Comédie en vers· Parodie
La Sybille
Représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 21 Octobre 1758.
Personnages
- LA SYBILLE, Mme. Favart
- AZOR, M. Rochard
- EUPHROSINE, Mlle. Desglans
- FRANCOEUR, M. Chanville
- UNE VENDANGEUSE, Personnage muet
- L'AMOUR, Personnage muet
SCÈNE PREMIÈRE.
Le théâtre représente d'un côté un verger, et de l'autre l'antre de la Sybille.
AZOR, seul
ARIETTE.
Amour lance dans mon âme Tous tes traits. j'aime pour jamais, Pour jamais je m'enflamme. Frappe, à tes coups mon coeur connaîtra tes bienfaits. Amour lance dans mon âme Tous tes traits, Longtemps du Dieu de la Thrace J'ai suivi la trace, Je me trompais dans mes plaisirs. Euphrosine a su me séduire Et m'instruire Sur mes désirs.SCÈNE II. Azor, Francoeur.
FRANCOEUR
Air : Castagno castagna.
L'Amour fait dans ce temps Bonne Vendange ; Tandis que les Mamans Prennent le change. Pensent que l'on s'occupe Au Verger À Vendanger. Amour qui n'est pas dupe Justement prend ce temps-là. Ta la la, etc.FRANCOEUR
On doit bannir en Vendange Tous les soucis ennuyeux, C'est le temps où l'amour s'arrange. Puis d'ailleurs le souci, dit-on, N'est pas fait pour un bon Luron. N'est pas fait pour un bon Luron.Air : Ah ! voila comme l'homme.
Quand par hasard j'ai du chagrin, Je prends un doigt de Brandevin, Je cours à l'instant chez ma Belle Et le verre en main auprès d'elle Mène l'Amour tambour battant. Ah ! Voilà comme L'homme Peut-être content.Air : Nous autres bons villageois.
De Bacchus et de l'Amour. On célèbre aujourd'hui la fête ; A signaler ce grand joui La bonne Sybille s'apprête. Cette Dame y présidera Et là ses Oracles rendra ; Puis l'Amour lui-même y viendra.FRANCOEUR
Eh ! Quoi ce petit Dieu malin Vous a-t-il causé quelque peine ? Lorsqu'il se montre en ce séjour C'est pour y faire un méchant tour.AZOR
Air : Noté n°1.
Sur un buisson de rose en rose, Voltigeait un oiseau charmant. Un enfant le voit, se propose De s'en rendre maître à l'instant. On n'apercevait que ses ailes Peintes des plus vives couleurs ; Hélas ! Elles étaient si belles Qu'elles semblaient former des fleurs. L'enfant, qui craint quelque dommage, Me sourit, m'invite à l'aider. Je me prête à son badinage ; Ah ! M'y devais je hasarder ! L'oiseau, de dessous le feuillage, Tout_à_coup s'envole en riant, Dans les rets moi-même il m'engage : L'oiseau, c'était un autre enfant. Ah ! dit-il, tu voulais me prendre, Tu soupireras désormais C'est pour te punir et t'apprendre À qui l'on doit tendre des rets.Rets : Filet, lacis de plusieurs cordes jointes ensemble par plusieurs noeuds qui laissent de grandes et de petites mailles. [F]
AZOR
Jusqu'ici trop léger Je n'avais recherché qu'un plaisir passager : Mais mon coeur aujourd'hui s'engage malgré moi Et je pense qu'enfin j'aime de bonne foi.Air : Quoi ma voisine es-tu fâchée.
Euphrosine qui m'a su plaire A mille appas ; Mais elle fait trop la sévère On n'y tient pas.FRANCOEUR
Il faut savoir avec adresse Saisir les temps, En vendange une douce ivresse Sert les amants.ARIETTE.
Chaque bergère En corset blanc, Sur la fougère D'un air galant, Par une danse légère, Fait naître les désirs Appelle les plaisirs. Le verre en main au milieu d'elles Chaque Dragon chante ses feux. Le doux plaisir séduit les belles Et brille bientôt dans leurs yeux ; Le vin rend plus tendre, On ne peut s'en défendre ; Et l'Amour par un choc léger Fait sonner l'heure du Berger.Chaque bergère etc.
AZOR
Air : De mon Berger Volage.
Pour dompter la plus fière Il ne faut qu'un moment. L'instant ou la manière, Fait le sort d'un amant, Euphrosine rebelle, Ne peut que m'exciter ; Pour soumettre une belle, Un coeur doit tout tester.ARIETTE.
De la Gloire terrible Suspendons les travaux, Cherchons, vainqueur paisible Des triomphes plus beaux.Il sort.
SCÈNE III.
FRANCOEUR, seul
Air : Quand je suis dans mon corps-de-garde.
Je vais aussi voir ma maîtresse, Et lui parler tout nettement : L'amant qui peint bien sa tendresse Trouve toujours un bon moment.Air Noté n°2.
De l'objet qu'Amour me garde Si je dompte la fierté, Les plaisirs, au corps-de-garde, Vont signer un doux traité. Entre nous jamais de guerre, Ni dispute, ni procès, Si l'amour vient nous en faire, Lui-même en payera les frais. Le soir après la retraite, Tous deux nous boirons gaiement ; Servi par cette poulette, Que mon sort sera charmant ! La fête sera complète ; Un repas simple et galant, Près d'une vive brunette Finit toujours joliment. Après ma garde finie, L'Amour fera battre au champ ; Le coup d'oeil d'une prairie Souvent inspire un Amant. Près d'un ruisseau qui murmure S'élève un riant gazon ; C'est un soin de la Nature, Il n'est pas là sans raison.Air : Sur le Pont d'Avignon.
Mais une Dame vient : Azor est avec elle : Ici laissons-les seuls, et courons chez ma belle.SCÈNE IV. Euphrosine, Azor.
EUPHROSINE
ARIETTE.
Dieu charmant, Dieu de la tendresse, J'ai fait choix d'un amant ; En lui tout intéresse ; Soutenez Ma flamme timide, Venez, Soyez mon guide ; Quand je cède à vos attraits ; Sauvez-moi les regrets.EUPHROSINE
Me suivrez- vous sans cesse ?AZOR
Air ; N'aurai-je jamais un amant.
Et pourquoi tant haïr l'Amour, Vous a-t-il joué quelque tour ? Cela ne doit point étonner.EUPHROSINE
Pourquoi donc je vous prie ?EUPHROSINE
Air Noté n°3.
AZOR
Air : Hélas, Maman, pardonnez, je vous prie.
Souvent l'on paye assez cher en la vie Un seul instant de curiosité ; Mais ce n'est rien, aussi charmante envie Ne peut chez vous qu'augmenter la beauté.AZOR
Air : Si les feux de tous les amants.
Pour guérir un pareil tourment, Il faut faire choix d'un amant.EUPHROSINE
Non, non.EUPHROSINE
Oui, Monsieur il m'offenserait.AZOR
Eh mais, vous seriez la première.ARIETTE.
Une belle Sur ce point Fait en vain la cruelle, On ne la croit point. À votre âge on soupire Pour un amant. Vous avez beau dire Autrement, On n'en croit rien à présent. Toujours jeune bergère Sourit d'un tendre aveu, Mais l'amant trop téméraire Veut-il savoir si son feu A su plaire, D'abord on dit non, non, non, Eh bon, bon, bon, bon, En est-on la dupe aujourd'hui, Tout bas votre coeur dit oui.EUPHROSINE
Que ma surprise est extrême.AZOR
À vous on prend intérêt : Oui, je veux vous être utile ; Je m'engage à vous former. Mais montrez-vous plus docile, Vous savez si bien charmer.EUPHROSINE
Air : Vaudeville d'Epicure.
Azor réprimez cette audace Ah ! Que vous m'êtes odieux ! Et je vais vous quitter la place Si vous ne sortez de ces lieux.SCÈNE V.
EUPHROSINE
Air : De tout temps le jardinage.
Ah ! Quelle ardeur téméraire ! Si du moins elle est sincère, Que mon sort sera charmant. Mais, hélas, que je dois craindre De voir quelque jour éteindre Un feu qui paraît si grand.ARIETTE.
Par la Gloire Un Guerrier animé, Souvent de la Victoire Ne veut que l'honneur d'être aimé. Sa flamme légère N'est que passagère ; Amour sauvez-moi ce tourment Fixés mon amant. N'est-on pas assez à plaindre De craindre Pour des jours si chers ; D'attendre Dans mille ennuis divers Le retour des hivers. Pour un coeur tendre Que de sujet de s'affliger ! Faut-il encore le voir léger.Par la Gloire, etc.
SCÈNE VI. Azor, Euphrosine.
AZOR
Air : Depuis que j'ai quitté l'enfance.
L'Amour près de vous me rappelle, Mais pourquoi cet air sérieux ; Le courroux dépare une belle, Et la douceur lui convient mieux.EUPHROSINE
Votre façon d'aimer m'étonne Azor cessez de m'irriter, Je ne dois plus vous écouter.À part.
Ah ! Tout bas mon coeur lui pardonne.Elle sort.
SCÈNE VII. Azor, Francoeur, entre après qu'Azor est sorti.
FRANCOEUR
Azor sort.
Ma Lisette est toujours sévère... Mais mon Capitaine s'en va, À sa belle il aura su plaire, Car il paraît assez content. Seul j'éprouve un cruel tourment.Air : La bonne aventure.
La Sybille vient ici, Ah ! Je me rassure ; Pour mettre fin au souci Que mon âme endure, Parlons lui, je la prierai Tant et tant que je saurai, Ma bonne aventure Ô gué, La bonne aventure.SCÈNE VIII. La Sybille, Francoeur, et suite.
LA SYBILLE
ARIETTE.
Air : Nous jouissons dans nos hameaux.
De tant bonne volonté Profitez je vous prie ; Parfois d'Amour on est tenté ; Au moins une en sa vie. Pour être heureux sous son pouvoir, J'enseigne la science ; À mon âge on peut au savoir Joindre l'expérience.LA SYBILLE
Pour plaire joli Sénateur, De bons mots soyez grand diseur ; Pas ne parlez de Code. Surtout, à point, chez une Iris, Décidez avec un souris D'un ruban à la mode.On lit avez au lieu d'avec qui semble plus probable.
LA SYBILLE
Médecin ayez ton galant, Babillez bien, soyez plaisant, Changez la Médecine. Faut n'appliquer votre art divin, Qu'à donner la fraîcheur au teint, À rendre la peau fine.LA SYBILLE
De Plutus élève opulent, Ne faut être chiche d'argent Mais bien en faire usage ; Donnez, comme joyeux présents, Bijoux, maisons, chevaux fringants. Et galant équipage.Plutus : dieux des Richesses. [F]
SCÈNE IX. La Sybille, Francoeur.
FRANCOEUR
Air : La si, la son, la sombredondaine.
Ah ! Soulagez ma peine La si, la son, la sombredondaine, Je la supporte à peine, Et j'en perds la raison, Patati, patata, pataton.LA SYBILLE
Conte moi ton tourment.FRANCOEUR
J'aime un tendron charmant, Mais ma recherche est vaine ; La si, la son, etc. Pour vaincre l'inhumaine, Il faudra du canon. Patati, patata, etc.Tendron : La partie fort tendre de quelque chose. Se dit figurément et burlesquement, de filles au dessous de vingt ans. [F]
FRANCOEUR
Vous qui, dit-on en savez tant, Croyez-vous aussi qu'à présent, Il est encore quelque ignorante ?LA SYBILLE
Pas beaucoup,LA SYBILLE
Air : À présent je ne dois plus feindre.
Des Agnès de cette contrée L'innocence est fort éclairée ; Les Sénateurs et les plumets, Chacun les forme à sa manière. Sans compter les petits collets Qui les prennent à la lisière.Air : Eh bien c'est une affaire faite.
Mon cher, si je puis t'être utile, Parle, je m'offre à te servir,Agnès : personnage de l'Ecole des Femmes de Molière.
Plumet : Un jeune militaire. [L]
Petit collet : (...) on appelle petit collet un homme qui s'est mis dans la réforme, dans la dévotion, parce que les gens d'église porte une petit collet. [F]
FRANCOEUR
Vous aimez à faire plaisir, Vous êtes bonne autant qu'habile. Ah l'excellent coeur que voilà ! Je vais vous raconter cela.Air : Dans les Gardes Françaises.
Lorsque dans ce Village Je vins en garnison, J'allai selon l'usage, Reluquer un tendron....Air : Palsangué M. le Curé.
Dès que je vis son oeil fripon Mon coeur ne fut plus rebelle, Surtout morbleu, son joli pied mignon Me fit tourner la cervelle.Air : Ton humeur est Catherine.
Je débute en galant homme, J'assomme tous mes rivaux. Je paye et vin et rogomme Et puis les petits cadeaux......Air : Pour héritage.
En fille honnête Elle prie tout au mieux À chaque fête Montrait un air joyeux......Air : Là bas dessous ces verts pommiers.
Plus d'une fois sur le vert pré, Farlarira dondé, Ensemble nous avons.... sauté, dansé....Air : Joués violons.
Mais aujourd'hui la péronnelle, Fait avec moi la Demoiselle. Quand je lui dis bonjour mon coeur....Air : M. le Prévôt des marchands.
Elle répond, Monsieur Francoeur, Finissez donc j'ons de l'honneur.....Air : Habitants des galères.
Tredame De moi se rit-on, Ma flamme, N'entend pas raison.Air : Vas toujours Tambour battant.
Un Dragon doit en amourette Faire toujours un feu roulant. Ne battre jamais la retraite Quoiqu'un coeur fasse le méchant. Le menacer de l'escalade, Présenter l'échelle aussitôt, Et s'il ne bat la chamade, Morbleu le prendre d'assaut.Rogome : Terme populaire. Eau-de-vie ou autre liqueur forte.
On lit cadaux et non cadeaux, ce dernier est retenu.
Péronnelle : Terme de dénigrement. Jeune femme sotte et babillarde. [L]
Dragon : En terme de guerre est une sorte de cavalier sans bottes, qui marche à cheval, et qui combat à pied. On a beaucoup multiplié en France le corps des Dragons. [F]
FRANCOEUR
Cela se peut.LA SYBILLE
En ce cas je te plains.LA SYBILLE
Oui vraiment je le crains.FRANCOEUR
Air : Ma Voisine a fait un faux pas.
Palsambleu l'amour d'un Dragon Dure autant que la garnison, Adieu quand le printemps commence, De son côté chacun s'en va. Se marier, eh mais oui-da ! C'est agir contre l'ordonnance.Ordonnance : En termes de guerre, se dit de la différente disposition des troupes, soit pour le combat, soit pour la marche. [F]
LA SYBILLE
Air : Chacun à son tour.
Près d'une belle un militaire Donne tous ses soins à charmer ; Si d'abord on est peu sévère C'est pour tâcher de l'enflammer. Est il pris, la subtile fillette Exige des preuves d'Amour. Chacun à son tour, Liron, lirette, Chacun à son tour.FRANCOEUR
Air : Sa ne vous va brin.
S'il faut brusquer le mariage Palsambleu je ferai le faut. Je ne dois pas craindre un outrage ; J'ai le bras bon et le coeur haut. Soldat qui fait bien son service N'a jamais peur qu'on le punisse, Ah ! l'Hymen n'a rien d'effrayant, Pour un bon vivant, Un bon vivant.Il sort.
SCÈNE X.
LA SYBILLE
Air : C'est un enfant.
CEuillons les roses de la vie, Jouons sans cesse avec l'Amour ; À ce volage ôtons l'envie, De nous abandonner un jour. Ah ! Pour l'ordinaire, Il ne reste guerre Quand il n'a plus d'amusement. C'est un enfant. (bis.)ARIETTE.
Si jamais sur mon passage Je fais rencontre d'amour, Ah ! Sais fort bien par quel tour ; Je punirai ce volage. Tout d'abord m'en saisirai, Chez moi tôt le conduirai, Sans cesse l'amuserai Par quelques fêtes nouvelles. Ah ! Je le chérirai tant, Je le caresserai tant, tant, tant, tant. Que le petit inconstant, Oubliera qu'il a des ailes.SCÈNE XI. Azor, La Sybille.
AZOR
Air : Réveillez-vous belle endormie.
Madame excusez mon audace, Mais je voudrais vous consulter.Il n'y a pas d'indication de locuteur pour la première réplique de la scène.
AZOR
Air : Je ne sais pas écrire.
En ces lieux j'aime une Beauté ; Pour lui plaire j'ai tout tenté, Mais elle en est plus fière.LA SYBILLE
Quoi tous vos soins sont superflus ?LA SYBILLE
ARIETTE.
Aimer sa mie, Fêter sa fantaisie, C'est dans la vie Avoir rosier fleuri. Mais si la chance Fait tourner la constance, Amour s'offense, Rosier devient flétri, Aimer sa mie, etc.AZOR
Air : Ne v'la - t'il pas que j'aime.
Euphrosine a su me charmer, Mais que dois-je en attendre ? Elle ignore qu'il faut aimer, Et ne veut pas l'apprendre.LA SYBILLE
Quand il guette au bocage Bel oiselet, (bis) Chasseur sous le feuillage Tend son filet.Bocage : Petit bois, ou bosquet, ou buisson. [F]
LA SYBILLE
Oh, oui.LA SYBILLE
Oh, que nani.Air : Mais, mais, fort singulier.
Il faut que je cache ma flamme,Nani : Variante de nenni, expression de la négation ou de la désapprobation.
LA SYBILLE
Oh, oui vraiment.AZOR
Le secret pour toucher une âme Serait charmant, Quoi vous voulez que je soupire Ainsi qu'un galant du Palais, Voir un objet rempli d'attraits, L'adorer et n'oser lui dire ; Je serais pour un Officier Singulier, Mais, mais fort singulier.LA SYBILLE
ARIETTE.
Dans les beaux Jardins de Cythère Tant et tant de fleurs on peut voir, Mais le doux choix qu'il convient faire Tout amant n'en a le savoir. Galant trop tôt devenu téméraire Ne peut jamais qu'effrayer la beauté. À quatorze ans pastourelle est sévère Moins par raison que par timidité.Cythère : C'était autrefois le nom d'une île du Péloponèse, vis-à-vis de Crète. On la nomme aujourd'hui Cérigo, Sophiano. Hésiode dit que Vénus ayant été produite de l'écume de la mer fut portée d'abord à cette île sur une conque marine. [T]
AZOR
Air Du Confiteor.
Trop de réserve nuit souvent, L'expérience le fait croire. Un guerrier et timide et lent ; Toujours achète la victoire ; Impétueux, rempli d'ardeur. Dès qu'il paraît il est vainqueur.LA SYBILLE
Air : C'est fait Minon Minette.
Maintes fois avec l'innocence Amour du jeu court le hasard, Le Dieu choisit par préférence Joli jeu de colin-mailliard : Met à la décence inquiète Épais bandeau dessus les yeux, Puis par un signe gracieux Avertit le plaisir qui guette. C'est fait minon-minette, Tu viendras Quand tu voudras. Quand c'est le tour à l'innocence Sur ses yeux met autre bandeau, Laisse celui de la décence, Même le serre de nouveau, Avec sa main d'humeur follette, Prends garde si l'on ne voit point, Puis une fois sûr de ce point Tout haut crie au plaisir qui guette. C'est fait minon-minette ; Tu viendras Quand tu voudras.Maintes : Adjectif collectif qui signifie plusieurs. [L]
Colin-maillard : jeu d'enfants, où on bande les yeux à l'un de la troupe, qui est obligé d'attraper quelqu'un des autres à tâtons pour le mettre en sa place.
SCÈNE XII. La Sybille, Euphrosine, Azor.
EUPHROSINE
Air : Voici les Dragons qui viennent.
Prenons la fuite Bien vite, L'Amour est ici : Il vient d'attraper Colette, Et peut-être qu'il vous guette, Et nous aussi.EUPHROSINE
Fuyons sans plus attendre.LA SYBILLE
Restez, n'ayez aucun souci, Je saurai vous défendre : Fuir d'amour le charmant plaisir, Dans sa jeunesse c'est vieillir,ARIETTE.
J'avais pris dans un bocage Oiselet charmant, Je l'avais mis dans la cage ; Il y devint languissant. En vain j'animais son ramage, Rien ne disait que tristement. Mais ce matin belle fauvette Est venue l'exciter, Il s'est mis à chanter. Pauvre fillette Sans amourette Languit comme mon oiselet : Amant rend le coeur guilleret.Guilleret : Qui a une pointe de gaité. [L]
EUPHROSINE
Air : Je vis deux oiseaux amoureux.
Mon coeur a fait choix d'un amant, Dont l'ardeur est extrême ; Mais il a trop d'empressement Pour savoir si je l'aime.LA SYBILLE
Air : Du haut en bas.
Sans hésiter Laissez-le lire dans votre âme, Sans hésiter Donnez-lui lieu de s'en douter.EUPHROSINE
Oui vraiment.EUPHROSINE
Que sans détour votre bouche prononce.LA SYBILLE
Vous l'exigez ?LA SYBILLE, lui présentant Azor
La voilà.AZOR
Air : L'occasion fait le larron.
Belle Euphrosine hélas votre colère, M'a trop puni de ma témérité. Pardonnez moi si j'ai pu vous déplaire Mon excuse est votre beauté.SCÈNE XIII. La Sybille, Azor, Euphrosine.
FRANCOEUR, tenant une vendangeuse par la main
Air : À la Dragone.
Tiens touche là soyons époux, Qu'avec moi ton sort sera doux, Ma petite friponne. Tu verras ce qu'est un amant. Quand il fait aimer constamment, Ratapatapan, À la Dragone.À la Dragone : À la manière des dragons ; forcer, violenter. Mot inventé depuis plusieurs années [XVIIIme] ; parce qu'on s'est servi de soldats, ou de dragons, pour contraindre à embrasser le Religion Romains.
LA SYBILLE
Air : Quel plaisir de s'aimer bien.
Puisque l'amour est dans ces lieux Voulez-vous toujours être heureux, Avoir bonheur suprême. Engagez le vainqueur des Dieux, À vous unir lui-même.L'Amour paraît poursuivant les vendangeurs.
EUPHROSINE
L'Amour les poursuit.LA SYBILLE
Fillettes sont toujours peureuses, Mettons cet instant à profit ; Le désir doit nous rendre heureuses, Suivez-moi toutes, approchons. Nous l'attraperons. (bis.)Azor et Euphrosine vont pour attraper l'Amour, ils passent par dessous un Berceau, et sont pris dans un filet, Francoeur et sa Vendangeuse dans un autre. L'Amour vient au milieu, se moque d'eux ; la Sybille approche tout doucement par derrière, lui jette une Guirlande et l'enchaîne ; dès qu'il est pris tous les filets je rompent, et l'Amour unit tous les amants.
LA SYBILLE
Air : Oh, oh, oh, ah, ah, ah !
Aimez-vous bien, mes chers enfants, Vous ne sauriez mieux faire. Lorsque l'on est dans son printemps A-t-on quelque autre affaire. À vous voir tous aussi contents Je crois n'être encor qu'à vingt ans. Soyez toujours amants : Rien ne plaît autant que cela La, la.634 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0