Divertissement en vers
Le Temple des Chimères
Personnages
- GRAND CHOEUR
- PETIT CHOEUR
- DÉESSE
- CHOEUR DES PEUPLES
- UNE SUIVANTE DE LA DÉESSE
- LE TEMPS
- L'AMOUR
- LES AMANTS
LE TEMPLE DES CHIMÈRES.
Le théâtre représente le Temple des Chimères ; la Déesse des Chimères y paraît sur un trône de nuages brillants. On voit à ses pieds et autour d'elle ses sujets les Désirs, l'Espérance, la Confiance, les Songes, l'Imagination, etc. Les ailes du théâtre sont composées de masques, de figures fantastiques, de bulles de savon, d'ailes de papillons, etc...
SCÈNE PREMIÈRE. La Déesse des Chimères sur son trône, Suite de la Déesse.
GRAND CHOEUR
Que les voeux des mortels pour vous se réunissent, Ils ne doivent qu'à vous les biens dont ils jouissent.PETIT CHOEUR
Vous rendez à leurs coeurs, Par un mensonge aimable, Le bonheur véritable, Dont ils ont perdu les douceurs ; Et votre bonté secourable De tant de biens perdus a sauvé leurs erreurs. Jupiter vous doit son tonnerre, Vous forgez les traits de l'Amour ; Ces fleurs qui brillent sur la terre Sont des amants par vous rendus au jour.SCÈNE II. Les Peuples de tous pays et de tous états viennent à la voix de la Déesse des Chimères, Acteurs de la scène précédente.
CHOEUR DES PEUPLES
Chantons, chantons les dons d'une main immortelle ; C'est pour nous rendre heureux que sa voix nous appelle.Danse des Peuples.
LA DÉESSE descendue de son trône
On danse.
UNE SUIVANTE DE LA DÉESSE
LE CHOEUR reprend :
VOIX SEULE
SCÈNE III. Le Temps avec sa suite, le Repentir, les Réflexions , les Vents , etc. Acteurs de la Scène précédente.
LE TEMPS
J'y viens pour dissiper cette vapeur épaisse. Qui cache à tous les yeux l'aimable vérité ; C'est trop jouir de leur crédulité , Il est temps qu'à la fin l'univers vous connaisse.LA DÉESSE ET LE CHOEUR
Tout flatte ici leurs voeux. Tout flatte ici nos voeux. Que viens-tu leur offrir de mieux ? Que viens-tu nous offrir de mieux ?LE TEMPS
Tout vous flatte, il est vrai, mais rien ne vous contente ; Ne vous lassez-vous point d'une inutile attente ? Pensez-vous que le coeur puisse vivre au hasard, Et qu'on ne soit heureux à moins qu'on ne sommeille ? Songez que dans ces lieux tout est l'effet. de l'art : N'attendez pas qu'enfin le regret vous éveille, Vous vous réveilleriez trop tard.LA DÉESSE ET LE CHOEUR
Tout flatte ici leurs voeux. Tout flatte ici nos voeux. Que viens-tu leur offrir de mieux ? Que viens-tu nous offrir de mieux ?LE TEMPS
À mes commandements vos âmes sont rebelles, Il faut par mon pouvoir vous dessiller les yeux. Ministres de mes lois ! Au défaut de la foudre, Détruisez ce palais jusqu'en ses fondements ; Faites voler en poudre Tous ces vains ornements.Les ministres du Temps, le Repentir, les Réflexions, les Vents détruisent le palais ; le trône s'en va enfumée ; les ailes du théâtre s'évanouissent et ne laissent plus voir que des ruines ; les nuages dorés tombent en pluie ; les Désirs, l'Espérance, les Songes, tout s'envole ; le Temps reste seul avec la Déesse et les Peuples.
SCÈNE IV. Le Temps, La Déesse et Les Peuples.
LE TEMPS
Eh bien, ces lieux vous plaisent-ils encore ? Dépouillés de l'éclat dont l'erreur les colore, Ils ne vous offrent plus que de tristes débris. De mes conseils enfin , connaissez tout le prix.Le Temps part.
CHOEUR DES PEUPLES EFFRAYÉS
Où sommes-nous ? Quelle surprise étrange ! En un instant notre sort change !SCÈNE V. La Déesse, Les Peuples.
LA DÉESSE
Va, je redoute peu tes impuissants projets : Et vous, ne craignez rien, le Temps ne peut me nuire, Il m'accuse de vous séduire, C'est me reprocher mes bienfaits. Mais pour m'en bien venger, votre coeur doit suffire. Qu'il ose à ma puissance opposer son empire, Qu'il abatte des murs, des tours, et des palais ; J'en relèverai plus qu'il n'en pourra détruire. Demeurez, et vous allez voir Ici plus que jamais éclater mon pouvoir.On danse.
Répandez, belle Flore , Vos parfums les plus doux. Jeune Aurore, Levez-vous, Trompez un jaloux ; Céphale vous attend encore, Levez-vous. Hâtez-vous de paraître , Embellissez les cieux ; La nature pour renaître, N'attend qu'un regard de vos yeux. Toi qui fais toute ma magie, Qui fondais mon empire, en recevant la vie, Toi que je mis au rang des Dieux, Viens, enfant de mon art, Amour , descends des cieux.SCÈNE VI.
Le théâtre change, les cieux s'ouvrent, et l'Amour en descend, accompagné de Génies sous la forme des Jeux, des Ris et des Grâces.
L'AMOUR
J'allumai le flambeau du jour , Le monde me doit sa naissance ; Tout serait détruit sans l'Amour, Bien n'eût été sans une puissance. Former toujours d'heureux désirs , Me les présenter pour offrande, Suivre les jeux et les plaisirs , C'est tout le prix que je demandeDifférents Quadrilles d'amants arrivent sur la scène.
DANSE DES AMANTS CONSTANTS ET DISCRETS
Le Dieu qu'ici l'on adore, Est le plus discret des Dieux ; Il veut qu'ailleurs on ignore Comme on le sert en ces lieux. Il aime un culte sincère Qu'on se plaît à renfermer ; C'est le moyen de lui plaire, Que de n'oser le nommer.LE CHOEUR
Le Dieu qu'ici l'on adore , etc.UN AMANT DU MÊME QUADRILLE
Le Dieu qui reçoit nos hommages Aime les sombres forêts ; Il n'entre en ces bocages Que des bergers discrets. Nos seuls traits, Pour vaincre une belle, Sont une ardeur fidèle Et des feux discrets. Ces bois chéris Sont peuplés d'amants favoris ; Vénus y vient toutes les nuits Voir Adonis. le Dieu qui reçoit nos hommages, Aime les sombres forêts ; Il n'entre en ces bocages Que des bergers discrets.Danse des Amants volages.
UN AMANT DU QUADRILLE DES AMANTS VOLAGES
Le Dieu des Amants Se lit des serments Que l'on fait aux belles ; Il les abandonne aux ailes Aux ailes Des vents.On danse.
Qu'importe à l'Amour ? Qu'on soit à sa cour Constant ou volage ! Il lui suffit de l'hommage De l'hommage D'un jour.176 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica