Comédie en vers et en prose· Comédie Parade en un Acte et en Vaudevilles
Arlequin à Alger
Représentée pour la première fois à Paris, sur le THÉÂTRE DU VAUDEVILLE le 25 Avril 1807.
Personnages
- ARLEQUIN, M. LAPORTE
- COLOMBINE, Melle MINETTE
- ASTOUT, Marchand d'Esclaves. M. HYPOLITE
Avertissement
Nous plaçons la présente édition sous la sauvergarde des Lois, et poursuivrons toutes celles qui ne seront point revêtues de notre chiffre.
ARLEQUIN À ALGER
Le Théâtre représente une place publique ; à droite la maison d'Arlequin ; à gauche celle d'Astouf.
SCÈNE PREMIÈRE.
ASTOUF, sortant de chez lui
Je viens de passer la revue : deux cents femmes ! Le joli fond de magasin pour un marchand d'esclaves ! Allons, cela va fort bien.
AIR NOUVEAU.
Vive le métier de corsaire ! Il mène au temple de Plutus ; Et la richesse sur la terre Est la première des vertus. Par mes soins, mille jeunes femmes, Font fortune dans ce pays ; Et tout en obligeant ces dames, Je rends service à leurs maris.Pour cette fois, le viZir sera content de mon voyage. J'ai de quoi repeupler son sérail et renouveler ses amours. Quant au sultan, je n'ai pu remplir ses intentions.
Il tire une tablette de sa poche et lit.
« Une jeune fille de seize à dix-huit ans, blanche comme la neige, fraîche comme la rosée, grave comme une espagnole, tendre comme une italienne, aimable comme une française, et fidèle... » Fidèle ! Où diable y a-t-il gâter sa demande par cette qualité ? Elle est cause que je n'ai rien trouvé. Il faudra bien que le sultan se contente de choisir l'une de mes deux plus jolies esclaves, Ermance et Eglé... Elles réunissent d'ailleurs toutes les qualités qu'il demande... à la fidélité près.
AIR : Vaudeville de Voltaire chez Ninon.
La brune Ermance, aux yeux perçants, À l'amour gaîment s'abandonne ; Mais malgré ses dix-sept printemps, Elle n'est fidèle à personne. La blonde Eglé, par ses attraits, Enchante et séduit à la ronde : Mais, sans désirs et sans regrets, Elle est fidèle à tout le monde.Ici près demeure une jeune personne charmante, nommée Colombine, qui ferait bien mon affaire, et qui, j'en suis sûr, tournerait la tête au sultan : c'est dommage que je sois obligé de mettre à la voile dans deux heures, j'aurais cherché à la séduire par des promesses brillantes ; par un sort, magnifique ; mais il faut y renoncer. La jalousie d'Arlequin, son mari, demanderait d'ailleurs des précautions qui exigeraient beaucoup plus de teins que je n'en ai à rester ici.
SCÈNE II. Arlequin, Astouf.
ARLEQUIN
Oh ! you ! you ! Pauvre Arlequin ! Que vas-tu devenir ?
ASTOUF, à part
Voilà mon homme.
ARLEQUIN
Le plus joli perroquet !
ASTOUF
C'est vous, seigneur Arlequin ? Vous paraissez bien affligé ?
ARLEQUIN
C'est que j'ai du chagrin.
ASTOUF
Que vous est-il donc arrivé ?
ARLEQUIN
Un malheur, ah ! Un malheur dont je ne me consolerai jamais.
ASTOUF
Racontez-moi cela, je prends beaucoup d'intérêt à ce qui vous touche.
ARLEQUIN
Vous êtes trop bon. Vous savez, mon voisin, que j'ai une femme charmante ?
ASTOUF
On le dit.
ARLEQUIN
Air : Vaudeville d'Arlequin Musard.
Ma Colombine, sage et belle, Variant ses jolis atours, Pour paraître toujours nouvelle, À l'art de changer tous les jours. Pour me fixer et pour me plaire, Par elle rien n'est oublié ; Par sentiment elle est légère, Et coquette par amitié.ASTOUF
Vous devez jouir d'un bonheur sans nuage ?
ARLEQUIN
Sans nuage ? Oh ! Certainement... Si ce n'est pourtant quelques disputes.
ASTOUF
Qui n'arrivent pas souvent.
ARLEQUIN
Oh ! Non... Une fois par jour, plus_ou_moins.
ASTOUF, à part
À merveille !
ARLEQUIN
Nous nous boudons quelquefois toute la journée ; mais ça ne dure jamais, jusqu'au lendemain.
ASTOUF, à part
Tant pis.
ARLEQUIN
Hier ! Après un raccommodement, ma femme m'a fait cadeau de son portrait ; ce matin, je suis sorti de très bonne heure, dans l'intention de trouver quelque chose qui pût lui faire plaisir : en traversant le port, j'ai aperçu un perroquet qui disait : à déjeuner ! à déjeuner ! Sangodémi ! Me suis-je dit, voilà un perroquet bien élevé ; si j'en faisais présent à ma chère Colombine ? À déjeuner ! À déjeuner ! C'est ce que je lui dis tous les matins ; et lorsque je n'y serai pas, elle croira m'entendre. Je l'achète donc ; et vous pouvez juger si j'étais content, le plus beau perroquet_du_Bengale ! Mais cela ne suffit pas, me suis-je dit.
AIR : Un homme, pour faire fin tableau.
Achevons de faire à présent Ce que Colombine demande : Un perroquet est très gourmand, Ma femme n'est pas moins friande. En mari complaisant, sachons Prévenir les voeux de son âme ; Alors j'achète des bonbons Pour mon perroquet et ma femme.Mais il est mort subitement, et voilà ce qui m'inquiète. J'ai promis un présent à Colombine, et il ne me reste plus un sequin ; je n'ose me présenter devant elle.
Sequin : Monnaie d'or qui avait cours en Italie, où sa valeur était de 11 à 12 francs, et qui a cours en Égypte où elle vaut 6 francs.
ASTOUF
C'est embarrassant, j'en conviens.
ARLEQUIN
Ma femme a la clef de notre petit trésor, et je ne possède rien... que ma batte ; encore en manque-t-il la moitié, qui a disparu hier dans un petit mouvement de vivacité... Colombine le sait bien.
ASTOUF, à part
Si je pouvais... Excellente idée !
Haut.
Ne vous chagrinez pas, je puis vous servir.
ARLEQUIN
Comment ?
ASTOUF
Le moindre présent suffira pour plaire à Colombine. Dans cette saison, les fleurs sont assez rares, pour être de quelque prix, aux yeux d'une jolie femme, je vais faire un tour dans mon jardin, et je vous apporterai bientôt un bouquet magnifique.
ARLEQUIN
Est-il possible ! Ah ! Comme elle sera contente ! Puisque vous voulez bien, Seigneur_Astouf, avoir cette bonté, composez-lui, je vous prie, un bouquet bien joli.
AIR : Je ne suis plus de ces. vainqueurs.
Que chaque fleur parle à ses yeux, Et de mon coeur soit l'interprète. Le lys est beau, mais orgueilleux : Je préfère la violette. Que la rose au myrte amoureux Par mille noeuds soit enlacée, Mais placez, par un art heureux, Le souci loin de la pensée.ASTOUF
Fiez-vous à moi, je reviens dans l'instant.
À part.
Je verrai la voisine.
SCÈNE III.
ARLEQUIN, seul
Allons, tout va pour le mieux. Si je ne m'étais pas disputé avec Colombine, je n'aurais pas acheté un perroquet ; si je n'avais pas acheté un perroquet, je n'aurais pas acheté des bonbons ; si je n'avais pas acheté des bonbons, le perroquet ne m'aurait pas mordu, en voulant les manger ; s'il ne m'avait pas mordu, je ne lui aurais pas tordu le col, si je ne lui avais pas tordu le col, je n'aurais pas un bouquet magnifique qui vaut mieux ; si je n'avais... Mais voici Colombine.
SCÈNE IV. Arlequin, Colombine.
TOUS DEUX
Ah ! Chaque heure de la journée Doit être une heure fortunée, Lorsque, sans détour,Bis.
On sait, par le plus doux retour, Donner la première à l'amour.Bis.
ARLEQUIN
Comme te voilà fraîche et jolie !
COLOMBINE
Toujours aimable et galant ?
ARLEQUIN
Cela coûte si peu lorsqu'on s'aime ! Et je t'aime tous les jours davantage ; cependant, ma bonne amie, tu es ma femme depuis deux ans.
COLOMBINE
Deux mois et trois jours.
ARLEQUIN
En vérité ! Comme tu sais cela toi !
COLOMBINE
Je gage que tu ne t'es levé si matin que pour me surprendre à mon réveil.
ARLEQUIN
Oh ! J'ai bien couru.
À part.
et je n'ai rien.
COLOMBINE
Quant à moi, je ne t'ai pas oublié ; mais voyons...
ARLEQUIN
Voyons...
COLOMBINE
Commençons par toi.
ARLEQUIN, à part
Ce maudit Astouf ne vient pas, je ne sais que faire.
Haut.
Je suis le plus impatient, ma bonne amie, ainsi...
COLOMBINE
Et moi, je suis la plus curieuse...
SCÈNE V. Astouf, Arlequin, Colombine.
Astouf s'approche d'Arlequin en lui montrant le bouquet.
ARLEQUIN, à part
Ah ! Le voilà.
Haut.
Eh bien ! Ma bonne amie, c'est...
Il cherche à prendre le bouquet des mains d'Astouf, sans que Colombine s'en aperçoive.
C'est un bouquet.... que
À part.
Où est donc le bouquet ?
Haut.
Enfin...
COLOMBINE
Voyons le...
ARLEQUIN, même lazzis
Ma bonne amie, il est....
ASTOUF, regardant Colombine
Charmant !
ARLEQUIN
Oui, il est charmant !
ASTOUF, de même
C'est une rose.
ARLEQUIN, même lazzis
Oui, une rose et mille fleurs ensemble. Mais....
Il prend le bouquet.
Le voilà, regarde.
COLOMBINE
Ah ! Qu'il est joli !
Elle le regarde tendrement.
ASTOUF, à part
Physionomie piquante : bon ! Voilà qui vaut cent sequins.
ASTOUF, à part
Quelle fraîcheur et quelle grâce !ARLEQUIN
Pour me payer de ce présent, Tu permettras que je le place. Maintenant, ton joli corset Est plein de rieurs fraîches écloses, Que j'aime à placer un bouquet Sur la tige où viennent les roses !Il met le bouquet sur son sein.
COLOMBINE
Trouves-tu qu'il me sied bien ?
ASTOUF, à part
Taille bien prise : cinquante sequins.
ARLEQUIN
À ravir ! À toi, maintenant.
COLOMBINE
Ce n'est qu'une paire de manchettes, que j'ai brodées moi-même.
ARLEQUIN
Donne, donne ; oh ! Quel plaisir !
ASTOUF, à part
Des talents ? Dix sequins.
ARLEQUIN
Ma Colombine !
ASTOUF, à part
Petits pieds ? Oh ! Petits pieds, cela vaut deux mille sequins !
ARLEQUIN, n'entendant que la fin
Cela vaut bien plus ! C'est Colombine qui les a brodées.
ASTOUF, à part
Ils s'aiment tout de bon, je le vois ; et cependant ils sont mariés ! Allons, il faut attendre.
Il sort.
SCÈNE VI. Arlequin, Colombine.
COLOMBINE
AIR : de la Maréchale.
Désormais Plus d'orage, Chacun sera plus sage, Et de notre ménage Respectera la paix.COLOMBINE
Désormais Plus d'orage, etc. Occupés de nous plaire,. N'ayons qu'un seul désir : Les jours de la colère Sont volés au plaisir,ENSEMBLE
Oui, désormais Plus sage, Je veux, dans mon ménage, Prévenant chaque orage, Laisser régner la paix.ARLEQUIN
Puisqu'il en est ainsi, je vais te faire une confidence ; mais promets-moi bien de ne pas te fâcher ! Parce que, vois-tu, ma bonne amie, nous nous raccommodons trop souvent.
COLOMBINE
Qu'est-ce donc ?
ARLEQUIN
Ce bouquet est bien joli ! Mais je te destinais autre chose.
COLOMBINE
En vérité ?
ARLEQUIN
J'ai vu ce matin un perroquet joli ! Joli ! Et qui parle ! Qui....
À part.
Non, il ne parle plus.
Haut.
Je sais que tu en as envie depuis longtemps ; j'ai pensé, d'ailleurs, qu'à force de l'entendre dire je t'aime, il finirait par le répéter, et que cela te ferait plaisir, je l'ai acheté.
COLOMBINE
Que tu es aimable ! Où est-il ?
ARLEQUIN
Dans ma poche, ma bonne amie.
COLOMBINE
Dans la poche ?
ARLEQUIN
Oh ! Il ne risque rien ; le voilà.
COLOMBINE
Maïs il est mort !
ARLEQUIN
Sans doute, il est un peu mort ; mais il est bien joli !
COLOMBINE
Comment se fait-il... ?
ARLEQUIN
Écoute, et tu vas voir que c'est bien de sa faute. Je revenais, tenant d'une main le perroquet ; de l'autre ce cornet rempli de bonbons ; le perroquet a voulu m'aider à manger les bonbons que je t'apportais, mais il s'est trompé, et il a pris mon doigt qu'il a serré bien fort : je l'ai laissé faire pour m'assurer de ses intentions ; mais à la deuxième fois, crac ! Et le pauvre petit n'a plus recommencé.
COLOMBINE
Est-il possible ?
ARLEQUIN
Regarde ! Plus de perroquet, plus de bonbons !
COLOMBINE
Comment, tu les as mangés ?
ARLEQUIN
Oui, ma bonne amie, mais en pensant à toi.
COLOMBINE
Très bien !
ARLEQUIN
Oh ! Console-toi, j'en achèterai dix fois plus pour que tu en aies la part : en attendant, allons déjeuner ; car je me sens un appétit !...
COLOMBINE
Oh ! Tu peux rester, il n'y a rien pour déjeuner.
ARLEQUIN
Comment donc ? Et ces superbes macaronis que j'ai achetés hier ?
COLOMBINE
Je les ai laissé brûler en brodant tes manchettes.
ARLEQUIN
Vous avez laissé brûler les macaronis ?
COLOMBINE
Le grand malheur !
ARLEQUIN
C'est la seconde fois que cela arrive depuis deux ans, et, vous me dites que vous m'aimez ?
COLOMBINE
Quel train pour une bagatelle !
ARLEQUIN
Une bagatelle ! Voilà bien le langage des coeurs indifférents ! Une bagatelle !
COLOMBINE
Il te sied bien de parler !
ARLEQUIN
Brûler les macaronis !
COLOMBINE
Tuer un perroquet !
ARLEQUIN
Femme sans ordre !
COLOMBINE
Homme brutal !
ARLEQUIN
C'est affreux !
COLOMBINE
C'est abominable !
AIR : Vaudeville d'Arlequin Musard
Ah ! voilà donc la récompense De tout ce que j'ai fait pour toi ; J'ai quitté mon père et la France, Pour me confier à ta foi. J'ai trompé ma famille entière, Pour l'offrir mon coeur et ma main.COLOMBINE
Que dis-tu ?
ARLEQUIN
Perfide !
COLOMBINE
Ingrat !
ARLEQUIN
Coquette !
COLOMBINE
Jaloux !
ARLEQUIN
Moi ?
COLOMBINE
AIR : Tenez, moi, je suis un bonhomme.
Quand je n'étais que ta maîtresse, Je n'avais que des jours heureux, Tu répondais à ma tendresse, Et tu prévenais tous mes voeux. Maintenant, brutal et sauvage, Ton front est toujours obscurci : Comme deux ans de mariage Changent la tête d'un mari !ARLEQUIN
Oh ! Oui, je suis changé.
COLOMBINE
Ta conduite est indigne, et tu devrais rougir...
ARLEQUIN
Je ne veux pas rougir, moi.
COLOMBINE
Combien je regrette d'avoir refusé Gilles !
ARLEQUIN
Il a toujours joué de bonheur.
COLOMBINE
Va, va, je te déteste !
ARLEQUIN
Et moi, je t'abhorre !
ENSEMBLE
AIR ; Coeur infidèle, coeur volage, (de BLaise et Babet.)
À chaque instant nouvel outrage ; C'est trop languir dans l'esclavage.COLOMBINE
Je romps la chaîne qui m'engage.ARLEQUIN
Ne me parle pas davantage.COLOMBINE
Voilà donc ce bel hyménée !ARLEQUIN
Voilà donc ce destin si doux !COLOMBINE
Je devais être fortunée.ARLEQUIN
Je devais faire des jaloux.ENSEMBLE
C'est trop souffrir, je me dégage ; Parjure, ingrat, jaloux, volage ! Je romps la chaîne qui m'engage.Colombine sort.
SCÈNE VII.
ARLEQUIN, seul
Ouf ! La voilà partie, et je puis respirer ! Il est impossible de vivre avec une femme qui se conduit ainsi. Tous les jours nouveaux sujets de querelles : lorsqu'elle me laisse un moment de repos, c'est qu'elle réfléchit aux moyens, de me faire enrager !
AIR : Trouverez-vous un Parlement.
Je t'abandonne pour jamais, Femme ingrate, épouse infidèle ; Loin de toi, je veux désormais Servir Mahomet avec zèle. Turcs, chez vous je veux demeurer, Changer mon culte pour le vôtre, Afin de ne la rencontrer Ni dans ce monde ni dans l'autre.SCÈNE VIII. Arlequin, Astouf.
ASTOUF, à la cantonnade
Selim, qu'on prépare tout pour mettre à la voile dans une heure.
ARLEQUIN
Il part ! Il est bien heureux !
ASTOUF
Ma cargaison est assez belle, deux cents femmes !...
ARLEQUIN
Deux cents femmes !
ASTOUF
Dont la plus âgée n'a pas dix-huit ans.
ARLEQUIN
La jolie cargaison ! Vous faites là un drôle de commerce ; mon voisin ? Je sens pourtant qu'à votre place il ne m'enrichirait pas ; je garderais tout pour moi.
ASTOUF
À part.
Le voisin a des principes.
Haut.
Si quelques-unes de mes esclaves ont eu le bonheur de vous plaire, je puis vous en accommoder.
ARLEQUIN
Vous êtes trop bon ; mais j'ai une femme ; et c'est beaucoup.
ASTOUF
À part.
Ah ! ah ! Déjà brouillés !
Haut.
Comment ! Est-ce que vous auriez à vous plaindre d'elle ?
ARLEQUIN
Oh, mon ami, c'est un monstre !
ASTOUF
Fort joli, à ce que j'ai vu.
ARLEQUIN
Elle me fera mourir ! Croirez-vous que je n'ai pas encore déjeuné ?
ASTOUF
Je vous plains.
ARLEQUIN
C'est une femme sans soin, sans ordre, qui laisse brûler, des macaronis. Avec cela, méchante, curieuse, bavarde...
ASTOUF
Louanges de mari.
ARLEQUIN
Ah ! Que n'en suis-je débarrassé ! Si j'avais un ami...
ASTOUF
Je suis le vôtre, et puis vous rendre ce service.
ARLEQUIN
En vérité ?
ASTOUF
Dans une heure, je mets à la voile, et, si vous le voulez, elle sera du voyage.
ARLEQUIN
Sangodémi ! Comme vous y allez !
ASTOUF
Il n'y a pas de temps à perdre : elle est jolie, et je vous garantis que le Sultan lui jettera le mouchoir.
ARLEQUIN
Comment, le mouchoir ?
ASTOUF
Oui, le Grand-Seigneur doit choisir parmi les beautés que je possède, et celle qui lui plaira sera proclamée Sultane.
ARLEQUIN
Sultane, en ce cas.... Mais, non... Cependant... Car enfin... Ah, mon_Dieu, quel embarras !
ASTOUF
Un mot, et dans un instant vous aurez cent sequins de plus et une femme de moins.
ARLEQUIN, à lui-même
Cent sequins ! Quelle double tentation ! D'un côté, ma conscience et ma femme ; de l'autre, ce qu'elle me fait souffrir, le sort brillant que je lui prépare, et la manière noble avec laquelle je me venge... Pardessus tout cela, cent sequins voyons...
Il imite la balance avec ses mains.
Ma femme est bien légère.... Oui, non ; non, oui.... Ma foi... Allons...
ASTOUF
Eh bien ?
ARLEQUIN
Je la fais sultane.
ASTOUF
Vous ne pouviez mieux faire.
ARLEQUIN
Le Grand-Seigneur m'en remerciera. Vous l'avez vue, une figure d'ange, un esprit du diable ; elle peint à ravir : si vous connaissiez le portrait qu'elle a fait de moi, vous verriez quel beau coloris ! Et comme elle m'a drapé.... Avec cela, le meilleur coeur du monde ; une douceur inconcevable, une vivacité, une pétulance... Elle fait une question, répond aussitôt ; se fâche, s'emporte, vous donne un soufflet, tout cela, dans un moment et avec une grâce infinie.
ASTOUF
Oh ! Je n'en doute pas.
ARLEQUIN
Je vais vous l'amener...
Il revient.
Ah ça, il ne faudra rien lui dire, parce que je veux lui ménager le plaisir de la surprise.
ASTOUF
Volontiers.
ARLEQUIN
Et vous la ferez Sultane ?
ASTOUF
Je n'y manquerai pas.
ARLEQUIN
Allons, me voilà tranquille, et je vais... Ah ! La voici. Je me sauve ; si elle me voyait de ce côté, elle s'en irait de l'autre.
SCÈNE IX. Colombine, Astouf.
COLOMBINE, à part, dans le fond du théâtre
Je viens de chez le cadi ; mes plaintes ont été inutiles : il ne me reste qu'un moyen... extrême, il est vrai, mais c'est le seul.
ASTOUF
La voici.
COLOMBINE, à part
Suivrai je le conseil qu'on m'a donné ? Je m'en repentirai, peut-être ; mais je suis trop malheureuse : oui, me voilà décidée, et à la première occasion...
Apercevant Astouf.
Ah !...
ASTOUF
Pourquoi me fuir ainsi, mon aimable voisine ?
COLOMBINE
Seigneur...
ASTOUF
On n'est pas plus gentille !
AIR : Suzon sortait de son Village.
C'est la fraîcheur de l'innocence, Dont l'éclat toujours nous séduit. Vos traits respirent la décence ; Vos yeux décèlent votre esprit. Air de santé, Air de gaîté, De votre coeur indiquent la bonté. Heureux l'époux Qui, près de vous, Passe, à son gré, les moments les plus doux. Je ne demande au grand Prophète, Pour me faire mille jaloux, Que dix esclaves comme vous, Et ma fortune est faite.COLOMBINE, à part
Voilà bien le corsaire dont on m'a parlé ; mais je n'oserai jamais...
ASTOUF
Qu'Arlequin est heureux de vivre auprès d'une aussi jolie femme !
COLOMBINE
Oh ! Cela ne durera pas longtemps.
ASTOUF
S'il savait comme moi tout ce que vous valez !
À part.
Je gagnerai mille pour cent sur cette femme-là.
COLOMBINE
Seigneur, vous êtes trop honnête !
ASTOUF
Non, non, je sais vous apprécier, et, vous méritez un meilleur sort.
À part.
Le Sultan en sera fou.
COLOMBINE
Cela vous plaît à dire.
ASTOUF
Il est vraiment fâcheux que vous soyez mariée !
COLOMBINE, vivement
N'est-ce pas, Seigneur ?
ASTOUF
Oh ! Certainement.
À part.
Sans cela, j'en aurais eu dix mille sequins.
COLOMBINE
Si du moins j'étais née dans votre pays.
ASTOUF
Oui ; chez nous le mariage est un lien facile à rompre.
AIR de la Parole.
Quand, pour son aimable moitié, L'époux voit éteindre sa flamme. Rempli d'une douce pitié, Sans façon il nous vend sa femme. L'épouse, s'il ne lui plaît pas, Sans que cela paraisse étrange, Des mêmes droits use en ce cas.ASTOUF
On les change.
COLOMBINE
Mais on a toujours le désagrément de les voir.
ASTOUF
Je conviens que, pour une femme sensible, il est plus agréable de s'en défaire de suite.
COLOMBINE
Je vois que vous êtes d'un bon conseil, et que j'ai bien fait de m'adresser à vous.
ASTOUF
En quoi puis-je vous être utile ?
COLOMBINE
Il faut que vous me débarrassiez d'un ingrat, d'un jaloux, d'un brutal, d'un gourmand, d'un paresseux, d'un...
ASTOUF
Voilà bien du monde !
COLOMBINE
Il ne s'agit que de mon mari.
ASTOUF
Peste !
À part.
La rencontre est comique.
Haut.
Je ne puis m'en charger.
COLOMBINE
Je vous l'offre pour rien.
ASTOUF
Que le Prophète me préserve d'un pareil marché !... Brutal, ivrogne, paresseux... Cet homme-là vaut trois cents sequins...
COLOMBINE
Trois cents sequins ?
ASTOUF
Que vous allez me donner ; et ce n'est rien en comparaison du service que je vous rends.
COLOMBINE
Mais songez donc aussi qu'il a des qualités.
À part.
Allons, il faut faire son éloge.
AIR : Dans ce salon.
Il est bonhomme et cependant, Il mord, égratigne, déchire ; On le voit toujours gai, chantant, Et même en pleurant il fait rire. Dès qu'il paraît on l'applaudit ; Souple, adroit, rien ne l'embarrasse, Sa laideur même l'embellit, Et chaque geste est une grâce.ASTOUF
Oh ! Dans ce cas, il servira de bouffon au Grand-Seigneur, et je ne vous demande rien...
COLOMBINE
À la bonne heure.
ASTOUF
Rien... Que cent sequins pour rassurer ma conscience, et afin de remédier aux dangers que je cours en enlevant un homme libre. Dès que vous m'aurez compté la somme, je vous réponds d'Arlequin.
COLOMBINE
Allons, j'y consens ; mais au moins vous me promettez qu'il ne lui sera fait aucun mal ?
ASTOUF
J'en prends à témoin Mahomet et les cent sequins que vous allez me donner.
COLOMBINE
Je vais le chercher.
À part.
Ce pauvre Arlequin !...
Vivement à Astouf.
Vous êtes bien sûr que je ne le verrai plus ?
ASTOUF
Je m'en charge.
COLOMBINE
Comptez sur ma reconnaissance.
SCÈNE X.
ASTOUF, seul
Allons, Astouf, voilà une bonne journée ! J'achète deux esclaves, et cela, sans qu'il m'en coûte rien. Ah ! ah ! L'aventure est singulière.... et je crois que j'ai ri. Ces pauvres époux : je gage qu'ils s'aiment encore ; eh bien, tant pis pour eux ! Je ne puis m'attendrir sur leur sort, et je serai corsaire jusqu'au bout puisque le destin l'a voulu.
AIR : Prenons d'abord l'air bien méchant.
Que chacun fasse son métier, Il n'en est point que je condamne ; J'ai parcouru le monde entier, Et j'ai fait plus d'une sultane. Quoique maître de la beauté, Je fais souvent ce qu'elle ordonne, Et si je vends sa liberté, Je porte les fers qu'elle donne.SCÈNE XI. Arlequin, Astouf.
ARLEQUIN
Eh bien ?
ASTOUF
J'ai fait un marché d'or.
ARLEQUIN
Vous ne le croyiez pas si bon ?
ASTOUF
Il est encore meilleur que vous ne pensez.
SCÈNE XII. Arlequin, Astouf, Colombine, sortant de chez elle.
TRIO NOUVEAU, DE DOCHE.
ARLEQUIN, bas à Astouf
Mais la voici. Chut ! Chut ! Ne disons rien.COLOMBINE, bas à Astouf
C'est lui-même ; comment le trouvez-vous ?ASTOUF
Fort bien.COLOMBINE, bas à Astouf
N'a-t-il pas un air agréable ?COLOMBINE, de même
C'est un agneau.À part.
C'est un démon.Bas à Astouf.
Pour terminer notre affaire. Voilà vos cent sequins.ASTOUF
C'est bon.Il prend ta bourse des mains de Colombine, la passe derrière le dos, et la remet à Arlequin, en lui disant.
Pour terminer notre affaire, Voilà vos cent sequins.ARLEQUIN
C'est bon.COLOMBINE
Je m'en charge ; laissez-moi faire.ASTOUF, bas, et à tous les deux
Fort bien ; fort bien... C'est cela... c'est cela.ASTOUF, remontant la scène, haut à Arlequin
Venez, venez me voir, Nous ferons, dès ce soir, Une plus ample connaissance.ASTOUF, à part
Bon ! Grâce à mon adresse, Tous les deux je les tiens,Haut.
Adieu, l'heure me presse, Mais dans un instant je reviens. Salut.COLOMBINE et ARLEQUIN
Salut.ASTOUF
Ah ! Je les tiens.TOUS
Ah ! Je la tiens ; ah ! je le tiens ;Astouf sort en laissant Arlequin et Colombine aux deux extrémités du Théâtre.
SCÈNE XIII. Arlequin, Colombine.
ARLEQUIN, à part
Voilà le moment de la crise.
COLOMBINE, à part
De la fermeté, n'allons pas nous trahir.
ARLEQUIN, à part
Ayons l'air d'oublier notre querelle.
COLOMBINE, à part
Paraissons moins fâchée.
ARLEQUIN
Le temps est bien beau !
COLOMBINE
Charmant !... Pour une promenade.
ARLEQUIN
Oui ; mais il y a si peu d'endroits pour se promener !
COLOMBINE
Le port est cependant assez fréquenté.
ARLEQUIN
Oui ; la vue de la mer est belle.
COLOMBINE
On aperçoit les vaisseaux prêts à mettre à la voile.
ARLEQUIN
Cela réjouit. On peut même se procurer le plaisir de les visiter.
COLOMBINE
Cela amuse.
ARLEQUIN
Eh bien, allons faire un tour sur le port.
COLOMBINE
Volontiers.
ARLEQUIN, à part
Elle se livre d'elle-même.
COLOMBINE, à part
Il donne dans le piège.
ARLEQUIN
Partons.
COLOMBINE
Partons.
Ils font chacun un pas, se regardent et s'arrêtent.
DUO D'AZÉMIA.
ARLEQUIN
Partons tous deux.COLOMBINE
Quoi ?ARLEQUIN
Oui.COLOMBINE
Tous deux !ARLEQUIN
Tous deux !COLOMBINE, à part
Je n'ose.ARLEQUIN
Approche-toi.COLOMBINE
Moi ?ARLEQUIN
Toi.COLOMBINE
Partons.ARLEQUIN
Partons.COLOMBINE
Je n'ose.COLOMBINE, à part
Je sens croître mon embarras.ARLEQUIN, à part
Elle ne se doute de rien.COLOMBINE, à part
Il ignore tout, c'est fort bien.ENSEMBLE
Voilà mon bras, courage. Je tiens son bras, courage. Commençons le voyagé. Je sens déjà battre mon coeur ; Est-ce d'amour ou de douleur ?Ils se sont avancés petit à petit, Arlequin a pris le bras de Colombine, et lui tourne presque le dos. Ils n'osent se regarder.
ARLEQUIN, à part
Si elle savait que je l'ai vendue !
COLOMBINE, à part
S'il soupçonnait où je le mène !
ARLEQUIN, à part
C'est pourtant dommage !
COLOMBINE, à part
J'ai peur de le regretter.
ARLEQUIN, à part
Elle faisait si bien le macaroni !
COLOMBINE, à part
Ses vivacités étaient sitôt passées !
ARLEQUIN, soupirant
Ah !...
COLOMBINE, à part
Ah !...
ARLEQUIN
Je crois qu'elle soupire.
COLOMBINE
On dirait qu'il se plaint.
Ils se regardent furtivement en dessous ; et se retournent, de suite.
ARLEQUIN
Pauvre Colombine ! Comme elle m'a regardé !
COLOMBINE
Pauvre Arlequin ! Quel air de bonté !
ARLEQUIN
Ma haine s'en va.
COLOMBINE
Mon amour revient.
Ils se retournent lentement vis-à-vis l'un de l'autre.
ARLEQUIN
Comme tu parais triste, ma bonne amie !
COLOMBINE
Pas plus que toi, mon cher Arlequin !
ARLEQUIN
Moi ?... Je pensais à un rêve que j'ai fait.
COLOMBINE, vivement et se retournant tout à fait
Ah ! Conte-moi donc cela.
ARLEQUIN
AIR : L'Amour aura soin de l'instruire. ( Gentil Bernard. ),
Par un vil corsaire entraînée, J'ai rêvé que loin de ces lieux, Tu trahissais notre hyménée, J'étais désolé, furieux. Dans, les sérails de la Turquie, De loin, je te voyais déjà.ARLEQUIN
Colombine !
COLOMBINE
Arlequin !
ARLEQUIN
Te sentiras-tu-la force de m'accorder un généreux pardon ?
COLOMBINE, à part
Un pardon ! Eh ! Ne suis-je pas mille fois plus coupable que lui ?
Haut.
Et toi, m'excuserais-tu, si je t'avouais une faute ?...
ARLEQUIN
À part.
Une faute ! Je lui défie d'avoir fait pis que moi !
Haut.
Parle.
COLOMBINE
Explique-toi.
ARLEQUIN
Je me jette à tes genoux.
COLOMBINE
Je tombe à tes pieds.
Ils se mettent à genoux l'un devant l'autre.
Je suis une perfide.
ARLEQUIN
Je suis un monstre.
COLOMBINE
Dans un moment de colère...
ARLEQUIN
Dans un instant de dépit...
COLOMBINE
Ce maudit Astouf...
ARLEQUIN
Ce vilain corsaire...
COLOMBINE
Moyennant cent sequins...
ARLEQUIN
Qu'il m'a donnés.
COLOMBINE
Que je lui ai donnés.
ARLEQUIN
Je t'ai fait sultane.
COLOMBINE
Je t'ai fait bouffon du Grand Seigneur.
ARLEQUIN
Bouffon du Grand-Seigneur !
Il se lève.
COLOMBINE
Sultane !
Elle se lève.
ARLEQUIN
Deux effets de la sympathie ! Deux époux bien unis, doivent avoir qu'une même pensée.
COLOMBINE
Oh ! Si je l'osais, je te ferais payer cher ce complot infâme : mais je suis aussi coupable que toi ; ainsi...
ARLEQUIN
Ainsi, point d'explication... Oui, ma chère Colombine, chassons ces vilaines pensées, et figurons-nous que c'est un rêve, comme je te le disais tout_à_l_heure. Nous avons cédé l'un et l'autre à un moment de colère ; mais l'amour nous attendait, à la séparation, et ce moment nous a convaincus que nous ne devons jamais nous séparer.
COLOMBINE
Non, jamais !
Le caressant.
Mon petit mari !
ARLEQUIN
Ma petite femme !
SCÈNE XIV ET DERNIÈRE. Les mêmes, Astouf.
ASTOUF
Ah ! Ah ! Que signifie ceci ?
ARLEQUIN
Vous voilà, Monsieur le Turc ? Vous pouvez mettre à la voile lorsqu'il vous plaira ; mais vous partirez sans nous.
ASTOUF
Sans vous ? Et notre marché ?...
ARLEQUIN
Je le casse.
ASTOUF
Cela ne m'arrange pas.
ARLEQUIN
Cela m'arrange, moi.
AIR 1.
Quoique hymen nous fasse souffrir, Y renoncer serait folie, Ce lien seul petit embellir Le triste chemin de la vie. De ses maux pourquoi s'effrayer, On s'en console je vous jure ; Et l'on soigne, encor le rosier Qui nous a fait une piqûre.Ainsi, je garde ma femme, et je vous rends votre argent.
Il va pour lui rendre la bourse.
COLOMBINE, prenant la bourse des mains d'Arlequin
Et moi ; je garde mon mari, et reprends mes cent sequins.
ASTOUF
Comment donc ?
COLOMBINE
La leçon est bonne, mais il est inutile de la payer aussi cher.
ARLEQUIN
De quoi vous plaignez-vous ? Nous voilà tous au même point d'où nous sommes partis ; nous deux, plus amoureux que jamais, et vous, avec le plaisir d'avoir fait une bonne action.
ASTOUF
Une bonne action ? Je n'entends rien à cela ; il me faut...
ARLEQUIN
Mettre à la voile, car aussi bien vous perdez votre temps ; et, si le cadi savait que vous aviez le dessein d'enlever un homme comme moi, vous pourriez bien vous en repentir.
COLOMBINE
Ainsi, Seigneur_Astouf, cédez de bonne grâce ; puisque vous ne pouvez faire autre autrement !
ASTOUF, à part
Elle a raison.
Haut.
Allons, je serai généreux. Mais s'il vous arrive encore de vous disputer, ne venez plus me chercher, car je n'ai pas tous les jours le coeur aussi sensible.
VAUDEVILLE.
ARLEQUIN
AIR : Vaudeville de l'Opéra-Comique ;
Souvent, dans un accès d'humeur, à mille chagrins on s'expose ; Et l'on ne connaît le bonheur Que par les regrets qu'il nous cause. Dupe d'une jalouse erreur. Vainement à fuir on s'apprête ; Quand on boude malgré son coeur ; La paix est bientôt faite.247 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica