Parodie en vers· Parodie d'Agis en un Acte
Agis
Personnages
- AGIS, Roi de Sparte. M. Méniter
- LÉONIDAS, beau-père d'Agis, son collègue au trône. M. Rosière
- AGÉSISTRATE, mère d'Agis. Mme. Gontien
- CHÉLONIS, fille de Léonidas, femme d'Agis. Me. Julien
- LYSANDER, ancien Ephore, ami d'Agis. M. Trial
- EMPHASÉS, Ephore ami du tyran. M. Chevalier
- EPHORÉS
- SÉNATEURS
- UN SPARTIATE, M. Philippe
- UNE JEUNE FILLE, Mlle. Desbrosses
- UN GARDE, M. Dufresnoi
- UN DOMESTIQUE
- TROUPES DU PEUPLE
- SOLDATS
AGIS
SCÈNE PRÈMIERE.
AGÉSISTRATE, seule
Air : Du Noël Suisse.
Ah ! le coeur me bat ; Car mon fils combat Contre un fier tyran, Qui pis est son parent. Sparte, je rougis D'aimer mon cher Agis : Hélas ! c'en est fait, Peut-être il est défait : S'il vit, je le pleure, Ou dans ma demeure Je mourrai sur l'heure, À moins qu'il ne meure : Ah ! ce n'est qu'ici, Qu'on se console ainsi.J'aperçois Lysander, l'ancien précepteur de mon fils : cet homme-là n'est point sans mérite ; d'ailleurs, il fait fort bien les nouvelles.
SCÈNE II. Agésistrate, Lysander.
LYSANDER
Ah ! ce bien à nos coeurs si cher, La liberté chancelle. J'entre au Sénat : dans mon ardeur ; Je parle, je pérore ; Mais ils m'ont pris pour un plaideur ; Car ils dorment encore.AGÉSISTRATE
Air : Du pas redoublé de l'infanterie.
Ah ! combien nous comptions pourtant Sur leurs décrets suprêmes !LYSANDER
Ah ! c'est qu'ils sont apparemment Dans leur cours de visites.Lysander, écartant les fauteuils.
N'allez pas les faire asseoir ; ils s'endormiraient encore.
AGÉSISTRATE
Eh ! Comment les en empêcher, s'ils en ont envie ?
LYSANDER
Parlez-leur de la Patrie, de la vertu, de la gloire.
AGÉSISTRATE
Ils dormiraient debout : quoi qu'il en soit, essayons une petite mercuriale, à la manière, accoutumée.
Mercuriale : Ce mot s'emploie aussi pour signifier une assemblée de gens de lettres, qui se fait tous les Mercredis chez quelque personne savante, où l'on parle de plusieurs choses, soit de lettres, soit de nouvelles. On a tenu longtemps des Mercuriales chez Mr. Ménage. [F]
SCÈNE III. Les précédents, les Sénateurs entrent.
AGÉSISTRATE
Je suis de vous Très mécontente, Entendez-vous ?Air : Tout roule aujourd'hui.
Vous craignez un tyran infâme ; Vous moliriez, s'il était là : Faut-il que ce soit une femme Qui vous reproche ces torts-là ? Chacun pour soi dans cette affaire ; Aucun n'est Grec ni Citoyen : Les uns agissent pour mal faire, Et tous les autres ne sont rien.Air : Pour la Baronne.
À la buvette, Vous oubliez votre pays, Et la besogne n'est pas faite, Que l'on vous voit mener Thémis À la buvette.À Lysander.
Ces Messieurs ne disent rien.
LYSANDER
Ils n'en pensent pas moins.
Air : Souvenez-vous en.
Mais attendons Emphases Pour concerter nos projets. Je l'ai vu tantôt vraiment, Méfions-nous-en, Méfions-nous-en : Pour moi je le crois tout bas, Ami de Léonidas : Il semblait sous le fer endormir la victime.Le vers 54 est le vers 224 de Agis, tragédie de Laignelot.
LYSANDER
Je l'aperçois.
AGÉSISTRATE
Voilà ce que c'est que d'en parler !
SCèNE IV. les précédents, Emphasés.
EMPHASÉS
Air : Des trembleurs.
On récit va les surprendre ; Mais hélas ! Quel détour prendre ? Comment puis-je leur apprendre Un si déplorable sort ? Que la mère m'intéresse ! Mettons-y beaucoup d'adresse, Et ménageons sa tendresse... Ah ! Madame, Agis est mort.AGÉSISTRATE, gaîment
Il est mort !
Air : Des drapeaux.
Quel plaisir ! Ah ! mon désir S'accomplit : je suis heureuse, Mon fils meurt : C'est un malheur Pour Sparte, et non pour mon coeur.EMPHASÉS, à part
La tête lui tourne : rassurons-la.
Haut.
Mais, écoutez, Madame, il n'est peut-être que battu, blessé légèrement, et d'ailleurs en très bonne santé.
AGÉSISTRATE, tristement
AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.
Qu'entends-je ! Ne me cache rien Du malheur qui m'accable : Ah ! Si mon fils se porte bien, Je suis inconsolable. Au reste, dans l'art des combats Je ne suis pas novice. S'il n'est plus, je cours sur ses pas Demander du service.SCÈNE V. Emphasés, Lysander, Le Sénat.
EMPHASÉS, aux Sénateurs
Pour vous, Messieurs, je vous conseille de prendre votre parti : je sais de très bonne part que Léonidas se prépare à vous remercier.
LES SÉNATEURS, en sortant
AIR : Quel désespoir.
Quel désespoir, D'être sans état à notre âge ! Quel désespoir, Que faire du matin au soir !SCÈNE VI. Emphasés, Lysander.
EMPHASÉS
À Nous deux maintenant.
Du Duo des deux Avares.
Profitons du malheur de tous, De moitié nous serons ensemble...LYSANDER
Que dis-tu ? Quoi, tu trahis l'État ?
EMPHASÉS
Un peu ; mais qu'importe ?
EMPHASÉS
La fortune me seconde, Mon sort n'est pas encor fait : Chacun pour soi dans ce monde, Le sceptre est beau tel qu'il est.LYSANDER
Je ne t' écoute pas ; laisse-moi, traître, ne compte plus sur mon amitié.
AIR : On compterait les diamants.
Nous mourrons courageusement, Sans que tu sois de la partie.SCÈNE VII.
EMPHASÉS, seul
Il m'émeut avec sa vertu : je sens.... Allons, allons, point de faiblesse ; les petits scrupules dérangent les grands projets. J'entends Agis et les boucliers des soldats. Défait, proscrit, chassé, comment, peut-il rentrer dans Lacédémone ? Le tyran est trop prudent pour le lui permettre. Ah ! J'ai bien peur que ce ne soit point la faute de Léonidas.
SCÈNE VIII. Agis et ses soldats, qui le couvrent de leurs boucliers.
AGIS
AIR : Du Vaudeville des chasseurs.
Tenez, parlez-moi des grands-hommes Pour n'être jamais abattus. Messieurs, je pense que nous sommes Assez bruyants pour des battus. Ceci finira la campagne ; Tant que j'ai pu, j'ai bataillé : Nous jouions au Roi dépouillé ; Mon beau-père est celui qui gagne.Allez, mes chers amis ; je suis très reconnaissant de vos services, et je vous réforme.
Ils sortent.
SCÈNE IX. Agis, Chélonis.
AGIS
AIR : De Joconde.
C'est ma femme : enfin plaignons-nous De son humeur légère ; Vous aviez quitté votre époux.CHÉLONIS
Non, j'ai suivi mon père. Tu souffres ; je dois partager Ton malheur et ta chaîne. Peut-on voir, sans le soulager, Un homme dans la peine ?AGIS
Ces sentiments là sont très-beaux, et vous êtes justifiée. J'aperçois ma mère.
SCÈNE X. Les précédents, Agésistrate.
AGIS
Eh bien, ma mère ?
AGÉSISTRATE
Eh bien, mon fils ?
AGIS
AIR : Ah ! vous dirai-je maman.
Cet échec est déplaisant, Que faut-il faire à présent ? Pendant qu'un tyran prépare Un supplice affreux, barbare, Je crois qu'il serait malin De me tuer de ma main.AGÉSISTRATE
AIR : Faut d'la vertu.
Faut d'la vertu, pas trop n'en faut, L'excès partout est un défaut, bis.AGIS, fièrement
AIR : Quand on est mort c'est pour longtemps.
Quand on est mort, c'est pour longtemps, L'on est affranchi des méchants, De l'esclavage et des tyrans.AGIS
Soyez donc d'accord avec vous, ma mère. Vous désiriez impatiemment ma mort, si j'étais battu : je le suis, vous m'engagez à vivre,
AGÉSISTRATE
Ah ! J'ai tort, j'ai tort ; c'est une petite inconséquence maternelle, dont je rougis. Fais tout ce que tu jugeras à propos, je ne t'en empêcherai pas.
AGIS
Maintenant je suis refroidi ; d'ailleurs, j'aperçois Léonidas qu'il faut que j'insulte un peu pour humilier sa victoire.
SCENE XI. Léonidas, Emphasés, et les précédents, Troupe de Soldats et de peuple.
CHÉLONIS
Mon cher Agis, mon père !
Ah ! Puissai-je en ce jour, me montrant fille et femme...Le vers 130 est le vers 654 de Agis de Laignelot.
LÉONIDAS
Mais, mon cher enfant, c'en est aussi trop à la fois. Et toi !
À Agis.
Crois-tu que mon courroux dissimule l'affront, Que mon sceptre brisé fit jaillir sur mon front.Les vers 130 et 131 sont presque semblables au vers 357 et 358 de Agis de Laignelot.
CHÉLONIS
Encore un coup, mon père, ne dites pas de ces folies-là.
Hélas ! pouvez-vous voir, sans en être attendri, Ces vêtements de deuil, ce visage flétri ?AIR : Regardez ces traits.
Regardez ces traits Pâles et défaits. Hélas ! Mon oeil est éteint : Pleurer, a gâté mon teint. Voyez ma douleur, Je tombe en langueur. Ah ! papa, si j'avais su, J'aurais eu Moins de vertu.Les vers 133 et 134 sont identiques au vers 381 et 382 de Agis de Laignelot.
LÉONIDAS
AIR : C'est la petite Thèrèse.
Pourquoi donc, ma chère fille, M'étourdir de tels regrets ? Ta mine est toujours gentille, Tes appas sont toujours frais : Plus d'un que ta bouche frappe, Épris de cet oeil mutin, Mordrait encor à la grappe Dans la vigne du voisin.CHÉLONIS
Mon père, laissons la bagatelle, et daignez accorder à mon mari...
LÉONIDAS
Que demande- t-il ?
AGIS
AIR : Des portraits à la mode.
Selon les anciens usages des tyrans, Prendre nos biens sans nuls ménagements. Goûter les plaisirs toujours à nos dépends, C'était ton ancienne méthode : Aujourd'hui rends-nous la douce égalité, Que chacun ici trouve la liberté, Et mettons nos femmes en communauté, Par-là nous serons à la mode.LÉONIDAS
L'égalité ! Chimère : et sur qui régnerais-je ?
AGIS, avec emphase
Sur toi-même.
LÉONIDAS
Le bel empire !
AGIS
Décide-toi, Léonidas.... Où suis-je ?
LÉONIDAS
Ici, je crois.
AGIS, en extase
Licurgue ressuscite, Sparte renaît triomphante.
LÉONIDAS
Qu'a-t-il donc ?
AGÉSISTRATE
C'est une vision ; il est sujet à cela depuis son enfance, ce ne sera pas la dernière.
AGIS
Eh bien, Léonidas, sommes-nous égaux ?
LÉONIDAS
Je ne dis pas non, seulement qu'Emphasés approche et que je lui dise deux mots à l'oreille.
Il amené Emphasés au bord de la scène.
Il faut user de ruse pour me défaire de tous ces gens-là ; les Sénateurs me contrarieraient, anéantissons-les.
AIR : Va-t'en voir s'ils viennent.
D'un héroïsme plaisant. Chacun d'eux s'entête ; Cherche un Sénat complaisant, Et pas trop honnête : Je te fais dès-à-présent Le Roi de la fête.EMPHASÉS
Bien obligé, Monseigneur.
LÉONIDAS
Emphasés, encore un mot.
EMPHASÉS
Monseigneur !
LÉONIDAS
AIR : Va-t'en voir s'ils viennent.
Agis peut nuire aux projets Que j'ai dans la tête : Il a pour lui nos sujets, Et l'émeute est prête. Toi, dans l'instant, En sortant, Prends soin qu'on l'arrête.EMPHASÉS
Monseigneur, comptez sur mon exactitude.
CHÉLONIS
C'est-il fait ?
LÉONIDAS
J'y suis.
AIR : Or écoutez petits et grands.
Or écoutez petits et grands ; Nous finirons en bons parents ; Je rends, en abdiquant l'empire, L'égalité qu'Agis désire : Admirez comme en un moment S'est fait en moi ce changement !AIR : Du Vaudeville de la Rosière.
Chantez, dansez, moi désormais Je quitte un rang que je dédaigne ; Je me détrône : oui, qu'à jamais Seule ici la liberté règne.AGIS
AIR : De la fanfare de Saint-Cloud.
Ô Ciel ! Quel retour prospère ! Un Roi nous, rend tous égaux ; Amis, chantons mon beau-père ; Rimons lui... cent madrigaux : Embrassons tous mon beau-père, Certes il l'a bien mérité ; Faisons danser mon beau-père ; Pour fêter la liberté.UN JEUNE SPARTIATE
AIR : Un Cordelier dit à Lisette.
Depuis que j'ai brisé les chaînes, Et des pédants et des tuteurs, J'ai mangé mon bien dans Athènes, Entre l'amour et les prêteurs : J'ai tes mains nettes ; Mais en tout cas L'égalité paiera mes dettes : Ce système a beaucoup d'appas.UNE JEUNE FILLE
Même air.
Cléandre par l'hymen me tente, Comment prétendre à ce lien ? Ma mère est esclave indigente, Son père est riche et citoyen : Chose importune ! J'étais sans bien, L'égalité fait ma fortune ; Que notre hymen aura d'appas !LÉONIDAS
Danse toujours, etc.UN LAQUAIS
Même air.
J'abjure l'humble ministère Qui m' attachait à Monseigneur ; Sa Grandeur ne sommeille guère, Et je souffrais de son humeur. Mais s'il l'agrée, De très grand coeur, Ce soir, je lui rends sa livrée ; Vivre sans, maître a tant d'appas !LÉONIDAS
Danse toujours, etc.Fort bien, mes amis ! Allez maintenant vous asseoir au banquet qu'Emphasés a fait préparer par mon ordre ; c'est le verre à la main que nous ratifierons nos traités.
SCÈNE XII.
LÉONIDAS
AIR : Je me suis levé par un matinet
J'ai la balle en main, Je suis en bon train ; Mais il faut enfin Mener tout à la fin. Heureusement qu'Agis n'est pas malin, Il n'en serait pas dupe.Emphasés arrive avec l'air empressé ; je gagerais bien que mon Sénat est fait.
SCÈNE XIII. Léonidas, Emphasés.
LÉONIDAS
AIR : Des simples jeux de l'enfance.
Eh bien, faut-il que je te nomme ? Tout est-il prêt, peut-on siéger ?LÉONIDAS
Point d'hommes !
EMPHASÉS
Cela ne m'a pas empêché de faire un Sénat.
LÉONIDAS
De femmes, peut-être ?
EMPHASÉS
Précisément.
LÉONIDAS
Tu te moques.
EMPHASÉS
Non, Monseigneur, un très joli sénat, oh s'y trompera, soyez-en bien sûr.
LÉONIDAS
Comment pourront-elles juger, trancher, décider, condamner sans appel ?
EMPHASÉS
Eh ! Monseigneur, elles ne font que cela toute la journée.
AIR : Vous l'ordonnez.
Comptez d'ailleurs sur un profond mystère Elles auront l'air décent et posé.LÉONIDAS
Leur rôle ici ne sera pas aisé.EMPHASÉS
Pourquoi, Seigneur ?EMPHASÉS
AIR : Monsieur le Prévôt des Marchands.
J'ai des coquettes pour briller, Du bel-esprit pour babiller, Des médisantes à prouesses, Pour instruire et pour démêler ; Pour condamner j'ai des Lucrèces, Et des minois pour consoler.EMPHASÉS
Pourquoi pas !
L'amour n' a-t-il pas un bandeau, Ainsi que la justice ? Sera-ce la première fois, Au bon temps comme au nôtre, Que l'un aura dicté les lois Et les arrêts de l'autre.LÉONIDAS
Des femmes !
EMPHASÉS
AIR : Tu croyais en aimant Colette.
N'ayez aucune inquiétude, Allez, tout ira pour le mieux ; Ne fût-ce que par habitude, Mon Sénat fera des heureux.LÉONIDAS
À la bonne heure, où sont-elles ?
EMPHASÉS
Dites donc, où sont-ils ? Feignez de ne pas les reconnaître.
LÉONIDAS
Fort bien, allons, fais-les entrer, que je les installe chez-moi, cela me fera beaucoup plus commode.
SCÈNE XIV. Les Sénateurs et les précédents.
LÉONIDAS
Bonjour, la compagnie, Bonjour, Bonjour, la compagnie.AIR : Du petit mot pour rire.
Gentil Sénat, écoutez-moi, Respectez Et dictez Ma loi ; N'allez pas contredire, Et fâchez que s'il ne me faut Pour vous créer qu'un petit mot, Un petit mot, Un petit mot Suffit pour vous détruire.À Emphasés.
Je suis content de leur silence ; prenons-les par la coquetterie.
AIR : Réveillez-vous, belle endormie.
Contre Agis Sparte se récrie ; Sénat, il faut, par équité, Punir un traître à la Patrie, Qui nous parle d'égalité.L'égalité : ce mot seul m'indigne ; c'est qu'outre les malheurs sans nombre dont il affligerait l'État, il entraînerait nécessairement la décadence de la toilette, cet art enchanteur de corriger la nature ou d'ajouter à ses dons.
AIR : Du Vaudeville du Roi et le Fermier.
Oui, je suis sûr que ce grand Maître Proscrit cet art ingénieux : Pour paraître belle à nos yeux, Regarde donc, il faudra l'être.LÉONIDAS
Plus de toilette, plus d'opulence.
Même air.
La brillante et riche Aspisie Doit renoncer à la douceur De voir sa compagne ou sa soeur, Mourir cent fois de jalousie.LÉONIDAS
Elles me paraissent bien préparées.
AIR : On ne peut aimer qu'une fois.
Agis doit être en ce moment Dans la chambre prochaine ; Allez, qu'il paroisse humblement, Sans oublier sa chaîne.SCÈNE X.. Les précédents ; Agis, en costume de Citoyen de Sparte.
AGIS
C'est un Peintre qui m'a drapé ; Je suis d'après l'antique.Mais à propos.
AIR : Du Port Mahon.
On ose m'arrêter, J'aurais dû m'en douter ; Ma prudence est légère ; Tyran, tyran, tyran sanguinaire, Ah ! du moins ma colère Te dira bien ton fait.LES SÉNATEURS, avec dignité
Qu'est-ce que c'est, etc.LÉONIDAS
Le Sénat t'interroge.
AGIS
Oui dà ! Je suis donc au Sénat ! La belle jeunesse ! D'honneur, mon cher tyran, la mascarade est gaie.
AIR : Guillot un jour trouva Lisette.
Ces Messieurs n'ont pas l'air auguste.LÉONIDAS
Insolent ! Tu sentiras tout-à-l'heure....
AGIS
AIR : Jardinier ne vois-tu pas.
De leur courroux impuissant, Lorsque tu me menaces, Tu te crois bien imposant, Tu n'as l'air que d'un pédant En classes, en classes, en classes.AIR : Que ne suis-je la fougère.
Ô toi qu'ici je retrouve ! Et pour nous deux j'en rougis, Feu Licurgue, accepte, approuve, L'hommage et les voeux d'Agis. Tes vertus font effacées Le crime a seul de l'éclat.En montrant le Sénat.
Dans quelles mains sont placées Les affaires de l'État !Tout tourne autour de moi ; je m' élance, où suis-je ?
LÉONIDAS
Encore une vision ; ce tic-là ne laisse pas que d'être désagréable.
AGIS
AIR : De Zémire et Azor.
Dans ce nuage qui s' entr' ouvre, Postérité je te découvre : C'est toi, là' bas, là-bas, là-bas, La terre s'enfuit sous mes pas.LÉONIDAS
Il est timbré.
LÉONIDAS
Qu'on lira peu.SCÈNE XVI. Les précédents, Un Garde.
LE GARDE
AIR : Mes chers amis, pouvez -vous m' enseigner.
Ah ! Monseigneur, arrivez promptement ! Le peuple a battu votre Suisse ; Il est déjà dans votre appartement, Et prétend se faire justice : Il est puissant, Pressant ; Dans son dépit Il dit, Que Monseigneur est celui qu'on abhorre : On nous demande Agis, Le fils : Et partout réclamé, Nommé, Chacun le bénit et l'adore.LÉONIDAS
Même air.
Je n'aurai pas un moment de repos ! Mais à la fin c'est un martyre : Cet accident vient d'ailleurs à propos ; Car Agis n'a plus rien à dire. Soyez certains, Mutins, Que dans ce cas, Mon bras, Saura punir cet insolent caprice. Que l'on amené Agis, Mon fils ; Qu'il soit dûment coffré, Serré. Gardes, allez ; qu'on m'obéisse.SCÈNE X.II. les Sénateurs, seuls.
SECOND SÉNATEUR
Moi, mon coeur, j'en ai la migraine.SCENE XVIII.
LYSANDER, seul
À mon dernier récit.
AIR : Lison, jeune et timide.
Ne perdons point la carte ; Je suis long, Mais pardon ; Un vieillard même à Sparte N'est pas toujours concis, Quand il fait des récits. Seul.... qu'en croire ? L'Auditoire Pressé de défiler....Avec humeur.
Quand j'apporte une histoire, Personne à qui parler !Personne, pas seulement un Sénat ! Narrons toujours Imaginez donc, Monsieur ou Madame.
AIR : Y a coups de pieds, etc.
Nous sommes pris par trahison, Le tyran nous jette en prison. Partout nombreuse Si bonne escorte : Le peuple, impatient, troublé, Lui demande assez haut la clef :Le tyran dit qu'il l'a perdue ; prétexte gauche et ridicule ! Ces tyrans n'ont jamais de bonnes raisons. Oh ! Qu'a-t-on fait ?
Patapan, patapan, Nos amis ont brisé la porte.AIR : Des Trembleurs.
Sparte, entre ses Rois, balance, Quand Léonidas s'élance, Et porte- cent coups de lance, Qu'Agis reçoit sans compter ; Déjà le cruel l'embrasse, Mon -héros s'en débarrasse, Le prend au col, le terrasse, Et s' amuse à lui chanter :AIR : Par pitié daigné vous rendre.
Par pitié daigné vous rendre, Que mou sang se fasse entendre.AIR : Venez vous de Chantilly.
Léonidas lui dit oui, Terminons dès aujourd'hui, L'amitié parle, elle opère : Fais-tu grâce à ton beau-père ? Vraiment, mon beau-père, Oui. Tout a l'air d'être fini, point du tout.AIR : Soeur Martine, soeur Martine.
Car le traître prend le large, Et partout, Tout-à-coup, Fait sonner la charge. Fait sonner la charge.Un cor finit l'air.
AIR : R' lantamplan tirelire.
Des deux côtés à l'instant, En plein, plan, R' Lan tan plan tireli ramplan ; On s'approche en combattant, Moi, je regarde faire. Longtemps chacun espère Pour le fils, pour le père ; On se rosse en attendant, En plein, plan, R' lan tan plan tireli ramplan ; Un cri part, c'est le tyran Prêt à frapper la mère.AIR : Lison dormait.
Agis en deux pour fond le traître Un bras par-ci, l'autre par-là.....Mais c'est lui-même, qu'on apporte, je reprendrai ce récit-là.
SCÈNE XIX. Les précédents, Agis, sur un brancard ; Soldats.
AGIS
AIR : Je voudrais bien détaler.
Je penche tout d'un côté. Mes amis, je crains la chute, Et je dois, en vérité, Vivre encor une minute.AIR : Où s'en vont ces gais Bergers.
Mon bouclier est là-bas ; C est-là ce qui m'importe.CHÉLONIS
AIR : Palsambleu, M. le Curé, etc
Grands Dieux ! Sous tes coups abattu, Faut-il que mon père meure !AGIS
Plaisants regrets ! Et franchement crois-tu Que ma santé soit meilleure ?AIR : Du serin qui te fait envie.
Mon trépas n'a rien qui t' étonne, C'est le cas de prendre un parti ; Chélonis à Lacédémone, Peut encor faire un bon parti ; Mille amants assiégeant ta trace, Auprès de toi cherchaient accès ; Qu'un d'eux par l'hymen me remplace.CHÉLONIS
Cher Agis, hélas ! J'y pensais.
AGIS
Ma bonne amie, vous êtes une femme de précaution je l'ai toujours dit.
SCèNE DERNIÈRE. Les precédents, Ag2sistrate, Les vieux Sénateurs et les Soldats.
On entend un air gai.
AGÉSISTRATE
AIR : Que Pantin serait content.
Ah ! que mon coeur, est content Cher Agis combien on t'aime ! Sparte est libre en nu moment, Mon fils doit mourir gaiement ; Un fait tout particulier, C'est que j'ai sans bouclier, Triomphé d'Emphases même, Dans un combat singulier.Allons, mes amis.
LE CHOEUR
Que notre coeur est content ! Cher Agis, combien on t'aime ! Sparte est libre en un moment, Agis doit mourir gaiement.AGIS
Ma mère, modérez cette joie, je n'en mourrai peut-être pas.
AGÉSISTRATE
Oh que si, mon bon ami, défie-toi moins de la bonté des Dieux.
CHÉLONIS
Vous êtes cruellement Lacédémonicienne.
AGÉSISTRATE
AIR : Ton, humeur est Catherine.
Imitez-moi ; dans mon âme, C'est l'honneur qui fait la loi.AGÉSISTRATE
Mon cher fils...CHÉLONIS
Mes tendres amours...AGIS
AIR : Lise voyait.
Il est donc temps que je quitte ces lieux ; Ah ! recevez mes plus tendres adieux ; Ce n'est pas tout de montrer du courage, De bonne grâce Agis doit s'en aller. Or, d'un mourant ai-je bien l'équipage ? La voix touchante, et l'air et le langage !AGIS
Si bas qu'il faudra, même pas du tout.
CHÉLONIS
AIR : Sans cesse à la Ville, à ta Cour.
Ah ! je le perds, quel affreux sort ! Puisqu'il se tait, il est bien mort ; Blâmez ces pleurs, si vous l'osez ; Des maris là fleur m'est ravie.Tenez, ma mère.
Étouffons-le de nos baisers Pour le rendre à la vie.AGIS, revenant à lui
AIR : C'est la fille à Simonette.
Grands Dieux, je renais, où suis-je ? Quand mes jours étaient finis ; Qui fait donc un tel prodige ?CHÉLONIS
Un baiser de Chélonis.AGIS
Mon amour t'en félicite ; Ce trait-là fera cité.... Voilà comme on ressuscite Dans les bras de la beauté.512 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0