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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Parodie en vers· Parodie d'Agis en un Acte

Agis

Jean-François-Thomas Goulard· imprimée en 1782· 512 vers· 14 personnages

Personnages

  • AGIS, Roi de Sparte. M. Méniter
  • LÉONIDAS, beau-père d'Agis, son collègue au trône. M. Rosière
  • AGÉSISTRATE, mère d'Agis. Mme. Gontien
  • CHÉLONIS, fille de Léonidas, femme d'Agis. Me. Julien
  • LYSANDER, ancien Ephore, ami d'Agis. M. Trial
  • EMPHASÉS, Ephore ami du tyran. M. Chevalier
  • EPHORÉS
  • SÉNATEURS
  • UN SPARTIATE, M. Philippe
  • UNE JEUNE FILLE, Mlle. Desbrosses
  • UN GARDE, M. Dufresnoi
  • UN DOMESTIQUE
  • TROUPES DU PEUPLE
  • SOLDATS

AGIS

SCÈNE PRÈMIERE.

SCÈNE II. Agésistrate, Lysander.

AGÉSISTRATE

Air : Du pas redoublé de l'infanterie.

Ah ! combien nous comptions pourtant Sur leurs décrets suprêmes !

LYSANDER

Ah ! c'est qu'ils sont apparemment Dans leur cours de visites.

Lysander, écartant les fauteuils.

N'allez pas les faire asseoir ; ils s'endormiraient encore.

AGÉSISTRATE

Eh ! Comment les en empêcher, s'ils en ont envie ?

LYSANDER

Parlez-leur de la Patrie, de la vertu, de la gloire.

AGÉSISTRATE

Ils dormiraient debout : quoi qu'il en soit, essayons une petite mercuriale, à la manière, accoutumée.

Mercuriale : Ce mot s'emploie aussi pour signifier une assemblée de gens de lettres, qui se fait tous les Mercredis chez quelque personne savante, où l'on parle de plusieurs choses, soit de lettres, soit de nouvelles. On a tenu longtemps des Mercuriales chez Mr. Ménage. [F]

SCÈNE III. Les précédents, les Sénateurs entrent.

LYSANDER

Je l'aperçois.

AGÉSISTRATE

Voilà ce que c'est que d'en parler !

SCèNE IV. les précédents, Emphasés.

EMPHASÉS, à part

La tête lui tourne : rassurons-la.

Haut.

Mais, écoutez, Madame, il n'est peut-être que battu, blessé légèrement, et d'ailleurs en très bonne santé.

SCÈNE V. Emphasés, Lysander, Le Sénat.

EMPHASÉS, aux Sénateurs

Pour vous, Messieurs, je vous conseille de prendre votre parti : je sais de très bonne part que Léonidas se prépare à vous remercier.

SCÈNE VI. Emphasés, Lysander.

EMPHASÉS

À Nous deux maintenant.

Du Duo des deux Avares.

Profitons du malheur de tous, De moitié nous serons ensemble...

LYSANDER

Que dis-tu ? Quoi, tu trahis l'État ?

EMPHASÉS

Un peu ; mais qu'importe ?

LYSANDER

Je ne t' écoute pas ; laisse-moi, traître, ne compte plus sur mon amitié.

AIR : On compterait les diamants.

Nous mourrons courageusement, Sans que tu sois de la partie.

SCÈNE VII.

EMPHASÉS, seul

Il m'émeut avec sa vertu : je sens.... Allons, allons, point de faiblesse ; les petits scrupules dérangent les grands projets. J'entends Agis et les boucliers des soldats. Défait, proscrit, chassé, comment, peut-il rentrer dans Lacédémone ? Le tyran est trop prudent pour le lui permettre. Ah ! J'ai bien peur que ce ne soit point la faute de Léonidas.

SCÈNE VIII. Agis et ses soldats, qui le couvrent de leurs boucliers.

SCÈNE IX. Agis, Chélonis.

AGIS

Ces sentiments là sont très-beaux, et vous êtes justifiée. J'aperçois ma mère.

SCÈNE X. Les précédents, Agésistrate.

AGIS

Eh bien, ma mère ?

AGÉSISTRATE

Eh bien, mon fils ?

AGÉSISTRATE

Tu ne m'entends donc pas, mon cher Agis ?

Faut d'la vertu, etc.

AGIS

Soyez donc d'accord avec vous, ma mère. Vous désiriez impatiemment ma mort, si j'étais battu : je le suis, vous m'engagez à vivre,

AGÉSISTRATE

Ah ! J'ai tort, j'ai tort ; c'est une petite inconséquence maternelle, dont je rougis. Fais tout ce que tu jugeras à propos, je ne t'en empêcherai pas.

AGIS

Maintenant je suis refroidi ; d'ailleurs, j'aperçois Léonidas qu'il faut que j'insulte un peu pour humilier sa victoire.

SCENE XI. Léonidas, Emphasés, et les précédents, Troupe de Soldats et de peuple.

LÉONIDAS

AIR : Chantons Laetamini.

J'ai puni ton audace Et la mort où tu cours...

LÉONIDAS

Çà n'durera pas toujours.

4 fois.

CHÉLONIS

Mon cher Agis, mon père !

Ah ! Puissai-je en ce jour, me montrant fille et femme...

Le vers 130 est le vers 654 de Agis de Laignelot.

LÉONIDAS

Mais, mon cher enfant, c'en est aussi trop à la fois. Et toi !

À Agis.

Crois-tu que mon courroux dissimule l'affront, Que mon sceptre brisé fit jaillir sur mon front.

Les vers 130 et 131 sont presque semblables au vers 357 et 358 de Agis de Laignelot.

CHÉLONIS

Mon père, laissons la bagatelle, et daignez accorder à mon mari...

LÉONIDAS

Que demande- t-il ?

LÉONIDAS

L'égalité ! Chimère : et sur qui régnerais-je ?

AGIS, avec emphase

Sur toi-même.

LÉONIDAS

Le bel empire !

AGIS

Décide-toi, Léonidas.... Où suis-je ?

LÉONIDAS

Ici, je crois.

AGIS, en extase

Licurgue ressuscite, Sparte renaît triomphante.

LÉONIDAS

Qu'a-t-il donc ?

AGÉSISTRATE

C'est une vision ; il est sujet à cela depuis son enfance, ce ne sera pas la dernière.

AGIS

Eh bien, Léonidas, sommes-nous égaux ?

LÉONIDAS

Je ne dis pas non, seulement qu'Emphasés approche et que je lui dise deux mots à l'oreille.

Il amené Emphasés au bord de la scène.

Il faut user de ruse pour me défaire de tous ces gens-là ; les Sénateurs me contrarieraient, anéantissons-les.

AIR : Va-t'en voir s'ils viennent.

D'un héroïsme plaisant. Chacun d'eux s'entête ; Cherche un Sénat complaisant, Et pas trop honnête : Je te fais dès-à-présent Le Roi de la fête.

EMPHASÉS

Bien obligé, Monseigneur.

LÉONIDAS

Emphasés, encore un mot.

EMPHASÉS

Monseigneur !

EMPHASÉS

Monseigneur, comptez sur mon exactitude.

CHÉLONIS

C'est-il fait ?

LÉONIDAS

Danse toujours, etc.

Fort bien, mes amis ! Allez maintenant vous asseoir au banquet qu'Emphasés a fait préparer par mon ordre ; c'est le verre à la main que nous ratifierons nos traités.

TOUS

AIR : Allons à la Guinguette.

Allons, allons, allons nous réjouir, allons.

Ils sortent.

SCÈNE XII.

LÉONIDAS

AIR : Je me suis levé par un matinet

J'ai la balle en main, Je suis en bon train ; Mais il faut enfin Mener tout à la fin. Heureusement qu'Agis n'est pas malin, Il n'en serait pas dupe.

Emphasés arrive avec l'air empressé ; je gagerais bien que mon Sénat est fait.

SCÈNE XIII. Léonidas, Emphasés.

LÉONIDAS

AIR : Des simples jeux de l'enfance.

Eh bien, faut-il que je te nomme ? Tout est-il prêt, peut-on siéger ?

LÉONIDAS

Point d'hommes !

EMPHASÉS

Cela ne m'a pas empêché de faire un Sénat.

LÉONIDAS

De femmes, peut-être ?

EMPHASÉS

Précisément.

LÉONIDAS

Tu te moques.

EMPHASÉS

Non, Monseigneur, un très joli sénat, oh s'y trompera, soyez-en bien sûr.

LÉONIDAS

Comment pourront-elles juger, trancher, décider, condamner sans appel ?

EMPHASÉS

Eh ! Monseigneur, elles ne font que cela toute la journée.

AIR : Vous l'ordonnez.

Comptez d'ailleurs sur un profond mystère Elles auront l'air décent et posé.

LÉONIDAS

AIR : Philis demande son portrait.

Je doute fort qu'à ce cadeau Sparte entière applaudisse.

LÉONIDAS

Des femmes !

LÉONIDAS

À la bonne heure, où sont-elles ?

EMPHASÉS

Dites donc, où sont-ils ? Feignez de ne pas les reconnaître.

LÉONIDAS

Fort bien, allons, fais-les entrer, que je les installe chez-moi, cela me fera beaucoup plus commode.

SCÈNE XIV. Les Sénateurs et les précédents.

LÉONIDAS

Bonjour, la compagnie, Bonjour, Bonjour, la compagnie.

AIR : Du petit mot pour rire.

Gentil Sénat, écoutez-moi, Respectez Et dictez Ma loi ; N'allez pas contredire, Et fâchez que s'il ne me faut Pour vous créer qu'un petit mot, Un petit mot, Un petit mot Suffit pour vous détruire.

À Emphasés.

Je suis content de leur silence ; prenons-les par la coquetterie.

AIR : Réveillez-vous, belle endormie.

Contre Agis Sparte se récrie ; Sénat, il faut, par équité, Punir un traître à la Patrie, Qui nous parle d'égalité.

L'égalité : ce mot seul m'indigne ; c'est qu'outre les malheurs sans nombre dont il affligerait l'État, il entraînerait nécessairement la décadence de la toilette, cet art enchanteur de corriger la nature ou d'ajouter à ses dons.

AIR : Du Vaudeville du Roi et le Fermier.

Oui, je suis sûr que ce grand Maître Proscrit cet art ingénieux : Pour paraître belle à nos yeux, Regarde donc, il faudra l'être.

LÉONIDAS

Elles me paraissent bien préparées.

AIR : On ne peut aimer qu'une fois.

Agis doit être en ce moment Dans la chambre prochaine ; Allez, qu'il paroisse humblement, Sans oublier sa chaîne.

SCÈNE X.. Les précédents ; Agis, en costume de Citoyen de Sparte.

LES SÉNATEURS, avec dignité

Qu'est-ce que c'est, etc.

LÉONIDAS

Le Sénat t'interroge.

AGIS

Oui dà ! Je suis donc au Sénat ! La belle jeunesse ! D'honneur, mon cher tyran, la mascarade est gaie.

AIR : Guillot un jour trouva Lisette.

Ces Messieurs n'ont pas l'air auguste.

LÉONIDAS

Insolent ! Tu sentiras tout-à-l'heure....

LÉONIDAS

Encore une vision ; ce tic-là ne laisse pas que d'être désagréable.

LÉONIDAS

Il est timbré.

LÉONIDAS

Qu'on lira peu.

SCÈNE XVI. Les précédents, Un Garde.

SCÈNE X.II. les Sénateurs, seuls.

PREMIER SÉNATEUR

AIR : On dit qu'à quinze ans.

Eh bien, qu' dis-tu d' çà ?

SCENE XVIII.

LYSANDER, seul

À mon dernier récit.

AIR : Lison, jeune et timide.

Ne perdons point la carte ; Je suis long, Mais pardon ; Un vieillard même à Sparte N'est pas toujours concis, Quand il fait des récits. Seul.... qu'en croire ? L'Auditoire Pressé de défiler....

Avec humeur.

Quand j'apporte une histoire, Personne à qui parler !

Personne, pas seulement un Sénat ! Narrons toujours Imaginez donc, Monsieur ou Madame.

AIR : Y a coups de pieds, etc.

Nous sommes pris par trahison, Le tyran nous jette en prison. Partout nombreuse Si bonne escorte : Le peuple, impatient, troublé, Lui demande assez haut la clef :

Le tyran dit qu'il l'a perdue ; prétexte gauche et ridicule ! Ces tyrans n'ont jamais de bonnes raisons. Oh ! Qu'a-t-on fait ?

Patapan, patapan, Nos amis ont brisé la porte.

AIR : Des Trembleurs.

Sparte, entre ses Rois, balance, Quand Léonidas s'élance, Et porte- cent coups de lance, Qu'Agis reçoit sans compter ; Déjà le cruel l'embrasse, Mon -héros s'en débarrasse, Le prend au col, le terrasse, Et s' amuse à lui chanter :

AIR : Par pitié daigné vous rendre.

Par pitié daigné vous rendre, Que mou sang se fasse entendre.

AIR : Venez vous de Chantilly.

Léonidas lui dit oui, Terminons dès aujourd'hui, L'amitié parle, elle opère : Fais-tu grâce à ton beau-père ? Vraiment, mon beau-père, Oui. Tout a l'air d'être fini, point du tout.

AIR : Soeur Martine, soeur Martine.

Car le traître prend le large, Et partout, Tout-à-coup, Fait sonner la charge. Fait sonner la charge.

Un cor finit l'air.

AIR : R' lantamplan tirelire.

Des deux côtés à l'instant, En plein, plan, R' Lan tan plan tireli ramplan ; On s'approche en combattant, Moi, je regarde faire. Longtemps chacun espère Pour le fils, pour le père ; On se rosse en attendant, En plein, plan, R' lan tan plan tireli ramplan ; Un cri part, c'est le tyran Prêt à frapper la mère.

AIR : Lison dormait.

Agis en deux pour fond le traître Un bras par-ci, l'autre par-là.....

Mais c'est lui-même, qu'on apporte, je reprendrai ce récit-là.

SCÈNE XIX. Les précédents, Agis, sur un brancard ; Soldats.

CHÉLONIS

AIR : Palsambleu, M. le Curé, etc

Grands Dieux ! Sous tes coups abattu, Faut-il que mon père meure !

CHÉLONIS

Cher Agis, hélas ! J'y pensais.

AGIS

Ma bonne amie, vous êtes une femme de précaution je l'ai toujours dit.

SCèNE DERNIÈRE. Les precédents, Ag2sistrate, Les vieux Sénateurs et les Soldats.

On entend un air gai.

AGIS

Ma mère, modérez cette joie, je n'en mourrai peut-être pas.

AGÉSISTRATE

Oh que si, mon bon ami, défie-toi moins de la bonté des Dieux.

CHÉLONIS

Vous êtes cruellement Lacédémonicienne.

AGÉSISTRATE

AIR : Ton, humeur est Catherine.

Imitez-moi ; dans mon âme, C'est l'honneur qui fait la loi.

AGÉSISTRATE

Mon cher fils...

AGIS

Si bas qu'il faudra, même pas du tout.

512 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0