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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Tragédie en Cinq Actes

Edouard Iii

Jean-Baptiste-Louis Gresset· créée en 1740· 5 actes· 1 614 vers· 10 personnages

Représentée pour la première fois en 22 janvier 1740 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • ÉDOUARD III, roi d'Angleterre
  • ALZONDE, héritière du royaume d'Ecosse, sous le nom d'AGLAÉ
  • LE DUC DE VORCESTRE, ministre d'Angleterre
  • EUGÉNIE, fille de Vorcestre, veuve du comte de Salisbury
  • LE COMTE d'ARONDEL
  • VOLFAX, capitaine des gardes
  • GLASTON, officier de la garde
  • ISMÈNE, confidente d'Eugénie
  • AMÉLIE, suivante d'Alzonde
  • GARDES
AVERTISSEMENT

On ne trouvera ici de vraiment historique que l'amour d'Édouard III pour la comtesse de Salisbury, l'héroïque résistance de cette femme illustre, et le renouvellement des prétentions d'Édouard III sur l'Ecosse. Tout le reste, ajusté à ces faits principaux, est de pure invention. Je ne me sers point des droits de la tragédie anglaise pour répondre à quelques difficultés qu'on m'a faites sur le coup de théâtre du quatrième acte, spectacle offert en France pour la première fois ; je dirai seulement, autorisé par le législateur même ou le créateur du théâtre français, que la maxime de ne point ensanglanter la scène ne doit s'entendre que des actions hors de la justice ou de l'humanité : Médée, égorgeant publiquement ses enfants, révolterait la nature, et ne produirait que de l'horreur ; mais la mort d'un scélérat, en offrant avec terreur le châtiment du crime, satisfait le spectateur.

Pour démontrer d'ailleurs que cet événement est dans la nature, je n'ai besoin d'autre réponse que l'applaudissement général dont le public l'a honoré dans toutes les représentations. Je n'entreprendrai pas de répondre à toutes les autres objections qu'on a faites, ni de prévenir celles qu'on peut faire encore sur cet essai : on doit s'honorer des critiques, mépriser les satires, profiter de ses fautes, et faire mieux.

Civis erat qui libera posset Verba animi proferre, et vitam impendere vero.

JUVENAL.

J'étais à peindre un sage, heureux, digne de l'être, L'oracle de la probité, Le père des sujets, le conseil de son maître, L'honneur de la patrie et de l'humanité : Dans cette image fidèle, France, tu reconnaîtras Que je n'en dois point le modèle Aux vertus des autres climats.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alzonde, Amélie.

ALZONDE

Vous parlez en esclave : un coeur né pour régner D'un joug même ignoré ne peut trop s'éloigner ; : Ne dût-on jamais voir la chaîne qui l'attache, Pour en être flétri c'est assez qu'il le sache. Le secret ne peut point excuser nos erreurs, Et notre premier juge est au fond de nos coeurs. Dans l'affreux désespoir où mon destin me jette Crois-tu donc que pour moi la paix soit encor faite ? Condamnée aux fureurs, née au sein des exploits, Et des maux que produit l'ambition des rois ; Fugitive au berceau, quand mon malheureux père, Au glaive d'un vainqueur prétendant me soustraire, Au prince de Norvège abandonna mon sort, M'éloigna des états que me livrait sa mort ; Pensait-il qu'unissant tant de titres de haine, Devant poursuivre un jour sa vengeance et la mienne, Héritière des rois, élevé des héros, Je perdrais un instant dans un lâche repos ? Dans l'asile étranger qui cacha mon enfance J'ai pu sans m'avilir suspendre ma vengeance, La sacrifier même à l'espoir de la paix, Tandis qu'on m'a flattée ainsi que mes sujets Qu'Édouard, pour finir les malheurs de la guerre, Pour unir à jamais l'Ecosse et l'Angleterre, Allait m'offrir sa main, et par ce juste choix Réunir nos drapeaux, nos sceptres, et nos droits : Mais par tant de délais dès longtemps trop certaine Que l'on m'osait offrir une espérance vaine, Quand ce nouvel outrage ajoute à mon malheur, Attends-tu la prudence où règne la fureur ? S'élevant contre moi de la nuit éternelle, La voix de mes aïeux dans leur séjour m'appelle ; Je les entends encor : « Nous régnions, et tu sers ! Nous te laissons un sceptre, et tu portes des fers ! Règne, ou, prête à tomber, si l'Ecosse chancelle, Si son règne est passé, tombe, expire avant elle : Il n'est dans l'univers en ce malheur nouveau Que deux places pour toi, le trône, ou le tombeau ». Vous serez satisfaits, mânes que je révère ; Vous connaîtrez bientôt si mon sang dégénère, Si le sang des héros a passé dans mon coeur, Et s'il peut s'abaisser à souffrir un vainqueur.

SCENE II. Alzonde, Volfax, Amélie.

SCÈNE III. Alzonde, Amélie.

ALZONDE

Arrête : Tu parles d'un héros l'honneur de l'univers, Et tu peins un tyran. Dans mes affreux revers J'accuse le destin plus que ce prince aimable, Et mon coeur est bien loin de le trouver coupable. Tu m'entends ; j'en rougis. Vois tout mon désespoir : Sur ces murs la vengeance a gravé mon devoir, Je le sais ; mais tel est mon destin déplorable, Qu'à la honte, aux malheurs du revers qui m'accable, Il devait ajouter de coupables douleurs, Et joindre l'amour même à mes autres fureurs. J'arrivais en courroux, mais mon âme charmée À l'aspect d'Édouard se sentit désarmée. Sans doute que l'amour jusqu'au sein des malheurs S'ouvre par nos penchants le chemin de nos coeurs : Connaissant ma fierté, mon ardeur pour la gloire, Il prit pour m'attendrir la voix de la victoire ; Il me dit qu'enchaînant le plus grand des guerriers, Qui partageait son coeur partageait ses lauriers. Où commande l'amour il n'est plus d'autres maîtres :. J'étouffai dans mon sein la voix de mes ancêtres ; Je ne vis qu'Édouard : captive sans ennui, Des chaînes m'arrêtaient, mais c'était près de lui. Pourquoi me rappeler la honte de mon âme, Et toutes les erreurs où m'entraînait ma flamme ? Un plus heureux objet a fixé tous ses voeux : C'en est fait, ma fierté doit étouffer mes feux ; Les faibles sentiments que l'amour nous inspire Dans les coeurs élevés n'ont qu'un moment d'empire. Régner est mon destin, me venger est ma loi ; Un instant de faiblesse est un crime pour moi. Fuyons ; mais, pour troubler un bonheur que j'abhorre, Renversons, en fuyant, l'idole qu'il adore. Parmi tant de beautés qui parent cette cour J'ai trop connu l'objet d'un odieux amour. On trompe rarement les yeux d'une rivale ; Ma haine m'a nommé cette beauté fatale. Si dans ces tristes lieux l'amour fit mes malheurs, J'y veux laisser l'amour dans le sang, dans les pleurs. Mais Vorcestre paraît : laisse-nous, Amélie ; Du destin qui m'attend je vais être éclaircie.

SCÈNE IV. Alzonde, sous le nom d'Aglaé ; Vorcestre.

SCÈNE V. Édouard, Vorcestre, Volfax, Glasont, Gardes.

SCÈNE VI. Édouard, Vorcestre.

VORCESTRE

À cet ordre, Seigneur, Je ne puis vous cacher mon trouble et ma douleur. Lorsque le peuple anglais au sein de la victoire Attendait son repos d'un roi qui fit sa gloire, Entraîné parla voix d'un conseil de soldats, Allez-vous réveiller la fureur des combats ? Je n'ai jamais trahi mon austère franchise ; Et, si dans ces dangers elle est encor permise, J'en dois plus que jamais employer tous les droits : Un peuple libre et vrai vous parle par ma voix. La guerre fut longtemps un malheur nécessaire : L'Ecosse était pour vous un trône héréditaire ; Les droits que votre aïeul sur elle avait acquis Exigeaient que par vous ce bien fût reconquis : Vous y régnez enfin : mais pour finir la guerre Dont ce peuple, indocile au joug de l'Angleterre, Nous fatigue toujours, quoique toujours vaincu, Vous savez à quels soins l'État s'est attendu ; Vous avez consenti d'unir par l'hyménée L'héritière d'Ecosse à votre destinée, Sûr que ce peuple altier adoptera vos lois En voyant près de vous la fille de ses rois. Je sais que ce royaume, affaibli par ses pertes, Compte peu de vengeurs dans ses plaines désertes ; Tout retrace à leurs yeux vos exploits, leur devoir, L'image de leur joug et de votre pouvoir : Mais, armant tôt ou tard ses haines intestines, L'Ecosse peut encor sortir de ses ruines, Surprendre ses vainqueurs, rétablir son destin ; Un bras inattendu porte un coup plus certain. Jamais dans ces climats on n'est tranquille esclave, Et pour la liberté le plus timide est brave. Tous leurs chefs ont péri ; mais en de tels complots Le premier téméraire est un chef, un héros. Sous l'astre dominant de cette destinée Qui tient à vos drapeaux la victoire enchaînée On craint peu, je le sais, leurs efforts superflus ; Leur révolte est pour vous un triomphe de plus : Mais le plus beau triomphe est un honneur funeste. La victoire toujours fut un fléau céleste ; Et tous les rois au ciel, qui les laisse régner, Sont comptables du sang qu'ils peuvent épargner. Remplissez donc, Seigneur, l'espoir de l'Angleterre. Vos essais éclatants ont appris à la terre Que vous pouviez prétendre au nom de conquérant ; Passez le héros même ; un roi juste est plus grand. Hâtez-vous d'obtenir ce respectable titre : Parlez, donnez la paix dont vous êtes l'arbitre ; Et pour en resserrer les durables liens, Que vos ambassadeurs aux champs norvégiens Envoyés dès demain demandent la princesse. C'est l'espoir de l'État, et c'est votre promesse.

VORCESTRE

Seigneur, que dites-vous ? Quelle triste nouvelle !... Mais non, à la vertu votre grand coeur fidèle, Se respectant lui-même en ses engagements, Ne démentira point ses premiers sentiments. Votre parole auguste au trône appelle Alzonde ; La parole des rois est l'oracle du monde. D'ailleurs, vous le savez, la patrie a parlé ; Confirmé par la voix de l'État assemblé, Votre choix par ce frein devient inviolable : D'affreux dangers suivraient un changement semblable. Ce peuple en sa fureur ne connaît plus ses rois Dès qu'ils ont méconnu l'autorité des lois : Le trône est en ces lieux au bord d'un précipice ; Il tombe quand pour base il n'a plus la justice : Et si mon zèle ardent pour votre sûreté M'autorise à parler avec sincérité, Contemplez les malheurs des jours de nos ancêtres ; Leurs vertus sont nos lois, leurs malheurs sont nos maîtres. Je dis plus ; au-dessus des timides détours, J'ose vous rappeler l'exemple de nos jours : Nous avons vu, Seigneur, tomber ce diadème ; Du trône descendu, votre père lui-même Avant ses jours a vu son règne terminé : Il pouvait vivre heureux et mourir couronné, S'il n'eût point oublié qu'ici pour premiers maîtres Marchent après le ciel les droits de nos ancêtres ; Qu'en ce même palais l'altière liberté Avait déjà brisé le trône ensanglanté ; Qu'ici le despotisme est une tyrannie, Et que tout est vertu pour venger la patrie.

Édouard II [1284-1337] a été destitué le 20 janvier 1327. Il perdit la souveraineté de l'Ecosse suite à sa défaite à la bataille de Bannockburn le 23 et 24 juin 1314.

SCÈNE VII.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Eugénie, Ismène.

EUGÉNIE

Moi-même, chère Ismene, Victime du devoir, de l'amour, du malheur, Osais-je me connaître et lire dans mon coeur ? De lui-même jamais ce coeur fut-il le maître ? Jointe à Salisbury sans presque le connaître, L'amour n'éclaira point un hymen malheureux, Dont le sort sans mon choix avait formé les noeuds. J'estimai d'un époux la tendre complaisance ; Mais il n'obtint de moi que la reconnaissance ; Et, malgré mes efforts, mon coeur indépendant Réservait pour un autre un plus doux sentiment. De la cour à jamais que ne fus-je exilée ! Par mon nouveau destin en ces lieux appelée, Je vis... Fière vertu, pardonne ce soupir ; J'en adore à la fois et crains le souvenir. Dans ce jeune héros je sentis plus qu'un maître : Mon âme à son aspect reçut un nouvel être ; Je crus que jusqu'alors ne l'ayant point connu, Ne l'ayant point aimé, je n'avais point vécu. Que te dirai-je enfin ? Heureuse et désolée, Maîtresse à peine encor de mon âme accablée, Trouvant le désespoir dans mes plus doux transports, Au sein de la vertu j'éprouvais des remords. C'en est fait ; libre enfin je dois fuir, et me craindre/ J'ai su cacher ma honte et j'ai pu me contraindre Tandis que le devoir défendait ma vertu ; Mais aujourd'hui mon coeur est trop mal défendu. Te dirai-je encor plus ? On croit tout quand on aime. Oui, depuis le moment que je suis à moi-même, Cet amour malheureux, et nourri de mes pleurs, Ose écouter l'espoir et chérir ses erreurs ; Quand je vois ce héros, interdite, éperdue, Je crois voir ses regards s'attendrir à ma vue ; Je crois... Mais où m'emporte un aveugle transport ? Le ciel n'a fait pour moi qu'un désert et la mort. Ne puis-je cependant entretenir mon père ? Pourquoi m'arrête-t-il où tout me désespère ?

EUGÉNIE

Que dis-tu, malheureuse ! Quel fantôme brillant, quelle image flatteuse À mes sens égarés as-tu fait entrevoir ? Garde-toi dé nourrir un dangereux espoir : Tu me rendrais heureuse en flattant ma tendresse ; Mais je crains un bonheur qui coûte une faiblesse. Allons ; c'est trop tarder, abandonnons des lieux Où j'ose à peine encor lever mes tristes yeux. Je ne veux point aimer ; je fuis ce que j'adore. J'implore le trépas, et je soupire encore ! La mort seule éteindra mon déplorable amour ; Mais du moins, en fuyant ce dangereux séjour, Cruelle à mes désirs, à mes devoirs fidèle, J'aurai fait ce que peut une faible mortelle ; Si le reste est un crime, il est celui des cieux, Et j'aurai la douceur d'être juste à mes yeux. Tu n'auras pas longtemps à souffrir de ma peine ; La mort est dans mon coeur : suis-moi, ma chère Ismène ; Ton zèle en a voulu partager le fardeau, Ne m'abandonne pas sur le bord du tombeau. Fuyons. Là, pour briser le trait qui m'a blessée, Pour bannir ce héros de ma triste pensée, Souvent tu me diras qu'il n'est pas fait pour moi Cache un mortel charmant, ne me montre qu'un roi. Dis-moi que les attraits de quelque amante heureuse Ont sans doute enchaîné cette âme généreuse ; Dis-moi que, nés tous deux sous des astres divers, Il ignore et ma peine et mes voeux les plus chers, Et qu'il n'existe plus que pour celle qu'il aime. Je t'aide, tu le vois, à me tromper moi-même : Peut-être à tes discours oubliant mes regrets... Je m'abuse... Ah ! Plutôt ne le nomme jamais. Pour quels crimes ; ô ciel ! Par quel affreux caprice Le charme de ma vie en est-il le supplice ? Par la gloire inspiré, par l'honneur combattu, Mon amour était fait pour être une vertu. On vient ; éloigne-toi.

SCÈNE II. Vorcestre, Eugénie.

VORCESTRE

La vertu même ici par ta bouche a parlé ; C'est ton propre destin que ce choix a réglé ; C'est le sort de l'État. Généreuse Eugénie, Il faut, du peuple anglais tutélaire génie, Faire plus qu'affermir, plus qu'immortaliser, Plus qu'obtenir le trône ; il faut le refuser. Oui, c'est toi qu'au mépris d'une loi souveraine, Au mépris de l'État, Édouard nomme reine ; ; ; Et pour un rang de plus si tu démens tes moeurs, Tu l'épouses demain, tu règnes, et je meurs. Tu frémis !... Je t'entends : tu prévois les disgrâces Que ce fatal amour entraîne sur ses traces ; Je reconnais ma fille à ce noble refus, Et mon coeur paternel renaît dans tes vertus. Qu'espérait Édouard ? Comment a-t-il pu croire Qu'instruit par des aïeux d'immortelle mémoire, Blanchi dans la droiture et la fidélité, Dans le zèle des lois et de la liberté, J'irais, d'un lâche orgueil méprisable victime, Avilir ma vieillesse et finir par un crime ? Non, j'ai su respecter la terre où je suis né ; Je t'en devais l'exemple, et je te l'ai donné : Bien loin qu'à ton départ je sois contraire encore, Je vais fuir sur tes pas un palais que j'abhorre ; À moi-même rendu, je retourne au repos. Je ne demande point le prix de mes travaux ; Quel prix plus doux pourrait flatter mon espérance ? Le ciel dans tes vertus a mis ma récompense ; Je vais tout disposer. Édouard amoureux Doit lui-même bientôt l'instruire de ses voeux : Je m'en remets à toi du soin de les confondre, Et je veux te laisser la gloire de répondre.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Édouard, Eugénie.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Édouard, Volfax.

SCÈNE VII. Édouard, Vorcestre, Volfax.

SCÈNE VIII. Édouard, Volfax.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Alzone, Volfax.

SCÈNE II. Édouard ; Alzonde, sous le nom d'Aglaé.

ÉDOUARD

Oui, fidèle Aglaé, pour terminer vos peines Attendez tout de moi, si vous calmez les miennes. De ce funeste jour vous savez les malheurs ; Vous pouvez prévenir de plus grandes douleurs. Accablé de remords, de tristesse et de crainte, Mais comptant sur vos soins, je parle sans contrainte. Vous me voyez rempli du désespoir amer D'affliger, d'alarmer ce que j'ai de plus cher : L'amitié, je le sais, avec elle vous lie ; C'est vous intéresser que nommer Eugénie. Si vous chérissez donc sa gloire et son bonheur, Et si jamais l'amour a touché votre coeur, Sauvez-la, sauvez-moi. Par un récit fidèle Allez la rassurer dans sa frayeur mortelle : On accuse son père, il n'est point condamné ; À la rigueur des lois s'il semble abandonné, Des fureurs d'un amant qu'elle excuse le crime. J'ai moins prétendu perdre un sujet que j'estime, Qu'arrêter Eugénie au point de fuir ma cour : L'amour va réparer le crime de l'amour. Oui, fût-il condamné, le sang de ce que j'aime Est sacré dans ces lieux ainsi que le mien même ; Sans le sceau de ma main les lois ne peuvent rien : Le coupable est son père, et son père est le mien, Qu'elle vienne : elle sait mon trouble et sa puissance, Qu'un seul de ses regards enchaîne ma vengeance. J'espère tout du sort, puisqu'il a confié La cause de l'amour aux soins de l'amitié. Je ne veux qu'une grâce ; à mes feux moins contraire, Qu'elle n'écoute plus un préjugé sévère ; Que par un tendre amant son front soit couronné ; Qu'elle accepte mon coeur ; et tout est pardonné.

ÉDOUARD

Moi que pour son bonheur je m'intéresse encore, Tandis que sur la foi des feux que je déplore La cruelle se plaît à faire mon malheur, Me brave avec orgueil, me fuit avec horreur ! Il en faut à ma gloire épargner la faiblesse. Vengeons d'un même coup mon trône et ma tendresse. Pour sauver un proscrit que peut-elle aujourd'hui Quand elle est à mes yeux plus coupable que lui ?... Que dis-je ? Quand je puis terminer tes alarmes, Quand la main d'un amant doit essuyer tes larmes, Je livrerais ton père au glaive d'un bourreau ! J'attacherais tes yeux sur un affreux tombeau ! Ô ma chère Eugénie ! Ah ! Punir ce qu'on aime, Frapper un coeur chéri, c'est se frapper soi-même. Non, son seul souvenir désarme mon transport. Il faut, chère Aglaé, faire un dernier effort. S'il reste quelque espoir à mon âme enflammée, Rassurez, ramenez Eugénie alarmée : Qu'abrégeant à la fois sa peine et mon tourment, Au tribunal d'un juge elle trouve un amant. Dites-lui mon amour, mes pleurs, ma fureur même ; Tout est justifié par un amour extrême : Mais si, fidèle encore à de fausses vertus, Si pour le vain honneur d'un superbe refus, Trop sûre qu'arrêtant un jugement sévère Mon coeur va prononcer la grâce de son père, Évitant ma présence, et fuyant ce palais, Elle bravait mes feux, mon courroux, mes bienfaits ; Il m'en coûtera cher ; mais j'atteste la gloire Que de ses vains attraits j'efface la mémoire ; Et son père, à l'instant déchu de tous ses droits, / N'est plus qu'un criminel que j'abandonne aux lois. Ne perdez point de temps ; allez : je vous confie Mes desseins, mon espoir, le secret de ma vie. Priez, promettez tout ; effrayez, s'il le faut. Un mot va décider ; le trône ou l'échafaud : Son sort est dans ses mains : allez, qu'elle prononce ; Le destin de mes jours dépend de sa réponse.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Alzonde, sous le nom d'Aglaé ; Eugénie.

SCÈNE V. Alzonde, sous le nom d'Aglaé ; Eugénie, Ismène.

SCÈNE VI. Eugnéie, Volfax, Ismène.

SCÈNE VII. Eugénie, Ismène.

SCÈNE VIII. Arondel, Eugénie, Ismène.

SCÈNE IX. Eugénie, Ismène.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Alzonde, Amélie.

SCÈNE II. Alzonde, Volfax, Amélie.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Volfax, Glaston, Gardes.

SCÈNE V. Vorcestre, Volfax, Gardes.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Arondel, Vorcestre.

ARONDEL, l'embrassant

Cher Vorcestre !...

SCÈNE VIII. Volfax, Vorcestre, Arondel, Gardes.

ARONDEL, frappant Volfax du poignard qu'il tenait encore

Voilà ton dernier crime ; expire, malheureux !

Il jette le poignard.

Aux gardes.

Faites votre devoir ; je suis prêt à vous suivre. Vous vivrez, cher Vorcestre, ou je cesse de vivre.

On l'emmene.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Édouard, Glaston, Gardes.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Édouard, Eugénie.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Eugénie, Arondel, Gardes.

SCÈNE VI. Arondel, Gardes.

SCÈNE VII. Glaston, Arondel, Gardes.

SCÈNE VIII. Édouard, Arondel, Glaston, Gardes.

ARONDEL

Je reçois sans rougir les noms des scélérats ; L'apparence m'accuse, et je ne m'en plains pas : Mais puisque vous daignez m'interroger, m'entendre, À votre estime encor, Seigneur, je puis prétendre. Je ne farderai point l'aveu que je vous dois ; Non, la vérité seule est la langue des rois. Souvent dans les combats le sang de mes ancêtres A coulé pour les rois vos pères et nos maîtres, Et le nom d'Arondel qui vit encore en moi Ne vous annonce pas l'ennemi de son roi. Au sein de ces honneurs qu'adore le vulgaire Je pouvais conserver un rang héréditaire ; Mais né libre, j'ai fui l'esclavage des rangs, Et j'ai laissé ramper les flatteurs et les grands : Spectateur des humains, citoyen de la terre, Pour vivre indépendant je quittai l'Angleterre ; Et si, changeant de soins, je revois ce séjour, L'intérêt de l'état a voulu mon retour : En Norvège informé de la fuite d'Alzonde, Et d'une trahison qu'ici même on seconde, J'en venais à Vorcestre éclaircir les horreurs, Et j'arrivais enfin, quand j'appris ses malheurs. Je ne le défends pas des crimes qu'on m'annonce ; Défendu par ses moeurs, sa vie est ma réponse : J'ai paru sans effroi ; plus stable que le sort, L'amitié prend des fers, et partage la mort. Si j'ai puni Volfax, la plus pure lumière Va rendre à la vertu sa dignité première : Regardez cet écrit qu'a signé l'imposteur ; Vous connaissez la main, lisez, voyez, Seigneur, Si les tourments sont faits pour qui vous en délivre, Et jugez qui des deux a mérité de vivre.

SCÈNE IX. Édouard, Vorcestre, Arondel, Gardes.

SCÈNE X. Édouard, Alzonde, Vorcestre, Arondel, Glaston, Gardes.

ÉDOUARD

Alzonde !

SCÈNE XI. Édouard, Vorcestre, Arondel.

SCÈNE XII. Édouard, Vorcestre, Arondel, Glaston.

SCÈNE XIII. Édouard, Vorcestre, Arondel,Eugénie, Ismène, Glaston.

VORCESTRE

Hélas !

1 614 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0