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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en Cinq Actes

Le Campagnard

Gillet de La Tessonerie· créée en 1656, imprimée en 1657· 5 actes· 1 514 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1656 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • BAZILE, vieillard, oncle de Phénice et de Philis
  • LE CAMPAGNARD, baron de la campagne, peu fait à la cour, affectant le proverbe et la pointe
  • LÉANDRE, gentilhomme adroit, passant pour un marchand de tableaux
  • CLITON, parisien de la connaissance du Campagnard
  • SEIGNEUR ANSELME, fourbe et faux astrologue, ayant toujours accompagné Léandre dans ses courses et dans ses débauches
  • UN PAGE de Bazile
  • PHÉNICE, nièce aînée de Bazile, qui avait toujours demeuré à Paris jusques à la mort de sa tante, chez qui elle était
  • PHILIS, nièce de Bazile, la plus jeune
  • LISE, fille de chambre de Phénice
  • JODELET, valet du Campagnard

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Le Campagnard, Jodelet.

LE CAMPAGNARD

Elle est...

LE CAMPAGNARD

Encor !

LE CAMPAGNARD

Maraud, si je t'attrape !

Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]

JODELET

Vous vous en offensez ? Touchez là, je m'en moque. Quoi, Monsieur, avec moi faire du réservé ! Être libre au pays, et froid sur le pavé ! Est-ce de la façon que l'on doit vivre ensemble ? Parlez quand vous plaît, et moi, quand bon me semble. Ne me défendez point d'être de votre écot Et ne me baillez point ici du quiproquo. Si ma fidélité vous fait quelques outrages, Séparons-nous tous deux, et payez-moi mes gages. Avecque le secours de mon petit magot Malgré vous dans Paris je puis vivre à gogo ; Et quand j'aurai besoin de maître ou de maîtresse Je sais bien le Palais et le bureau d'adresse Je suis valet d'honneur et ne redoute rien Si je parle un peu trop, je sers aussi fort bien. Quand avec la parole on fait quelques offenses, Coup de langue est alors pire que coups de lances ; Mais quand par la parole on dit fidèlement Au maître que l'on sert quel est son sentiment, Et que la parole est honnête, et belle, et bonne, Que diable peut-on dire au valet qui raisonne ? J'enrage et si j'étais à quelque raisonneur Je ferais ma fortune avecque plus d'honneur. Au diable de bon coeur, la noblesse champêtre, Et maudit tout valet qui ne l'enverra paître.

Ecot : terme de Blason. C'est un tronc, ou une grosse branche ou il ne reste encore les bouts des branches qui en ont été coupées. [F]

Gogo (à) : Qui se dit n parlant des choses plaisantes et agréables qu'on a en abondance.

Bureau d'adresse : Lieu situé en dessous de la Gazette de France et permettait de trouver un maître ou une place dans quelque maison noble ou bourgeoise.

LE CAMPAGNARD

Jodelet !

JODELET

Pour avoir des plumes au chapeau, L'éguillette à la mode et le ruban nouveau, Pour être chaque jour brave comme au dimanche, Et me faire crayer ici la botte blanche, Faut-il trancher du Prince avec un vieil valet Qui vous a vu soudrille et petit argoulet, Qui mange avecque vous le lard à la campagne Et qui, pour lard manger, y mange ce qu'il gagne ?

Eguillette : terme de Marine. C'est le nom qu'on donne à de menues cordes qui servent à divers usages. [F]

Aiguillette : Cordon de tissu serré par les deux bouts, qui sert à attacher quelque chode à une autre. [F]

Crayer : Marquer avec de la craie. [F]

Argoulet : Arquebusie, Carabin. Mezerai l'employe pour Chevau-léger. [F]

Soudrille : Terme de raillerie. Méchant et misérable soldat dont on ne fait point de cas. [F]

LE CAMPAGNARD

Parle bas, Jodelet.

JODELET

Ma foi, dans vos amours vous n'êtes qu'un cheval. L'autre jour je le vis qui cajolait Phénice D'un air assez gaillard pour être sans malice, Et qui lui conseillait qu'elle changeât de ton Et puis en ajoutant deux fois "Qu'en dira-t-on" ? Il lui dit qu'il fallait tâcher à vous surprendre.

Cageoler : Signifie aussi caresser quelqu'un, afin d'attraper de lui quelque chose à force de flatterie. Se dit plus particulièrement à l'égard des femmes et des filles, auxquelles on fait l'amour, qu'on tâche de séduire par de belles paroles. (caajoler) [F]

Les Qu'en dira-t-on, chansons ainsi nommées de leur refrain, étaient fort en vogue vers le milieu du XVIIème siècle, comme, avant elles, les Petits-Doigts (Mon petit doigt me l'a dit), avant encore, Les Ponts-Bretons (Saint-Amant) le Poète crotté et le nouveau entretiens des bonnes compagnies, 1635, in-12, p. 64) ... [Victr Fournel]

LE CAMPAGNARD

Tout de bon.

SCÈNE II. Bazile, Phénice, Cliton, Philis, Jodelet, le Camapagnard.

CLITON, à Philis

L'impertinent galant !

LE CAMPAGNARD

Coquin !...

LE CAMPAGNARD

Si...

BAZILE

L'on vous connaît bien, et jusques à présent, Comme vous, je ne suis que l'instinct de nature Et fort souvent j'écris sans faire de rature. J'ai, dans mon jeune temps, eu mon tour comme vous J'ai mainte fois passé des heures à genoux Et fait, le chapeau bas, mille galanteries J'ai dit des vérités, j'ai dit des menteries, J'ai tranché du poupin contrefait le joli, Passé pour esprit fort et pour esprit poli, Sans que j'aie jamais débité de fadaise, Ni que j'aie escroqué d'Escuteaux, ni Nervaise Enfin j'ai toujours eu l'esprit fort goguenard Et, sans faire le vain, passé pour fin renard. Mais aujourd'hui qu'il faut, près de ma sépulture, Préparer le tribut que je dois à nature Et dresser des états pour compter des moments Que je laisse passer en divertissements, Quand on dit un bon mot, quelque gai qu'on me voie, La crainte de la mort est un grand rabat-joie.

Des Escuteaux et Nervèze sont deux écrivains ridicules, qui parlent dans leurs oeuvres le plus incroyable pathos et le galimatias le plus bizarrement contourné. Les dates et les détails de leurs vies sont peu connus. On a de des Escuteaux les Amours deZydtan et de Floriande (1605,in-12), et de Nervèze, secrétaire de la chambre du roi, les Amours diverses (1621, 2 v. in-12). Nervèze et des Escuteaux étaient le Bavius et le Moevius du dix-septième siècle leurs noms étaient en quelque sorte passés en proverbe, et on les trouve chaque instant cités avec dérision. [Victor Fournel]

SCÈNE III. Bazile, Phénice, Cliton, Léandre, Philis, Le Campagnard, Jodelet.

SCÈNE IV. Le Campagnard, Léandre, Jodelet.

LÉANDRE

Non.

LE CAMPAGNARD

Mon Biernois ?

LÉANDRE

Point.

LE CAMPAGNARD

Et mon Basque ?

LÉANDRE

Non plus.

LE CAMPAGNARD

Ni Champagne ?

LÉANDRE

Aussi peu.

LE CAMPAGNARD

Oui.

LE CAMPAGNARD, à Jodelet qui s'approche

Trêve de confidence !

LE CAMPAGNARD

Non, fais pis.

LE CAMPAGNARD, à Léandre

Hé bien !

LE CAMPAGNARD

Ah ! Viens.

SCÈNE V. Léandre, Anselme.

LÉANDRE, lui montrant l'habit qu'il porte et qui semble trop riche pour un peintre

Qu'as-tu dit pour laisser l'habit de broderie ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Le Campagnard, Jodelet.

JODELET

Blessé.

LE CAMPAGNARD

C'est un hasard.

LE CAMPAGNARD

Tant pis.

LE CAMPAGNARD

Comme quoi ?

LE CAMPAGNARD

Il n'oserait jamais.

SCÈNE II. Le Campagnard, Jodelet, Alcipe, Un Page.

LE CAMPAGNARD, haut

Je me bats seul à seul.

ALCIPE, s'en allant qu'ils se sont parlés bas

La peine n'est pas grande.

SCÈNE III. Jodelet, Le Campagnard.

SCÈNE IV. La Campagnard, Bazile, Phénice, Philis, Jodelet, Lise.

PHILIS

Quel ?

BAZILE

Ce passage est d'Ovide, il m'en souvient fort bien.

Bazile a raison. Ce passage est tiré du Ier livre des Amours, élégie IX. [Victor Fournel]

PHÉNICE

Comment ?

LE CAMPAGNARD

Celui qui vous le dit fut un mauvais témoin Qu'à vos yeux je voudrais traiter de chiquenaudes ; Jamais occasions ne se virent si chaudes, Et jamais l'ennemi ne fit de tels efforts, Après avoir jonché la campagne de morts. Mais, s'il faut le prouver pour vous le faire croire, Je veux bien au besoin rappeler ma mémoire, Et prendre mon récit dès le premier de l'an. Si tôt que l'on eut fait sonner l'arrière-ban, Étant déjà pourvu d'armes et de bagage, Je fais de trois mulets grossir mon équipage, Tire de mon fermier quatre chevaux de bâts, Habille six valets du haut jusques en bas, Et vais, quoique d'amour j'eusse l'âme troublée, Monté comme un Saint-George au lieu de l'assemblée. Là, je trouve d'abord vingt ou trente voisins, Onze ou douze neveux et dix et huit cousins, Deux oncles, trois filleuls, un bâtard de mon père, Et six de vos parents, avecque mon beau-frère. Nous étant ameutés et lestes à ravir, Nous allons droit aux lieux où nous devions servir, Voyons le général, qui lors (par parenthèse), En me reconnaissant parut être fort aise, Et dit en m'embrassant que j'avais le bonheur D'avoir été le fils d'un fort homme d'honneur, Et qu'il se doutait bien que je chassais de race. Mais, courant au récit qu'il faut que je vous fasse, Je ne vous dirai point ce que je répondis, Le discours que je fis, ni tout ce que je dis. L'assiette de la place était fort favorable : Elle était sur le haut d'un rocher imprenable, Qui n'était d'aucun lieu ni vu, ni commandé. De deux larges fossés son mur était bordé. Quatre grands bastions, garnis de demi-lunes, Qui pouvaient effrayer des forces non communes, Tous revêtus de pierre, et tous fort bien flanqués, Nous ôtaient tout espoir d'avoir les attaqués. On ne voyait partout que bonnes palissades, Que travaux avancés, fortins et barricades. Bref, pour vous exprimer quelle était sa bonté Un fleuve fort rapide en gardait un côté, Qui, tout enflé d'orgueil d'en défendre l'approche, Baignait à gros bouillons les pieds de cette roche.

Chiquenaude : Coup appliqué au moyen du doigt du milieu dont le bout est appuyé ferme sous le bout du pouce, et que l'on desserre sans effort. [L]

Arrière-ban : Anciennement, ban et arrière-ban, ou simplement arrière-ban, convocation que faisait le roi de sa noblesse, tant vassaux qu'arrière-vassaux, pour aller à la guerre ; le corps de la noblesse ainsi convoqué. [L]

Bât : Selle grossière de forme et d'étendue variables, à l'usage des bêtes de somme. [L]

Demi-lune : en termes de guerre, se dit d'un dehors qui n'a que deux faces, qui forment ensemble un angle saillant. (...) On la mettait autrefois à la pointe du bastion, où le fossé étant arrondi a été cause qu'on lui a donné ce nom. [F]

LE CAMPAGNARD

On ouvre la tranchée, où tous nos Maréchaux Cette première nuit conduisaient nos travaux, Et dedans chaque attaque avaient fait des redoutes, Lorsque les ennemis, se tenant aux écoutes, Dès la pointe du jour vinrent, bout-ci, bout-là, Dessus nos travailleurs qu'ils massacrèrent là. Mais, comme nous avions bien prévu leur sortie, Et qu'ils avaient affaire avec forte partie, D'abord un régiment s'en vint là, ta, ta, ta, Si bien donner sur eux qu'il les épouvanta Et les fit reculer ici vers la rivière. Lors un autre aussitôt les surprend par derrière Et s'en vint, boute, et haie, allons, vous en aurez, Leur fermer le passage et les serrer de près. Ah ! Que la mort alors ferma d'yeux et de bouches ! Que de grands horions !

Redoute : Petit fort carré qu'on fait dans les lignes de circonvallation, tranchées, et lignes d'approche, pour flanquer des lignes et placer des corps de garde, ou défendre quelques passages. Elles ont dix à quinze toises de face, avec un fossé de nuef à dix pieds de largeur, et de profondeur. [F]

Bout et haie : On dit aussi, mais bassement, du par dessus ou revenant bon de quelque affaire , il y a cent écus à gagner, et haie au bout.

Horion : Terme populaire et vieux, qui signifie un coup rude qu'on donne à quelqu'un, ou celui qu'on se donne par hasard en se heurtant contre quelques chose. [F]

LE CAMPAGNARD

Ayant donc esquivé le pas le plus fatal, J'étais, comme de vous, proche de la courtine, Lorsqu'un chef espagnol, d'un coup de javeline, Me jette cul sur tête aux pieds de ses remparts, Où des grêles de plomb tombant de toutes parts, On me fit emporter pour mort et fort malade.

Courtine : Terme de fortification. C'est la partie de la muraille, ou du rempart, qui est entre deux bastions, et qui en joint les flancs. [F]

Javeline : Arme d'hast, ou demi-pique, dont les anciens se servaient tant à pied qu'à cheval. Elle avait cinq pieds et demi de long, et son fer avait trois faces aboutissants en pointe. [F]

Hast : Vieux mot qui signifiait autrefois toute sorte d'arme offensive qui avait un long bois ou manche. [F]

SCÈNE V. Le Campagnard, Bazile, Léandre, Phénice, Philis.

LÉANDRE, au Campagnard, voyant qu'il prenait "Moderne" pour le nom d'une ville

Moderne, ce n'est pas un pays.

LE CAMPAGNARD

Je comprends.

LE CAMPAGNARD

Chut !

LÉANDRE

Celui qui suit me plaît au dernier point C'est du vaillant héros qui délivre Andromède. Regardez comme il vole en courant à son aide, Et comme, en descendant avec dextérité, Le monstre qui l'approche en est épouvanté. Ayant dessus le front une joie excessive, Ce héros semble dire à la belle captive Je vous délivrerai du monstre qui paraît. » Remarquez sa laideur.

Andromède : fille de Céphée, roi d'Ethiopie, et de Cassiopée. Sa mère ayant eut l'imprudence de disputer le prix de beauté à Junon et aux Néréïdes, filles de Neptune, ce dieu suscita pour les venger un monstre marin qui ravagea l'Ethiopie. Il falut, pour délivrer la contre, qu'Andromède fut exposée à la fureur du monstre. Elle allait être dévorée, lorsque Persée la délivrât. [B]

LE CAMPAGNARD

C'est mon barbe tout fait, n'était qu'il a des ailes.

Barbe : est un cheval de Barbarie qui a une taille menue, et les jambes déchargées. [F]

JODELET

Me dessiez-vous berner pour mon trop de caquet, Je ne puis avouer que votre bourriquet Ressemble à ce cheval, et qu'il soit de sa taille.

Bourriquet : voir Bourrique. Méchante bête de voiture. Il se dit particulièrement des ânes et des ânesses ; et ensuite des méchants chevaux. [F]

SCÈNE VI. Le Campagnard, Bazile, Philis, Phénice, Léandre, Hodelet, Lise, Un page.

ACTE III

SCÈNE I. Le Campagnard, Anselme, Jodelet.

ANSELME, d'un ton grave

Nous en sommes le moindre, en l'état où nous sommes, Et verrions notre esprit tous les jours en défaut, Sans les rayons infus qui nous viennent d'en haut.

Infus : Ce mot n'est guère en usage que dans ces phrases, Science infuse, grâce infuse, sagesse infuse. [F] Délivré par un don du Ciel ou de Dieu.

LE CAMPAGNARD, à Jodelet

Ô dieux ! Qu'il est savant !

LE CAMPAGNARD

Je vous le promets.

JODELET, à Anselme le tirant à part

Monsieur ?

ANSELME

Jodelet !

JODELET

Jean Petit fit l'amour à ma tante Pierre de Larivé nous doit cent sols de rente, Maistre Eustache Noël a bu cent fois chez nous. Et le jeune Troyen...

Jean Petit était un astrologue et devin en réputation dans la première moitié du 17° siècle Pierre de Larivé, ou de Larivey, comme on l'écrit plus souvent, né à Troyes dans le 16° siècle, publia pendant une trentaine d'années, de 1618 à 1647, un Almanach avec grandes prédictions, qui précéda celui de Mathieu Laënsberg. [Victor Fournel]

Maitre Eustache Noël, curé de Sainte-Marthe, était alors l'un des auteurs en titre des almanachs imprimés à Troyes.[Victor Fournel]

ANSELME

Et vous devez avoir deux femmes tout au moins ; Elles vous aimeront ; mais, malgré tous leurs soins, Vous ne pourrez avoir aucun amour pour elles : Elles auront du bien et ne seront pas belles. Vénus en quantité vous promet des enfants Jupiter les rendra joyeux et triomphants ; Mais l'opposition de Mars et de la Lune De quelques-uns par mort bornera la fortune... Votre an climatérique est proche d'arriver. Mercure ayant reçu Mars qui le vient trouver, Promet un grand désordre en votre mariage Le quadrat de Vénus, encore davantage, Vous rendant malheureux pour avoir trop vécu.

L'an climatérique, au figuré, c'est l'époque de la décadence. Au propre, les années climatériques, regardées comme appartenant à une époque critique de la vie de l'homme, étaient, suivant les uns, toutes les années multiples du nombre sept ; suivant les autres, celles qui résultaient de la multiplication de sept par un nombre impair. L'âge de soixante-trois ans, produit de sept multiplié par neuf, s'appelait la grande climatérique (V. le Dictionn. de Littré).

LE CAMPAGNARD

Tais-toi.

JODELET, à Anselme

Que vous avez bien fait

SCÈNE III. Le Campagnard, Jodelet.

LE CAMPAGNARD

Ah ! Jodelet !

JODELET

Monsieur, le diable est bien aux vaches.

Le Diable est bien aux vaches : Les choses tournent mal, il y a du désordre et du grabuge (Leroux, Dict. Comique, Comédie des proverbes, III, sc. 5) [Victor Fournel]

LE CAMPAGNARD

Barbare !

JODELET

Traître !

LE CAMPAGNARD

Aveugle, insensible

LE CAMPAGNARD

Je l'aime, Jodelet.

LE CAMPAGNARD

Hélas !

SCÈNE IV. La Campagnard, Bazile, Cliton, Phénice, Philis, Jodelet.

LE CAMPAGNARD, à Philis

Il est joli garçon. Or çà, que dites-vous de cet estramaçon. Que je vous ai porté ?

Estramaçon : Coup qu'on donne du tranchant d'une forte épée, d'un coutelas, d'un cimeterre. [F]

LE CAMPAGNARD

La feinte ?

CLITON, à Bazile

A-t-il perdu le sens ?

JODELET

Que l'amour a troublé sa caboche.

Caboche : La tête de l'homme. Ce mot est vieux et populaire. [XVIIème] [F]

JODELET

J'en connais un plus sage aux Petites-Maisons.

Petites-maisons : nom donné autrefois à un hôpital de Paris où l'on renfermait les aliénés. [F]

ACTE IV

SCÈNE PREMIERE. Léandre, Anselme.

ANSELME

Parlez.

LÉANDRE

Écoute.

ANSELME

J'enrage !

LÉANDRE

Cher ami.

SCÈNE III. Philis, Anselme.

ANSELME

Madame...

ANSELME, bas

Tout va bien.

SCÈNE IV. Philis, Le Campagnard, Jodelet.

SCÈNE V. Le Campagnard, Philis, Cliton, Jodelet.

LE CAMPAGNARD

Monsieur !

CLITON

Ingrate.

CLITON, mettant l'épée à la main

Ah ! C'est trop !

SCÈNE VI. Le Campagnard, Cliton, Philis, Bazile, Jodelet.

BAZILE, à Cliton qui veut parler encore

Ah ! Cliton !

JODELET

Haut le bois !

Haut le bois : Halte ! On dit, en termes de guerre, quand on fait faire halte à l'infanterie : Haut le bois ! À cause qu'on lève alors les piques. [F]

CLITON

Mais...

BAZILE

Entrons.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

Plaintes de Phénice à sa confidente Lise, à qui elle annonce vaguement ses projets de vengeance.

SCÈNE II. Philis, Lise, Phénice, Jodelet.

PHILIS

Beaucoup voudraient bien courre une risque semblable.

Risque : est parfois au féminin au XVIIème.

SCÈNE III. Philis, Jodelet, Léandre.

PHILIS, bas à Léandre

C'est être prévoyant.

JODELET

Le voici. Bon.

LÉANDRE, tirant une table sur laquelle il met ses pinceaux

Nous lui dirons en vain jusqu'à la fin du jour ; Commençons.

JODELET, allant quérir le tuorbe

Je vous vais chanter un air de cour. Voulez-vous Bénits soient les yeux bruns de Madame, Ou bien : Quand pour Philis mon coeur tout plein de flamme ?

Théorbe : Instrument dérive du luth, et qui n'était connu que depuis la fin du règne de Henri IV son nom et son orthographe restèrent longtemps incertains.

JODELET, s'essayant à chanter

La, la, j'ai votre fait, mais il est un peu vieux. Ah ! Que cet instrument a l'accord difficile ! Je n'en touchai jamais sans m'échauffer la bile. Un peu cette cheville, encore celle-ci Maudit soit le rouquin qui m'embarrasse ici

Il laisse tomber son épée.

Cet accord est-il fin ?

Cheville : On appelle cheville dans les instruments de Musique à cordes, certains petits morceaux de bois, ou de fer, fichés dans la table, ou dans le manche de l'instrument, qui servent à tendre, où à lâcher les cordes qui y sont attachées par l'un des bouts. [F]

LÉANDRE

J'apprenais à Madame un secret curieux, Pour me donner moyen de bien peindre ses yeux Et lui faire un regard plus doux et plus modeste Mais de grâce, achevez.

Le locuteur de cette réplique est noté LISANDRE dans l'édition de Victor Fournel, on suppose qu'il s'agit de LÉANDRE.

JODELET

Voici le double.

Une corde se rompt.

Peste.

Il baille deux fois avant la fin du couplet.

Ah ! que le temps est lourd !

PHILIS

Feignons.

SCÈNE IV. Philis, Léandre, Le Campagnard.

LÉANDRE, montrant le côté où est le Campagnard

Madame, il faut, de grâce, Éviter ce faux jour et prendre une autre place.

LE CAMPAGNARD, bas

Ils ne me voient pas.

LE CAMPAGNARD, bas

Quel valet !

LÉANDRE, lui baisant la main

Je n'en puis plus.

LE CAMPAGNARD

Que fait-il ?

PHILIS, à Léandre

Contraignez-vous.

LE CAMPAGNARD, l'épée à la main

Apprends à te connaître.

LE CAMPAGNARD

Tu n'es qu'un insolent,

Philis empêche le coup.

Et ce coup...

LE CAMPAGNARD

C'est un infâme.

LÉANDRE

Je ne suis pas méchant, mais je suis fort brave homme, Et peut-être tantôt...

Brave : En termes de guerre, signifie intrépide, qui affronte les périls, et qui s'expose par sans crainte à une mort assurée. [F]

LÉANDRE, prenant l'épée que Jodelet avait ôtée en chantant

Mais qu'à propos je vois l'arme de Jodelet ! Ça, voyons.

LÉANDRE

Vous reculez.

LÉANDRE, lui engageant son épée

Il faut mourir.

LE CAMPAGNARD

Ô dieux !

LE CAMPAGNARD

Encore...

SCÈNE V. Philis, Bazile, Jodelet, Léandre, Le Campagnard.

BAZILE

Êtes-vous insensés ? Que faites-vous, Messieurs ? Toujours flamberge au vent !

Flamberge au vent : Grosse épée du Chevalier Regnaut de Montauban, l'aîné des quatre fils d'Aymon. On dit proverbialement, mettre flamberge au vent ; pour dire dégainer, tirer l'épée. [F]

JODELET, frottant ses yeux

Où sont-ils ? Aux voleurs, Main-basse, tuons tout, à moi ma hallebarde ! Un bâton à deux bouts, des pistolets.

Hallebarde : Arme d'hast offensive ; composée d'un long fût ou bâton d'environ cinq pieds, qui a un crochet ou un fer plat et échancré aboutissant en pointes, et au bout une grande lame de fort forte et aigüe. [F]

BAZILE, étant heurté de Jodelet

Prends garde.

SCÈNE VI. Bazile, Philis, Le Campagnard, Léandre, Anselme, Jodelet.

SCÈNE VII. Bazile, Le Campagnard, Anselme, Jodelet, Philis, Léandre, Lise.

BAZILE, au Campagnard

C'est tout coeur.

LE CAMPAGNARD

À cheval !

1 514 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0