse, Télémaque, Eumée.

SCÈNE VIII. Ulysse, Eumée.

ACTE V

SCÈNE I. Pénélope, Eumée, Ériclée.

SCÈNE II. Pénélope, Ériclée.

ÉRICLÉE

Il vient.

SCÈNE III. Ulysse, Pénélope.

SCÈNE IV. Eurimaque, Pénélope, Ériclée.

SCÈNE V. Pénélope, Ériclée.

ÉRICLÉE

Madame !

SCÈNE VI. Iphise, Pénélope, Ériclée.

SCÈNE VII. Pénélope, Ériclée, Eurinome.

SCÈNE VIII. Télémaque, Pénélope, Ériglée, Eurinome.

PÉNÉLOPE

Dieux justes !

TÉLÉMAQUE

Des tyrans l'implacable colère. Le traitant d'imposteur, voulait perdre mon père. Et, par un châtiment célèbre et signalé. Qu'aux yeux de tout le peuple on le vît immolé. Dès qu'il sort du palais, leurs soldats l'environnent ; Il marche, il se fait jour, ses regards les étonnent ; Sur les degrés du temple enfin il est monté. D'un air tel que l'aurait Jupiter irrité : « Traîtres, s'écriait-il, dont la lâche insolence Désola mes états pendant ma longue absence, Et qui, persécutant et ma femme et mon fils, Pensiez voir par ma mort vos crimes impunis ; Je vis, me voici prêt à me faire justice ; Aux coups qui vont tomber, reconnaissez Ulysse : Allons, Eumée, à moi, Mentor, Philétius ! » Là d'un bras foudroyant il perce Antinoüs. Je crie à haute voix, C'est le roi, c'est mon père ; Et fonds, en l'imitant, sur la garde étrangère. Arcas, les plus mutins, sont d'abord renversés. Nos fidèles amis, d'un beau zèle poussés : Animent tout le peuple ; il se déclare, il s'arme ; Parmi les ennemis tout se trouble, s'alarme ; Tout s'ébranle, tout fuit ; rien n'ose résister. Et l'effroi dans les flots les fait précipiter. Dérobant Eurimaque à sa perte certaine. Je l'ai dans les vaisseaux fait conduire avec peine. Ô ciel ! Que ne peut point la présence des rois ? Mon père, en se nommant, a repris tous ses droits ; Et son aspect auguste et ses coups redoutables Ont désarmé soudain ou puni les coupables : Les plus rebelles coeurs rentrent dans le devoir ; Tout reconnaît déjà ses droits et son pouvoir. Tandis que sa victoire exige sa présence, Son ordre auprès de vous m'envoie en diligence. J'ai chassé les soldats qui gardaient ce palais, Et leur indigne sang a lavé leurs forfaits. Venez donc voir Ulysse au milieu de sa gloire ; Son coeur attend de vous le prix de sa victoire. Je vais trouver Iphise ; et, dans son triste effroi, Lui rendre en ce moment les soins que je lui dois. Que veut Eumée ?

SCÈNE IX. Eumée, Télémaque, Pénélope, Ériclée, Eurinome.

1 598 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0