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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en prose· Comédie en un Acte

Les Flacons

Stéphanie-Félicité du Crest de Genlis· imprimée en 1829· 4 personnages

Personnages

  • LA FÉE
  • MÉLINDE
  • CÉNIE
  • IPHISE

LES FLACONS

SCÈNE I. La Fée, Mélinde.

LA FÉE

Les enfants que vous m'avez confiés, chère Mélinde, m'ont fait éprouver bien des chagrins depuis trois mois !

MÉLINDE

Quoi ! Mes filles...

LA FÉE

Ne vous effrayez pas, le mal n'est pas sans remède : vous savez que je présidai à leur naissance ; mais comme mon pouvoir est borné, je ne pus leur faire qu'un seul don. Il m'était permis de choisir, je n'hésitai pas : je leur donnai un coeur reconnaissant...

MÉLINDE

C'était en même temps travailler pour vous et pour elles ; ce don vaut tous les autres.

LA FÉE

Je ne me repens point de ce que j'ai fait ; les qualités du coeur valent mieux sans doute que les charmes extérieurs. Mais pour être heureuse, pour être aimée, elles ne sauraient suffire. J'ai consulté pour vos filles le livre des destinées, et j'ai vu que leur bonheur dépend uniquement du cas qu'elles feront des avantages de la figure et surtout de ceux de l'esprit.

MÉLINDE

Elles sont élevées par vous, je dois être tranquille.

LA FÉE

Je donne à leur éducation tous les soins dont je suis capable ; mais je vous avoue qu'elles n'y répondaient pas d'abord à mon gré. Cénie a de la douceur, d'heureuses dispositions pour apprendre ; mais elle est entêtée, indolente, et rarement appliquée.

MÉLINDE

Et sa soeur ?

LA FÉE

Iphise est franche, sensible et gaie ; mais elle est étourdie, légère, violente. Avec cela, elles ont déjà beaucoup d'amour-propre : on leur a dit qu'elles étaient jolies, et au lieu de ne voir dans ce compliment qu'une politesse, elles l'ont pris pour une vérité. Elles ne sont pas désagréables, mais elles sont fort loin d'être charmantes... Jugez de l'avenir qu'elles se préparent.

MÉLINDE

Eh mon_Dieu ! De quoi seraient-elles vaines ? Elles ont toutes deux de grands défauts, et si l'on admire en elles quelques perfections, elles ne les doivent qu'à vous seule.

LA FÉE

Cependant j'en suis plus contente depuis deux mois ; j'ai trouvé le moyen de les punir et de les rendre plus soumises.

MÉLINDE

Comment ?...

LA FÉE

J'ai eu recours à mon art pour leur fasciner les yeux et leur faire croire qu'elles sont hideuses ; aussi, toutes les fois qu'elles se regardent, se trouvent-elles laides à faire peur. J'ai donné le mot à tout ce qui les entoure ; on leur a répété à chaque instant, les premiers jours, qu'elles étaient affreuses : d'abord elles ont beaucoup pleuré ; Iphise surtout paraissait inconsolable. Je ne leur ai pas épargné les remontrances ; le meilleur parti à prendre, leur ai-je dit, c'est de tâcher de faire oublier votre difformité par vos bonnes qualités, vos vertus et vos talents ; elles m'ont cru, et... Mais j'entends du bruit : ce sont elles... Elles vous cherchent ; je vous laisse ensemble : adieu, n'oubliez pas de les confirmer dans leur erreur.

Elle sort.

SCÈNE II. Mélinde, Génie, Iphise.

Ces deux dernières restent à la porte en se cachant le visage.

MÉLINDE

Les pauvres petites n'osent approcher, elles craignent que leurs figures ne me fassent horreur.

CÉNIE, en pleurant

Allons, ma soeur, il faut bien que notre mère nous voie.

IPHISE

Avancez la première.

CÉNIE

Je n'ose...

MÉLINDE, à part

Feignons de ne les pas connaître.

Haut.

Mes enfants ne viennent point, je vais les aller chercher...

CÉNIE

Entendez-vous, Iphise ?

IPHISE

Je vois que la fée ne l'aura pas prévenue...

CÉNIE

Elle nous regarde et ne nous reconnaît pas.

IPHISE

Comment le pourrait-elle, dans l'état où nous sommes ?

CÉNIE

Cruelle fée !...

MÉLINDE, s'approchant de ses filles

Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Voilà deux étranges figures.

CÉNIE, à Iphise

Voyez l'effroi que nous lui causons.

IPHISE

Nous sommes bien à plaindre.

CÉNIE

Pour moi, je n'ai jamais tant ressenti le chagrin d'être laide.

MÉLINDE

Mais de grâce, mesdemoiselles, dites-moi à qui vous en avez ?

IPHISE et CÉNIE, se jetant à ses pieds

Ah ! Maman !...

MÉLINDE

Qu'entends-je ?...

CÉNIE

Oui, nous sommes vos enfants.

MÉLINDE

Mes enfants ! Grand Dieu !...

IPHISE

Maman, daignez nous reconnaître ; malgré notre hideux changement, nos coeurs sont toujours les mêmes.

MÉLINDE, les relevant

Il suffit. Je vous plains d'un malheur pourtant fort supportable, et croyez que je ne vous en aimerai pas moins.

IPHISE

Que vous êtes bonne !

CÉNIE

Et bien ! Me voilà consolée.

MÉLINDE

Embrassez-moi, mes chers enfants ; soyez aimables, douces, honnêtes, et vous pourrez vous passer des charmes frivoles qui vous manquent.

CÉNIE

Maman, je suis Cénie.

IPHISE, en soupirant

Et moi, Iphise.

MÉLINDE

Je vous avais distinguées l'une et l'autre au son de votre voix.

CÉNIE

La fée ne vous avait donc rien dit ?

MÉLINDE

Elle m'avait caché votre laideur ; seulement j'ai su d'elle que vous lui avez donné les plus grands sujets de mécontentement ; mais depuis deux mois elle n'a qu'à se louer de vous.

IPHISE

Eh bien j'ai pris mon parti sur ma laideur ; le temps que je passais à ma toilette, je l'emploie à lire, à jouer du clavecin...

MÉLINDE

Et c'est là un sage parti.

CÉNIE

Après tout, la beauté est éphémère ; si nous l'avons perdue un peu plus tôt, nous devrons du moins à notre malheur une instruction que nous n'aurions peut-être jamais eue sans cela.

MÉLINDE

C'est penser à merveille.

IPHISE

Il vaut mieux plaire par les charmes de son esprit, que par ceux de sa figure ; et si avec la mienne j'y puis parvenir, j'en serai plus flattée que si j'étais encore jolie.

MÉLINDE

Encore jolie !... Réellement, Iphise, vous croyez avoir été jolie ?...

IPHISE

Je puis dire à présent ce que j'en pensais ; c'est comme si je parlais d'une autre personne.

MÉLINDE

Eh bien ?...

IPHISE

Eh bien, maman, sans être régulière, ma figure était fort agréable, et réellement jolie.

MÉLINDE

Vous êtes dans l'erreur, mon enfant ; vous n'étiez point laide, mais vous aviez une figure infiniment médiocre.

IPHISE

Vous dites cela pour diminuer mes regrets, maman ; vous êtes trop bonne...

MÉLINDE

Non, car je vous suppose assez raisonnable pour n'en point avoir. Et vous, Cénie, vous trouviez-vous charmante ?

CÉNIE

Oh non, maman, mais..,

MÉLINDE

Achevez.

CÉNIE

Je croyais ma figure plus régulière qu'agréable, et j'aurais mieux aimé avoir celle de ma soeur.

MÉLINDE

Fort bien, vous vous trouviez belle : en vérité, mes enfants, vous étiez folles toutes les deux... Mes chères amies, vous étiez l'une et l'autre passables... Mais voilà tout.

IPHISE

Ce n'est pas ce qu'on disait.

MÉLINDE

Quand vous connaîtrez le monde, vous saurez le cas que l'on doit faire de ses louanges.

CÉNIE

Ah ! Si le monde est menteur, je ne l'aimerai pas.

MÉLINDE

Il faut le connaître, s'en défier, ne le point haïr, car il y faut vivre ; et s'en faire estimer, parce qu'il nous juge.

IPHISE

S'il est trompeur, je le fuirai.

MÉLINDE

Il ne trompe que ceux que l'amour-propre aveugle, les sots ou les fous. Plus léger que méchant, plus frivole que dangereux, il est injuste quelquefois, mais il revient de ses préventions. Il honore et respecte toujours la vertu ; et même, en tolérant le vice, il le démasque et le punit. Plus il y aura d'hommes rassemblés, plus on trouvera de défauts et de travers ; ainsi, en souffrant de ceux du monde, on les doit excuser.

IPHISE

Il faut pour cela bien de la générosité !

MÉLINDE

Dites de la justice. Êtes-vous sans défaut ? N'aurez-vous jamais besoin de l'indulgence des autres ? Disposez-vous donc à vouloir bien accorder ce que vous exigerez sûrement.

IPHISE

J'ai de grands défauts, il est vrai ; mais je travaillerai à m'en corriger.

MÉLINDE

L'indulgence est au nombre des vertus, elle fait valoir toutes les autres ; la perfection même ne vous en dispenserait pas.

CÉNIE

Il me semble, du reste, plus commode de se taire que de se fâcher ; il faut détester le mal, et fermer les yeux, autant qu'il est possible, sur celui qu'on ne peut empêcher.

MÉLINDE

D'ailleurs l'intolérance entraîne toujours avec elle la dispute et l'aigreur ; évitons les méchants, mais sachons vivre avec eux, si nous y sommes forcés, et plaignons-les.

CÉNIE

Maman, expliquez-moi ce que c'est que d'être méchant, je ne le comprends pas bien.

MÉLINDE

Ma fille, un méchant n'aime rien ; c'est un mauvais coeur, incapable d'aucune espèce de sensibilité...

CÉNIE

Ah ! Maman, vous avez raison de dire que l'on doit le plaindre, car il ne peut jamais être heureux.

MÉLINDE

Il faut distinguer entre les méchants et les méchancetés : celles-ci sont produites ordinairement par le défaut d'esprit, par le désoeuvrement et la légèreté.

IPHISE

Quoi ! L'on peut faire des méchancetés sans être méchant ?

MÉLINDE

C'est ce qui arrive tous les jours. Avec un bon coeur, beaucoup de vertus, on se laisse souvent aller aux égarements les plus coupables...

IPHISE

Comment ?

MÉLINDE

En ne se corrigeant pas de défauts légers en apparence, d'un amour-propre mal raisonné, de l'étourderie...

IPHISE

De l'étourderie ! Vous me faites frémir, maman. Quoi ! Je pourrais un jour... Ah ! Ma soeur, corrigeons-nous.

MÉLINDE

Rien n'est plus facile, il ne s'agit que de réfléchir et de le vouloir sincèrement.

CÉNIE

J'y vais travailler sans relâche.

MÉLINDE

C'est un moyen, mes enfants, d'assurer votre bonheur et le mien. Mais qui vient nous interrompre ? C'est la fée.

SCÈNE III. La Fée, Mélinde, Cénie, Iphise.

MÉLINDE

Venez, Madame, venez recevoir mes remerciements ; je suis enchantée de Cénie et d'Iphise ; c'est à vous qu'elles doivent toutes les qualités que j'ai reconnues en elles.

LA FÉE

J'en suis charmée.

MÉLINDE

Je suis surtout satisfaite de leurs promesses, de l'espoir qu'elles me donnent de se corriger de leurs défauts.

LA FÉE

Eh bien, je viens leur en offrir un moyen sûr et prompt.

MÉLINDE

Quel est-il ?

IPHISE et CÉNIE

Ah, parlez !

LA FÉE

Écoutez-moi avec attention. J'ai été obligée, mes enfants, pour vous ôter une ridicule vanité, de vous rendre laides l'une et l'autre. De tous les avantages, le moins précieux c'est celui de la beauté. Pourtant je conviens qu'il est cruel d'avoir une figure repoussante. Si je pouvais vous donner toutes les vertus, toutes les grâces de l'esprit en partage, vous n'auriez pas, je crois, fait un mauvais marché. Mais je veux vous traiter suivant votre goût, et voici ce que je vous offre. J'ai composé pour chacune de vous deux fioles qui contiennent une essence divine ; l'une peut vous ôter votre laideur, et vous rendre telles que vous étiez ; l'autre vous donnera toutes les qualités du coeur et de l'esprit qui vous manquent ; mais il faut choisir : je ne puis vous accorder ces deux dons réunis, mon pouvoir ne va pas jusque-là.

IPHISE

C'est bien dommage !

LA FÉE

Voici les flacons... Celui-ci, qui est couleur de rose, fera disparaître votre laideur ; de même que ce flacon blanc vous rendra parfaites.

MÉLINDE

Eh bien, qu'en dites-vous ?

CÉNIE

Maman, c'est à vous de nous conseiller.

LA FÉE

Non ; décidez vous-mêmes.

IPHISE

Voyons le flacon couleur de rose. Je ne veux que le regarder.

La fée lui donne le flacon.

Ah ! Qu'il sent bon !

LA FÉE

Nous allons vous laisser seules, consultez-vous ensemble ; dans une demi-heure nous reviendrons savoir votre réponse.

CÉNIE

Ne nous quittez pas !

LA FÉE

Il le faut.

IPHISE

Si nous buvions les deux flacons ?

LA FÉE

Ils ne produiraient aucun effet ; le mélange leur ferait perdre leurs vertus. Tenez, Cénie, voici vos deux flacons ; et vous, Iphise, voici les vôtres. Adieu.

IPHISE

Le flacon couleur de rose nous rendra notre première figure...

LA FÉE

Ils ont leurs étiquettes, vous ne pourrez pas vous tromper. Allons, laissons-les.

MÉLINDE

Chère Cénie !... Chère Iphise !...

LA FÉE, à Mélinde

Venez, suivez-moi.

SCÈNE IV. Cénie, Iphise.

CÉNIE, après un moment de silence

Eh bien, ma soeur !

IPHISE

Eh bien, Cénie !

CÉNIE

Que ferons-nous ?...

IPHISE

Il faut y réfléchir.

Elles s'asseyent l'une et l'autre, et posent leurs flacons sur une petite table.

CÉNIE

La fée elle-même l'avoue : c'est un grand malheur d'avoir une figure repoussante.

IPHISE

Et nous sommes effroyables... Ah !... Le hasard est singulier... Voilà un miroir qui se trouve sur cette table.

CÉNIE

Je parierais que c'est une malice de la fée. Un miroir dans un pareil moment ! C'est une dangereuse tentation ; Iphise, ne nous y regardons pas.

IPHISE

Voilà un plaisant scrupule ; un miroir est toujours bon à consulter.

Elle dresse le miroir sur la table.

CÉNIE

Ne consultons que la raison.

IPHISE

Il faut écouter les avis de tout le monde.

Elle se regarde dans le miroir.

Quelle figure !...

CÉNIE

Ma soeur ! Prenez garde, vous allez préférer le flacon couleur de rose.

IPHISE, se regardant toujours

Je n'ai jamais trouvé ma laideur si singulière, si repoussante... Certainement, Cénie, la vôtre est moins désagréable.

CÉNIE

Jusqu'ici vous m'aviez paru penser tout le contraire.

IPHISE

C'est que je ne m'étais pas examinée avec soin... Oui, je me rends justice ; assurément votre figure n'est pas aussi choquante que la mienne.

CÉNIE

Quelle idée !...

IPHISE

D'abord, vous êtes beaucoup moins bossue.

CÉNIE

Je n'en crois rien.

IPHISE, se regardant tonjours

Je suis sans comparaison plus rousse que vous.

CÉNIE

Je ne vois pas cela.

IPHISE

Mais regardez nos deux figures dans ce miroir ; vous en conviendrez.

CÉNIE, se penche et se regarde

Il n'y a pas à en douter, je suis mille fois plus affreuse que vous.

IPHISE

Ma soeur, quel parti prendre ?

CÉNIE

Je ne sais... cette glace a dérangé toutes mes idées.

Elle s'y regarde encore.

IPHISE

La fée a beau dire, il est impossible qu'avec de semblables visages on se décide jamais à se montrer dans le monde.

CÉNIE

Sous un dehors aussi hideux, prendrait-on la peine d'aller chercher de l'esprit, un bon caractère ?...

IPHISE

On nous laisserait là avec notre perfection intérieure.

CÉNIE

D'ailleurs, sans le secours du flacon blanc, ne pouvons-nous pas nous corriger de nos défauts ? Il est vrai que cela ne sera pas aussi prompt.

IPHISE

Mais nous ne sommes pas si pressées...

CÉNIE

Sans doute nous sommes bien jeunes.

IPHISE

Allons, allons, ne balançons plus.

Elle prend les flacons couleur de rose.

Tenez, ma soeur.

CÉNIE

Donnez...

IPHISE débouche le sien

Cénie devient rêveuse.

Cénie, qui vous arrête ?

CÉNIE

Iphise !...

IPHISE

Qu'avez-vous donc ? vous tremblez.

CÉNIE

Ah ! Ma soeur, qu'allons-nous faire !

IPHISE

Vous ne savez pas prendre un parti ; allons, je vais vous donner l'exemple.

CÉNIE, lui arrachant le flacon

Non, chère Iphise, vous devez le recevoir de moi, je suis la plus âgée.

IPHISE

Et moi, la plus raisonnable.

CÉNIE

Écoutez, de grâce !... Si nous préférons ce flacon, nous affligerons maman.

IPHISE

Ah ! S'il devait en être ainsi, je le casserais plutôt.

CÉNIE

Et bien, ma soeur, soyez-en sûre ; j'ai remarqué l'inquiétude de maman quand elle nous a quittées ; elle tremblait que nous ne fissions un choix imprudent.

IPHISE

En effet, je me rappelle le dernier regard qu'elle a jeté sur nous en partant ; il était plein de tendresse.

CÉNIE

Ce regard nous apprenait notre devoir ; il faut le suivre.

IPHISE

Notre laideur nous est moins cruelle que maman ne nous est chère.

CÉNIE

Maman et la fée désirent notre bonheur.

IPHISE, prenant les flacons

Sacrifions-nous pour elles ; tenez, chère Cénie.

CÉNIE, prenant le flacon

Je n'hésiterai pas pour celui-ci.

Elles boivent toutes les deux.

IPHISE, après avoir bu

Me voilà donc accomplie !...

CÉNIE, regardant sa soeur

Que vois-je !...

IPHISE

Ma soeur ! Je ne m'abuse point ! Vous avez repris votre première figure !...

CÉNIE

Et vous aussi !... Mon_Dieu ! Nous serions nous trompées de flacons ?...

SCÈNE V. La Fée, Mélinde, Cénie, Iphise.

LA FÉE

rassurez-vous, mes chères enfants, et embrassez-nous.

MÉLINDE, les embrassant

Iphise !... Cénie !... Que je vous aime !

CÉNIE

Nous sommes donc bien heureuses. Mais par quel prodige le flacon blanc...

LA FÉE

Après une pareille action, vous n'êtes plus des enfants. Je ne dois plus vous tromper, tout ce qui vous est arrivé n'était qu'une épreuve. Votre tendresse pour Mélinde et pour moi a su l'emporter sur votre vanité ; ce sacrifice était à la fois l'ouvrage de la raison et du sentiment... Jugez si nos coeurs savent l'apprécier.

IPHISE

Mais nous aurons toujours les mêmes défauts.

MÉLINDE

En choisissant le flacon blanc, c'était presque prouver que vous n'en aviez pas besoin.

CÉNIE, à Mélinde et à la fée

Enfin vous êtes contentes, ainsi nous devons l'être.

MÉLINDE

Vous avez perdu votre laideur, et vous nous êtes plus chères que jamais ; voilà ce que vous avez gagné à vous bien conduire. N'oubliez jamais, mes enfants, que, dans tous les événements de la vie, la résolution la plus honnête et la plus vertueuse est toujours la plus sûre et la meilleure.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0