Parade en vers et en prose· Parade en vaudevilles mêlée de prose et de vers
L'Eunuque ou La Fidèle Infidélité
Personnages
- CASSANDRE, Vieillard
- LE DOCTEUR, père ou cru père d'Isabelle
- ISABELLE
- LÉANDRE, Neveu de Cassandre et accordé en mariage à Isabelle
- COLOMBINE, Suivante d'Isabelle
- UN DOMESTIQUE
ÉPITRE DEDICATOIRE
L'AUTEUR À SES AMIS.
Air. Grand Duc de Sayoye.
Gréez l'hommage De ce Pot-pourri ; Chez vous, mon Ouvrage Demande un abri : Au lieu de suffrage, Si vous dites Non ; Je casse de rage, Ma Flute à l'oignon.CONSEIL DE L'AUTEUR À SA MUSE
Air. Elle a bien autre chose qui surpasse cela.
Si le Public, ma chère, Vous reçoit d'un air froid, Courez chez la Beurrière Implorer de l'emploi : Endurez, sans rien dire, Le mépris, le dégoût, Car, jusqu'à la Satyre, Le papier souffre tout.L'AUTEUR AU LECTEUR
Air. La beauté, la rareté, la curiosité.
Je ne vanterai point, de ma burlesque Lyre, La Beauté. L'Apollon de Montmartre est le Dieu qui m'inspire ; La Rareté ! À cet aveu, Lecteur, aurez-vous, de me lire ; La Curiosité ?APPROBATION DE LA FOLIE
Air. Les Jolies d'Ef pagne.
Plusieurs chemins conduisent au sublime ; L'Auteur qui croit sa Pièce faite au tour, Justifiera notre parfaite estime, En produisant son Ouvrage au grand jour.L'EUNUQUE
SCÈNE PREMIÈRE. Cassandre, Isabelle, Colombine.
ISABELLE
Air. Des Fraises.
Trois rois j'ai vu le mois d'août, Sans retrouver Léandre ; J'ai beau le chercher partout, Je ne sais plus par quel bout M'y prendre ; m'y prendre, M'y prendre.CASSANDRE
Air. De tous les Capucins du mondes
Il met bien si famille en peine, Courant ainsi la prétantaine.Prétentaine : Terme burlesque, qui ne se dit qu'en cette phrase proverbiale : ils ont été tout 1e jour courir la prétentaine ; pour dire, ils font allez deçà et delà. [F]
ISABELLE
Est-il mort ?COLOMBINE
Qu'est-il devenu ?CASSANDRE
Je ne sais ; mais en conscience Je n'ai pas encore entendu Dans Paris crier sa sentence. Trois ans se font passés, depuis que votre père, Fameux Docteur, et moi, nous avons, pour vous plaire, Arrêté votre hymen avec ce mien neveu, Qui paraît aujourd'hui s'en soucier fort peu : Car le Contrat dressé, pour un pèlerinage, Notre Docteur forcé de se mettre en voyage, Décampe un beau matin qu'il faisait grand brouillard ; Votre futur aussi, le même jour, fuit, part Sans faire ses adieux ; et depuis cet esclandre, Vous ni moi, n'entendons parler de ce Léandre ; En vain, depuis trois ans, le drôle est attendu : Mais, mignonne, crois-moi, tu n'auras rien perdu.Air. Les Pèlerins de Saint Jacques.
Léandre, pour chercher fortune Je ne sais où, Depuis très longtemps, à la Lune A fait un trou : Si prendre le titre d'époux Cause sa peine ; À sa place, voudriez-vous Souffrir que je le prenne ?Air. Un jour passé dans les tourments.
Craignant de nuire à mon neveu. J'ai renfermé mon feu Dix-huit mois, six et douze ; Mais, c'est plus fort que jeu, Souf...frez que je... vous épouse ; En guise de mon cher neveu.COLOMBINE
Air. Vous qui vous moquez par vos ris.
Avant tout qu'il se fasse donc Traiter de sa jaunisse, Que son asthme, sa fluxion, Son cautère guérisse : Après quoi ce vaillant champion, Entrera dans la lice.Air. Réveillez-vous, belle endormie.
Que pourriez-vous faire, à votre âge, D'un homme aussi cassé que lui ? Tenez, écoutez le langage Que tient toujours un vieux mari ?Air. Pour la Baronne.
J'ai la migraine, Ma femme, sans moi, couchez-vous ; J'ai la migraine, Cette nuit, passez-vous d'époux : Et tant que dure la semaine, Il vous répété avec sa toux, J'ai la migraine.Cautère : Petit ulcère artificiel, arrondi, que l'on ouvre dans les parties où abonde le tissu cellulaire. [L]
CASSANDRE
Air. Les Trembleurs.
Facilement Colombine Croit que l'on peut, sur ma mine, Me manger à la sourdine, La laine dessus le dos ; Mais je jure la mort diantre, Que je veux que l'on m'éventre, Si je ne fais dans ton ventre Rentrer ses mauvais propos.ISABELLE
Air. Ma raison s'en va beau train.
Vainement prétendez-vous Un jour être mon époux. Quoi ! Vieux Radoteur, Votre air séducteur Peut-il plaire aux fillettes ? Amour ! quand vous blessez un coeur, Mettez mieux vos lunettes, Lon là Mettez mieux vos lunettes.Air. Dondaine, dondaine.
Léandre a quitté la maison ;Bis.
Il eut sans doute une raison, Dondaines, dondaines : Polichinelle, dit-on, A bien les siennes. Peut-être la colère où me met son oubli, Me ferait sur le champ accepter le parti. Je ne le sais que trop, et par expérience, Notre sexe est fragile ainsi que la faïence, Et bien que vous soyez impotent, vieux, Hibou, Vous paraissez être homme, et c'est toujours beaucoup.Mais de peur que ma vertu ne succombe encore à la tentation, voici ce que j'ai résolu depuis hier, en jurant par le Styx, comme un charretier embourbé.
Air. Vous voulez me faire chanter.
Pour vous prouver qu'à mon amant, Je me conserve entière, Écoutez ici le ferment Que l'Amour m'a fait faire. Je n'écouterai point les voeux D'un jeune ou d'un caduque, Que je n'aie vu par mes yeux, Qu'il est vraiment eunuque.COLOMBINE
Allons, Monsieur, du courage !
Air. Il faut que je file, file.
Vous pouvez la satisfaire ; Saisissez l'occasion Pour parvenir à lui plaire, Sans nulle réflexion Allez donc vous faire faire Vite l'opération.CASSANDRE
Air. Amis sans regretter Paris.
Qu'il paraît d'inhumanité Dans cette fantaisie ! C'est de dessein prémédité Vouloir m'ôter la vie.COLOMBINE
Quoi ! Vous balancez ? Ah, vous n'êtes pas un amoureux délicat.
Air. Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Pour vous dédommager d'une flamme charnelle, Vous deviendrez dodu, vous aurez la voix belle, Vous n'aurez plus de barbe ; et par ce coup d'éclat Vous lui gagnez le coeur, et régalez son chat.CASSANDRE
Air. Un certain je ne sais quoi.
Je vous verrais rire de moi, D'avoir cette faiblesse : Si je n'ai plus tant de jeunesse, Au moins faut-il toujours sur roi Avoir un certain je ne sais qu'est-ce, Avoir un certain je ne sais quoi.ISABELLE
Air. Lanla derirette, lanla derira.
Se peut-il que l'amour naisse Avec la caducité ! De mes attraits, lequel est-ce : Qui pourrait avoir tenté Votre Lanla Landerirette ? Votre Lanla Landerira ?CASSANDRE
Air. Du haut en bas.
Du haut en bas, Vous inspirez la paillardise, Du haut en bas, Je ne vous vois que des appas : Mais quelle aimable friandise, Quand je vous verrai sans chemise Du haut en bas !Air. V'la c'que c'est qu'd'aller aux bois.
De vous voir il est dangereux, V'là c'que c'est qu'd'avoir des yeux, Tout en vous est si gracieux, Votre peau doucette, Blanchette et douillette, Va faire un jeune homme, d'un vieux ; V'là c'que c'est : qu'd'avoir des yeux.ISABELLE
Pour vous réciproquer.
Air. Le même.
En vous je ne vois qu'un chassieux, Vlà c'que c'est qu'd'avoir des yeux. Tout en vous, me paraît crasseux J'ai bonne visiére, Les ondes, pour plaire, Ne vaudront jamais leurs neveux ; V'là c'que c'est qu'd'avoir des yeux. Quoi ! L'on m'appellerait moi, Madame Cassandre ? Ce discours, des deux yeux, se peut-il bien entendre !CASSANDRE
Oui ; vous le prenez sur ce ton-là ! Eh bien sachez donc que le Docteur arrive aujourd'hui ; il est mon ami, et quoique le nom de Cassandre vous déplaise, je vous jure moi que vous le porterez, et que je vous épouserai à votre barbe.
COLOMBINE
Quoi donc ? Vieux Chat-Huant.
CASSANDRE
Air. Hélas, ce fut sa faute.
Cessons tous ces discours picquants ;Bis.
Cet hymen, dans fort peu de temps, Aura lieu de vous plaire. Et malgré vous, malgré vos dents, Je vous le ferai faire, Lon la Je vous le ferai faire.ISABELLE
Oh ! Parbleu je vous en défie.
CASSANDRE
Air. Lére-la, Lére Lan Lère.
Et pour m'assurer ce bonheur, Je vais au-devant du docteur, Qui débarque à la Grenouillère, Lére la, Lére lan Lére, Lére la, Lére lan la.Il sort.
COLOMBINE, à Cassandre
Fin de l'Air... Il faut que je file, fils.
Allez donc vous faire faire Vite l'opération.SCÈNE II. Isabelle, Colombine.
COLOMBINE
Vous voyez ; j'ai fait ce que j'ai pu pour détourner ce vieux pénard de vous épouser ; mais s'il gagne l'esprit de votre père, comment ferons-nous ?
ISABELLE
Air. Un inconnu pour vos charmes soupire.
Pour que son coeur prenne bientôt la mouche, Je lui dirai que trois fois trois amants, M'ont mise en couche, Depuis trois ans ; Il connaîtra par mes aveux prudents, Que je ne fais point la petite bouche.COLOMBINE
Ah ! Ma foi, vous avez raison ; à quelque chose le malheur est bon. Mais il est à craindre en ébruitant votre aventure, qu'elle ne produise le même effet sur l'esprit de Léandre, s'il revient ; et qu'il ne se dégoûte de vous : Et franchement vous ne l'avez pas trop bien traité pendant son absence.
Air. Vous m'entendez bien.
Tête à tête avec Arlequin, Il vous a fait ce que Tarquin, Par excès de tendresse.ISABELLE
Hé bien ?COLOMBINE
Fit un jour à Lucrèce... Vous m'entendez bien.Air. Vous avez bien de la bonté.
Plusieurs nuits avec Pantalon, Bien loin d'être farouche, Tous deux couchés de votre long, Vous étiez bouche à bouche Par la même facilité, Vous accordâtes votre couche À Scaramouche : Pour eux en vérité Vous eûtes bien de la bonté.ISABELLE
Air. Le premier jour du mois de Mai.
C'est la faute à ce mois de Mai, Quand se réveille la nature. Je leur plus, et je les aimai, C'est la faute à ce mois de Mai. Tous les trois m'ont mise à l'essai, Je dirai si l'on en murmure, C'est la faute à ce mois de Mai, Quand se réveille la Nature.COLOMBINE
Je crois effectivement que dans ce temps-là on est fort embarrassé.
Air. Comment faire ?
Malgré nous il vient un désir, Ce désir ne tend qu'au plaisir, Au plaisir peut-on se soustraire ? La pudeur conseille nenni, Mais le coeur dit, vas-y, vas-y ; Comment faire ?ISABELLE
Air. Nanon dormait.
Léandre absent A causé ma déroute, En l'attendant, On m'a, sans qu'il m'en coûte Un denier de façon, Montré, montré, Montré comme on fait un garçon.COLOMBINE
Air. Mamie, Margot.
Ah ! Qu'il fera beau carillon Si le fort vous rassemble ! Un Arlequin, un Pantalon, Un Scaramouche ensemble, Ont cajolé sa mie, Ont cajolé sa mie Margot, Ont cajolé sa mie.ISABELLE
Air. J'étais malade d'amour.
Tous les trois me faisaient leur cour J'en étais assiégée : À ces trois amants, tour à tour, Je me fuis adjugée. J'étais, j'étais malade d'amour, Ils m'en ont soulagée.COLOMBINE
Pourquoi disparaissait-il aussi ? Les absents ont toujours tort.
ISABELLE
Air. Tes beaux yeux, ma Nicole.
J'ai puni ton absence, En lui jouant d'un tour, À la seule vengeance Mes fils doivent le jour : J'en ai fait trois, sans peine ; Dans mes transports bouillants, J'aurais fait la douzaine, Si j'en eusse eu le temps.COLOMBINE
Air. Dans le fond d'une écurie.
Une vengeance aussi douce, Doit avoir beaucoup d'appas. Aussi je jure tout bas, Si quelque amant me courrouce, Que je mettrai tout mon soin, À la Pousse... Pouffe... Pousse... Que je mettrai tout mon soin À la pousser bien plus loin.ISABELLE
Je suis bien de ton avis, et nous sympathisons toutes deux à merveille. Si Léandre revient, et que mes trois grossesses lui donnent un peu d'humeur, parce qu'il n'y aura point participé, pour apaiser sa colère...
Air. Faire l'Amour la nuit et le jour.
Je lui dirai, tout doux, À d'autres j'eus affaire ; Mais je pensais à vous, En m'occupant à faire L'Amour La nuit et le jour.Tu en es témoin, Colombine, puisque j'ai eu l'attention de faire porter le nom de Léandre à tous mes enfants.
COLOMBINE
Un sentiment si délicat ne peut que lui plaire infiniment ; il vous épousera tout de suite. S'il n'a que le reste des autres, c'est encore un bon reste, qu'on ne doit pas jeter aux chiens.
Air. Menuet de Monsieur de Granval.
Une rose, déjà flairée, Ne répand-elle plus d'odeur ? Et d'une bouteille entamée, Négligera-t-on la liqueur ?ISABELLE
Ah ! Colombine,que tu as d'esprit ! Et que tes maximes me plaisent !
COLOMBINE
Mais, Mademoiselle, vous qui aimez tant l'Amour ; qui prenez tant de plaisir à le faire, je m'étonne que vous n'ayez pas accordé à Léandre ce que vous avez si facilement prodigué aux autres. Est-ce qu'il ne vous a jamais pressée de...
ISABELLE
Pour faire ce faux pas, je suis trop vertueuse. Sans doute que je suis de Léandre amoureuse ; Mais un homme choisi pour m'épouser un jour, Avant le temps marqué ne peut cuire à mon four. Un époux est toujours le dernier, Colombine, De ceux qu'à nos faveurs le doux destin destine. Il est bien vrai qu'un jour il ne s'est pas fallu L'épaisseur d'un cheveu, qu'il n'ait tout obtenu.Air. Cela m'est bien dur.
Brûlant de la plus vive flamme, Il vint tomber à mes genoux, Je le repoussai, mais mon âme Disait tout bas, avancez-vous, À ses transports j'aurais été soumise, Si dans sa franchise, Il m'eût dit d'un ton ferme et sûr, Cela m'est bien dur. Il ne persista point, et sa molle indolence Eut peur de surmonter ma faible résistance. C'est ainsi qu'Annibal, s'arrêtant en chemin, A manqué le grand coup de dompter le Romain, Mais finirons ici notre entretien, ma chère, J'aperçois à l'instant le retour de mon père.SCÈNE III. Le Docteur, Cassandre, Isabelle, Colombine.
Léandre, déguisé en esclave Turc ayant une fausse barbe.
LE DOCTEUR
Bonjour, Isabelle, bonjour Colombine ! Ah ! Que je suis aise de revoir mes Dieux Pénates. J'ai rencontré mon ami Cassandre qui m'a dit ton goût pour les Eunuques ; je t'en ai arrêté un à la Barrière de Vaugirard. Il te servira à ce qu'il pourra. Regardez-le.
Barrière de Vaugirard : Une des portes qui permettait d'entrer dans Paris. Vaugirard est intégré au XVème arrondissement de Paris.
ISABELLE
Je vous suis obligée, mon père.
Plus mon oeil curieux, en effet, l'examine... Quelque chose lui manque, on le voit à sa mine.LE DOCTEUR
Air. La fille à la Druton.
Il allait à Poissy, Près de Salamanque : Les Turcs l'ont pris, Ce font des Juifs Tout lui manque. On a pris ses habits, On a pris tous ses Louis, On l'a trop circoncis, Tout lui manque.Mais laissons cela. Tu t'en amuseras tantôt si tu peux.
À Léandre.
Va-t-en, mon ami ; on t'appellera quand on aura besoin de toi.
Léandre sort.
Poissy : Ville à 30 km à l'ouest de Paris.
[SCÈNE IV]. Le Docteur, Cassandre, Isabelle, Colombine.
LE DOCTEUR, à Isabelle
Viens donc que je t'embrasse.
Air. Attendez-moi sous l'Orme.
Privé de ma famille Depuis trois ans et plus, En embrassant ma fille, J'embrasse une Vénus. Ah ! Qu'elle est embellie ? Voyez de bout en bout Combien elle est grandie.COLOMBINE
Vous ne voyez pas tout.LE DOCTEUR
Sais-tu bien que j'arrive de Turquie ! Pour y aller, c'est tout comme à Rome, il y a plusieurs routes, mais j'ai laissé toutes les plus longues ; et j'ai pris la courte.
ISABELLE
J'aurais fait comme vous, mon père.
COLOMBINE
Nous avez-vous bien apporté des raretés, de ces contrées lointaines ?
LE DOCTEUR
Oh ! Pour-çà, oui.
Air. Nous jouissons dans nos hameaux.
Au Pays du grand Mahomet, J'ai fait bien des emplettes ; J'ai quatre pintes de Sorbet, Des pipes, des lunettes.ISABELLE
Je vous quitte aisément du soin D'apporter ces merveilles : Heureux qui revient de si loin Avec ses deux oreilles !LE DOCTEUR
Et toi, ma fille, ne t'es-tu point ennuyée pendant mon séjour d'absence ?
ISABELLE
Non, mon père ; et j'ai appris un peu de Géographie. Je sais/ ce que c'est qu'une embouchure ; j'ai beaucoup de connaissance des trois parties du Monde*, et je sais leurs noms sur le bout du doigt.
Air. Tes beaux yeux, ma Nicole.
Loin de votre patrie, Quand vous restez trois ans, Pour apprendre en Turquie Comme on fait des turbans, Pour devenir habile, Et chasser mes ennuis, Sans trop quitter la ville J'ai vu bien du pays.Avant la découverte de l'Amérique.
COLOMBINE
Air. Le bout du monde.
Tandis qu'un Docteur en voyagea Bravant et corsaire et naufrage, À mille périls s'exposait. Sans aller sur l'Onde, Sa fille touchait Au bout, au bout, au bout du monde.LE DOCTEUR
As-tu bien eu soin de faire faire les réparations nécessaires à notre maison ?
Air. Menuet de Monsieur Grandval.
Lorsque l'on a pignon sur rue, Une maison veut bien des soins.LE DOCTEUR
Comment ! Tu as bâti !
ISABELLE
Où, mon père, sur le devant. On y était trop à l'étroit, mais à présent qu'il est élargi, tout le monde y pourra loger à son aise.
LE DOCTEUR
As-tu bien pris garde au feu ?
ISABELLE
Ah ! Mon père, je le crains comme un ange, trois hommes que j'avais pris à mon service pour cela, y ont renoncé à cause de la fatigue.
Air. Ramonez-ci, ramoneç-là.
Le soir et la matinée, Vous m'eussiez vue acharnée À chanter à ces gens-là, Ramonez-ci, ramonez-là, La la la La cheminée du haut en bas.LE DOCTEUR
Je parie que tu ne travaillais guère, et que tu étais toujours pendue à la fenêtre de la rue.
ISABELLE
Air. Que je regrette mon Amant !
Non, jamais je ne m'y mettais, Les voisins vous diront, mon père, Que pour suivre mon goût, j'étais, Presque toujours sur le derrière : Là je conçois assidument ; Colombine en faisait autant.Isabelle et Colombine ensemble.
Je filais, Tricotais, Et cousais Assidument Colombine en faisait autant.ISABELLE
Aussi je gage bien qu'il n'est guère de filles Qui se vante d'avoir épointé plus d'aiguilles.LE DOCTEUR
Tant mieux, c'est preuve de travail. Mais qu'as-tu fait de plus encore ? Car je veux tout savoir.
ISABELLE
Air. Trois enfants gueux.
Trois gros garçons, mon père, ici font nés Ce fut là mon plus fréquent exercice : J'ai fait sevrer déjà les deux aînés, Le plus petit tète encor sa nourrice.LE DOCTEUR
Fort bien, ma fille, fort bien. Est-il beau de rester toujours les jambes croisées ?
Air. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.
On sait trop par quelle malice, Le vice dans les coeurs se glisse, Il est fils de l'oisiveté, Plutôt que d'être à ne rien faire, Il vaut donc mieux, en vérité, S'occuper à peupler la Terre.D'ailleurs, je te dirai que c'est moi qui en suis cause. Te voyant prête à te marier, je n'ai entrepris mon voyage en Turquie, que dans la crainte que tu ne fusses aussi stérile que moi ; car ordinairement les filles les tiennent de leurs pères.
Air. Du Cap de Bonne-Espèrance.
N'ayant pu, par impuissance Faire un petit nouveau-né, En Docteur, plein de science, J'ai fort bien imaginé, D'aller jusque à la Mecque ; Supplier, en Langue Grecque, Le Prophète Marabou, De t'en donner tout ton saoul.Mon pèlerinage a fait son effet, et sans doute, Mahomet a exaucé mes voeux, même avant que je l'eusse intercédé. C'est vraiment un coup du Ciel !
CASSANDRE.
Air. Grimaudin.
Il est, en prenant cete affaire, Plus doux que miel ; Pourquoi baptiser ce mystère, Un coup du Ciel ? Pour moi je suis bien convaincu ; Que c'est plutôt un coup fourré.Vous voilà trois enfants qu'elle vous a mis sur les bras, qu'en ferez-vous ?
LE DOCTEUR
Même Air.
Ne peut-on pas avoir la guerre ? Et dans ce cas, Les trois garçons, dont elle est mère, Seront goujats. C'est un charmant, et noble emploi De faire des hommes au Roi.COLOMBINE
Mais, Monsieur, rien ne m'échappe. Vous venez de dire que vous n'aviez jamais eu d'enfants ; votre fille Isabelle ne vous appartient donc pas ?
LE DOCTEUR
Tais-toi. Ce font des secrets de famille dans lesquels tu ne dois point entrer. Mais voici tout le mystère.
Air. Un inconnu.
Dans le moment que j'épousai sa mère, Je la savais grosse, comme un tambour ? Et la commère M'épousa pour Prendre un manteau qui couvrit nuit et jour Tous les enfants qu'elle viendrait à faire.Et comme la Loi ordonne que les enfants que fait la femme soient ceux du mari, voilà pourquoi il n'y a que moi qui suis son père, en dépit d'elle, de toi, de tout le monde, et de moi-même.
CASSANDRE
En tiens-tu, Colombine ? Te voilà muette. Voilà ce que c'est que d'être Docteur, on ferme la bouche à tout le monde. Mais, mon ami, allons donc voir les petits enfants qui font tout de même que si vous étiez grand-père.
LE DOCTEUR, en sortant avec Cassandre
Colombine ! Reste avec ma fille tandis qu'elle causera avec cet eunuque qui vient ici. Que sait-on ? S'il lui allait prendre une envie de femme grosse ?
SCÈNE V. Léandre, Isabelle.
LÉANDRE, déguisé comme il a déjà paru
Air. Nous sommes précepteurs d'Amour.
Madame, parlez sans façon, Pourrai-je ne pas vous déplaire ? Et soufFrirez-vous un garçon, Qu'on a privé du droit d'en faire ?ISABELLE
Oui, mon cher Eunuque, vous m'avez plu d'abord. Il y a comme ça des physionomies qui vous reviennent tout d'un coup, et qui vous feraient faire toutes sortes de choses. Comment vous appelez-vous ?
LÉANDRE
Ah ! Madame, depuis que je suis ce que vous savez, je cache mon nom à toute la Terre du monde. Nommez-moi comme il vous plaira, mais surtout...
Air. Quand je tiens de ce jus Octobre.
N'exigez point, belle Isabelle Que mon vrai nom paraisse au jour ;ISABELLE
Eh bien, je veux qu'on vous appelle Dorénavant, Monsieur, tout court.Que je maudis cette infâme Turquie de vous avoir accommodé comme ça ! Cela fait dresser tous les cheveux d'horreur.
Air. Com' vla' qu'est fait !
Vous avez assez bonne mine ; Vous paraissez être bien fait ; Je vous vois la jambe très fine,Léandre fait un entrechat.
Vous semblez avoir du jarret.LÉANDRE
Mais d'une créature humaine, Je ne suis hélas qu'un extrait ! Vous diriez, sensible à ma peine, Si le reste à vos yeux s'offrait, Com'v'la qu'est fait ! Com'v'la qu'est fait !ISABELLE
En vérité c'est bien dommage qu'un si joli homme.
LÉANDRE
Air. Allez donc, jouez violon.
À quoi peut servir ma figure ? Je songe à ma triste aventure Qui jamais n'aura guérison. Un crocheteur m'est préférable : Si le jour il travaille en Diable, Avec sa femme, en sa maison, Le soir il peut... jouez violon ; Ta la la la, etc.ISABELLE
Mais si ces Mahométans continuent, il ne restera pas en France un homme entier. Il n'y en a pas déjà trop.
Air. Menin qu'était plus fort.
Devrait-on séparer Un homme de lui-même ? Cette fureur extrême Ne se peut digérer. Voudraient-ils, sur la Terre, Ces Turcs, ces assassins, être les seuls à faire Ce qu'on fait d'ordinaire ; Quand on fait les humains.LÉANDRE
Votre état me touche sensiblement. Et si vous étiez comme je voudrais, je ne pourrais m'empêcher de vous avouer la passion que vous m'inspirez.
Il manque une réplique d'ISabelle entre les deux de Léandre.
LÉANDRE
Madame, est-il bien vrai ? Ah ! Que ne suis-je borgne et aveugle ? Puisque dans l'instant que je vous ai vue, mes yeux se sont si fort troublés... qu'enfin je vous adore. Ô Ciel ! Quoi nous nous aimons ?
ISABELLE
Air. Le Démon malicieux et fin.
Oui, pour vous, mon coeur s'est attendri, Mais vous ne serez point mon mari : J'épouserais plutôt un éclanche, Qu'un homme que l'on a fait rasibus ; Un gigot brille au moins par son manche ; Et s'il est tendre, il rend beaucoup de jus. Cependant, au plutôt je veux être épousée. Depuis que de ces lieux Léandre est éclipsé J'adorai trois ingrats, qui tous m'ont refusée ; Et chacun, en fuyant, un enfant m'a laissé. Patience, attendons ; dans cette grande Ville, J'en puis enjôler un qui soit moins difficile.Éclanche : Épaule de mouton séparée du corps de l'animal. [L]
Rasibus : Terme populaire Tout contre, tout près. [L]
Enjôler : Abuser par des manières ou paroles flatteuses. [L]
ISABELLE
Vlà le plaisir des Dames.LÉANDRE
Léandre en croyait vos serments, Il comptait sur des feux constants : Mais sans rougir, Récompenser trois flammes !ISABELLE
V'là l'plaisir des Dames, V'là l'plaisir.Je ne fuis pas venue au monde pour abolir les lois. Ah ! Si vous étiez entré à notre service trois ans plutôt, vous auriez été témoin de tous les amusements que mes amants me procuraient.
Air. Là-haut sur ces montagnes.
Qu'il serait beau d'entendre Tous les murs de ces lieux ! S'ils pouvaient vous apprendre Nos plaisirs, et nos jeux : De combien de tendresses De baisers, de caresses, Fut témoin l'escalier ; Et selon mon caprice, La cuisine et l'office, La cave, et le grenier.LÉANDRE
Mais, Madame, je vous avertis que Léandre va bientôt paraître en ces lieux. Je l'ai vu à Reims, à mon retour de Constantinople ; et il m'a même chargé de vous remettre de sa part trois pièces de tapisseries du Levant, qu'il vous envoie.
ISABELLE
Ah ! Que de joie ! Je vais revoir Léandre, dis-tu ? Il est à Reims ? Eh ! Que fait-il là depuis trois ans ?
LÉANDRE
Vous savez qu'il se plaignait depuis longtemps d'être trop resserré. Ce mal a toujours augmenté, et il s'est vu tellement constipé, qu'il ne pouvait plus rendre une seule bouchée. Il a consulté nombre de Médecins ; Enfin,
Air. Vous veillez lorsque tout sommeille.
Par un innocent artifice, Il a recouvré la santé. À Reims, il vit de pain d'épice ; Par ordre de la Faculté.LÉANDRE
Sans doute, il est bien plus utile De le manger dessus les lieux.S'il vous épouse à son arrivée, comment ferez-vous pour lui déguiser la bréche qu'on a faite à son honneur ?
ISABELLE
Lorsque nous irons nous coucher pour notre mariage...
Air. Les filles de Montpellier.
Tu fermeras le rideau, J'éteindrai notre chandelle, Pour attraper le nigaud, Je fuirai dans la ruelle, Aïhe, Aïhe, Aihe, D'un ton de Pucelle, Criant, Aïhe, Aïhe, Aïhe.LÉANDRE
Ah ! Madame, Léandre est Grec ; il s'apercevra de tout.
ISABELLE
Eh bien ! Au bout du compte, je m'imagine qu'il ne m'en voudra pas tant de mal.
Air. Vous voulez me faire chanter.
Mon père n'est qu'un franc cocu, Grâce aux soins de ma mère Et Léandre, est bien convaincu Qu'un cocu fut ton père : Au moment qu'il s'apercevra Que je ne suis plus fille ; Je compte qu'il prendra cela Comme un bien de famille.LÉANDRE
Non, non. Il n'est pas homme à se moucher du pied, et surtout quand il verra une progéniture étrangère, c'est alors qu'il ne fera pas maître de sa colère.
Air. Le temps se barbouille.
Je prévois bien de la brouille, Quand Léandre arrivera, C'est peu de vous chanter pouille Je crois qu'il, vous rodera, Le temps se barbouille, bouille, bouille, Le temps se barbouillera.Il ne se mouche pas du pied : c'est un homme habile, intelligent, résolu. [L]
ISABELLE
Air. Sans dessus dessous, sans devant derrière.
Ce serait un désagrément.Bis.
Il faut cacher à mon amant, Que par trois fois l'on m'a fait mère, Sans dessus dessous, sans devant derrière, Avant qu'il devînt mon époux, Sans devant derrière, sans dessus dessous.J'imagine déjà un bon moyen. Tu n'as qu'à dire que tu es marié ; et que ces enfants sont les fruits de ton mariage.
LÉANDRE
Bien caché à qui le cul voit !
Léandre sait que je suis eunuque depuis quinze ans, et votre fils aîné n'en a que trois au plus.
Air. Ici je fonde une Abbaye.
Je ne puis faire votre affaire, Inventez un autre secret : Pour qu'un homme passe pour p7re Il faut, au moins, qu'il soit complet.ISABELLE
Il est vrai ; je n'y pensais plus. C'est que l'on a de la peine à croaire ce que l'on ne désire pas.
LÉANDRE
Hélas ! Mon malheur n'est que trop véritable.
Air. Le Père Barnaba.
D'un Sérail échappé, J'arrive de Turquie ; Un Turc, après soupé, Rempli de barbarie, D'un coup de sa faucille, M'a, dans ce pays-là, Fait laisser la Béquille Du Père Barnaba.Un Valet apporte un paquet.
Mais voici les tapisseries dont je vous ai parlé, et que je vous présente au nom de Léandre.
On déroule les tapisseries.
ISABELLE
Que vois-je ! Juste Ciel, mes trois fils en peinture ! Ah ! Léandre sait donc toute mon aventure ? Ma Renommée, à Reims, a sans doute volé, Non seulement à Reims, mais peut-être à Salé ? C'est en vain qu'à tes yeux je veux passer pour fille, Recevant mes enfants travaillés à l'aiguille.Air. M. Charlot.
Oui, trait pour trait ; On les a su portraire ; Il ne leur manque guère Que le caquet, Voyez quels yeux ! Qu'ils font nerveux ! Ils ressemblent aux pères, Ma foi, ce font eux.LÉANDRE, feignant de la colère
Oh ! Je n'y puis plus tenir ! Vous aimez Léandre, vous m'aimez, et vous vous rappelez avec amour le souvenir des pères de ces merdailles.
Air. Sambleu ! morbleu ! Marion !
C'en est assez pour moi, ce jeu Devient plus amer que rhubarbe ; Sambleu ! Le courroux m'arrache la barbe, Morbleu !Il ôte sa fausse barbe.
ISABELLE
Air. Les Trembleurs.
Faut-il aussi me surprendre ? Ah ! Ciel ! Que viens-je d'apprendre ! Je ne revois dans Léandre Qu'un eunuque, à son retour. Je l'avoue avec franchise, La frayeur m'a tant surprise, Que je fais, dans ma chemise, Mon petit, et mon grand tour. Ah je me meurs.LÉANDRE
Elle se pâme ! Ah ! Ciel vite une pelle à cul.
Isabelle s'évanouit sur la chaife qu'on lui apporte.
Ah ! Chère Isabelle, revenez à vous. C'est une feinte que j'ai mise en jeu, pour éprouver votre fidélité. Tout a réussi au gré de mes souhaits, et vous allez tout-à-l'heure apprendre que vous n'avez jamais aimé que moi.
SCÈNE VI ET DERNIÈRE. Cassandre, Le Docteur, Léandre, Isabelle, Colombine.
COLOMBINE ET LE DOCTEUR, ensemble
C'est lui-même en chair et en os.CASSANDRE
Ah ! Monsieur l'eunuque, bonjour !ISABELLE, revenant de son évanouissement
Ah ! vous me rendez la vie.Je conviens, mon cher Léandre, de vous avoir fait quelques niches pendant votre absence ; mais je suis excusable, puisque nous n'avions pas encore passé le le bail de l'hyménée.
Air. Ma raison s'en va beau train.
Je n'en dois pas être moins L'objet de tes tendres soins : Ah ! Combien j'en vois Dans l'état bourgeois, Et dans le rang superbe Tranquillement cocus en bois, Et tu ne l'es qu'en herbe, Lon là, Et tu ne l'es qu'en herbe.LÉANDRE
Il est tems de finir votre erreur ; je ne suis point sorti de Paris, et c'est moi que vous avez toujours vu sous les différentes figures des hommes sous qui vous avez succombé. Je vous épouse à l'aveuglette, et je suis trop content, puisque votre vertu a résisté à la tentation de mon oncle.
Air. Reçois dans ton Galetas.
J'avais dessein d'éprouver La foi de mon Isabelle ; J'ai fait semblant de m'esquiver, Mais j'étais toujours avec elle, Et de tes trois enfants, enfin, Je suis le père et le parrain.bis.
Air. Sans le savoir.
Elle croyait dans les Guinguettes, Prodiguant ses saveurs secrètes, De mes rivaux combler l'espoir : Mais mon adorable Isabelle N'a donné qu'à moi le mouchoir. Par hasard elle fut fidèle Sans le savoir.Air. À la façon de Barbari.
D'un vrai Scaramouche j'avais Emprunté la figure ; D'Arlequin je contrefaisais Les gestes et l'allure ; J'ai pris la barbe à Pantalon ; La fari don denne, la fari don don, Sous ces trois noms, j'en ai joui Biribi, À la façon de Barbari , Mon ami.J'aurais voulu pouvoir comme le maître du Tonnerre, prendre encore mille figures de différents insectes.
Air. Ton humeur est Catherine.
Afin que plusieurs mortels Donnassent dans le panneau, Jupiter se fit pour elles Cygne, Métal, ou Taureau : Mon feu, qui n'a point de bornes, Se serait fait un régal De vous plaire en bête à cornes, Âne, mulet, ou cheval.ISABELLE
Non,je ne puis m'empêcher d'approuver de si tendres sentiments. Je vous pardonne vos déguisements en faveur de l'invention ; oui Léandre, je vous pardonne. Attrapez-moi toujours de même.
LÉANDRE
Air. On dit que vous aimez les fleurs.
Je l'avouerai de bonne foi, Pardonnant cette offense, Mon Isabelle n'a pour moi Que trop de complaisance ; N'a que trop de... N'a que trop de... Que trop de complaisance, Que trop... Que trop de complaisance 1CASSANDRE
Air. A sa voisine.
Pour vous je ressentais un feu Qui causait mon martyre ; Mais à l'aspect de mon neveu, Je n'ai plus rien à dire : J'avais mis mon épingle au jeu, Je la retire.LE DOCTEUR
Air. Les billets doux.
Puisqu'il n'est plus aucun débat, Signez : j'ai sur moi le contrat, Je ne sais pas écrire.TOUS LES ACTEURS, répètent
Je ne sais pas écrire.TOUS LES ACTEURS, répètent
Jamais je n'ai su lire.LE DOCTEUR
Eh bien ! Mangeons, dansons, faisons toujours la noce, C'est un plaisir plus grand que d'aller en carrosse : Qu'ils aillent, du festin, dans leur lit nuptial : Car se coucher ensemble est le point capital. Nous songerons, après leur passe-temps céleste. À nous bien arranger pour finir tout le reste.COLOMBINE, à Isabelle et Léandre
Air. Nous autres bons villageois.
Sans que l'on vous dise amen ; Vous fîtes trois fois un Léandre, Mais quand on prévient l'hymen, Ce qui vient, il faut bien le prendre : En Alsace c'est bel et beau, On prend la vache et le veau, On peut vous dire à tous les deux Vous allez pondre sur vos oeufs.LÉANDRE, et ISABELLE
Nous allons pondre sur nos oeufs.DIVERTISSEMENT.
LÉANDRE
Air. À sa voisine.
L'Hymen va donc nous rassembler, Sous ses lois il nous range. Tant que l'amour le fait aller, Il est beau comme un ange : Il nous excite à nous galer Où ça démange.Se galer : se gratter. [L]
ISABELLE
Même Air.
L'hymen, à ne point vous flatter, Est un horloge étrange, Qu'il faut monter, et remonter, Sinon il se dérange ; Et les voisins viennent gratter Où ça démange.CASSANDRE
Même Air.
L'esprit de la femme est malin, Toujours elle se venge : Au moindre soupçon de chagrin, Soudain, change pour change : Il faut qu'elle se gratte enfin, Où ça démange.COLOMBINE
Même Air.
Je crois qu'on ne pourra traiter Mon sentiment d'étrange ; Je renoncerais à porter Et panier, et fontange, Plutôt que de ne pas gratter Où ça démange.LE DOCTEUR
Même Air.
De l'hymen je ne puis tâter, C'est un malheur étrange ; La table sait me ragouter, J'y ris, j'y bois, j'y mange. C'est toujours un peu se gratter Où ça démange.COLOMBINE, au Public
Même Air.
En désirant vous contenter Aurions-nous pris le change, Si nos jeux ont su mériter Quelque peu de louange Meilleurs, vous pouvez nous gratter Où ça démange.On danse une contredanse.
656 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica