Comédie en vers· Comédie en un Acte en Vers
Les Filles à Marier
Représenté pour le première fois en 1768 au Théâtre de Nicolet.
Personnages
- MONSIEUR BROTON, Bourgeois
- CATHIS, fille de M. Broton
- LOLOTTE, fille de M. Broton
- VICTOIRE
- LÉANDRE, amant de Victoire
- CLORINDE
- LE CHEVALIER DAMIS, ami de Clorinde
- BABOT, servante chez Monsieur Broton
- CHAMPAGNE, valet de Léandre
SCÈNE PREMIÈRE. Monsieur Broton, Cathis, Victoire, Lolotte.
CATHIS, ET LOLOTTE, en ensemble suivant
Mon Papa !MONSIEUR BROTON, avec humeur
Ventrebleu, je ne sais où j'en fuis ! Est-ce que je peux, moi, vous forger des maris ? Ces trois carognes-là me font tourner la tête.MONSIEUR BROTON
Eh ! Peut-on trop fermer, quand au travers des grilles, On voit s'évaporer l'honneur de tant de filles ?VICTOIRE
C'est donc notre vertu qui répond de nos moeurs : Rien ne peut arrêter le penchant de nos coeurs, C'est elle seule aussi que vous devez en croire, La contrainte, mon père....MONSIEUR BROTON
Ah ! Taisez-vous, Victoire.MONSIEUR BROTON
Non, vous dis-je, attendez tout du temps, de mes soins, Et je vous marierai ; ces conteurs de sornettes, Qui dans chaque maison débitent leurs fleurettes, Ne sont point épouseurs ; le quatrième jour Qu'on vous frequentera, serviteur ; plus d'amour ; Ou bien qu'on vous épouse.LOLOTTE
Il paraît impossible Qu'une fille d'honneur qui doit être insensible, En quatre jours connaisse, aime, épouse...LOLOTTE
J'ai bientôt dix-huit ans.CATHIS, vivement
Et je suis son aînée.VICTOIRE
Moi, je suis déjà grande.MONSIEUR BROTON
Ah ! Tant mieux.CATHIS
Une année En donne trois ici, mon père, en vérité, Si vous ne modérez notre captivité, Point de maris pour nous. En fait de mariage....MONSIEUR BROTON
Morbleu !MONSIEUR BROTON, ironiquement
Ah ! Mesdames tant-pis ! Le tour est merveilleux ; Mais moi je ne veux point voir ici d'amoureux : Vous prenez des conseils, on vous met à la mode, Et corbleu, ma maison est déjà trop commode ! Votre belle Clorinde avec son Chevalier, Sans leur bail, à l'instant vuideraient mon premier. C'est elle qui vous met dans la coquetterie. Les pompons, la frisure, un air d'étourderie.... Je vois mille escoffions qui m'étetient inconnus Depuis qu'on la fréquente on ne travaille plus. Nouër un bout de soie, et sourire avec grâce ; Voilà ce qu'on vous montre, et tout cela me lasse. On ne dort plus ici ; c'est un train nuit et jour... Des carosses sans cesse, embarassent ma cour, Elle vient ; des laquais, des coureurs, et des pages. On frappe, on ouvre, on entre et de quatre équipages, Sortent comtes, marquis et des abbés coquets, L'un lui porte ses chiens, l'autre ses perroquets : Un Petit-Maitre tient le singe de Madame.... Voilà le bel exemple ! Ah ! Si ma pauvre femme Revenait à la vie et voyait ce fracas, Ses filles en rubans, aigrettes, falbalas...Frisure : Manière de friser. Il y a des perruques faites avec tant d'art, qu'elles conservent toujours leur frisure.
