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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Zélonide Princesse de Sparte

Claude-Charles Genest· imprimée en 1682· 5 actes· 1 396 vers· 9 personnages

Personnages

  • ZÉLONIDE, Princesse de Sparte Amante d'Acorate
  • ACORATE, fils d'Areus Roi de Sparte Amant de Zélonide
  • DIANASSE, soeur de Cléomine Prince prétendant à la Couronne de Sparte, et autrefois accordé avec Zélonide
  • LISIMACUS, envoyé de Pyrrhus Roy d'Épire
  • ARCHIDAMIE, Spartaine Amie de Zélonide
  • PHÉBIDE, Spartaine Amie de Dianasse
  • OFFICIER, Spartain
  • SPARTAINS
  • ÉPIROTES
Dédicace

ZÉLONIDE À MADAME LA DUCHESSE DE NEVERS.

Obligée de revoir le jour dans un Pays étranger, où je trouverai peut être de nouveaux ennemis, je viens, MADAME, vous demander un asile. Je me fuis flattée que vous me l'accorderiez aisément, et je remarque entre Vous et les héroïnes de Sparte, une certaine ressemblance qui ne peut manquer de vous intéresser pour moi. S'il faut vous avouer la vérité, j'avais cru jusques ici, que les seuls Lacédémoniens possédaient une Vertu parfaite, inconnue au reste des Hommes. J'avais pensé, quelques estimables que les Femmes fussent ailleurs, quelles ne pouvaient jamais nous être comparées. Mais la Cour de France me tire de cette erreur. J'y vois ce que je ne croyais pas même possible. Un Roi qui sait joindre a plus de grandeur et de magnificence que n'en eurent tous les Monarques de l'Asie ; plus de Valeur, de Sagesse, de modération que n'en ont eu les Rois de Lacédémone. Une Noblesse toujours enflammée d'une généreuse ardeur, qui ne respire que La Guerre et la Gloire. Des Dames (surtout si l'on s'arrête en votre Maison ) qui peuvent disputer avec avantage contre toutes celles que la Grèce a le plus célébrées. Mais, MADAME, comme c'est à vous que mon choix et mon bonheur s'adressent particulièrement, je ne regarde ici que vous. Je suis toute occupée de ces Charmes inexprimables qui ont d'abord surpris mes yeux ; de ces Grâces si vives, si touchantes, si accomplies, sans art, sans affectation, relevées par une noble pudeur qui semble les vouloir cacher. J'admire le merveilleux rapport qu'elles ont avec les qualités de votre âme, avec cette Raison pure, tranquille, toujours attachés à ses Devoirs ; avec cet esprit solide, éclaire, sans effort, sans ostentation, conduit par une modestie, qui semble ne connaître pas tous ces avantages, ou appréhender qu'on les connaisse, et qui par là en redouble encore le mérite et le prix. Non, MADAME, vous ne sauriez empêcher les justes louanges qui vous suivent partout. Elles ont retenti plus d'une fois sur les bords du Tibre, quand l'Illustre Duc a qui vous êtes si tendrement unie, vous a fait voir ces Lieux renommés vivent encore les Triomphes des fameux Romains, dont il a reçu avec la naissance cet esprit si sublime et si rempli de lumières, qui les animait autrefois. On sait assez avec quel éclat vous avez paru dans toutes les Cours d'Italie. Et que leurs plus superbes Beautés humiliées et obscurcies devant vous, ont confessé qu'il n'y avait que la France qui pût produire des Dames si parfaites. Pour moi, MADAME, c'est un aveu que je n'aurai point de peine à faire. Et je crois que nos plus fières Spartaines ne m'en dédiront pas. Elles apprendront que dans vos voyages, vous avez su vous montrer comme elles, au dessus de la faiblesse, et de la timidité trop ordinaires aux Dames : Que la fermeté et le courage qu'on inspirait aux Lacédémoniennes par une pénible éducation, sont en vous un pur présent du Ciel, et de la Nature. Mais ce qui était inconnu à Sparte, et en quoi vous l'emportez sans doute sur elles, c'est d'avoir toute la grandeur et toute l'élévation de leurs sentiments, sans rien perdre de cette charmante douceur, et de cette délicate bienséance qui sont si propres à notre sexe, et qui sont le dernier trait, et l'accomplissement des Grâces et des vertus. Ces femmes magnanimes viendront à l'envi vous demander avec moi un asile qui nous sera aussi glorieux que je j'espère favorable. Je regarderai cette grâce que j'attends de vous, comme la plus belle de mes aventures. Et je tiens que celui qui a entrepris de me faire revivre, et de me faire parler y a trouvé le secret d'ajouter ce qui manquait à la Gloire que tant de siècles m'ont conservée, quand il a mis mon nom sous la protection du vôtre.

PREFACE

J'ai toujours eu une singulière admiration pour les Lacédémoniens, et parmi les beaux endroits de leur Histoire, celui-ci m'a fort touché. Comme la Valeur des Hommes et le Courage des Femmes y paraissent également, je l'ai trouvé très propre à représenter le Génie de Sparte : Mais en récompense il a de grandes difficultés pour le Théâtre, et je ne présume pas de les avoir toutes surmontées.

Sans vouloir éluder les Objections, je crois devoir rendre raison de ma conduite. On n'a pas condamné les sentiments de cette tragédie, mais quelqu'un a dit qu'elle consiste toute en ces sentiments,et qu'elle n'a point de d'action ; en quoi on veut qu'elle pèche contre la principale Règle. Il m'a semblé cependant que l'Amour d'Acorate et de Zélonide, secondé des voeux de tous les Lacédémoniens qui s'intéressent à leur bonheur, est ce qu'on appelle une action. Que la jalousie et le ressentiment de Cléonime, appuyé par Pyrrhus qui assiège Sparte, en sont le noeud. Et qu'enfin la Mort de Cléonime et le secours du Roi, Aréus en sont le dénouement. Ne trouve-t-on pas là une action avec toutes ses parties, telle que les lois de cet art la demandent ? Et de plus une action importante, générale, où il va de la Couronne et de la vie pour le Prince et pour la Princesse de Sparte, et qui entraîne en même temps la perte ou le salut de tout l'État. Ou si l'on ne veut regarder qu'une partie de l'action, et dire que le noeud n'est pas assez fondé et assez nécessaire, puisque Zélonide et Acorate peuvent se marier malgré les menaces de Cléonime et de Pyrrhus ; je demande si ce mariage précipité aurait empêché la Guerre ? Et de quoi aurait servi à ces amants un bonheur si hors de saison et de si peu de durée ? Les Spectateurs en approuveraient-ils la proposition ? Et ne croiraient-ils pas à Acorate ;

Mala ducis domum, Quam multo repetet grécia militè, Conjurata tuas rumpere Nuptias.

De quel oeil les Lacédémoniens lui auraient-ils vu célébrer cette fête à la veille d'une si cruelle Guerre ? Ne lui auraient-ils pas dit :

Nequicquam thalamo graves Hastas, et calamispicula Gnossii Vitabus.

Il n'y avAit donc point d'autre parti à prendre pour un Prince si brave et si amoureux, que de songer à mettre Zélonide en sûreté, tandis qu'il se préparait à combattre.

On voudra peut-être encore soutenir que l'action est en quelque sorte affaiblie, parce que Cléonime attaquant Sparte au dehors, ne paraît point sur le théâtre. Cela est vrai : et c'est de là que me vint l'idée de lui donner une soeur qui supplée à ce défaut. Elle a presque les mêmes intérêts et les mêmes passions, elle dit une partie de ce qu'il aurait dit, avec plus de jeu remplit peut-être mieux la scène qu'il n'aurait fait lui-même.

Au reste je ne saurais penser que des sentiments de gloire que j'ai répandus presque partout, aient affaibli l'action et j'ai cru ? Qu'ils la rendraient plus vive, et qu'intéressant davantage le spectateur en faveur de mes héros, le péril pressant ou ils se trouvent causerait plus de crainte et de compassion.

Le plus grand mal vient donc des récits, qui a ce qu'on prétend sont en trop grand nombre ; c'est sur cette objection, que l'on insiste le plus. J'avoue qu'il y en a beaucoup, et je n'ai pu les éviter dans un sujet où il s'agit de combats et d'assauts continuels. Je supplie seulement qu'on ne s'arrête pas au simple mot de récits, ils tiennent quelquefois lieu d'actions par l'attente ou l'on est et par les mouvements qu'ils excitent. Je les ai animés et variés autant que j'ai pu. Après tout chacun en doit juger par soi-même ; s'ils ne font pas ici leur effet, j'ai tort, et je confesse que tous mes raisonnements ne serviront de rien.

D'autres ont prétendu disputer à Zélonide le titre de parfaite héroïne. Outre que la perfection absolue n'est pas toujours nécessaire aux héros de la tragédie, j'ai à répondre encore qu'on ne sait pas bien toutes les circonstances de la rupture de Zélonide avec Cléonime, et de son engagement avec Acorate ; mais que toutes les louanges qu'on lui donne à Sparte, et les acclamations que font pour elle tant de Sages vieillards y montrent assez qu'ils la regardaient comme une Princesse héroïque : Et je crois qu'avec le soin que j'ai pris de la représenter dans un état tout à fait conforme à la régularité de nos moeurs, elle sera aussi regardée en France comme une héroïne accomplie.

On me reprocha d'abord que mes personnages n'étaient pas assez connus. Je m'étais promis que les noms de la plus célèbre ville, et d'un des plus fameux Capitaines de l'Antiquité, seraient capables d'attirer quelque attention pour tout le reste, et je puis dire que je ne me suis pas tout à fait trompé.

Il se trouva aussi des censeurs qui m'accusèrent d'avoir altéré les noms. Le plus savant et le plus ancien commentateur de Virgile nous apprend qu'on a le droit d'en retrancher quelque syllabe ou même de les changer absolument, quand ils ne s'accommodent pas bien aux vers, ou qu'ils sont d'une prononciation rude et désagréable. On peut se ressouvenir de ces paroles de Servius :

Quoties Poeta afpera invenit Nomina et in metro non stantia, aut mutat ea, aut de his alequid mutilat. Vida enseigne la même chose en sa Poétique. Nomina dura nimis dictu, atque asperrima cultu, Illa aliqui, nunc addentes, nune inde putantes Pauca minutatim, levant, ac molia reddunt.

C'est ainsi que j'en ai usé à l'égard d'Acrotajus et de Chelidonide. Ce qui m'était d'autant plus : permis que ces noms, comme on me le reproche, ne sont pas extrêmement connus.

Pour ce qui est du mot de Spartian et de Spartaine dont je me suis servi, on doit convenir que c'était une nécessité. Les Dames de Sparte ont la plus grande part en ma tragédie, il fallait parler d'elles à tous moments. Spartiates est équivoque : entre les hommes et les femmes. Lacédémoniennes est trop long et ne peut entrer dans les vers. J'ai donc été forcé de dire Spartain et Spartaine. En quoi toutefois je suis autorisé par l'exemple du célébré Amyot, qui parle ainsi en racontant cette même Histoire. Et la nouvelle traduction qui a mieux aimé dire dans la Prose les Lacédémoniennes, a dit en rapportant des vers cités par Plutarque, Nation Spartaine et Vertu Spartaine. Et c'est en effet l'usage le plus commun, et qui est le plus selon le génie de notre langue. De Romanus, nous faisons Romain ; de Thébanus, Thebain : Pourquoi ne pas faire de Spartanus, Spartain, aussi-bien que Spartiate du Grec Spartiates S Le premier est plus court et pour le moins aussi doux, et ce que j'ay fait par nécessité, pourrait être suivi pour la commodité même.

Mais enfin qu'on reprenne tout ce qu'on voudra, pourvu qu'au moins on approuve ma bonne intention. Ce dessein de mettre sur la scène ce qu'il y a eu de plus noble et de plus extraordinaire pour la Morale et pour la Politique parmi les Anciens, n'a point déplu à quantité d'honnêtes Gens. Et bien que ceci soit un Ouvrage de ma jeunesse, j'oserais dire que l'entreprise mériterait quelque louange, si l'exécution y avait mieux répondu.

ACTE I

SCÈNE I. Dianasse, Argesime, Phébide.

SCÈNE II. DIANASSE, PHEBiDE.

DIANASSE

Écoute-moi, Phébide. Unie à ces amants par le sang glorieux, Qui nous donne des Rois, et qui descend des Dieux En ce même palais, ou nous prîmes naissance, Élevée avec eux dés ma première enfance, Dans une douce erreur j'eus insensiblement Pour le Prince Acorate un tendre attachement. Depuis lorsqu'à mon frère on promit Zélonide, Seule après elle ici de la race d'Alcide, Je crus que si le Prince un jour faisait un choix Je devais espérer de le voir sous mes lois. Son jeune coeur alors n'aimait rien que la gloire ; Il nous abandonna pour chercher la victoire ; De mon esprit hélas ! Pouvais-je le bannir ? Le bruit de ses exploits m'en faisait souvenir. On fit à son retour une pompeuse fête. Et là de Zélonide il devint la conquête, Tandis que mes regards charmés par ce vainqueur Le rendaient sans combat le maître de mon coeur. Je ne connus d'abord crainte, ni jalousie, D'un doux ravissement mon âme était saisie ; Mais, Ciel ! De jour en jour mon esprit agité Perdit l'heureux espoir qui l'avait trop flatté. Sous le nom d'amitié mon amour déguisée, Et du sang qui nous lie encore autorisée Par mille tendres soins cherchant à s'exprimer, Invitait chaque jour ce héros à m'aimer Mais lui sans pénétrer le secret de mon âme, D'une froide amitié répondait à ma flamme, Et son coeur tout rempli des plus ardents désirs À ma fière rivale adressait ses soupirs. Enfin ouvertement il s'expliqua pour elle. Phébide, il te souvient de ma douleur mortelle Quand je vis les Spartains applaudir à ce choix, Presser cette union d'une commune voix Déclarer Cléonime indigne d'y prétendre, Rompre l'heureux hymen qu'il avait droit d'attendre, Couronner son rival. Hélas ! dans ces malheurs Un frère n'était pas le sujet de mes pleurs. On a donc résolu ce fatal hyménée, Et nous en aurions, vu la funeste journée Si de ces deux amants le bonheur désiré , Par l'absence du Roi n'eut été différé. Le Prince impatient attend le Roi son père Qu'occupe loin de Sparte une guerre étrangère, Et qui depuis longtemps a vu de jour en jour Des obstacles divers retarder son retour. Mon frère transporté de douleur et de rage. Se sert d'un temps si propre à venger son outrage : Il va chercher Pyrrhus, en implorer l'appui J'y consens, je le porte à traiter avec lui, Il réussit. Pyrrhus amène son armée. Toute la Grèce en tremble, et j'en suis alarmée. D'un funeste projet trop déplorable fruit ! Phébide, je verrai notre Empire détruit ; Et mon frère cruel pour achever son crime, Se baigner dans le sang d'un rival magnanime ! Ah ! Si pour l'arrêter mes pleurs ne peuvent rien, Que le Barbare encor se baigne dans le mien.

SCÈNE III. Acorate, Dianasse, Phebide.

SCÈNE IV. Lisimacus, Acorate, Mandricidas, Spartains, Épirotes.

LISIMACUS

Pyrrhus connaît, Seigneur, cette Lacédémone, Où les grandes vertus ont élevé leur trône ; Cet État tout formé de guerriers, de héros, Qui sans celle ennemis d'un indigne repos Pour leur unique bien reconnaissent la gloire, Et pour leurs seuls plaisirs la guerre et la victoire. Si la conformité des désirs généreux Attache les grands coeurs par de sincères noeuds ; Le premier des guerriers, Pyrrhus, à qui tout cède, Doit estimer en vous les vertus qu'il possède, Et du degré sublime où ses exploits l'ont mis Vous appeler, Seigneur, au rang de ses amis. Aussi ne pensez pas, quoiqu'il ait pris les armes ; Qu'il veuille tout plonger dans le sang et les larmes. Son secours favorable a dû se déclarer Pour un Prince opprimé, qui le vient implorer. Mais vous verrez Pyrrhus, arbitre magnanime, Vous écouter, Seigneur, ainsi que Cléonime. Votre Rival au trône a des droits comme vous De Zélonide même il fut nommé l'époux. Pyrrhus n'offense pas cette grande Princesse, Qui fait par ses vertus l'ornement de la Grèce. S'il tache d'arrêter les funestes combats Qu'entre deux grands Rivaux excitent ses appas ; Et Sparte devra tout à l'entremise utile Qu'il vous offre aujourd'hui pour la rendre tranquille. Je ne vous dirai point que vous seriez forcé D'obéir à l'arrêt qui sera prononcé. Mon Maître s'est promis que vetre déférence Ne lui permettra pas d'user de sa puissance, Et se flatte, Seigneur, qu'en vous donnant la paix Vos États et vos coeurs s'uniront à jamais.

SCÈNE V. Acorate, Mandricidas.

ACTE II

SCÈNE I. Acorate, Mandricidas, Argesime, Mandricidas.

ACORATE, après s'être assis et les avoir fait asseoir

Vous de qui la vertu justement renommée, Dans les plus grands Emplois s'est toujours confirmée ; Magnanimes Spartains, dont le Ciel a fait choix Pour soutenir le trône, et conseiller les Rois. Vous le voyez ; Pyrrhus cesse de se contraindre ; Vous savez ce qu'il est, et ce qu'on en doit craindre. En d'immenses projets laissant flotter son coeur Il ne s'arrête point, ni vaincu, ni vainqueur ; Avide, entreprenant, sans règle, sans justice, Il compte le repos pour son plus grand supplice. Dans ses heureux succès, sans jamais en jouir, À de nouveaux desseins il se laisse éblouir, Et jamais rebuté par les succès contraires, La honte enflamme encor ses désirs téméraires. Toujours son vaste espoir dévore l'Univers. Après avoir en vain traversé tant de mers, Vaincu parles Romains, repoussé dans l'Épire, D'Antigonus surpris il envahit l'Empire ; Et dans la Macédoine encor mal affermi Il la quitte, et vers nous marche comme ennemi. D'un prétexte frivole armant son insolence, Pour asservir les Grecs c'est par nous qu'il commence. Il croit que notre hommage et nos soumissions Vont disposer au joug les autres nations. Que deviendrait donc Sparte en tous lieux célébrée ? Où serait sa vertu des peuples adorée ? Ah ! Si le fier Pyrrhus ose nous outrager, Ne délibérons point, et courons nous venger ; Sans prévoir le succès, et sans compter les hommes, Il s'agît seulement de montrer qui nous sommes, Il s'agit de donner, en rejetant des fers, L'exemple que nos coeurs doivent à l'Univers.

ARGESIME

Grand Prince, ce discours est un témoin fidèle Que Sparte élève en vous un héros digne d'elle. Mais cette jeune ardeur qui vous porte aux combats, Seigneur, aurait besoin d'armes et de soldats. Malgré ces hauts désirs notre ville déserte Sans pouvoir se défendre à Pyrrhus est ouverte. Il n'est ici, ni fort, ni murailles, ni tours. Et la Paix qu'on nous offre est nôtre seul recours. Quel exemple donner ? Qu'oserez-vous prétendre ? Pyrrhus peut nous détruire, il peut tout entreprendre ; Et quand son bras, Seigneur, nous aura terrassé, Ôterons nous le joug aux peuples oppressés ? Ce roi qui d'escadrons vient inonder nos plaines A vaincu par deux fois les légions Romaines. Il eut du Capitole arraché les lauriers, Si Rome eût pu jamais s'épuiser de guerriers, Si ce Peuple nombreux qu'enferment ses Murailles N'eût réparé soudain la perte des batailles. Que Ferez-vous tout seul contre un Roi si puissant ? D'ailleurs voit on ici quelque intérêt pressant ? Nous veut-il imposer l'affreuse servitude ? L'alliance qu'il offre, a-t-elle rien de rude ? Si comme juste arbitre il vient se présenter, Ménageons son esprit au lieu de l'irriter. Peut-être croyez vous (c'est ce qui vous anime) Qu'il rendra Zélonide au Prince Cléonime ? Avez-vous les moyens de vous en garantir ; Et ne devez-vous pas, Seigneur, y consentir ? De Sparte tant de fois vous avez vu le zèle ; Elle a tout fait pour vous, ferez vous moins pour elle ? Nous rompions cet hymen pour flatter vos souhaits, Laillez-le renouer pour nous rendre la paix. Peut-on vous excuser si cette ardeur fatale Attire, en vous perdant, la perte générale ? Non, non, de la prudence écoutez mieux la voix ; Le salut de l'État est la régie des Rois Aux destins opposés céder sans violence, D'un esprit héroïque est la grande science ; Il fléchit sous leurs coups sans en être abattu, Prince ; et le désespoir ne fut jamais vertu. Voilà ce qu'en mon coeur dicte un devoir sincère ; Seigneur, faisons la Paix, puisqu'elle est nécessaire, N'attirons point sur nous un vainqueur furieux, Et laissons l'avenir dans le secret des Dieux.

SCÈNE II. Officier Spartain, Acorate, Mandricidas, Phillus, Argesime.

SCENE III. Lisimacus, Acorate, Mandricidas, Argesime, Phillus, Spartains, Épirotes.

SCÈNE IV. Acorate, Mandricidas, Argesime, Phillus.

SCÈNE V. Zélonide, Archidamis, Acorate, Mandricidas, Argesime, Phillus.

SCÈNE VI. Zelonide, Acorate, Archidamie.

SCÈNE VII.

ACTE III

SCÈNE I. Zelonide, Archidamie.

SCÈNE II. Dianasse, Zelonide, Phebide, Archidamie.

SCÈNE III. Dianasse, Phebide.

SCÈNE IV. Acorate, Dianasse, Phebide.

ACORATE

Madame...

SCÈNE V. Dianasse, Phebide.

ACTE IV

SCÈNE I. DIANASSE ARGESIME.

ARGESIME

Malgré nos intérêts malgré toute ma haine Je ne puis qu'admirer, sa valeur plus qu'humaine. Par les sacrés devoirs le Prince a commencé. Ses guerriers l'attendaient, l'autel était dressé ; Aux Muses avec pompe il fait les sacrifices Là chacun à l'envi ; pour les avoir propices, Pour être célébré par leurs chants immortels A redoublé l'éclat de ces voeux solennels, Et leur a demandé qu'une histoire fidèle Rendit d'un si beau jour la mémoire éternelle. Alors rempli d'espoir, et quitte envers les Dieux Le Prince fait marcher, et ravit tous les yeux. Il nous paraît plus fier plus grand que de coutume, D'une plus vive ardeur son visage s'allume, Sa voix plus éclatante enflamme les esprits, De l'héroïque feu dont son coeur est épris ; Dans le péril pressant qui partout l'environne, Ainsi que dans nos jeux il agit, il ordonne. Les femmes à grands cris animent les guerriers Et sèment devant eux des fleurs et des lauriers. D'autre côté Pyrrhus en foudre de la guerre, Avec ce fier orgueil qui croit dompter la Terre, Et cet art qui l'élève entre les conquerants Vient, et fait attaquer deux endroits différent. Acorate se lance où le péril se montre, Sort du retranchement, bat tout ce qu'il rencontre ; Poursuit avec ardeur les ennemis chassés. Mais ailleurs par Pyrrhus nos guerriers sont forcés ; Il entre avec les siens. Et ce vainqueur rapide Prés du Temple d'airain rencontre Zelonide. La Princesse accourant où l'appelait le bruit Soutient ce qui résiste, arrête ce qui fuit, Rallume le combat, où, tout sexe, tout âge Sait trouver de la force, et montrer du courage. Là j'entends redoubler les cris tumultueux. Acorate revient d'un vol impétueux ; D'une invincible ardeur ce guerrier intrépide Semble se signaler pour plaire à Zelonide ; Lui seul est en tous lieux, combat de toutes parts De la main, de la voix, du geste, des regards. Trois fois Pyrrhus suivi d'un nombre épouvantable ; En s'ouvrant un chemin par son bras redoutable, Renverse les Spartains, les pousse, se fait jour ; Acorate trois fois le repousse à son tour. Et s'attachant à lui d'une force nouvelle, Le casque de Pyrrhus sous son fer étincelle. Pyrrhus enfin blessé paraît prêt à tomber ; Mais les siens au vainqueur savent le dérober ; Ils l'emportent au camp, leurs troupes se retirent, Et les Spartains lassez pour quelque temps respirent.

SCÈNE II. Dianasse, Phebide.

SCÈNE III. Zelonide, Dianasse, Phebide.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Archidamie, Zelonide.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Zelonide, Archidamie.

SCÈNE III. ACORATE, ZELONIDE RACHIDAMIE.

SCÈNE IV. DIANASSE, ZELONIDE, ACORATE. ARCHIDAMIE.

SCÈNE V. DIANASSE ZELONIDE ÀRCHIDAI^E,

SCÈNE VI. Selonide, Archidamie.

SCÈNE VII. Phillus Zelonide, Archidamie.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Mandricidas, Zélonide.

ZELONIDE

Le Roi !

SCÈNE X. ACORATE, ZELONIDE MANDRICIDAS.

ZELONIDE

Acorate !

1 396 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica