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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Agon, Sultan de Bantam

Onno Zvier Van Haren· imprimée en 1770· 5 actes· 1 791 vers· 11 personnages

Personnages

  • AGON, Sultan de Bantam
  • ABDUL, Fils aine
  • HASSAN, Fils cadet D'Agon
  • FATIME, Princesse de Macassar et de Boni
  • SINAN, Capitaine des Gardes d'Agon
  • NADINE, Confidente de Fatime
  • JEAN LUCAS de STEENWYCK, Renégat Hollandais, Confident d'Abdul
  • SAINT-MARTIN, Général des Hollandais et Chef suprême du Conseil des Indes
  • IBRAHIM, Imam ou Grand-Prêtre de la Mosquée Royale de Bantam
  • SADI, Officier de Java
  • GRANDS, de Java
Dédicace

À MONSIEUR, MONSIEUR ONNO ZWIER van. HAREN, Noble Frison (*).

C'est le sort d'un grand coeur d'être persécuté ; Je sens que c'est le mien de l'aimer d'avantage.

Tancrede Act. I. fc. 6.

Ô Toi ! De qui la main savante, D'un pinceau sublime et divin, Nous trace l'Histoire brillante Des Bienfaiteurs du Genre-humain. TOI, de qui la Muse fleurie Des Grands-hommes de la Patrie Célèbre les faits immortels ; Et qui, pénétré de leur gloire, Immortalise ta mémoire En leur érigeant des Autels, TOI, qui le premier à ma Lyre Inspire de nobles accents, Et qui, d'un magique délire, Agite mes tranquilles sens : Van HARE, reçois mon hommage, Et souffre enfin que je partage Les lauriers dûs à tes travaux ; Permets que ma Muse naissante, D'une voix timide et tremblante, Te range parmi nos Héros. Oui, cette place T'est bien due, Et malgré la haine en fureur, Qui, tous tes vertus abattue, Te lança son fiel corrupteur : Ton nom, en dépit de sa rage, Sera célèbre dans tout âge Et cher à nos derniers Neveux ; Tandis que ces mortels vulgaires, Jaloux de tes vertus prospères. Se verront méprisés par eux. Entends tu les races futures Condamner notre iniquité, Et consoler par leurs murmures Le Grand-homme persécuté Quoi, dira-t-on, quel sort étrange ! L'Appui de la maison d'Orange, Du Peuple et de la Liberté, En bute aux coups de l'injustice ? Ô Destin ! quel fut ton caprice ? Batave ! Où fut ton équité ? Tels qu'on vit à Rome ces Frères** Pour leurs bienfaits même proscrits, Ou tels que, dans des jours contraires, On a vu les braves De Wits ; Immolés par des coeurs perfides, Qui, de meurtre et de sang avides, Étaient jaloux de leur bonheur : Tel, ô Père de la Patrie ! Tu fus un instant dans Ta vie La victime de l'Imposteur. Mais ce triste et noir crépuscule Bientôt disparut à nos yeux, Et le Peuple, un moment crédule, Méprise tes vils envieux. II déteste la source impure Qui sut distiller l'imposture Dont tes jours furent obscurcis ; Et ces coeurs lâches et barbares, Ennemis du nom des Van HARES, Sont aujourd'hui ses ennemis. Le Batave enfin se réveille, Et, plein d'une juste douleur, Rougit d'avoir prêté l'oreille Aux cris du Calomniateur. Il abhorre ces âmes basses, Qui, par espoir ou par menaces, Osèrent te persécuter, Tandis que ta vertu plus belle, Brillant d'une splendeur nouvelle, Ne les a plus à redouter. Mais quel sera la récompense Réservée à tes doctes Chants ? Quoi ! Ferions nous moins que la France Sensibles à des soins touchants ? Le Chantre du fameux Saint-Pierre*** Se vit dans sa noble carrière Par son Roy même couronné ; Il vit le Marbre et la Peinture Transmettre à la race future Son nom de gloire environné. Et TOI,l'Émule des Grands hommes, Ferais revivre dans nos coeurs Ces fiers Mortels de qui nous sommes Les stériles admirateurs. Quoi ! Du sein même des ténèbres Tu tirerais les faits célèbres De nos Ancêtres généreux ; Sans que ta mémoire chérie Dans les fastes de la Patrie Brillât parmi leurs noms fameux ? Non,du Batave la grande âme Chérira toujours tes Bienfaits, Et,suivant l'honneur qui l'enflamme, Il accomplira mes souhaits. Oui, l'on verra la République Honorer TA vertu stoïque, TON zélé et TON intégrité ; Et sa tendre reconnaissance. Admirant TA mâle éloquence. Te promet l'Immortalité. Déjà ce Prince magnanime Qui sait captiver notre coeur, En lisant le Songe sublime De son illustre Précurseur : Sent cette émotion puissante Qu'inspire TA verve touchante : Je lis TON destin dans ses yeux ! Il va couronner le mérite Du Chantre heureux qui ressuscite Les grands exploits de ses yeux Il parle : le Marbre docile Sous le ciseau va s'animer, Et Spini,d'une main habile Peignant tes traits, doit nous charmer. J'entends la Muse pindarique Qui chanta d'un Peuple héroïque Les malheurs et les faits brillants : En dépit de la sombre envie, Célébrer par son harmonie Et tes vertus et tes talents. VAN HARE, j'accepte l'augure, Et, plein de TON glorieux sort, En secret déjà je murmure De mon infructueux effort. Ma Muse, en proie au plus beau zèle, Pour chanter ta gloire immortelle Voudrait égaler Apollon : Heureux si ce Dieu qui m'étonne Veut permettre qu'à TA couronne Je puisse ajouter un fleuron,

(*) auteur d'un Poème hollandais intitulé, a la Patrie , dons lequel brillent li Patriotisme le plus pur, l'Impartialité la plus parfaite et l'Eloquence la plus noble.

(**)Les Craques.

(***) Mr. de Lelloy, Auteur du Siège de Calais.

(****) Madame Decambon, Auteur d'un Poème Hollandois à la gloire de l'immortel et du brave Pascal Paöli.

PRÉFACE DE L'AUTEUR

Le Royaume de Batam, situe sur la côte occidentale de l'île de Java, a été longtemps gouverné, de même que toute la partie orientale des Indes, par des Rois du sang Malais et de la Religion Mahométane. Le père d'Agon, Sultan de Bantam, ayant par une révolution perdu ses États : Agon, âgé de vingt ans, les reconquit en 1634. Il régna environ cinquante ans avec beaucoup de gloire et de sagesse ; et se rendit surtout redoutable aux Hollandais, qui, comme on le sait, ont le siège capital de leur Compagnie des Indes-Orientales à Batavia, près de Bantam.

Agon, âgé de Soixante-dix ans, veut abdiquer sa Couronne en faveur de ses deux fils. Il destine Bantam à son fils aîné, Abdul ; et Tartasse, fruit de ses conquêtes, à Hassan, son fils cadet. Paduca Siri, Roi de Macassar et de Boni dans l'île de Célèbes, a été chassé depuis seize ans de ses Etats par Speetman, Général des Hollandais. La Reine, son épouse, lui fut enlevée par un boulet de canon, á la prise de la Forteresse de Samboupo ; et lui se réfugia avec sa fille Fatime, encore au berceau, à Bantam, chez Agon : à la Cour du quel il mourut.

Agon est d'intention d'unir Fatime à son fils Hassan, en lui cédant Tartasse. La pièce commence à la pointe du jour marqué pour l'abdication.

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Ce n'est qu'en tremblant que je donne aujourd'hui Cette Traduction. Je sens trop combien elle s'éloigne des beautés de l'Original, ne pas craindre que son sçavant Auteur ne me reproche, avec injustice, d'avoir défiguré son Ouvrage. Tout ce que je puis alléguer en ma faveur : c'est, qu'étant Hollandais, il m'a été impossible de saisir assez les finesses de la Langue Française, pour rendre avec toute l'énergie nécessaire les pensées concises et nerveuses de l'Original. Aussi n'ai-je entrepris cette Traduction que dans la vue d'engager- quelque plume, plus capable que la mienne, à travailler sur un sujet qui mérite, d'être connu des étrangers. C'est du Théâtre Hollandais que je veux parler ; qui,à mon avis, en vaudrait du moins autant la peine que quelques-uns de ceux qu'on a déjà traduits en Français.

J'ai choisi la Tragédie d'AGON, de Monsieur Onno Zwier van Haren, parce qu'elle ne s'écarte en aucune façon des unités requises, et qu'elle est dépourvue de ces disparates et trop grandes métaphores que nos pièces ont la plupart de commun avec celles du Théâtre Anglais, ce qui m'a épargné tout changement à faire. En cas donc que cette Traduction ne fait pas goûtée, qu'on n'en impute la faute qu'à ma faiblesse, et non à l'Original. Peut- être me dira-t-on, qu'il vallait autant n'avoir rien fait, que d'avoir mal fait. On aura raison, mais :

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Agon, Sinan.

AGON

Je suis trop convaincu de ton intégrité Pour ne point te parler en toute liberté. Apprends donc le sujet de ma douleur mortelle, Et vois de mes deux fils la discorde cruelle. Tu sais, Ami, tu sais, qu'à mes travaux constants Cet Empire orageux doit ses succès brillants ; Et tu n'ignores point que ma main y fit naître La liberté, l'honneur, et la gloire peut être : Mais, malgré ma prudence et mes attentions, Mes fils vont tout changer par leurs divisions. Je vois depuis longtemps la fière Batavie Fixer ses yeux jaloux sur ma chère patrie : Je la vois en secret forger pour nous ces fers Dont son orgueil voudrait enchaîner l'Univers. L'ambitieux Batave attend l'heure fatale Qui doit faire éclater la discorde infernale Qui règne entre mes fils ; il attend que leur voix Demande son secours pour leur donner des lois. Et quoique l'Orient déjà lui rende hommage, Java flatte surtout son superbe courage. Ce froid Européen, par notre or arrêté, Conserve ici son flegme et sa duplicité : Bien moins ardent que nous, son coeur ferme et tranquille Ne fuit point les transports d'une ardeur indocile ; Mais sans-cesse épiant nos tristes passions , Il fonde sa grandeur sur nos divisions. Telle est sa politique. Ainsi de ma patrie Je veux fixer le sort en étouffant l'envie Que je vois à regret diviser mes enfants. Je prévois nos malheurs, et crains que nos tyrans Ne troublent quelque jour ma cendre à peine éteinte. Je veux donc aujourd'hui dissiper cette crainte Dont la seule pensée alarme mes esprits. Je crois, j'espère au moins, que lorsqu'entre mes fils J'aurai su partager mon Empire et ma gloire, On verra les Chrétiens respecter ma mémoire : Voilà tous mes projets.

SCÈNE III. Agon, Fatime, Nadine.

SCÈNE IV. Agon, Fatime, Nadine, Sinan.

SCÈNE V. Fatime, Nadine.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Fatime, Hassan.

SCÈNE II. Fatime, Hassan, Nadine.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Fatime, Abdul.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Abdul, Stenvic.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

Agon assis sur un trône élevé de trois ou quatre marches. Ibrahim debout du côté gauche du Trône, tenant le Coran de ses deux mains contre la poitrine. Sinan pareillement debout du côté droit du Trône. Abdul assis dans un fauteuil un peu devant Sinan. Hassan dans la même attitude du côté opposé. Les Grands de Java assis sur des gradins des deux côtés-de la scène. On voit au milieu de la Salle trois tables de front : sur chacune de celles qui font les coins, il y a sur des coussins un sceptre et une couronne ; et sur celle du milieu seulement un coussin. Les Gardes font rangés derrière les Gradins et au fond de la salle.

AGON

J'ai depuis cinquante ans gouverné cet Empire, Et depuis cinquante ans, si j'ose ici le dire, On m'a vu soutenir sa grandeur, son éclat, Et faire aux ennemis respecter cet État. Il est temps d'abdiquer la puissance suprême ; Il est temps qu'aujourd'hui ce brillant diadème Orne le jeune front d'un Guerrier généreux, Qui, par les mêmes soins, rende mon peuple heureux. Je sens qu'à chaque instant l'Éternel me réclame, Et l'Ange de la mort, prêt à trancher ma trame, Sans-cesse m'avertit de nommer un Sultan Qui soit digne de moi, de vous, et de Bantan. Mais, avant de quitter ce trône et ma puissance, Avant que de jouir du fruit de ma prudence ; Je me dois à moi-même, à mon peuple, à mes fils, Le compte de mes jours que je leur ai promis. Je veux y satisfaire, et j'ai l'orgueil de croire Qu'il ne servira point à ternir ma mémoire. Amis, vous le savez : vos illustres Aïeux m'ont vu tromper l'espoir d'un tyran odieux : Ils m'ont vu relever le trône de mes pères, Arracher leurs États à des mains étrangères Et fixer dans ces lieux l'auguste liberté. Ces peuples, languissants dans la captivité, Ont joui sous mes lois d'une grandeur nouvelle ; Et leur lustre aujourd'hui, par mes soins, par mon zèle, S'étend depuis l'Empire où règne l'Ottoman Jusqu'aux lieux où Ternate est instruit du Coran : Tartasse, pour Bantan jadis si redoutable, Devant Bantan a dû plier son front coupable : Ce Sultan qui se crut le maître de Java, Recherche une amitié que jadis il brava : Et ces Brigands du Nord, ces superbes Bataves, Qui, libres, ont voulu nous donner des entraves, Malgré leur flotte altière et leurs fiers bataillons, Devant eux n'ont point vu baisser mes pavillons. Seul j'ai su de tous temps braver leur arrogance, Et leur orgueil ici craint encor ma puissance. Bien plus : en dépit d'eux, j'ai reçu dans mes bras L'infortuné Siri chassé de ses États : Lorsque du fier Speelman la main victorieuse À l'Europe soumit Célèbe malheureuse ; Et malgré les transports de leur coeur irrité, Ils ont dû respecter mon hospitalité. Ce bonheur, cette gloire, et cette indépendance, Je les dois, mes amis, à vous, à ma prudence ; Mais ils sont avant tout les fruits de l'union Qu'on a vu de tous temps régner dans ma maison. Et si cette concorde, à l'État nécessaire, Peut subsister toujours entre Abdul et son frère, Je me flatte qu'ici bientôt mes yeux mourants Verront avec honneur commander mes enfants. Le Ciel qui m'a donné ces deux fils en partage, M'a comblé par bonheur de ce double héritage. Bantan, par droit d'aînesse, Abdul, revient à toi. Hassan, tu dois donner à Tartasse la loi. Je n'y retiens pour moi qu'un hameau solitaire, Où j'espère que rien ne pourra me distraire, Où rien ne frappera mes sens appesantis Que l'éloge flatteur des Vertus de mes fils. Respectable Ibrahim, au nom du Saint-Prophète, Implorez du Très-Haut l'assistance secrète ; Exposez à nos yeux ce livre de la loi,

Ici, l'Iman pose de lCoran sur la table du milieu, et l'ouvre.

L'espoir du vrai croyant, des parjures l'effroi Vous, mes fils, approchez :

Les deux princes se lèvent et vont l'un et l'autre vers la table qui se trouve de leur côté.

Par cette loi suprême Jurez moi que toujours ce peuple qui vous aime Retrouvera dans vous un père, un bienfaiteur ; Que Dieu, que cette loi, gravés dans votre coeur, Y maintiendront la paix , la vertu, la justice ; Qu'on ne vous verra point, au gré d'un vain caprice, Sacrifier l'État à votre ambition. Me le promettez vous ?

Ternate : Ile de 65Km² de l'archipel indonésien. Colonisé par les Hollandais en 1522. Première région des Moluques à être islamisée.Spécialité : clou de girofle et noix de muscade.

Batan : Petite île de l'archipel des Philipinnes.

Célèbes : Grande île à l'est de Bornéo et à l'ouest des Moluques. La principale ville est Makassar.

Il veut tirer son poignard.

SINAN, le prévenant, lui tient son poignard sur le coeur. Les Grands se lèvent tous, tirent leurs poignards, et fixent Agon. Sinan, la main à ses armes, reste immobile

Arrêtez !

SCÈNE II. Agon, Hassan.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Agon, Sinan.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. AGON, ABDUL, Gardes au fond du Théâtre.

AGON

Ingrat ! Depuis l'instant que tu vis la lumière ; Depuis le même jour que ton roi, que ton père Te reçut dans ses bras comme un présent du Ciel : On l'a vu te presser sur son sein paternel ! On l'a vu prodiguer ses soins et sa tendresse À toi, qui déshonore aujourd'hui sa vieillesse ! Le Dieu de Mahomet m'est témoin en ce jour Si je mérite, Abdul, ta haine ou ton amour. Lui seul sait à quel point le bonheur de ta vie Fut sans-cesse l'objet de ma plus chère envie. J'ai tout fait, j'ai tout dit, (il est vrai je l'ai dû) Pour t'inspirer l'honneur, la gloire, et la vertu. J'ai fait plus : me flattant que ta sombre rudesse Dont s'offensa ma Cour dès ta tendre jeunesse, Se serait laissé vaincre aux conseils de l'Iman : J'ai, malgré la sagesse et la candeur d'Hassan, Voulu te préférer ; et mon âme enivrée N'a pu croire qu'enfin ta main dénaturée Plongerait aujourd'hui le poignard dans mon sein. L'Iman, toute la cour, ton frère même, en vain, M'ont voulu dévoiler ton audace cruelle ; Et tu viens accuser ma bonté paternelle Lorsque tu me trahis, et que mon coeur, hélas ! Ose douter encor de tes vils attentats ! Est-ce là, fils cruel ! Le prix de ma confiance À prévenir tes goûts, à former ton enfance ? Serait-ce là le fruit de mes soins imprudents À te faire acquérir tous ces divers talents, Tous ces arts dangereux, ces efforts du génie, Dont l'âme, en s'éclairant, est souvent pervertie. Stenvic, à qui j'avais confié cet honneur, Des crimes de l'Europe aura nourri ton coeur ; Tu te seras instruit, par son conseil perfide, À vaincre le remords qui suit le parricide ! Je me flattais, Seigneur, que mes justes raisons Auraient pu dissiper ces indignes soupçons : Mais mon coeur, pénétré des bontés de mon père, À ce triste devoir ne saurait satisfaire. Je remets donc ici mon sort entre vos mains ; Trop malheureux déjà de causer vos chagrins. Mais j'ose en attester notre divin Prophète, Que c'est votre coeur seul que mon âme regrette. La plus cruelle mort ne saurait m'attrister, Si je pouvais du moins en mourant me flatter D'emporter vos regrets ; si mes vives alarmes À vos yeux attendris arrachaient quelques larmes !

SCÈNE VII. Agon, Abdul, Sinan.

ABDUL, à part

Je suis sauvé !

SCENE VIII. Agon, Abdul.

SCÈNE IX.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Agon, Fatime, Hassan.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Fatime, Saint-Martin.

SAINT-MARTIN

Si la belle Fatime, ainsi que ses ancêtres, À Célébe aujourd'hui pouvait donner des lois ; Si sa main possédait ce pouvoir qu'autrefois L'Inde vit exercer à son illustre père ; Où si quelque Sultan, épousant sa colère, Arborait l'étendard de la rébellion, Et pouvait lui former la moindre faction : Elle pourrait alors avec raison prétendre Un compte plus exact que je ne dois lui rendre. Mais puisqu'un sort heureux, déjà depuis seize ans, A fait palier Célèbe aux Chrétiens triomphants ; Et puisque l'Inde enfin n'a pour lois, n'a pour maître, Que ceux que le Batave y veut bien reconnaître : Je crois que la prudence aujourd'hui lui suffit Pour choisir le parti que sa gloire prescrit. Le Batave touché, Madame, que vos charmes Sans-cesse soient en proie à de tristes alarmes, Veut calmer vos chagrins, et vous donne en ce jour Le trône de Boni : mais il faut sans retour Renoncer à des droits qui vous sont inutiles. Et puisque nos guerriers, triomphants et tranquilles, N'ont plus à redouter votre effort impuissant, Je crois que vous devez regarder ce présent Comme un gage certain de la secrète estime Qu'inspirent à nos coeurs les vertus de Fatime. Mais comme ces climats ne vous sont pas connus, Que votre Peuple même ignore vos vertus, Le Batave vous offre un plus digne partage : Il veut que vos attraits brillent sur ce rivage ; Il veut vous rendre heureuse ; et la gloire sera De vous voir préférer le séjour de Java À ce Peuple mutin, à ces pays barbares.

SCÈNE IV. Agon, Fatime, Saint-Martin.

SAINT-MARTIN

La victoire, Seigneur, qui jamais ne rend compte Au Peuple subjugué qui tremble sous ses lois, Et qui règle à son gré la fortune des Rois. Quel Peuple en Orient, quelle Mer en Asie Ne vit pas chaque jour triompher ma Patrie ? Quel Sultan à la gloire a-t-on vu s'opposer Partout où ses Guerriers à peine ont pu percer ; Des rives où l'aurore éclaire cet Empire, Jusqu'aux bords de ces mers où le Soleil expire, Coromandel, Ceylan, Malacca, Malabar, La victoire vous a tous liés à son char. Ô Hemskerk et Van Goens ! De qui les mains vaillantes Ont su nous conquérir trois Couronnes brillantes ; Houtman, Coen, Matelief, vous Héros immortels Dont les nobles exploits méritent des autels, Votre gloire dans l'Inde illustra ma Patrie En chargeant de ses fers les Sultans de l'Asie ! Si ces haut-faits, Seigneur, ne vous suffisent pas, Vous y pouvez encor joindre d'autres États ; Leur bras victorieux des plus riches Provinces, Subjugua tour à tour vos plus superbes Princes. Macassar, abattu sous ce bras triomphant, Remit en leur pouvoir les clefs de l'Orient : Banda, la riche Amboine et nombre d'autres îles Durent à ces Héros céder leurs champs fertiles ; Et lorsque le Flamand domptAit le Bouginois » Et de Ceram rangeAit les côtes sous nos lois : Le brave Van der Stel d'une main bienfaisante Défrichait une terre aride et languissante, Voyait germer la Vigne et faisait la moisson Où jadis habitaient le Tigre et le Lion. Les monts affreux du Cap et ses forets terribles, Changés par son génie en des plaines paisibles, Lui doivent leur bonheur et leur fertilité, Et si nous imitons sa noble activité, J'espère que dans peu l'on verra dans l'Afrique Notre pouvoir s'étendre au delà du Tropique. Du Batave, Seigneur, voilà quels sont les droits.

Jacob van Heemskerk (1567-1607), amiral des Provinces unies, mort à Gibraltar.

Rijcklof van Goens (1619-1682), laissa de nombreux écrits sur l'Inde, Java et Ceylan, il fut le gouverneur général des Indes orientales.

Amboine, capitale des îles de Moluques en Indonésie. Les portugais décrouvrirent l'île en 1515.

Van der Stel (1639-1712), gouverneur de la province du Cap.

SAINT-MARTIN

C'est ?

SCÈNE V. Agon, Fatime, Hassan.

SCENE VI. Fatime, Hassan.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II, Fatime, Ibrahim.

IBRAHIM

Du haut de nos murailles J'ai vu la flotte altière et l'apprêt des batailles. La Mer et nos remparts paraissent animés. Tandis qu'on voit au loin les vaisseaux enflammés, Que l'Ange de la mort vient planer sur nos têtes, Et semble présager de funestes tempêtes. J'ai vu, près de nos murs, en de nombreux esquifs, Descendre le Batave ; et ses soldats actifs, Profitant du canon qui lance au loin l'orage, D'une intrépide main planter sur le rivage Les drapeaux déployés de ce fier conquérant Sous lequel aujourd'hui gémit tout l'Orient. Pour un moment il règne un horrible silence, Dans cet instant l'armée et se forme, et s'avance. Sortant de leurs vaisseaux ces divers bataillons Courent tous se ranger près de leurs pavillons : Leurs Soldats courageux à l'envi se succèdent, Tandis qu'un feu roulant et la mort les précédent. Au centre on aperçoit le tranquille Chrétien, Et sur les deux côtés le bruyant Indien ; Qui, soumis à l'Europe, en triste et lâche esclave, Vient traîner à Java les vils fers du Batave. L'or qui brille à l'armure et d'Agon et des siens Va fléchir sous le plomb et le fer des Chrétiens ; Et malgré leur éclat, nos guerriers magnanimes D'un métal destructeur vont être les victimes. L'or n'est que pour celui qui sait user du fer, Et le fer du Batave ici sait triompher. Quelle que soit enfin notre ardeur, notre audace. L'art de l'Européen de beaucoup nous surpasse ; Et je tremble qu'Agon ne perde en ces moments Un Sceptre que sa main posséda cinquante ans, Un Sceptre qu'il ne doit qu'à son noble courage, Et dont il sut toujours faire un si digue usage.

SCÈNE III. Fatime, Ibrahim, Nadine.

NADINE

Hassan vit et combat, mais Agon est blessé, Apprenez en tremblant tout ce qui s'est passé Pour la troisième fois le courage inutile De nos braves guerriers repousses vers la ville À l'aspect nos murs semblait renaître enfin, Et, peut-être, aurait-il triomphé du destin. Ils voient sur nos remparts leurs femmes effrayées, Invoquant le Prophète et dans les pleurs noyées : Le désespoir redouble et soutient leur valeur. Les Bataves allaient éprouver leur fureur, Déjà même on voyait fuir leurs fières Cohortes : Lorsqu'on entend soudain, à l'une de nos portes, Un bruit confus mêlé de mille cris perçants : Voici, dit-on, Abdul, dont les coups triomphant Dans le sang des Chrétiens doivent laver sa honte ! Agon, qui craint d'abord une rumeur si prompte, Est père, croit enfin qu'un noble repentir A su toucher son fils, et cède à ce plaisir. Il montre au loin Hassan : vois, dit-il, vois ton frère, Et sois ainsi que lui le vengeur de ton père ! Le traître en ce moment, dans un calme odieux, S'avance vers Agon et le frappe à nos yeux ! Va, dit-il, ou bientôt mon frère te doit joindre, Et juge si son bras pour Abdul est à craindre ! Il dit, et fait briller son poignard tout sanglant, Puis fixe ses regards sur son père expirant, Mais frémit néanmoins lorsqu'il voit sa blessure. Dieu, qui l'abandonna, fait parler la nature. Le poignard du remords déjà navre son coeur, Et l'on voit dans ses yeux le désespoir vengeur. Chacun reste immobile à ce coup qui le tue, Et les guerriers Chrétiens vers nous tournent la vue : Ces hommes qui sans-cesse affrontent le trépas, Et qui bravent le feu, la mer et les combats, Reculent tous d'horreur ; et leur coeur inflexible A paru détester cet attentat horrible ! Le fidèle Sinan prend ce moment d'effroi Pour conduire à la ville et pour sauver son Roi ; Tandis que nos Guerriers, pour défendre leur maître, Fondent avec fureur sur les soldats du traître Malgré le plomb cruel qui déchire leurs flancs, Mais un désordre affreux se met dans tous leurs rangs : Hassan, qui voie des siens la valeur inutile, Cède, mais en Héros, et revient vers la ville Pour sauver les débris de ses fiers bataillons.

SCÈNE IV. Fatime, Ibrahim, Nadine, Sadi.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Agon soutenu par Sinan, Ibrahim.

SCÈNE VII et DERNIÈRE. Agon, Ibrahim, Sinan, Nadine.

1 791 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0