Escoffions : terme populaire qui se dit de la coiffure des femmes du peuple, ou des paysannes, des femmes coiffées mal proprement. [F]
Falbalas : bande d'étoffe plissée, et froncée, que les femmes ont mis d'abord pour ornemant au bas de leurs jupes, et qu'elle mettent présentement presque tout au haut. [F]
CATHIS
Pour les habillements on doit suivre l'usage, Clorinde a de grands airs, mais elle est belle et sage, Et jamais l'ornement n'influa sur les moeurs.MONSIEUR BROTON
Tous ces colifichets amollissent les coeurs ; Est-ce pour vous former qu'on vous lie des brochures, Qui plus que du latin me paraissent obscures, Et ne peuvent au plus amuser que des sots ? Eh ! Morbleu, lisez-moi, lisez-moi des bons mots, Encor bien rarement : que l'esprit se repose, Coudre, filer, pour vous est la meilleure chose. Il faut changer de ton ; Lolotte. Et vous Cathis, Passez racommoder, s'il vous plaît, mes habits.SCENE II. VICTOIRE, BABOT.
BABOT, entre vivement
Que j'étais ennuyée avec sa sermonade ! Il ne finissait pas ; une heure en embuscade Je voulais vous parler ; Léandre...VICTOIRE, sans entendre que Babot lui parle de Léandre
Il a raison. Mes soeurs, depuis un temps, prennent un mauvais ton : Ce qui sied à Clorinde a pour nous peu de grâce.VICTOIRE
Ce fard sur nous s'efface : L'éclat est pour les grands ; la noblesse a ses droits, Et la simplicité fait l'honneur des bourgeois.BABOT, feignant de sortir
Votre commodité n'est donc point de m'entendre ? Je reviendrai ce soir vous parler de Léandre.VICTOIRE
Léandre ? Que dis-tu ?BABOT
Non, non, moralisez : Que voulez-vous de plus, quand vous vous amusez ? Si Monsieur Broton même en prêchant peut vous plaire, Je vais le rappeller : telle fille, tel père...VICTOIRE
Dis donc.BABOT
Je ne dis mot.SCENE III. VICTOIRE, LEANDRE, BABOT.
VICTOIRE
De vous aimer toujours et de chérir ma gloire ; Et si mon père un jour, consent à nous unir, Léandre, mon bonheur sera de vous chérir...VICTOIRE
Peut-être peu de temps satisfera nos coeurs ; Il suffit que mon père ait marié mes soeurs, Il vous acceptera.BABOT
Bon ! Quand le seront-elles ? Il les garde avec soin, et quoi qu'elles soient belles, Elles resteront là.LÉANDRE
Mais il faut lui parler.LÉANDRE
Obtenir votre main.VICTOIRE
Je suis une cadette, et mes soeurs pour mon choix, Ne seront pas d'humeur à me céder leurs droits.LÉANDRE
Comment donc faire ?LÉANDRE
Me griser !BABOT, vivement
Ceci n'est pas un jeu. Monsieur fait d'un bouchon sa retraite ordinaire, C'est là qu'il adoucit sa bile atrabilaire, Et qui peut sur un banc être assis près de lui, Bavarder et brailler deviendra son ami. Moi-même qu'au logis il bougonne sans cesse, Quand je vais l'y chercher...Atrabilaire : Mélancolique, qui est d'un tempérament où la bile noire domine. [F]
LÉANDRE
Eh ! Bien ?BABOT
Il me caresse. Et moi qui sais qu'il faut hurler avec les loups, J'avale de bon vin deux ou trois petits coups, Alors tout plein d'amour, il dit, ma gouvernante...Elle contrefait Broton.
Est une honnête fille... Et...LÉANDRE
Fille complaisante.LÉANDRE
Au Cabaret Babot !BABOT
Vous voilà bien à plaindre. Si par là vous parez ce que vous devez craindre, En buvant comme lui, rapellez le vieux temps ; Faites des contes bleus.BABOT
Il le faut.LÉANDRE
L'épreuve est un peu sotte.LÉANDRE
Allons, j'irai ; n'importe.BABOT
Il faut boire, jurer, parler beaux sentiments, Rire, à l'instant pleurer, critiquer les amants.BABOT
Il n'est que ce chemin ; Je vous le garantis son intime demain, Il tramera pour vous et contre vos soeurs même.Avec enthousiasme.
Léandre est votre époux ; ah ! Lorsqu'un buveur aime, Avec un petit verre on ranime l'Amour, Et l'on fait vingt amis et cent amants par jour ! Clorinde vient...VICTOIRE
Ah Dieux !SCÈNE IV. Clorinde, Damis, Léandre, Babot.
BABOT, bas à Léandre
Contrefaites le fou.BABOT, piquée bas
Eh bien, laissons tout là ; finissons la querelle !BABOT, à Clorinde, feignant de regarder si Léandre écoute
Ah ! Le pauvre garçon ! Son mal est dangereux ! Il vaudrait mieux, ma foi, qu'il fût bien amoureux Que d'avoir des vapeurs qui lui tournent la tête ; Mais à plus de vingt ans être encor assez bête ; Pour ignorer l'Amour ! Il vient de m'avouer... J'ignore si l'on doit le plaindre ou le louer : Qu'il s'ennuie à périr près d'une jeune fille : Mon Maître a, ce dit-on, un secret de famille ; Pour guérir la folie ; il vient le consulter, Madame, et vos beaux yeux ne font que l'irriter : S'ils approche de vous, d'abord au moindre geste, Son accès le prendra, puis vous le verrez, zeste, Sauter, gesticuler, devenir en fureur.CLORINDE, effrayée
Son mal va lui prendre ! Ah ! Babot, fais qu'il sorte.SCENE V. DAMIS, CLORINDE.
DAMIS
Madame il est sorti.CLORINDE
Comme il me regardait !DAMIS
Voilà...CLORINDE
Qui ?DAMIS
Les petites.SCENE VI. CLORINDE, DAMIS, CATHIS, LOLOTTE.
CLORINDE, se rassurant
Ah ! Ce sont nos enfants ; avons-nous du papa, Obtenu joliment d'aller à l'Opéra, Mon coeur !CLORINDE
Paix donc petite sotte ; Il faut cacher sa joye et que l'exterieur, Offre précifément le contraire du coeur ; Voilà le monde.DAMIS
Bien !CATHIS
Je dissimulerai.DAMIS
Bon !CLORINDE
Que tout soit mystère. Pour vous, Lolotte, il est bien peu de chose à faire.À Damis.
Voyez elle a dejà certain air nonchalant.LOLOTTE, regardant Clorinde
Vous vous trompez, Madame, et je vois mon modèle.CLORINDE
Elle a le ton du monde ; elle est faite pour lui. Trop de vivacité nous annonce. Aujourd'hui, Les jeux, la promenade, et jusques à la danse ; Tout doit se prendre enfin d'un air d'indifférence. D'un transport modéré le plaisir est plus doux.CLORINDE, à Cathis
L'Opéra, l'aimez vous ? Par exemple en ce lieu la morale est contrire. À ce que la vertu nous commande d'austère ; Mais cela se tolère à la faveur du chant ; On en est quitte après pour vaincre un doux penchant.À Lolotte.
Allons douce beauté, voir du grave, du tendre,À Cathis.
Vous il vous faut du gai : nous allons tout entendre :À Damis.
Sortons. Que dites-vous de leur ajustement ?CLORINDE, leur met du rouge
Elles sont à charmer.CATHIS, montrant des noeuds de manches
Ces noeuds sont votre ouvrage.DAMIS, à Clorinde qui met une mouche à Lolotte
Une mouche par-là... Fort bien... Voilà je gage, Monsieur Broton.SCÈNE VII. Clorinde, Damis, Cathis, Lolotte, Broton.
MONSIEUR BROTON, demi ivre
Eh bien ! Qu'est-ce donc !... Du plaisir !...MONSIEUR BROTON, à Cathis qui lui donne un fauteuil
Qu'il fait chaud ! Non, ne bouge...CATHIS
Asseyez-vous, papa.MONSIEUR BROTON
Comme te voilà rouge !MONSIEUR BROTON, regardant leur parure
Toujours mille chiffons ?CLORINDE
C'est moi qui l'ai parée.MONSIEUR BROTON, se radoucissant
Elle est.... Bien.. Propre.DAMIS, frappant sur l'épaule à Broton
Mon cher Broton ?CLORINDE, montrant Lolotte
Charmante !MONSIEUR BROTON, amoureusement
Ah ! Madame, c'est vous... Qui...CLORINDE
Je suis engageante ?MONSIEUR BROTON
Vous avez... Un attrait...CLORINDE
Me trouvez-vous jolie ?MONSIEUR BROTON
Ah ! Madame... Au parfait !À ses deux filles : il se met dans le fauteuil.
Que je vous parle, enfants : vous serez satisfaites, Et les choses déjà sont plus d'à moitié faites.CLORINDE, bas à Damis
Nous voilà bons amis, mais ce prélude là, Nous annonce qu'il faut se passer d'Opéra.Elle sort avec Damis.
SCÈNE VIII. Broton, Cathis, Lolotte.
CATHIS
NonMONSIEUR BROTON
C'est un épouseur... Parbleu ! C'est toujours un... Bon garçon, qui boit bien... Et... N'est pas du commun. Je l'ai mis sous la table et quoi qu'il sache boire, J'ai remporté sur lui l'honneur de la Victoire ; Pour choisir entre vous il viendra dans ce jour, Songez à lui montrer beaucoup, beaucoup d'amour.Il sort.
SCÈNE IX. Cathis, Lolotte, Babot.
CATHIS
Est-il blond ?LOLOTTE
Est-il brun ?BABOT
Ah ! Que vous êtes vive ! Il est noir de cheveux, d'humeur aussi, je crois : Ce que j'en ai pu voir me déplait fort à moi, Il prétend que l'on soit simple, silencieuse : Avec un tel bizarre on serait malheureuse.LOLOTTE
Elles courent toutes deux à une toilette qui est au fond du Théâtre.
Courons à la toilette : en avons nous le temps ?LOLOTTE
Et moi par l'ornement.BABOT, sur le bord du Théâtre
Voilà bien du mystère, Pour tenter un coeur pris grâce à notre complot ; Le père est tout à nous.CATHIS, revenant
Suis-je bien ?LOLOTTE, revenant
Moi, Babot ?LOLOTTE
Et la mienne ?BABOT
Est trop plate.Elles retournent à la toilette.
Victoire enfin aura le mari qui la flatte, Si nous réussissons dans ce nouveau projet ; Je pense qu'il vaudra celui du cabaret, De mon esprit fécond il est encore l'ouvrage, Léandre va venir jouer son personage ; Il a su plaire au père, il faut déplaire aux soeurs ; Par la condescendance on gagne tous les coeurs ; Mais il n'est pas aisé de dégouter des filles, Qui veulent un mari.À Cathis et Lolotte qui reviennent.
Vous voilà bien gentilles, Quel dommage pourtant de quitter tout cela ! Car le futur époux voit mieux que le papa, Je m'en suis aperçue, il a l'humeur jalouse.SCÈNE X. Broton, Léandre, Cathis, Lootte, Babot.
MONSIEUR BROTON, à Léandre
Entrez...LÉANDRE
Non.MONSIEUR BROTON
Vous...LÉANDRE
Monsieur...MONSIEUR BROTON, à ses filles
Enfants c'est le mari... Dont je vous ai parlé ; mon gendre et mon ami ; Bon vivant, honnête homme... Et, voilà ma cadette, Et l'ainée, entre nous, elle est assez drolette ? Au moins !LÉANDRE, froidement
Comme une épouse elle est peinte en mon coeur.BABOT, bas à Cathis pendant que Léandre parle à Broton à l'oreille
Cela peut vous flatter ?MONSIEUR BROTON
Il me disait tout bas que tous ces affiquets, L'avaient un peu choqué, que des airs trop coquets.Affiquets : on entend pas là tous es petits ornements que les dames emploient pour se parer, et pour rélever leur beauté. comme sont les bracelets, les colliers, et toutes les autres choses qui regardent particulièrement la coiffure. [F]
LÉANDRE
Ah ! Doucement, Monsieur...CATHIS
J'aime que pour un rien on me fasse un procès, La fureur d'un jaloux n'a rien dont je m'irrite, C'est un aveu secret de son peu de mérite, J'aime à le voir se croire indigne de mes feux, M'accabler de rigueurs et soupçonner mes voeux, C'est par ce sentiment que triomphe une belle : Être injuste n'est rien, quand le coeur est fidèle.LÉANDRE, vivement
Oui l'Amour est jaloux de toute la nature, Mais si mon coeur un jour pouvait vous faire injure, Si pour quelques instants j'oubliais vos attraits, Je reviendrais à vous plus soumis que jamais. Il se peut quelquefois, qu'une âme un peu trop tendre, Sur les droits de l'hymen anticipe.CATHIS
Léandre, Cela me paraît fort ; vous me poussez à bout : Être injuste n'est rien, être infidele est tout, Je n'excuserais pas...BABOT, ironiquement
Mais, vous êtes si bonne !MONSIEUR BROTON
Ah ! Mon gendre, c'est trop !LÉANDRE
La chose se pardonne.CATHIS, piquée à Lolotte
Une infidélité ! Qu'en dites-vous, ma soeur ?LOLOTTE
Que l'on peut excuser la faiblesse du coeur ; Que la vertu triomphe avec plus d'avantage, Quand l'épouse pardonne, et qu'elle est belle et sage.BABOT à Cathis
Vous pardonnerez tout à cet époux parfait ? Voilà pour tous les tems un modele complet.Cathis marque du dépit.
SCÈNE XI. Cathis, Lolotte, Babot.
BABOT
Et sans artifice.SCÈNE XII. Victoire, Babot.
VICTOIRE, avec empressement
Eh ! Bien, chère Babot, a-t-on fait quelque chose ?BABOT
Léandre était à nous, et quand tout se dispose, Le diable dans l'instant vient qui nous brouille tout, Cathis n'en voulait plus, et Lolotte y prend goût.VICTOIRE
Que je suis malheureuse ! Il est vrai que Léandre, Ne veut aimer que moi, mais si longtemps attende. Ou sentir le remords d'avoir trompé mes soeurs ! Gouterais-je un plaisir qui leur coutât des pleurs ? Non j'en mourrai Babot.BABOT
Trop de délicatesse, Dans les pressants dangers dégénère en foiblesse. L'affaire est en bon train ; faites vous peu de cas, Que l'Amour et Bacchus y saient vos avocats ? Nous mettrons ordre à tout, vous voyez votre père ; Agir avec tendresse. Ah ! Le bon caractère ! Vive le bon vieux temps où l'on était tout rond, De cette pâte d'homme on n'a plus la façon.SCENE XIII. Victoire, Babot, Broton, Lolotte, Cathis.
Lolotte et Cathis amènent Proton à Lolotte.
MONSIEUR BROTON
Eh ! Mais... Laissez moi donc..CATHIS
Venez, venez mon père.MONSIEUR BROTON
Laissez-moi boire un coup.CATHIS
Terminez notre affaire,LOLOTTE
Imposez donc silence à Atys.Atys : fils de Crésus, roi de Lydie, était muet, mais recouvvra la parole par un suprême effort en voyant, dans un bataille, un soldat prât à percer son père, et s'écria : "Soldat, ne frappe pas Crésus" ce qui sauva le roi. [F] Différent de l'Atys illustré par l'oeuvre de Quinault.
CATHIS
À ma soeur.LOLOTTE
Terminez.CATHIS
Oui.BABOT
Sans doute.MONSIEUR BROTON
Allons de tout mon coeur, Commençons par Lolotte elle a vu que Léandre, A l'humeur déplaisante, il n'y doit plus prétendre,LOLOTTE
Si vous y consentez, mon espoir le plus doux, Serait, des aujourdhui d'en faire mon époux. Rien ne doit effrayer dans un mari qu'on aime, Caractère léger, un peu libertin même, Tout est pour notre gloire un triophe de plus.CATHIS
Cessez, ma tendre soeur d'étaler vos vertus, Pour voler un amant, on n'est pas dégoutée, Mais vous oubliez donc que je suis votre aînée ? Que je l'épouse moi, que fut-il ombrageux, Suffisant, emporté, tel qu'il est, je le veux.CATHIS
Moi je sais...MONSIEUR BROTON
Peste des peronnelles ! Le diable vous épouse en peut-il prendre trois ? Car Victoire sans doute aime aussi le matois.Peronnelle : terme injurieux qu'on dit à une femme ou à une fille de basse condition, ou servante.
Matois : rusé, difficile à être trompé ; adroit à tromper les autres. [F]
MONSIEUR BROTON
Eh bien ! Soyez d'accord, et sans tant de colère, Laisses-lui le mari qui fait votre débat.LOLOTTE ET CATHIS ensemble
Nous n'avons point de goût du tout au célibat ; Bien des grâces, mon père.VICTOIRE
On trouve par la suite.LOLOTTE ET CATHIS
Milles grâces, ma soeur.SCÈNE XIV. Broton, Léandre, Babot.
LÉANDRE
Hé bien, papa,MONSIEUR BROTON
Mon gendre on n'a pu rien gagner. Aussi c'est ma bonté qui me fait barguigner, Eh ! Que doit m'importer le rang de chaque fille ; Pourvu que mon ami vienne dans ma famille ?Barguigner : marchander sou à sou quelque chose. [F]
BABOT
Sans doute.MONSIEUR BROTON
Il faut qu'il ait celle qu'il a choisi, J'ordonnerai, morbleu ! Je veux être obéi. Je suis honteux d'agir avec tant de faiblesse.LÉANDRE
Beau-père, il vaudrait mieux par quelque tour d'adresse, Appaiser les deux soeurs. Un valet entendu, Que j'ai pris depuis peu, qui leur est inconnu, Pourra nous y servir décriant ma conduite.Il rêve.
Ici comme marchand... Il viendra...BABOT
Tout de suite, Oui je vais l'introduire, et soyez assuré, Qu'on vous équipera, Monsieur, à votre gré.MONSIEUR BROTON
Oui bon cela, l'ami !SCÈNE XV. Victoire, Léandre, Broton, Babot.
VICTOIRE, vivement
Du transport qui m'anime ; Permettez qu'a vos pieds la douce ardeur s'exprime, Si je vous interromps...BABOT
Quelle vivacité !VICTOIRE
Mon père, pardonnez ; mon coeur est transporté, Par la crainte, l'amour et la reconnaissance.MONSIEUR BROTON, s'attendrissant
Tu transportes le mien ; va ; ton obéissance, M'a toujours contente, mon enfant, et ton coeur, Est franc comme le mien et digne d'un buveur, Je reconnais mon sang, c'est la fille à son père.LÉANDRE
Que ce transport, Victoire, à de quoi me flatter ! J'en suis l'heureux objet, je n'en saurais douter.VICTOIRE
Oui c'est vous, cher Léandre !LÉANDRE
Hélas ! Chère Victoire !MONSIEUR BROTON, tendre
Morbleu ! Près de cela ce n'est rien que de boire, Chers enfants ! Oui... l'Amour... Vous me faites pleurer, Pour la première fois ils m'ont fait soupirer.MONSIEUR BROTON
J'aurai tout le bonheur quand vous serez heureux.BABOT, en colère
Voilà nos gens d'esprit ! Si je n'y prenais garde, Ils passeraient, jarni ! Le temps à la moutarde, Allez, votre valet devrait être envoyé.SCÈNE XVI. Broton, Cathis, Lolotte.
SCÈNE XVII. Lolotte, Cathis, Babot, Champagne, en Marchand de poudre et de rubans.
CHAMPAGNE, à Babot au fond du Théâtre
Bonjour, ma belle enfant, où sont tes Demoiselles ?CATHIS
À qui parles-tu là ?CHAMPAGNE
J'ai les modes nouvelles.CHAMPAGNE
Des peignes, des saveurs pour les nouveaux époux. La fille du logis, m'a-t'on dit, se marie...Bas à Babot.
On ne m'avait pas dit que tu sois si jolie.CHAMPAGNE
Tout le monde le dit. Voici de bons parfums, des mouches, des aigrettes : Pour le futur époux voilà des savonettes.À Babot en lui montrant des rubans.
Approchez-vous, ma Reine, et choisissez ici.CHAMPAGNE
Recevez ce ruban.LOLOTTE
Que dit il ?CHAMPAGNE
Non.CHAMPAGNE, bas à babot
Le ferai-je chasser quand j'entre en goût pour toi ?BABOT, lui faisant des signes
Je t'instruirai de tout.BABOT, le poussant dehors
Ceruse, donc, manant ! Marche avec ta peinture.CATHIS
Pourquoi le renvoyer ? nous aurions su peut être, Que Léandre n'est pas ce qu'il voudrait paraître.BABOT, pendant qu'il s'en va
Laissez moi seule, ici, je vais le rapeller, Fut-il, mardi ! Muet, je le ferai parler.SCÈNE XVIII. Léandre, Baabot, Champagne.
BABOT, haut, pendant que les maitresses sortent
Écoutez, beau Marchand.Bas.
Tout est manqué : j'enrage !LÉANDRE, avec empressement
Champagne, qu'as-tu fait ? Eh ! Bien suis-je chassé ?CHAMPAGNE, embarrassé
Pas... tout-à-fait, Monsieur,LÉANDRE
Ah ! Maraud ! Ah ! Belître !Bélitre : gueux qui mendie par fainéantise, et qui pourrait bine gagner sa vie. Il se dit quelqfois pas extension, des coquins qui n'ont ni bien, ni honneur. [F]
BABOT
Loin de vous décrier, Valets sur ce chapitre, Ne tarissent jamais, leur esprit inventif : Trouve dessus cela du faux ou positif ; Lui, faisait votre éloge !CHAMPAGNE, montrant Babot
En voici le mystère : Déplait-on quand on a tant de désir de plaire ? Vous me pardonnerez en regardant Babot.BABOT, à Léandre
C'est votre faute...CHAMPAGNE
Oui.LÉANDRE
Taisez-vous maitre sot !CHAMPAGNE
Si j'ai péché, Monsieur, c'était par ignorance ; Je pourrai réparer tout le mal que j'ai fait.BABOT
Il voit ici deux soeurs, une autre est votre fait : Il ne comprenAit rien à toutes ces vétilles.SCÈNE XIX. Broton, Léandre, Babot, Champagne.
BABOT
Justement les voilà.MONSIEUR BROTON
Eh oui ! La vérité ; c'est la vertu que j'aime. In vino veritas.Phrase latine : La vérité est dans le vin.
SCÈNE XX et dernière. Tous les acteurs.
CLORINDE, s'effrayant, appuyée sur Cathis
C'est ce fou ! C'est lui-même !... Je vois son teint rougir, et ses yeux s'égarer.BABOT, montrant Victoire
Nous possédons ici de quoi tout réparer.CLORINDE
Tu me l'as déja dit.LÉANDRE, s'approche de Clorinde
Il n'est plus temps de feindre.CLORINDE
Ah ! Damis !LÉANDRE
Pardonnez ; vous n'avez rien à craindre. Et l'Amour seul, Madame, a causé ces erreurs, Je craignais d'offenser ces deux aimables soeurs ; En adressant mes voeux à ma chère Victoire, Dont la main comblerait mon bonheur et ma gloire. J'ose vous implorer...CLORINDE, se remettant
Qu'en dites-vous, Damis ?MONSIEUR BROTON
On tirerait plutôt morbleu ! du vin d'un puits, Qu'on ne dégouterait filles du mariage, Surtout quand elles sont... Vous m'entendez... D'un âge...LOLOTTE, à Cathis
Ma soeur...LÉANDRE, à Clorinde
Ainsi que ma folie.CATHIS, à Lolotte
Quoi ! Ma soeur on nous joue ! et Victoire...CATHIS, piquée
De grand coeur !MONSIEUR BROTON, embrasse Cathis
Baise moi mes Amours... Te voilà raisonnable, On verra mon bon coeur, quand nous serons à table, Je leur fais un présent qui vaut bien... Cent maris.CLORINDE
Je leur fais épouser pour le moins des Marquis : De leur âme à l'instant j'ai connu la noblesse ; Elles ont de grands biens ; la beauté, la sagesse : Que leur faut-il de plus ?BABOT, bas
C'est fort bien engeôler.MONSIEUR BROTON
Allons boire aux accords de Victoire et Léandre ; Et vive le bon vin qui me procure un gendre !487 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0