Parade en vers
L'Amant Cochemard, Parade.
Personnages
- LÉANDRE
- ISABELLE
- GILLES
- ARLEQUIN
- UNE SOEUR GRISE
SCÈNE PREMIÈRE. Isabelle, Arlequin.
ARLEQUIN
Ly parler da ! L'autr' jour vous ly parliez, la peste ! J' n'entendais pas les mots, je voyais ben le geste.Il fait quelques gestes déshonnêtes.
ISABELLE
Badin va m'el chercher.ARLEQUIN
Vous l'aurez pal bon bout Monsieu Gilles est mon maîte, et si j'vous sers en tout. Lorsqu'aux enfants trouvés t'il fit de vous emplette, Vous étiez mèt-avis encore à la bavette.ISABELLE
Je n'avais pas t'onze ans,ARLEQUIN
Queu drol' d'Amant c'est-là ! Il aime, il est jaloux, puis l'en demeure-là ; Pour vous magner la main il prendrait des pincettes ; Dame à le voir si sage à l'endroit des fillettes. Si l'on dit qu'il est fou, on ment.ARLEQUIN
Bientôt vous le verres, Y devrait être ici, t'il sait que Monsieu Gilles N'est pas tà la maison, d'autant qu'il est en ville ; Serait-il pas poltron ?ISABELLE
Arlequin, quelle erreur.' Lìandre ose m'aimer, va croi qu'il a du coeur. Sais-tu queul fort heureux m'en fit fair la conquête ? Par hasard il pissait un jour sous ma fenête, Je ne sais quoi me dit, ah queu ravissement ! Que Liandre était fait pour moi précisément... Il est vrai qu'il est fait tout comme un' arbalète.ARLEQUIN, apercevant Léandre qui passe la tête hors de la coulisse
Quand on parle du loup...ISABELLE
J'en vois déjà la tête.SCÈNE II. Isabelle, Arlequin, Léandre.
LÉANDRE, paraissant à demi
Mamesel, entrerai-je ?ISABELLE
He, oui, dépêchons-nous.LÉANDRE
Mais...ISABELLE
Entrez tout-à-fait, ou bien retirez-vous. Mais vla qu'est fort plaisant, Liandre une moustache !LÉANDRE
Charmante Zizabelle, il est vrai que j'men cache, Afin qu'ignorant tout, Gilles n'apprenne rien, J'ai pris l'habit d'un Turc pour être Zarménien.ISABELLE
La moustache sied bien.ARLEQUIN
Diantre ! On heurte à la porte !ISABELLE
C'est Gilles.LÉANDRE, effrayé
Est-il armé ?ISABELLE
Que cent diable l'emporte.ARLEQUIN, regardant Léandre
Comme il a la venette ! Hé n'appréhendez rien. Ouvrons, êtes-vous pas z'un Marchand Zarmenien ?Venette : Terme bas et populaire. Peur, inquiétude, alarme. [F]
SCÈNE III. Isabelle, Léandre, ArlEquin, Gilles armé de Maître Gêrome.
ARLEQUIN
Monsieur est un marchand... y faut que je vous dise Qui vient a Mameselle offrir sa marchandise.SCÈNE IV. Gilles, Isabelle, Arlequin.
ISABELLE
Un Marchand vient céan-t'avec civilité, Et ne reçoit de vous que malhonnêteté, Trente coups de bâton.GILLES
Je n'ai pas la main gourde.Gourd : Se dit figurément et proverbialement contre ceux qui son avides de prendre ou d'aller pour gagner quelque chose. [F]
ISABELLE
Malappris.ARLEQUIN
Paix. Morguoi z'il me vient une bourde, Allez vous mettre au lit.Bourde : Mensonge dont on se sert pour s'excuser, ou pour se divertir de la crédulité des autres. [F]
ISABELLE
Volontiers.SCÈNE V. Gilles, Arlequin.
ARLEQUIN
Ah ah !GILLES
Il en convient, je m'assie à ton zèle, Dis moi, sais-tu d'où vient, ou par queule raison Isabelle a toujours queuqu'drille en la maison ? Al-songe, n'est-ce pas au tracas du ménage ?GILLES
J'en enrage.GILLES
Quoi !ARLEQUIN
Quen'la prenez-vous ?ARLEQUIN
Plait-il ?GILLES
M'a noué l'éguillette.Eguillettes : C'est le nom qu'on donne à de menues cordes qui servent à divers usages. [F]
ARLEQUIN
Monsieur, n'eum' touchez pas.GILLES
Quand je l'épouserais ; Tu vois bien, en un mot, queu posture je ferais Plutôt de mariage, y faut que j'la dégoûte, Saurais-tu queuque secret ?ARLEQUIN
Un secret ? Je m'en doute, Je connais une femme, et c'est Madam' Jacmard, Aux fill'alle vous sait donner un cochemard.Cochemard : Cauchemar. Nom ue donne le peuple à une certain maladie qui survient principalement à des personnes qui dorment, qui sont cochées sur le dos, et qui ont l'estomac rempli d'aliments pesants et de digestion difficile. Il leur semble qu'ils ont une gros poids sur la poitrine, dont ils vont être accablés. [F]
GILLES
Un cochemard !ARLEQUIN
Al sait fi bien son personnage, Qu'une fille bientôt croit com' ça quel mariage N'est que le cochemard, et n'en veut plus tâter ;GILLES
Va tôt me la chercher.ARLEQUIN
Je cours vous contenter.SCÈNE VI.
GILLES fiai.
Queux tracas ! Quas-tu Gil ? Véritablement qu'ai-je ? Mais comment un sorcier fait-il un sortilège ? Pour feu ma défunt' femm' j'étais pis qu'un matou, Le train du Charpentier, toujours la cheville au trou ; Mon rossignol fait comme eul chien d'Jean_de_Nivelle. Vla sitôt que je veux rebouiser Isabelle ; On l'appelle, il s'enfuit... Ah vla Madam' Jacmard !Rebouiser : Terme de chapellerie. Nettoyer et lustrer un chapeau à l'eau simple. [L]
SCÈNE VII. Gilles, Léandre déguisé en femme, Arlequin.
ARLEQUIN
Oh dame elle y va dru.LÉANDRE
Monsieur dedans la ville, En cas d'çá je prétends être la plus habile, J'entreprends z'une fille, et cocharde si bien, Que de se marier, ne lui est plus de rien.ARLEQUIN
Non pas, car Zisabelle> Si vous la reluquez, croira qu'on se gauss' d'elle. Et via qu'el cochmard cahin-caha.Reluquer : Terme familier. Lorgner curieusement du coin de l'oeil. [L]
LÉANDRE, s'en allant
Je suis votre servante.SCÈNE VIII. Gilles, Arlequin.
ARLEQUIN
Laissez-leur tout le temps, vous verrez un bon tour, L'un portant l'autre, là quatre heures chaque jour, Le goût lui passera de se mettre en ménage, Et vous pourrez après la prendre en mariage.ARLEQUIN
Je déniche.SCÈNE IX.
GILLES
Ah coquin d'Arlequin, c'est ainsi qu'on me triche ! Ils ont fermé la porte. Ah les maudites gens ! Hélas ! Je suis dehors, et Léandre est dedans, Ouvrez, ouvres-moi donc... Il faut que je l'assomme,Criant au travers de la porte.
Isabel' ce n'est point zun femm, c'est un homme, Un homm', comment un homm' ! Je suis fou, car je crois, Qu'elle le doit savoir à présent mieux que moi. J'enrage, ouvrirez-vous ?SCÈNE X. Gilles, Léandre, Isabelle.
LÉANDRE, ouvrant la porte, tenant un bâton d'une main, et Isabelle de l'autre
Pourquoi chercher querelle ? Je me viens, il est vrai, fiancer à Mameselle. Je m'appelle Liandre, he bien zon s'épousra.SCÈNE DERNIÈRE. Gilles, Léandre, Isabelle, Une Soeur Grise, Arlequin.
LA SOEUR GRISE
Monsieur Gilles est-il là ?ARLEQUIN
Oui.LA SOEUR
Des enfants trouvés je suis la soeur portière ; Et je viens lui donner un avis salutaire. Mon doux Jésus, qu'elle est grandie !ISABELLE
Expliquez-vous.GILLES
Je fis un bon voyage.LA SOEUR
Nous ignorions alors quel est son parentage, Cet écrit retrouvé peut découvrir son sort, Et pourra bien causer quelque joyeux transport.GILLES
La peste !LÉANDRE
Diable !ISABELLE
Ciel !LA SOEUR
Écoutez ce billet. » J'exposons not' enfant par faute de richesse, ; C'est une fille, un jour nous la réclamerons, Elle naquit aveuq' un mulet sur la fesse, À cette marque-là jeu la reconnaîtrons. »LÉANDRE
Je vous le certifie »ISABELLE
Monsieur en est croyable.GILLES
Oui, je m'en ressouviens, Sa pauvr' mère écrivit ste lettre de la main, Lorsque je l'exposam' à la Salpétrière. Tu serais mon enfant !LÉANDRE
Monsieur j'en suis bien aise, et vous fais compliment.À Isabelle.
Je vous le faits encor plus agriablement.ISABELLE
Queul évenment étrange !GILLES
Liandre, elle est à vous. Allons aux Porcherons, Je serons tous contents, je nous y soûlerons.Porcherons : Ancien quartier de Paris qui était rempli de cabarets ; c'est un carrefour formé à la rencontre des rues du Faubourg Montmartre et de Saint-Lazare. [L]
144 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0