Comédie en vers et en prose· Comédie en un Acte, en Prose Mêlée d'Ariettes
L'Auteur dans son Ménage
Représentée, pour les premières fois, sur le théâtre des Troubadours, rue de Louvois, les 29 et 30 prairial, 1er et 2 messidor an VIII.
Personnages
- GÉRALDE, le Citoyen REZICOURT
- ALEXIS, le Citoyen LEBRUN
- MAINROI, le Citoyen DESSAULES
- MADAME GÉRALDE, la Citoyenne AUVRAY
- CÉLESTINE, la Citoyenne AuGUSTINE LESAGE
L'AUTEUR DANS SON MÉNAGE.
Le Théâtre représente Le cabinet de Géralde ; sur La gauche est une table, couverte de papiers en désordre ; sur sa droite, un clavecin ; une bibliothèque, dans Le fond.
SCÈNE PREMIÈRE. Madame Géralde ; occupée à ranger des papiers ; CÉLESTINE, lisant.
MADAME GÉRALDE
Qu'as-tu, ma chère Célestine ?
CÉLESTINE, d'un air triste
Je n'ai rien, ma mère.
MADAME GÉRALDE
Reprends donc ta gaîté ordinaire.
CÉLESTINE, d'un air triste
Je suis fort gaie aussi.
MADAME GÉRALDE
C'est bien assez des ennuis que te donne l'étude.
CÉLESTINE, en soupirant
Voici bientôt l'heure, où je vais prendre ma leçon de musique, de dessin, de morale et de philosophie.
MADAME GÉRALDE
Ton père, mon digne époux a plus de zèle que d'adresse ; en remplissant ton esprit de tant d'objets, il t'empêche d'en saisir aucun.
CÉLESTINE
Il est vrai.
MADAME GÉRALDE
Impatient, brusque, même, quand il compose ; le moindre bruit, dit-il, s'oppose à l'harmonie de ses idées ; ses papiers sont-ils dérangés, sa table est-elle trop éloignée de son feu ; enfin, un rien l'agite.
CÉLESTINE
Mais un rien l'apaise ; et s'il nous gronde lorsque sa Muse est rétive, de combien de caresses il nous accable, lorsque son Apollon lui sourit !
MADAME GÉRALDE
Je n'approuve point, cependant, le choix de nos sociétés ; comment, au lieu de te présenter dans ces compagnies, où tes talents te distingueraient, il nous conduit, sans cesse, au milieu de ses graves amis, parmi des lettrés, des savans même.
CÉLESTINE
J'aime mieux tout endurer que d'être l'objet de vos querelles.
MADAME GÉRALDE
Non , je veux lui prouver que la science....
CÉLESTINE
Est utile.
MADAME GÉRALDE
Oui ; mais, les savants sont fort ennuyeux.
CÉLESTINE, rougissant et baissant les yeux
Il en est d'aimables, maman.
MADAME GÉRALDE
Des savans aimables, qu'est-ce que cela veut dire ?
CÉLESTINE
Je ne dois rien vous cacher.
MADAME GÉRALDE, d'un ton sérieux
Parlez, Mademoiselle.
CÉLESTINE
Il y a quelques jours que j'accompagnai mon père chez son ami Mainfroi...
MADAME GÉRALDE
Le professeur de mathématiques, ce vieux railleur qui cache sous un air froid le caractère le plus malin.
CÉLESTINE
Il s'agissait de fixer les changements de langues grecque et arabe ; chacun, chargé d'antiques, d'inscriptions, se disposait à discuter avec chaleur et méthode une question, aussi utile ; la conversation, grave d'abord devint tumultueuse ; la gravité m'ennuya ; le bruit me donna de l'humeur ; j'étais mécontente et déplacée ; lorsque mes yeux découvrirent, un jeune savant, dont le maintien annonçait un trouble égal au mien ; tout-à-coup sa figure s'anima, ses yeux se fixèrent sur les miens ; et profitant de l'agitation gênérale, il s'approcha de moi et me dit :
AIR.
Il est moins utile, je pense, D'être savant, que d'être heureux, Non, non, jamais pour la science Je n'oublierai d'aussi beaux yeux. Près de vous j'aime l'ignorance, Et je préfère, en vérité, Aux vains discours de l'éloquence Les doux regards de Ja beauté. Trompé par sa vaine chimère, Le plus instruit déplaît souvent. Celui qui sait l'art de vous plaire Est à mes jeux le plus savant ; Auprès d'une femme jolie, Tout, est plaisir, tout est bonheur : J'étudierais toute ma vie Si vous étiez, mon précepteur.MADAME GÉRALDE
Cette conversation était inconvenante, Mademoiselle ; et votre légèreté a pu seule autoriser un Jeune homme à vous parler la première fois ;
CÉLESTINE
Ce n'est pas la première fois que je le voyais ; il m'avait déjà distinguée aux promenades ; et j'ai beaucoup souffert à vous le cacher.
MADAME GÉRALDE
Je te sais gré de ta confiance ; l'esprit d'une mère de famille n'est pas de s'opposer à l'amour, mais de le diriger vers un but honnête et délicat.
CÉLESTINE
Ma bonne maman !
MADAME GÉRALDE
Depuis le lever du jour, ton père se promène dans la grande allée de notre jardin ; en rentrant il va composer.
CÉLESTINE, gaiment
À son retour, nous descendrons au jardin ; nous nous assiérons vers le petit treillage. J'ai encore beaucoup de choses à vous dire.
MADAME GÉRALDE
Sur quoi ?
CÉLESTINE, vivement
Sur Alexis.
MADAME GÉRALDE
Il sera maintenant le grand sujet de nos conversations.
CÉLESTINE, caressant sa mère
Alexis ne me fera point oublier ma bonne maman.
MADAME GÉRALDE, l'embrassant
Ma chère Célestine ! Je vais voir ce que fait ton père, et s'il va bientôt rentrer.
Elle sort.
SCÈNE II.
CÉLESTINE
Comme mon coeur est tranquille ! Oh ! Que je suis aise, d'avoir pris maman pour ma confidente !
ROMANCE.
Ô vous qui vous laissez séduire, Jeunes victimes de l'amour ; Si vous redoutez le délire Que nous inspire un doux retour, Ne craignez point un oeil sévère ; Recherchez plutôt sa rigueur ; Vous braverez, un séducteur, Vous trouverez paix et bonheur... En disant tout à votre mère. Si déjà mon âme s'agite Au doux souvenir d'Alexis ; Si mon coeur en secret palpite, Si tous mes sens sont attendris ; D'une erreur peut-être trop chère Je braverai les vains efforts ; Pour m'épargner de nouveaux torts, Et trouver bonheur sans remords Ah ! J'irai tout dire à ma mère.SCÈNE III. Célestine, Madame Géralde.
MADAME GÉRALDE
Descends au jardin, Célestine ; j'ai aperçu de loin ton père ; voilà son attitude.
Elle le contrefait.
Tantôt il sourit, tantôt il s'agite ; il regarde le ciel et l'invoque ; tout-à-coup il recule trois pas ; il menace la terre, et semble lui dire de s'entr'ouvrir ; puis il paraît joyeux : et je ne sais comment nous allons le voir. Il vient... Sauvons-nous.
SCÈNE IV. Madame Géralde, Célestine, Géralde.
GÉRALDE, se croyant seul, d'un ton animé
Ô mon génie, ne m'abandonne pas !...
MADAME GÉRALDE, à part
Il va se fâcher en me voyant.
CÉLESTINE, dans un coin du théâtre
Je n'ose bouger.
GÉRALDE
Je vais chanter les charmes de l'union conjugale.
MADAME GÉRALDE, à part
L'idée est aimable.
CÉLESTINE
Si je pouvais sortir sans qu'il me vît.
GÉRALDE, en fureur
Femmes célèbres par vos forfaits, éloignez-vous de ma pensée !
MADAME GÉRALDE, à part
Voilà du noir.
CÉLESTINE, tremblante
Je serai grondée.
GÉRALDE
Vertueuse compagne de Pompée, fidèle épouse d'Ulysse, Andromaque, Mérope, Zelmire, Antigone, que le souvenir de vos vertus échauffe mon imagination !
Il va se mettre à la table.
TRIO.
CÉLESTINE
Voilà mon père qui compose Je voudrais sortir, mais je n'ose, Maman, il a bien du chagrin Maman, descendons au jardin.MADAME GÉRALDE
Ô ciel ! sa tête est égarée,CÉLESTINE
Ô ciel ! Sa tête est égarée.GÉRALDE, à sa fille
Antigone, fille adorée Tu sers d'exemple à l'univers,À sa femme :
Pénélope, épouse aimée Que de vertus dans tes revers.Il revient à lui, et reconnaît sa femme et sa file.
Mais j'aperçois et ma femme et ma fille ; Toutes deux, venez dans mes bras.MADAME GÉRALDE, CÉLESTINE
Quel bonheur ! Il ne gronde pas.CÉLESTINE, caressant Géralde
Vous le savez, mon père ; Vous aimer fait tout mon bonheur ; Auprès de vous, près de ma mère, Tout remplit, tout charme mon coeur.GÉRALDE, les embrassant
Ô ma femme, ô ma fille ! Toutes deux, venez dans mes bras : Oui, les plaisirs qu'on éprouve en famille Sont les plus vrais et les plus délicats.Vivement.
Mais, respectez le moment du génie ; Sortez, je me sens inspiré Du démon de la poésie.MADAME GÉRALDE, CÉLESTINE
Sortons, son oeil est égaré.SCÈNE V.
GÉRALDE
Rappelons nos idées ; développons dans mon poème toutes les vertus dont la femme nous offre le modèle !...
Il réfléchit.
Parée de la couronne nuptiale et plus encore de son innocence, la jeune fille marche à l'autel !... Un regard !... que la pudeur contient encore, promet le bonheur à son amant. Bientôt... elle est mère !... Que de devoirs la nature attend d'elle, elle les remplira tous ; des mains mercenaires ne seront point chargées d'un dépôt si précieux ! Mais...
Il se balance avec un air gai, animé.
Mais, j'entends un refrain joyeux !... Je la vois près du berceau de son fils !... Pendant son sommeil elle le fixe !... À son réveil elle l'embrasse ; et son premier sourire l'attendrit et la récompense... Quel moment sublime, quelle douce extase !... Écrivons, écrivons.
Il va vivement à sa table.
Ô ciel !... Quel désordre ! Mes papiers sont dérangés ; je ne retrouve point mes notes !...
Il se met en colère.
Madame Géralde ! Madame Géralde !...
SCENE VI. Géralde, Madame Géralde.
MADAME GÉRALDE
Que voulez-vous ?
GÉRALDE
Ce que je veux !... Où sont mes notes ? ...
MADAME GÉRALDE
Vous m'avez dit vous-même de les placer dans votre secrétaire.
GÉRALDE
Il est vrai.
MADAME GÉRALDE, prenant les notes dans le secrétaire
Les voici.
GÉRALDE
Mon imagination est frappée ; chaque minute est une perte !... Laissez-moi, Madame Géralde, laissez-moi.
MADAME GÉRALDE
Je vous laisse.
GÉRALDE, courant après elle
Pardonne ma vivacité ; j'avais tort ; ma chère femme.
MADAME GÉRALDE, à part
Il est fou !...
Elle s'éloigne et l'écoute.
GÉRALDE
Enfin , me voilà, seul !... Je pourrai composer à mon aise.
Il cherche.
Je disais que la femme près du berceau de son fils versait des larmes d'attendrissement !... D'attendrissement...
Il se gratte le front, et compose.
Ne blâme plus notre amour pour les belles !...Mes pensées se troublent, je ne saurais trouver un hémistiche !... C'est ma femme qui en est la cause !... Que le diable l'emporte.
MADAME GÉRALDE
Je vous remercie.
Elle aperçoit Mainfroi.
Mais voici votre ami Mainfroi.
GÉRALDE, qui n'a point entendu
De l'homme heureux.MADAME GÉRALDE
Voici votre ami Mainfroi.
Elle sort.
GÉRALDE, à part
On vient encore me déranger !....
SCÈNE VI. Géralde, composant ; Mainfroi.
MAINFROI
Bonjour, Géralde.
GÉRALDE
Bonjour.
À part.
J'étais en verve...
Notre amour pour les belles...Mainfroi, que me veux-tu ?
MAINFROI
Je viens te communiquer une importante affaire.
GÉRALDE
Quelque nouveau problème, sans doute.
MAINFROI
J'en ai un très difficile à résoudre.
GÉRALDE
Lequel ?
MAINFROI
Le coeur de mon neveu.
GÉRALDE
Comment ?
MAINFROI
Il est très amoureux.
GÉRALDE
Ah, ah !
MAINFROI
Et cet amour le tourmente.
GÉRALDE
Il aime une coquette, sans-doute,
MAINFROI
Vous ne savez pas à qui vous insultez. Celle qu'il aime est belle, vertueuse ; mais elle a un très grand défaut.
GÉRALDE
Quel défaut ?
MAINFROI
Elle aime la poésie ; mon neveu ne peut lui plaire que par l'harmonie de ses hémistiches.
GÉRALDE
Pourquoi blâmer un goût aussi délicat ?
MAINFROI
Mon neveu ne saurait y répondre ; loin de toucher son coeur par des paroles inutiles, il ne connaît que l'art de les épargner par des signes algébriques.
GÉRALDE
Joli talent pour gagner le coeur d'une belle.
MAINFROI
Aussi suis-je fort embarrassé.
GÉRALDE
Je le crois.
MAINFROI
Et je venais te prier....
GÉRALDE
Expliquez-vous.
MAINFROI
De protéger l'amour de mon neveu, de lui composer quelque strophe amoureuse.
GÉRALDE
Je n'en ferai rien.
MAINFROI
Tu me refuses.
GÉRALDE
Vingt fois vous m'avez traité de fou ; la poésie est une chimère, disiez-vous.
MAINFROI, le priant
Mon ami...
GÉRALDE
Non, non.
MAINFROI
Obligez-moi.
GÉRALDE
Prières inutiles !
MAINFROI
Le bonheur de mon neveu, en dépend.
GÉRALDE
Son bonheur !...
MAINFROI
Sans doute.
GÉRALDE
Voilà une raison.
MAINFROI, à part
Il est pris.
GÉRALDE
Envoyez-moi votre neveu ; qu'il me fasse le portrait de sa belle ; et je réponds que mes vers le séduiront. Et quand, grâce à ma Muse, vous serez tous heureux, prosternés au pied du Parnasse, vous ne comparerez plus les mathématiciens aux poètes ; les mathématiciens !...
Il rit.
Vous marcherez sur des routes inconnues ; les calculs de la raison valent ils donc les élans du génie ?
MAINFROI
Non, certainement.
GÉRALDE
La moindre intrigue vous embarrasse ; si vous aviez à combattre l'avarice d'un tuteur les refus d'un père, les soupçons d'un jaloux.
MAINFROI
Je n'oserais le tenter : un mathématicien lutter contre un poète ?
GÉRALDE, avec enthousiasme
La poésie nourrit l'âme, l'élève, l'embrase ; et ce n'est qu'au sein des arts, que l'on peut oublier la méchanceté des hommes, et l'inconstance des femmes.
MAINFROI
C'est pour cela, que les poètes sont heureux et raisonnables.
GÉRALDE
Vous raillez ; mais l'envie vous dévore !... Que pouvez-vous comparer aux succès du génie ? Quelles mains plus utiles que celles qui nous retracent les crimes punis, les vertus récompensées ? Quel triomphe plus beau que celui du poète ; partout sa voix terrible est l'effroi du méchant et l'espérance de l'opprimé ; le burin de Clio, la lyre de Pindare, le masque de Thalie, le poignard de Melpomène ; tout sert également à sa gloire ; ses travaux sont pénibles, le terme de l'espérance est éloigné ; j'en conviens : mais que de récompenses sublimes l'attendent et le consolent à la fois ; au théâtre, par exemple, combien le succès doit élever son âme !... Voyez dans nos spectacles cette beauté sensible, dont l'air est si attentif ; ses yeux sont remplis de larmes ; sa respiration est suffoquée ; voyez le mouvement pressé de sa poitrine ; elle se trouve mal !... Et quelle est l'a cause de cette douleur délicieuse ; c'est cet homme qui, renfermé dans son cabinet, marchant comme un égaré, a tracé ses nouvelles combinaisons dramatiques et dont les compositions sombres et pathétiques, commandent à la fois l'attention et l'attendrissement.
MAINFROI
Fort bien.
GÉRALDE
La pièce finit ; entendez-vous ces trépignements, ces battements de main, ces cris confus et redoublés : l'auteur ? L'auteur ?... Il paraît, il s'avance d'un air modeste ; n'importe son costume, il est toujours beau : les cris redoublent ; le bruit augmente ; et sa tête se baisse au milieu des applaudissements ; dites-moi si tous les mathématiciens de la terre occasionneraient ensemble un tapage aussi délicieux.
MAINFROI
Pauvre fou, votre enthousiasme est sublime ; mais il est facile de le détruire ; et je vais opposer au moment du succès le moment de la chute ; déjà quelques murmures ont annoncé l'orage ; un mot, un seul mot réveille la critique ; voyez-vous ce groupe bâillant ; cet autre, s'agitant en mille façons diverses : jetez les yeux dans cette loge ; voyez cette beauté délicate ; pour chasser l'ennui qui l'assiège, elle respire des odeurs ; ici, les amis de l'auteur se désespèrent ; là, ses rivaux se réjouissent ; le souffleur s'embarrasse ; l'auteur s'inquiète ; chacun tremble : le dénouement arrive ; nouveau mécontentement ; le bruit redouble ; la toile tombe enfin : quels sons aigus ont déchiré mon oreille ! Entendez-vous les cris de la colère, le rire du mépris, plus insultant encore : à bas l'auteur !... À bas l'auteur !... Et dites-moi si tous les mathématiciens de la terre occasionneraient ensemble un tapage aussi désagréable.
GÉRALDE
La chute !... Les sifflets !... Ils n'ont que cela à dire.
MAINFROI
Revenons à mon neveu ; il soupire, il m'attend ; et je vais lui annoncer....
GÉRALDE
Que je le mets sous la protection de ma Muse.
MAINFROI, d'un ton railleur
Et tu crois que sa jeune amante sera attendrie par le charme de ta poésie.
GÉRALDE
Vous en doutez, peut-être.
MAINFROI
Quel triomphe pour toi, quel bonheur pour mon neveu ! Oh, pour le coup, si tu réussis, je ne raille plus ; et je reconnais l'utilité de la poésie.
À part.
Je l'attends au dénouement. Adieu, mon neveu va venir, songe à tenir, ta parole.
GÉRALDE
Je l'attends.
Mainfroi sort.
SCÈNE VIII.
