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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

L'Amant qui ne Flatte Point

Noël Lebreton de Hauteroche· créée en 1668, imprimée en 1669· 5 actes· 1 826 vers· 10 personnages

Représentée pour la première fois sur le Théâtre Royal de l'Hôtel de Bourgogne le 12 juillet 1668

Personnages

  • ANSELME, père de Lucrèce
  • LUCRÈCE, fille d'Anselme
  • FLORENCE, servante de Lucrèce
  • GÉRASTE, promis à Lucrèce en mariage
  • ARISTE, amant de Lucrèce
  • KERLONTE
  • FLORAME, oncle de Lucrèce
  • LISIDAN, père d'Ariste
  • LICASTE, valet de Géraste
  • PHILIPIN, valet d'Ariste
AU LECTEUR

Je n'aurais jamais fait représenter cette comédie, sans la sollicitation de mes camarades. Les raisons que je leur alléguais pour m'en dispenser, étaient que je ne la trouvais pas fort divertissante ; que d'ailleurs je n'y trouvais pas ces agréments qui d'ordinaire attirent l'approbation de ceux qui aiment les ouvrages de Théâtre. J'ajoutais encore qu'il y avait quelque acte où je ne voyais pas beaucoup de chaleur, et que l'action y languissait, par la nécessité d'instruire le spectateur de quelque circonstance. Bien qu'ils y reconnussent tous ces défauts, ils ne laissèrent pas de témoigner de l'empressement pour sa représentation, et de me la demander avec instance. J'avoue que je me laissai facilement persuader, et que je crus être obligé de répondre aux bontés qu'ils montraient avoir pour moi. Je l'avais condamnée, dès sa naissance, à demeurer dans mon cabinet, pour m'en divertir avec mes amis ; car, à dire le vrai, j'avais plutôt fait cette pièce pour me tâter sur ce genre de poésie, que pour la faire représenter. On trouvera ici plus de cent vers de satyre et de morale qui n'ont point été récités, à cause qu'ils y sont un peu hors d'oeuvre, mais que j'ai jugé assez beaux pour ne pas déplaire à la lecture : il y en a pour le moins soixante dans la scène des beaux-frères, au quatrième acte, et les autres sont dispersés en divers endroits. J'aurais pu les faire paraître sur le Théâtre aussi bien que dans l'impression ; mais je n'ai pas voulu m'y hasarder, quoiqu'Horace nous dise :

Interdùm speciosa locis, morataque rectè Fabula, nullius veneris, sine pondere et arte, Valdius oble etat populum, meliùsque moratur, Quàm versus inopes rerum, augæque canorae.

Quelques-uns ont voulu dire que le principal personnage ne soutient point son caractère dans toute la pièce, comme il fait au premier et au second acte. À cela je réponds seulement qu'ils ne l'ont pas bien examiné, et que partout il a le même génie. Il est vrai que les affaires de la scène s'y trouvant différentes, et que les occurrences n'y étant pas si favorables ; Cette manière de ne point flatter n'y règne pas si puissamment que dans les deux premiers ; mais il ne se dément point pour cela ; au contraire, on y voit toujours paraître son humeur brusque et franche ; et quoiqu'il agisse suivant les occasions qui se présentent, c'est toujours dans le même esprit, c'est-à-dire, en amant libre, et qui ne flatte point.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Florence, Philipin.

Philipin frappe à la porte d'Anselme.

FLORENCE

Et c'est ?

FLORENCE

Tout de bon.

PHILIPIN

Le quitter.

FLORENCE

Non.

SCÈNE II. Anselme, Géraste.

GÉRASTE

Parbleu, si la plupart des vieillards ne sont fous ! L'un, qui pour jeune encor veut passer dans le monde, Couvre ses cheveux gris d'une perruque blonde, Se fait raser de près et remettre des dents, Fuit toujours ses pareils, et fuit les jeunes gens, Et, prenant un grand soin d'imiter leur grimace, Feint d'être tout de feu, quand il est tout de glace, Boit, saute, danse, rit, fait l'Amant goguenard ; Et cela, pour montrer qu'il n'a rien du vieillard, L'autre, qui, sans raison, veut passer pour agile, Dit qu'il fait chaque jour tout le tour de la ville ; Qu'à soixante-cinq ans ils se trouve encor vert, Et c'est pour mettre enfin la dizaine à couvert, Celui qui ne veut plus se piquer de jeunesse, Nous assure qu'il touche à l'extrême vieillesse : Il ajoute à ses jours au moins douze on quinze ans, A vu ce qui jamais n'arriva de son temps ; Et faisant des récits qu'il tient de feu son père, Croit par de tels discours que chacun le révère. Pourquoi, sans aucun fruit, cacher la vérité ? Pour moi, j'agis toujours avec sincérité ; Et si j'avais cent ans, je le dirais de même. Car enfin n'est-ce pas une folie extrême, D'affecter à toute heure un soin mystérieux, Ou pour paraître jeune, ou pour paraître vieux ? Sans doute vous direz, mon prétendu beau-père, Que ma façon d'agir n'est pas fort ordinaire ; Que, sans considérer, je parle librement : Pour moi, je dis toujours les choses franchement, Et suis persuadé qu'une telle franchise Peut tirer quelquefois les gens de leur sottise ; Car, comme enfin j'abhorre un esprit médisant, Aussi je n'aime point celui d'un complaisant. Toujours avec douceur, sans médisance aucune, Je dis mon sentiment à chacun et chacune : C'est ainsi que j'agis ; s'en choque qui voudra, Et malheur sur le chef de qui s'en choquera !

SCÈNE III. Lucrèce, Florence, Anselme, Géraste.

ANSELME

Non.

GÉRASTE, à Florence

Hé quoi ! vous riez donc ?

GÉRASTE, à Anselme

Est-ce votre servante ?

ANSELME

Oui.

FLORENCE

Si je ris...

GÉRASTE

Hé bien ?

FLORENCE

C'est...

GÉRASTE

Quoi ?

ANSELME, à Géraste

Vous l'embarrassez.

ANSELME, en souriant

Ah ! Point.

ANSELME

Je le veux.

SCÈNE IV.

ANSELME, seul, lit la lettre

« Anselme, mon très cher ami,

« Je vous envoie Géraste mon neveu, pour épouser Lucrèce votre fille. Vous savez assez pour ce sujet les avantages que je lui fais, sans qu'il soit besoin de vous les réitérer. Mais, comme vous ne le connaissez point, je vous en dirai deux mots en passant. Il a de l'esprit, de la franchise, et dit trop librement sa pensée. Il est un peu bizarre, mais il a un bon fond d'âme. Voilà, en peu de paroles, son véritable portrait. Je ne puis assez vous exprimer la joie que j'ai de cette alliance. Il y a deux raisons qui m'y obligent : la première, notre ancienne amitié ; la seconde est que mon neveu avait ici quelques engagements dont je n'étais pas fort content. Si je n'étais accablé de gouttes aux pieds et aux mains, je n'aurais pas manqué de me rendre à Paris, pour être aux noces de ma nièce, votre fille, car je l'appelle déjà ainsi : je vous prie de l'assurer de mes civilités, et de croire que je suis tout à vous. Sbroct.

« L'écrivain de la lettre, qui est compère de Géraste, votre gendre, vous salue humblement, sans oublier votre fille, sa commère future ».

Cet ami peut-il mieux témoigner sa tendresse ? J'en vais, sans différer, faire part à Lucrèce. Il nous dit cependant l'humeur de son neveu, Et je lui fais bon gré d'un si loyal aveu. Mais entrons au logis, sans tarder davantage, Et, surtout, achevons dans peu ce mariage ; J'y trouve pour Lucrèce un bonheur assuré, Cinq mille écus par an seront sort à son gré. Si dans ce gendre on voit quelque défaut bizarre, Un revenu si bon aisément le répare. Le bien fait excuser quantité de défauts, Et nous fait distinguer toujours d'avec les sots, La vertu d'à présent consiste en la richesse. Mais allons faire voir cette lettre à Lucrèce.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Ariste, Philipin.

La scène est dans la chambre d'Ariste.

ARISTE, sortant d'une profonde rêverie

Tu rêves, Philipin, et tu ne me dis mot.

PHILIPIN

Oui.

SCÈNE II. Florence, Ariste, Philipin.

FLORENCE

Oui.

ARISTE, lit

« Vous me mandez que votre père doit arriver dans peu ; et moi, je vous avertis que Géraste est arrivé, qu'il presse fort notre mariage, et veut, dit-il, qu'il se fasse demain : c'est à vous à chercher quelque obstacle pour le reculer : en voici un, que Florence et moi avons imaginé, et dont vous pourrez aisément vous servir. Vous savez que mon père n'a nulle connaissance de votre amour, et qu'il ne vous a jamais vu ; ainsi je vous conseille de venir au logis, sous le nom de Géraste, et de soutenir que c'est un imposteur qui prend votre nom pour nous abuser : comme mon père ne l'a vu de sa vie qu'aujourd'hui, il me semble qu'il vous sera facile de réussir ; et, par là, vous aurez aisément les huit jours que vous me demandez encore. Je vous envoie la lettre que Géraste a apportée à mon père, avec trois autres de Sbroct, afin que, si vous vous résolvez de passer pour lui, vous preniez plus sûrement vos mesures, et que vous ayez quelque connaissance de la famille. Lucrèce. »

FLORENCE

Gardez-les.

ARISTE, à Philipin, après avoir lu bas la lettre de Sbroct à Anselme

La fin de cette lettre, Dans ce que j'entreprends, semble tout me promettre.

Il lit.

« Si je n'étais accablé de gouttes aux pieds et aux mains, je n'aurais pas manqué de me rendre à Paris, pour être aux noces de ma nièce, votre fille. « L'écrivain de la lettre, qui est compère de Géraste, votre gendre, vous salue humblement, sans oublier votre fille, sa commère future ».

Qu'en dis-tu, Philipin ?

ARISTE, s'en allant dans son cabinet

La chose en ira mieux.

SCÈNE III. Florence, Philipin.

FLORENCE, en riant

Ta raison est fort bonne.

FLORENCE

De rien.

FLORENCE

Non...

PHILIPIN, la voulant caresser

Tu me fais tort ; car...

PHILIPIN

Sans mentir.

FLORENCE

Oui.

PHILIPIN, la prenant par la main

Viens.

Florence le repousse.

PHILIPIN

Te baiser.

FLORENCE

Oui.

FLORENCE

Non.

PHILIPIN

Tu mens.

PHILIPIN

En parlant, il l'a dit ? Ah ! tu m'en fais finesse ! Déjà je ne fais quoi me brouille le cerveau, Et je pourrais frotter ce Monsieur l'hobereau.

Hobereau : Oiseau de leurre pour prendre de petits oideaux. Se dit figurément et ironiquement dans le discours satirique et burlesque, des petits nobles de campagne qui n'ont point de bien, et qui vont manger les autres ; on le dit aussi de ceux qui sont apprentifs et novices dans le monde. [F]

SCÈNE IV. Ariste, Florence, Philipin.

ARISTE, revenant

Florence ?

FLORENCE

Monsieur.

ARISTE

Quel ?

SCÈNE V. Géraste, Anselme.

Anselme reconduisant Géraste, et lui fait des civilités.

GÉRASTE

Demeurez.

SCÈNE VI. Licaste, Anselme, Géraste.

LICASTE, à Géraste

Je vous cherche, Monsieur ?

LICASTE

Non.

GÉRASTE

Non ?

LICASTE

Non plus.

GÉRASTE

Il loge ?

GÉRASTE

Je le crois.

ANSELME, à Licaste

Veux-tu boire à présent ?

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Lucrèce, Florence, Anselme.

LUCRÈCE

Mon père !

LUCRÈCE

Sans doute.

SCÈNE IX. Lucrèce, Florence.

LUCRÈCE

Je le veux.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Géraste, Licaste.

SCÈNE II. Anselme, Géraste.

GÉRASTE

Non.

SCÈNE III. Géraste, Anselme, Licaste.

GÉRASTE

J'y vais.

SCÈNE IV. Ariste, Philipin, Anselme.

ARISTE, bas à Philipin

Vois-tu bien l'homme ?

PHILIPIN, bas, à Ariste

Oui, Monsieur, je le vois.

ARISTE, haut à Philipin

Cherche Anselme en ce lieu.

ANSELME, à Philipin

Que lui veux-tu ? C'est moi.

PHILIPIN, à Anselme

Bon. On veut lui parler.

ANSELME

Et qui ?

PHILIPIN, montrant Ariste

Ce Gentilhomme.

ARISTE, saluant Anselme

Monsieur...

ANSELME, à Ariste

Que vous plaît-il ?

ARISTE

Géraste.

ANSELME

Comment ?

ARISTE

Géraste.

ANSELME

Géraste !

ARISTE

Sbroct.

ANSELME

Et d'où ?

ARISTE

Géraste.

ANSELME

Hem.

ARISTE

Tais-toi.

ARISTE, donne une lettre à Anselme

Monsieur, il vous écrit : Tenez.

ARISTE

Lisez.

FLORENCE

Monsieur !

FLORENCE

La voilà.

ANSELME

Je vais l'amener devant vous ; Mettez-vous à l'écart.

Il va à la porte de sa maison appeler Géraste.

PHILIPIN, bas, à Ariste

Monsieur, point de courroux Car...

SCÈNE V. Anselme, Géraste, Ariste, Philipin.

GÉRASTE, sortant de la maison d'Anselme

Qu'est-ce ?

ANSELME, à Géraste

Êtes-vous Géraste ?

GÉRASTE, à Anselme

Oui.

GÉRASTE

De Sbroct.

GÉRASTE

De Kerguaste.

ARISTE, à Géraste

Oui, Monsieur, je le suis.

GÉRASTE

Non ?

ARISTE

Non.

GÉRASTE, à Anselme

C'est Géraste.

ARISTE

Oui.

ANSELME

Ho, non.

PHILIPIN, à part

Non.

PHILIPIN, bas à Ariste

De qui le tenez-vous ?

ARISTE, bas, à Philipin

Des lettres que Florence...

PHILIPIN, bas

J'entends, suffit.

ANSELME, à Géraste

Hé bien ?

GÉRASTE, à Ariste, après avoir un peu rêvé

Quel est votre parrain ?

ANSELME

Il a raison.

PHILIPIN, bas

Bon, bon.

ARISTE

Oui.

ARISTE

Ni moi.

ANSELME, lui donnant les deux lettres

Oui, tenez.

GÉRASTE, ouvrant celle d'Ariste

Voici la mienne.

ANSELME, regardant la lettre

La vôtre ?

GÉRASTE

Assurément.

GÉRASTE

La sienne ?

ARISTE

Quoi ?

ARISTE, à Philipin

Paix.

ANSELME, appelant sa fille et sa servante

Ho, Lucrèce et Florence, Venez.

SCÈNE IV. Lucrèce, Florence, Anselme, Ariste, Géraste, Philipin.

LUCRÈCE, riotant

Vous vous raillez de nous.

Rioter : Rire un p9eu, rire dédaigneusement. [L]

GÉRASTE

Il est vrai.

ANSELME

Maugrebleu de la duplicité !

Maugrebleu : Espèce de juron pour Mauvais gré de Dieu. [L]

SCÈNE IIV. Kerlonte, Licaste, Anselme, Géraste, Ariste, Lucrèce, Florence, Philipin.

KERLONTE, après avoir salué négligemment dit à Anselme

Monsieur, en peu de mots, une importante affaire Me fait venir ici.

PHILIPIN, bas à Ariste

Tout est perdu, Monsieur.

ANSELME, à tous deux

Là, parlez.

PHILIPIN, bas, à Ariste

Répondez donc, Monsieur.

KERLONTE

Oui.

KERLONTE

Oui.

ANSELME

Et vous ?

ANSELME, à Kerlonte, qui s'en va

Le temps nous en pourra donner quelque lumière.

SCÈNE VIII. Anselme, Lucrèce, Florence, Géraste, Ariste, Licaste, Philipin.

ARISTE, bas, à Philipin

J'en saurai bien sortir.

ANSELME, à tous deux

Çà, parlons franchement. Ce que cet homme dit a bien du fondement ; Par vos lettres, j'y vois beaucoup de certitude.

Il lit.

« Je ne puis vous exprimer la joie que je ressens de cette alliance : il y a deux raisons qui m'y obligent : la première est notre ancienne amitié ; et la seconde est que mon neveu avait ici quelques engagements dont je n'étais pas fort content ».

Hé ?

ARISTE, prenant Lucrèce

Je le veux.

ANSELME, à Géraste, lui touchant dans la main

Serviteur. Une autre fois pour vous J'en saurai bien user.

SCÈNE IX. Licaste, Philipin.

LICASTE, tirant Philipin, qui veut entrer chez Anselme

Quoi ! Ton Maître est Géraste ?

PHILIPIN

Oui.

LICASTE

Ton nom ?

PHILIPIN

Oui.

PHILIPIN

Ni moi.

PHILIPIN

Le gens faits comme toi, ne font que babiller. Possible que jamais tu n'as entré dans Nantes.

Babiller : Parler beaucoup, facilement, et surtout pour le seul plaisir de parler. [L]

LICASTE

Moi ?

PHILIPIN

Toi.

LICASTE

Mon père...

PHILIPIN

Bon.

LICASTE

Ma mère...

PHILIPIN

Zest.

PHILIPIN

Encor ?

LICASTE

Morbleu ! Si plus tu m'interromps ; Je pourraiS à la fin te donner sur la moufle.

Moufle : Mitaine, gros gant dont les doigts ne sont pas divisés. [F]

PHILIPIN

À moi ?...

LICASTE

Quoi ?

PHILIPIN

Allons vite, qu'on gille, et que l'on gagne au pied.

Giller : Populairement. Faire gille, se retirer, quitter une place. [L]

LICASTE

Tu n'es qu'un fanfaron.

Fanfaron : En général, qui se vante trop, qui veut passer pour valoir plus qu'il ne vaut en effet. [L]

PHILIPIN

Vas-t-en.

LICASTE, fuyant

Un bâton !

PHILIPIN

Viens.

LICASTE, menaçant de loin

Viens, toi.

PHILIPIN, allant à lui

Je te romprai la tête.

LICASTE, s'en allant

Hé...

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Anselme, Ariste, Philipin.

SCÈNE II.

ANSELME, seul

Je suis seul à présent ; çà, raisonnons ici ; Et cherchons ce qui peut me tirer de souci. Un de ces deux Messieurs, me croyant happelourde, Me vient impunément débiter une bourde, Me dit qu'il est Géraste, et le prouve à tel point, Qu'on ne voit pas par où douter qu'il ne l'est point. D'ailleurs, un homme vient me conter une histoire Qui parait véritable, et que j'ai peine à croire ; Me jure que Géraste est un franc suborneur ; Qu'il a, sans contredit, des enfants de sa soeur ; Et cependant tous deux, sans avoir nulle honte, Soutiennent, devant lui, que cela n'est qu'un conte. Cet homme, toutefois, répond, en effronté, Que tout ce qu'il a dit, est une vérité ; Que, quand il connaîtra celui qui l'inquiète, Il lui fera bien voir de quel air il se traite. Que, diable ! Présumer, en ce fâcheux état ? Dans ce tait ambigu, mon jugement s'abat Si cet homme a dit vrai, Géraste est un perfide, L'autre est un fourbe ; ainsi, pour nous, rien n'est solide. Mais si cet homme était par le fourbe porté, Pour nous dire du vrai ce qui n'a point été ? Quel est ce faux Géraste, et que prétend-il faire ? Si ma fille avait part dans tout ce beau mystère ? Non, son coeur est trop bon, pour s'être démenti ; Et puis, d'ailleurs, Géraste est un trop bon parti. Si je le connaissais, sans tarder davantage, Je pourrais sourdement faire ce mariage ; Et, l'hymen achevé, je laisserais au temps À remettre l'esprit de tous les mécontents. Il me faut, là-dessus, consulter mon beau-frère : Mais son raisonnement ne me satisfait guère ; Son esprit turbulent est mal propre au conseil ; Et, pour en bien parler, on voit peu son pareil.

Happelourde : Fig. et familièrement. Personne d'un extérieur agréable, mais dépourvue d'esprit. [L]

SCÈNE III. Florame, Anselme.

FLORAME, grondant

Son honneur...

ANSELME

Oui.

FLORAME

Tant pis.

ANSELME

Pourquoi ?

FLORAME, se mettant en colère

C'est donc pour me railler...

ANSELME

Adieu donc.

FLORAME, s'en allant

Adieu donc.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Anselme, Lucrèce, Florence.

ANSELME, rencontrant Lucrèce

Où vas-tu ?

ANSELME

À présent.

LUCRÈCE, à Anselme

Je ne sais.

SCÈNE VI. Lucrèce, Florence.

SCÈNE VII. Philipin, Lucrèce, Florence.

SCÈNE VIII. Ariste, Lucrèce, Florence, Philipin.

SCÈNE IX. Géraste, Lucrèce, Ariste, Florence, Philipin, Licaste.

FLORENCE, tirant Lucrèce, et lui montrant Géraste

Ah, Madame !

GÉRASTE, à Ariste et à Lucrèce

À votre aise.

FLORENCE, bas, à Ariste

Allez-vous-en, Adieu.

Lucrèce et Florence rentrent dans la maison. Ariste et Philipin s'en vont d'un autre côté.

SCÈNE X. Géraste, Licaste.

GÉRASTE

Oui.

GÉRASTE

Achève.

SCÈNE XI. Anselme, Géraste, Licaste.

LICASTE, haussant la voix

Monsieur, contez-lui tout.

LICASTE

À force de parler, je me suis altéré ; Je vais me rafraîchir un peu la gargamelle.

Gargamelle : Terme populaire. Gorge, gosier. [L]

SCÈNE XII. Anselme, Géraste.

SCÈNE XIII. Lucrèce, Anselme, Géraste.

LUCRÈCE, à Géraste

Et qu'avez-vous donc vu ?

ANSELME, en colère, à Lucrèce

Quoi ! Dit-il vrai ?

GÉRASTE, à Anselme

Pensez-vous que j'impose ?

ANSELME

Volontiers.

ANSELME

Moi ?

ANSELME

Oui, mais...

SCÈNE XIV. Anselme, Géraste.

GÉRASTE, se mettant en colère

C'est moi qui suis Géraste.

GÉRASTE

Oui.

ANSELME, s'en allant

Serviteur.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Florame, Lisidan.

FLORAME, sortant d'un côté du théâtre

Que vois-je ? Lisidan !

LISIDAN, sortant de l'autre côté

Ah ! Florame ! C'est vous ?

LISIDAN

Sbroct.

FLORAME

Sbroct ?

FLORAME

Bon.

LISIDAN

Non.

FLORAME

Dans Paris.

FLORAME

Lucrèce.

FLORAME

Oui.

SCÈNE II. Ariste, Philipin.

PHILIPIN

Sans doute...

ARISTE

Oui.

PHILIPIN

Car...

ARISTE

Fort bien.

PHILIPIN

Plaît-il ?

ARISTE

Quoi ?

PHILIPIN

Pour rien.

SCÈNE III. Florence, Ariste, Philipin.

FLORENCE, à Ariste

J'allais chez vous, Monsieur.

ARISTE, à Florence

Quelle affaire t'y mène ?

ARISTE, la caressant

Ma chère...

ARISTE

Anselme...

SCÈNE IV. Florence, Philipin.

PHILIPIN, arrêtant Florence, et la caressant

Tu m'aimes ?

FLORENCE

Oui.

PHILIPIN

Comment ?

PHILIPIN

Baise-moi.

FLORENCE

Tu ris ?

PHILIPIN

Point.

SCÈNE V. Anselme, Philipin, Florence.

FLORENCE

J'y cours.

Elle sort.

SCÈNE VI. Philipin, Anselme.

Philipin va pour suivre Florence.

PHILIPIN, à part

Peste !

Haut.

Monsieur, il est assez gaillard ; Sans sa goutte, il ferait un jeune escarbillard.

Escarbillard : mot valide pour gaillard escarbillat qui signifie gai enjoué selon Furetière.

ANSELME

J'entends.

PHILIPIN

Sa goutte...

ANSELME

Quoi ?

PHILIPIN, à part

Que lui dire ?

ANSELME

Hé ?

SCÈNE VII. Florence, Anselme, Philipin.

ANSELME, à Florence

Il y va.

À Philipin.

Mais achève.

FLORENCE, bas à Philipin

Je le fais tout exprès.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Florame, Lisidan, Anselme.

ANSELME, montrant Florame

Il vous a donc conté ?...

FLORAME, à Anselme

Verrons-nous ces Messieurs ?

SCÈNE X. Géraste, dans le fond du théâtre, Florame, Lisidan, Anselme.

ANSELME

Le voici.

GÉRASTE, à Anselme

Je venais vous chercher...

À Lisidan.

Lisidan en ce lieu ! Comment va le procès ?

Il embrasse Lisidan.

LISIDAN, à Géraste

Fort bien, grâces à Dieu.

ANSELME, à la porte, appelle

Géraste !

SCÈNE XI. Ariste, Lisidan, Anselme, Géraste, Florame, Philipin.

ARISTE, à Anselme

Quelle est-elle ?

ANSELME, l'amenant par le bras

Venez.

À Lisidan.

Le voici.

LISIDAN, le regardant

C'est mon fils.

ARISTE, à Lisidan

Mon père...

ARISTE, à Géraste

Sans doute.

GÉRASTE

C'est donc là l'enclouure ?

Enclouure : Fig. Empêchement, noeud d'une difficulté. [L]

ARISTE

Oui.

SCÈNE XII. Lucrèce, Anselme, Ariste, Lisidan, Géraste, Florame, Philipin, Florence.

LUCRÈCE, de dedans la maison

Hé bien ?

Elle entre sur la scène.

LUCRÈCE, à Anselme

Moi, mon père !

ANSELME, à Géraste

Quoi donc ! Vous...

FLORAME, à Géraste

Votre demande est juste.

ARISTE, à Lisidan

Mon père...

ARISTE, à Anselme

Monsieur...

ANSELME, à Ariste

Allez, je vous la donne.

ANSELME, à Lisidan

Entrons chez moi : venez.

LISIDAN, faisant des cérémonies

Mais...

SCÈNE XIII. Kerlonte, Lisidan, Anselme, Florame, Ariste, Géraste, Philipin, Lucrèce, Florence.

FLORENCE

En effet.

ARISTE, à Philipin

Je t'entends.

ANSELME, à Ariste

Que dit-il ?

1 826 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica