Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Comédie

Don Quichotte de la Manche

Guyon Guérin de Bouscal· créée en 1645, imprimée en 1639· 5 actes· 1 695 vers· 14 personnages

Personnages

  • DON QUICHOTTE, Chevalier errant
  • SANCHO PANCE, son Écuyer
  • CARDENIE
  • LUCINDE
  • DON FERNANDE
  • DOROTEE
  • DON LOPE, ami de Don Quichotte
  • BARBERO, compagnon de Don Lope
  • LA COMTESSE TRIFALDE, et deux de ses compagnes
  • DEUX TAMBOURS
  • QUATRE DÉMONS
  • UN BARBIER
  • DEUX SUIVANTS DE DON FERNANDE.
  • DEUX ARCHERS

ACTE I

CARDENIE, Don LOPE, DOROTEE, BARBERO, SANCHO PANÇA.

SCÈNE PREMIÈRE. Don Lope, Cardénie.

CARDENIE

Puis qu'il faut achever un discours si funeste, Que je vous l'ai promis, écoutez ce qui reste. Malgré notre amitié l'intérêt l'emporta, Don Fernande s'offrit, le père l'accepta ; Lucinde par respect, ou faute de faute de courage, À la fin approuva ce triste mariage. Le jour en fin marqué, le temps haste ses pas, Ce jour est arrivé, l'on conclut mon trépas, Et ma Lucinde même, ô dure souvenance ! Par un aveu funeste en signa l'ordonnance : Je feus présent à tout, mon extrême douleur Voulut qu'en le sentant je visse mon malheur ; Dans le ressentiment d'une perte si grande J'allais l'épée au poing me jeter sur Fernande, Sacrifier ce traître, et Lucinde, et les siens, À sa foi parjurée, à mon amour, aux miens ; Mais ayant vu pâmer cette ingrate maîtresse, Ma fureur s'alentit, je cède à la tristesse, Et l'amour qui revient dedans mon souvenir Me dit qu'il faut la plaindre, et non pas la punir. D'abord je m'y résous, s'étouffe ma colère, Je sors à même temps du logis de son père, Et sans aucun dessein par chemins divers Je cours désespéré jusques dans ces déserts. Le silence et l'horreur de cette solitude Plurent à mon esprit rempli d'inquiétude, Et qui ne pouvait voir qu'avec de la douleur Des objets moins affreux que n'était mon malheur ; Je fis donc le dessein d'y vivre solitaire, Ou plutôt d'y mourir accablé de misère ; Dessein lâche et honteux que je condamne en vain, Tu m'amollis le coeur, tu m'engourdis la main, Tu m'empêchas de prendre une vengeance prompte Des auteurs de mes maux, des sujets de ma honte : Je voulus révoquer ce faible sentiment Mais soudain la douleur m'ôta le jugement, Et mille faux objets troublants ma fantaisie Jetèrent mon esprit dedans la frénésie, Firent voir à mes yeux en cent lieux différents, Et Fernande, et Lucinde, et ses lâches parents. Je me détournai lors des objets véritables Pour en suivre l'image en ces lieux effroyables, Où rencontrant par fois ces fantasques portraits, Je crois venger sur eux les maux que l'on m'a faits : Mais lors que je reviens de cette rêverie, Que ma raison blessée est tant soit peu guérie, Je rougis de me voir tout trempé de sueur, Au lieu du traître sang que désire mon coeur. Voilà de mes malheurs la véritable histoire, Honteuse à mes parents, et fatale à ma gloire, Qui fait voir que l'Amour n'a plus rien qui soit saint, Que la foi n'est qu'un nom, et que l'honneur est feint.

SCÈNE II. Dorotée, Cardénie, Don Lope.

CARDENIE

Est...

DOROTEE

Fernande :

CARDENIE

Ah lâche !

CARDENIE, parlant à Don Lope

Ah c'est elle.

SCENE III. Barbero, Cardénie, Dorotée, Don Lope.

BARBERO, apportant des habits de femme, et des barbes

J'ai bien eu de la peine à tenter cette femme Pour avoir ces habits.

DON LOPE

Depuis peu de la Manche Sont sortis Don Quichotte, et son écuyer Sanche, L'un pour se faire Roi, l'autre pour gouverner L'île que son Seigneur promet de lui donner. Ce pauvre Gentilhomme était estimé sage, Chacun le consultait dedans notre village ; Mais depuis qu'il a vu les livres d'Amadis, Des quatre fils d'Aymon, et de tous ces hardis Qui seuls pouvaient combattre et défaire une armée, Devenir Empereurs dans une matinée, Et se faire adorer d'Infantes et de Rois, Il ne nous parle plus que de donner des lois, Et de ressusciter dans tous les lieux du monde L'ordre des Chevaliers de la grand' table ronde. Emporté du désir d'imiter les hauts faits De ces vaillants Héros qui ne furent jamais, L'ingénieux Quichotte fait un armet de carte, Et sans nous dire adieu, s'arme, part et s'écarte, Emmenant avec lui Sanche enflé du désir De se voir Gouverneur pour manger à loisir. Marchants doncques ainsi tous comblés d'allégresse, Don Quichotte se souvient qu'il n'a point de maîtresse, Ce penser le surprend ; car il n'a jamais leu Qu'aucun des Chevaliers s'en trouvât dépourvu. A qui pourrai-je donc, disait-il en soi-même, Recommander ma vie en un péril extrême ? A qui pourrai-je donc envoyer tous les jours Ceux qui de ma valeur tireront du secours, Tant de Princes bannis, de Dames affligées, De Rois dépossédés, d'Infantes outragées : A ces mots il s'arrête, et veut s'en retourner ; Mais le diable subtil qui tâche à l'emmener, Voyant comme à son gré la folie en dispose, Lui fait ressouvenir d'Alonse du Tobose De qui le bon Seigneur fut autrefois piqué, Le voilà satisfait, le voilà rembarqué, Il veut qu'au lieu d'Alonse elle soit Dulcinée, De paysanne grossière et Princesse et bien née, Tout lui succède à point ainsi qu'il le conçoit, Il aurait davantage encore s'il le pensait. Ayant heureusement démêlé ce scrupule, Il suit le mouvement de l'ardeur qui le brûle D'éprouver sa valeur contre quelque géant, Et découvre en chemin trente moulins à vent, Ce sont à son avis des enfants de la terre, Contre qui Jupiter épargna son tonnerre, Et qui sont réservés en ce siècle tortu Pour servir de trophée à sa haute vertu. Dans cette opinion il court à leur rencontre, Sanche inutilement l'appelle et lui remontre Que son oeil le déçoit, il poursuit son dessein, Et veut résolument combattre main à main. Déjà d'un coup de lance il a percé la toile Qui de l'un des moulins environne la voile, Quand il veut s'approcher pour le saisir au corps : Mais malgré sa valeur et malgré ses efforts, La voile que le vent pousse avec violence Jette à dix pas de là lui, son cheval, sa lance, Tout sens dessus dessous, pêle-mêle entassé, Sanche accourt en pleurant à ce pauvre froissé ; Mais lui sans s'étonner d'une telle aventure, Lui dit qu'un enchanteur a changé la figure De ces maudits géants, pour ravir à son bras L'honneur qu'il eût acquis en les mettant à bas : Mais qu'en fin leurs travaux auront leur récompense ; Car un autre enchanteur entreprend leur défense, Qui veut, après avoir éprouvé sa valeur, Couronner son mérite, et le faire Empereur, Qu'alors l'île promise arrivera sans doute : Sanche veut croire tout, ils reprennent leur route. Je ne vous dirai point en combien de combats Ces vaillants champions ont signalé leurs bras, Comme du Biscayen l'audace fut soumise, Comme un pauvre berger fut mis à la chemise, Comme l'on berna Sanche, et comme Don Quichotte Perdit en un combat une oreille et son pot ; Jamais on ne lui vit une colère pareille, Il ne se fâche point d'avoir perdu l'oreille, L'onguent de Fierabras peut bien, à son avis, Réparer ce défaut, en eût-il perdu dix ; Mais celui de l'armet lui semble irréparable : Sa mémoire pourtant a recours à la fable, Où Sacripant fâché d'un semblable destin Jure de conquérir l'armet du grand Mambrin, Il fait pareil serment pour pareille conquête, Croit déjà le tenir, et s'en couvrir la tête.

Tortu : se dit au figuré, mais ne terme bas, pour signifier, perbvers, malin, méchant, corrompu. [F]

Biscayen : de Biscaye, province d'Espagne, bornée au nord par le baie de Biscaye, à lest par le Guipuscao, au sud par l'Alava, à l'Ouest par l'intendance de Burgos. La plupart des habitants sont basques. [B]

DON LOPE

Prévoyant la tempête Ce barbier avait mis son bassin sur sa tête, Voulant la garantir de la grêle et de l'eau, Ou peut-être craignant de gâter son chapeau, Don Quichotte qui veut malgré Sanche et sa vue Que l'aventure soit ainsi qu'il l'a prévue, Court la lance en l'arrêt achever son dessein : Le barbier qui le voit les armes à la main S'en venir droit à lui, craintif tremble la fièvre, Quitte là son baudet, et s'enfuit comme un lièvre, Laisse aussi son bassin, Don Quichotte le prend, Et croit d'avoir trouvé quelque chose de grand, Du depuis il le porte en toutes les batailles Où sa rare valeur fait tant de funérailles, Et croit quoi qu'au travers on l'ait souvent blessé, Que c'est un casque d'or qu'on n'a jamais percé. L'on nous a dit depuis que ce grand Capitaine Avait aussi tiré des forçats de la chaîne, Blessé quelques Archers, maltraité des marchands, Volé sur les chemins, battu des pénitents, Que la sainte Armandat le voulait faire prendre, Et noble et fou qu'il est menaçait de le pendre. Soudain pour éviter cet insigne malheur Qui comblerait les siens de honte et de douleur, Nous quittons nos maisons, et prenons la campagne Cherchons ce maître fou dedans toute l'Espagne ; En fin ayant appris qu'il était dans ces lieux Nous avions résolu de décevoir ses yeux, Et de nous déguiser, l'un en Dame affligée Qui d'un ton excessif désire être vengée, Et l'autre en Écuyer, pour pouvoir l'obliger De venir avec nous afin de nous venger : Voilà de ces habits le véritable usage.

DON LOPE

Justement.

SCENE IV. Barbero, Sancho Pança, Dorotée, Don Lope, Cardénie.

CARDENIE

Quel bonheur.

CARDENIE

Quel plaisir.

DON LOPE

Sans doute.

DON LOPE, parlant à Cardenie et Dorotée

Et bien qu'en dites-vous ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Don Quichotte, Sancho Pança.

DON QUICHOTTE

La vertu limite mon pouvoir, Ce n'est pas l'intérêt qui doit pousser nos armes, Je sais bien qu'en ce siècle il a de puissants charmes, Que presque tout le suit, et qu'un sage Empereur Dit qu'en faveur d'un trône on peut faire une erreur, Les Chevaliers errants ont bien d'autres maximes, Ils suivent pour régner des moyens légitimes, Et méprisent le trône avec tous ses appas, S'il faut pour l'acquérir se fourvoyer d'un pas ; Ainsi vivaient jadis ces merveilles du monde, Ces nobles Chevaliers de la grand' table ronde, Roland le furieux, les quatre fils d'Aymon, Et mil autres encore dont je tairai le nom ; Moi qui veux imiter leurs vaillants faits de guerre, Rétablir leur honneur dessus toute la terre, Et faire voir sous moi les vices abattus, Je dois premièrement imiter leurs vertus, Aussi le veux-je faire, et je crois que ma gloire En la rétablissant ternira leur mémoire, Oui je crois d'effacer par mes faits glorieux Le lustre des exploits de tous ces demi-Dieux, Ce que j'ai déjà fait m'en est un bon présage : Mais que dit-on de moi dedans notre village, Et sur le grand chemin où tu viens de passer ?

Roland : Héros célèbre dans les romans de chevalerie, et l'un des paladins de Charlemagne, dont il est regardé comme le neveu. Les romanciers lui donnent une taille et une force extraordinaires, un caractère confiant et loyal et lui attribuèrent toutes sortes d'aventures, sur lesquels l'histoire se tait entièrement. [B]

Aymon (le duc) : Prince des Ardennes, saxon d'origine, obtint de Charlemagne le gouvernement du pays dont Albi était la capitale, avec le titre de Duc de Dordogne, et fut père des quatre preux que nos romanciers ont célébré sous les nom des quatre fils d'Aymon. Ils avaient pour nom Renaud, Guichard, Alard, Richardet, il possédaient en commun, selon la légende, un seul cheval ; devenu célèbre sous le nom de Bayard. [B]

SANCHO

Fort bon.

SCÈNE II. Don Lope, Dorotée, Reine de DE MiconMicon, son Écuyer, Cardénie.

REINE DE MICONMICON

Je ne me lève point.

DON QUICHOTTE

Je fuis.

REINE DE MICONMICON

Écoutez-moi.

REINE DE MICONMICON

Je fais ce que je dois.

REINE DE MICONMICON

Je demande une grâce.

DON QUICHOTTE

Madame levez-vous.

CARDENIE

A-t-on jamais vu feindre avec tant d'accortise.

Accortise : de Accort, civil, complaisant, adroit ; qui se sait accomoder à l'humeur de personne avec qui il a affaire, pour réussir dans ses desseins. On a dit autrefois accortise et accortement.

DON QUICHOTTE

Et bien.

DON QUICHOTTE

Tais-toi.

REINE DE MICONMICON

Je suis fille du Roi de....

REINE DE MICONMICON

Il est vrai.

REINE DE MICONMICON

On vous croit.

DON QUICHOTTE, parlant à Don Lope

Vous ne médirez plus des chevaliers errants.

REINE DE MICONMICON

Arrêtez.

DON QUICHOTTE

Ne m'importune plus.

SANCHO, parlant à Don Lope

Monsieur par vos discours.

DON QUICHOTTE

Partons à l'instant.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Don Fernande, Lucinde, deux des gens de Fernande.

DON FERNANDE

Et cela me suffit.

LUCINDE

La mienne.

DON FERNANDE

Peut changer.

DON FERNANDE

Le temps.

DON FERNANDE

Mais j'aime.

DON FERNANDE

Il vous fuit.

DON FERNANDE

Je veux.

LUCINDE

Quoi ?

DON FERNANDE

Vous aimer.

SCÈNE II. Premier valet de Fernande, Fernande, Lucinde.

LUCINDE

Qu'on nomme.

DON FERNANDE

Son nom ?

DON FERNANDE

C'est.

LE VALET

Dorotée.

SCÈNE III. Don Quichotte, L'Éucyer de la Reine de Miconmicon.

DON QUICHOTTE

Vous devez espérer que votre grande Reine Bientôt dans ses États terminera sa peine, Suffit, je l'entreprends, et lui preste mon bras : Mais d'où peut procéder que nous ne partons pas ? Je brûle de combattre, et mon impatience Se plaint de ce séjour contre ma conscience ; Car vous devez savoir qu'en ce siècle de fer, Où l'on voit en tous lieux le vice triompher, Je suis né pour l'abattre, et remettre en sa gloire Ce bel âge doré dont parle la mémoire, Heureux âge à bon droit appelé l'âge d'or, Oui par mes beaux exploits tu dois revivre encor, L'univers reverra cette belle innocence Qui te fit estimer au point de ta naissance, Et cette égalité de biens et de désirs, Dont tu tiras jadis tant de parfaits plaisirs : Vous qui par cent ressorts, par cent noires pratiques, Sous des noms spécieux de sages Politiques, Violez la nature et détruisez ses droits, Songez à vous ranger sous de plus justes lois ; Vous dont l'ambition va jusqu'à l'insolence, Qui croyez n'être rien si quelqu'un vous devance, Vous qui faites périr tant d'hommes sur les eaux Pour vous faire adorer dans des mondes nouveaux, Dessillez-vous les yeux, voyez ce que vous faites, Et ce que vous serez après ce que vous êtes. Et vous braves Héros, qui sans cesse veillez Au rétablissement des Princes dépouillés, Cessez de vous troubler, et de troubler la terre, Venez apprendre ici l'art de faire la guerre, Ne vous amusés plus à faire des combats Qui coûtent tant de sang, et qui ne servent pas, Un Chevalier errant avecques moins de peine, Et par un seul combat rétablit une Reine.

Déssiller : ouvrir les yeux. Se dit figurément des yeux de l'esprit. [F]

L'ÉCUYER DE LA REINE

En effet il est vrai.

SCÈNE IV. Sancho, Don Quichotte, L'Écuyer de la Reine.

DON QUICHOTTE

Pourquoi ?

SANCHO

Parce.

DON QUICHOTTE

Réponds.

DON QUICHOTTE

Taisez-vous.

SCÈNE V. Don Fernande, La Reine, Cardénie, Lucinde, Don Lope, Don Quichotte, Sancho.

DON LOPE

C'est lui.

CARDENIE, parlant à Lucinde

Qui l'eût dit mon cher coeur.

DON QUICHOTTE

Sanche mon écuyer.

DON QUICHOTTE

Venez-ça malheureux.

SANCHO

J'ai vu.

DON QUICHOTTE

Tu persistes.

LA REINE, parlant à Fernande

Il a vu notre accueil, mais il faut esquiver.

DON QUICHOTTE

Insolent.

ACTE IV

FERNANDE, LUCINDE, CARDENIE, DOROTEE, DON QUICHOTTE, SANCHO, DON LOPE, et c.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Don Quichotte, Sancho, Dorotée, ou la Reine de Miconmicon, Fernande, etc.

SCÈNE III. Le Barbier, Sancho, Don Quichotte, etc.

SCÈNE IV. Deux archers, Le Barbier.

DON QUICHOTTE

Parlez.

LES ARCHERS, en s'en allant

De votre empêchement je ferai mon verbal.

ACTE V

LA REINE DE MICONMICON, DON FERNANDE, DON QUICHOTTE, DON LOPE, CARDENIE. LUCINDE, BARBERO, SANCHO.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II.

LA REINE

Oui.

SCÈNE III. La Comtesse Trifalde, et sa suite.

DON QUICHOTTE

Madame levez-vous.

DON FERNANDE, parlant à la Reine

La pièce est agréable, Et nous divertira.

DON QUICHOTTE

Peut-être.

DON FERNANDE

Miracle.

LA REINE

Ce prodige.

CARDENIE

M'étonne.

DON QUICHOTTE

Me ravit.

LUCINDE

Me surprend.

DON QUICHOTTE, parlant à Sancho

Ne crois-tu point encor que ce soit un bassin ?

LA COMTESSE TRIFALDE

Dans la moitié d'un jour.

LA COMTESSE TRIFALDE

Il est fils de Boos ce cheval nonpareil Qui traîne dans le Ciel le coche du Soleil, Le vite Piritous l'a choisi pour son gendre, Il eut pour allié le cheval d'Alexandre, Pégase, à ce qu'on dit, fut son frère utérin, Bayard son favori, Bridedor son cousin, Souvent avec Frontin il a battu l'estrade, Le grand cheval de Troie était son camarade ; En fin il est au rang des illustres chevaux ; Si Malembrun consent à la fin de nos maux Vous le verrez bientôt.

Booz : personnage de la Bible, riche habitant de Béthléem, épousa Ruth sa parente ; il fut bisaïeul de David. [B]

Bayard (Pierre du Terrail, Seigneur de) : surnommé le Chevalier sans peu et sans reproche, né en 1476 au château de Bayard (Près d'Allevard, Isère), réunit en lui les vertus qu'on admire séparément dans les héros de l'antiquité. [B] Ici, il s'agit du cheval des quatre fils d'Aymon.

SCÈNE IV. Quatre Démons entrent, portant Chevillard.

DON QUICHOTTE

Poltron assure-toi.

LA REINE

Je tremble.

LA COMTESSE TRIFALDE

Ah Dieu c'est Chevillard !

LA COMTESSE TRIFALDE

Ah que j'ai de plaisir.

LA COMTESSE TRIFALDE

Ah Seigneur par pitié.

LA COMTESSE TRIFALDE

Regardez mes cheveux.

LA COMTESSE TRIFALDE

La mort nous serait douce.

LA COMTESSE TRIFALDE

Que la pitié vous pousse.

DON QUICHOTTE

Je le veux.

LA COMTESSE TRIFALDE

Donnez votre mouchoir.

LA COMTESSE TRIFALDE, et tous les autres ensemble

Adieu Monsieur.

DON QUICHOTTE

Adieu.

SANCHO

Oui.

SANCHO, descend du cheval

Il est fort à propos.

DON QUICHOTTE

Ne me serre pas tant.

DON FERNANDE

Il se faut reculer.

SANCHO

Nenni.

LA COMTESSE TRIFALDE

Et qui me l'a rendu ?

UNE DES DAMES DE LA COMTESSE

Quel Démon favorable a ma barbe rasée ?

1 695 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica