Dialogue en vers· Ou le Compliment Improvisé
Euphémie
Personnages
- EUPHÉMIE
- PAULA
- JULIENNE
EUPHÉMIE OU LE COMPLIMENT IMPROVISÉ
SCÈNE I. Euphémie, Paula.
EUPHÉMIE
Oui, depuis ce matin, il me semble, à te voir, Que tes yeux pétillants brillent d'un doux espoir. Dis-moi, chère Paula, quelle cause inconnue Soudain a relevé cette grâce ingénue Qui ne te quitte point.PAULA
Tu m'étonnes, ma soeur ; Ou toi-même tu veux me cacher ton bonheur. Quoi ! Tu n'éprouves pas la plus vive allégresse ? Euphémie, et ton coeur....EUPHÉMIE
Non, non, rien ne l'oppresse. D'ailleurs, aux noirs soucis l'on interdit ces bords ; Mais ma joie est bien loin d'égaler tes transports.EUPHÉMIE
De grâce, explique-toi.PAULA
Ma chère, ignores-tu Que nos coeurs désormais ont assez attendu ? Et que notre Pasteur, notre Père si tendre....EUPHÉMIE
Que dis-tu ? Monseigneur...EUPHÉMIE
Bien sûr ? Oh ! Quel bonheur !EUPHÉMIE
Je ne m'étonne plus, si ta joie est si vive. Mais pourquoi ta nouvelle est-elle si tardive ? Car, tu sais qu'il nous faut dignement accueillir Celui dont le nom seul fait toujours tressaillir. Le dirai-je ?... Je crains de voir arriver l'heure Où son pied doit toucher cette sainte demeure. Et c'est en ce jour même ?EUPHÉMIE
L'heure ?PAULA
Je n'en sais rien,ApercevantJulienne.
Mais voici Julienne. Elle court : on dirait qu'elle va perdre haleine. Que nous apporte-t-elle ?SCÈNE II. Les mêmes et Julienne.
JULIENNE, comme essoufflée
Euphémie ! Eh ! Paula !PAULA
Qu'est-ce donc ?JULIENNE
Monseigneur !EUPHÉMIE
Il approche ?JULIENNE
Il est Là.EUPHÉMIE
Ô mon_Dieu !JULIENNE, à Euphémie
Ne crains rien. Va, c'est la bonté même. Comme on nous l'avait dit, en le voyant, on l'aime ; Et, loin de redouter l'approche de ses pas, On irait volontiers se jeter dans ses bras.PAULA
Ce n'est pas tout : il faut encore un compliment. Qu'en dis-tu, Julienne ? Et toi, chère Euphémie ?JULIENNE
Sans doute.EUPHÉMIE
C'est très juste.PAULA, à Euphémie
Eh ! bien, ma bonne amie, Sache que pour ce soin je m'en rapporte à toi. Mon choix est fait.EUPHÉMIE, avec modestie
Non, non.JULIENNE
Je le confirme.JULIENNE
Mais que vas-tu nous dire ?EUPHÉMIE
Il faut bien que j'y pense.JULIENNE
Le temps presse, allons donc !EUPHÉMIE
M'y voici : Monseigneur,D'où nous vient ce beau privilège
De vous approcher de si près ?
Nous pouvons contempler vos traits
Dans l'asile qui nous protège.
C'est un effet de votre amour
Qui jusqu'à nous daigne descendre.
Soyez béni, Père si tendre,
Soyez béni dans ce saint jour !
On dit que notre divin Maître
Aimait bien les petits enfants :
Cet ami de nos jeunes ans
En vous nous le voyons renaître.
Ce lieu si cher à notre coeur
Allait célébrer une fête :
Mais pouvait-elle être complète
Sans la présence du Pasteur ?
Dans cette pieuse retraite
Au ciel nous adressions des voeux :
Vous pouviez faire des heureux
En y montrant votre houlette.
Vous paraissez : et notre front
De joie aussitôt se colore,
Ainsi qu'à l'aspect de l'aurore
Se dore la cime du mont.
JULIENNE
Comme c'est bien parler ! Ah ! Que rien ne t'arrête : Tu seras, je le vois, notre digne interprète.EUPHÉMIE
Vous croyez ?JULIENNE
Euphémie, à ta voix, je sentais S'élever de mon coeur les voeux que tu formais. Va, notre bon Pasteur ne pourra que sourire À ces beaux sentiments que sa présence inspire.100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica