Comédie en prose· Comédie en un Acte
Les Flacons
Personnages
- LA FÉE
- MÉLINDE
- CÉNIE
- IPHISE
LES FLACONS
SCÈNE I. La Fée, Mélinde.
LA FÉE
Les enfants que vous m'avez confiés, chère Mélinde, m'ont fait éprouver bien des chagrins depuis trois mois !
MÉLINDE
Quoi ! Mes filles...
LA FÉE
Ne vous effrayez pas, le mal n'est pas sans remède : vous savez que je présidai à leur naissance ; mais comme mon pouvoir est borné, je ne pus leur faire qu'un seul don. Il m'était permis de choisir, je n'hésitai pas : je leur donnai un coeur reconnaissant...
MÉLINDE
C'était en même temps travailler pour vous et pour elles ; ce don vaut tous les autres.
LA FÉE
Je ne me repens point de ce que j'ai fait ; les qualités du coeur valent mieux sans doute que les charmes extérieurs. Mais pour être heureuse, pour être aimée, elles ne sauraient suffire. J'ai consulté pour vos filles le livre des destinées, et j'ai vu que leur bonheur dépend uniquement du cas qu'elles feront des avantages de la figure et surtout de ceux de l'esprit.
MÉLINDE
Elles sont élevées par vous, je dois être tranquille.
LA FÉE
Je donne à leur éducation tous les soins dont je suis capable ; mais je vous avoue qu'elles n'y répondaient pas d'abord à mon gré. Cénie a de la douceur, d'heureuses dispositions pour apprendre ; mais elle est entêtée, indolente, et rarement appliquée.
MÉLINDE
Et sa soeur ?
LA FÉE
Iphise est franche, sensible et gaie ; mais elle est étourdie, légère, violente. Avec cela, elles ont déjà beaucoup d'amour-propre : on leur a dit qu'elles étaient jolies, et au lieu de ne voir dans ce compliment qu'une politesse, elles l'ont pris pour une vérité. Elles ne sont pas désagréables, mais elles sont fort loin d'être charmantes... Jugez de l'avenir qu'elles se préparent.
MÉLINDE
Eh mon_Dieu ! De quoi seraient-elles vaines ? Elles ont toutes deux de grands défauts, et si l'on admire en elles quelques perfections, elles ne les doivent qu'à vous seule.
LA FÉE
Cependant j'en suis plus contente depuis deux mois ; j'ai trouvé le moyen de les punir et de les rendre plus soumises.
MÉLINDE
Comment ?...
LA FÉE
J'ai eu recours à mon art pour leur fasciner les yeux et leur faire croire qu'elles sont hideuses ; aussi, toutes les fois qu'elles se regardent, se trouvent-elles laides à faire peur. J'ai donné le mot à tout ce qui les entoure ; on leur a répété à chaque instant, les premiers jours, qu'elles étaient affreuses : d'abord elles ont beaucoup pleuré ; Iphise surtout paraissait inconsolable. Je ne leur ai pas épargné les remontrances ; le meilleur parti à prendre, leur ai-je dit, c'est de tâcher de faire oublier votre difformité par vos bonnes qualités, vos vertus et vos talents ; elles m'ont cru, et... Mais j'entends du bruit : ce sont elles... Elles vous cherchent ; je vous laisse ensemble : adieu, n'oubliez pas de les confirmer dans leur erreur.
Elle sort.
SCÈNE II. Mélinde, Génie, Iphise.
Ces deux dernières restent à la porte en se cachant le visage.
MÉLINDE
Les pauvres petites n'osent approcher, elles craignent que leurs figures ne me fassent horreur.
CÉNIE, en pleurant
Allons, ma soeur, il faut bien que notre mère nous voie.
IPHISE
Avancez la première.
CÉNIE
Je n'ose...
MÉLINDE, à part
Feignons de ne les pas connaître.
Haut.
Mes enfants ne viennent point, je vais les aller chercher...
CÉNIE
Entendez-vous, Iphise ?
IPHISE
Je vois que la fée ne l'aura pas prévenue...
CÉNIE
Elle nous regarde et ne nous reconnaît pas.
IPHISE
Comment le pourrait-elle, dans l'état où nous sommes ?
CÉNIE
Cruelle fée !...
MÉLINDE, s'approchant de ses filles
Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Voilà deux étranges figures.
CÉNIE, à Iphise
Voyez l'effroi que nous lui causons.
IPHISE
Nous sommes bien à plaindre.
CÉNIE
Pour moi, je n'ai jamais tant ressenti le chagrin d'être laide.
MÉLINDE
Mais de grâce, mesdemoiselles, dites-moi à qui vous en avez ?
IPHISE et CÉNIE, se jetant à ses pieds
Ah ! Maman !...
MÉLINDE
Qu'entends-je ?...
CÉNIE
Oui, nous sommes vos enfants.
MÉLINDE
Mes enfants ! Grand Dieu !...
IPHISE
Maman, daignez nous reconnaître ; malgré notre hideux changement, nos coeurs sont toujours les mêmes.
MÉLINDE, les relevant
Il suffit. Je vous plains d'un malheur pourtant fort supportable, et croyez que je ne vous en aimerai pas moins.
IPHISE
Que vous êtes bonne !
CÉNIE
Et bien ! Me voilà consolée.
MÉLINDE
Embrassez-moi, mes chers enfants ; soyez aimables, douces, honnêtes, et vous pourrez vous passer des charmes frivoles qui vous manquent.
CÉNIE
Maman, je suis Cénie.
IPHISE, en soupirant
Et moi, Iphise.
MÉLINDE
Je vous avais distinguées l'une et l'autre au son de votre voix.
CÉNIE
La fée ne vous avait donc rien dit ?
MÉLINDE
Elle m'avait caché votre laideur ; seulement j'ai su d'elle que vous lui avez donné les plus grands sujets de mécontentement ; mais depuis deux mois elle n'a qu'à se louer de vous.
IPHISE
Eh bien j'ai pris mon parti sur ma laideur ; le temps que je passais à ma toilette, je l'emploie à lire, à jouer du clavecin...
MÉLINDE
Et c'est là un sage parti.
CÉNIE
Après tout, la beauté est éphémère ; si nous l'avons perdue un peu plus tôt, nous devrons du moins à notre malheur une instruction que nous n'aurions peut-être jamais eue sans cela.
MÉLINDE
C'est penser à merveille.
IPHISE
Il vaut mieux plaire par les charmes de son esprit, que par ceux de sa figure ; et si avec la mienne j'y puis parvenir, j'en serai plus flattée que si j'étais encore jolie.
MÉLINDE
Encore jolie !... Réellement, Iphise, vous croyez avoir été jolie ?...
IPHISE
Je puis dire à présent ce que j'en pensais ; c'est comme si je parlais d'une autre personne.
MÉLINDE
Eh bien ?...
IPHISE
Eh bien, maman, sans être régulière, ma figure était fort agréable, et réellement jolie.
MÉLINDE
Vous êtes dans l'erreur, mon enfant ; vous n'étiez point laide, mais vous aviez une figure infiniment médiocre.
IPHISE
Vous dites cela pour diminuer mes regrets, maman ; vous êtes trop bonne...
MÉLINDE
Non, car je vous suppose assez raisonnable pour n'en point avoir. Et vous, Cénie, vous trouviez-vous charmante ?
CÉNIE
Oh non, maman, mais..,
MÉLINDE
Achevez.
CÉNIE
Je croyais ma figure plus régulière qu'agréable, et j'aurais mieux aimé avoir celle de ma soeur.
MÉLINDE
Fort bien, vous vous trouviez belle : en vérité, mes enfants, vous étiez folles toutes les deux... Mes chères amies, vous étiez l'une et l'autre passables... Mais voilà tout.
IPHISE
Ce n'est pas ce qu'on disait.
MÉLINDE
Quand vous connaîtrez le monde, vous saurez le cas que l'on doit faire de ses louanges.
CÉNIE
Ah ! Si le monde est menteur, je ne l'aimerai pas.
MÉLINDE
Il faut le connaître, s'en défier, ne le point haïr, car il y faut vivre ; et s'en faire estimer, parce qu'il nous juge.
IPHISE
S'il est trompeur, je le fuirai.
MÉLINDE
Il ne trompe que ceux que l'amour-propre aveugle, les sots ou les fous. Plus léger que méchant, plus frivole que dangereux, il est injuste quelquefois, mais il revient de ses préventions. Il honore et respecte toujours la vertu ; et même, en tolérant le vice, il le démasque et le punit. Plus il y aura d'hommes rassemblés, plus on trouvera de défauts et de travers ; ainsi, en souffrant de ceux du monde, on les doit excuser.
IPHISE
Il faut pour cela bien de la générosité !
MÉLINDE
Dites de la justice. Êtes-vous sans défaut ? N'aurez-vous jamais besoin de l'indulgence des autres ? Disposez-vous donc à vouloir bien accorder ce que vous exigerez sûrement.
IPHISE
J'ai de grands défauts, il est vrai ; mais je travaillerai à m'en corriger.
MÉLINDE
L'indulgence est au nombre des vertus, elle fait valoir toutes les autres ; la perfection même ne vous en dispenserait pas.
CÉNIE
Il me semble, du reste, plus commode de se taire que de se fâcher ; il faut détester le mal, et fermer les yeux, autant qu'il est possible, sur celui qu'on ne peut empêcher.
MÉLINDE
D'ailleurs l'intolérance entraîne toujours avec elle la dispute et l'aigreur ; évitons les méchants, mais sachons vivre avec eux, si nous y sommes forcés, et plaignons-les.
CÉNIE
Maman, expliquez-moi ce que c'est que d'être méchant, je ne le comprends pas bien.
MÉLINDE
Ma fille, un méchant n'aime rien ; c'est un mauvais coeur, incapable d'aucune espèce de sensibilité...
CÉNIE
Ah ! Maman, vous avez raison de dire que l'on doit le plaindre, car il ne peut jamais être heureux.
MÉLINDE
Il faut distinguer entre les méchants et les méchancetés : celles-ci sont produites ordinairement par le défaut d'esprit, par le désoeuvrement et la légèreté.
IPHISE
Quoi ! L'on peut faire des méchancetés sans être méchant ?
MÉLINDE
C'est ce qui arrive tous les jours. Avec un bon coeur, beaucoup de vertus, on se laisse souvent aller aux égarements les plus coupables...
IPHISE
Comment ?
MÉLINDE
En ne se corrigeant pas de défauts légers en apparence, d'un amour-propre mal raisonné, de l'étourderie...
IPHISE
De l'étourderie ! Vous me faites frémir, maman. Quoi ! Je pourrais un jour... Ah ! Ma soeur, corrigeons-nous.
MÉLINDE
Rien n'est plus facile, il ne s'agit que de réfléchir et de le vouloir sincèrement.
CÉNIE
J'y vais travailler sans relâche.
MÉLINDE
C'est un moyen, mes enfants, d'assurer votre bonheur et le mien. Mais qui vient nous interrompre ? C'est la fée.
SCÈNE III. La Fée, Mélinde, Cénie, Iphise.
MÉLINDE
Venez, Madame, venez recevoir mes remerciements ; je suis enchantée de Cénie et d'Iphise ; c'est à vous qu'elles doivent toutes les qualités que j'ai reconnues en elles.
LA FÉE
J'en suis charmée.
MÉLINDE
Je suis surtout satisfaite de leurs promesses, de l'espoir qu'elles me donnent de se corriger de leurs défauts.
LA FÉE
Eh bien, je viens leur en offrir un moyen sûr et prompt.
MÉLINDE
Quel est-il ?
IPHISE et CÉNIE
Ah, parlez !
LA FÉE
Écoutez-moi avec attention. J'ai été obligée, mes enfants, pour vous ôter une ridicule vanité, de vous rendre laides l'une et l'autre. De tous les avantages, le moins précieux c'est celui de la beauté. Pourtant je conviens qu'il est cruel d'avoir une figure repoussante. Si je pouvais vous donner toutes les vertus, toutes les grâces de l'esprit en partage, vous n'auriez pas, je crois, fait un mauvais marché. Mais je veux vous traiter suivant votre goût, et voici ce que je vous offre. J'ai composé pour chacune de vous deux fioles qui contiennent une essence divine ; l'une peut vous ôter votre laideur, et vous rendre telles que vous étiez ; l'autre vous donnera toutes les qualités du coeur et de l'esprit qui vous manquent ; mais il faut choisir : je ne puis vous accorder ces deux dons réunis, mon pouvoir ne va pas jusque-là.
IPHISE
C'est bien dommage !
LA FÉE
Voici les flacons... Celui-ci, qui est couleur de rose, fera disparaître votre laideur ; de même que ce flacon blanc vous rendra parfaites.
MÉLINDE
Eh bien, qu'en dites-vous ?
CÉNIE
Maman, c'est à vous de nous conseiller.
LA FÉE
Non ; décidez vous-mêmes.
IPHISE
Voyons le flacon couleur de rose. Je ne veux que le regarder.
La fée lui donne le flacon.
Ah ! Qu'il sent bon !
LA FÉE
Nous allons vous laisser seules, consultez-vous ensemble ; dans une demi-heure nous reviendrons savoir votre réponse.
CÉNIE
Ne nous quittez pas !
LA FÉE
Il le faut.
IPHISE
Si nous buvions les deux flacons ?
LA FÉE
Ils ne produiraient aucun effet ; le mélange leur ferait perdre leurs vertus. Tenez, Cénie, voici vos deux flacons ; et vous, Iphise, voici les vôtres. Adieu.
IPHISE
Le flacon couleur de rose nous rendra notre première figure...
LA FÉE
Ils ont leurs étiquettes, vous ne pourrez pas vous tromper. Allons, laissons-les.
MÉLINDE
Chère Cénie !... Chère Iphise !...
LA FÉE, à Mélinde
Venez, suivez-moi.
SCÈNE IV. Cénie, Iphise.
CÉNIE, après un moment de silence
Eh bien, ma soeur !
IPHISE
Eh bien, Cénie !
CÉNIE
Que ferons-nous ?...
IPHISE
Il faut y réfléchir.
Elles s'asseyent l'une et l'autre, et posent leurs flacons sur une petite table.
CÉNIE
La fée elle-même l'avoue : c'est un grand malheur d'avoir une figure repoussante.
IPHISE
Et nous sommes effroyables... Ah !... Le hasard est singulier... Voilà un miroir qui se trouve sur cette table.
CÉNIE
Je parierais que c'est une malice de la fée. Un miroir dans un pareil moment ! C'est une dangereuse tentation ; Iphise, ne nous y regardons pas.
IPHISE
Voilà un plaisant scrupule ; un miroir est toujours bon à consulter.
Elle dresse le miroir sur la table.
CÉNIE
Ne consultons que la raison.
IPHISE
Il faut écouter les avis de tout le monde.
Elle se regarde dans le miroir.
Quelle figure !...
CÉNIE
Ma soeur ! Prenez garde, vous allez préférer le flacon couleur de rose.
IPHISE, se regardant toujours
Je n'ai jamais trouvé ma laideur si singulière, si repoussante... Certainement, Cénie, la vôtre est moins désagréable.
CÉNIE
Jusqu'ici vous m'aviez paru penser tout le contraire.
IPHISE
C'est que je ne m'étais pas examinée avec soin... Oui, je me rends justice ; assurément votre figure n'est pas aussi choquante que la mienne.
CÉNIE
Quelle idée !...
IPHISE
D'abord, vous êtes beaucoup moins bossue.
CÉNIE
Je n'en crois rien.
IPHISE, se regardant tonjours
Je suis sans comparaison plus rousse que vous.
CÉNIE
Je ne vois pas cela.
IPHISE
Mais regardez nos deux figures dans ce miroir ; vous en conviendrez.
CÉNIE, se penche et se regarde
Il n'y a pas à en douter, je suis mille fois plus affreuse que vous.
IPHISE
Ma soeur, quel parti prendre ?
CÉNIE
Je ne sais... cette glace a dérangé toutes mes idées.
Elle s'y regarde encore.
IPHISE
La fée a beau dire, il est impossible qu'avec de semblables visages on se décide jamais à se montrer dans le monde.
CÉNIE
Sous un dehors aussi hideux, prendrait-on la peine d'aller chercher de l'esprit, un bon caractère ?...
IPHISE
On nous laisserait là avec notre perfection intérieure.
CÉNIE
D'ailleurs, sans le secours du flacon blanc, ne pouvons-nous pas nous corriger de nos défauts ? Il est vrai que cela ne sera pas aussi prompt.
IPHISE
Mais nous ne sommes pas si pressées...
CÉNIE
Sans doute nous sommes bien jeunes.
IPHISE
Allons, allons, ne balançons plus.
Elle prend les flacons couleur de rose.
Tenez, ma soeur.
CÉNIE
Donnez...
IPHISE débouche le sien
Cénie devient rêveuse.
Cénie, qui vous arrête ?
CÉNIE
Iphise !...
IPHISE
Qu'avez-vous donc ? vous tremblez.
CÉNIE
Ah ! Ma soeur, qu'allons-nous faire !
IPHISE
Vous ne savez pas prendre un parti ; allons, je vais vous donner l'exemple.
CÉNIE, lui arrachant le flacon
Non, chère Iphise, vous devez le recevoir de moi, je suis la plus âgée.
IPHISE
Et moi, la plus raisonnable.
CÉNIE
Écoutez, de grâce !... Si nous préférons ce flacon, nous affligerons maman.
IPHISE
Ah ! S'il devait en être ainsi, je le casserais plutôt.
CÉNIE
Et bien, ma soeur, soyez-en sûre ; j'ai remarqué l'inquiétude de maman quand elle nous a quittées ; elle tremblait que nous ne fissions un choix imprudent.
IPHISE
En effet, je me rappelle le dernier regard qu'elle a jeté sur nous en partant ; il était plein de tendresse.
CÉNIE
Ce regard nous apprenait notre devoir ; il faut le suivre.
IPHISE
Notre laideur nous est moins cruelle que maman ne nous est chère.
CÉNIE
Maman et la fée désirent notre bonheur.
IPHISE, prenant les flacons
Sacrifions-nous pour elles ; tenez, chère Cénie.
CÉNIE, prenant le flacon
Je n'hésiterai pas pour celui-ci.
Elles boivent toutes les deux.
IPHISE, après avoir bu
Me voilà donc accomplie !...
CÉNIE, regardant sa soeur
Que vois-je !...
IPHISE
Ma soeur ! Je ne m'abuse point ! Vous avez repris votre première figure !...
CÉNIE
Et vous aussi !... Mon_Dieu ! Nous serions nous trompées de flacons ?...
SCÈNE V. La Fée, Mélinde, Cénie, Iphise.
LA FÉE
rassurez-vous, mes chères enfants, et embrassez-nous.
MÉLINDE, les embrassant
Iphise !... Cénie !... Que je vous aime !
CÉNIE
Nous sommes donc bien heureuses. Mais par quel prodige le flacon blanc...
LA FÉE
Après une pareille action, vous n'êtes plus des enfants. Je ne dois plus vous tromper, tout ce qui vous est arrivé n'était qu'une épreuve. Votre tendresse pour Mélinde et pour moi a su l'emporter sur votre vanité ; ce sacrifice était à la fois l'ouvrage de la raison et du sentiment... Jugez si nos coeurs savent l'apprécier.
IPHISE
Mais nous aurons toujours les mêmes défauts.
MÉLINDE
En choisissant le flacon blanc, c'était presque prouver que vous n'en aviez pas besoin.
CÉNIE, à Mélinde et à la fée
Enfin vous êtes contentes, ainsi nous devons l'être.
MÉLINDE
Vous avez perdu votre laideur, et vous nous êtes plus chères que jamais ; voilà ce que vous avez gagné à vous bien conduire. N'oubliez jamais, mes enfants, que, dans tous les événements de la vie, la résolution la plus honnête et la plus vertueuse est toujours la plus sûre et la meilleure.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0