GÉRALDE
Ces génies étroits ne sentent, rien... C'est parce que la carrière est dangereuse, qu'elle est encore plus honorable... La chute !.. Les sifflets ! Tout cela est fort désagréable mais enfin, on ne tombe pas toujours.
COUPLETS.
Voici l'heure des leçons de Célestine.
Avec sensibilité.
Un père ne peut mieux commencer sa journée que par l'éducation de ses enfants. Que ce soit votre prière du matin, ô vous qui voyez grandir auprès de vous ces jeunes arbustes ; songez que le bonheur est sous leur ombrage ; c'est en nourrissant la sève de leur vertu, que votre vieillesse sera heureuse et respectée. J'entends ma fille.
SCÈNE IX. Géralde, Célestine, portant un gros livre, des dessins et de la musique.
GÉRALDE, à part
Qu'elle est jolie ! Approche, ma chère Célestine ; embrasse ton père.
Célestine l'embrasse.
Tu m'as promis d'étudier.
CÉLESTINE, à part
Il va bien me gronder.
GÉRALDE, gravement
Je vous ai recommandé le chapitre douzième de mon livre élémentaire, ce chapitre important qui traite de la morale, de la philosophie et qui m'a coûté tant de veilles.
CÉLESTINE, à part
Il m'en a coûté bien davantage.
GÉRALDE
Qu'est-ce que la morale ?
CÉLESTINE
La morale est l'art... Je ne m'en souviens plus.
GÉRALDE
Comment ! Vous ne vous souvenez pas de ma morale.
CÉLESTINE
Ah, mon_Dieu !
GÉRALDE
Est-il possible, Mademoiselle, que vous soyez d'une telle inattention.
CÉLESTINE
Ne vous fâchez pas.
GÉRALDE, ouvrant son livre
Lisez, Mademoiselle, lisez.
CÉLESTINE, ouvre le gros livre en tremblant
La morale est l'art de distinguer le vice, et de suivre la vertu et....
GÉRALDE
Et la philosophie ?
CÉLESTINE
La philosophie est l'amour de la sagesse ; elle nous rend indulgents pour les autres, et sévères pour nous-mêmes ; elle nous apprend à supporter l'adversité sans bassesse, l'opulence sans orgueil ; elle nous fait rire des folies humaines ; et par elle, l'homme est plus heureux parce qu'il devient meilleur.
GÉRALDE
Quels sont les devoirs des femmes ?
CÉLESTINE
La constance et la pudeur.
GÉRALDE
Les obligations des mères ?
CÉLESTINE
La surveillance et la bonté.
GÉRALDE
Avez-vous composé vos dessins ?
CÉLESTINE
En voici de nouveaux.
GÉRALDE, examinant les dessins
Venez me les expliquer.
CÉLESTINE
L'épouse élève vers son père le tendre fruit de son hymen ; elle se plaît à opposer aux cheveux blancs de son vieillard chéri, la tête blonde de son jeune fils. Tandis qu'elle prouve ainsi son respect filial, son oeil fixé sur son époux, sa main étroitement serrée dans la sienne, prouvent l'amour...
GÉRALDE, gravement
L'amour.
CÉLESTINE
L'attachement qu'elle a pour son époux.
GÉRALDE, à part
L'amour, voilà la première fois que ce mot lui échappe.
CÉLESTINE, à part
Il va se fâcher.
GÉRALDE
En observant avec attention votre dessin Mademoiselle, je vois, que la jeune épouse paraît oublier son père. Vous avez tout sacrifié à l'hymen.
CÉLESTINE
Mon exécution a donc trahi ma pensée. Je désirais que son émotion parût partagée. Remarquez combien je me suis attachée à rendre le vieillard respectable.
GÉRALDE
Il est vrai.
CÉLESTINE
J'ai toujours blâmé ces lourdes compositions, compositions, où, pour arracher le sourire, on blesse les égards que l'on doit à la vieillesse.
GÉRALDE
Passons à votre leçon de musique. Chantez moi l'air que vous avez choisi.
Il se met au clavecin.
Mais point de romance langoureuse.
CÉLESTINE, choisissant un morceau de musique
Ce morceau est assez gai, je l'ai distingué.
RONDEAU.
GÉRALDE, en colère
Sont esclaves d'amour. Pourquoi avez-vous choisi ces paroles ?
CÉLESTINE
La musique m'a paru jolie.
GÉRALDE
Elle est maussade ; et je vous défends de la répéter.
CÉLESTINE
Quel sujet avez-vous pour me gronder ?
GÉRALDE, à part
Il serait dangereux de m'expliquer.
CÉLESTINE
Comment ai-je pu vous déplaire ?
GÉRALDE
Ne m'interrogez pas ; retournez à l'étude ; réfléchissez sur vos cours de morale, de philosophie ; étudiez mon livre élémentaire ; et surtout, que l'hymen, n'entre plus dans la composition de vos dessins ; une petite fille ne doit point inventer de semblables tableaux.
CÉLESTINE, en pleurant
Une petite fille ! Ah, pauvre Alexis.
Elle sort.
SCÈNE X.
GÉRALDE
Quelle expression elle avait mise dans son dessin ! Que les regards de cette jeune épousée étaient ardents ! Comme elle prononçait ce mot... Amour !... Mais ne blâmons point cette sensibilité, c'est la première vertu des femmes. Ô sexe aimable et chéri, c'est de toi que ma Muse doit s'occuper ;
Il court à la table.
Mon esprit est plein de tes grâces, de tes vertus.
Il compose.
Ne blâmez plus notre amour pour les belles Froids orateurs, , soyez reconnaissants. . . .Il cherche.
Vos premiers cris furent calmés par elle ; Et les héros !... et les héros ont été des enfants.Il déclame le quatrain.
Fort bien ! La chute est admirable.
Pour adoucir lès horreurs de la guerre , Le ciel mit dans nos coeurs l'amour et les désirs ; Ainsi la femme est un dieu...SCÈNE XI. Géralde, Madame Géralde.
MADAME GÉRALDE
On vous demande.
GÉRALDE, brusquement
Laissez-moi.
Il écrit.
Pour adoucir les horreurs de la guerre, Le ciel mit dans nos coeurs l'amour et les désirs ; Ainsi la femme est un dieu...MADAME GÉRALDE
M'avez-vous entendue ?
GÉRALDE, cherchant ses vers
Ainsi la femme est un dieu...MADAME GÉRALDE
Répondez.
MADAME GÉRALDE
Un jeune homme vous demande.
GÉRALDE, vivement
Tant pis pour lui.
MADAME GÉRALDE
Écoutez-moi.
GÉRALDE, en colère et vivement
Ne parlez pas ; vous allez détruire mon enthousiasme ; je compose ; je chante les douceurs de l'hyménée ; et je vous prie, ma chère femme, de ne pas m'impatienter.
MADAME GÉRALDE
Quelle tête !
GÉRALDE
Ne m'échauffez pas les oreilles. Oh ! Mon_Dieu, vous êtes cause que mon vers s'est échappé ; que disait-il, mon vers, vous en rappelez-vous ?
MADAME GÉRALDE
Non, sans-doute.
GÉRALDE
Je disais....
MADAME GÉRALDE
Vous disiez qu'il faut m'entendre.
GÉRALDE
Oh ! Qu'une femme est insupportable !
MADAME GÉRALDE
Ce n'est point là votre vers.
GÉRALDE
Silence, le voici.
Il déclame.
Pour apaiser les horreurs de la guerre, Le ciel mit dans nos coeurs l'amour et les désirs ; Ainsi la femme est un dieu sur le terre ; Elle calme nos maux et double nos plaisirs.Comment les trouvez-vous ?
MADAME GÉRALDE
Mauvais.
GÉRALDE
Mauvais ?
MADAME GÉRALDE
Sans doute ; ne vantez pas les femmes étrangères ; et soyez plus honnête envers la vôtre.
GÉRALDE, en colère
Madame Géralde, vous me poussez à bout ; vous me devenez insupportable !...
MADAME GÉRALDE
Vous l'êtes bien davantage.
GÉRALDE
Je prendrai mon parti.
MADAME GÉRALDE
Quel parti ?
GÉRALDE
Vous me troublez sans cesse ; vous tuez mon talent ; et vous me forcerez enfin...
MADAME GÉRALDE
À quoi ?
GÉRALDE
À divorcer, Madame Géralde, à divorcer.
Il compose.
L'hymen fut inventé pour charmer l'existence.MADAME GÉRALDE, vivement
Que penserait-on de vous si l'on était témoin d'une semblable scène ; eh quoi ? Dirait-on, celui qui paraît si reconnaissant envers les mères, si tendre envers les épouses, il maltraite sa compagne : votre conduite sera la critique de votre ouvrage ; pour qu'on vous croie, messieurs les écrivains, il faut que vos actions soient semblables à vos écrits.
GÉRALDE, à part
Elle a raison, je crois, ma femme.
MADAME GÉRALDE
Le mot affreux que vous avez prononcé ne m'est pas échappé ; et quoique rassurée par l'amitié que vous portez à votre Célestine, je ne peux m'empêcher de pleurer en me le rappelant.
GÉRALDE, confus
Qu'ai-je dit ?
MADAME GÉRALDE
Vous avez parlé de divorce !
GÉRALDE
De divorce !... j'ai prononcé ce mot affreux ; ah ! Pardon, ma chère femme ; et c'est ma misérable vanité qui me l'a arraché. Ah ! Pardonne-moi ; que le diable emporte mes vers ; ceux-ci ne verront pas le jour, puisqu'ils t'ont chagrinée.
Il déchire ses vers , et embrasse sa femme.
MADAME GÉRALDE
C'en est assez, mon ami ; tout est oublié.
GÉRALDE, ému
Je n'entends point que mon talent pour la poésie trouble la paix dé mon ménage ; si tu l'exiges, je vais déchirer devant toi toutes mes productions ; je te sacrifierai jusqu'à mon poème en dix-huit chants.
MADAME GÉRALDE
Calme-toi.
GÉRALDE
Tu n'as qu'à dire un mot, la postérité ne le verra point.
MADAME GÉRALDE
Laissons cela ; écoute-moi ; je venais t'annoncer que le neveu de ton ami Mainfroi demande à te parler, et qu'il attend depuis longtemps.
GÉRALDE
Fais-le entrer, ma bonne amie.
MADAME GÉRALDE
Je vais l'introduire.
Elle va sortir.
GÉRALDE, la remenant, ému
Veux-tu que je déchire mon poème, et que je renonce au Parnasse pour la vie.
MADAME GÉRALDE
Non, mon ami ; que la littérature charme tes loisirs ; mais n'imite pas la folie commune, et qu'un délassement n'empoisonne point ta vie.
GÉRALDE
Bonne excellente épouse...
MADAME GÉRALDE
Allons, mon ami, faisons la paix.
Ils s'embrassent.
Elle sort.
GÉRALDE, seul
Oh, c'en est fait, je dois renoncer, à la poésie, cela me rend d'une humeur insupportable ; cependant j'avais bien commencé mon poème sur les femmes ; je suis fâché de l'avoir déchiré ; il me vient encore une bonne idée.
SCÈNE XII. Géralde, Alexis
ALEXIS
Je vous prie d'excuser la liberté... Je vous dérange ; vous paraissez profondément occupé.
GÉRALDE
Restez, je vous attendais.
ALEXIS
Mon oncle vous à prévenu sur ma situation.
GÉRALDE
Oui, vous êtes amoureux ; votre jeune amante aime la poésie.
ALEXIS
Pour lui plaire, je voudrais lui adresser des vers dictés par mes sentiments, mais embellis par votre plume aimable.
GÉRALDE
Quels sont les paroles de la demoiselle ?
ALEXIS
Je l'ignore ; je sais seulement, et mon oncle me l'a dit, son père est rempli d'esprit et de talent ; lui-même a fait l'éducation de sa fille.
GÉRALDE
Vous approuvez ce soin.
ALEXIS
Je l'admire.
GÉRALDE
Eh bien ! Il faut en parler dans nos vers ; on excite l'amour d'une demoiselle délicate, lorsqu'on sait apprécier les vertus de son père.
GÉRALDE
Demeurez, je me sens inspiré.
Il écrit.
ALEXIS
Je me retire.
GÉRALDE
Non, demeurez.
ALEXIS
Attendez !... Je suis en verve. Ne m'interrompez pas ?
AIR.
Pour plaire à l'objet qui m'enflamme, Et dont j'attends un doux retour, Grand dieu, fais passer dans son âme Et mes désirs, et mon amour ; Remplis son coeur de mon ivresse. Qu'il partage mon ardeur ; Que l'image de ma maîtresse L'inspire et parle à son coeur.ALEXIS, après avoir lu avec émotion
L'esprit et le sentiment brillent tour-à-tour dans vos vers.
GÉRALDE
Les yeux d'un auteur, les yeux d'un amant ont peine à distinguer des défauts.
ALEXIS
Ils sont charmants.
GÉRALDE
Ne trouvez-vous pas indiscret, que je les communique à mon épouse ? C'est un excellent juge ; jamais je ne compose sans l'avoir consulté.
ALEXIS
Cela me procurera l'occasion de lui présenter mes devoirs.
GÉRALDE
Je vais donc l'appeler. Madame Géralde ? Madame Géralde ?
SCÈNE XIII. Géralde, Alexis, Madame Célestine, Célestine.
ALEXIS, allant au devant de Madame Géralde
Madame... Ciel, que vois-je, Célestine !
CÉLESTINE, le reconnaissant
Alexis !
ALEXIS, à part
Le coeur me bat.
GÉRALDE, bas à Alexis
Vous permettrez que ma fille se retire ; je ne veux point qu'elle entende mes vers.
ALEXIS
Et pourquoi ?
À part.
Personne n'en peut mieux juger qu'elle.
GÉRALDE, bas à sa femme
Restez, mais renvoyez Célestine.
MADAME GÉRALDE
De quoi s'agit-il ?
ALEXIS, vivement, regardant Célestine
D'une déclaration d'amour.
GÉRALDE, agité, bas à Alexis
N'en parlez pas devant cette petite fille : jamais ce mot n'a frappé son oreille.
CÉLESTINE, vivement
Je voudrais bien l'entendre.
GÉRALDE, à sa femme
Ma fille ne se connaît point en vers.
MADAME GÉRALDE
Pourquoi mépriser son jugement ?
CÉLESTINE
Vous me traitez comme un enfant. Mais demandez à ma bonne maman. Je raisonne avec elle, et j'ai peur avec vous.
ALEXIS, bas à Géralde
Vos vers ne peuvent inspirer que des sentiments délicats.
GÉRALDE, content
Il est vrai.
ALEXIS
Le bon goût les distingue.
GÉRALDE, à part
Ce jeune homme est connaisseur.
CÉLESTINE, en caressant Madame Géralde
Je voudrais bien entendre les vers de mon papa.
MADAME GÉRALDE, bas à son mari
Vous l'humilieriez par un refus.
CÉLESTINE
Je ne connais que la bonté de votre coeur ; que je puisse encore applaudir aux qualités de votre esprit.
GÉRALDE
Eh bien, je vais vous les lire.
ALEXIS, vivement
Il s'agit d'un amour pur et délicat.
CÉLESTINE
Je le crois.
ALEXIS, vivement, en regardant Célestine
L'objet a mille qualités : esprit, grâces, talents, modestie ; elle réunit tout.
CÉLESTINE, émue
Cela doit être intéressant.
GÉRALDE
Silence.
MADAME GÉRALDE
Écoutons.
GÉRALDE, déclamant les vers à sa fille
Pourquoi cacher le beau feu qui m'anime, Et me livrer à de cruels efforts ; Lorsque l'amour est le fruit de l'estime, L'amant doit-il rougir de ses transports ? Loin de vouloir échapper à lui-même, D'un sot orgueil il doit braver l'erreur, Beauté sensible, apprends donc que je t'aime, Et d'Alexis décide le bonheur.CÉLESTINE
Oh ! Que ces vers sont jolis.
GÉRALDE
C'est coulant, c'est naïf.
Il déclame.
Et d'Alexis décide le bonheur.À Madame Géralde.
Qu'en pensez-vous, Madame Géralde ?
MADAME GÉRALDE
Il sont assez bien.
CÉLESTINE
Oh papa, c'est votre meilleur ouvrage.
GÉRALDE
Écoutez le second couplet.
ALEXIS, à Géralde
La modestie vous empêche d'appuyer sur les beaux endroits de votre ouvrage.
GÉRALDE, à part
C'est la vérité.
ALEXIS
Pour bien exprimer ses vers, il faut avoir mon coeur.
Il prend la déclaration d'amour des mains de Géralde, et chante en lisant.
AIR.
Un père tendre, à ton enfance, Forma ton esprit et ton coeur ; Je lui dois ma reconnaissance ; Lui devrais-je aussi mon bonheur ? Célestine, soit attendrie Je t'engage à jamais ma foi ; Ton Alexis chérit la vie, Pour la passer auprès de toi.SCÈNE DERNIÈRE. Géralde, Alexis, Madame Géralde, Célestine ; Mainfroi : paraît dans le fond ; son geste annonce le plaisir qu'il éprouve, en voyant lire Alexis.
ALEXIS, les feux fixées sur Célestine
Ô toi que j'aime, sois sensible Aux voeux de mon premier amour ; Que ton âme soit moins paisible, Et qu'elle éprouve un doux retour. Célestine !... Célestine.Alexis croyant que Géralde ne le voit pas, prends la main de Célestine.
GÉRALDE, apercevant Mainfroi, et courant à lui
Approche, explique-moi cet étrange mystère ; J'ai composé mes vers ; à tous ils ont su plaire. Célestine est émue ; Alexis enivré ; Un sentiment nouveau tout-à-coup le domine ; En déclamant mes vers, il nomme Célestine. Apprends-moi le secret de son coeur égaré.MAINFROI, d'un ton railleur
Tes vers sont composés ; à tous ils ont su plaire. Célestine est émue ; Alexis entraîné... Dans leurs yeux tour-à-tour le sentiment pétille ; Du trouble de leur coeur ne sois point étonné ; Apprends-doncque ces ver s'adressaient à ta fille.GÉRALDE
À ma fille...MAINFROI
À ta fille.GÉRALDE
Ton neveu m'a trompé.CÉLESTINE, à Géralde en le caressant
Ah ! Mon père, il n'est point coupable ; Faites le bonheur de tous deux.ALEXIS, à Madame Géralde
Ah ! Madame, comblez nos voeux.MADAME GÉRALDE, à Géralde
Qu'en pensez-vous ?GÉRALDE
On peut attendre.MADAME GÉRALDE
Ah !... Pourquoi retarder leur bonheur ?GÉRALDE, entraîné par les caresses de sa famille
Soyez unis ; soyez mon gendre ; Et surtout faites son bonheur.À Célestine, en lui présentant Alexis.
Tu vas prendre, ma chère, Un autre précepteur ; Celui-là sait mieux te plaire.202 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica